Gods Games

Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Errance

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Lindsay Fairchild

avatar

Messages : 753
Date d'inscription : 22/02/2011
Age : 29
Localisation : Quelque part?

MessageSujet: Errance   Sam 21 Avr - 14:51

À vrai dire, Lindsay ne garda pas une idée trop claire et encore moins concrète de cette escarmouche avec les néandertaliens. Car c’était bien de cela qu’il s’agissait, selon les doctes commentaires de Poindexter, qui au milieu de la débâcle régnante se trouvait encore l’esprit à faire des observations paléontologiques, sauf que là, ces « fossiles » étaient rudement actifs ! Arme au poing, elle avait essayé de ne pas penser et s’était défendue comme tous et chacun. Tuer des inconnus n’était pas pour lui plaire mais là le choix n’était pas à faire…leur peau ou la sienne !

La démonstration du samouraï ne lui était tout de même pas passée inaperçue mais après la première tête qui roula, Lindsay avait détourné le regard, luttant contre l’envie de vomir. Certes tuer est tuer dans tous les cas mais à son avis, il y avait façon et façon. Chaque temps ses mœurs !

Le combat avait pris fin aussi brusquement qu’il n’avait commencé. Les néandertaliens avaient déguerpi, se perdant dans les bois mais l’urgence du moment la ramena à des considérations plus terre à terre. La plupart s’en était sorti de l’aventure avec quelques égratignures sans gravité mais ce cher Aristide Le Gallet avait un bras réduit en miettes d’un coup de gourdin. Après l’avoir examiné consciencieusement le verdict de Dan tomba comme couperet : amputation. Ce serait, à son avis, l’unique façon de sauver l’homme d’une infection massive que les moyens de bord ne sauraient prévenir. Le samouraï s’apprêtait à acquitter la demande, sans y opposer la moindre vacillation mais elle sentit tout son être se révulser contre une sortie si radicale :


Non !...Attendez un peu…on ne va couper le bras de personne. Soyons rationnels, faute de pouvoir retourner au village où on aurait les moyens de le soigner, je pense que la Pierre pourrait y remédier…

Et Neil d’y opposer sa logique :

Ma chérie, chaque seconde compte ! Dan sait ce qu’il fait !

Savoir ce qu’il fait ? Je n’en doute pas une seconde…mais là, c’est pas la guerre du Golfe, mais notre monde tout bizarre…on donne des diamants à une Pierre pour avoir à manger…elle nous mène d’un endroit à l’autre, gère nos vies…tu ne crois pas que ça pourrait marcher pour Aristide ?

La question était bonne mais évidemment personne ne connaissait la réponse. C’était un risque à prendre sans savoir quel en serait le résultat. Mais pour Lindsay il était clair que le choix n’était pas à faire, on ne pouvait priver un homme de son bras juste parce qu’on a la trouille de chercher une autre alternative.

Mal en point, défaillant, Aristide s’arrangea tout de même pour donner son avis : se faire couper le bras ne le tentant guère, il était partant pour l’option proposée par Mrs. Chesterfield, ferme dans son obstination. Dan finit par céder et aidé de Lewis soutint Le Gallet jusqu’au seuil de l’arche de pierre.

Allons y !, dit elle en prenant les devants.

Neil, bien entendu chercha à l’empêcher de prendre la tête de l’expédition « Guérison ».

N’y va pas, mon amour ! Rien ne dit que le passage s’ouvrira deux fois.

Elle ne l’en aima que plus, si possible.

Nous avons, jusque là, vaincu tous les obstacles de notre chemin…nous nous arrangerons avec celui là aussi. Je t’aime Neil…plus que tout au monde mais je sens que celui là est mon devoir…je reviendrai…ici ou là, mais je saurai toujours te retrouver !

Se séparer de son mari lui faisait un mal terrible mais Lind ne flancha pas, d’un pas décidé, elle s’engagea sous l’arche, torche brandie, prête à éclairer le chemin.

*Tu es devenue folle…pourquoi faire cela ?...Ils sauraient s’en tirer sans moi. *

Mais en même temps, une conviction née au fond de son esprit, lui assurait qu’il n’en serait rien. L’obscurité glauque des lieux les engloutit. Le cœur battant follement, la jeune femme balaya les parois humides avec la puissante lumière de sa torche électrique. Un mauvais frisson la parcourut.

Je ne sais pas pourquoi…mais cet endroit me semble différent !

L’était-il ? Comment en être sûrs ? Elle se retourna vers l’entrée mais comme prévu, l’illusion était parfaite et ses yeux ne rencontrèrent rien d’autre que de la pierre sombre. Ils se trouvaient au centre de la cavité, entourés de parois massives.

Nous sommes bien passés à travers pour sortir mais je suis sûre que nous y avons abouti par une sorte de couloir…sauf que là…

Il n’y avait rien. Du regard, elle chercha l’appui de Dan mais il avait l’air aussi pris de court qu’elle.

Tu penses qu’on devrait…prier ?

Une idée tout aussi bonne que n’importe quelle autre. Lewis s’abstint de commentaire sans lâcher Aristide qui semblait être à point de s’évanouir pour de bon. McIntosh assura que le malade ne tiendrait pas longtemps le coup, la perte de sang était trop importante.

Je ne sais pas qui vous êtes ni ce que vous voulez de nous mais quoiqu’il en soit, j’implore votre aide pour notre ami.

Humilité, sans trop pousser le bouchon, ajoutée à sa foi naturelle en un Dieu tout puissant sembla donner des résultats aussi concluants que surprenants. Surgis de nulle part, deux êtres vêtus de tuniques immaculées s’approchèrent du petit groupe. Sans un mot, ils écartèrent Dan et Lewis du blessé qu’ils étendirent à même le sol. S’en suivit une courte séance d’imposition des mains. Aristide émit un long gémissement qui les terrifia. Instinctivement Lindsay chercha la main de McIntosh en tremblant comme une feuille.

Cette manifestation « céleste » la dépassait outre façon. Tout finit aussi vite que commencé. Les apparitions remirent Le Gallet sur pied et tous purent constater que son bras avait retrouvé toute sa fonctionnalité. Ébaubis, ils avaient mille questions mais le mutisme des êtres en blanc les laissa sur leur faim.

On veut retourner avec les autres, se risqua à insister Lindsay.

L’une des apparitions se limita à signaler une direction avant de disparaître.

Bon…merci quand même ! C’est merveilleux, Aristide, votre bras est comme neuf. Ça va ? Vous vous sentez bien ?

Bof…bizarre mais ça tient !

Ce serait déjà ça de gagné. Sans aucun désir de s’éterniser sur les lieux, ils avancèrent vers la paroi et comme prévu, la traversèrent sans encombre sauf que l’endroit où ils aboutirent ne ressemblait en rien à celui qu’ils avaient quitté si peu auparavant.

Mais…On s’est trompés de sortie ! Retournons et sortons dans l’autre sens !

Faute de mieux, on accepta l’idée sauf qu’au moment de vouloir traverser de nouveau…la paroi était aussi solide et impénétrable que…de la pierre ! Affolée, Lindsay éclata en sanglots éperdus.

Ce…ce n’est pas possible…pourquoi ? Pourquoi nous faire ça !?

Aussi désolés qu’elle, ses trois compagnons d’infortune tentèrent de la consoler, sans trop de succès vu le peu de conviction qu’ils se trouvaient. Après un moment passé à gémir sur leur injuste sort il fallut tout de même prendre une résolution.

Nord Ouest…au moins, j’ai encore ma boussole !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Daniel McIntosh

avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 16/03/2011
Age : 39

MessageSujet: Re: Errance   Sam 21 Avr - 22:13

S’évanouir au beau milieu d’une bataille ! Le Dr McIntosh n’était pas fier de lui, loin de là, lorsqu’on le ranima avec des aspersions au visage. Il avait pourtant l’habitude du sang et avait déjà réparé bien des corps affreusement mutilés dans divers types d’accidents ou rixes. À la différence près que c’était la première fois qu’une tête explosait à quelques centimètres de la sienne.
Neil Chesterfield réclamait son aide. Rafistoler les blessures, c’était son domaine. Il jugea rapidement l’étendue et la gravité des cas pour retenir celui de Le Gallet. Le cuistot s’était vaillamment défendu avec son arme de prédilection : sa marmite. Hélas, de vilains coups de massue lui avaient pulvérisé le bras. Même le meilleur des orthopédistes avec un matériel sophistiqué n’aurait pu sauver un membre aussi amoché. Chaque fragment déplacé était une source potentielle d’infection, voire d’embolie graisseuse. L’unique solution résidait dans une amputation propre. La rapidité d’exécution était cruciale aussi. Lui, avec bistouri et scie à os, il mettrait probablement 10 ou 15 minutes à libérer la partie écrasée de la saine. Pour avoir vu le rasoir de Miyamoto en action, le gain de temps serait une bénédiction.
Le samouraï ne se déroba pas à la requête, ce fut Lindsay qui s’y opposa :


Non !...Attendez un peu…on ne va couper le bras de personne. Soyons rationnels, faute de pouvoir retourner au village où on aurait les moyens de le soigner, je pense que la Pierre pourrait y remédier…

Ce que femme veut…
Après tout, sauver un bras valait bien de tenter le coup, en souhaitant que ça marche...
Abruti de calmants, Aristide ne broncha pas quand Dan, aidé de Lewis, le transporta à l’arche.
Que Lind décide d’accompagner les trois hommes n’étonna qu’à moitié le médecin. Sans doute voulait-elle assister personnellement au « miracle » ?


*Pourvu qu’il y en ait un*, pensa Dan en passant sous la pierre.

L’obscurité, vaincue par la puissante torche tenue par Lindsay, révéla… un changement notable par rapport à la traversée précédente. Ils étaient dans une sorte de cul-de-sac.

Tu penses qu’on devrait…prier ?

Curieuse idée, mais on n’était pas à ça près.

Faut faire quelque chose, n’importe quoi ! Plus que son bras, Aristide risque sa peau. Je l’ai bourré d’antibiotiques, mais…

Une courte supplique s’éleva sous la voûte de pierre :

Je ne sais pas qui vous êtes ni ce que vous voulez de nous mais quoiqu’il en soit, j’implore votre aide pour notre ami.

Alors là… Dan se crut bon pour l’asile. De nombreux récits mythiques et de films fantastiques faisaient référence à des êtres de lumière, mais en voir apparaître deux sous ses yeux…
Beaux ? Impossible à dire tant leur rayonnement était éblouissant. On devinait plus formes et actes que réellement ceux-ci. Quand Aristide gémit fortement sous une sorte d’imposition des mains, Dan sentit la menotte tremblante de Lind accrocher la sienne. Au moins, il n’y avait pas que lui qui avait la trouille !
Aristide se retrouva bientôt sur ses pieds, aussi ébahi que les autres de voir le « miracle » accompli.
Les êtres de lumières s’évaporèrent juste après leur avoir indiqué une direction, sans un mot.
Professionnel, Dan s’approcha du cuistot et lui palpa muscles et os, en s’enquérant des sensations éprouvées. Tout baignait !
Il ne restait plus qu’à rejoindre les autres. Seulement, une fois le mur traversé, le décor ne correspondait pas du tout à celui quitté antérieurement. Au lieu d’une forêt genre européen, celle-ci avait tout d’une tropicale ! Chaleur étouffante, arbres gigantesques : rien ne manquait.
Le désarroi de Lind était au comble, surtout quand il apparut impossible de retourner en arrière. Chacun pesta à sa façon, l’abattement guettait.


T’en fais pas Lind, on va le rejoindre.

Pour un peu, Mrs. Chesterfield se serait mise en route de suite en suivant sa boussole.

On ne va nulle part ! assura Dan. Ce serait folie de s’embarquer Dieu sait où sans un minimum de précautions. Nous avons une pierre à disposition : prions.

L’inventaire de leurs biens personnels était très limité. Lind possédait sa boussole et une lampe torche, Lewis son fusil et quelques chargeurs, Dan sa trousse médicale, Aristide un couteau suisse.
N’ayant aucune idée du temps qu’il leur faudrait pour rallier le groupe, chacun fit ses dévotions à sa façon.
Des sacs à dos remplis, les quatre compères attaquèrent cette forêt luxuriante.
Lewis et Dan, machettes en action, taillèrent la route selon les instructions de Lind qui consultait sans cesse sa boussole.
La touffeur ambiante, additionnée à l’exercice, les fit dégouliner en moins de deux. Des gourdes pleines avaient été reçues mais, à ce rythme, elles ne feraient pas long feu. Dan distribua des pastilles de sel qu’il avait eu la présence d’esprit de « commander ». Certaines tiges tranchées recelaient une sorte de lait très tentant. Néanmoins, ne pouvant les identifier à 100%, Dan préféra que nul n’y touche pour le moment.
Outre la déshydratation, on devait se méfier des bestioles environnantes. Un répulsif à base de citronnelle aspergea la ronde de quoi se prémunir un peu des insectes volants. Quant aux autres animaux, mystère. On entendait bien ici ou là résonner des cris de perroquets et autres volatiles sans pour autant apercevoir leurs auteurs.
Après deux heures de marche forcée, on souffla.
Difficile d’estimer l’heure locale. C’est à peine s’ils distinguaient le bleu du ciel entre les trouées des arbres démesurés. En tout cas, il faisait vachement chaud.
Le Gallet râla :


Bien la peine de me rafistoler le bras si c’est pour me cuire à l’étouffée. J’aurais préféré au bain-marie, au moins j’aurais eu de l’eau !

Il s’affala au pied du premier tronc venu et entreprit de s’éventer avec le large chapeau reçu de la pierre. Lewis, qui avait la bougeotte, s’enfonça un peu à l’écart dans la végétation. Avisant la petite mine de Lindsay, Dan s’assit à ses côtés :

Tu vas bien ? Tu as bu régulièrement ? Je sais que tu penses à Neil et au mouron qu’il doit se faire mais faut pas te laisser aller. Tu en as pensé quoi, du miracle ? … Moi, ben… Je ne suis pas particulièrement croyant mais ce que l’on a vécu est très… particulier. Ils ont réussi un vrai tour de force avec Le Gallet… Je trouve ça rassurant.

Ils discutèrent un peu des avantages et inconvénients de leur situation mais Dan jugea Lind vraiment trop morose. Un peu de distraction ne nuirait pas. L’air de rien, il ramassa une feuille fraîchement tombée, et la roula en boule. Luisant de transpiration, le crâne chauve d’Aristide constituait une cible fort attractive. D’un tir précis, Dan expédia sa balle qui frappa légèrement un Le Gallet sommeillant. Il sursauta en criant mieux qu’un putois au point que la jungle entière parut s’éveiller en écho. Les cimes s’agitèrent soudain avec des cris assourdissants et, telle une pluie diluvienne, des dizaines de projectiles bombardèrent joyeusement les trois compagnons ahuris. Un clan complet de macaques en folie s’amusait à leurs dépens en leur balaçant tout ce qui leur tombait sous la patte, tant et si bien que les humains hilares durent se refugier sous le couvert de hautes frondaisons.

Je suis désolé, rit Dan. Je ne pensais pas déclencher ça !

Au moins Lind riait ! Ses éclats cristallins ravirent le toubib heureux de sa diversion. Le Gallet, d’abord fâché, finit lui aussi par rigoler. Ils se tenaient les côtes quand, brusquement, la dure réalité se rappela à eux avec… un coup de feu.

LEWIS ! hurla Dan.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lindsay Fairchild

avatar

Messages : 753
Date d'inscription : 22/02/2011
Age : 29
Localisation : Quelque part?

MessageSujet: Re: Errance   Mer 25 Avr - 23:23

Céder au désespoir n’allait pas résoudre le problème mais pleurer un bon coup servit, au moins à défouler la tension accumulée. Faisant preuve de bon sens, le Dr. McIntosh prit en main le cours des opérations.

Ce serait folie de s’embarquer Dieu sait où sans un minimum de précautions. Nous avons une pierre à disposition : prions.

Lindsay soupira, refrénant la folle envie de se mettre illico en chemin et suivant les doctes remarques sur leurs besoins immédiats, s’acquitta à la prière en y mettant toute sa foi. La Pierre se montra à la hauteur des circonstances et les pourvut du nécessaire pour se lancer à l’aventure.

Laissant Dan et Lewis le soin de se frayer passage dans cette végétation luxuriante, Lindsay, sans lâcher sa précieuse boussole, réfléchissait à l’absurde tournure qu’avait pris son existence en question de minutes. Trop de « si » se succédaient en rapide cadence, à point presque de transformer ses simples réflexions en une rude confrontation de vérités existentielles.

*On ira loin avec tes tracas philosophiques, ma pauvre !*

Il faisait une chaleur à peine supportable, humide, lourde, étouffante. Lindsay avait la sensation de se trouver dans un bain de vapeur. McIntosh prit la précaution de leur administrer des pastilles de sel pour éviter la déshydratation et les asperger de répulsif contre les insectes voraces.

J’en peux plus !, avoua t’elle, en se laissant tomber sur une souche, ayant pris soin qu’il n’y ait aucune bestiole bizarre squattant les lieux. Elle se sentait sale, poisseuse, fatiguée, déroutée et en avait aussi un peu ras le bol, de ces surprises à répétition.

Pas loin d’elle, Le Gallet résumait ses sentiments, à sa façon…culinaire.


Bien la peine de me rafistoler le bras si c’est pour me cuire à l’étouffée. J’aurais préféré au bain-marie, au moins j’aurais eu de l’eau !

Petit sourire gris, elle n’avait pas cœur à l’humour mais essayait de se montrer forte, sans trop de succès, Dans s’en aperçut et prit place tout près d’elle.

Tu vas bien ?

Oui…merci.

Tu as bu régulièrement ?

Oui, Docteur, je suis vos indications au pied de la lettre, soupir, ne te fais pas de la bile pour moi, Dan…je tiendra bon !

Mais il était perspicace, le toubib, même s’il ne fallait pas être un génie pour dépister ses véritables états d’âme.

Je sais que tu penses à Neil et au mouron qu’il doit se faire mais faut pas te laisser aller.

Un autre soupir, cette fois à fendre le cœur le plus endurci. Mais à quoi bon recommencer avec ses lamentations ? Cela ne les avancerait pas plus. Il comprit et continua de parler, comme si rien.

Tu en as pensé quoi, du miracle ?

Quelle question ? C’en était un, pas de doute…j’ai toujours cru en la force de la foi mais n’avais jamais eu une évidence si flagrante…et toi, tu en penses quoi ?

Le jeune homme hocha la tête, un peu embarrassé à son avis.

Moi, ben… Je ne suis pas particulièrement croyant mais ce que l’on a vécu est très… particulier. Ils ont réussi un vrai tour de force avec Le Gallet… Je trouve ça rassurant.

Oui, c’est rassurant. Au moins, semblerait il, qu’on ne nous veuille trop de mal.

Tant bien que mal, ils entretinrent un semblant de conversation, ce n’était pas la matière que manquait mais force de monosyllabes désenchantés il fallut se convaincre que l’entrain n’était pas de la partie. Daniel était un homme merveilleux, spécial. Si posé et tranquille. Si peu ami des conflits, sans pourtant être un lâche, même si parfois Lindsay devinait que c’était ce qu’il pensait de lui-même. Le connaissant un peu, de se fréquenter si souvent au village, elle avait peu à peu percé la raison de beaucoup de choses. Comme tant d’autres, le Dr. McIntosh avait cherché à trouver une voie pour échapper à une vie qui ne le satisfaisait pas du tout, à un chemin tout tracé, aux limites exiguës posées par d’autres. Elle avait tenté de le faire, sans doute, sans le naufrage, sa vie n’aurait été autre chose qu’exaucer de son mieux les vœux familiaux. Arriver à ce monde étrange leur avait changé la vie, à tous, dévoilant leur véritable esprit, leur force pour affronter les singularités de leur jour le jour, sans avoir à se cacher derrière un masque exquis de mondanité polie.

Comme par exemple envoyer une feuille roulée en boule faire mouche en plein sur le crâne de Le Gallet qui piquait un petit roupillon. La suite fut magnifique ! Éveillé en sursaut, Aristide gueula mieux que si on allait l’égorger, ameutant la faune locale, qui si on en croyait par le vacarme qui s’éleva, n’était pas des moindres et puis, comble des combles, une bande de singes exaltés s’exerça au tir en les prenant pour cible. Entre les perruches qui s’envolaient à grand renfort de piaillements, les macaques qui hurlaient leur bonheur et eux qui rigolaient comme des malades en courant se mettre à l’abri on aurait pu croire à fête dans la jungle.


Je suis désolé. Je ne pensais pas déclencher ça !

Désolé !?...Moi pas ! Je me suis pris Dieu sait quoi dessus mais cela faisait longtemps que je ne riais pas autant…on est vivants…c’est merveilleux !

Comment pouvait elle rire de tout son cœur alors que Neil lui manquait atrocement ? Elle aurait pu s’en vouloir mais n’eut pas le temps d’y penser, un coup de feu tout proche, les mit en alerte tout autant qu’aux macaques qui s’enfuirent en poussant des cris affolés.

LEWIS !

Elle suivit Dan qui s’élançait dans la direction d’où, à leur avis, parvenait le coup de feu. À leur grand soulagement, Lewis n’avait pas subi le moindre mal mais jurait avoir vu quelqu’un ou quelque chose se mouvant non loin, dans les ombres du sous bois.

C’était grand !, assura t’il, énervé, peut être un ours…ou un sanglier…

Ou un être humain !, fit remarquer Lindsay, vous lui avez tiré dessus ?

Contrit, Lewis avoua l’avoir fait. Il était sur les nerfs, se sentant responsable de leur sécurité. Après tout, et en toute raison, il était bien le seul à avoir une idée, plus rapprochée que la leur, pour se tirer d’affaire en situations périlleuses.

Et…vous avez fait mouche ?, voulut elle savoir.

Sais pas, faut regarder…s’il y a trace de sang…

Ouais, si c’est un ours et il est blessé…, grommela Le Gallet en les rejoignant.

Lindsay se racla poliment la gorge, prenant, malgré elle, un petit air guindé.

Je ne crois pas que sous ces latitudes on aura à faire avec un grizzli, on peut penser plutôt à…peut être un jaguar ou un cochon sauvage…pardon, c’est qu’il me semble que là, on est en pleine forêt tropicale, genre Amazonie, si vous voyez ce que je veux dire…enfin, c’est ce que disait Mr. Poindexter hier soir…

Vous oubliez les drôles de mecs qui nous ont assailli !?, s’enquit Lewis, râleur, pas de gentils pygmées !

Elle allait dire qu’il n’existe pas de pygmées en Amazonie mais à la réflexion préféra se taire. Ils n’avaient que cirer d’une demoiselle savante, là.

Cochon sauvage, Winnie the Pooh ou Cromagnon …on va pas rester là pour en savoir plus…ou oui !?

La question ne se posait pas. À pas redoublé, oubliant leur fatigue d’instants auparavant, ils abandonnèrent la scène du « crime », tous sens à l’affût. Ils avançaient cahin-caha au milieu de la brousse dense, essoufflés de chaleur mais en plus une gênante sensation leur était commune…

On nous observe….j’en suis sûre !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Daniel McIntosh

avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 16/03/2011
Age : 39

MessageSujet: Re: Errance   Dim 29 Avr - 22:28

Était-ce la poisse d’être séparé des autres membres de l’expédition ? Dan hésitait à trancher. Jusque-là, en tout cas, son « groupe » ne s’en tirait pas si mal. Il est vrai que cela ne faisait que quelques heures qu’ils erraient dans la forêt tropicale sans avoir rencontré d’hostilité.
La pierre magique leur avait accordé tout ce qui avait été demandé sans avoir besoin de lui donner de diamants. Ces pierres-ci étaient-elles moins voraces que celles du village ou étaient-elles seulement plus… neuves ? En y songeant bien, McIntosh pencha pour la seconde solution. En effet, les villageois étaient très nombreux à solliciter celle plantée près de la place. À force de requêtes, elle « s’épuisait » peut-être et celle qu’ils avaient prié n’avait sans doute pas encore été priée.
Quoiqu’il en soit, Dan se sentait assez heureux. De quoi se serait-il plaint ? Avec lui cheminaient un cuistot réputé, un tireur émérite et… la plus délicieuse des jeunes femmes.
Il ne se faisait guère d’illusions quant aux sentiments qu’il pourrait éveiller chez Lindsay. Elle avait un mari et des principes. Lui, juste ces derniers. Inutile de mettre la charrue avant les bœufs et d’imaginer une romance là où seule l’amitié prévalait. N’empêche que voir la Lind si triste l’avait contraint à provoquer… des singes !

*Du n’importe quoi !*

La partie de plaisir méritait le détour, la suite moins…
Que Lewis ait tiré sur n’importe quoi qui avait bougé prouvait sa nervosité. On se rassura un peu en constatant qu’aucune attaque ne suivait ce coup de feu malencontreux et on se remit en route.


On nous observe….j’en suis sûre !

Comme d’habitude, Dan n’avait rien remarqué. Hormis son terrain opératoire, il devait avouer être assez nul dans les choses ordinaires. Certaines personnes percevaient des choses, lui jamais.
La remarque de Lind l’obligea à se montrer plus attentif à l’environnement. Lewis, plus nerveux que jamais, était prêt à dégommer qui bougerait. Le Gallet, fort de son bras remis à neuf, serrait sa nouvelle poêle à frire en attente d’un ace de tennisman. Dan se contenta de prendre la main de Lindsay en ouvrant yeux et oreilles.

Combien de temps marchèrent-ils ? Bonne question. Ici, comme au village, la nuit tombait vite, presque sans avertissement. Le « flair » d’Aristide, les conduisit près d’une belle petite cascade où, sans remords de conscience, le campement s’établit.
Une tente chacun : un luxe ! Modernes, elles se montèrent en un clin d’œil. Le Gallet alluma son camping-gaz et mitonna un repas pour quatre avec les moyens du bord, c’est-à-dire pas grand-chose.
Assis près d’une Lindsay perdue dans ses pensées alors que Lewis montait la garde, Dan tenta d’insuffler du réconfort à la jeune femme :


Il va bien, ils vont tous bien… Tu as raison, je n’en sais rien, concrètement parlant. Je sais juste qu’il faut garder cette optique car se tracasser n’amène rien de bon.

Il tenta de la dérider en lui parlant de son passé. Elle parut surprise d’apprendre qu’il était fiancé par… obligation, pressions familiales. Elle lui raconta aussi un peu sa vie antérieure et il se convainquit que, décidément, Neil Chesterfield l’avait bel et bien conquise. Finaude, elle lui posa des questions en regard à ses relations avec Zoe Eperly, une fraîche venue au village. Il avoua :

Il arrive que l’on doive faire le point. Cette expédition m’en donnait l’occasion et…

QUI VA LÀ !!!

L’avertissement de Lewis les fit bondir sur pied. Revolver au poing, Dan poussa galamment Lind derrière lui tandis que dans la faible lueur des deux torches piquées au sol apparaissait un duo singulier.
Grand, blond et musclé, un fort gaillard portait un plus petit dans ses bras. Ce qu’il réclama jeta un certain trouble.


… Blessé par… nous ? osa Dan. C’était un accident. Je suis médecin. Déposez-le à la lumière… s’il vous plait.

Recouvrant instantanément les gestes professionnels, Dan se désintéressa complètement de son environnement. La balle de Lewis avait fait gravement mouche, apparemment.
Le torse du patient montrait un orifice d’entrée près de l’estomac mais, même retourné, aucune sortie n’apparaissait. Une grande fièvre habitait le blessé inondé de mauvaises sueurs.


Faites bouillir de l’eau, préparez de la charpie. Je dois extraire cette balle.


Déconnecté de l’extérieur, Dan accomplit les gestes familiers avec dextérité. Logé non loin du ventricule gauche, le projectile avait fracassé deux côtes. Le poumon était intact vu l’absence de mousse rose aux lèvres du patient qui, sonné par l’anesthésique injecté, ne broncha pas durant l’exploration de la plaie. Victorieux, Dan sortit la pince et jeta le projectile. Suture et bandage plus tard, il redressa l’échine, affrontant le grand gars :


Vous auriez dû l’amener plus tôt ! Si la fièvre cède, il s’en sortira !

Tous étaient au chevet du blessé, s’inquiétant, pensifs. Soudain, issus de la forêt, deux animaux inédits entrèrent en scène. Lewis leva son fusil. Le baraqué l’expédia au tapis. Un cri étranglé et joyeux retentit.
Absolument dépassé, Dan reçut dans ses bras :


Jenny ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Achille, héros de Troie

avatar

Messages : 1448
Date d'inscription : 13/02/2011

MessageSujet: Re: Errance   Mar 1 Mai - 12:48

Et c’était reparti pour une ronde ! Soit, savoir qu’on ne meurt pas deux fois pouvait être quelque peu rassurant, mas cela n’ôtait en rien le désagréable de la situation. Se noyer était encore pire que se faire farcir de flèches. C’était une façon lente, angoissante d’y passer. Il aurait été facile de se laisser couler comme pierre pour en finir plus vite mais l’instinct de survie primait. Lutte éperdue pour le dernier souffle d’air …la fin tardait.
La fin de quoi ? De cette période ? Si pas de mort…qu’en serait il, pour après ? Le seul remords affreux qu’il emportait de cette vie était avoir manqué de temps pour aimer Elisabeth. Sa douce Sissi. Louis, après s’être accroché à lui comme une tique, avait lâché prise. Le monarque coulait, sa chevelure flottant autour de son visage étrangement serein. Richard avait disparu de sa vue. Le guerrier s’abandonna…


Que faisait sa mère là ? Thétis souriait et ses bras se tendirent vers lui mais ce n’était pas pour l’accueillir plutôt pour le repousser.

Va, Achille, va…tu n’appartiens pas aux ombres !

On le secouait, on frappait son dos avec force. Il commença à tousser, expulsant brutalement l’eau de ses poumons. Richard, car s’était lui, se tourna alors vers un Louis blême qui eut droit au même traitement avec identique résultat. Ils étaient revenus…d’où ? Il n’en savait rien mais peu importait…la vie, ou quelque chose de très semblable, reprenait le dessus…encore une fois.

Plus ou moins remis des remous du moment, force fut de tenir conciliabule. Faire le point. Rien de trop encourageant. Ils étaient de retour, soit…mais où ? Pas manière de le savoir. Retour sans pompe ni gloire, au moins n’étaient ils pas nus, comme la première fois même si ce qu’ils portaient ne valait pas le nom de vêtement. En loques, sans armes, sans feu…

Nous voilà de nouveau réunis et… démunis, dit Richard en résumant parfaitement les faits.

Maudits soient ils !, pesta t’il pour ne pas déroger à la coutume.

Pour une fois, bon début, Louis se tint coi…ou presque, ce qui était déjà un point de gagné. Faute de mieux, on se mit en marche. Vers où ? On supposa aller vers l’Ouest. Les plaintes de Louis les remettaient en ambiance, comme quoi il y a des choses qui ne changent jamais. Il avait chaud, faim, soif, sa blonde lui manquait, ses pieds mal chaussés lui faisaient mal, les insectes le bouffaient.

Ou tu la fermes…ou tu réussis ta quatrième…

Pour ce que cela servait.

Ridicule que dans un endroit si humide il n’y eut pas trace d’un ruisseau. La soif se laissait cruellement sentir quand, au détour d’une clairière dans ces sous bois denses eut lieu la plus magnifique et inattendue des apparitions.

SAGE !

Fameuse rencontre entre Richard et son hybride. Louis et lui qui s’attendaient à voir arriver les autres « minets » restèrent sur leur faim.

Il est seul, je pense ! Ses copains sont… sûrement avec nos femmes. Nous avons un guide maintenant ! Sage, où trouver de l’eau ?

Dépités, ils suivirent le mouvement. Sage ne tarda pas à les mener à l’endroit précis sauf que là, une autre surprise les attendait. Bondissant dans l’herbe douce, un autre hybride se lançait à la rencontre de son congénère.

C’est…celui qu’Hélène appelle Noble…

Mais peu importait. Là, un peu plus loin, se tenait une jeune femme qui les regardait, l’air passablement ahuri. Comme on pouvait s’y attendre, Louis que ni mort ni résurrection changeraient jamais, se dévoua pour faire des présentations. La pauvre petite sembla encore plus perdue mais pas plus que lui, qui retrouvait en elle les traits de celle jadis tant chérie…

Briseis…

Elle avait la riposte rapide.

Non…vous faites erreur…je ne suis pas…Briseis ! Je suis Jenny Walker…Jennifer Blakely-Walker…

Louis rigola en douce, le ramenant à la réalité. Elle ressemblait beaucoup à la nièce de Priam mais en regardant bien, pas tant que ça !

Oui…bien sûr. Et que fais tu ici, Jennifer Blakely-Walker ?


Sans ambages, elle s’empressa de dire :

Je suis perdue, mon ami chat m’a…guidée jusqu’ici…mais ne vous en faites pas…je bois un peu d’eau et me remets en route…

Elle avait peur. Il y avait bien de quoi, leur allure ne disait sans doute rien qui vaille.

Pour aller où ?, voulut-il savoir même s’il se sentait idiot en train de poser ces questions.

Euh ? Vers où ?...je n’en sais rien…

Ben, on est pareil.

Comme quoi, le lieu s’avérait idéal pour réunir tous les paumés du coin. Pleine de bonnes intentions, la jeune femme alla jusqu’à partager des fruits avec eux. Ça tombait bien, la fringale se laissait sentir aussi. Après avoir croqué la pomme ou ce que cela voulait bien être, Louis, ragaillardi, s’occupa des relations publiques, fit des présentations en bonne et due forme et convainquit presque la demoiselle de bien vouloir demeurer avec eux. Déclina à la satiété la qualité de leurs honorables intentions et toute haute vertu qui lui croisa l’esprit.

Ok, c’est bon…je reste…un peu !

Pas à dire, elle ne manquait pas de courage et de patience, tenant compte que le Quatorzième du nom, ravi de trouver d’oreilles si attentives, s’en donnait à cœur joie. Une fois désaltérés, ils s’en remirent aux « chats » pour avancer dans la direction qu’ils signalaient. Jenny, comme elle voulut qu’on l’appelle, avançait comme un brave petit soldat, sans qu’on entende une plainte, ce qui eut l’heur de servir d’exemple à Sa loquace Majesté….enfin…un peu.

Il la rendra folle avant demain !, augura Achille, rogue tout en marchant aux côtés de Richard, tout aussi laconique, d’où crois tu qu’elle vient ?

Elle se chargea, toute seule, de les mettre au courant. XXIème siècle, avion détourné, village d’accueil. De quoi leur mettre les idées à l’envers. Elle cherchait son mari qui était, si on devait bien comprendre… esclave des « Autres ». Nul ne demanda de quels « Autres » il s’agissait, c’était clair qu’on parlait des mêmes personnes, êtres, entités…autres.

Bon, assez parlé, Loulou, grommela t’il en le prenant presque de la peau du cou, tu assommes…allons voir si ton verbe dégourdi sert à dégoter quelque chose à manger…on crève la dalle, là !

Faisant fi des protestes, il entraîna Sa Majesté à sa suite. Chemin faisant, il avait affûté une hampe bien droite et pensait s’en servir comme javelot.

Ramasse plutôt des cailloux au lieu de geindre…qui sait, tu pourras peut être lapider un lièvre !

Il eut droit à un regard noir mais fit comme si rien, lui faisant signe de se taire. Ils avançaient lentement, se mouvant comme des ombres, se coulant entre les arbustes et taillis du sous bois, le plus silencieusement possible. À moment donné, le guerrier donna le halte, retenant Louis.

On est pas seuls, je le sens !

Sa Majesté tenait à aller voir.

Bouge pas, Loulou ou je t’assomme !...Sois pas…tais toi et suis moi !

Ce bonhomme avait beau lui taper sur le système depuis le premier instant de leur première rencontre, un curieux lien fraternel les unissait, indissoluble. Il protégerait Louis au prix de sa vie sauf exceptions, mais on ne parlait plus de ça !

Il y a du monde…va savoir ! Vais pas aller leur demander si amis ou ennemis…mais tenant compte d’où on est je dirais…

Le claquement sec et assourdissant coupa court ses assertions. Il n’avait jamais entendu quelque chose de semblable.

C’était quoi ça !?...De ton temps…hé…Louis !!!

Soudain pâle comme un mort, le Quatorzième tangua comme ivrogne en mal d’équilibre, il le retint de justesse.

Qu’est ce que tu as ?

Il ne fit pas grande attention à sa réponse, se frayant plutôt passage pour observer ce qui se passait un peu plus loin. Il y avait du monde…deux hommes et une femme d’abord, rejoints l’instant d’après par un troisième individu armé d’une poêle. Bizarre idée ! Curieux, Louis et Achille suivirent la progression du groupe inconnu. À moment donné, celui armé de ce que Lois identifia comme « mousquet » leva son arme et une explosion semblable à celle de moments auparavant assourdit le silence des bois. L’homme se sépara du groupe et revint peu après avec un animal mort à bout de bras.

Intéressante trouvaille…faudra aller voir cela de près !...Hé…LOUIS !

Le Roi gisait, étendu sur l’herbe, sa main comprimant sa poitrine. Affolé, comme peu de fois dans sa vie, Achille réalisa que du sang s’écoulait entre ses doigts crispés…et comprit aussi comment cela avait pu se produire.

Pourquoi tu ne m’as rien dit ? J’ai juste pensé que tu avais été surpris par le bruit…Je suis un imbécile…Louis…Louis ! Dis moi quelque chose…reste éveillé…LOUIS !!!

Mais Sa Majesté tournait gentiment de l’œil. Une observation rapide des alentours lui laissa savoir qu’il faudrait se débrouiller seul. Où étaient passés Richard et la petite Jenny ? Et les chats ? Bon moment pour les lâcher dans la nature face à allez savoir quoi ! L’état de Louis l’inquiétait plus que voulu, il était très mal en point, trop pour rester de marbre en le voyant se vider de son sang.

*Il va pas mourir…pas une autre fois*Me fais pas cela , Loulou…Tiens bon, petit frère, on va chercher de l’aide…

À ses risques et périls, Achille prit sa décision, sans trop réfléchir si c’était la bonne ou pas. Pour ce qu’ils avaient à perdre. Dans le pire des cas, on les tuait tous les deux et on verrait après comment se débrouiller. Relevant dans ses bras le monarque inconscient, il se dirigea vers l’orée des bois, là où les inconnus aux drôles d’armes avaient établi leur campement.

QUI VA LÀ !!!

Pas la peine de répondre, son apparition avec Louis à demi mort dans les bras sema pas mal d’émoi, autant en profiter.

Mon ami a été blessé…cet homme là l’a blessé… avec son arme !, assura t’il, en désignant le coupable.

Blessé par… nous ?, le blond qui semblait être le chef du groupe ne semblait pas trop convaincu.

Il y en a d’autres comme vous par ici ? Non ! Donc…c’était vous !

Il y a des logiques incontournables.


C’était un accident. Je suis médecin. Déposez-le à la lumière… s’il vous plaît.

Il s’acquitta. Reposant près du feu, Louis était encore plus blême, si possible.

Aide le
!, cela ressembla beaucoup à un ordre comme pour s’y méprendre. L’autre ignora ses états d’âme et procéda, de gestes très assurés, à s’occuper de Sa Majesté.

À tout moment, Achille resta campé derrière lui, suivant d’un œil grave, l’opération. Sans broncher ni piper mot essayant de comprendre toutes ces manipulations « modernes ». De son temps, soigner une blessure était affaire de sang froid. Avec un peu de chance, le blessé était évanoui, échappant ainsi au gros de la douleur. Autrement, on subissait en serrant les dents l’extraction de pointes de flèche ou l’application du fer rouge sur la plaie ouverte par un glaive. Les coups de lance étaient plus définitifs, trois fois sur quatre, on perdait le patient. Après, fièvre et gangrène se chargeaient du reste.

Finalement après ce qui sembla une demie éternité le médecin brandit la pince qui soutenait un truc tout petit qu’il nomma balle.


Et…c’est ça qui a mis Louis dans cet état ?

La jeune femme, qui s’était tenue a l’écart jusque là, murmura quelque chose sur la vitesse et Achille se promit de s’informer dûment sur cela mais déjà celui qui avait opéré Louis se redressait et l’affrontait.

Vous auriez dû l’amener plus tôt ! Si la fièvre cède, il s’en sortira !

Louis est un brave, il n’a rien dit, pas une plainte. Il a cru s’en sortir sans aide. C’est sans doute l’homme le plus agaçant qui existe mais aussi le plus courageux.

À chacun de penser ce qu’il voudrait, il n’en dirait pas plus. Aucun besoin d’ailleurs, créant la parfaite distraction, Sage et Noble venaient de faire une remarquable apparition. L’homme armé leva aussitôt son artefact, prêt sans doute à expédier les hybrides à l’au-delà, Achille ne lui en laissa pas le temps, un coup de poing suffit pour le mettre hors combat. À la suite des créatures, Richard et leur jeune compagne venaient d’entrer en scène. La suite fut assez surprenante. Soudain ravie, Jenny courait vers eux et se jetait dans les bras du médecin, puis dans ceux de la jeune femme. Ils en pleuraient presque de bonheur.

*Tiens, des vieux amis, dirait on. Le blond est il son mari perdu ? Non, on ne dirait pas…mais qui diables sont ces gens et d’où sortent ils ?*

Il rejoignit Richard, laissant aux autres au loisir des retrouvailles.

Loulou s’est fait avoir. Je n’ai pas trop pigé comment et la seule chose à faire a été l’amener ici. Le type là, lui a, j’espère, sauvé la mise.

Passé le premier émoi, Jenny voulut faire les présentations, ce qui souleva une houle d’incrédulité presque vexante.

Non, elle ne ment pas et en invente moins…Je suis Achille, prince des Myrmidons, fils de Pelée et Thétis. Mon ami est Richard Burton, un explorateur anglais et celui que vous venez de soigner est Louis, roi de France, quatorzième du nom…dit Roi-Soleil, enfin…c’est qu’il raconte tout le temps !

On le regarda comme s’il venait de débiter quelque ineptie mais vu son expression peu amicale, on opta pour faire semblant de le croire. Ils se présentèrent à leur tour. Daniel McIntosh, le toubib. Lindsay Chesterfield, la jolie brunette, Aristide Le Gallet, cuistot de service et Lewis, homme d’armes, leur gardien qui revenait à lui, se massant la mâchoire.

Désolé de l’avoir assommé mais les félins sont nos amis et guides…C’est une longue histoire…

On lui fit poliment remarquer que le temps était le moindre de leurs soucis, ce qui voulait dire, haut et clair : Déballe, on attend !

Louis l’aurait fait avec grand style. Lui se remit aux faits marquants, sans s’appesantir sur leurs diverses misères et autres calamités. Richard apporta quelques sagaces remarques.


Ce fut une longue soirée…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Louis XIV

avatar

Messages : 2963
Date d'inscription : 13/02/2011

MessageSujet: Re: Errance   Mer 2 Mai - 17:58

Ce n’était pas possible ! Ils n’allaient quand même pas finir comme des rats coincés dans une cave inondée? D’accord, Louis était déjà revenu deux fois à la vie mais tenter le diable ne le tentait absolument pas. Aussi quand il vit l’inéluctable se produire, la panique lui fit lâcher le cou d’Achille. Chacun tenta, comme il put, de téter le peu d’air restant dans le puits. Pourtant, un sentiment étrange habita bientôt le souverain en perdition. À quoi bon se débattre ? S’il devait encore mourir, autant le faire avec dignité. Il espéra, de toutes ses dernières forces, pouvoir revoir Hélène et qu’elle lui garde l’amour partagé, puis il se laissa simplement couler.

Tiens, cette fois, pas de bulle bizarre ni d’être de lumière pas plus de poissonnier ni de régulière. Réveillé dans un splendide jardin, Louis se leva et gambada, gaillard. Cela fut bref. Toutes voiles dehors, telle une flottille énervée, fonçaient sur lui… des femmes. Éberlué quand il les distingua mieux, il reconnut la foule de ses… maîtresses. Louise Françoise de La Vallière en tête, suivaient Marie Mancini, plusieurs autres aussi dont Athénaïs et la marquise de Maintenon. Toutes étaient armées de poêle à frire ou de rouleau à pâtisserie. Leurs intentions ne laissaient aucun doute : lui faire la peau ! Affronter, fuir ? La seconde option lui parut de meilleur aloi.
À toutes jambes, il détala mieux qu’un lièvre devant un prédateur. Il était courageux mais pas téméraire et se voyait mal en train de répondre aux questions de ces femelles endiablées à qui il n’avait pas laissé que de bons souvenirs.
Son salut il le dut à… un trou dans lequel il chut sans l’avoir vu. Ô miracle, cette fois, c’était la face barbue de Richard qui l’accueillit. Il lui fallut d’abord débarrasser ses poumons noyés mais respira d’aise et de gratitude infinie pour cette « absolution ».

Sur le coup de cette troisième résurrection, et tellement heureux d’avoir échappé à la vindicte de ses anciennes conquêtes, Louis ne pipa mot et suivit le mouvement imposé par Burton.
Le Nord, ou l’Ouest, peu importait du moment que l’on retrouvait Hélène !
Seulement le 14ème du nom se lassa vite de la marche. Dans cette chaleur, avec de tels vêtements en loque, et chaussé si mal, Louis souffrait… donc ses compagnons durent le souffrir aussi.
Une distraction inattendue intervint avec une arrivée incroyable : un monstre !
La première fois qu’il avait croisé ces hybrides étonnants, Louis avait failli mourir de peur. Là, en voyant Richard et son Sage rouler dans l’herbe, son cœur se souleva d’un immense espoir.


*Hermès doit être là... Donc Hélène aussi !*


La déception fut rude : aucun autre « chat » ne déboula. Achille aussi tirait la gueule… On alla s’abreuver à la source dénichée par le guide à quatre pattes. Un autre surprise ne tarda pas à débarquer sous la forme de :

C’est…celui qu’Hélène appelle Noble… dit Achille.


L’apparition des hybrides avait toujours étonné les compagnons. Ils étaient quatre lors de leur première rencontre et, très vite, chaque couple avait été adopté par l’un d’eux. Noble était resté seul longtemps avant de trouver un ami en la personne de... Philippe, le frère du roi.
Un instant, Louis crut que son frère allait réapparaître mais, à sa place, ce fut une très jeune femme qui se pointa. Achille ne la rata pas et entama la discussion.
Incorrigible curieux, Louis écouta puis s’en mêla :


Enchanté, Jenny Blakely-Walker . Ne prenez pas trop d’attention à mon ami. Il a tendance à confondre les gens, surtout s’ils viennent de loin.

La pauvre enfant était perdue, avait trouvé un « chat » guide et ne désirait qu’une chose : partir. Pour mieux avoir la paix, elle leur offrit même quelques fruits qui furent acceptés avec enthousiasme.

Voudriez-vous vous joindre à nous, Mrs Walker ? Certes, notre mise n’a rien d’engageant, avouons-le sans détours. Mais nous sommes honnêtes, en douteriez-vous ? Puis-je à mon tour vous indiquer nos titres et qualités ? Voici…

Pas à dire, la fille encaissait rudement bien la confrontation avec des historiques illustres.


C’est…vraiment gentil de votre part mais ne voudrais vous…

Point de dérangement ! Ce serait un honneur, mieux, un devoir ! Comment des gentilshommes bien-nés pourraient-ils laisser vagabonder une jeune femme sans défense en milieu hostile ?

Une fille seule ne peut pas se tirer d’affaire ? Croyez moi… suis débrouillarde… enfin, je crois…

Tope-la ou presque, la fille consentit à se joindre à eux... un peu.
Crut-elle avoir affaire à un trio d’illuminés ? Louis se chargea, à sa façon, de mettre les points sur les i en chantant haut et clair les mérites de ses années glorieuses, histoire de convaincre la Miss que les identités dévoilées n’étaient pas usurpées.
Une chose en entraînant une autre, il fut naturel que la jeune femme dévoile à son tour les dessous de sa propre histoire. Louis en demeura coi. Elle parlait de choses tellement inouïes…

*Un navion, c’est quoi ? Ah oui ! Comme Amelia… Un mari ? Zut ! Esclave des « autres »... Intéressant…*
Nous aussi, nous recherchons nos épouses… ou presque. Vous n’imaginez pas le mal que l’on se donne. Là, nous venons d’être noyés, et…


Bon, assez parlé, Loulou, tu assommes… allons voir si ton verbe dégourdi sert à dégoter quelque chose à manger… on crève la dalle, là !

Ne faites pas attention, très chère. Il me crie dessus tout le temps, mais… il ne saurait se passer de moi. Allons-y, mon brave !

Un peu éloigné des deux autres, Louis se plaignit, pour changer :

Tu y vas fort ! Que va penser cette délicieuse enfant ? Je ne suis pas ton laquais !

Ramasse plutôt des cailloux au lieu de geindre… qui sait, tu pourras peut-être lapider un lièvre !

*Dieu me garde que ce ne soit ta face d’ange que je ne lapide un jour… * pensa-t-il en obtempérant.

Achille, se prenant pour un chien pisteur, « flaira » une présence à proximité. Quoi de plus normal pour Louis que d’aussi aller jeter un œil ?
Le choc de la douleur lié au bruit assourdissant de la déflagration lui coupa la chique.


C’était quoi ça !?...De ton temps…hé…Louis !!! Qu’est ce que tu as ?

J’ai froid…

Depuis le temps qu’Achille le bassinait pour être trop démonstratif, Louis la ferma pour de bon. Il avait mal mais ne donnerait pas à son ami une occasion supplémentaire de se plaindre de... ses plaintes. Il répondit brièvement quand l’occasion se présenta :


Une sorte de mousquet…
*On m’a tiré dessus ! Je ne veux pas de 4ème fois…*


Achille voulut continuer à observer les étrangers. Louis suivit en mordant dans sa chique, chaque pas était un calvaire, sa vision trouble.
Quand ses forces déclinèrent pour de bon, Louis glissa au sol. Il perçut vaguement :


Je suis un imbécile…


*Heureux de te l’entendre dire enfin !*

Étranges sensations ensuite. Pouvait-on être là et ne pas y être ?
Incapables de réactions, comme désincarné, Louis vit et entendit tout ce qui se passa autour de lui.
Achille semblait inquiet. Il alla même jusqu’à le conduire vers les étrangers, et l’un d’eux le charcuta proprement. Il assista ensuite à la venue de Jenny et Richard avec leur chat. Achille le fit marrer en cognant le dénommé Lewis qui voulait tirer sur Sage. Mrs Walker, elle, semblait en terrain conquis. D’après ce que Louis perçut, elle et ces gens venaient du même coin, de la même époque. Ils discutèrent longuement de leurs expériences personnelles tandis que lui ne parvenait pas à reprendre pied. Que n’aurait-il donné pour ajouter son grain de sel à la conversation ?
Heureusement, on se souciait néanmoins de sa personne. Il aurait préféré que Jenny ou Lind lui tienne la main au lieu de recevoir des piqûres de McIntosh, m’enfin…
Soudain, ses narines frétillèrent. D’où émanaient de tels savoureux effluves ? Son retour à la conscience se manifesta de la manière la plus étonnante et gênante qui soit : un borborygme énorme du royal estomac.

Nous avons grand faim, sourit-il en se redressant.

S’il avait su avec quelle déférence on accueillerait son retour, il se serait sûrement réveillé plus tôt.
L’hôtesse des lieux, Mrs Chesterfield, s’empressa de le doter de tout le confort possible tandis que le cuistot Le Gallet se mettait en frais pour lui garnir une assiette digne de Gargantua.


Succulent civet de lièvre, maître Le Gallet : bravo !

Aristide rougit du compliment même si les autres convives rigolaient. Les boutades et saillies royales furent plutôt bien accueillies par l’assemblée mais Louis ne désirait pas accaparer l’auditoire par d’antiques récits. Il s’intéressait grandement à ces gens issus de sa postérité :

Donc vous êtes venus chercher un couple mais en en retrouvant une moitié, vous en avez perdus une autre ?... Voilà qui est cocasse. Vous cherchez vos maris et nous nos femmes. Même si l’attraction est forte de vous demander le chemin de votre extraordinaire village, conjuguer nos efforts serait plus judicieux, n’est-il pas ? Nous possédons deux atouts de choix : les minets ! Ils trouvent tout ce que l’on veut, ceux-là !

Chose incroyable, ni Achille ni Richard n’objectèrent ces sages paroles.
L’heure s’étirait, le repos s’imposait, les tours de garde aussi. Le toubib commit un affront en voulant priver Louis de veille :


Ce n’est pas un bout de ferraille qui m’empêchera de m’acquitter de mes devoirs, Monsieur ! Laissons plutôt ces dames se reposer. Moi, j’ai un menu à dresser !

On l’accoupla comme il se doit avec le cuistot des bois.
Tout semblait aller de soi sauf que les chats ne l’entendirent pas de cette oreille-là.
Au beau milieu de la nuit, Richard- de garde avec le toubib- réveilla la ronde. L’attitude des hybrides était claire : lever le camp et filer. Pourquoi, pour où ? Bonne question…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://gods-games.web-rpg.org
Lindsay Fairchild

avatar

Messages : 753
Date d'inscription : 22/02/2011
Age : 29
Localisation : Quelque part?

MessageSujet: Re: Errance   Sam 5 Mai - 12:12

Personne ne pipait mot. Protecteur, Dan avait pris sa main. Pour la rassurer, sans doute, mais aussi pour décamper au plus vite sans risque de la perdre, au cas où. Un petit sourire en guise de merci, les pensées ailleurs, Lind suivait le mouvement.

*Pourquoi je ne t’ai pas écouté, Neil ?...Pourquoi ?...Où es tu ? Que fais tu ?...Tu me manques tellement…*

Perdue entre rêves et prières, elle ne réalisa même pas qu’il faisait déjà nuit et qu’ils s’arrêtaient pour établir le campement. Affaire rondement menée par ces messieurs, alors qu’assis sur un tronc, sans fourmis, Mrs. Chesterfield réfléchissait aux douteux avatars de la vie. Que Dan vienne se poser à ses côtés ne l'étonna pas. Il était aux petits soins avec elle, craignant sans doute, larmes, soupirs, plaintes ou Dieu sait quoi mais Lindsay, après des années de préceptes longuement rabâchés, demeurait, triste mais parfaitement calme.

Il va bien, ils vont tous bien…


Elle la regarda avec un petit sourire amer au coin des lèvres.

On voudrait en être sûr…mais comment le savoir ?


Tu as raison, je n’en sais rien, concrètement parlant. Je sais juste qu’il faut garder cette optique car se tracasser n’amène rien de bon.

Oui, sans doute. On n’arrange rien en se faisant de la bile…je le tiendrai en compte. Promis.

Que ne raconta t’il pas pour enrayer ses moroses pensées ? Ce qu’il raconta de sa vie la surprit, faisant comparer ses faits aux siens.

Je pense que nous fuyons tous quelque chose…toi une relation presque obligée, moi…je n’en sais trop rien mais tout ceci a changé radicalement l’optique des choses. Nous, toi et moi, piégés par les impositions de nos familles aurions fini par être très malheureux…Mais j’ai rencontré Neil…et même ce monde étrange ne m’incommode…tant qu’il est avec moi…Mais et toi ?...Je t’ai vu une paire de fois avec la nouvelle…Zoé, non ? Une gentille fille, dirait on…Tu ne dois pas t’emmurer dans ton travail, tu sais…

Il ne se livrait pas volontiers, un réservé en somme, pourtant il entamait quelque chose de semblable à un aveu quand la voix de Lewis, aigue de nerfs hurla un Qui va là ? si strident qu’ils bondirent de leur place. Galant, Dan, arme au poing, se plaça devant elle, pour la prémunir. Vu le peu d’assurance avec laquelle il tenait le revolver, Lind fut tentée de le lui prendre mais ne voulant blesser sa susceptibilité opta pour rester gentiment là, à jouer son rôle de donzelle en péril.

L’apparition qui avait déclenché l’alarme était du genre renversant, tant c’était inattendu. Voir débarquer cet athlète blond, beau comme un Dieu, portant dans ses bras un homme inerte et ensanglanté avait de quoi causer un certain émoi. De plus qu’ignorant vertement la menace des armes pointées sur lui, l’inconnu avança en assurant que son ami avait été blessé, et signalait, sans gêne Lewis prêt à découdre.

*Un ours…un sanglier, mon œil…nerveux comme il est il aurait tiré sur sa propre mère, l’idiot !*

Transformé par l’urgence médicale, Dan prit l’affaire en main et procéda à prendre soin du blessé, sous l’œil ombrageux du blond et le sien, fasciné de tant d’efficience. McIntosh devenait un autre homme, plein d’assurance, exact dans ses gestes, précis dans ses assertions. Envolé le doux timide, il était le maître de la scène. Un magnifique chirurgien. La balle fut extraite sans difficulté.

Et…c’est ça qui a mis Louis dans cet état ?

Sa surprise semblait si génuine que Lind aurait pu jurer que c’était la première fois de sa vie que le blond voyait un projectile et crut bon apporter quelque éclaircissement mais déjà Dan se redressait et tançait l’inconnu en assurant qu’il aurait dû amener son ami auparavant, ce qui ne fit même pas broncher l’athlète qui se contenta de louer les vertus du blessé avec une véhémence presque émouvante.

La suite fut remuante. D’abord ce deux fauves extraordinaires bondissant de l’orée du bois, suivis par…

Mon Dieu…je rêve…Jenny !!! Jenny !!!

Quelles retrouvailles. Son amie crue perdue, apparaissant soudain si singulièrement escortée. Que le blond assomme Lewis parce qu’il menaçait les fauves, lui sembla sans importance…pour le moment.

Ma chérie…j’ai cru…j’ai pensé…Dieu, que je suis heureuse de te voir…mais dis nous comment es tu arrivée ici…avec…eux ?

Reprenant ses esprits Jenny passa aux présentations, qui ne furent pas des moindres.

Mais voyons, Jen…tu ne peux prétendre que…nous ayons affaire avec…

Sans se fouler des manières, le blond interrompit, arrogant, en assurant d’un ton plein de morgue qui n’admettait de réplique :

Non, elle ne ment pas et en invente moins…Je suis Achille, prince des Myrmidons, fils de Pelée et Thétis. Mon ami est Richard Burton, un explorateur anglais et celui que vous venez de soigner est Louis, roi de France, quatorzième du nom…dit Roi-Soleil, enfin…c’est qu’il raconte tout le temps !

*Hein ?...*

Il ne pouvait pas parler sérieusement et encore moins prétendre qu’on croit pareille fable. Mais il n’avait pas l’allure d’un homme avec lequel on voudrait discuter. Faute de mieux, en gambergeant à toute, elle joua son rôle de dame de céans et présenta le groupe et soi même. Lewis revenait à lui. Le dénommé Achille eut la décence de s’excuser de l’avoir sonné.

Désolé de l’avoir assommé mais les félins sont nos amis et guides…C’est une longue histoire…

Lind ne put éviter un petit rire.

Oh, vous savez…le temps ! Nous sommes bien curieux d’en savoir plus. Asseyons nous !

De sa vie, Lindsay Fairchild, épouse Chesterfield n’avait entendu histoire pareille, corroborée gravement par ce monsieur barbu qui se prétendait être personne d’autre que le fameux explorateur du XIX siècle, le même qui avait découvert les sources du Nil, entre autres. Que le blessé qui dormait paisible ne soit autre que Louis XIV, le Roi Soleil, avait de quoi sidérer n’importe quel esprit sensé.

Jen…dis moi que je ne suis pas en plein délire…ce n’est pas possible…Ne me dis pas que…j’ai mis en entre dit…les paroles du…guerrier de Troie ?...Tu en es sûre ?...C’est de la pure folie…

Folie ou pas, il faudrait s’en tenir à la version donnée. Comment rebattre ces vérités contondantes, maintenues mordicus par deux célébrités incontournables de l’Histoire ?

Mais ce qui mit le point à cette soirée, déjà si étrange, fut le notoire réveil de celui qu’on croyait, peu avant, aux portes de la mort.


Nous avons grand faim !

Rompue aux arcanes sécrètes du savoir faire, Lindsay réagit tel comme le voulait la circonstance. Folie ou pas, elle se plierait au protocole.

Soyez le bienvenu de retour parmi nous, Sire ! Je suis Lindsay Chesterfield et viens de ce qui, de votre temps, était connu comme les colonies d’Amérique…

Elle aurait tiré sa révérence si le blond ne l’avait devancée, apparemment très ému de voir son ami revenir de l’au- delà en si bonne forme. On passerait plus tard aux détails !
Parce qu’en forme, elle l’était Son Illustre Majesté. Elle s’empressa pour installer deux coussins gonflables pour redresser l’auguste buste royal tout en se disant que tel qu’elle le découvrait, le Roi Soleil était un jeune homme très plaisant, peu ressemblant à l’image que lui avaient donné certains tableaux le représentant au faîte de son pouvoir.


Le dîner sera bientôt prêt, Sire !

Le Gallet, sans doute inspiré par la présence d’un roi français, et pas n’importe lequel, parmi les rangs de ses commensaux s’appliquait aux préparatifs du repas et il va s’en dire que les effluves émanés de sa « cuisine » avaient de quoi allécher n’importe qui. Il eut sa récompense avec le commentaire de Sa Grandeur :

Succulent civet de lièvre, maître Le Gallet : bravo !

Quel homme extraordinaire. Si charmant ! Sachant si bien tourner ses mots, toujours prêt à la réplique pleine d’esprit. Il avait l’assistance suspendue à ses lèvres…sauf peut être ses amis, qui semblaient près de s’endormir.

Donc vous êtes venus chercher un couple mais en en retrouvant une moitié, vous en avez perdus une autre ?

Oui, ce sont les faits, Majesté…Mon mari est resté…de l’autre coté de la Pierre mais voilà que nous avons retrouvé Jenny…qui comme vous savez…

Voilà qui est cocasse. Vous cherchez vos maris et nous nos femmes.

*Moi, je ne trouve pas ça cocasse du tout…*

Il avoua être très tenté de connaître le chemin du village mais, le bon sens même, pensa que conjuguer leurs efforts ne pourrait donner que du bon.

Nous possédons deux atouts de choix : les minets ! Ils trouvent tout ce que l’on veut, ceux-là !

*Oui…bien sûr…les minets…des bien gros minets, si on veut mon avis.*

Délaissant un instant leurs illustres invités, elle fit un petit aparté avec Jenny et Dan.

Je suis perdue…tu es sûre Jen, que ce ne sont pas de affabulateurs ? Des dingues échappés de l’asile ? Parce que, entre nous…peux pas y croire !...Un héros antique… Le Roi-Soleil et Sir Richard Burton…C’est corsé mais enfin…on fait avec !

N’empêche que toute sorte d’idées loufoques tournaient dans sa tête en rejoignant les illustres. De quoi parle t’on avec des gens morts depuis des siècles ? Quand même pas du siège de Troie ! Le grec n’en aurait sûrement pas de joyeux souvenirs vu qu’il y avait laissé la peau. Les explorations de l’anglais lui semblèrent un thème plus abordable quoique les fastes de Versailles contés par leur créateur s’avérait irrésistible mais jugea l’heure trop avancée et supposa que tout le monde avait besoin de repos après cette journée de sursauts fatigants.

Dan, pris dans son rôle de chef d’expédition organisa les quarts de garde, à la surprise de tous, Sa Majesté refusa de se laisser traiter avec déférence et exigea être traité comme tous et chacun. McIntosh, résigné lui désigna Le Gallet comme compagnon de veille et les laissa s’acquitter de leur tâche. Installées dans leur tente Jen et Lindsay les écoutèrent bavarder avec entrain. Incapables de dormir, les deux amies se mirent au courant de leurs respectifs déboires, pleurèrent un bon coup en se souvenant de leurs chéris, trouvèrent des mots pour se consoler mutuellement et finalement, la fatigue l’emportant, s’endormirent.

Court repos, lui sembla t’il, quand aux premières lueurs de l’aube, la voix d’alarme fut donnée. On levait le camp en toute hâte.

Mais que…

Pas de temps pour les questions. Burton donnait des ordres précis. Dan dépassé, obéissait. Elles aussi. En un temps record, on fut prêt a filer…

OÙ ?, insista Lindsay.

L’arbre. Pas n’importe lequel. Immense, majestueux, dominant les alentours comme un phare feuillu.

LÀ !?, s’ahurit elle.

Sans lui laisser le temps de poser plus de questions, Achille la hissa sur la branche la plus accessible et lui ordonna de grimper le plus haut possible. Jenny subit le même traitement et le reste suivit sans commentaires…enfin, sans trop de commentaires.

L’escalade s’avéra bien plus aisée que prévue. Les robustes branches de cet ancêtre de la nature s’échelonnaient comme un escalier naturel, s’élargissant, formant des paliers confortables. Sous le feuillage dense, l’arbre devenait un monde à part…un monde vert, touffu, tiède et accueillant. Quand deux singes la dépassèrent à toute vitesse, Lindsay supposa qu’ils n’étaient pas les seuls à chercher refuge. Ils ne l’étaient pas. Quand il jugea être à bonne hauteur, Richard donna le halte et on cherchait à s’accommoder quand l’inimaginable se déclencha…

Serrée entre Dan et Jenny, elle vit, entre les branches, son pire cauchemar prendre corps dans la réalité. Une vague. Un mur d’eau se précipitait vers eux, avec un roulement de mille trains en marche.

Une vague de fond…sommes nous proches de la mer ?

Sir Richard avait eu la précaution des les faire s’attacher au tronc et entre eux. Grand bien leur en prit. Sous l’assaut de la vague monstrueuse, l’arbre fut secoué comme un simple prunier de jardin, craquant et gémissant, résistant malgré tout…

Quand les folles secousses et les remous s'apaisèrent, les félins-gardiens-guides, qui avaient grimpé à leur suite, émirent un long feulement , un appel...invocation de miséricorde?

Autour de l'arbre immuable, de l'eau...à presque perte de vue. Ils étaient à sauf, dans le monde de l'arbre, devenu île...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Richard Francis Burton

avatar

Messages : 156
Date d'inscription : 11/03/2011

MessageSujet: Re: Errance   Dim 6 Mai - 10:53

Retrouver Sage avait été un instant de bonheur intense. Richard compatit cependant à la déception de ses compagnons que les hybrides ne rejoignirent pas. En son fort intérieur il considéra comme normal que les femmes soient guidées par trois chats alors qu’un seul suffirait aux hommes.
De l’eau, le tigre-lion en trouva. Mieux, il récupéra un copain, celui du frère de Louis : Noble. Pourtant, point de bouclettes ni de gestes efféminés ne suivaient ce fauve mais bel et bien une digne descendante d’Eve. Un peu tremblante face aux trois énergumènes dépenaillés qu’ils représentaient, la Miss s’identifia :


Je suis Jenny Walker…Jennifer Blakely-Walker…

Patronyme composé ? La jeune femme était probablement mariée ou cédait à la tendance américaine d’ajouter le nom de sa mère à celui de son père. En tout cas, elle ne souhaitait pas rester plus que nécessaire.

*D’où débarque-t-elle ? Pourquoi Noble la guide-t-elle ?*

Burton tut ses questions, laissant Louis peaufiner les présentations à sa façon. Achille devait se poser les mêmes puisqu’il lui demanda son avis. Un haussement d’épaules lui répondit. Pas que Richard s’en fiche mais, connaissant Louis, ce dernier arriverait à faire parler un caillou à force de le bassiner, alors…
En effet, des révélations survinrent. La belle issue du 21ème siècle cherchait un époux disparu, eux leurs femmes, comme quoi, même bizarre, le monde est petit.
Achille en eut marre des bavardages de Louis et préféra tenter d’ajouter une proie conséquente à leur frugal repas fruité.
Sage et Noble restèrent aux côtés de « leurs » maîtres.
D’ordinaire peu loquace, Richard se vit contraint à la conversation d’autant que de nombreuses questions restaient en suspend.


Quel effet cela vous a fait de rencontrer Noble ? … Oui, c’est le nom qu’on lui a donné… Le mien est Sage ! Meeley, ma femme, l’a baptisé ainsi.


Sa moue un peu crispée délia la langue de la jeune femme qui, apparemment, avait du mal à encaisser d’être tombée sur d’aussi « illustres » personnes. Elle voulait des détails, des précisions tant et tellement que Richard s’énerva légèrement :

Nous avons ressuscité, on s’est rencontrés. Nous avons affronté je ne sais combien de périls en essayant de trouver un sens à ce cirque. Là, Amelia me manque. Vous êtes contente ?

Il aurait dû être plus mordant car rien n’arrêta le flot de paroles.
Arrêtés près d’une rivière qu’il espérait poissonneuse, Burton sut très vite que nulle proie ne poindrait son nez. En peu de temps, il connut les déboires de la fille. Luke par-ci, Luke par-là, bateau, avion, village, exploitation agricole, chiens, forteresse baladeuse, etc : tout y passa.


*La barbe !*

Fallait-il qu’elle soit paumée pour se livrer ainsi ! Il enregistra ce qui lui parut utile et la laissa dégoiser tout son saoul jusqu’à ce que, à bout de nerf, il lui plaque la main sur la bouche :

Fermez-la ! Je comprends, ok ? Vous avez peur, vous craignez pour votre mari, la situation vous dépasse mais STOP. Pêcher demande silence !

L’éclat effaré des yeux bruns le força à relâcher sa prise :

Désolé…

Il n’eut pas le temps d’en dire plus car, résonnant dans les bois, un son percuta leurs pavillons :

NDD ! Quelqu’un a tiré !... Non ! Aucun de nous n’est armé, on a tout perdu… Louis a encore gaffé ! Si Achille ne le fait pas à nouveau, c’est moi qui lui tordrai le cou !

Les « chats » n’attendirent aucun ordre pour se mettre en route. Agrippée du poignet, Jenny Walker subit la piste tracée.
Ils s’étaient plus éloignés que supposé et mirent un temps fou à rallier un bosquet où des traces sanglantes les alarmèrent.


L’un d’eux est blessé. Sage, Noble, guidez-nous !

Les chats déraillaient-ils ? Burton eut la nette impression qu’ils tournaient en rond. D’habitude, les minets obéissaient au quart de tour. Là, Burton aurait juré qu’ils les égaraient plutôt qu’autre chose.
Enfin, ils aboutirent à une sorte de campement où on les accueillit « gentiment »
Achille sonna un gars armé qui visait les hybrides tandis que Jenny lui échappa pour sauter dans les bras d’une autre jeune femme. Peu importait les explications et présentations, Richard n’avait d’yeux que pour le corps allongé près des torches.
Aussi pâle que les linges qui bandaient sa poitrine, Louis semblait aux portes de l’abîme. Mâchoires serrées, Richard grommela à l’adresse d’Achille :


Qu’est-ce qu’il a encore fait ? … Ah ! Si tu dis que ce n’est pas de sa faute, admettons ! Il va s’en sortir ?

Réponse incertaine. Selon l’avis général, Louis avait eu le bol de tomber dans les pattes d’un toubib habile. Il fallait attendre que l’infection s’enraye.
On patienta autour d’un feu.
Ces gens étaient comme Jenny Walker, de la même époque et aussi bavards.
Richard les suspecta de douter de leurs identités. Il laissa Achille se débrouiller pour les déniaiser, n’intervenant que rarement, juste pour une précision où l’autre. Personnellement, il leur en voulait d’avoir la gâchette si facile et d’avoir failli avoir, une nouvelle fois, la peau du roi.


*Quel groupe de nuls !*

Une dame du monde flanquée d’un toubib, un nerveux et un cuistot… Les historiques auraient pu tomber sur mieux… ou pire. Il décida de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de subir l’hospitalité forcée. Dans un coin, les minets étaient calmes, donc ça baignait.

Un gargouillis bien connu faillit déclencher le rire de Burton. Lorsque le roi avait faim, il valait mieux assurer. Achille, comme lui, furent enchanté du réveil royal. Plutôt que des accolades de bienvenue, ses copains lui rendirent hommage à leur façon en le laissant librement faire étalage de sa verve joyeuse. Il y mit le paquet, le bougre ! Pour une fois qu’il avait un auditoire captivé, ses potes le lui laissèrent.
Un moment, on abandonna les historiques. L’instant était idéal pour un aparté. Burton fut bref et clair :


Content que tu ailles bien, Louis. Ces gens sont sympas mais nous avons mieux à faire que leur quête. Ils l’ont remplie à moitié, et la nôtre est plus urgente. À la première occasion, on se taille !

Louis pinailla, il voulait connaître le fameux village si bellement conté. Achille le rabroua lui rappelant les soupirs d’Hélène.
L’accord étant tombé, les autres revenant de leur conférence au sommet, ce fut reparti pour un tour de papote qui ne s’éternisa heureusement pas.
Le pâle « chef » de ces gens désira des tours de garde, ce qui obligea Burton à réviser son jugement sur lui :


*Peut-être pas si con…*

On laissa Louis et le cuistot faire le 1er quart qu’ils passèrent probablement à parler cuisine.

Tu prendras le second avec le nerveux de la gâchette. Il a peur de toi, ça le calmera… Tu ne trouves pas que Louis s’est remis comme une fleur ? La médecine a bien évolué, on dirait… Ouais, il en rajoute mais bah ! Qu’il en profite jusqu’à demain. On met les voiles à l’aube !

Il ne pensait pas si bien dire…

Tout était calme quand il prit son tour en compagnie du toubib. McIntosh n’était pas à l’aise, Burton le rassura… :


Je n’ai jamais tué personne qui ne le mérite ! Et si vous craignez pour vos arrières, je n’ai jamais été de ce bord-là.

Sa tête, sous la clarté lunaire, méritait le détour !
Tout se passa bien jusqu’au moment où les minets se mirent à feuler. Nez au vent, ils semblaient flairer… une menace.
Burton, qu’une longue pratique du danger avait aguerri, comprit l’urgence. Sage se mit à tourner en rond avant de faire des allers-retours vers un tronc géant proche. Message ne pouvait être plus clair.


On réveille tout le monde !

Secousses, exhortations, Richard obligea la ronde à empaqueter vite fait tout ce qui pouvait l’être et de grimper le plus haut possible sur l’arbre désigné par son hybride attitré. Des explications, il ne pouvait en donner à personne, ne connaissant pas lui-même les réponses.
Ses ordres furent convaincants puisque tous, sans exception, obéirent illico avec ou sans commentaires.
L’escalade s’avéra aisée. Il ne restait qu’à attendre…
Bénies soient les femmes qui pouvaient glorieusement démontrer leur peur ! Lorsqu’il entrevit la monstrueuse vague déferler droit sur eux, Richard sentit ses tripes se nouer.


ATTACHEZ-VOUS !

Avec des gestes précipités mais précis, il aida autant qu’il put les uns et les autres à s’arrimer au tronc, aux branches et entre eux.
La vague vint, balayant tout sur son passage. Fracas des eaux, plantations déracinées, agitation des arboricoles locaux dérangés… Ils supportèrent le choc chacun à leur façon.
Lui, il avait enlacé le tronc principal en pensant à Amelia. S’il l’avait étreinte ainsi, il l’aurait étouffée.

Combien de temps dura le déluge ? Impossible à dire. L’arbre sauveur tint le choc même s’il fut souvent ébranlé.
En décrispant ses muscles, Richard cria :


Tout le monde va bien ?

Une à une des timides voix s’élevèrent en réponse mais se turent rapidement face au paysage extraordinaire qui se déployait entre les ramures. À perte de vue s’étendait… une mer.
De loin en loin on pouvait apercevoir des sommets verdoyants qui devaient correspondre à d’autres arbres pareils à celui où ils s’étaient réfugiés.
Louis ne put s’empêcher d’émettre une comparaison biblique que reprirent en cœur les deux jeunes femmes. Richard aussi connaissait ces récits mais les commenta à sa façon :


Noé avait eu le temps de se préparer. Nous, on va devoir improviser.

Achille grommela à sa manière des imprécations envers les divinités maudites qui, si elles voulaient refaire leur monde, auraient pu au moins attendre qu’ils en sortent.
On commença par se détacher puis on procéda à l’inventaire. Peu de chose, en vérité. Ustensiles de cuisine, machettes, quelques armes, conserves, petits outils, des cordes, une tente, etc.
L’incroyable largeur de l’arbre leur permit de se regrouper sur une plateforme naturelle formée par l’entrecroisement des branches épaisses.
Vu la mine découragée quasi générale, Burton crut bon de faire le point :


Nous n’avons que deux options : attendre une décrue ou partir. Cet arbre porte de nombreux fruits, l’eau ne manque pas en bas et elle contient sûrement des poissons… Bonne question, Mrs Walker ! On pourrait subsister ainsi 15 jours ou un mois, je n’en sais rien… Avec un radeau, Achille. Nous avons tous les éléments nécessaires autour de nous… Ah, vous avez votre boussole, Mrs Chesterfield, c’est bien.

Une discussion sérieuse débuta. Les uns voulaient rester, les autres filer. Richard trancha :

On doit de toute façon attendre que le radeau se construise. Une partie établira des abris et s’occupera du ravitaillement, les autres feront le rafiot. Quand il sera prêt, on verra où en sera la décrue. Des objections ?

Il n’y en eut aucune ouvertement. D’un signe partagé avec Achille, les deux historiques prirent des machettes dont les coups répétés rythmèrent longtemps la journée.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Jennifer Blakely

avatar

Messages : 821
Date d'inscription : 27/03/2011

MessageSujet: Re: Errance   Dim 6 Mai - 17:44

Si elle avait songé à se défiler sans plus, les charmantes paroles du Roi, avaient mis fin à cette intention immédiate.

Point de dérangement ! Ce serait un honneur, mieux, un devoir ! Comment des gentilshommes bien-nés pourraient-ils laisser vagabonder une jeune femme sans défense en milieu hostile ?

Pour ce qui était « gentilshommes bien nés, Jenny était prête à l’accorder à Sa Majesté. Au moins, lui, il parlait. Les deux autres, c’était une autre paire de manches. Des laconiques, sans doute. Celui supposé être le héros de Troie avait quand même placé deux mots, par contre l’explorateur Burton, muet comme carpe. Mais elle se savait observée et devinait que quelques questions ponctuelles devaient agacer leurs esprits ombrageux.

De son côté, elle en avait plein, de questions, mais vu l’accueil général se remit à écouter les explications que lui fournissait, si généreusement, Sa Majesté. Ils ne semblaient pas l’avoir eu facile, ces trois là. Ressuscités sans plus quelque part au bord d’un fleuve immense, le hasard les avait réunis. Si elle comprenait bien la narration colorée du Roi, il y a avait eu trois femmes avec eux. Leurs femmes. Quand il fit une pause, assez longue comme pour être prise pour une invitation à parler, Jenny déballa, à grands traits sa propre histoire. Le roi, écoutait, ébaubi. Les deux autres aussi, sans doute mais ne pipaient mot.

*La joie, des compagnons pareils…Des inscrutables ! Super, ma vieille, tu en as de la chance…remarque, cela ne les intéresse peut être pas, ta petite vie !*


Après tout, comparée à la leur, la sienne était presque fade de tant de normalité, à quelques détails près ! Résignée à être si cavalièrement ignorée, Jenny poursuivit bravement son chemin, à la suite des grands hommes qui fonçaient à pas de charge, comme si un rendez vous important les attendait au bout du chemin.

La compagnie de Louis était plaisante, son babil, rassurant mais voilà que le grand blond, tout héros antique qu’il fut, s’y prenait comme une brute pour ramener Sa Majesté à des réalités plus terre à terre :

Bon, assez parlé, Loulou, tu assommes…allons voir si ton verbe dégourdi sert à dégoter quelque chose à manger…on crève la dalle, là !

Et d’entraîner le roi, sans plus, comme s’il s’agissait d’un laquais récalcitrant.

Dis donc, pour les manières, il y repassera, celui là !

Point d’écho au commentaire. Les deux minets étaient restés avec eux, dépité d’avoir perdu son seul interlocuteur, Jenny envisageait déjà aller faire causette aux chats quand, ô surprise, M. l’explorateur daigna l’ouvrir.

Quel effet cela vous a fait de rencontrer Noble ?

La belle question. Valait, sans doute mieux, ne pas trop s’étendre sur ses impressions, pour ne pas être trop rasoir avec un monsieur normalement si radin de parole.

J’ai été surprise. Très. Mais j’ai pensé que c’était Luke qui l’envoyait…Alors, il s’appelle Noble, joli nom, ça lui va !

Oui, c’est le nom qu’on lui a donné.

On faisait déjà du progrès, il lui sembla même que sa moue pouvait être considérée comme un essai de sourire.

Et l’autre, celui qui vous accompagne, il a un nom, aussi ?


De peu, et c’était de la conversation.

Le mien est Sage ! Meeley, ma femme, l’a baptisé ainsi.

Ah !...Nous, c’est-à-dire, Luke, mon mari et moi, avions deux chiens, Mia et Rex…mais je suppose que cela ne vous intéresse pas.

Bingo ! Il ne dit rien mais il ne fallait pas être clairvoyante pour y penser. Tant pis pour lui, elle avait besoin d’en savoir plus. Tout en marchant, elle se lança vaillamment.

Écoutez, Mr. Burton, je ne suis pas là de trop bon gré, pas plus que vous, j’imagine, mais s’il y quelque chose qui me dérange est ne pas savoir à quoi m’en tenir. Je tombe sur vous et vos amis, on me raconte une histoire invraisemblable. C’est un peu dur, tout de même, être face à des personnages historiques si…*morts !*…connus et rester comme si rien. Comment êtes vous arrivés ici ? Avez-vous une idée de pourquoi ? * Volonté divine, idiote !*

Si les regards tuaient, elle serait tombée raide morte à ses pieds mais tint bon.

Nous avons ressuscité, on s’est rencontrés. Nous avons affronté je ne sais combien de périls en essayant de trouver un sens à ce cirque. Là, Amelia me manque. Vous êtes contente ?

Il fallait admettre que celui là avait été un sacré effort de communication, même en ressemblant plutôt à un grognement d’ours.

Excusez moi, mais c’est plutôt chiche comme explication.

Elle par contre n’avait aucune raison pour être si avare de paroles. Et puis parler lui calmait les nerfs, assez à fleur de peau depuis un moment. Tout en marchant, elle fit un récit détaillé de l’existence menée depuis sa singulière arrivée au village. Luke revenait souvent dans cette évocation.

Il me manque aussi…affreusement, trop. Lors de notre dernière rencontre…il m’a confié un truc qui me tracasse énormément…Pourquoi la Forteresse des « Élus », comme il l’appelle, change t’elle de situation…avant c’était le Nord-Ouest, maintenant plein Sud ?...je ne comprends rien. En plus je me fais une bile terrible pour mes chiens…ils sont restés avec ce type affreux…Le Diable ou du moins un de tant…Louis…enfin, Sa Majesté m’a parlé d’une pyramide, je n’ai rien vu de pareil aux alentours…vos femmes y seraient restées…Il pense que peut être les autres chats seront avec elles…et…

Sans préavis, il lui plaqua la main sur la bouche, sans trop de douceur, il faut dire.

Fermez-la ! Je comprends, ok ? Vous avez peur, vous craignez pour votre mari, la situation vous dépasse mais STOP. Pêcher demande silence !

*Triple brute !...C’est…affreux bonhomme !*

Affolée un instant, elle crut qu’il avait l’intention de peut être l’étrangler mais il la lâcha, l’air plutôt contrit.

Désolé…

Pas le temps d’en faire un discours. Ce qui aurait été agréable d’entendre, au lieu de cela, un coup de feu scanda l’air paisible. C’était foutu pour la pêche.

NDD ! Quelqu’un a tiré !

Oui, j’ai entendu ça, c’était un tir de fusil…Mais, vos amis n’ont pas d’armes…

Non ! Aucun de nous n’est armé, on a tout perdu…

Tirer des conclusions ne demandait pas de grand effort. Si ce n’était pas eux qui l’avaient fait, en toute évidence, quelqu’un d’autre le faisait.

Louis a encore gaffé ! Si Achille ne le fait pas à nouveau, c’est moi qui lui tordrai le cou !

De quoi parlait-il ? Pas de temps aux questions, elle se vit happée du poignet et tractée à toute vitesse à la suite de l’explorateur en émoi. Lui, il suivait les « chats ». Après un bon moment de course quasi éperdue, ils aboutirent à un bosquet. L’évidence était flagrante. Un homme avait gît là, blessé, vu les traces de sang frais.

L’un d’eux est blessé. Sage, Noble, guidez-nous !

Jenny suivit le mouvement sans faire de commentaires. Si l’un était blessé, l’autre l’avait emmené de là, qui portait qui ? La réponse lui sembla logique, ce n’était pas le. Roi qui pourrait se charger avec cette masse de muscles qu’était le guerrier, à moins d’être doté de pouvoirs surnaturels, ce dont elle doutait fort. Comme il était normal dans ce monde, la nuit leur tomba dessus, sans préavis et sans qu’ils eussent retrouvé les deux autres. Sir Richard s’énervait, pour une fois, il semblait que les « super minets » ne savaient pas où en donner de la tête. Bon an mal an, ils finirent quand même par arriver à l’endroit où campaient…

Mon Dieu…ce sont eux ! DAN !!! LINDSAY…

Plantant là l’explorateur, elle s’élança vers ses amis, sauta au cou du toubib puis étreignit son amie, en pleurant de gratitude.

Enfin…je devenais folle…mais…où sont…

Tiens, le guerrier grec venait d’envoyer Lewis dans les vapes juste parce qu’il visait les chats t sans doute aussi parce qu’il…

Non…pas cela…c’est lui qui…Pauvre Louis !

Ses amis ne pigeaient trois fois rien, abasourdis de la voir débarquer en si singulière compagnie.

Oui…je les connais. On s’est rencontrés dans les bois…venez, je dois vous présenter… Celui qui vient d’assommer Lewis n’est autre qu’Achille, le héros de Troie…

La tête de McIntosh et Mrs. Chesterfield valait le détour.

Mais voyons, Jen…tu ne peux prétendre que…nous ayons affaire avec…

Faisant fi de son laconisme habituel, le héros grec mit les pendules à l’heure, d’un ton péremptoire d’arrogance.

Non, elle ne ment pas et en invente moins…Je suis Achille, prince des Myrmidons, fils de Pelée et Thétis. Mon ami est Richard Burton, un explorateur anglais et celui que vous venez de soigner est Louis, roi de France, quatorzième du nom…dit Roi-Soleil, enfin…c’est qu’il raconte tout le temps !

Voilà…juste ce que je disais.

Au moins eut il la bonne grâce de s’excuser d’avoir assommé si proprement Lewis, pour sauvegarder les chats.

Admirable Lindsay. Toujours si maîtresse de soi. Exquise comme si au lieu d’être en pleine cambrousse, ils étaient des invités bienvenus à une réception. Après des présentations dans toutes les règles de l’art, elle pria tout le monde de prendre place « au salon » après avoir exprimé claire et poliment, son désir et celui des autres, de connaître un peu plus de l’histoire des nouveaux arrivants. Elle eut bien plus de succès que Jen. Et pendant un moment, on écouta, sans interrompre, ce qu’avaient à dire ces messieurs. Achille prit sur lui la plupart de la narration. M. l’explorateur leur fit la grâce de quelques précisions d’une grave concision.

Jen…dis moi que je ne suis pas en plein délire…

Non, Lind…tu es bien éveillée et c’est la vérité.

Ce n’est pas possible…

Elle soupira en jetant un coup d’œil à l’assemblée. Dan demeurait muet, déjà qu’il n’était pas en extrême bavard, avec l’exemple des deux autres, on risquait de se marrer à cette réunion.

J’ai eu du mal à y croire aussi…mais vois tu, nous n’avons pas beaucoup d’alternatives…en tout cas, c’est pas moi qui vais discuter avec le musclé, il est pas commode et le barbu…un ogre. Bon, ils se font un sang d’encre pour le Roi…

C’est de la pure folie !, assura Lindsay, sentencieuse.

On a déjà eu affaire avec des conquistadors…des pirates. Pourquoi pas avec ces trois là !?...Ah, vous avez trouvé un samouraï de l’ancien Japon ? Tu vois bien…et aussi des néandertaliens…Ben on dirait qu’il y a variété et choix…. Je suis désolée pour Neil…le pauvre doit s’en faire de la bile. Oh, Luke…oui, je l’ai vu…

Ses aveux se virent coupés court par le réveil de celui qui semblait, peu avant, aux portes de l’au-delà. Il devait avoir l’habitude de revenir à la vie, celui là parce que, avec un sans gêne admirable, il déclara avoir grande faim, si on en croyait aux borborygmes peu discrets de son royal estomac, c’était d’une somptueuse fringale qu’il s’agissait.

La dame de céans prenant la situation en main, La Gallet s’attelait à la tâche. Le guerrier et l’explorateur retrouvaient le tiers manquant de leur groupe, avec bien plus d’émotion qu’ils n’en voudraient démontrer. Jenny s’assit près d’un Dan bien taciturne.


Cela me surprend de te trouver ici, toi… ben oui, tu ne quittes jamais ton hôpital…wow ! Tu as trouvé un remplaçant, si c’est pas de la chance, ça !...et maintenant tu te balades dans la nature avec Lindsay…oui, elle est unique et aussi follement amoureuse de son Neil…non, tu n’as pas besoin de m’en dire plus, Dan…tu sais je suis assez perspicace quand même…suffit de voir comme tu la regardes…Oui, je sais, il n’y a qu’une solide amitié…Ne sois pas idiot, bien sûr que je ne vais rien dire, pour quoi me prends tu ?...Mais dis donc, ton patient se reprend très bien…pour quelqu’un qui s’est pris une balle dans le ventre, il est plutôt pimpant.

Le toubib avait aussi certains doutes sur l’identité des trois hommes. Jenny le rassura le mieux qu’elle put.

Pense seulement…pourquoi pas ? Je t’assure qu’ils sont très convaincants…m’imaginais pas un grec antique en blond mais enfin, va savoir, les mystères de la génétique, en tout cas, le physique à l’emploi…il l’a. Burton donne aussi la taille à son rôle…j’en ai pas tiré trois phrases de suite, taciturne explorateur, faudrait lire ses livres pour ne savoir plus, à moins que ce ne soit le manque de sa femme qui l’affecte tant…une telle Amelia….qu’est ce que j’en sais moi, il a pas voulu me raconter sa vie…encore moins partager ses secrets ! Quant au Roi…lui, c’est un régal pour les ouïes…

Sa Majesté fut exactement à la hauteur de sa description. Il captiva l’assistance avec ses occurrences, sa fine humeur, son récit sur leurs aventures, passionnant mais écourté sans doute au nom de quelque besoin de discrétion. On savait que trois femmes étaient perdues, quelque part. Leurs femmes. Pas de noms, sauf Amelia. Enfin, quel besoin d’en savoir plus…La journée avait suffi pour sursauts et fatigue. Laissant les hommes le loisir de se partager les tours de garde, Lindsay l’entraîna dans celle qui serait leur tente. Fin de soirée entre filles. Elles firent ce que les filles font de mieux : bavarder. Se faire des confidences. Pleurer sur leurs misères et se consoler à la comme on peu. Manquait une bouteille de vin et ça aurait été parfait mais on ne peut pas tout avoir, c’est su !

Elles avaient à peine concilié un semblant de sommeil, du moins c’est ce qui leur sembla quand on les tira des bras de Morphée en une action musclée et effective. Alerte générale. Personne ne sut dire ce qui se passait ou allait de passer, peu importait, il fallait se grouiller, un point c’est tout !

Pour se grouiller, on se grouilla. Et pour courir, on courut. Et pour grimper, on grimpa. Cela faisait un bout de temps que Jenny n’escaladait pas un arbre…et encore là, il fallait dire, que pour un arbre, c’en était un et pas des moindres ! L’ARBRE, par excellence. Le roi des arbres. Sir Richard Burton, promu par la force des choses en chef de l’opération, houspilla sa troupe , la faisant atteindre des hauteurs assez vertigineuses, dans les entrelacs touffus de ce monstre végétal. Ils n’étaient pas les seuls à chercher refuge dans les ramages généreux. Toute bestiole censée de pouvoir grimper passait par là. Un vacarme d’oiseaux en émoi, sillonnait l’air tiède. Miaulements, feulements, cris, grognements et autres bruits animaux, s’ajoutaient à la cacophonie, surmontée de maîtresse façon par la belle voix grave de l’explorateur qui hurlait de s’attacher.

Jenny se trouva accrochée à une très grosse branche, à Lind, à Dan…au Tout-Puissant par ses prières. Ce qui se passa ensuite ressemblait jusqu’à l’impossible à la fin du monde. Une épouvantable fin de monde. Qui pouvait songer qu’une vague monstrueuse pouvait surgir de nulle part et dévaster la contrée, manquant de peu d’arracher leur refuge.

Tout le monde va bien ?

Si on tenait en compte qu’ils étaient tous vivants, perchés dans un arbre, au milieu d’une mer apparue en quelques instants, dans un monde illogique…oui, tous allaient bien.

Obligatoirement on eut l’heur de se comparer à Noé. Sauf que pour une arche, la leur ne tenait pas le chemin.


Noé avait eu le temps de se préparer. Nous, on va devoir improviser.

Nous n’avons pas tout perdu, crut bon remarquer Jenny, c’est pas la folie mais on pourra faire avec.

Triste inventaire pour ces naufragés du déluge. L’arbre offrait néanmoins un refuge plutôt confortable. Ils pourraient s’y accommoder sans besoin de s’entasser pratiquement les uns sur les autres.

Nous n’avons que deux options : attendre une décrue ou partir. Cet arbre porte de nombreux fruits, l’eau ne manque pas en bas et elle contient sûrement des poissons…

On irait où, le cas étant !? Et si on reste…quoi ?

Bonne question, Mrs Walker ! On pourrait subsister ainsi 15 jours ou un mois, je n’en sais rien…

L’idée de partir tentait plus d’un, le guerrier, le premier qui voulut savoir comment ils s’y prendraient.

Avec un radeau, Achille. Nous avons tous les éléments nécessaires autour de nous… Ah, vous avez votre boussole, Mrs Chesterfield, c’est bien.

S’il n’avait tenu qu’à elle, Jenny se serait mise au travail pour construire le radeau, à l’instant même. Le Grec partageait son avis. Lind n’en était pas trop sûre tout comme Dan. Le Gallet et Lewis ne voulaient rien savoir de s’aventurer Dieu sait où à bord d’un radeau sans doute pas trop solide. Louis, lui, tempêta haut et clair mais le grec n’émettant qu’un nom, le fit taire.

On doit de toute façon attendre que le radeau se construise. Une partie établira des abris et s’occupera du ravitaillement, les autres feront le rafiot. Quand il sera prêt, on verra où en sera la décrue. Des objections ?

Et même si ? Qui oserait braver ces deux là ? Sage décision. L’assemblée se tint coite.

Bon, alors, on y va…Où ? Tailler du bois, messieurs, pour le radeau !, dit elle en prenant la machette restante, pas de souci…je sais m’y prendre !

Sans s’étendre sur ses maintes capacités, Mrs. Walker passa plutôt à le démontrer. Son coup régulier et vigoureux convainquit les deux hommes qu’elle était une recrue plus que valable. Au moins, elle connaissait son affaire et ne risquait pas de se couper une main en maniant l’artefact bien affûté.

Avec deux compagnons de travail pareils, on ne perdait pas le temps en vains bavardages. Mais eux, ils étaient grands, forts, taillés dans du roc et même si Jenny s’y mettait en redoublant d’efforts, au bout de deux jours exténuants, il fallut se rendre à l’évidence que trop étant trop, il fallait se chercher un travail plus accord avec son entrain. Elle passa donc à bâtir un abri…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Daniel McIntosh

avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 16/03/2011
Age : 39

MessageSujet: Re: Errance   Lun 7 Mai - 11:00

Ouais, ouais, il n’aurait pas dû avoir de telles pensées mais Daniel McIntosh ne parvenait pas à s’attrister de la situation. Se retrouver avec Lindsay Fairchild sans que l’ombre de son mari ne plane était tellement… heureux ! Il était conscient de n’avoir aucune chance mais… sait-on ? Pas qu’il souhaite la mort de quiconque, ce n’était pas sa voie.
Au moins, au campement, il avait pu démontrer qu’il était un expert dans son art.
La suite valait le détour. Sortant des bois en compagnie de bêtes affreuses et d’un bourru, fraîche et expansive, se pointa Jenny Walker.
Belles effusions que ces retrouvailles ! Ils la cherchaient et elle leur sautait au cou avant de s’apitoyer sur le sort du blessé. Intrigué, Dan demanda :


Tu connais ce type ? Les autres aussi ?

Oui…je les connais. On s’est rencontrés dans les bois… Venez, je dois vous présenter… Celui qui vient d’assommer Lewis n’est autre qu’Achille, le héros de Troie…

Pour recevoir un choc, Dan en eut un. Rationnel avant tout, de quoi s’étonner ici ? N’avait-il pas croisé de près un samouraï et des Néanderthaliens ?
On s’assit autour du feu. Jenny, en verve, raconta plus ou moins son histoire. Achille, puisque cela semblait bien lui correspondre, admit l’identité de son groupe. Burton grogna, à l’occasion.
Paf de chez paf, Dan écouta tous les récits jusqu’à ce que Jenny se pose à ses côtés et l’interpelle :


Cela me surprend de te trouver ici, toi… ben oui, tu ne quittes jamais ton hôpital…

J’ai un remplaçant, découvert par hasard. J’avais besoin... d’air.

… et maintenant tu te balades dans la nature avec Lindsay.

Je ne l’ai pas cherché ! Ça s’est produit… fortuitement. Elle a tenu à ce que Le Gallet garde son bras. Elle n’avait pas tort...

Apparemment, rien n’échappait à la sagacité de Mrs Walker. Elle l’avait percé à jour en quelques minutes. Il en fut marri :

Je sais que c’est peine perdue ! Je ne veux rien d’autre que son amitié. Tu ne lui diras rien, hein ?


Ne sois pas idiot, bien sûr que je ne vais rien dire, pour quoi me prends tu ?... Mais dis donc, ton patient se reprend très bien… pour quelqu’un qui s’est pris une balle dans le ventre, il est plutôt pimpant.

Pas exactement dans le ventre mais je te passerai les détails anatomiques. Personne ne se remet aussi vite... chez nous. Tu es certaine que ces types sont ce qu’ils prétendent ?

Elle l’était. La suite servit ses affirmations. Un roi très en forme réclama pitance et encensa Le Gallet pour sa tambouille.
À part, Dan tint à discourir avec les jeunes femmes. Ils s’écartèrent des oreilles des autres :


Qu’as-tu appris ? Où est Luke ?

Il en demeura comme deux ronds de flan. Walker serait captifs d’élus dans une forteresse en balade ? De quoi le faire gamberger le reste de la soirée.
La nuit s’avançant, des dispositions étaient nécessaires, des tours de garde obligés.
Ledit Louis insista pour en être malgré les recommandations médicales. S’il y tenait… Dan agréa.
Il devait prendre le dernier quart en compagnie de Burton. D’après ce qu’il avait lu et entendu sur ce personnage, ses mœurs étaient bizarres et sa férocité notoire. L’autre mit les choses au clair immédiatement :


Je n’ai jamais tué personne qui ne le mérite ! Et si vous craignez pour vos arrières, je n’ai jamais été de ce bord-là.

Dan eut le bec cloué, une bonne fois pour toute, jusqu'à ce que...


Vos… «chats » s’agitent…

Remarque anodine qui fut suivie d’un branle-bas pas possible.


On réveille tout le monde !

Ah bon ? D’après Burton une grande menace pesait sur eux. Laquelle ? Pas de réponse. Dan secoua les gens et empaqueta ses affaires sans oublier sa précieuse trousse puis, comme tous, il courut se percher dans un arbre gigantesque.
Le « hasard » fait parfois bien les choses. Sa voisine du dessus n’était autre que Lindsay. Lui pousser le talon, le mollet était… agréable malgré l’urgence.
S’encorder ? Qu’à cela ne tienne !
La vision d’horreur d’une lame déferlante souilla son pantalon. Nul ne s’en rendit compte vu les paquets d’eau qui les éclaboussèrent. Qu’importe s’il devait mourir, sa main était soudée au dos de Mrs Chesterfield.

Point de douleurs, juste une grande frayeur due au chaos qui se prolongea… longtemps.
La vague passée, on se renseigna sur le sort des uns et des autres. Nul n’avait trop souffert, apparemment.


Ça va, Lind ? Attends, je t’aide.

Ses doigts habiles dégagèrent les nœuds grossiers qui les avaient soudés au tronc puis il leur fallut admettre l’impensable : une mer les entourait.
D’après Burton – encore et toujours lui…- seuls deux choix s’offraient. Pour Dan, un seul. Il irait où Lindsay irait.
Pour l’heure, on était de toute façon coincé dans cet arbre aux ramures gigantesques.
Lorsque vint l’attribution des tâches, il alla de soi que Dan n’avait rien d’un bûcheron. Pourquoi se ridiculiser en prétendant le contraire ? McIntosh tenait à ses doigts et sa fierté.
Jenny tenait-elle à impressionner la galerie des historiques en se portant volontaire à la confection d’un radeau ? Il ne lui donna pas deux jours avant de changer d’emploi.
Lindsay, au moins, connaissait ses limites et qualités.
« Promu » chef des résidents, par la force des choses, Dan tenta d’organiser les choses au mieux.


Votre Majesté et toi, Lind, vous êtes les plus graciles pour la cueillette, sans vous commander, bien sûr. Lewis, Le Gallet et moi, on installe des abris.

Tant bien que mal, la tente fut dressée en repos pour les dames. Du feuillage forma des couchages pour les hommes, à distance. Un foyer… ? On s’en passerait quelque temps. Inutile de risque d’embraser leur habitat. Le cuistot avait emporté son camping-gaz, donc…
Le plus gros problème résidait dans l’installation de douche car il était hors de question d’aller barboter en bas où, selon les dires des historiques, un monstre aquatique pouvait sévir.
Certains fruits ressemblaient à des calebasses qui, perforées avec soin, formèrent bientôt une pomme de douche acceptable. On l’alimenterait avec les seaux de toile.

En attendant que chacun revienne de ses tâches, Dan se confectionna une canne à pêche de fortune. En appât, une grosse chenille plantée sur une épingle à cheveux.
Ce soir-là, les ventres se remplirent sans grogner et Dan n’eut d’autres tracas que de soigner les doigts du 14ème du nom, mordus par un singe.
Le trio d’abatteurs était satisfait. Plusieurs grosses branches étaient déjà débitées. Le calfatage du futur radeau semblait les tracasser. Vu l’état poisseux de leurs mains, Dan suggéra :


Cet arbre a l’air d’avoir une sève très résineuse. Ça ne vaut pas le bitume, mais… ça colle !

Le lendemain s’écoula dans la même routine. Au soir, Jenny vint le trouver, rompue. Il soigna ses écorchures en la réconfortant :

Tu n’avais rien à prouver, Jenn. Ces drôles te gars te respectent. J’ai entendu Achille dire qu’il croyait que tu flancherais dans l’heure ! … Burton… Pas besoin qu’il cause, son regard suffit.

Un fait assez extraordinaire s’était produit cependant. Tout ce qui avait été cueilli ou coupé la veille avait repoussé en une nuit ! De quoi ouvrir de belles perspectives.
On se réjouit de cette nouvelle rapportée par les deux équipes et Dan pensa qu’il fallait fêter ça.
Dans ses longues heures de pêche, en attendant que ça morde, il avait souvent observé la faune environnante. S’ils étaient les seuls humains réfugiés, une foule de bestioles hantaient la frondaison. Oiseaux, larves étaient légion ; quantité de singes grignotaient les feuilles à profusion.
Le Gallet les avait testées et jugées agréablement sucrées. Il en avait fait de la purée ce qui améliorait la pitance. Dan, lui, en avait arrosé une bonne brassée avec de l’eau et un peu d’alcool médicinal. Le mélange avait fermenté toute la journée, il jugea qu’une tournée générale s’imposait.
C’était… fort, un vrai tord-boyaux ! Dan eut beau recommander qu’un petit verre suffirait, certains ne l’écoutèrent pas. Au moins, il y eut de l’ambiance ! Cette boisson délia les langues et réjouit les cœurs. Écouter les blagues des uns et des autres fit rigoler la ronde. Dan qui s’était pourtant modéré, ne sut pas comment il avait retrouvé sa couche.

Au matin, les gueules de bois étaient assez nombreuses mais le cœur à l’ouvrage intact.
Chacun reprit ses tâches avec bonne humeur.
Dan sommeillait un peu sur sa canne quand une secousse de celle-ci le réveilla. Ce qu’il vit en bas tenait pourtant du cauchemar ! Certes, il avait appâté avec les reliefs de poissons de la veille mais ne s’attendait pas à avoir attiré… ça ! C’était long, écailleux et plein de dents ! Figé, McIntosh assista alors à l’horreur. À quelques mètres de là, un peu plus haut que Dan, Achille était à califourchon sur une branche solide. Il attendait la réception d’un billot débité que Burton lui descendait à la corde. Sans doute par les effets de l’alcool, les gestes des bûcherons étaient moins assurés. Le colis tanguait beaucoup et Achille dut se déplacer pour l’attraper. C’est alors qu’il dévissa. S’il tombait, il irait droit vers la gueule ouverte du monstre…

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Errance   

Revenir en haut Aller en bas
 
Errance
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Gods Games :: Monde du fleuve :: Les Bois-
Sauter vers: