Gods Games

Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
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 Signes

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Amelia Earhart

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Messages : 578
Date d'inscription : 12/03/2011

MessageSujet: Signes   Mer 21 Mar - 22:22

Un jour. Deux. Peut être plus. On se perdait un peu dans le décompte, on tombait dans la routine hasardeuse. Misères se suivant en chapelet, on ne savait plus trop à quoi s’en tenir. Entre les souvenirs d’hier luttant pour percer et les faits de chaque jour à survivre, il était clair que la tâche ne s’avérait pas facile.

Tout était si intrinsèque, si compliqué qu’Amelia avait, chaque fois plus de mal à défaire le sac à nœuds de son existence. Après un réveil confus, sans rien savoir…de rien, sa rencontre avec Richard l’avait bouleversée, quoique pas autant que de devoir reconnaître qu’elle aimait cet homme plus que la vie même. Il ne savait pas plus qu’elle, mais chemin faisant l’évidence était éclatante : il l’aimait aussi, du moins c’est ce qu’elle voulait penser. Le comportement du cher homme frayant l’erratique, on pouvait se poser légitimement la question. Si proche et si lointain à la fois. L’épisode de la biche abattue dans les bois et disputée, de singulière façon, avec la sauvageonne Hélène lui avait donné pas mal de quoi penser. Les inculpations de Louis, l’attitude farouche de la belle, celle de Richard. Tout menait à supposer que là il y avait bien plus qu’une simple querelle pour du gibier.
L’incendie, la fuite à la nage, l’arrivée sur ce rivage inconnu, la lutte pour survivre sans rien d’autre que leur ingéniosité et puis enfin aboutir face à cette pierre qui avait fourni, peu à peu de quoi combler tant de carences. Elle suivait, mine de rien, avec attention, le décours de la vie des autres. Louis jouant des pieds et des mains, mettant tout son charme en branle bas de combat pour conquérir sa belle. Celle-ci s’amadouant petit à petit. Amelia devinait sans mal que ces deux là finiraient très vite par s’entendre pleinement. Achille et son poisson…enfin, sa belle sirène, ne cachaient pas leur sentiments mais ces amours aquatiques ne s’avéraient guère trop accommodantes. Elle et Richard ? Soupir après soupir, Amelia ne savait plus où en donner de la tête. Dick pouvait être tout sauf un romantique endurci. Ce n’était pas cela qui la gênait, elle-même étant très peu portée sur les mièvreries de l’amour, il lui suffisait de le savoir proche, de dormir dans ses bras et s’y réveiller même s’il refusait d’aller au-delà de ce qu’on pouvait, avec un peu d’imagination, qualifier de relation strictement platonique.

C’était sans futur. Soit, cela faisait mal chaque fois que l’essai se faisait pour chercher un peu plus loin dans le souvenir, question d’expliquer ce sentiment intense et bouleversant. Richard se fermait alors sur lui-même, devenait encore plus laconique, si possible et semblait vivre à part, isolé dans son cocon d’oubli, en nourrissant quelques idées pendables si on en jugeait par certains regards, qui ne lui étaient pas adressés ! Louis, jaloux par nature était prêt à montrer les dents. Achille, lui, n’hésiterait certainement pas à brandir le glaive.

Et puis, il y eut l’ours. Bénie soit la bestiole. Étrange s’il en est, qu’un ours se montre si doux et encore plus si communicatif. Logiquement, Achille ne tarda pas à voir dans cette attitude une nouvelle manifestation des Dieux. On commençait à s’y faire, à son idée. Après tout, celle là devenait jours à jour une explication quasi plausible. Hélène, dans ses courtes interventions donna raison au héros de Troie. Louis, bien entendu, jura haut et clair son allégeance à un Dieu unique. Richard se contenta d’un ricanement agacé et elle…

Peu importe si Dieu ou Dieux…on commence à se ficher un peu des nuances, clama Amelia, esprit pratique, il nous donne une carte, suivons son tracé. Pour ce qu’on a à perdre !

Conciliabule. On finit par se mettre d’accord. Encore deux jours pour compléter l’équipement avec l’aide, soudain si généreuse, de la Pierre des lieux.

Amelia se trouvait près de la berge en lavant quelques vêtements, quand la petite brise fraîche mua tout à coup en courant glacial. En frissonnant de plus belle dans sa robe de cotonnade légère, la jeune femme leva le nez vers le ciel. D’un bleu incomparable un instant auparavant, il tournait au gris plombé à une vitesse effarante alors que la température chutait encore plus vite. Ramassant sa lessive elle retourna au campement. En y arrivant il avait commencé à…

C’est de la neige ! IL NEIGE !!!!

Alerte générale. Ils étaient parés à tout sauf à un revirement climatique si dramatique. Si cela n’avait été que quelques flocons de neige, va et passe. Au bout de quelques heures, étroitement groupés autour du feu à l’abri bâti à la hâte dans une espèce de caverne peu profonde, Elisabeth avait commencé à donner des signes d’étouffement. Achille, le brave guerrier amoureux, au désespoir n’avait pu que se résoudre à la ramener au lac, où elle y trouverait son salut. De retour, blême comme un cadavre, il leur avait signifié que la surface de l’eau commençait à geler rapidement. Inutile d’entrer en détails. Tous comprirent au quart de tour ce que cela signifiait : si le lac gelait, la douce Sissi resterait prisonnière de la glace avec les conséquences que personne n’osa évoquer.

Le guerrier maudit les Dieux. Louis pria le sien. Les autres invoquèrent clémence à leur façon, en silence.

Amelia se blottit dans les bras de Richard, sans que celui-ci semble trop disposé à la rassurer, au moins serra t’il ses bras sur elle, lui procurant un peu de chaleur. Elle sentit un vague de ressentiment l’agiter face à si peu d’entrain. Se défaisant de son étreinte indifférente, elle se dressa devant lui et le regarda longuement, d’un œil triste mais aussi censeur.

J’ignore ce qu’Ils t’ont fait. Oui je parle d’EUX, qui qu’ils veuillent être…On volé nos souvenirs, on nous a fait subir des épreuves très dures…mais tu étais là et je sais que tu étais heureux de me retrouver, tout comme je le suis. Je t’aime, Dick…et je l’ai l’intime conviction que toi aussi m’as aimée. Que se passe-t-il ? Pourquoi t’éloignes-tu de la sorte ? Pourquoi ??? Ton attitude en blesse plus d’un ! Où veux-tu en venir ? Tu dis à qui veut t’entendre que je suis ta femme…mais te comportes comme si tu en voulais une autre…Si j’ai mal en t’approchant…j’ai encore plus de mal en ne le faisant pas ! Je t’aime, bon Dieu…je t’aime comme une folle et peu m’importe brûler en enfer pour t’en convaincre !

Parfois dans la vie, il faut savoir prendre les devants, décider, se jouer le tout pour le tout au risque de se briser les ailes ou de mourir dans l’essai. Si Richard nourrissait quelque doute quant à la force des sentiments qui l’unissaient à cette femme entêtée, en cette nuit glaciale, alors que le monde se congelait autour d’eux, la chaleur de son amour flamboya de plus belle, éloignant ténèbres et froid…

Le petit matin se leva sur un spectacle de nature figée sous un manteau immaculé de neige. La surface du lac était compacte, dure comme du fer. À genoux sur la glace épaisse, Achille fou de désespoir, voyait son aimée, prisonnière de cette nouvelle malédiction mais encore vivante. Il eut beau s’échiner à marteler cette barrière inamovible, rien n’y fit. Le froid avait atteint les limites du supportable…

C’est alors que planant sur eux apparut la créature la plus inattendue de tous les temps. L’envergure incroyable de ses ailes coriaces, semblables à du cuir racorni, firent ombre à la pâle lueur de ce jour d’hiver inexplicable. Masse imposante et lourde sans doute, il se posa, n’empêche avec la grâce d’un cygne sur la surface qui émit des craquements conséquents.

Seigneur…un dragon !, balbutia Amelia, j’hallucine !

Mais elle n’était pas la seule. Tous avaient droit à la même vision mythique. Le guerrier transi, tout aussi bien d’amour que de froid sembla comprendre que s’écarter était mesure de précaution. Grand bien lui en prit, créature de temps révolus, le dragon prit son souffle puis expira une volute de feu incinérant qui fit fondre en quelque secondes un bel espace dans la glace, permettant ainsi que la belle sirène en jaillisse…

Il est venu nous aider. Pourquoi ? Qui l’envoie ? D’où sort-il ?

Trop de questions et personne pour y répondre…
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Signes   Ven 23 Mar - 19:28

Il ne pigeait rien à ce qui se passait.
Réveillé dans un pré, une grosse bestiole bizarre était devenue son amie et l’avait presque forcé à rencontrer la femme… sa femme ? Amelia était… ravissante, aimable, courageuse, débrouillarde : tout quoi ! Tout ce qu’un homme « normal » pouvait rêver. Là, quelque chose clochait grave. Ailleurs aussi, mais cela tracassait moins Richard que le sentiment d’un vide cruel, d’un manque à la limite du supportable.
Il n’avait pas tardé à croire que, réellement, cette femme et lui étaient plus que de simples connaissances. Elle était son complément idéal, parfait. Cependant, il n’assumait pas.
Même avec une mémoire en passoire, il est des choses que l’on n’oublie pas, les réactions physiques sont de celles-là. Or, il fallait bien avouer que cet aspect de leur relation n’aboutissait pas. Heureusement, Amelia ne s’en formalisait pas, semblant satisfaite par sa seule présence.
La venue de compagnons avait gâté leur quiétude et avivé des pensées jusqu’alors étrangères à Richard au point de le tourmenter sérieusement. En effet, il fut bientôt persuadé qu’une sorte de démon l’habitait… ou plutôt deux démons. En général, on appellerait ça un débat de conscience mais Burton savait qu’il n’en était rien puisque les êtres occupant sa tête se disputaient ses faveurs.
Vivre avec trois pensées dans le cerveau soulerait moins aguerri, pourtant Richard ne devint pas complètement maboul, juste un peu plus distant. S’il lui arriva de quitter le campement, c’est que les discussions internes le rendaient malade. Il ne voulait faire de mal à personne même si la voix méchante l’y poussait. Il se serait bien foutu des baffes avant l’incendie qui ravagea leur rive. Ne venait-il pas de flirter sévèrement avec Hélène ? Provoquer Louis n’avait aucun sens… pas plus que de mettre le feu à la forêt. Cependant, il en était entièrement responsable et la culpabilité le rongeait cruellement.
Lorsqu’après avoir cheminé démuni de tout, les six historiques avaient découvert une pierre magique, l’esprit de Burton connut un peu de répit, très peu en fait. Ne voilà-t-il pas qu’Achille se permit de sauver un ours ? Le gros serpent qui l’étranglait savait ce qu’il faisait, Richard aussi : il n’intervint pas. Cette scène représentait tellement son combat intérieur qu’il en demeura assez stupéfait.
Les jours suivants, on compléta l’équipement. Le nouveau copain d’Achille avait dessiné une sorte de carte que les compagnons décidèrent de suivre. Les voix s’étaient tues, laissant Richard sur le qui-vive. Profitant de ces instants de paix, sans trop espérer qu’ils soient définitifs, il s’employa à calquer l’attitude des autres, rassembla armes et objets indispensables à un long chemin.
Peut-être un jour finirait-il à croire en une existence supérieure ? Le fait est qu’à chaque fois qu’un semblant de bonheur soulageait le groupe, le malheur n’était jamais loin. Cette fois, cela ne rata pas : il neigea !
De par ses périples, dont parfois un souvenir lointain émergeait, Richard était paré aux rigueurs désertiques, mais pas celles polaires ! Aucun d’eux ne s’étaient attendu à ça et leur équipement ne correspondait pas au nouveau climat si subitement installé. Le pire fut sans doute pour Achille qui dut rendre à l’eau celle qui avait conquis son cœur, de quoi le mettre de très mauvaise humeur.
Une cavité naturelle abrita un groupe de cinq personnes passablement gelées. Qu’Amelia cherche sa proximité n’avait rien d’extraordinaire. Par réflexe, Richard l’avait entourée de son bras. Perdu dans ses pensées, à la recherche des voix qu’il redoutait voir revenir, il tomba des nues quand Miss Earhart explosa en une violente diatribe à son encontre.
Bombardé de reproches inédits, Burton eut d’abord du mal à piger de quoi il retournait. Faire une telle scène devant les autres ressemblait si peu à Meeley, qu’il devait vraiment avoir fait quelque chose d’énorme.
En bref, elle paraissait extrêmement jalouse et fâchée par son manque d’attentions, rien de plus. Quand elle lui balança :


Je t’aime, bon Dieu… je t’aime comme une folle et peu m’importe brûler en enfer pour t’en convaincre !

Sacrées bonnes femmes ! Toutes les mêmes, ou presque ! Richard ne chercha pas à se dérober. La mauvaise voix restait muette, il en profita et, placide se redressa à son tour pour affronter la furie :

Bon, ben, si tu y tiens, nous irons ensemble rôtir en enfer. Ce sera toujours mieux que de geler ici, non ?

Et dans un de ses rares sourires, il lui cloua le bec d’un baiser si renversant que la demoiselle en eut des rougeurs.
Dommage qu’aucune intimité ne soit possible dans ces conditions. Néanmoins, sur leur paillasse, Richard se laissa aller à quelques confidences entre deux baisers enflammés :


Folle tu es ! Si je t’ai fait souffrir ces derniers jours pardonne-moi. Tu avais raison en parlant d’eux… Ceux qui nous mènent à la baguette... Possédé ? Oui, on peut appeler ça ainsi, je crois. J’ignore si je suis guéri. Je te l’avoue Meeley : j’ai peur. Si ces voix reviennent, je ne sais pas de quel côté je vais pencher. Ton amour pour moi est le seul lien que j’aie avec la réalité. Ne me l’ôte pas.

Pour son plus grand plaisir, elle ne semblait pas décidée à le faire.
Le lendemain, ils eurent de nouveau droit à une démonstration fracassante du pouvoir « divin ». Qui d’autre pouvait avoir envoyé un dragon à leur secours ? Car, aussi aberrant que cela puisse paraître, ce fut bel et bien un de ces êtres imaginaires qui fit fondre la glace du lac d’où jaillit une sirène sans queue.
Le nouveau compagnon aux ailes membraneuses eut tôt fait de passer en mode réchauffage doux, ce qui empêcha Elisabeth d’être transformée en statue de glace.
Chacun était sous le choc, Burton retrouva subitement ses facultés de meneur :


Cette bestiole seule n’arrivera pas à empêcher le froid de régner. On prend nos paquets, et…

Sa proposition en choqua plus d’un. Pourtant, il n’y avait pas de meilleure solution.
Achille n’avait jamais entendu parler de St Georges, Louis si. N’empêche qu’au moment d’approcher la bestiole, nul ne se sentit l’âme d’un pourfendeur.
La trouille, tous l’avaient mais ils la vainquirent en se hissant sur le dos monstrueux aux écailles épaisses. Pour la première fois depuis longtemps, Burton rigola franchement quand la bestiole décolla. Le teint vert et les jérémiades de Louis y furent-ils pour quelque chose ? Le fait est que ce vol fut mémorable autant que rapide.
Déposés à sauf, les rescapés tremblaient un peu sur leurs jambes en descendant du dos du monstre qui s’envola sans attendre de merci. D’ailleurs Achille n’était pas prêt d’en donner.
Il y avait de quoi. Si la contrée était plus clémente question température, aucun point d’eau n’apparaissait. Seules des dunes sableuses s’élevaient à l’horizon.

Bienvenue en enfer, ma chérie, rit Burton en resserrant son bras sur la taille d’Amelia.
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Hélène, la belle de Troie

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MessageSujet: Re: Signes   Lun 26 Mar - 21:46

La confusion semblait de mise. Pour tous. Hélène s'y était doucement fait, aux étranges changements survenus dans sa vie. Ses souvenirs étaient aussi absents que chez les autres mais pour quelque motif qu'il soit, elle ne ressentait aucun besoin d'aller chercher plus loin. Son présent lui convenait parfaitement bien. Bien sûr il y avait Louis. Adorable Louis. Pour lui, juste pour lui, elle avait voulu un peu fouiller dans ce passé esquif. Grand mal lui en avait pris, cette mise à jour n'avait rien eu de plaisant. La plus belle femme de l'Antiquité? La cause d'une longue guerre qui avait entraîné la mort de milliers? La chute de Troie? Elle n'avait retenu grand-chose, sauf qu'Achille, le guerrier avait plus d'une bonne raison de lui en vouloir. Pratique, elle avait décidé de ne plus y penser, c'était mieux ainsi.

En tout cas, les choses semblaient avoir changé, là. Elle pouvait courir dans les bois, chasser à son aise pour se nourrir et partager son existence simple avec Noble, ce fauve magnifique qu'était son compagnon. Elle était libre. Absolument libre et raffolait de cette sensation. Mais bien sûr, il y avait eu Louis...encore lui, toujours lui. Faisant fi de cette liberté totale, elle avait choisi de le suivre, lui et ses compagnons d'aventure. Et il s'en étaient passé des choses depuis...


Le froid absurde l'avait surprise, tout comme aux autres. Que cette nature superbe gèle de la sorte avait quelque chose de si outrageant et injuste qu'elle s'en rebella autant qu'Achille, maudissant ces Dieux injustes qui jouaient avec leurs destinées. Louis avait prié son Dieu, demandant clémence.

Dieu ou Dieux, qu'importe? Ils jouent avec nous, Louis...ils l'ont toujours fait!

Ces paroles ne furent pas pour plaire au Quatorzième du nom qui restait ancré dans ses croyances.

De quoi as-tu donc besoin pour y croire, mon doux roi?...Il neige, on gèle...Sissi mourra sans doute, Achille devient fou et...euh, Amelia aussi, la voilà qui fait une scène à son Richard...mais enfin, ce ne sont pas mes oignons. Si tu penses que tout ce qui se passe est normal...ben non!...Louis...oui, je t'aime...j'en suis sûre, tant que tu ne voudras me donner des ordres...mais cela ne change rien...ici, on est en train de se ficher de nos têtes....Qui? Recommençons pas...Un ours qui dessine des cartes! Sûr qu'il y en avait mille à le faire de ton temps! Et maintenant ceci...un hiver glacial qui nous tombe dessus d'un instant à l'autre...et puis... ça!

Un dragon! Rien de plus normal, tout compte fait. Son feu libéra Sissi de sa prison glacée mais tout comme on pouvait s'y attendre ça n'allait pas recomposer le climat à leurs souhaits, ne restait donc rien d'autre à faire qu'à migrer vers d'autres horizons moins hostiles. Les récriminations d'Amelia semblaient avoir fait leur effet sur ce cher Richard, l'homme, reprenant le poil de la bête, ordonna repli du campement. En résumé, on prenait tout et on fichait le camp...

Je ne monte pas sur cette bête!!!

Le choix n'était pas à faire. C'était à prendre ou à laisser. Fichue liberté, où était-elle restée? Tremblante déjà à l'heure d'enfourcher la singulière monture, même si rassurée par l'étroite étreinte d'un Louis vert tendre et pas plus confiant qu'elle.

J'ai peur, Louis... mais je t'aime. Si tu es là... tout ira bien!


Fameux envol. Elle aurait voulu avoir le courage d'ouvrir les yeux pour suivre leur parcours. Serrée contre son roi, la belle tremblait. Pas plus de ce qu'elle trembla en arrivant à destination, et il faut dire qu'il y avait bien de quoi!

Infini désert de sable blond, ondulant en dunes onctueuses de soleil. Sécheresse à perte de vue. Certes la chaleur ambiante était plus réconfortante que les glaces hivernales mais après un instant tous se rendirent à une cruelle évidence: le manque d'eau...

Le dragon s'éleva à nouveau dans les airs et disparut derrière une dune, faisant claquer l'air sec au battement de ses énormes ailes. Ils restèresnt là, à se regarder, consternés, sans oser extérioriser les affreux doutes qui les habitaient.

Euh...l'a pas laissé de carte, celui là, non?

Achille l'octroya d'un regard méchant mais elle opta pour l'ignorer. Une bizarre sensation l'envahit brusquement.Son corps se tendit, tous sens à l'affût. Fermant les yeux, elle leva le nez, humant l'air chaud et sec, flairant soigneusement quelque effluve inconnu, imperceptible aux narines des autres, qui la jaugeaient, censeurs sans doute, croyant, le plus sûr, à quelque subite lubie provoquée par le soleil de plomb, les émotions du vol ajoutées aux sursauts de sa nature de sauvageonne.

Comme qui revient d'une transe, Hélène secoua la tête et sourit, ravie, inconsciente de l'eblouissante séduction émanant de ses gestes.


Il faudra marcher mais c'est par là, elle signala un ensemble désolant de dunes infinies, ne me regardez pas ainsi...je le sens...nous trouverons de l'eau avant qu'il ne soit tard!

La croire? Ne pas le faire? Les alternatives étaient tristement navrantes.

L'oasis était là, miroitant comme un mirage. Course folle, au délà des forces. À l'ombre des datiers leurs fidèles hybrides les attendaient. D'où venaient ils? Par quel étrange miracle étaient ils arrivés là? Les questions restaient pour plus tard. L'eau, promesse éternelle de vie et renaissance s'étendait, paisible miroir de fraîcheur, scintillant de soleil...
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Signes   Dim 8 Avr - 21:36

Parfois Louis en avait ras-le-bol. Pourquoi fallait-il que tant d’adversité lui tombe dessus ?
Ressusciter dans les conditions actuelles ne correspondait en rien au Paradis laissé entrevoir par son éducation chrétienne et les sermons de son épouse morganatique.
Rabaissé de sa superbe d’antan, souvent plus bouffon que roi, il ne comprenait pas.
À toute chose malheur est bon, il était parvenu à tirer le meilleur parti de la situation imprévue.
La « chance » ou son Dieu avaient mis sur sa route des compagnons d’exception. Achille était une bénédiction, il en était sûr. Rencontrer Amelia et Richard, ces gens issus de son futur, le marqua beaucoup. Puis vinrent Sissi et Hélène... Pour cette dernière, il aurait été prêt à se damner, Dieu le pardonne. Qu’y pouvait-il si les jupons l’avaient toujours tourmenté ?
Un jeu du « hasard » avait fait tourner court l’idylle entrevue avec la belle de Troie. Cependant, fidèle à ses principes, Louis le Grand ne démordait jamais. Quoique, cette fois, les choses étaient radicalement différentes. Conquérir Hélène était bien plus qu’une lubie passagère, un entêtement d’enfant gâté. Il ne la désirait pas uniquement pour assouvir une fantaisie, il la voulait telle qu’elle avec l’espoir de lui apporter toutes les joies et bonheur d’un amour aussi sincère que désintéressé.
De conquérant, il était devenu mendiant, de maître, l’esclave. Un sourire d’Hélène l’enchantait, qu’elle accepte de le côtoyer lui suffisait.
Que d’attentions ne déploya-t-il pas dans l’unique but qu’elle lui accorde sa confiance, sa foi ?
De timide, voire effarouchée, Hélène avait été transformée en sauvageonne intrépide et méfiante. La patience de Loulou semblait enfin récompensée après bien des aventures et… jalousies. Noble, l’hybride tigre-lion dévoué à leur cause, joua son rôle de ciment des relations.
On ne pourrait pas dire que l’ex-roi de France n’avait pas tout fait pour rétablir la concorde et ressouder le groupe de compagnons historiques. Certes, il agaçait toujours autant le guerrier grec, se moquait parfois de lui en retour mais l’amitié primait. Sauf, peut-être en ce qui concernait Burton.
Louis qui l’avait longtemps considéré comme quelqu’un d’honnête en était venu à douter après une petite échauffourée concernant Hélène. D’accord, tous avaient été déboussolés après un passage dans une caverne bizarre, n’empêche que Richard avait failli dépasser les bornes !
Heureusement, les choses s’étaient arrangées et chacun retrouva sa chacune… ou presque.
Pauvre Elisabeth de Bavière ! Condamnée à être demi-poisson la plupart du temps ne devait pas être marrant. Achille, amoureux transi, n’appréciait pas non plus.
Vaille que vaille, les affaires s’étaient arrangées, au moins partiellement puisque la découverte d’une pierre magique avait permis aux rescapés de l’incendie de forêt de récupérer un équipement digne de ce nom.
La découverte d’un ours savant leur avait donné pas mal d’idées à méditer. L’important était qu’une direction à leur quête était perceptible.
Seulement, à chaque médaille son revers. En l’occurrence, ce fut des chutes de neige qui les contraignirent au repli. Voir Achille fou d’angoisse et de douleur rendre sa sirène aux profondeurs fut un vrai crève-cœur. Néanmoins, après une nuit tumultueuse au cours de laquelle Amelia et Richard pelèrent des œufs, les historiques eurent droit à la démonstration la plus éclatante selon laquelle rien n’était impossible dans ce monde.
Louis, de par son éducation, ne pouvait croire aux chimères et autres bestioles issues d’imaginations fertiles. Pourtant, là, il s’agissait bel et bien d’un de ces dragons légendaires.
Qui plus est, Richard -complètement à l’Ouest depuis un temps certain- insista pour que tous se fient à cette bestiole et lui grimpent dessus.


Je ne monte pas sur cette bête!!

Chère Hélène ! Lui non plus n’avait aucune envie de fréquenter ce monstre issu des enfers. Il aida sa dulcinée autant que le lui permit sa « royale » étiquette même s’il crevait tout bonnement de trouille.

J'ai peur, Louis... mais je t'aime. Si tu es là... tout ira bien!

Qui pourrait résister à une telle invitation ?
On fit à la va-comme-on-peut, et atterrit en zone désertique. Sûre d’elle, Hélène désigna une direction qui se conclut prometteuse en une oasis tiède et aqueuse à souhait.
Sissi s’y immergea aussitôt pour retrouver des forces tandis qu’Achille s’en prenait verbalement aux dieux ainsi qu’à la Belle de Troie. Bien évidemment, Le 14ème du nom se hérissa :


Ne cherche pas noise à Hélène ! Elle a trouvé ce havre, peu importe le comment ! On a de quoi faire des provisions, non ?

D’accord, Louis se satisfaisait de peu. Tout baignait au propre comme au figuré. Il remercia chaleureusement Hélène, emplit ses gourdes, et enjoignit Richard et Amelia à faire pareil.

Après plusieurs heures de farniente, il osa glisser sa main dans celle de sa belle :


On est bien, finalement. Peu importe ce qui nous tombe dessus, te savoir là me suffit amplement, ma mie !

Était-ce blasphémer que d’avouer une simple vérité ? Comme s’il avait provoqué la colère de Dieu, le décor changea du tout au tout alors qu’il allait embrasser l’élue de son cœur.
Le cri d’Achille aurait réveillé un mort. De la charmante oasis ne subsistait qu’une étendue craquelée aussi aride que l’environnement immédiat. Redressé de sa couche de palmes, Louis constata les dégâts en s’en voulant presque d’en être responsable.


On… On a des réserves !... Je sais Achille ! Dans quelques heures Sissi souffrira mais on va bien trouver de quoi s’arranger.

Il n’avait aucune idée valable. Aussi tomba-t-il à genoux et, plein de déférence, entama une litanie :

Ô Dieu tout puissant et miséricordieux, nous sommes tes fils repentants. Accorde-nous ta grâce et libère-nous de tout mal.

Il s’en fallut de peu qu’une baffe d’Achille ne lui tourne la tête. Par veine, inspirée Dieu sait comment, Hélène s’accroupit près du reste du petit lac dont elle commença à gratter la surface durcie. Tant qu’à faire, Louis l’imita bientôt suivi par les autres, même Achille.
On s’y cassa les ongles mais le résultat fut bientôt là quand après de longues minutes le sable devint boueux et qu’un filet clair apparut. Certes, ce ru n’avait rien à voir avec la magnifique oasis perdue mais la preuve qu’Hélène flairait l’eau devint éclatante.
Puisque sa sirène ne risquait plus de finir en poisson séché, le Grec se calma. Néanmoins, il était évident que cette source ne comblait qu’un besoin immédiat. Or, rester là, ne les mènerait nulle part...
Amelia, pratique, secoua Hélène qui sommeillait après tant d’efforts. Sa requête était simple : trouver d’autres points d’eau. Comprenant la nécessité, la sauvageonne admit de partir en expédition. Bien sûr Louis ne la laissa pas vagabonder seule dans les dunes. Sangliers et chiens flairent les truffes. Pourquoi une humaine ne trouverait-elle pas de l’eau ? C’est ainsi que la belle de Troie traça un chemin, de source en source invisibles à l’œil nu.

À la quatrième, on bivouaqua, crevés mais satisfaits. La sirène barbotait gentiment quand elle fut prise d’étouffements.


L’eau n’est pas bonne, hurla Louis en courant la secourir. Les gourdes, vite !

Il ne resta plus une goutte d’eau propre alors que le désert semblait incommensurable. Sissi avait ses magnifiques jambes, ça leur en faisait une belle…
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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: Signes   Lun 9 Avr - 17:33

Renaissance dans un monde étrange. Rencontre avec des compagnons inédits. Depuis le début de cette singulière expérience le guerrier antique avait soupçonné les Dieux de se livrer à un de leurs jeux débiles. Confronté à toute sorte d’aventures et mésaventures, il était chaque jour plus fort de cette idée. Toute trace du saint respect, jadis inculqué, envers les divinités olympiennes, envolé, Achille les maudissait avec un entrain croissant à la mesure des malheurs s’abattant sur eux. Déjà qu’il en maudisse quelques uns, faisait grincer des dents à ce cher Louis, qui ne croyait qu’en un Seul et Unique et se gardait bien d’élever un quiconque reproche. Selon le Quatorzième du nom, tant d’insolente impiété n’amènerait rien de bon.

Avoir croisé un ours savant n’était qu’une preuve de plus . Se remettre à suivre la piste fournie, frôlait du risible mais au point où ils en étaient. Et puis ce busque changement de climat. La neige tombant dru, la glace s’emparant de tout et Sissi, sa Sissi, prisonnière de cet étau de froid mortel. Jamais pareil désespoir ne l’avait envahi, en devinant le visage terrifié de son aimée au-delà de l’écran impénétrable. L’apparition d’un dragon salvateur avait permis de la libérer, sans se poser de questions ni ressentir de crainte pour cette créature de fable mythique, Achille avait tiré sa sirène du carcan glacial.

Si je devais te perdre, j’implorerai la Mort de me reprendre ! Je ne peux ni veux envisager vivre sans toi !

À peine eut il le temps de l’envelopper dans une chaude couverture, en l’abritant dans ses bras que Richard, revenu, dirait on, à la raison après sa virulente discussion avec Amelia, ordonnait d’enfourcher la créature. S’il eut des réticences, ce n’était pas le moment d’en discuter. En toute évidence, c’était le seul moyen qui leur restait pour éviter de mourir congelés. Fameux envol. Le guerrier avait déjà connu la sensation de s’élever dans les airs, à bord du ballon mais le faire juché sur le dos d’un monstre fabuleux n’avait rien de comparable. Serrant contre lui son précieux fardeau, il se voulut optimiste, ce qui était loin d’être le cas.

S’il est venu nous sauver, faudra croire qu’il ne veut que nous amener sous de cieux plus cléments !

La vue du désert les consterna mais déjà leur sauveur ailé disparaissait au-delà des dunes blondes, les laissant, démunis sous un soleil de plomb.

Faut il encore remercier les Dieux, à votre avis ?, gronda t’il en sentant la colère du juste monter en lui, au mien, ils se fichent de nous ! Leur générosité m’abat, le choix était simple : on les laisse se geler ou on les fait griller ! Maudits soient ils, du premier au dernier !

C’était de l’hérésie pure et simple. Louis se rebiffa. Sissi eut pour lui un regard de profonde pitié, Amelia et Richard s’abstinrent de commentaires. Hélène, regardant dans la direction où avait disparu le dragon, se trouva l’humeur de dire :

Euh...l'a pas laissé de carte, celui là, non?


Il aurait voulu la gifler mais préféra s’en abstenir, aucun besoin de susciter plus de problèmes. Et voilà que la blonde évaporée se livrait à allez savoir quel genre de cirque. Levant le nez au ciel, humant l’air d’un air absolument concentré avant se sembler revenir de loin et déclarer, toute contente :


Il faudra marcher mais c'est par là, ne me regardez pas ainsi...je le sens...nous trouverons de l'eau avant qu'il ne soit tard!

Le soleil avait dû lui taper dur sur le crâne mais étant donné que les alternatives offertes étaient très restreintes, ils se décidèrent à la suivre. Mourir là ou un peu plus loin ? On n’en était pas à cela près !

Cet air trop sec et si chaud par-dessus le marché ne seyait pas du tout à sa douce Sissi, elle défaillait rapidement. La prenant dans ses bras, le guerrier redoubla le pas, enjoignant aux autres de faire de même. Ils ne tardèrent pas trop longtemps à parvenir à ce que de loin on avait pu prendre pour un mirage. Achille se précipita vers l’étendue d’eau et y plongea avec sa belle.

Tu es sauvée, mon amour !


Mais il n’y croyait pas trop, aux miracles. Pas de cette sorte, en tout cas ! Laissant Sissi se prélasser dans l’onde fraîche, il en sortit pour aller se renseigner sur la teneur de cette faveur inattendue. Hélène devrait passer aux aveux.

Toi, dis moi, d’où as-tu sorti ce don soudain ? Ce sont Eux, qui t’en ont fait cadeau !? Quelle nouvelle traîtrise en est le prix !?

Il l’aurait secouée comme un prunier mais Louis s’interposa.

Ne cherche pas noise à Hélène ! Elle a trouvé ce havre, peu importe le comment ! On a de quoi faire des provisions, non ?

Tu ne t’y connais en rien aux fourberies des Dieux, Louis…ces Maudits ne font que jouer, encore et toujours. C’est leur malin plaisir de nous torturer de la sorte.

On ignora sa fureur, préférant suivre le conseil du Quatorzième en allant remplir les gourdes. Revenue à son état parfaitement humain, l’impératrice chercha à le calmer, avec sa merveilleuse douceur et son infinie sagesse. Il fut question de foi, acceptation et sacrifice, préceptes selon lesquels elle avait été élevée et qui avaient régi sa vie. D’un seul Dieu miséricordieux et juste.

Où qu’il soit, ton Dieu, il semble se ficher pas mal de ce qui nous arrive !...Regarde nous, abandonnés de tout, perdus, sans autre but que survivre chichement, en quête des faveurs mal octroyées !...Oui, je sais, ma douce, nous sommes encore vivants et ensemble mais à quel prix !? On est condamnés à errer, souffrant d’une mesquinerie sans nom…Je t’aime et suis en train de devenir carrément fou !

La folie faillit emporter la partie quand à peine un peu plus tard, la même magie qui avait offert ce répit, l’effaça cruellement.

On…on a des réserves !, osa dire Louis.

DES GOURDES !!! Rien d’Autre !!!, hurla t’il, décomposé de rage.

Et l’autre d’en rajouter et comme s’il n’en suffisait pas voilà que ce grand pieux s’agenouillait et se mettait à prier. Achille fut franchement tenté de lui taper dessus. Ce fut encore cette fois Hélène qui sauva la situation. Allez savoir grâce à quelle sublime illumination, la belle s’était mis à creuser la terre sèche, vite imitée par le reste…lui inclus. Le résultat fut concluant : un mince filet d’eau sourdait de cette surface aride. Piètre consolation mais c’était toujours mieux que rien.

À la demande d’Amelia, la seule à avoir le don de trouver de l’eau, traça la voie à suivre. C’est ainsi qu’ils déambulèrent de source en source, remettant la fin inéluctable.

Confiante et heureuse, Sissi avait plongé dans l’étang salvateur mais cette fois, le bonheur fut de trop courte durée, au lieu de reprendre ses forces, elle commença à s’étouffer .

L’eau n’est pas bonne, hurla Louis en courant la secourir. Les gourdes, vite !

Le devançant, Achille sortit Elisabeth de l’eau. Sans hésiter, les autres l’arrosèrent avec le contenu des gourdes, lui permettant un dernier sursis. Trois heures encore…les dernières, sans doute. Ils étaient tous fatigués, affamés et surtout assoiffés.

Nous n’irons pas plus loin, dit il d’une voix étranglée, ils auront gagné leur sale pari !

Perdue sa superbe de guerrier invincible, abattu par la force de cette destinée ingrate, il en vint à penser que tout n’était que la faute de son manque de respect, de cette arrogance éperdue d’égoïsme qui avait primé avant tout dans sa vie, rien d’autre que sa gloire n’avait compté. Oui, son nom était resté dans la mémoire des hommes, celui du plus grand guerrier, celui dont les Muses chantèrent les louanges…

Et tout pour aboutir à cette fin absurde ? Dois je payer éternellement mes fautes ? Est-ce celui-ci mon enfer ? Dois je prier ? Invoquer clémence ?

On le regarda, avec étonnement, encore plus quand sous l’empire de quelque force qui le dépassait, il tomba à genoux sur le sol chaud, soudain plus humble qu’il n’avait jamais pu l’être mais, abasourdi de douleur, il ne put trouver des mots justes pour mesurer son accablement, son repentir, s’il y avait lieu.

Éreintés, ils s’étaient accommodés à l’ombre. La fatigue eut le dessus, serrant contre lui l’élue de son cœur, Achille sombra dans un sommeil profond, peuplé de visons étranges et d’une voix obsédante.


« Expie…Expie, mon prince. Mais seuls les mots ne suffiront pas. Prie, humilie toi mais c’est le sacrifice final qui te rachètera. Sauver la femme que tu aimes le mérite. »

Quel sacrifice demander de moi ?, s’enquit son esprit survolté, est ce ma vie qu’il faut donner en échange ?

Un rire ironique lui avait répondu, éveillant quelque souvenir confus…

« Ta vie !? Est-ce ton bien le plus précieux ? Egoïste présomptueux…Non, ce n’est pas ta vie qu’il faut sacrifier. Tu aimes Elisabeth par-dessus tout, elle mourra dans très peu de temps, à moins que tu n’ais le courage d’offrir en échange de la sienne une vie de grande valeur.
Réfléchis, guerrier…tu trouveras la réponse ! »


Il se réveilla brusquement, le souffle court, le cœur battant follement. Il savait. Le prix était élevé. Affreusement élevé. Encore paisible dans son sommeil, Sissi souriait…mais déjà au bout d’un instant, se présentaient les signes avant coureurs. Ouvrant grand ses merveilleux yeux emplis d’amour, elle essaya de parler, sans y parvenir.

Je t’aimerai toujours !, murmura t’il en déposant un dernier baiser sur sa bouche tremblante.

Les autres étaient déjà debout. Louis, comme toujours, bavard impénitent, racontait quelque histoire, question de distraire l’angoisse. Il s’approcha, silencieux, glaive en main. D’où elle se trouvait, Sissi devina sans doute son intention et parvint à pousser un cri qui les fit se retourner.


Je suis désolé, mon ami…si tu savais combien !

Personne n’eut le temps de réagir. Le regard de Louis empreint d’incompréhension se fixa dans le sien, se teintant en une seconde d’horreur mais déjà, d’un tour de main, il l’avait empoigné, d’un geste précis, le glaive trancha la royale gorge. L’atrocité de son acte le submergea, soutenant encore la dépouille sanglante de son ami, il laissa tomber son arme, les larmes ruisselant sans honte.

Je suis désolé…mon ami, mon frère…Ta vie valait mille fois la mienne !, puis levant les yeux vers la voûte céleste sa voix se fit plus forte, j’ai prié, je m’humilie en ce dernier instant, Toi, son Dieu omniprésent, je supplie ta clémence, ton pardon…

Il ne put finir…On s’abattit sur lui, sans qu’il cherche à se défendre. Il sentait le goût de son propre sang à la bouche et la douleur infinie d’une lame dans son corps. Le néant l’accueillit, comme jadis et encore une fois, il était seul, face aux ténèbres…


Dernière édition par Achille, héros de Troie le Lun 16 Avr - 0:21, édité 1 fois
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Sissi

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MessageSujet: Re: Signes   Mer 11 Avr - 9:50

L’horreur après tant de douceur. Était-ce possible ?
Nul n’aurait pu prévoir le geste inconsidéré auquel Achille, son noble guerrier, se livra.


Je t’aimerai toujours !

Ces ultimes paroles, elle les avait reçues comme dans un songe. Elle savait sa fin proche et qu’aucune échappatoire naturelle n’existait mais les yeux de son élu exprimaient une foi jamais envisagée. Qu’avait-il en tête ? Son amour pour elle était criant mais aussi une telle tristesse que le cœur de Sissi se broya d’angoisse innommable. Un seul gargouillis s’émit quand la lame se leva :

NOOOn !

Le glaive fendit la gorge royale.

Pourquoi sa vie était-elle devenue ce qu’elle était ? Vengeance divine, rédemption des péchés antérieurs ? Posséder une queue et des écailles les trois quart du temps affligeait beaucoup la sirène. L’épisode du lac gelé la terrifia. Pas tant pour son cas personnel dont elle avait appris à s’accommoder mais pour lui, son Achille, son amour. Un dragon l’avait libérée du carcan de glace, soit ! On n’était pas à une bizarrerie près dans ce monde pas plus que de voler sur le dos de cet animal mythique. Hélène se révéla sourcière dans le désert ? Amen !

À une oasis en succéda une autre, tout baignait. Vu la chaleur, Sissi avait un besoin de plus en plus récurrent de se mettre à l’eau. Achille s’emporta maintes fois contre la fatalité surtout quand celle-ci décida d’empoisonner le liquide si nécessaire.


Ne les provoque pas, mon amour. Tout n’est que passage ! On va, on vient… on revient.

Elle possédait la foi, celle en un Dieu unique et miséricordieux. Jamais il ne la trahirait. Tout s’arrangerait, tôt ou tard. Cependant…

NOOOn !

Pour en arriver à une telle extrémité, Achille devait suivre un but, une voix intérieure. Nul à part lui ne l’avait perçue mais qu’il en vienne à égorger le roi…
Louis pouvait être chiant, imbuvable, idiot et adorable. De là à occire son ami, à moins d’être devenu complètement fou, le Grec savait ce qu’il faisait.
L’irrémédiable s’était produit et, étonnamment, Sissi sentit une énergie incroyable l’investir. Bien qu’elle déplorât la perte du roi, sa confiance en son Dieu et en Achille l’emporta. Sauf que…


NOOOOOn !

Quelle espèce d’idiote qu’Hélène ! Et les autres pourquoi tabassaient-ils ainsi son amour ?

ARRÊTEZ ! Vous allez le tuer alors qu’il vient de me rendre la vie !

La belle de Troie l’abreuva de noms d’oiseaux dont l’impératrice se ficha. Accourue au chevet de son héros, elle chercha à combler le trou de sa poitrine en murmurant n’importe quoi :

Tu l’as fait pour moi ! Ne meurs pas, je t’aime !

Si l’un ou l’autre parla, Sissi ne les entendit pas. Ses pleurs inondaient le visage aimé, rien d’autre ne comptait. Dans le brouillard de ses larmes, c’est à peine si elle constata la disparition du corps de Louis. Il est vrai qu’à diverses occasions, les historiques avaient pu assister à « l’enfumage » des morts de ce monde bizarre.
Le buste altier relevé contre le sien, Sissi berçait son héros défaillant quand une voix très connue résonna dans son dos. Sous le choc, incapable de s’interposer, l’impératrice laissa Louis déverser sa vindicte à l’encontre de son assassin.
Heureusement, Hélène intervint en enlaçant vivement le revenant qui colleta pourtant le mourant après une imposition des mains sur la plaie ouverte qui se referma comme par enchantement. Les rois de France guérissaient ainsi les écrouelles. Louis possédait-il ce pouvoir ?
Résultat des courses, personne ne mourut ce jour-là mais tous furent profondément affectés.
Richard trouva de quoi bâtir un feu autour duquel ils prirent place assez décontenancés, voire honteux de ce qui s’était passé.
Tout en caressant amoureusement les blonds cheveux de son héros, après s’être restaurée des quelques vivres restantes, Sissi dit :


Ce monde est peut-être fou mais une chose est sûre : on ne meurt pas deux fois !

Les heures s’étaient écoulées sans amener aucun signe de suffocation chez l’impératrice qui pardonna le geste d’Hélène, se réjouit du retour du roi et, plus tard, dans l’intimité relative du campement prouva sa flamme à l’élu de son cœur.
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Signes   Dim 15 Avr - 23:04

Ce monde n’en finirait pas de les surprendre. Après avoir cru vaincre les glaces, les Historiques se seraient vu contraints de mourir de soif sans le don très utile acquis par Hélène qui flairait le liquide mieux qu’une baguette de sourcier. Comme de bien entendu, les choses se gâtèrent rapidement avec la disparition soudaine de la belle mare.
Par veine, il leur suffit de gratter un peu la croûte séchée avant d’y voir réapparaître du liquide buvable. Néanmoins, grâce aux provisions et au don d’Hélène, ils purent cheminer sans trop de crainte de source en source jusqu’à la dernière… L’oasis était prometteuse, pourtant la sirène faillit bien y laisser ses écailles. Tous déversèrent leurs gourdes pour donner un peu de répit à l’impératrice mais combien de temps cet état durerai-t-il ? De plus, sans une goutte d’eau…
Lorsqu’Achille clama son désarroi à la face des dieux, Louis ne put s’empêcher de tiquer. Il soupira à l’adresse d’Hélène :


La douleur l’égare. Je prie mon Dieu de lui épargner trop de souffrance…

L’idée qu’émit sa dulcinée l’agréa pleinement. Quitte à mourir de soif, autant essayer de gagner encore du temps.
Les autres semblaient tous passablement crevés et si eux aussi auraient préférer goûter un peu de repos, la destinée de Sissi était trop funeste pour baisser les bras.
Vaillants, Hélène et Louis partirent prospecter les environs. Chemin faisant, Louis encourageait sa belle :


Allez, renifle !... Mais non ! Je ne te prends pas pour un animal de foire, ma douce ! Il faut que l’on trouve pour Sissi… pour nous tous !


Sous le soleil de plomb, marcher dans le sable brûlant était éreintant. Louis commençait à désespérer et prêt à rebrousser chemin quand, enfin, Hélène pointa un index assuré.
Était-ce un mirage, une de ces hallucinations des assoiffés du désert ?
L’eau tiédie dans laquelle ils s’abattirent leur prouva le contraire. Prudent, néanmoins, Louis refusa qu’Hélène se désaltère avant lui :


Si cette eau est impure et me tue, je veux que tu saches que je veillerai sur toi de là-haut. Tu auras été la meilleure part de ma résurrection et je t’aimerai pour l’éternité !

Avant qu’elle ne l’en dissuade, il plongea son visage dans la mare et y but goulûment.
Guilleret, il se redressa en regardant intensément la belle de Troie puis éclata de rire :


Vas-y ma douce, bois tout ton saoul ! Elle est bonne.

Ils s’abreuvèrent et auraient bien barboté longuement si retrouver les autres et leur annoncer la bonne nouvelle n’avait pas primé sur tout.

Joyeux, ils rentrèrent au camp et y croisèrent immédiatement Richard et Amelia à qui Louis s’empressa de narrer leur découverte. Les gourdes pleines s’exhibèrent en preuve. Pressé d’en porter une à Sissi, Louis vit Achille se diriger droit sur lui.

*Quelle tête il fait ! Pourquoi son glaive sorti ? *

Le cri angoissé de Sissi détourna son attention si bien que c’est à peine s’il perçut les paroles d’Achille :

Je suis désolé, mon ami…si tu savais combien !

Tout devint noir.

Des bulles ? Pourquoi voyait-il tant de bulles autour de lui ? Chacune était occupée par un corps inerte. Il semblait être le seul à en prendre conscience. Il se redressa un peu de la sienne et, aussitôt, un individu nimbé de lumière apparut.

Je suis au paradis, enfin ? espéra Louis.

Trop tôt ou... trop tard, dit l’entité qui étendit sa main sur lui.

Tout bascula encore.

Louis s’éveilla et s’assit sur son séant. Complètement ahuri, il se passa la main sur la gorge en s’étonnant de la retirer sans une seule trace de sang.
Où était-il ?
Le désert avait disparu, il était seul au beau milieu d’un bois dense. Son dernier souvenir le fit déglutir douloureusement.
Cela n’avait aucun sens ! Si sa mémoire était bonne Achille venait bel et bien de l’égorger. À moins que tout cela ne soit qu’un rêve ?
Jetant un œil à ses atours minables, Louis se convainquit de la dure réalité. Non, il n’était plus le roi de France. Il ne venait pas de s’éveiller dans ses jardins de Versailles mais bien dans… un autre monde.
Se palpant de partout, il en tira une conclusion assez satisfaisante : on pouvait ressusciter deux fois ! Néanmoins, il avait été déplacé.


*Bien ma veine ! Moi qui venais de résoudre un problème, me voilà séparé d’Hélène ! *

Ses colères d’antan étaient mémorables, celle qui monta faillit l’étouffer de rage. Mais à quoi bon marteler l’herbe de ses poings tel un enfant gâté privé de bonbon ? Puisqu’aucun public ne risquait de voir sa déchéance, il pleura un bon coup et fut remis d’aplomb quoique très affecté. Comment aurait-il pu en être autrement quand celui qu’il considérait depuis si longtemps comme un ami, voire un frère, venait de l’occire sans raison.
Il se remit sur pied et chercha à s’orienter. Malheureusement aucun signe révélateur ne lui donna de direction. Il tourna lamentablement en rond puis entrevit un amoncellement de pierres prometteur vers lequel il se dirigea humblement :


D’ordinaire, nous prions pour des choses matérielles. Là, je ne puis qu’invoquer votre clémence afin de rejoindre Hélène et Achille…

WOW !
Vœu prononcé, vœu exhaussé ! Quoique …


Hey, je crève la dalle !

Ça vient !

Assis sur une racine faisant siège face à une table bancale dans une cambuse rustique, un bourru hirsute frappait son écuelle vide avec une cuillère en bois. Non loin s’affairait une sorte de mégère crasseuse qui touillait une tambouille innommable dans un chaudron. Le ronchon le vit et le darda, mauvais :

Qu’est-ce que tu fous-là ? T’es qui ?

Euh… Je crains une erreur de communication. Je suis Louis, et… vous ?

J’suis Achille, le poissonnier. La grognasse c’est Hélène, ma régulière. Tu veux quoi ?

Rien ! Rien du tout, je ne fais que passer, bon appétit !

Il fila mieux que diable aux trousses.

*Fichues prières ! Tu devrais préciser…*

Le village primitif où il déboula possédait par bonheur une pierre semblable à celles déjà croisées. Louis s’y précipita et réitéra sa quête avec quelques nuances réfléchies :

Je souhaiterais rencontrer, s’il vous plait, Achille et Hélène de Troie, ceux qui furent mes compagnons depuis ma première résurrection. Nous étions dans un désert, je venais de découvrir de l’eau quand…

Alléluia !

La chaleur l’écrasa mais, au moins, il savait être revenu d’où il était parti.
Sa rage revint aussi en voyant un attroupement autour d’un mourant.
Hélène, son Hélène, serrait fortement un glaive sanglant contre sa jambe tandis qu’une Sissi éperdue de chagrin berçait un torse musclé en passe d’extinction.


Tu l’as fait pour moi ! Ne meurs pas, je t’aime !

Pour elle ? Cette réalité frappa Louis et l’exhorta à l’action. Il passa outre le protocole, écartant les inconvenant :

Espèce de salaud ! Tu te disais mon ami, j’étais le tien. Tu m’as saigné moins qu’un poulet. C’est donc tout le cas de notre amitié ? Je devrais te haïr mais… ne le puis car je sais. Alors… Vis !

Par une force supérieure à sa volonté, Louis pratiqua l’imposition des mains telle celle voulue par le don « divin » reçu par ses pairs bien avant lui.
Achille fut guéri.


Au cas où Hélène ne vous l’aurait pas dit, on a une oasis propre à moins d’une demi-heure de marche. Suis fatigué, énonça-t-il, las. Viens mon aimée… si tu le veux bien.

Au creux d’une alcôve rudimentaire, Louis consola sa mie du mieux qu’il put :

Point de pleurs, ma douce : je comprends… De quoi t’en voudrais-je quand tu as prouvé l’amour que tu me portes en me vengeant ? ... Achille aussi a agi par amour… oui, j’ai vu des choses. J’en parlerai tantôt, dormons mon coeur.

Un couple d’heure plus tard, la femme d’un poissonnier lui déversait une marmite sur la tête :

Tu te magnes ou quoi, vaurien !

Marche avant, marche arrière ? Où en était-il ?
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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Signes   Mer 18 Avr - 22:20

N’étant pas du genre à faire des scènes, Amelia s’en voulait presque de celle faite à Richard sauf qu’il faut dire que le résultat allant au delà de ses espérances, la ravit. Octroyée d’un baiser renversant à lui en faire tourner la tête, elle eut droit à des aveux qui l’émurent en l’affolant. Il parla de ces voix torturantes qui obnubilaient son esprit, déséquilibrant son légendaire bon sens, faisant basculer ses loyautés.

Je te l’avoue Meeley : j’ai peur. Si ces voix reviennent, je ne sais pas de quel côté je vais pencher. Ton amour pour moi est le seul lien que j’aie avec la réalité. Ne me l’ôte pas.

C’est mon tour de te dire fou, Dick…t’ôter mon amour ?...Il faudrait mourir pour y arriver…et encore…Je serai toujours là, pour toi…pour t’aimer jusqu’à mon dernier souffle.

Elle s’était endormie au creux de ses bras, heureuse. Rassurée. Oubliant pour quelques heures les misères de ce chaos sans nom qu’était devenue leur existence.

Le lendemain, le dragon les avait menés au désert. Echappant au froid mortel les voilà confrontés à la torture de la chaleur et du flagrant manque de liquide vital.

Cruelle errance que la leur! Si on avait pu croire ai miracle salvateur en découvrant l’oasis, il fallut vite s’en désenchanter quand d’enchanteresse et réconfortante la nappe d’eau se transforma, en un instant en aride cuvette. Encore de quoi conforter l’idée du guerrier : on jouait avec eux. Amelia, commençait à partager ces doutes si légitimes sans trop pousser l’idée et mettre un nom précis à qui pouvait être derrière de cette farce impitoyable.

Pragmatique, elle essayait plutôt de voir le côté positif des choses. Soit, l’étang avait disparu mais il y avait encore assez d’eau pour subvenir à leurs besoins. Gourdes remplies, on décida de suivre les indications de la belle Hélène depuis peu promue au rang d’efficiente chercheuse d’eau. Et pour en trouver, on peut dire qu’elle le fit. Précise, l’ex miss Antiquité par excellence, les mena de point d’eau en point d’eau. À ce train là, on pouvait presque envisager s’en sortir sans trop de mal, de cette impasse désertique.

D’un autre côté, encore de quoi amoindrir son amertume, elle réalisait, ravie, les changements survenus chez Richard. Il était redevenu l’incarnation de la force tranquille, le meneur, le guide…mais surtout l’homme amoureux dont elle s’était tant languie.
Mais voilà que de nouveau, l’implacable poisse qui les poursuivait depuis un temps s’abattait de nouveau et cette fois de façon encore plus sournoise. L’eau de ce dernier oasis était empoisonnée. Sissi avait failli y passer, sans la présence d’esprit de Louis qui les fit vider leurs gourdes sur l’impératrice la sauvant « in extremis ».

Ce n’était que partie remise. Cette fois, tous le pensaient, sans oser le dire, leur dernière heure semblait arriver à grands pas. Sans goutte d’eau dans ce désert sans fin, ne pouvait signifier qu’une mort sûre.

Ironies de la vie…ou de la mort, la première fois elle avait péri en mer. Cette fois, elle allait mourir desséchée sous ce soleil de plomb, dans cette mer incandescente de sable blond. Mais leur mort prendrait du temps. Un homme peut survivre trois jours sans eau, dépendant de la résistance peut être un peu plus mais avant ils deviendraient fous de désespoir. Mais pour Elisabeth, la fin était imminente. Trois heures, tout au plus, avant de s’étouffer et connaître une fin atrocement douloureuse.

Défaitiste, Achille avait résumé le sentiment général :


Nous n’irons pas plus loin, ils auront gagné leur sale pari !

C’était un crève-cœur de voir un homme comme lui, démuni, impuissant, tomber à genoux, humble, implorant, muet de douleur. Personne ne se trouva le courage de chercher des mots de réconfort. Il n’y en avait pas.

Que pouvait on faire d’autre qu’au moins se reposer un peu ? À la merci de l’ombre offerte, chacun avait cherché à oublier l’angoisse qui les rongeait.

Je me demande à quoi rime ce « jeu » absurde…On revient à la vie de manière inattendue pourquoi ?...Pour mourir une autre fois ? C’est un peu idiot, tu ne crois pas, Dick ? En tous cas, celui qui manigance tout ceci est un esprit de sadisme raffiné !

C’était peu dire. L’inéluctable de leur destinée l’abattait, comme à tous mais pour quelque raison, qui n’avait rien à voir avec de la tiède résignation, Amelia ne ressentait aucune angoisse oppressante. En ce moment ce qui l’accablait était la souffrance imminente de Sissi et sans doute la conséquente folie d’Achille.

Le retour de Louis et Hélène, venant de Dieu sait où l’avait distraite de ses mornes réflexions. Richard et elle rejoignirent le couple. Le Quatorzième du nom semblait tout émoustillé en exhibant des gourdes pleines.

C’est merveilleux, vous avez…

Ce qui se passa par la suite eut le don de la priver du don de la parole cohérente. D’abord, le cri empli d’angoisse proféré par une Sissi défaillante alors que le guerrier grec avançait rapidement vers eux, glaive en main, une expression étrange crispant son beau visage. Arrivé près de Louis, il dit quelque chose qu’Amelia ne parvint pas à saisir puis empoignant le roi…lui trancha proprement la gorge.

*Il est devenu fou…il va nous zigouiller tous !*

Mais il n’en fit rien. Comme vidé de toute force, il laissa choir le glaive sanglant, en pleurant comme un gosse affolé. La réaction générale fut instantanée. Mue par l’injustice de cet acte Amelia lui sauta pratiquement dessus, le giflant à toute volée. Plus effectif, Richard l’assomma presque à coups de poings mais ce fut l’intervention d’Hélène la plus contondante et définitive. Son merveilleux visage tordu de haine implacable, elle enfonça son couteau de chasse dans la poitrine du héros qui n’avait pas fait un geste pour se défendre. Blessé à mort, il s’abattit.

Mon Dieu…, gémit Miss Earhart, épouvantée face à cette scène d’horreur, se sentant flancher sur ses jambes.

Sissi, en pleurs, folle de chagrin implorait le mourant de ne pas…mourir. Émue, elle-même aux larmes, Amelia fit encore une constatation pour le moins ahurissante :


Louis…son corps…il a disparu !

Pas pour bien longtemps, n’empêche. Tous avaient bien vu sa gorge tranchée, sa dépouille exsangue…Plus mort que lui, impossible. Pourtant le voilà qui se ramenait comme si rien, aussi fringant que possible, pour houspiller dûment son assassin et imposer ses mains sur la blessure béante. L’agonie du héros avait été de courte durée, mais au lieu de trépasser comme on aurait pu s’y attendre il finit par se redresser, encore couvert de son sang et celui de Louis mais, en toute apparence, parfaitement vivant. Trop étant trop, même pour un esprit pratique comme le sien, Amelia opta pour faire ce que font les filles normales sous le coup d’une grosse émotion, elle s’évanouit dans les bras secourables de Richard, qui pour les effets, semblait aussi assez secoué.

Ranimée paisiblement, elle émergea de l’inconscience pour constater que tout était revenu au calme. Enfin, façon de dire. Si Hélène et son roi, se tenaient près d’elle et Richard, pour des raisons assez évidentes, le régicide et son impératrice, restaient à l’écart.

Et ce fut de même quand ils décidèrent de se mettre en route vers la nouvelle source découverte par Hélène, et encore après quand ils y établirent le campement. Mais ce n’était pas seulement cela qui retenait l’attention d’Amelia. Qu’Achille se sente coupable allait de soi, après tout il avait égorgé son meilleur ami, quelque fut son dessein. C’était le comportement erratique du Quatorzième du nom qui la faisait tiquer. Au premier abord, Louis semblait très tranquille, sans qu’aucune rancœur de l’habite envers son « assassin », ce qui est plus, il assurait comprendre la raison de son acte…et puis sans que quiconque puisse l’expliquer, il semblait tomber dans de curieuses périodes d’absence.

Il est encore sonné par ce qui lui est arrivé, la pauvre !

L’explication était valable mais pour un homme de sa trempe être de nouveau vivant et parmi ses amis aurait dû suffire pour le remettre en bon cours dans la réalité…or là… il se mettait à parler d’Achille comme étant le poissonnier et d’Hélène…

La régulière ?...Mais de quoi il parle celui là !?...Dick, m’est avis que mourir pour le seconde fois lui a retourné les idées !...Louis, bon sang, reviens sur terre…

Mais le cher homme divaguait à fond de train, perdu au fin fond de Dieu seul sait quelle réalité parallèle. Qu’il radote en songes, va et passe, mais bien éveillé, l’affaire devenait grave. Sa belle ne savait plus que faire. Achille, s’en fichait un peu, perclus de remords comme il était.

Louis…il n’y a aucun poissonnier ici…et Hélène…et bien Hélène…c’est ta femme…pas celle du…mais bon Dieu…veux tu arrêter !?, elle se tourna vers Richard qui suivait la scène, circonspect, qu’est ce que tu crois qu’on doit faire ?...À croire que quelque chose l’a chamboulé à son « retour »…je n’en ai pas la moindre idée…mais pour si jamais…Pardonne moi, Loulou, je te jure que c’est dans des fins absolument thérapeutiques !

L’uppercut à la mâchoire sonna Sa Majesté qui s’étala de tout son long.

Suis bonne pour La Bastille !, soupira t’elle en se frottant le poing endolori, mais j’espère qu’il reviendra à lui…à celui qu’on connaît !

Elle n’eut pas le temps de trop s’en préoccuper. Achille hurlait qu’une tempête de sable monstrueuse arrivait sur eux…
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Richard Francis Burton

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Messages : 156
Date d'inscription : 11/03/2011

MessageSujet: Re: Signes   Ven 20 Avr - 23:31

Les voix intérieures s’étaient-elles tues réellement ? Parfois Richard se le demandait car, franchement, aller demander aux autres de monter sur le dos d’un dragon avait de quoi donner réflexion.
D’un point de vue, c’était la seule alternative pour échapper rapidement au froid polaire qui pétrifiait la région, et puis le monstre avait sauvé Sissi, non ? D’un autre point de vue… Burton avait de quoi s’interroger. Lui avait-on « soufflé » cette action ou l’avait-il engagée consciemment ?
Il préférait nettement se confier en la seconde option.
Se battre avec lui-même passa en second plan avec l’urgence du nouveau défi lancé par la « nature » : il fallait de l’eau ! On trouva grâce à une capacité très inattendue de la part de la non moins inattendue Hélène. D’accord, depuis quelque temps déjà, la belle tirait mieux l’arc que la quenouille et elle s’était montrée plus débrouillarde que par le passé.
Prudent quant à ménager les sentiments d’Amelia, l’explorateur se garda bien d’admirer ouvertement cette nouvelle facette de la beauté grecque. Pas qu’une bonne scène de ménage manquât de sel mais Meeley méritait vraiment tout son intérêt.

Du groupe, Dick était sûrement celui que le désert dérangeât le moins. De par son passé tumultueux, il avait appris à vivre en quasi symbiose avec les éléments les plus ardus. Donc, il jugeait la situation plus froidement que n’importe lequel et estimait qu’ils avaient beaucoup de chance avec une sourcière infaillible à leur côté.
Ce qui n’était pas prévu fut qu’une des oasis soit polluée. Malgré les gourdes déversées sur la sirène, les heures de celles-ci étaient comptées.
Comme les autres, Burton se sentit assez accablé par la fatalité qui s’acharnait contre eux. Il aurait aimé pouvoir réfléchir à trouver un moyen de renverser la situation mais Amelia réclamait du réconfort en posant des questions existentielles profondes.


On revient à la vie de manière inattendue pourquoi ?...Pour mourir une autre fois ? C’est un peu idiot, tu ne crois pas, Dick ? En tous cas, celui qui manigance tout ceci est un esprit de sadisme raffiné !

Pourquoi dis-tu "celui qui" et pas "ceux qui" ?

Il ne s’étendit pas sur cette remarque qui laissait présumer suffisamment de son propre état d’esprit. Si le bien et le mal formaient une seule entité, alors oui : il n’y avait qu’un seul Dieu. Ici, il était persuadé qu’ils étaient au moins deux à se jouer d’eux. Cependant, l’heure n’était pas à débattre de métaphysique.

Je crois me rappeler un chant africain ancien. On ne risque rien à essayer d’invoquer la pluie ! Allons ramasser des palmes sèches et brûlons-les.

Des paroles étranges lui tournaient dans la tête. Les avaient-ils déjà entendues avant ou… les lui imposait-on ?
Quoiqu’il en soit, l’idée tourna court avec le retour triomphal d’un Louis émoustillé accompagné d’une Hélène essoufflée mais heureuse. Merveilleuse nouvelle : ils avaient trouvé de l’eau !


Où est l’oasis. Il faut y mener…

Un cri angoissé puis une scène atroce, jamais envisagée. Louis fut proprement occis par le glaive sûr d’un Achille en état second. À l’horreur première succédèrent diverses réactions. Amelia bondit sur le héros qu’elle gifla à la volée. À genoux, l’air plus abattu que sa victime, ne réagit pas même quand mu par une colère irrépressible Richard commença à le boxer proprement :

Traître ! Assassin ! Fallait pas écouter les voix ! Faut pas les écouter, imbécile !

Mais le mot de la fin ce fut Hélène qui le dit en poinçonnant le héros Grec de manière imparable.
Dick se prit la tête à deux mains en murmurant :


C’est ce qu’ils veulent, ont toujours voulu : qu’on s’entretue !

Il n’eut pas l’occasion de s’attermoyer davantage car Amelia défaillait de trop d’émotions car la dernière était de taille : Louis !
Tous l’avaient vu égorgé et voilà qu’il se ramenait, fâché, mais intact pour – rien de moins – guérir la plaie de son assassin.
Sissi, parfaitement ingambe, emmena Achille à l’écart tandis que Richard transporta doucement sa Meeley entre deux arbres rabougris. Un peu d’eau et des baisers ranimèrent l’ex-aviatrice.
Le roi de France se montra très discret sur ses aventures et ne s’expliquait pas trop le comment il s’était retrouvé « ailleurs » avant de revenir près d’eux. Des bribes reçues, Burton nota que les pierres magiques n’étaient pas que des autels à prières. Servaient-elles de passage ? Encore fallait-il qu’elles soient creuses…

Bon an mal an, on se mit assez rapidement en route vers l’oasis découverte récemment par Hélène. Plusieurs fois, Dick se retourna pour s’assurer que les « renégats » suivaient le train.
La situation était navrante. Burton comprenait le Grec. Si la vie d’Amelia avait été en jeu, il aurait probablement aussi écouté des « ordres » farfelus issus de son imagination… à moins qu’ils ne soient réels ? Eternel dilemme.
Chacun cogita à sa façon dans la longue marche vers l’eau promise près de laquelle il fut bon de s’installer avant la nuit. L’ambiance était loin de celle partagée jusqu’alors. Outre la morosité du couple à l’écart, on devait aussi déplorer un changement notable chez l’ex-monarque. Amelia mettait ça sur le compte de la seconde résurrection :


Il est encore sonné par ce qui lui est arrivé, la pauvre !

Mais quand il devint clair que Louis avait des hallucinations, il fallut réagir. La pauvre Hélène ne savait plus comment calmer son loulou qui paraissait terrorisé par un poissonnier et elle-même qu’il semblait voir comme amante d’Achille. Meeley régla la question en assommant bel et bien l’énervé de service, ce qui amusa beaucoup Richard.
On ne se marrait jamais longtemps dans ce coin. À peine Louis parti dans les chandelles, Achille donna une alerte terrifiante. Se tournant vers le point indiqué, Richard reconnut les signes indiscutables d’une tempête de sable en approche. Vu la hauteur de poussière soulevée à l’horizon, celle-ci devait être épouvantable.


Ramassez le matériel ! Couvrez-vous !

Une activité fébrile régna dans le camp improvisé. Des linges emballèrent les têtes tandis que des sacs s’emplirent. Achille tenant Sissi par la main, Louis chargé sur l’épaule, attendit les instructions de Burton qui s’approcha de lui :

Désolé pour les baffes ! Tu as bien fait d’écouter les voix ! Les miennes me disent quelque chose de fou mais… on n’a pas le choix !

Richard avait abattu sa tente mais ne l’avait pas repliée. Il insista pour que tous s’y assoient, s’encordent, et… attendent. Que faire d’autre ? Ils n’avaient aucun endroit où se réfugier.
Serrés les uns contre les autres, la bourrasque formidable qui s’abattit sur eux les fit se recroqueviller. On s’agrippa à ce que l’on put : une main sur la toile, l’autre à son compagnon et… À Dieu va !
Eux qui avaient connu les joies de la montgolfière découvrirent celles, tumultueuses, d’un tapis volant emporté à tout vent. Secoués, ballotés, retournés, ils en perdirent toute notion d’orientation. Les sifflements furieux de la tempête empêchaient toute communication verbale. De plus, pas question d’ouvrir les yeux ; position fœtale et la boucler étaient le mieux.


Dix minutes, une heure ? Le voyage s’arrêta brusquement avec le déchaînement du vent.
Nul ne put dire comment ils étaient arrivés là et ce là était… impressionnant.
Se dégageant la tête des linges, puis époussetant les reliquats sableux qui les alourdissaient, les Historiques contemplèrent leur nouvel environnement.
Ébahis, ils admirèrent les contours en gradins d’une splendide pyramide précolombienne…

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Hélène, la belle de Troie

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Date d'inscription : 20/03/2011

MessageSujet: Re: Signes   Dim 22 Avr - 18:06

Qu’il était bon, son Louis. Que son âme était noble. Le désarroi d’Achille l’avait ému tant et si bien qu’il priait son Dieu de lui épargner trop de souffrance. Hélène s’en voulut un peu de ne pas avoir de si bons sentiments mais espéra quand même que les choses finiraient bien par s’arranger et fit usage du seul don utile qu’elle eut possédé dans cette vie et dans l’autre.

Il y a une autre source, je le sens !


Louis, bien entendu, tint à l’accompagner dans son hasardeuse prospection.

Allez, renifle !...

Non mais…tu me prends pour quoi ? Suis pas une bestiole de foire qui agit sur ordre, mon cher !

Mais non ! Je ne te prends pas pour un animal de foire, ma douce ! Il faut que l’on trouve pour Sissi… pour nous tous !

Comme si je ne le savais pas !, grommela t’elle mais fit exactement ce qu’il attendait d’elle. Renifler. L’air était sec, brûlant mais son don ne la trompait pas, elle pouvait presque la sentir, cette eau salvatrice.

C’est par là ! Viens !

Usant de leurs dernières forces, ils foncèrent dans la direction indiquée. Quel délice que de plonger dans cette eau tiède qui faisait rafraîchir son corps desséché de soleil et sable. Ele s’apprêtait à rassasier sa soif quand Louis intervint, impérieux :

Si cette eau est impure et me tue, je veux que tu saches que je veillerai sur toi de là-haut. Tu auras été la meilleure part de ma résurrection et je t’aimerai pour l’éternité !

Comment ne pas aimer à la folie un homme pareil ? Il était le seul capable de faire de telles choses pour elle, la faisant se sentir unique et aimée par-dessus tout. Angoissée, Hélène suivit ses gestes avec attention, craignant déjà une issue fatale mais après avoir longuement bu, il se releva tout content pour déclarer que l’eau était aussi bonne qu’on pouvait le souhaiter. Elle se désaltéra avidement sentant la vie revenir en force.

Merveilleux retour, imaginant la joie de leurs compagnons en apprenant la bonne nouvelle mais au lie de cela, comme dans un cauchemar au ralenti, Achille s’approcha et après une brève déclaration, empoigna Louis et lui trancha la gorge. Pendant un instant, Hélène resta paralysée d’horreur, incapable de bouger, de crier, de pleurer. Ce meurtre absurde la privait de l’être le plus aimé, le plus révéré, de l’unique véritable amour de sa vie. Revenir à la conscience totale équivalut à se sentir possédée de la plus meurtrière des hargnes, de la plus virulente des haines.

Il était ton ami, maudit !...Le seul que tu aies eu de ton immonde existence !

Pendant un instant très bref elle croisa son regard, jadis si hautain et dur, là si affreusement contrit, si triste…mais déjà la lame entamait sa peau, atteignait son cœur, le tuait. Ironiquement, il était mort la première fois à cause d’elle…et cette seconde…par elle !

Crève, fils de Pelée, puisse ton âme pourrir en Enfer !

Elle se sentit tirée en arrière et devina qu’il s’agissait de Richard et elle commença à trembler, désirant mourir à son tour en constatant, horrifiée que la dépouille de son aimé avait disparu.

Les Dieux…les Dieux l’ont emporté !

Elisabeth, elle, pleurait en berçant le mourant.

Tu l’as fait pour moi ! Ne meurs pas, je t’aime !

De quel droit vivrait il s’il a tué Louis !, hoqueta elle pour un instant après se voir bouleversée d’allégresse en voyant son Louis s’amener tranquillement comme qui se promène au parc, LOUIS !!!

Lui sauter au cou fut le moindre à faire, le couvrant de baisers éperdus mais il l’écarta avec douceur, se dirigeant vers l’impératrice et le héros qui agonisait.

Espèce de salaud ! Tu te disais mon ami, j’étais le tien. Tu m’as saigné moins qu’un poulet. C’est donc tout le cas de notre amitié ? Je devrais te haïr mais… ne le puis car je sais. Alors… Vis !

Ahurie, comme les autres, elle assista au miracle. La blessure se referma, Achille vivrait !

Au cas où Hélène ne vous l’aurait pas dit, on a une oasis propre à moins d’une demi-heure de marche. Suis fatigué. Viens mon aimée… si tu le veux bien.

Ne pas le vouloir ? Pendant ces instants terribles elle avait connu de nouveau les affres de la douleur sans nom et maintenant IL était de retour et demandait sa grâce. Elle n’hésita pas une seconde à se jeter dans ses bras, se laissant entraîner où il voudrait bien l’emmener. Au creux de son étreinte rassurante, à l’écart des autres, elle pleura…d’amour, de soulagement, de contrition.

Je…je ne voulais pas le tuer…


Point de pleurs, ma douce : je comprends…

Homme merveilleux.

Je n’ai pu contenir mon geste…te voir mort m’a rendue folle !


De quoi t’en voudrais-je quand tu as prouvé l’amour que tu me portes en me vengeant ?

Tu es le seul…l’unique. Si tu devais mourir, je voudrais mourir aussi…

Achille aussi a agi par amour.

Voilà une révélation pour le moins surprenante. Il avoua avoir vu des choses et compris beaucoup d’autres mais assura être fatigué. Un instant plus tard, il dormait. Elle le contempla, le cœur gonflé d’amour, forte de l’assurance de, pour une fois, avoir agi correctement. Très doucement, elle caressa ses boucles brunes, plus que jamais convaincue, qu’après lui nul homme au monde ne mériterait une seconde de son attention.

Je t’aime tant, Louis.

Elle fut, logiquement, la première à s’apercevoir de l’erratique comportement du Roi mais, comme tous, l’attribua au fait de sa brutale mort et conséquente résurrection avec quelques bizarreries à la clé dont il ne voulut pas trop parler. En rêves n’avait il pas parlé d’un poissonnier nommé Achille et d’elle-même comme étant sa mégère de femme ?

*Drôle d’idée !*

Aussitôt quelques forces retrouvées, le groupe, scindé, se mit en marche pour joindre l’oasis découverte avant cette tragédie en deux actes qui avait chamboulé la cordiale entente qui avait régné jusque là. Sans lâcher le bras de son chéri, Hélène se sentait aux anges et se fichait assez du fait que le guerrier et son ex-sirène fassent leur chemin en solitaire. À son avis, même si Louis était revenu à la vie, Achille méritait tout l’opprobre qu’on voudrait lui signifier. Personne ne touchait le thème mais elle était sûre que tous y pensaient. Quoiqu’il en fut, le héros de Troie se tenait à l’écart, l’air plutôt abattu.

*Ça ne lui fera aucun mal, connaître le remords !*

Que Louis, parfaitement éveillé, du moins c’était l’impression qu’il donnait, recommence avec son délire farfelu la fit oublier tout autre chose.

Mais voyons, Louis…je suis Hélène…pas la femme du poissonnier. En plus, Achille n’en est pas un…Louis, par pitié, arrête de débiter des sornettes pareilles. Regarde moi bien…je suis Hélène, ton Hélène…

En toute évidence, il la regardait sans la voir et de le faire allez savoir ce qu’il voyait, la chose est qu’il poursuivit de plus belle avec sa petite idée. Hélène perdait moyens et patience. Le secouer ne donna rien, pas plus que l’houspiller sur tous les tons. Elle en pleurait presque quand Amélia crut bon intervenir. La rouquine essaya de le raisonner, sans aucun succès, optant pour passer à l’action musclée.

Pardonne moi, Loulou, je te jure que c’est dans des fins absolument thérapeutiques !

Et de lui envoyer un coup de poing saisissant d’effectivité qui l’assomma sans plus de préambules.

Mon pauvre amour…on le tue…on l’assomme…, gémit elle en le berçant, vexée d’entendre Richard rigoler comme s’il n’y avait rien de plus amusant, très gentil de ta part de te ficher de lui…

Si elle avait envie de discuter, ce fut raté parce que juste à ce moment, Achille s’amena en hurlant qu’une tempête de sable approchait. Richard prit l’affaire en main distribuant des ordres concrets qui furent suivis avec extraordinaire célérité. C’est ainsi que la belle Hélène se retrouva enveloppée d’un drap, installée sur une tente étendue tel un tapis, serrée entre les autres, serrant son Louis toujours dans les vapes, s’accrochant à la comme on peut et littéralement morte de trouille, ce qui ne s’améliora pas quand la force de la tempête les arracha du sol, les emportant dans les airs. Vol infernal qui lui sembla durer une éternité mais qui finit avec une douceur inattendue, quand leur tapis improvisé se posa au milieu d’un décor extraordinaire, en tout cas très différent à l’aridité du désert qu’ils venaient de quitter.

Louis reprenait ses sens, Richard les renseigna quant à la construction qui dominait la clairière de cette forêt dense. Une pyramide précolombienne. Hélène n’y comprenant rien de toute façon, préféra s’occuper de son amour laissant aux autres le loisir de s’ébaubir à souhait.

Tu as de la chance de ne te souvenir de rien…Ça a été affreux !...Ça a été l’idée de Richard…Qui t’a installé à bord ?...Qui d’autre ? ..Oui, je lui en veux toujours…enfin, plus trop, quand même…

En tout cas le mot d’ordre semblait être : nouveau décor. On repart à zéro. Tout différend effacé. On reléguerait le crime d’Achille au rang de mauvais souvenir, un aléas de leur destinée peu commune. C’est dans cet esprit d convivialité retrouvée, que le campement s’établit non loin de l’imposante construction qu’ils comptaient explorer plus tard…
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