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Sommes-nous les jouets des dieux ?
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 Errance

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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: Errance   Mar 8 Mai - 23:13

Que faudrait il encore faire pour satisfaire ces Dieux débiles ? Se laisser faire semblait l’ordre du jour...depuis un bon moment ! De quoi en avoir un peu marre ! Si les maudire était devenue une habitude, il fallait reconnaître qu’à part lui produire une satisfaction sournoise, cela ne servait sans doute à rien d’autre qu’à Leur donner envie de récidiver.

En tout cas là, pas de temps à perdre ! Si Richard mettait tout le monde à courir, il devait avoir une bonne raison. Pas le temps de poser des questions, on verrait ça plus tard ! Vu qu’il était le costaud de service, sa force servit à propulser les moins athlétiques aux premières branches et une fois le dernier à « bord », il grimpa lui-même se mettre à sauf.


Il régnait une pagaille pas croyable dans le « nid » improvisé. On partageait les lieux avec une faune excitée ce qui, ajouté au babil énervé de ce petit monde en désarroi, créait l’ambiance exacte de catastrophe en cours. Suivant les ordres précis d’un Richard qui gardait les idées claires, le guerrier aida tout le monde à s’attacher et fit de même pour lui. Louis, étonnamment serein, priait, sans doute. Lui, sans foi ni confiance, ne parvenait qu’à penser à Sissi, espérant qu’une horreur semblable lui serait épargnée.

Parce que pour une horreur, celle-ci en était bien une. Voir cette vague colossale envahir l’horizon, se précipitant sur leur abri sommaire, avait de quoi déstabiliser les nerfs les plus trempés, les siens inclus. Sa vie durant il avait soumis les hommes à la force de ses armes mais le pouvoir dévastateur de la nature, le dépassait. Le souvenir du Scamandre déchaîné contre lui, revint avec précision, et encore, comme jadis, Achille eut peur.

La vague déferla avec énorme puissance mais leur abri colossal tint bon. Secoués, trempés, affolés mais vivants, les rescapés de ce déluge inouï, découvrirent, sidérés, le changement survenu aux alentours. On se serait cru en pleine mer…

Pour les effets, ils étaient en pleine mer, au large , perchés dans un arbre. Passée la première impression, les langues se délièrent, les nerfs se relâchèrent et s’en suivit, pour changer, un certain désordre, tout le monde avait son mot à dire. Louis cita la Bible. Ces dames concordèrent avec lui. Achille qui ne connaissait Noé, ni d’Eve ni d’Adam, s’intéressa plutôt à ce que Richard avait à dire.

Nous n’avons que deux options : attendre une décrue ou partir. Cet arbre porte de nombreux fruits, l’eau ne manque pas en bas et elle contient sûrement des poissons.

La jeune Mrs. Walker voulut des précisions. Il n’y en avait pas.

Soit, nous avons un abri, nous pouvons attendre…Quoi et pour quand ? Je voudrais bien le savoir. Celle-ci ressemble bien à quelque folie de Neptune, ça lui prend de temps à autre et selon ce que je sais de Lui, il n’aime pas changer d’avis donc, on pourrait se voir réduits à vivre dans cet arbre pour le reste de nos misérables existences, à moins de chercher la façon de ficher le camp. Comment ? Suis sûr que Richard a déjà une idée valable.

Il l’avait.

Avec un radeau, Achille. Nous avons tous les éléments nécessaires autour de nous.

Ce n’est pas le bois qui manque, en effet.

L’idée de partir à l’aventure incertaine ne tentait pas tout le monde. Louis, le tout premier, trouva à redire sur tous les tons, à croire qu’une existence de singe lui semblait attirante. Il suffit de nommer sa blonde pour qu’il change d’avis.

Un radeau comme celui envisagé ne se construirait pas en un jour…ni en deux. Il fallut s’organiser pour survivre dans ce refuge de verdeur de la meilleure façon possible. Les uns s’occupaient des abris, d’autres du ravitaillement. Que la petite Jenny décide qu’elle taillerait du bois avec Richard et lui, tira à Achille un sourire amusé.

Brave petite, mais elle ne tiendra pas une heure !

Elle se chargea de le détromper de maîtresse façon.


La vie s’organisa assez plaisamment, vu les circonstances. L’arbre, petit monde autonome au milieu des flots, bourdonnait de vie. Une tribu de macaques avait élu domicile dans les branches supérieures mais ne se gênaient pas le moins du monde à en descendre pour chaparder ce qui leur tombait sous la patte. Bien sûr, mettent en point d’honneur la suprématie de son espèce, Louis crut bon leur rendre la pareille.

Fous leur la paix, Loulou…t’en tireras rien de bon !

Sourd à tout conseil, Sa Majesté, agile comme chat, avait envahi le territoire primate dans l’espoir, vain, de varier sa cueillette. Plus haut, selon ses doctes dires de botaniste amateur, on trouvait une sorte de fruit fort savoureux. Grand mal lui en prit. Aux hurlements outrés des singes s’ajoutèrent ceux du Quatorzième du nom, repoussé à coups de dents. Sa descente, plus rapide que son ascension, le mena tout droit chez le toubib, qui raccommoda les doigts royaux si vilement croqués.

Ça lui apprendra !, rigola Achille pourtant convaincu qu’il n’en serait rien.

Au deuxième jour de travail éreintant, Jenny abandonna l’équipe des bûcherons. Elle avait gagné leur respect et admiration, ce petit bout de femme. Sa présence avait égayé la rude corvée. À deux, ils trouvèrent le bon rythme. À ce train là, en quelques jours, ils compteraient avec assez de bois débité pour commencer avec la construction du radeau salvateur. Le tracas de Richard sur le calfeutrage du rafiot, comme il le nommait, trouva solution suite aux conseils éclairés du docteur.

Cet arbre a l’air d’avoir une sève très résineuse. Ça ne vaut pas le bitume, mais… ça colle !

*Pas bête, le gars !*

Et c’est encore lui qui concocta un fameux tord boyaux. Sans doute découvrir que l’arbre se régénérait pendant la nuit lui avait servi d’inspiration. Une fois ne faisant pas coutume, le soir venu on fit la fête. Histoires, blagues, chants. On rigola en bonne et due forme pour regagner leurs couches de fortune à la comme on peut.

Les idées un peu chavirées après les excès de la veille, la journée s’annonçait ardue. Être perché sur une branche, au dessus de l’eau, réceptionnant des lourds billots que Richard dépêchait des hauteurs, n’était sûrement la meilleure façon pour venir à bout de sa gueule de bois. À un niveau inférieur, le toubib s’adonnait à la pêche. Le billot arrivait, se balançant dangereusement. Il leva les bras pour l’atteindre et le retenir mais rata son coup. Une exclamation de McIntosh retint, une seconde de trop, son attention. Il eut la vision d’une gueule monstrueuse émergeant des flots. Quelqu’un cria, le billot, telle folle pendule revenait, il l’esquiva de justesse mais perdit l’équilibre… En bas, le monstre des eaux l’attendait.

Achille n’aurait su expliquer ce qui se passa par la suite, il filait tout droit vers la gueule béante quand d’un fol élan, on l’écarta de sa trajectoire. Happé en plein vol, il se vit propulsé dans le bouillon assez loin de l’affreux monstre. On hurlait dans l’arbre. Il but la tasse mais se reprit assez comme pour voir les hybrides se lancer à l’eau sans hésitation pour les secourir . Il parvint à agripper Louis, son sauveur, qui coulait gracieusement. Sage et Noble, remorquèrent leurs illustres épaves à bon port.

Pour une fois, Lewis faisant bon usage de son arme, venait à bout de la bête aquatique. En fol émoi, des mains se tendirent pour les tirer de la flotte. Richard se chargea d’un Louis dégoulinant mais ravi de son exploit. Lui, aidé de charmante façon par Lindsay et Jenny, se hissa au sec. Ayant assisté aux faits en direct, les jeunes femmes tinrent à donner des détails. D’où elles s’était trouvées, impossible de rater le spectacle, d’un Louis accroché d’une liane, se lançant dans le vide à des vitesses vertigineuses, le cueillant juste à point, le sauvant si non d’une mort affreuse du moins d’un très mauvais quart d’heure.

Une bonne accolade plus tard, il remerciait Louis, sans trop s’épancher.

Tu m’as sauvé la mise, t’en suis redevable.


Assez décomposé d’avoir pêché pareille horreur, McIntosh aidé de Lewis, tout retourné, hissait la proie du jour hors de l’eau. Quelle horrible créature. Énorme gueule aux dents pointues, en trois rangs, yeux globuleux, corps protégé par des écailles coriaces, long comme celui d’un serpent, sans en être un.

Une chimère !

Par là on parla de dragon d’eau. Peu importait, celui là ne ferait plus de victimes. Curieux, le cuistot de service voulut savoir si cela se laissait manger. L’essai valut la peine, celui là s’avéra être un monstre exquis.

Plus tôt on se taillera de ce coin, mieux ce sera. On est pas au bout de nos peines. Sans vouloir être pessimiste, je pense que les fameux Élus dont parle Jenny, doivent encore nous réserver quelques méchantes surprises.

Louis lui reprocha tant de mauvaise foi. Ces dames se voulurent positives. Les autres s’en tinrent à leurs réflexions muettes. La suite donna raison au pessimiste de service. Ils n’avaient pas fini le repas qu’un orage s’annonça, force roulement de tonnerre et éclairs zébrant le ciel.

*Manque que la foudre nous tombe dessus*


Mais il se garda bien d’en piper mot. Encore heureux qu’un des abris fut déjà prêt à les accueillir. Un peu à l’étroit, on s’y casa à l’attente d’une accalmie des éléments. Bénie soit la conversation décousue de Louis qui parvint à distraire l’attention du feu d’artifice extérieur.

Mrs. Walker devait le trouver rassurant et assez confortable, le fait est que, exténuée après une journée de labeur ardue et les émotions vécues, elle s’était endormie, la tête appuyée sur son épaule. Pendant un instant, il la regarda, attendri, pour surprendre de suite le coup d’œil étonné de Lindsay, prête à intervenir pour réveiller son amie.

Laisse la, je t’assure que cela ne me gêne pas le moins du monde…On dirait que tu as peur de moi, rassure toi…je n’ai jamais égorgé une jolie femme !

Ce n’était sans doute pas la meilleure façon de s’y prendre mais la jeune femme souriait.

Toi et Jenny êtes deux filles courageuses. Rien de plus pitoyable et agaçant que des femmes qui pleurnichent à tort et à travers…Ah, les femmes de ton temps…ma foi, non, j’en ai pas beaucoup rencontré…à part Amelia, mais encore elle appartient à votre passé…

Pourquoi lui était il si facile de se confier à cette jeune femme ? Lui qui parlait si peu…Peut être le simple besoin de frayer plus humainement avec ces compagnons d’infortune ? Aimer Sissi lui avait appris à être moins dur et arrogant. Lindsay rendait la conversation aisée. Elle posait des question, s’excusant d’être si curieuse, il ne s’en formalisa pas et y répondit de son mieux. Leur paisible conciliabule finit, impossible autrement, par attirer l’attention du Quatorzième, qui faisant fi du fait de ne pas avoir été invité à s’en mêler…s’en mêla. Et comment ! Lindsay en riait aux larmes, McIntosh qui n’était jamais trop loin d’elle, finit par se joindre à la réunion. Par la force des choses, les autres firent de même. Jenny finit par se réveiller, confuse de l’avoir élu comme oreiller mais se reprenant aussitôt avec belle humeur.

Si les belles du groupe avaient couvé quelque crainte à son encontre, dans les jours qui suivirent, tous purent se rendre compte qu’entre le guerrier antique et elles régnait la plus parfaite des camaraderies. Elles semblaient le voir comme un grand frère rassurant. Louis, bien entendu trouva son mot à dire.

Et quoi ?, se défendit Achille, vexé, on est amis…Mêle pas Sissi à tes divagations…Euh, non…j’avoue qu’à part Amelia je n’avais jamais vu une fille comme…simple compagnon d’aventures. Ben tu vois bien…me dis pas que toi tu te fais des idées ?...T’as l’esprit tordu, Loulou…et Hélène, t’en fais quoi ?...Bien sûr qu’on va les retrouver, sois pas si niais…sais pas, on s’arrangera…va plutôt faire ta cueillette du jour et te dispute pas avec les macaques !

Parce que c’était le pain quotidien, les rencontres de Son Auguste Majesté avec ces singes farfelus qui prenaient le malin plaisir de lui jouer toute sorte de mauvais tours. Cela allait tant et si bien, que personne ne s’étonna le jour où Louis, tout ému, apparut avec un petit singe, perché sur son épaule, assurant que la bestiole était orpheline et qu’il allait s’en charger. Ainsi fut fait !

On travaillait d’arrache pied du lever au coucher du soleil. Billots assemblés, calfatage résineux. Structure extérieure peaufinée avec soin. Ils ignoraient combien de temps pourrait durer leur voyage, chaque détail devait être soigneusement pris en compte…

Ce soir, autour du repas, Richard annonça, qu’ils appareillaient le lendemain…
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MessageSujet: Re: Errance   Ven 11 Mai - 18:41

Quand Burton ordonnait, on avait intérêt à se bouger les fesses sans poser de questions.
Tout le monde suivit les directives et empaqueta son fourbi. Les historiques n’ayant que leurs loques sur le dos, ils aidèrent les autres à s’activer. Donc ce fut rondement mené.
Aller se percher le plus haut possible dans le roi des arbres du coin sembla d’abord ridicule puis très judicieux. Dans l’aube grisâtre se découpa une vision inimaginable. Une telle vague ne pouvait exister dans la réalité ! Et pourtant. Sans les précautions d’encordage et la résistance des racines de leur refuge, il y avait fort à parier qu’ils auraient péri, une fois de plus.
Le panorama chamboulé qu’ils entrevirent alors leur donna le vertige. Pas une terre à l’horizon, seulement de l’eau et quelques îlots comme le leur. Intérieurement, Louis souhaita vivement qu’Hélène n’ait pas eu à subir ça.

Sous les directives de Richard, des tâches se répartirent après qu’une conférence au sommet – pas de dénomination plus appropriée – ait eu lieu. Inutile de pinailler, Louis ne se sentait pas de taille à jouer au bûcheron dans la confection d’un hypothétique moyen de transport. Que cherchait Mrs Walker ? Se faire bien voir des deux seuls costauds de la bande ?

*Quand elle aura les mains en charpies et le dos en compote, on en reparlera !*

Contre mauvaise fortune bon cœur, le 14ème du nom accepta d’être relégué aux tâches moins glorieuses même si elles étaient indispensables. Arracher branches et fruits à leur support ne demandait qu’un brin d’agilité. Or là, le roi excellait.
Il en fit des provisions ! Mais les plus belles poires sont toujours les moins accessibles, surtout quand, en plus, elles sont défendues âprement par des singes voraces. Un fameux spécimen de macaque en défendait l’accès, poils hérissés. Qu’à cela ne tienne, Louis essaya de le distraire par de beaux discours que le primate sembla apprécier… un temps. Le temps qu’une main se tende et que des dents répondent ! Les crocs de ces animaux étaient affreusement pointus.
Contraint d’abandonner la partie pour l’heure, Louis rentra assez piteux au « camp » de base où, fort heureusement, nul ne l’enguirlanda pour ses prouesses. Achille pouvait bien rigoler en douce avec ses mains collantes de sève !


*Rira bien qui rira le dernier…*


La journée suivante s’écoula sans grande nouveauté sauf que l’on installa la douche !
Venant d’une époque où l’on ne se risquait pas à trop se laver par crainte des maladies(…), Louis avait été assez surpris des pratiques d’Achille puis de celles des femmes en passant par celles de Richard. Souvent, ils l’avaient envoyé au bain ! Finalement le monarque s’y fit et si la flotte ne le dérangeait plus, la recevoir par une courge perforée était une grande première, ma foi agréable.
Ah oui, fait notable également, quoique l’on coupe ou cueille de cet arbre, ça repoussait rapidement! Le danger d’une disette était écarté. Nul ne s’en plaignit et pour fêter ça, on fit bombance notamment avec l’aide du truc le plus imbuvable qui soit. Louis était persuadé que si une flamme avait croisé son haleine, leur nid aurait cramé. En tout cas, il y eut de l’ambiance, et rien de tel qu’une petite soulerie pour oublier ses tracas. C’était si bon de rigoler en franche camaraderie. Louis se divertit beaucoup des anecdotes sur le « village » contées joyeusement par les dames. Il s’ébaubissait de chacun de leur trait :


Des lapins aussi gros que des porcelets ? Une mine de diamants ?... Ton mari était le maire ? C’est quoi, un maire ? La révolution ? … Rien que d’y penser j’ai mal à la tête !

Il faut avouer que, le lendemain, peu étaient fringants. Cela n’empêcha pas Louis d’aller regarder – à bonne distance – ceux qui gardaient les meilleurs fruits. Ils en mangeaient beaucoup mais prisaient également les feuilles. Puisqu’il en avait bu une décoction la veille, Louis ne se gêna pas pour en mâchouiller une paire au passage. Aussitôt, il lui sembla qu’une énergie incroyable l’habitait. Il se sentait extraordinairement léger et, plein d’enthousiasme, se mit à imiter… les singes. D’abord avec prudence, il attrapa une liane puis se balança d’une à l’autre avec une assurance de plus en plus marquée. Culbutes, balancier, pirouettes, jamais il ne rata sa prise et, très fier, il voulut se faire admirer par un macaque d’un autre acabit que ceux des sommets.
Il allait héler Achille qui réceptionnait un des troncs abattus quand, en un éclair, il perçut la précarité de la situation. Non seulement son ami risquait le bouillon mais, dans le bouillon, il y avait…
On ne réfléchit pas dans ces cas-là ! Louis plongea. Son élan était tel qu’il percuta sa cible de plein fouet, la poussant de toutes ses forces pour lui éviter les dents acérées prêtes à l’engloutir.
La suite il n’en eut pas vraiment trop conscience. Sonné, persuadé être croqué ou noyé, il se laissa aller vers Neptune. C’était sans compter sans la poigne d’Achille qui lui agrippa la tignasse, et les minets qui les remorquèrent jusqu’au tronc sur lequel on le tracta.
Modeste, il reçut l’accolade du Grec :


Tu m’as sauvé la mise, t’en suis redevable.

Entre amis, quoi de plus normal ?

Le dénommé Lewis avait fait un joli carton. On lui accorderait les dents du monstre en pendentif tandis que la chair serait cuite façon Le Gallet.
On en était à vanter les délicates saveurs de ce mets d’exception qu’un violent orage s’abattit. Repli sous l’abri. La frondaison faisait un parapluie naturel, mais c’était plus réconfortant de se serrer les uns contre les autres. Enfin, tout dépendait des voisins directs. Coincé entre Le Gallet et Lewis, face au toubib, Louis se chargea d’égayer la galerie. Les hommes modernes avaient apprécié sa prestation et, à présent, le surnommaient gentiment « Tarzan». Pensant qu’il devait s’agir-là d’un grand héros moderne, Louis se sentit flatté. Néanmoins, il ne pouvait lorgner sur le groupe d’à côté où l’on se marrait beaucoup. Il en était tout marri :


*Achille qui fait rire des… femmes ? *

On aurait tout vu ! D’ordinaire c’était lui, le XIVème, qui avait ce privilège !
Jaloux ? Un peu, beaucoup allez savoir.

La vie dans l’arbre avait son charme. On ne manquait de rien. Souvent le soir, seul sur sa couche, Louis se languissait des délices encore cachés de son Hélène.


*Et si… *

S’ils ne les retrouvaient pas, il faudrait envisager un changement radical… d’affection.


*En tout cas, Achille prend les devants… Il veut devenir polygame, s’octroyer les deux seules femmes ? *

Torturé, il en vint à laisser filtrer quelques allusions dans les pavillons grecs :

Alors, le flirt marche à fond ?

Et quoi, on est amis…

On sait ce que ça donne les « amitiés » entre un homme et une femme. Pauvre Sissi, si elle savait…

Mêle pas Sissi à tes divagations.

Parce que tu comptes beaucoup d’ « amies » dans tes relations ?

Le héros dut avouer que non mais prétendit mordicus qu’il n’y avait aucune malice dans son attitude « fraternelle »
Un autre qui semblait ne pas tellement apprécier les fréquentations d’Achille était le toubib. Mais Louis s’en fichait un peu des états d’âmes des autres. Plutôt que d’assister aux roucoulades ouvertes ou discrètes, il s’intéressa davantage aux mœurs simiesques. Au moins les bestioles n’étaient pas hypocrites, elles !
Lors d’une de ses virées en hauteur, Louis n’avait pas pu s’empêcher de remarquer l’isolement d’un des jeunes macaques. Pour peu qu’il en sache des habitudes de ces arboricoles, si un petit se retrouvait sans mère, une autre prenait le relai. Or là… L’ensemble du clan semblait vouer le « gamin » au bannissement. Voir cette petite chose dépérir de jour en jour faute de soins démoralisa le roi qui, dans un élan d’humanité, osa s’approcher du jeune à qui il fit avaler des feuilles prémâchées.
Qui adopta l’autre ? Nul autre qu’eux ne le sut. Mais c’est très fier de sa « conquête » que Louis décida de ramener la bestiole au camp de base :


Je vous présente Colbert !

On s’étonna, rit ou tiqua, Louis tint bon :


…Non, mon ministre des finances n’était pas marrant… justement ! Mais il était malin comme celui-ci donc, je lui rends hommage… Bien sûr Lind, tu peux le prendre. Attention, il va sans doute vouloir te trouver des poux ! … Je le surveillerai Chichille, tu me connais !

Les yeux du Grec, levés au ciel, semblaient prédire des misères.
Oui, bon, un singe, jeune qui plus est, fait des bêtises. Louis les assuma toutes, comme s’il en était lui-même responsable. Il avait dispersé les médocs du toubib ? Le roi les récupéra au risque de se casser la figure en contrebas. Les cartouches de Lewis avaient disparu ? Louis les retrouva dans un creux où il faillit se faire mordre par un serpent. La seule gaffe qu’il refusa de prendre en compte fut celle où sa boule de poils ouvrit le seau pour la douche alors qu’Achille entrait dessous encore habillé.

Bon an mal an, les jours s’écoulèrent paisiblement. Puis, Richard annonça que le radeau était prêt. La décrue n’ayant pas eu lieu, il faudrait l’emprunter.

Quelle drôle de chose ! Tous avaient assisté et aidé au montage selon un plan issu du cerveau fertile de Richard. Néanmoins, posée sur l’eau, retenue par de solides cordages de lianes, l’embarcation semblait… précaire. Rectangle arrondi d’un peu moins de 10 mètres au carré, les voyageurs y seraient à l’aise même si tous s’allongeaient en même temps, ce qui ne serait probablement pas le cas. Deux gouvernails coordonnés permettraient les manœuvres ainsi que quatre fortes rames placées par paires sur la longueur. Au centre, un mât court qui avait créé une polémique. La seule voile à disposition était la tente. La sacrifier à cet effet faillit déclencher les hostilités dans le groupe devenu soudé. Les uns voulaient aller plus vite en profitant du vent, les autres redoutaient averses ou canicules. Colbert trancha. Souvent, il avait vu Lindsay et Jenny tresser leur chevelure afin d’être plus à l’aise au travail. Habile comme... un singe, il imita la technique sur de fins brins de liane. Le couvre-chef façonné était un peu ridicule mais Louis le porta avec son allure… royale. Les femmes s‘y mirent avec entrain et, bientôt, chaque tête s’orna d’un chapeau isolant tant du soleil que de la pluie. S’il faisait gros temps, la voile serait rabattue, donc..
On embarqua matériel, quantité de fruits, feuilles, on s’installa sur des tapis grossiers tressés savamment et vogue la galère !

Jenny semblait très nostalgique en quittant ce havre qui les avait logés et nourris tant de jours d’affilée. Louis aussi avait le cœur serré. Il posa une main amicale sur l’épaule de la jeune femme et murmura :


Il faut laisser le passé dans l'oubli et l'avenir à la providence. Nous retrouverons ceux qui nous manquent.

Sur ces bonnes paroles, il alla souquer tandis que la barge s’écartait doucement du tronc béni.

Par commodité, Louis avait entravé Colbert. C’est-à-dire qu’il lui avait fabriqué une laisse longue et un collier. Juché sur son épaule, le macaque n’appréciait pas trop le tangage pourtant à peine perceptible sur la nappe liquide. À la proue, Lindsay consulta sa boussole et donna la direction plein sud, dernière position connue via Mrs Walker.
Une tournante s’opérerait entre les rameurs, barreur et les vigies. De long en large, Richard leur avait fait répéter les manœuvres. Le fleuve devait être d’inégale profondeur. Cela variait déjà sans cesse autour du tronc, pas demander en plein flot…
Un gaffeur sonderait régulièrement l’avant, on irait doucement selon la couleur de l’eau.
Chacun y avait mis son grain de sel car Burton était, devait-il lui-même avouer, plus un homme de terre que d’eau. Lind avait pas mal navigué sur... des lacs, Le Gallet en mer. L’un dans l’autre… Le bon sens fit le reste.

Comme il se doit, le premier point visé fut une de ces « iles » ressemblant à la leur. On crut la rejoindre en quelques heures, la journée y passa. Ces navigateurs en herbe firent connaissance avec les traitrises du fleuve. Bancs de sable, courants contraires apparus soudainement, les obligèrent à bien des détours avant de mouiller l’ancre ( un gros billot taillé de pointes).
Tous furent satisfaits de passer la nuit sur un plancher stable. L’arbre correspondait en tout point au précédent. La pêche à la nasse avait été bonne, les fruits agrémentèrent la sauce, on se régala.
Bien accommodé sur sa couche de feuilles, Louis qui, d’ordinaire dormait mieux qu’un bébé, fut très vite réveillé par son "enfant". Il ne pouvait avoir ni faim ni soif, qu’est-ce qui le tracassait ?
Manifestement, Colbert voulait qu’il se lève et aille écouter un étrange conciliabule. Dans la pénombre, deux silhouettes discutaient. Vu leur allure et aux propos perçus, le roi les identifia :


*Un rendez-vous galant entre Jenny et Dan ? *


Il n’y croyait pas car il était clair que le toubib en pinçait pour Mrs Chesterfield. Au moins, Mrs Walker ne roucoulait pas avec Achille. Un peu gêné de l’indiscrétion, Louis écouta néanmoins. Sur le coup, il ne sut déterminer si ce scoop était une bonne ou une mauvaise chose. En tout cas Colbert, lui, avait l’air très excité au point qu’il s’échappa et courut faire des câlins à la jeune femme.
Quand une main se posa sur son bras, Louis faillit hurler
:

… Lindsay ? Que fais-tu là… Euh… moi… insomnie ! … Non, non, je n’ai rien entendu… Bon, oui j’ai pigé de quoi il s’agissait. C’est une bonne nouvelle, non ? …

Leurs chuchotements avaient été perçus, la présence de Colbert trahissant la sienne, Louis dut s’avancer vers les comploteurs.


… Foi de Louis Le Grand, je serai une tombe, si vous souhaitez garder le secret.


Louis oubliait qu’il causait dans son sommeil…
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MessageSujet: Re: Errance   Sam 12 Mai - 23:49

La vie dans l’arbre s’organisa facilement. Il n’y avait pas trente cinq façons de s’y prendre. La seule option qui leur était présentée était d’agir en groupe soudé, uni dans un seul but possible : survie ! Richard s’avérait être un chef juste et plein de bon sens, ayant d’ailleurs Achille de son côté, peu étaient ceux qui se risqueraient à élever un désaccord. Le seul qui osait contrevenir ce qu’on lui disait de faire était Sa Majesté, mais Lindsay le soupçonnait de la faire juste pour embêter son grand copain, le guerrier de Troie.

*Pas à dire…ces deux là font la paire…qui aurait pu penser à pareille alliance !?*

Une solide amitié unissait ces deux hommes on ne peut plus différents. Louis avec son charme exubérant, sa verve unique et son exquis talent de gaffeur à qui on pouvait tout pardonner tant il était adorable. Achille, au discours laconique, sourire rare et manières brusques. De lui on pouvait tout dire sauf qu’il fut…adorable. Et pourtant…

De délicate dame aux exquises manières, Lindsay avait été promue à cueilleuse de fruits, œufs et autres denrées généreusement fournies par l’arbre formidable. Elle ne s’en plaignait pas le moins du monde, ce vie simple et dure lui convenait parfaitement, pour étrange que cela puisse paraître. Si ses pensées étaient constamment tournées vers Neil, elle n’était pas moins convaincue que son mari saurait vaincre tous les obstacles de ce monde absurde pour la retrouver. Forte de cette foi inébranlable, elle voulait se convaincre que chaque jour qui passait la rapprochait de l’amour de sa vie.

Être les seules femmes à bord avait logiquement rapproché, encore plus Jenny et Lindsay. Au village déjà une bonne amitié les avait unies, là, elles devenaient sœurs, confidentes, partageant leurs joies ou leurs peines en parfaite complicité, faisant front commun contre les vicissitudes de cette vie arboricole…et les quatre hommes, s’il avait fallu mais aucun d’eux n’avait montré le moindre écart de conduite envers elles.

*Parfaits gentlemen, dirait on !*

Le plus proche était Dan. Ami sûr, Lindsay était prête à le voir comme un frère, mais sentait que le jeune homme ne la considérait d’aucune façon comme une sœur. Si Neil n’avait pas existé, elle aurait sans doute envisagé une autre tournure pour leur relation. McIntosh était un homme charmant, doux et attentif à ses moindres besoins. Une fois vaincue sa timidité, il s’avérait le compagnon idéal…mais il y avait Neil. De tacite accord, Dan respectait cela et ne chercha pas à outrepasser les limites imposées. Sa présence constante la rassurait, son admiration la flattait et même en se taxant de frivole tête de linotte, elle ne pouvait se décider à s’en passer.

Leur existence n’avait rien de monotone. Chaque jour apportait sa surprise, comme celle de la douche, idée de Dan, fêtée bruyamment par Jenny et elle-même qui voulurent l’inaugurer sans délai. Quel délice de pouvoir enfin se décrasser convenablement en faisant très sage usage de leur réserve de savon, encore heureux qu’elles aient songé à en demander à la Pierre. Tous finirent par les imiter et le soir venu, autour du repas, la compagnie fleurait bon le propre.

Besoin obligeant, chacun y mettait du sien pour inventer l’un ou l’autre truc utile. Jenny et elle se découvrirent du talent pour tresser feuilles ou lianes, fabricant ainsi des nattes et aussi des nasses pour la pêche. En leurs moments libres, Achille et le roi taillaient des flèches, faisaient des arcs, les armes « modernes » resteraient tôt ou tard sans munitions, il faudrait bien pouvoir se défendre. Richard s’occupait, ingénieusement, à peaufiner son idée du radeau. Le Gallet faisait des miracles culinaires avec les moyens à bord. Lewis, le plus inutile de tous aidait qui avait besoin et Dan, le scientifique, à part découvrir les pouvoir médicinaux de certaines plantes, alla jusqu’à concocter une boisson alcoolique.

Lind s’en souviendrait longtemps de cette soirée arrosée quand ils avaient goûté tous de ce fameux tord boyaux. On avait tiré la grimace et senti les tripes en feu, mais l’euphorie plus qu’agréable qui les avait investis alors l’emporta. Si Louis était marrant en état normal, là, il parvint à les faire rire comme des bossus. Richard se dérida sérieusement, ce qui était déjà beaucoup dire. Achille de fort belle humeur raconta quelques anecdotes uniques sur leurs expériences d’explorateurs. Jenny et Lewis, qui avait tout de même une belle voix, chantèrent à tue tête des airs de leur pays (ils étaient tous deux australiens !) et Dan…rien que d’y penser Mrs. Chesterfield en rougissait. Il y a des audaces qu’on ne se permet qu’avec deux verres sur le nez…Il l’avait embrassée et elle ne lui avait pas tapé dessus, trouvant cet échange très agréable. Heureusement pour eux, le bon sens n’était pas allé bien loin et on en resta là.

Suis devenue folle, Jen…je n’aurais jamais dû lui permettre…

Son amie écouta ses aveux contrits, la rassurant. Selon elle, cette situation étrange faussait quelques données.

J’aime Neil par-dessus tout…mais là...je ne sais pas trop ce qui m’a pris…Je ne veux pas qu’il pense que…

Sa confession fut coupée court par l’apparition d’un Louis voltigeant dans les airs, accroché à une liane.

Wow…il se croit Tarzan, notre roi !...Il va se casser la figure…

Mais un autre spectacle, bien moins divertissant, attira leur attention. Dan, qui passait sa conséquente gueule de bois, en pêchant, venait d’attraper un spécimen plus ressemblant aux dragons de défilés à Chinatown qu’à une belle truite.

Seigneur…quel monstre…Oh, mon Dieu…Achille !!!

Le héros dévissait de sa branche où il réceptionnait des billots et filait tout droit vers la perdition personnifiée par cette épouvantable gueule béante qui ne semblait attendre que lui. Horrifiées, les deux amies s’attendaient à une tragédie mais voilà que Tarzan, fendant les airs d’un élan fou, happait le blond en plein vol , le déviant joliment du point de chute. Descendues de leur perchoir en toute hâte, elles assistèrent à la fin de ce sauvetage miraculeux. Les chats y mettant du sien, les deux baigneurs involontaires furent tirés au sec, à sauf. Sur elles échut d’aider Achille à se hisser sur l’arbre.

Heureusement que tu vas bien…sans Louis…quelle trouille affreuse !


Un sourire inédit fut leur récompense. Beau, il l’était déjà, souriant, il ressemblait à un ange.

*Lind, tu déconnes…*

L’orage les avait surpris à la fin de leur banquet de monstre à la Le Gallet. À l’abri du petit refuge, en écoutant les histoires de Louis, Jenny s’assoupit, toute confiante, le tête sur l’épaule du héros de Troie.

*Pauvre chérie…elle est toujours crevée…mais quand même, roupiller sur cette épaule…*

Il sembla deviner ses pensées, la chavirant avec un de ses fameux sourires.

Laisse la, je t’assure que cela ne me gêne pas le moins du monde.

Euh…si tu…le dis !

Il avait l’air si paisible, à vrai dire, mais connaissant son parcours, peut être vaudrait-il mieux ne pas tenter la chance ?

On dirait que tu as peur de moi, rassure toi…je n’ai jamais égorgé une jolie femme !

De quoi la tranquilliser ! Rester de marbre ? Impossible !

Tu sais…tu es ce que j’appelle un gars follement rassurant !

Toi et Jenny êtes deux filles courageuses. Rien de plus pitoyable et agaçant que des femmes qui pleurnichent à tort et à travers.

Tu sais, de mon temps, on a chaque fois plus de mal à trouver qui nous secoure…donc, on se débrouille un peux mieux !

Ah, les femmes de ton temps !


Tu en connais quelques unes ?

*Quelle question idiote…il a ressuscité dans ce monde pas à New York !*

Ma foi, non, j’en ai pas beaucoup rencontré…à part Amelia, mais encore elle appartient à votre passé.

Vous parlez tous d’elle…mais je n’arrive pas à cerner de qui il pourrait s’agir…enfin, je ne veux pas sembler curieuse…mais tu es mon premier héros antique !

Encore un de ces sourires. Cela devenait de plus en plus dur de l’associer au guerrier sanguinaire si bien décrit par ce cher Homère, celui dont les épiques colères faisaient trembler amis et ennemis, là, il n’était qu’un jeune homme paisible qui ne se formalisait pas de sa curiosité, la trouvant, somme toute, normale. Il parla de sa vie, elle de la sienne. Il avoua sa Sissi, Lind s’étendit à souhait sur son Neil. Vies plus opposées, impossible. Pourtant, ce soir là, un extraordinaire pacte intemporel s’établit. Le temps, les époques disparaissaient, fondant dans leur réalité. Celle qui les faisait se découvrir, tous deux démunis face à ce hasard inclément qui les avait privés des êtres qu’ils aimaient le plus au monde. Louis, impénitent curieux se mêla habilement à leur conciliabule, y mettant son incomparable grain de sel. La présence de Dan, tout près d’elle, la réconforta. Jenny, réveillée enfin part les fous ires qui scandaient ses rêves, s’affola en découvrant son confortable oreiller mais n’en fit pas de foin, une minute après, elle rigolait avec eux.

Impayable interlude à la routine fut l’apparition de Colbert. Seul Louis aurait pu avoir pareille idée : adopter une macaque orphelin et le baptiser comme son ministre. La bestiole, aux idées très farfelues, se livra à maintes exactions excusables vu son jeune âge et un maître attendri qui le couvrait sur tous les fronts…et pas seulement lui, Jenny et Lindsay avaient tout simplement craqué pour le petit singe qui le leur rendait bien.

Bons ou moins bons, les jours s’écoulaient. La construction du radeau avançait vite et bien. Richard était un implacable maître de chantier, perfectionniste et exigeant. Une fois les billots assemblés et calfeutrés, on prouva sa flottabilité. Cela tenait le chemin, on pouvait commencer à s’occuper du reste de la structure. Mais ce n’était pas cela qui parvenait à distraire Lind des récurrents malaises qui accablaient Jenny tous les matins.

Tu dois demander à Dan…Troubles digestifs ? Allons, ma chérie…on serait tous dans le même état et d’autant que je sache pas un ne s’est plaint de ça…Non ! Je ne dirai rien à Achille…vois pas pourquoi je le ferais ?...Il est pas toubib, que je sache !...Ne fais pas cette tête là…Rien de plus logique que je pense à ça…Jen, je crois que tu es enceinte…Oui, ce serait bien une première…mais c’est aussi merveilleux, non ?...Je voudrais tant, moi aussi…Quoi ? Quelle question ! Je t’envie…je veux aussi plein d’enfants de Neil…bon, pas une douzaine…mais au moins deux ou trois !

Le radeau fut prêt et on embarqua un matin tôt, après avoir arrimé à bord provisions et équipement. La direction était donnée : plein Sud. La navigation n’était pas aisée dans ce fleuve-mer aux courants traîtres. Vent à faveur et souquant bon train, ils arrivèrent néanmoins en fin de journée à un autre arbre-île, dont ils avaient estimé la distance bien plus proche.

Je ne sais pas où nous devons aboutir…mais à ce train…on sera vieux en y arrivant !, confia t’elle, désolée à Richard, qui sans rien dire sembla partager pleinement son avis.

Dormir ? Elle en rêvait mais trop fatiguée, Lindsay ne parvenait pas à fermer un œil. Trop de choses lui tournaient dans la tête. Leur voyage incertain, les faits de uns, les paroles d’un autre, des remarques surprises sans le vouloir. L’aveu de Jenny et ce sentiment proche à l’envie qui l’agitait depuis, le manque fou de Neil. Un bruissement, suivi d’une craquement, la tira de ses réflexions désordonnées. Quelqu’un se baladait par là. Elle se glissa hors de sa couche feuillue et alla aux nouvelles. Impossible de rater l’ombre tapie derrière une branche. Que diables faisait il là avec son macaque fou ?

Louis !, et il y avait un rien de reproche dans sa voix.

La belle innocence affichée.


Lindsay ? Que fais-tu là ?

Je te pose la même question !

Sa rapidité d’improvisation était désarmante.

Euh… moi… insomnie !

Mon œil…tu écoutais !

Non, non, je n’ai rien entendu

Louis…suis pas idiote !

Contrit, il finit par admettre.


Bon, oui j’ai pigé de quoi il s’agissait. C’est une bonne nouvelle, non ?

Oui, bien sûr…mais c’est l’affaire de Jen…et…zut ! Ton macaque…

Impossible de passer inaperçus, ils rejoignirent Mrs. Walker et le docteur, assez marris de voir le secret éventé même si Louis jura par son grand nom qu’il ne piperait mot. On fit semblant de le croire. Ce qu’ils ne savaient pas est que parfois le Quatorzième du nom pouvait se montrer en extrême bavard pendant son sommeil. Achille qui dormait prés de lui fut réveillé par ses « aveux » somnambules, Richard qui n’était pas sourd, eut aussi vent de l’affaire. Les seuls qui ne surent rien, pour le moment, furent Lewis qui montait la garde quelque part dans les branches du sommet et Le Gallet qui dormant comme une souche s'avéra plus sourd qu'un pot.

La discrétion même, ces hommes. S’ils avaient traité Jenny comme un simple camarade, du jour au lendemain, ils ne la laissèrent s’acquitter de la moindre besogne. C’était attendrissant de voir ces durs se montrer si attendris et prévenants.

D’arbre en arbre ou parfois, si la chance leur souriait, arrivant sur quelque îlot désert, ils poursuivaient leur errance, essayant de ne pas perdre l’optimisme…Puis, il y eut cette tempête, aussi soudaine que brutale, qui fit tanguer follement le radeau. Déséquilibrée, Lindsay n’eut le temps de s’accrocher ni personne de la retenir. Un instant plus tard, elle disparaissait engloutie dans les flots moutonnés. Affolée, elle but la tasse et se sentit couler. Une poigne forte l’agrippa alors qu’elle sombrait vers les profondeurs glauques.

En pleine panique, avant même d’être hissée à bord du radeau, elle réalisa l’irrémédiable : la boussole portée autour du cou, avait disparu…
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Errance   Lun 14 Mai - 9:42

La jeune Mrs Walker voulait-elle les impressionner en rejoignant les préposés bûcherons? Quoiqu’il en soit, elle ne rechigna pas à la besogne.
La navigation n’était pas le fort de Richard. Il tirait ses plans de sa culture très variée et du bon sens. Un peu de mathématique élémentaire suffit à déterminer la taille des bois à débiter, la forme à leur donner. Pas de bitume pour calfater mais le toubib avait raison, la résine de l’arbre valait le goudron question étanchéité.
L’avantage de travailler avec Achille est qu’il parlait autant que lui, c’est-à-dire peu. La petite Jenny ne les embêta pas, ni ne se plaignit mais déserta le chantier après deux jours crevants pour elle.
Il ne fallait pas attendre d’autre aide. Le toubib soignait ses mains mieux que sa personne, Le Gallet ne savait que cuire n’importe quoi - avec talent, il est vrai – ledit Lewis semblait marié à son fusil. Les femmes étaient des femmes, et Louis était… Loulou.

Fameux avantage que cet arbre royal ! Les branches coupées repoussaient vite. Cela facilita grandement la tâche du repérage des billots à débiter.
Quand on s’en aperçut, on fêta ça. Le toubib n’avait sans doute désiré que leur offrir un simple remontant, les effets secondaires furent à la hauteur d’une bombe. Richard croyait avoir tout testé dans sa vie, il dut admettre le lendemain que ce truc était vachement tordu. Il avait rêvé ou il avait vu la petite Lind embrasser Dan ? Ce n’était pas ses oignons. Il avait appris à la rude ce que ça valait de se mêler des histoires des autres, et avait depuis longtemps décidé de suivre sa propre voie en toute indépendance.
Au matin de la « beuverie », nul n’était particulièrement frais. Il faillit amèrement regretter d’avoir poursuivi le chantier lorsqu’il remarqua certaines imprécisions chez le Grec. L’une d’elle faillit bien lui coûter la vie. Sans l’intervention irréfléchie de Louis, Achille aurait été croqué par une monstruosité aquatique que l’on dégusta façon Le Gallet, plus tard.
Un bel orage acheva la soirée. De son coin, Richard observa la ronde. Était-ce une idée ou Achille flirtait-il avec les deux nanas ? Deux femmes pour six hommes… Drôle de harem. Mentalement, Richard s’exclut du lot. S’il ne retrouvait pas Amelia, être moine ne le gênerait pas.
Cela risquait néanmoins de créer problèmes et tensions d’autant que Louis était bouillonnant et le toubib bleu de Mrs Chesterfield.
Partant du principe qu’Achille était assez grand pour gérer sa vie, il ne lui ferait pas la leçon. Louis, lui, ne s’en priva pas mais Burton s’en ficha. Par contre voir un macaque considérer le roi en papa le contraria :


T’as intérêt à la tenir, ta bestiole !

Pas que Richard n’apprécie pas les singeries mais avec un pitre de service, il estimait que ça suffisait.
Loulou s’acquitta dignement de son rôle parental et nul n’eut à souffrir des frasques simiesques.

Le rafiot tint l’eau. Richard avait établi des tournantes dans les positions en veillant à équilibrer les forces de chaque membre de l’équipage.
Puisqu’aux dernières nouvelles la forteresse se trouvait au Sud, on s’y dirigea. Un autre arbre-île semblait les attendre dans cette direction. Vogue la galère !
Tu parles d’une galère ! Le point visé semblait inaccessible.


Je ne sais pas où nous devons aboutir…mais à ce train…on sera vieux en y arrivant !

Qu’en pouvait-il ? En tout cas pas question de vieillir avec un tel groupe. Lui se voyait peinard avec Meeley dans un coin tranquille… Mais pas avant d’avoir fait rendre gorge aux responsables de leurs misères !
La première escale enfin atteinte, il dut se passer un truc dans la nuit mais, au matin, la nouvelle générale circulait : femme enceinte à bord !

La petite Jenny, confuse mais radieuse, ne prétendit pas cesser ses activités pour autant. Burton arrangea la tournante pour la soulager un maximum. Il se mit à espérer que leur voyage s’arrête avant l’accouchement.

On connut des hauts et des bas mais l’un dans l’autre, l’expérience forgea physique et caractère.
C’est qu’elle était d’une traîtrise incroyable, cette mer ! Sans compter le climat. Il pouvait faire splendide puis, en quelques minutes, des cordes vous tombaient dessus.
Ce fut le cas avec un terrible orage. Imprévisible, il se déchaîna faisant gonfler les flots et danser le radeau.


Rabattez la voile ! Accrochez-vous ! Souquez à bâbord ! À gauche Louis ! TA GAUCHE !

Ça barda drôlement. Avec horreur, Richard vit le point visé antérieurement se rapprocher à toute vitesse. Fallait inverser le gouvernail ou l’on casserait du bois. Le Gallet aurait dû le tenir mais il avait déserté son poste pour se coucher sur… ses casseroles !
Tiens, Burton écrasa une main en se précipitant sur la barre.


Achille, le grappin !

Le héros visa bien. Si la secousse de l’arrimage envoya valdinguer plusieurs corps au tapis, on s’en sortit.
Ramener le radeau contre le tronc demanda beaucoup d’efforts.
Épuisés, on débarqua et tendit des abris de fortune, en attendant que ça passe.


Tu vas bien Jenny ? Lind, hey…

Elle était pâlotte la petiote qui grelottait dans les bras de Dan.

Si notre toubib ne l’avait pas sortie du bouillon…

Ah ? On avait failli la perdre ? Richard s’excusa de n’avoir rien vu. Ayant inspecté le moral des troupes, il aida Le Gallet à préparer une boisson chaude. Louis était… bizarre. Pour une fois, il ne disait rien, se contentant de ruminer dans son coin en caressant son singe. Ruminer… ?

Qu’est-ce que tu mâches Loulou ? … Si ça me regarde. T’es complètement à la masse depuis quelque temps. Tu n’écoutes pas, tu fais n’importe quoi… C’est quoi ton probl…

NDD quand Louis cognait, il cognait dur. Parti à la renverse, Richard vécu le reste dans le cirage.
Maîtrisé par Jenny et Achille, Louis tempêtait à son encontre.


*Tyran ? Esclavagiste ? Il déconne à plein tube ce gars !*

Le toubib reprit du service en examinant le forcené. Ses conclusions atterrèrent l’assemblée : Louis était drogué.
L’un après l’autre, tous avouèrent avoir vu fréquemment Louis mâcher des feuilles crues.


C’est de là que vient ton énergie ? Achille, faut agir. On le ligote et on le sèvre.

Cela ne se passa pas sans mal. Une pause était nécessaire, tous étaient claqués. Quand le temps le permit, on établit des abris stables.
Autour d’un petit feu surveillé hautement, Richard osa l’ouvrir à Jenny qui était de garde avec lui :


Je ne te cache pas que la situation est… embarrassante... Non, non, que vas-tu imaginer ? Si tu es contente, on l’est aussi. Je suis ours mais pas à ce point. C’est pas ça le souci… Ouais, Louis m’inquiète… Déjà gaffeur en temps normal, là… Ce que je veux ? Allons-y franchement puisque tu y tiens, ça m’arrange. Qu’est-ce que Colbert te raconte ? Ne nie pas, tu lui causes et semble heureuse après...

C’était quoi ce délire ? Ce qu’énonça Mrs Walker lui fit secouer la tête plusieurs fois tant c’était fou. Son mari lui parlait via le singe ?


Et… que raconte-t-il ?

De plus en plus surprenant. À l’en croire, Luke pouvait s’évader de temps à autre. Pas aussi souvent que voulu mais…

Amelia vit, t’es sûre ? … Ils vont tous bien et sont sud-est ? Mince, Lind a perdu la boussole… Bien sûr que je sais repérer une direction avec ou sans !


Dieu ou dieux, il était content pour la première fois depuis longtemps. Dès les flots aussi calmés que Louis, ils se remettraient en route.
Des jours s’écoulèrent, orageux, sombres. Naviguer dans ces conditions aurait été folie.
L’arbre-île offrait tout ce que leur premier refuge avait dispensé. Les feuilles aussi, hélas.
Surveillé étroitement, Louis ne se remettait pas aussi vite qu’on l’aurait souhaité. Ses crises de manque furent terribles. Qu’Achille lui foute des baffes n’arrangea rien, ni la compassion des femmes. Lewis dévoila le pot-au-rose : Colbert était dealer. Il fournissait sa drogue au monarque.


Lewis, fais-nous un nouveau carton…

Un tollé s’éleva...
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Daniel McIntosh

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MessageSujet: Re: Errance   Jeu 17 Mai - 17:21

Du monstre bouilli en dîner ? Qui l’eut cru, c’était bon et si Achille avait bu le bouillon en compagnie du roi, tous étaient saufs. Tout allait donc pour le mieux que ça puisse être quand on vit sur un arbre accommodé.
Parfois Dan faisait des rêves étranges dans lesquels Lindsay revenait souvent mais, fidèle à sa conduite, de jour il ne l’approchait pas plus que nécessaire. Ses « idées » en seraient restées là si Le Gallet n’avait pas tenté de lui soutirer la recette du tord-boyaux de feuilles.


Ça a l’air aphrodisiaque, ce truc, avait-il assuré. Ça donne du cœur au ventre, et de l’audace ! Pourquoi vous ne pieutez pas avec la p’tite Lind ? D’après ce que j’ai vu, elle ne vous repoussait pas !

En rougissant, Dan exigea des explications et fut sidéré d’avoir oublié un truc pareil ! Il aurait embrassé Lind ??
Au moins, il ne s’était pas pris un pain dans la figure…
Ses tourments sentimentaux devaient être le secret de polichinelle. Bien des fois, il sentit des regards sur lui, surtout quand il était proche de Mrs Chesterfield.


*Neil est un ami, Lind une vraie dame ! Pense à autre chose !*


Les distractions ne manquèrent pas, heureusement. La meilleure fut l’introduction d’un jeune singe dans leur groupe. Encore une idée farfelue de Louis. Ce Colbert faillit mettre Dan en fureur quand il constata que son précieux sac de médicaments avait été pillé. Le roi s’acquitta durement de tout récupérer, et McIntosh passa l’éponge. Par contre quand il vit le macaque se coiffer d’un de ses gants de cuir, Dan faillit déjanter pour de bon. Une fois de plus, Louis répara les bourdes de son « bébé ».

La navigation n’était pas ce que Dan préférait. Il fallut bien s’y mettre puisqu’ils avaient une quête à accomplir. Lui, il serait bien resté indéfiniment au sec de cet arbre splendide qui leur offrait tant de bonnes surprises.
Souquer ? On souqua. Le radeau supportait leur poids, ne se démontait pas et se dirigeait… comme on pouvait.
Lorsqu’il apprit que Burton s’y connaissait peu en manœuvre, le toubib faillit encore s’énerver.


*A-t-on idée d’embarquer avec un capitaine incapable ? *

À sa décharge, Richard apprenait vite mais les pièges du fleuve étaient nombreux, si bien qu’il leur fallut une journée complète pour atteindre un autre nid.
Après un repas conséquent, Dan se reposait en laissant errer ses pensées en contemplant le fleuve. Un léger craquement le fit se retourner :


Jenny ? Que se passe-t-il ?...

Elle demandait un avis médical.
Aux symptômes décrits, Dan sourit :


Je n’ai pas emporté de tests avec moi, mais d’après ce que tu racontes, ça pourrait bien être ça ! … Moins d’un mois ?... Bah, il en reste 8 ! Félicitations !

Il l’étreignit brièvement, pas autant que le macaque de Louis qui lui sauta dessus et lui fit plein de mamours.
Démasqué, Louis se pointa en compagnie de Lind. Elle était au courant, évidemment. Les femmes papotent entre elles, surtout de ces choses en particulier.


… Si tu ne veux pas que les autres le sachent, on tiendra sa langue, hein Louis ? Jenn, je ne suis pas obstétricien mais pas de souci, j’ai pas oublié mes cours. À la première occasion, je t’examinerai…


Longtemps, Dan demeura éveillé cette nuit-là. Un bébé… Ce serait le premier à venir dans… ce monde. Beaucoup de femmes s’étaient plaintes, ou réjouies, de leur infertilité sur l’île. Un des derniers cas de Dan avait été de constater la présence d’un fœtus en latence.
Il faudrait qu’il ait des précisions. Dommage d’être si loin de la civilisation. Bah, d’ici l’accouchement, il s’écoulerait de l’eau… autour des troncs.

Qui avait cafté ? Sans doute Loulou… Au matin, tous étaient au courant qu’une grossesse était en cours. Jenny fut chouchoutée malgré elle mais refusa d’être mise sous cloche.

Lors d’une halte, quelques jours plus tard, avec l’aide de Lindsay, il put examiner sa patiente.
Ce que ses fins doigts palpèrent l’intrigua, le stéthoscope autant. Il rassura la future mère mais, finaude, Lind le coinça peu après :


… tout va bien, réaffirma-t-il, professionnel… D’accord, un truc cloche. Elle dit sa grossesse récente mais ce que j’ai senti, puis tous ces symptômes si rapides… Elle est enceinte d’à peu près trois mois.
… Elle se trompe peut-être sur les dates… Ne lui dis rien, pas la peine de l’angoisser avec ça. Je la réexaminerai dans quelques jours.


Ils eurent bientôt une occasion forcée de stagner sur place. Une tempête pas possible et totalement imprévisible faillit les faire couler. Lui qui surveillait Lind du coin de l’œil eut un réflexe salvateur quand elle tomba à l’eau. Au passage, il se fit écrabouiller la main par le pied de Burton. Sur le coup, Dan s’en ficha puisqu’il pouvait enfin serrer Lindsay contre lui sans que nul n’y trouve à redire.
S’arrimer à un tronc demanda des efforts et tous étaient fourbus après de tels efforts.


Pleure pas Lind. On peut s’en sortir sans boussole. Suis sûr que Richard sait comment trouver le nord.


Entourant Lind de toute son attention, McIntosh dut pourtant lui céder la place car, sans crier gare, voilà que Louis déclenchait une bagarre.
Louis avait eu un comportement assez erratique ces derniers temps. Là, il dépassait les bornes.
L’examen de ses pupilles, hautement dilatées, prouvait sans aucun doute qu’il absorbait une drogue.
La seule chose que le roi mangeait fréquemment étant les feuilles d’arbre, la conclusion allait de soi.

Le sevrage ne se passa pas très bien. Peu habitué à ces cas, Dan regretta que son inventaire ne comporte pas de drogue de substitution. Il veilla souvent son patient sans négliger la future mère.
Misère ! En quatre jours, elle en était à cinq mois ! Bien sûr, elle avait remarqué des signes et un arrondissement.


*À ce rythme, dans quinze jours, elle accouche !*

Toutes ses connaissances médicales révisées n’y changeraient rien. Il ne pigeait pas et s’effarait de ce tableau inédit.

… Le bébé a l’air on ne peut plus normal Jenny. Il… Il grandit trop vite, c’est tout !

On vit souvent Colbert tenir compagnie à la future mère avec laquelle il semblait discuter par moment. L’ennui c’est qu’à d’autres occasions, il brisait les médications de Dan en renflouant son « papa » avec des feuilles. Richard fut inflexible :

Lewis, fais-nous un nouveau carton…

Le préposé leva son arme. Lindsay se mit devant le canon en tempêtant, aussitôt imitée par Jenny.

… On n’est pas obligé d’en arriver là ! intervint Dan.

Achille surprit tout le monde en attrapant le singe qu’il faillit étrangler sous sa poigne. Quelques mots bien sentis plus tard, Colbert batifola un peu puis se posa sur l’épaule de Jenny qu’il ne quitta plus.

Les crises de manque s’estompèrent enfin. Dan les soulageait avec les moyens du bord : un peu de morphine très diluée.


La halte dura une semaine avant de pouvoir se remettre en route. Calmé, le fleuve-mer permit une navigation aisée mais les meilleures choses ont une fin. Des rapides s’annonçaient sans qu’aucun point fixe ne soit à portée. On eut beau ramer en sens contraire du courant, l’évidence était là. On se dirigeait droit vers une chute d’eau...
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Jennifer Blakely

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MessageSujet: Re: Errance   Ven 18 Mai - 14:21

Les voilà réduits à vivre dans un arbre…

*On en est descendus il y a quelques milliers d’années…on y remonte, retour aux sources !?*


Il valait mieux le prendre avec humeur, se morfondre ne donnerait jamais rien de bon. Après tout, ils formaient une équipe de qualité non négligeable. Mine de rien, survivants d’une catastrophe de cette envergure, ils démontraient une aptitude enviable d’organisation. Que Richard devienne le chef de la folle équipée sembla, somme toute, naturel. L’homme avait le don du commandement et savait se faire obéir sans avoir recours à quelque manœuvre de soumission. Son second, Achille, était là, pour de seulement de sa puissante présence, taire une quelconque proteste. Personne n’y songeait, d’ailleurs.

C’était quand même apaisant vivre en bonne entente et collaboration. Délaissée vite fait, sa vie de bûcheronne, ne lui manquait pas du tout. Elle n’avait pas choisi aller tailler des branches pour épater qui que ce soit ou prouver être meilleure que quiconque, elle s’en était sentie capable, tout simplement. Sa vie à l’exploitation agricole l’avait rodée à l’effort physique, autant en profiter. Ça avait été sans compter avec ce petit malaise insidieux qui l’abattit drôlement un bon matin et ne sut la lâcher les suivants. Elle voulut l’attribuer au changement de régime alimentaire, aux nerfs, au chagrin d’avoir de nouveau perdu Luke…à n’importe quoi, sans vouloir songer à autre chose même si au fond de son cœur, Jenny chérissait l’idée.

La vie à bord ne manquant pas de variété, elle n’avait pas trop le temps de s’appesantir sur ses problèmes. Louis comme d’habitude, se chargeait du côté hurluberlu de la situation, toujours avec une bonne histoire à raconter, que ce soient de sa vie fastueuse dans son bien aimé Versailles ou sa version, accommodée à sa sauce, des aventures vécues avec les autres historiques. Achille avait toujours un rôle prépondérant dans sa narration, ce qui faisait secouer la tête au héros, agacé de tant d’exagération. N’empêche que ces deux là étaient plus soudés que les doigts de la main, des vrais frères même si extraordinairement différents.

Dan, qui l’aurait crû, concocta un alcool explosif qui ailleurs aurait été, même sans Prohibition, déclaré hautement illégal. Jenny n’y goûta qu’une goutte et cela suffit pour lui retourner le cœur. Elle laissa le plaisir aux autres et il faut dire qu’ils surent en profiter. Le lendemain en fut la preuve et aurait pu finir en drame si Sa Majesté, jouant un Tarzan inédit, n’avait sauvé Achille de devenir entremets de monstre. Mais ce ne fut pas seulement cela qui ébranla Mrs. Walker ce jour-là…Les confidences d’une Lindsay en larmes, l’avaient laissée plus que pensive. Son amie avouait un écart de conduite, selon elle affreux.

Bon Dieu, Lind…tu as embrassé le gars, tu n’as pas couché avec lui…ne te fais pas de la bile…regarde le…suis sûre qu’il était plus soûl que toi… avec un peu de chance…s’en souvient même pas…

En tout cas, avec les émois qui suivirent, elles n’en parlèrent plus mais Jen observa quand même le toubib. Ses conclusions furent vite tirées...ou l’homme était un acteur émérite, ce dont elle doutait, et savait cacher ses sentiments à la perfection ou…ignorait carrément ses activités d’alcolo nocturne. Pauvre cœur.

*Il est dingue de Lind…mais est si…parfaitement bien élevé…enfin !*

Monstre aquatique à la Le Gallet. Pourquoi pas ? Et c’était même délicieux. Elle mangea de bon cœur, pour une fois. L’orage soudain les fit se mettre à l’abri. Louis, comme d’habitude, se chargea d’égayer la soirée, sauf que pour Jenny les émotions de la journée résultaient crevantes. Sans trop savoir comment, elle s’accommoda et s’endormit sans plus. Au creux de ses rêves, sa tête trouva un confort inattendu et s’y nicha, avec un soupir d’aise. Dormir…dormir et rêver que Luke était là, il lui souriait, la rassurant, promettant être bientôt de retour…et puis ces rires… Force fut d’admettre qu’ils n’appartenaient pas son plaisant songe. Engourdie encore dans les brumes du sommeil, elle finit tout de même par ouvrir les yeux. On rigolait joliment là. C’était donc ça mais et…

Doux Jésus…mais que…excuse moi, Achille…je ne voulais pas…

Il y avait bien de quoi se troubler un peu, ce n’était pas son genre que de prendre une épaule comme celle là en guise d’oreiller mais le guerrier l’octroya d’un sourire si fraternel et rassurant, qu’elle se reprit de suite.

Quoiqu’il faut admettre que comme oreiller…tu es sacrément confortable !

Tiens, Louis le regardait avec une drôle de tête. Il allait se faire des idées, celui là, ça ne pouvait rater...pas avec son imagination débridée. Remise en forme par son petit somme, elle participa joyeusement à la rigolade générale. Il faisait bon vivre, dans leur arbre, cette nuit là même avec orage à la clé…

Colbert. Sacré macaque, celui là. Fils putatif de roi, ce qui est plus. Avec un père pareil, on pouvait bien se douter que la bestiole serait impayable. Louis était pourtant un paternel attentif, il le fallait. Colbert, petit chenapan était une adorable plaie, mais plaie quand même. Il en fit des belles…mais on lui pardonnait toujours, impossible autrement…puis un soir, alors qu’elle soupirait en toute paix et solitude, le petit singe vint se percher sur son épaule.

Hé, toi…qu’est ce que tu fais là ? Tu as encore filé ?...

La bestiole frotta son nez contre sa joue, à plusieurs reprises en émettant des petits cris ravis.

Mignon Colbert…tu me fais des câlins…tu es mimi tout plein…je t’aime, moi aussi…

La suite faillit l’envoyer à la renverse. Le macaque la fixait de ses yeux humides et sa bouche bougea…sauf qu’il n’émit pas un son simiesque mais…une voix humaine, modulée et incroyablement familière.

Luke !?...Mon Dieu…Luke…ce n’est…

C’était possible. Il pouvait envahir l’esprit du singe mais le temps était précieusement compté. Il assurait son amour pour elle et lui laissait savoir que Neil allait bien…tout autant que les femmes des historiques qui auraient rejoint le groupe de Chesterfield. Il promit de revenir, toujours par la même voie, faute de mieux.

Colbert soupira et pendant un instant demeura un peu perdu…puis reprit ses drôleries de macaque.

*Tu es devenue folle !*


De nouvelles « visites » les jours suivant confirmèrent qu’elle était aussi saine d’esprit que souhaitable. Le jour de s’embarquer arriva plus vite qu’elle n’aurait pu le supposer. Embarqués corps et bien sur leur radeau. On souqua, on rama au bon hasard des courants et autres tours pendables du fleuve-mer pour parvenir enfin à un nouveau refuge feuillu, identique en tout à celui quitté le matin même.

Drôles de relais, rigola t’elle en se perchant sur la branche assignée aidée par un Achille prévenant, on en aperçoit d’autres au loin…tu crois qu’ils jalonnent notre route !?

Le grec n’en savait pas plus qu’elle mais s’assura de son installation et la laissa se reposer en assurant que cela ne lui ferait aucun mal. Jenny sourit, il avait raison.

J’aurais aimé avoir un frère comme toi…c’est fou ce que tu es…rassurant !

C’était sans doute la première fois qu’on lui faisait un aveu semblable, après tout, avec la réputation qu’il avait. Elle se reposa tranquillement en attendant le repas, tout ne méditant comment aborder Dan pour une consultation. Il faudrait bien suivre les judicieux conseils de Lind et avoir une conversation sérieuse avec le toubib. Dès que l’opportunité se présenta elle alla rejoindre Dan, le trouvant perdu en Dieu sait quelle rêverie.

Il sembla un peu surpris de sa requête mais reprenant son rôle de praticien, écouta ce qu’elle avait à dire, sans interrompre. Posa des question pertinentes auxquelles elle répondit. Qu’il corrobore ce qu’elle soupçonnait depuis quelques jours la transporta de bonheur.

Merci, Dan…tu sais…je le sentais…je le savais…

Que Colbert lui tombe dessus, fou de joie, lui faisant des mamours fous, la fit rire…devinant que Luke était là, en cet instant parfait, partageant avec elle la nouvelle ineffable. Que Louis apparaisse de suite après n’étonna personne, que Lind soit avec lui…non plus, vu son expression un peu agacée, on pouvait deviner qu’elle l’avait surpris en écoutant. On lui fit jurer silence…peine perdue !

La fille enceinte à bord ! Ce qui lui manquait. Du coup, tous se faisait de la bile pour elle voulant lui épargner tout effort. Le Gallet lui concoctait des fortifiants de son cru, Dan cherchait des vitamines. Achille souquait le double, Louis se perdait en prévenances, Lewis devenait bavard et Richard prenait des airs paternalistes. De quoi la combler.

Ce jour là, leur voyage, vers un autre arbre-île faillit tourner en catastrophe. Lind fut à point de se noyer, Dan la sauva in extremis et puis la crise de Louis qui les mit tous en émoi. À peine débarqués sur leur nouvel abri le roi avait eu une étrange réaction aux questions de Richard et lui avait sauté sur le râble, l’assommant presque force de coups décuplés d’une rage de forcené. Ce que dévoila l’examen de Dan, les plongea tous dans la stupeur : Loulou était accro à quelque drogue mystérieuse. Elle pensa alors aux paroles de Luke via Colbert…quelque chose à voir avec certaines feuilles.
Or Louis en mâchouillait le jour durant.

Ce soir là profitant son tour de garde partagé avec le chef, Jenny se décida à parler.

Que…penses tu de tout cela, Richard ?

L’air circonspect, il secoua la tête et avoua :

Je ne te cache pas que la situation est… embarrassante...

Pas le fait que je sois enceinte, j’espère…je…

Non, non, que vas-tu imaginer ? Si tu es contente, on l’est aussi. Je suis ours mais pas à ce point. C’est pas ça le souci…

Je sais que c’est Sa Majesté…le pauvre !

Ouais, Louis m’inquiète… Déjà gaffeur en temps normal, là…


Ce n’est pas de sa faute. Le traitement de Dan aidant, il finira bien par se remettre, ce ne sera pas facile. Que veux tu d'autre ?

Ce qui suivit ne résulta pas trop clair. Il avait remarqué ses longs conciliabules avec le singe.

Qu’est-ce que Colbert te raconte ? Ne nie pas, tu lui causes et semble heureuse après...

Il l’observait ou quoi ? Mais tant qu’à faire.

Je sais que cela va te sembler absurde…mais Luke, mon mari…possède parfois l’esprit de Colbert…il me parle alors…

Comme s'il n'y avait rien de plus normal au monde qu'avoir un mari qui pouvait investir l'esprit d'un macaque...

Et… que raconte-t-il ?


Beaucoup de choses…entre autres, il veut que tu saches…qu’Amelia, Sissi et Hélène vont bien…Elles ont rejoint Neil et sont au Sud-Est…on va les trouver, Richard…mais Lind a paumé sa boussole…

Peu importait, ils feraient avec ! Elle le crût !

Le temps ne changeant pas, on resta sur cet arbre là. Louis n’améliorait pas vraiment et on ne tarda pas à en connaître la cause…Colbert jouait les dealers.


Seigneur…c’est un cauchemar…Achille, je t’en supplie ne lui tape pas dessus…Louis n’est plus lui-même…

Mais quand Richard trancha sans émoi, elle fut la première à sauter.

Tu n’oseras pas toucher un poil de ce macaque…en quelque sorte…c’est mon mari !


On échangea par là quelques regards interloqués et il fallut une petite mise à jour pour calmer le tollé. Achille s’en prit alors à Colbert qu’il secoua joliment tout en lui larguant un sermon inoubliable.

Lâche le…si tu l’étrangles…Viens, Colbert, tu restes avec moi…tu seras sage, mon tout petit !?

La bestiole tremblante se nicha au creux de son cou, se cachant sous sa natte. Macaque à sauf, Jenny avait d’autres soucis en tête…sa grossesse. Dan assurait que tout allait bien mais que le bébé grandissait très vite. À bon entendeur…Si elle songeait aux autres bizarreries de ce monde il n’y avait presque pas de quoi s’étonner…

Mon bébé aura 15 ans avant que je n’ai su bien de quoi il allait…super…

Au moment de quitter de quitter leur refuge, après une semaine de repos, elle arborait orgueilleusement un gros ventre, ce qui ne semblait pas rassurer les autres outre mesure.

Mon Dieu, Lind…manque que j’accouche au milieu de rien…

Son amie essaya de la rassurer. Dan, plus pragmatique assura être prêt à toute contingence. Les autres se passèrent de commentaires…

Les rapides ne furent qu’un avant goût de ce qui les attendait. Une chute d’eau et aucun moyen pour arrêter le radeau qui filait droit à sa perdition…eux avec. Curieusement, personne ne céda à la panique, ce qui aurait été quand même assez normal. Impossible savoir ce qui les attendait. Jenny se retrouva dans les bras forts d’Achille et vit Dan protéger Lindsay de son mieux. Elle entendit Richard hurler de s’accrocher …

Que se passa t’il ? Personne ne sut le dire…le fait est qu’ils se retrouvèrent soudain…ailleurs. C’était la seule et unique façon d’expliquer les faits. Ils avaient tous entendu le rugissement des eaux qui se précipitaient dans le vide, avaient tous eu le sentiment d’une fin imminente et pourtant…

Noble et Sage s’ébrouèrent en feulant. Eux, comme s’ils s’éveillaient d’un rêve absurde, regardèrent autour, ébahis d’être encore en vie. Pas de chute d’eau en vue…au lieu de cela, ils voguaient dans un fleuve placide, aux courants doux qui les menaient tout droit vers une berge rassurante…


Mais…je ne peux pas le croire…je connais cet endroit !!!...On est près du village. Lind…Dan…regardez…c’est Dawson…et Mia et Rex…

Elle ne pouvait presque pas donner crédit à ses yeux. Le contremaître de l’exploitation agricole courait bien le long de la berge suivi des deux bergers allemands qu’elle avait crus perdus à jamais…mais une minute plus tard, elle oublia tout…une crampe fulgurante venait de la scier, repliée de douleur dans les bras d’Achille qui ne songeait pas à la lâcher Jenny parvint à haleter :

Je…Le bébé…bébé vient !

Ce fut son dernier souvenir cohérent. On la porta, course éperdue…

Nicolas Walker vit le jour au dispensaire du village…Les explications viendraient plus tard…
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MessageSujet: Re: Errance   Sam 19 Mai - 10:22

Devenir responsable d’un jeune singe avait semblé naturel au monarque. Il croyait s’en sortir facilement mais fut vite assez débordé par la situation. Dans un sens, c’était Louis qui devenait singe. Cette damnée bestiole avait une énergie folle. La suivre et réparer ses bourdes usaient Louis qui ne trouva rien de mieux que d’imiter la bestiole en mangeant quantité de feuilles. Les effets sur l’un ou l’autre n’étaient pas identiques. Gonflé à bloc quand il mastiquait la verdure, Louis ne se rendit pas compte que, parfois, il perdait les pédales. Distrait, irritable ou taiseux, il afficha un profil bas.
On dut se soumettre à la navigation et ses aléas, amen. Depuis le temps qu’il recevait des ordres de Richard…

Qu’en pouvait-il s’il lui arrivait de causer dans son sommeil ? La mèche fut vendue, tout le monde sut que Jenny attendait un heureux événement. Seulement… Était-ce son idée ou le ventre de la future mère grossissait beaucoup plus vite que normal ? Autant qu’il s’en souvienne, ces choses-là prenaient du temps… Rien qu’à voir la tête du toubib, on devinait une embrouille mais qu’est-ce que Louis en avait à cirer ? Jenny était chouchoutée, alors..
Il faisait ce que l’on attendait de lui, même s’il confondait tribord et bâbord, droite et gauche.

On essuya une tempête et pas des moindres. La provision de feuilles était intacte, et d’autres n’attendaient qu’à être cueillies.
Pourquoi Richard s’en prit-il à lui ?


Qu’est-ce que tu mâches Loulou ?


Cela ne te regarde pas !


Si ça me regarde. T’es complètement à la masse depuis quelque temps. Tu n’écoutes pas, tu fais n’importe quoi…

Une bouffée de rage flamba. Un poing vigoureux atteignit Burton d’un direct au menton :

Salopard de tyran, tu n’es qu’un esclavagiste. Tu nous traites pire que de la crotte de bique et…

On se saisit de lui, le musela, l’examina. Ah ? Il était drogué, ça voulait dire quoi, ça ?
Il le sut vite à ses dépens. Privé de ses précieuses feuilles, Louis embêta son monde en rageant, pestant, injuriant quiconque passait à portée de voix. Il eut des nausées inédites et nul ne semblait se soucier de lui à part Colbert. Brave bête. Comprenant sa détresse, celui-ci lui fila en douce le remède à ses maux. Pas longtemps, hélas. Obligé de jouer les gardiens de Mrs Walker, le singe se tint à carreau.


*Elle le prend pour son mari, et c’est moi que l’on traite d’halluciné…*

Des délires, il en connut. Le toubib le soulagea à l’occasion avec des piqûres que le roi n’apprécia pas même si elles lui permirent de récupérer toute sa tête.
Contrit, il dut avouer à Achille :


Je ne pensais vraiment pas que manger des feuilles pouvait donner ça… Non, je ne t’en veux pas de tes coups de poing… Je vais bien, merci. Je ne toucherai plus à ces feuilles, promis.

Il les avait retardés et s’en trouvait marri. Aussi accepta-t-il sans rechigner de réembarquer.
De temps à autre Colbert venait encore lui prouver sa gratitude de l’avoir maintenu en vie. Qu’il préfère Jenny, ne dérangeait pas Louis mais quand l’animal s’effaroucha grandement, Louis comprit que l’on courait à la catastrophe. Les chats aussi étaient nerveux mais nul ne semblait percevoir l’imminence d’un désastre. Après ce qu’il leur avait fait endurer, il n’osa pas avertir les autres et… on chut.
Accroché à Le Gallet, lui-même à ses casseroles, Louis crut qu’une autre résurrection n’allait pas tarder quand le radeau franchit le saut.

En était-ce une ?
Tous étaient un peu ahuri de se retrouver en train de naviguer sagement sur une rivière paisible.


Mais…je ne peux pas le croire…je connais cet endroit !!!...On est près du village. Lind…Dan…regardez…c’est Dawson…et Mia et Rex…

Hein ?? Jenny dont le ventre avait pris belle tournure ne se tenait plus en joie, les « modernes » à l’avenant.
On rama pour gagner la berge puis :


Le bébé…bébé vient !


Prise des douleurs de l’enfantement, Mrs Walker ne leur fut plus d’aucune utilité. Le médecin donna des ordres brefs et précis au dénommé Dawson qui s’empressa de les exécuter.
Un véhicule bizarre chargea la parturiente, Lindsay, Colbert et le toubib avant de disparaître sans bruit.
Le cuistot et Lewis se donnèrent de grandes accolades avant de se tourner vers un trio d’ahuris :


On est chez nous ! Venez, c’est par là…

Suivre ? Pourquoi pas ? Les minets ne feulaient pas. Tout baignait donc sauf qu’Achille refusa tout net d’avancer davantage en terrain inconnu. Richard approuva illico.

… Je veux y aller, moi ! On ne va pas laisser Jenny ainsi…

Il eut beau plaider, les historiques demeurèrent fermes.
Aux « modernes » restants, louis soupira :


On ne va pas s’immiscer chez vous sans préavis. On va camper ici. Si vous vous souvenez de nous, pensez à ramener de la bouffe…

On arrangea la voile en tente, traqua du menu gibier que l’on rôtit sur un feu. La nuit tomba.
Tout en grignotant ses pattes de lièvre, Louis rêvassa tout haut :


C’est un garçon… mes femmes avaient toutes ces rondeurs-là avant de mettre bas... Qui prendra-t-elle pour parrain ? Pensez-vous qu’elle puisse l’appeler Louis ? Ça me plairait bien…

On se ficha en douce ou ouvertement de sa poire, Louis demeura pensif. Puis, Noble et Sage dressèrent l’échine. Alerte générale.
Les rares armes à dispositions se brandirent. Un arc, un couteau, une poêle contre les bâtons de feu…
Les hybrides s’enfuirent les laissant démunis face à l’invasion.

L’affrontement fut rude mais bref.
Un énorme coquart à l’œil gauche, Louis reprit ses esprits dans une sorte de geôle en se massant la caboche endolorie :


Ça va ? Avec quoi ils nous ont eus ?

La mêlée avait été telle qu’aucun d’eux ne se souvenait exactement de la manière dont on les avait capturés. Vaguement, Louis se rappela qu’ils avaient été une bonne dizaine à s’en prendre à Achille. Ce dernier accusait le coup en râlant à qui voulait l’entendre tandis que Richard, l’arcade sourcilière éclatée, se grattait la barbe, pensif.

… ça va Chichille, on a compris. C’est une traitrise inqualifiable mais je suis certain que nos « amis » ne vont pas nous laisser moisir ainsi. Faut juste… être patients !

Quelques bonnes heures plus tard deux gardes armés se présentèrent à leur grille. L’un portait un fusil l’autre un plateau garni de cloches.

Pas trop tôt !... Achille tais-toi, tu vas effrayer ce gentil monsieur qui vient enfin nous nourrir.
Vous êtes bien aimable, monsieur. Hé ! Ne partez pas si vite, nous aimerions vivement être tenus au courant de notre situation…


On ne sait rien. Mangez !

Tant qu’à faire…
Le nez de Louis s’allongea dès qu’il vit brouet que cachaient les cloches. Peut-être aurait-il préféré du pain sec et de l’eau plutôt que ces fayots au lard…
Chacun avala sa pitance en silence.
On s’accommoda comme on put ensuite. Les couchettes étaient somme toute confortables par rapport à la dure connue jusqu’ici.
Le semi sommeil de Louis fut troublé par un cliquetis inopportun. Très réveillé, le monarque eut une bonne surprise en voyant ce qui se passait derrière les barreaux. Un Colbert frétillant ne lui tendait-il pas un trousseau ?


Tu l’as volé pour moi, mon fiston ? Papa est content.

Ses comparses, alertés par les murmures du roi et le crochetage de la serrure, se joignirent à lui pour vaincre pêne et gâche.
Remonter discrètement un escalier, ouvrir plus large une porte, sauter sur le garde qui roupillait assis coudes sur une table ne demanda que peu d’efforts.
Guidés par Colbert, on se faufila vers une ultime porte donnant sur le dehors. Un œil à gauche, un à droite, la voie semblait libre.
Ils traversèrent une sorte d’esplanade quand des lumières les cernèrent. Une sirène retentit puis se tut.
Figés sur place, ils entendirent des injonctions :


Ne bougez pas !

Ayant connu les désagréments d’une arme à feu, Louis devint statue. Assez éblouis par ces lampions inédits, les historiques ne réagirent pas mais bientôt deux voix connues s’élevèrent au dessus de la meute affamée qui voulait molester les évadés.
Réjoui, Loulou reçut l’accolade d’une Lindsay affectueuse, protectrice. Le toubib était de la partie. Ensemble, ils engueulèrent l’entourage hostile et se portèrent garants des nouveaux venus.
Qu’est-ce que cela discuta ! Le Gallet et Lewis vinrent en renfort appuyer par leur expérience l’identité extraordinaire des historiques.
Quand ce fut à son tour de causer, Louis fit révérence :


Je suis, sans contestation possible, Louis Dieudonné Le Grand. Que quiconque ici veuille bien l’entendre. Je répondrai aimablement à toutes questions mais j’aimerais par-dessus tout en poser une qui me brûle… L’enfant, c’est un garçon ?
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MessageSujet: Re: Errance   Dim 20 Mai - 23:47

Il est, sans doute, dans la vie, des choses dignes d’être tenues en compte. Achille commençait à en avoir une liste longue comme son bras. Parfois les soirs, quand il pouvait enfin s’isoler un peu, le guerrier se livrait à un intéressant récapitulatif de cette vie d’errance et surprises. C’est vrai qu’elle était parfois usante mais pas ennuyeuse du tout. Pas exactement ce qu’on pouvait s’attendre quand on a été un guerrier antique. Les temps de triomphes glorieux était bel et bien révolu. Là, il fallait se plier à l’ordre du jour et faire un peu de tout.

Après quelques aléas qu’il aurait préféré oublier, il était devenu bûcheron, constructeur de radeaux, quasi bouffe de monstre, oreiller de fortune et avait fini par être adopté par les femmes à bord…comme frère, ce qui ,bien entendu, causa certains remous, qu’il ignora olympien. Pour lui, il n’y avait que Sissi et cela n’était pas près de changer. En outre, il fallait encore partager l’espace avec trois individus « modernes » dont la suspicion avait été quelque peu vexante au début. Pas que cela l’affectât trop mais quand même. D’abord le toubib, gars sympathique, assez utile à l’heure de raccommoder les bobos, qui ne semblait pas trop bien prendre son entente « fraternelle » avec la douce Lindsay. Le Gallet, caractériel cuistot qui pouvait causer presque autant que son compatriote, ce qui était déjà tout dire. Lewis, l’homme-fusil. Assez taiseux mais source, finalement, d’informations utiles. Hommes de guerre tous deux, ils avaient trouvé leur entente. Soit, leurs combats étaient très loin de se ressembler mais le concept n’avait pas trop changé au cours des âges. Si l’espace physique ne permit pas à Achille de l’instruire dans l’art du combat corps à corps, Lewis, lui, se fit un plaisir de lui apprendre les rudiments d’usage qu’une arme moderne. Utile connaissance et élève consciencieux. Déjà cela de gagné.

Dans un monde restreint comme le leur, réduits à vivre perchés d’arbre en arbre, il n’y avait pas de secret qui tienne. Surtout en comptant avec la grande gueule de service qui parlait même en dormant. C’est ainsi qu’on apprit que Jenny attendait un enfant. La nouvelle fit le tour de l’arbre en moins de temps qu’il ne faut pour dire ouf et voilà que tous, lui inclus, étaient aux petits soin de la future maman. Toute une première pour ces rudes de la vie, un peu de douceur ne nuisant pas, ils étaient pratiquement aux anges.

Les folies de Louis et son macaque n’étaient pour arranger le quotidien déjà bien rempli. À plusieurs reprises, Colbert échappa de justesse d’aller prendre un bain forcé et devenir en passant pâture de poisson, il dût son salut à la célérité d’intervention de son père ou des filles qui adoraient la bestiole.
Joies de la navigation ? Entre souquer, garder un œil sur Louis et son macaque, hisser la voile, tenir le gouvernail ou éviter une catastrophe, on pouvait dire que le brave Achille, dont les Muses chantèrent les louanges, était devenu un très efficient homme à tout faire et ne s’en plaignait pas…Pas trop du moins ! Et quand en plus la journée, déjà difficile finissait avec une scène inattendue…on était servis.
Que Louis râle n’avait rien d’étonnant, qu’il fasse quelque bêtise, encore moins mais qu’il saute sur le râble à Richard et l’ assomme, là on aurait tout vu !

Salopard de tyran, tu n’es qu’un esclavagiste. Tu nous traites pire que de la crotte de bique et…

Sans s’attarder aux questions, Achille voulut le soumettre mais hors de lui, la force du roi semblait décuplée. Il fallut presque l’assommer à son tour pour l’attacher et permettre que le toubib l’examine. Le diagnostic ahurit tout le monde : Sa Majesté se droguait. Assez ignorant en la matière, Achille eut droit à des informations rapides et comme tout le monde, reçut l’ordre de ne pas lâcher Louis de l’œil.

Comme si je faisais autre chose depuis que je le connais !

Fou furieux, ce cher homme devenait désagréable. Achille savait être assez patient mais s’entendre insulter sur tous les tons finit par le mettre en rogne.

Je vais te le dire une seule fois, Louis, tout Quatorzième du nom que tu sois…ou tu la fermes ou tu y passes !

Cela dura ce que cela devait durer et un peu plus quand on découvrit que Colbert alimentait en douce le vice de son paternel. Richard ordonna son exécution mais les filles, surtout Jenny, s’interposèrent.

Tu n’oseras pas toucher un poil de ce macaque…en quelque sorte…c’est mon mari !

Achille secoua la tête…il y avait plus d’un fou à bord mais après tout ce qu’il avait été donné de vivre…une bizarrerie de plus n’y changerait rien. La vie sauve, Colbert n’eut pas moins traitement de faveur pour scélérats de son calibre.

Encore là, Jenny intercéda.

Tiens ton singe…mari…qu’en sais je ?... mais si je le vois encore s’approcher de celui là…il va a la flotte…et si quelqu’un ose dire encore une fois que c’est mon neveu…il y passe aussi !

Parce que, comique à ses heures, Lewis en avait fait la remarque. Pour la dernière fois !

Pas expert en la matière mais bon observateur quand il le fallait, Achille, comme tout le monde, ne pouvait que se demander ce qui se jouait là avec la grossesse de la douce Jenny. On venait quasiment de leur annoncer, façon de dire, qu’un bébé était en chemin, quand déjà la future maman semblait aux derniers mois de gestation. Encore une histoire de fous.

Louis, remis enfin de ses misères avait eu l’heur de donner quelques explications, demanda des excuses qui furent agrées et on put enfin se remettre en route. D’autres aveux, assez singuliers, il faut le dire, redonnaient de l’optimisme aux voyageurs. Colbert, investi par Luke, le mari de Jenny qui état, s’il avait bien compris, une espèce d’émissaire céleste, leur laissa savoir que leurs chères moitiés s’étaient rencontrées, étaient en vie et luttaient de leur côté pour les retrouver. Ce que le cher macaque-mari ne put dire ce fut où et quand mais enfin…faudrait faire avec…

Mais, penser que tout irait sur des roulettes, était rêver. Que cette journée de navigation presque parfaite connaisse une fin si abrupte, ne les surprit pas trop…Ils étaient habitués, dès que tout allait bien, le Destin les rattrapait…Le courant les entraînait inexorable, il ne resta plus rien à faire qu’a s’accrocher. Il serra Jenny, tremblante dans ses bras.

Ferme les yeux…c’est vite fini !

Beau conseil pour mourir.

Que se passa t’il ? Personne ne sut le dire. Quoiqu’il en soit ils n’avaient pas l’air morts du tout. Au contraire…Le paysage avait changé. Ils voguaient en plein calme entre des berges inconnues quand soudain Jenny donna la voix d’alarme, avec grand enthousiasme :

Mais…je ne peux pas le croire…je connais cet endroit !!!

Pas seulement l’endroit mais l’homme qui courait suivi des gros chiens…et deux minutes plus tard, elle était à point d’accoucher. Dan, galvanisé, donna des ordres. On accosta. L’inconnu de la berge obéissant au quart de tour en tarda pas à revenir avec un véhicule qui roulait tout seul. Lind, le toubib et la future mère avec Colbert accroché à son cou y montèrent et disparurent rapidement. Les seuls qui y pigeaient quelque chose étaient Lewis et le cuistot.

On est chez nous ! Venez, c’est par là…

Louis allait suivre, ravi, d’autant que les hybrides étaient parfaitement calmes mais il le retint.

On reste ici. On ne peut pas débarquer à l’improviste…Nous ne savons pas quel genre de réception nous attend.

Sa Majesté protesta.


Je veux y aller, moi ! On ne va pas laisser Jenny ainsi…

Jenny va bien, elle est de retour parmi les siens…mais nous, on ne bouge pas. Insiste pas !

Richard était de son avis. Le Gallet et Lewis partirent seuls avec la promesse de revenir. Il ne resta qu’à s’installer et attendre. Deux lièvres plus tard, la nuit tombée, ils bavardaient au coin du feu.

C’est un garçon… mes femmes avaient toutes ces rondeurs-là avant de mettre bas... Qui prendra-t-elle pour parrain ? Pensez-vous qu’elle puisse l’appeler Louis ? Ça me plairait bien…

D’après ce que tu racontes, t’étais un père si aimant…T’es marrant, Louis…elle aura sans doute des amis plus proches et moins vieux que nous pour se dévouer à la cause…

Richard et lui se payaient un peu sa tête quand les chats de dressèrent, échine hérissée. Se défendre ? Qu’à cela ne tienne ! Trois contre une vingtaine ?...Le dernier souvenir qu’Achille eut de cette rencontre fut une douleur fulgurante qui le terrassa…

Ça va ? Avec quoi ils nous ont eus ?

Sais pas toi…mais Zeus m’a eu avec sa foudre…et ils m’ont fendu le crâne…quels salauds ! Nous sont tombés dessus sans préavis…on ne leur a rien fait…on leur avait déclaré la guerre ? M'en souviens pas…Attends que je leur mette la main dessus…vont me payer!

Ça va Chichille, on a compris. C’est une traitrise inqualifiable mais je suis certain que nos « amis » ne vont pas nous laisser moisir ainsi. Faut juste… être patients !

Un comble : Louis le faisait se taire, lui ! Le monde à l’envers. Renfrogné, il la ferma et resta dans son coin à broyer du noir, tout autant que Richard qui n’avait pipé mot. Au moins songea t’on à les alimenter même si ce qu’on leur servit était plutôt infect mais ils avaient faim. Aucune information ne fut fournie. Belle fin que la leur, enfermés dans une solide prison, seul le diable savait où…

Et puis Colbert, Sacré macaque qui s’amena avec les clés. Sans attendre leur reste, ils prirent la poudre d’escampette. Ils traversaient une espèce cour quand soudain des lumières aveuglantes les figèrent sur place.

Ne bougez pas !

Instruit par Lewis pour ce cas de figure, très malgré lui, Achille leva les mains et ne bougea pas. Une belle foule bien nourrie s’attroupait autour d’eux.

J’aime quand un plan fonctionne !, ricana t’il, quand même.

Seule l’intervention de Lindsay et Dan les sauvèrent de se faire réduire en charpie par les villageois en émoi. Que Lewis et Le Gallet se joignent au concert de véhéments plaidoyers fit finalement tourner la situation à leur faveur, bien entendu les déclarations de Louis n’arrangèrent rien quant à la crédibilité.

Je suis, sans contestation possible, Louis Dieudonné Le Grand. Que quiconque ici veuille bien l’entendre. Je répondrai aimablement à toutes questions mais j’aimerais par-dessus tout en poser une qui me brûle… L’enfant, c’est un garçon ?

On les regardait avec évidente su
spicion.

Et toi, t’es qui, le costaud ?...Alexandre le Grand ?
, rigola un imbécile dans la foule.

Non, je suis Achille, prince des Myrmidons, fils de Pelée et de Thétis et si tu en veux la preuve…amène toi un peu !

Quand Richard déclina tranquillement son identité le tollé fut tel que la même milice qui les avait arrêtés dut freiner la cohue qui voulait, allez savoir pourquoi, leur tomber dessus en les traitant de tous les noms.

On ne veut rien de vous, on est arrivés en paix en ramenant vos amis…quelle classe de barbares êtes vous ?

Des barbares modernes dont l’ignorance face à l’inconnu ne manque jamais de susciter des réactions étranges…Ils étaient par quelque charade du destin, encore une, arrivés à un monde qui ne serait jamais le leur mais dont il faudrait, forcement, se gagner le respect…

Ferme là, Louis…ou ils nous enferment de nouveau !

Un conseil en valant un autre…

Au moins on voulut les informer…c’était un garçon…Nick !

Lindsay et le toubib insistèrent pour les emmener de là…Ce qui se passa par la suite mérite chapitre à part…
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Errance
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