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 Une nouvelle vie [FE Jeff]

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Lucrèce Borija

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Messages : 133
Date d'inscription : 13/05/2012

MessageSujet: Re: Une nouvelle vie [FE Jeff]   Sam 2 Juin - 14:02

Pour l’art de se sentir idiote, Lucrèce aurait reçu un Oscar. Elle n’avait aucune envie de retourner auprès de ces gens mais Jeff en avait décidé autrement. Le mot d’ordre était zizanie ? Elle obéit.
Sixième sens ? Si son amant diabolique lui avait donné des pouvoirs très utiles, lui avait-il donné celui de le flairer à distance ? Elle en doutait. Pourtant à peine mêlée aux historiques, elle put ressentir sa présence.


*Ah, tu m’observes ? Tu vas être servi !*

Un bref sondage des pensées alentours lui procura la proie la plus facile. Pas qu’Achille n’aimât pas sincèrement son impératrice mais les grandes réflexions n’étaient pas son fort, autant en profiter. En plus, elle connaissait certains aspects de son passé qu’il préférait taire.
Sans vergogne, tout en demeurant d’une « sincérité » à damner un saint, elle déploya ses charmes et ne rata pas sa cible.
Quand au bout d’une soirée réussie, Achille la raccompagna sur le seuil, il suffit d’un battement de cils pour qu’un baiser s’échange.


*Wow !.. et NA! *

Très consciente que Jeff y avait assisté, elle ne savait quand même pas trop à quoi s’attendre en rentrant chez elle.
Allongé placidement sur le divan, son beau diable lui mentit effrontément après s’être enquis de sa soirée :


Je me suis pelée comme leurs patates, mentit-elle en retour. Et toi, mon « ange » qu’as-tu fait de beau ?

Moi, bof… j’ai fini par m’endormir…


Tu as diné au moins ? Je peux préparer quelque chose vite fait…

Non, je n’ai rien mangé…mais non, ne te dérange pas…je n’ai pas faim…pas de ce genre, en tout cas !

La suite le prouva.
Etait-ce une idée ou Jeff voulait-il s’imposer à elle corps et âme ? Elle fut tentée de le sonder mais n’osa pas, pas encore.
Ce jeu était malgré tout très plaisant car le Grec disposait de valeurs singulières. Même si elle se délectait de la fougue de Jeff, celle d’Achille valait le détour. L’enflammer de-ci de-là, tout en se refusant était jouissif à souhait. Certains voyaient clair dans son jeu ? Peu importait. Les disséquer, les obliger à faire remonter leurs bas instincts à la surface était... le pied ! Jeff semblait contrarié après avoir en douce assisté à plusieurs échanges explosifs dont celui du jardin, après que la belle ait contribué à la semi-victoire des historiques. Peu de choses en somme, juste une petite participation « amicale » à leur désir de paraître dans toute leur splendeur historique.
L’intervention de l’ancien maire la déstabilisa un moment. Elle le pensait perdu aux fins fonds du fleuve selon les dires de son diable. Elle verrait ça plus tard.
Pas dupe, fatalement, de la surveillance de Louis qui cherchait à la détourner du Grec, Lucrèce s’arrangea quand même pour ferrer un peu mieux son poisson lors de la réception festive qui salua la levée de l’assignation à résidence. Une petite disjonction temporelle entraîna Achille loin de la censure royale. Les caresses, douces et très appuyées de part et d’autre , parlaient d’elles-mêmes :


Tu me rends folle ( semi-vérité) Je voudrais.. J’aimerais… Non ! Pas ici, tu es fou ! J’essayerai demain mais… j’ai un ami… je ne te l’avais pas dit ? … Il n’a pas d’importance. Il n’en a plus depuis… toi…

Qu’est-ce qu’il était crédule ce Grec ! Comme si Jeff pouvait être égalé ?

De loin en loin, les échanges se répétèrent mettant les nerfs de Lucrèce sens dessus dessous. Résister devenait difficile, succomber serait si délicieux… Mais non ! Non, elle ne pouvait s’y résoudre. En tout cas la sauce prenait, sauf que Bérith l’apostropha durement, un soir :


Je t’ai dit de les mettre en confiance…pas de t’amouracher de l’un d’eux !

Amouracher ? ne put-elle s’empêcher de pouffer. Où vas-tu chercher des idées pareilles ? C’est ce que tu voulais, non ? Je sème la zizanie…

Ouais…mais là, tu en fais trop !!! Veux plus te voir lui rouler des pelles de la sorte…tu semblais ravie !...Ça te plaît ?...Dis moi la vérité…ÇA te plait ???...

Beaucoup ! Tu es content ?

Tu es vraiment une traînée, Lucrèce…mais tu es MA traînée, compris !!!

JE NE SUIS PLUS UNE TRAÎNÉE ! NI LA TIENNE, NI CELLE DE PERSONNE !

Elle ne pensa pas aux conséquences éventuelles de ses actes, seule sa rage ressortait. La baffe, il la méritait et il la reçut avec la vigueur que donne l’outrage. Jeff n’était pas quelqu’un à considérer à la légère. Pourquoi ne la réduisit-il pas en cendre ? Il aurait pu, d’un claquement de doigt, lui faire connaître mille tourments, mais non. Il répliqua très « humainement »…
Insultes et coups volèrent tout azimut. Une veine que le diable ait insonorisé la maison. Des vases précieux visèrent et ratèrent les têtes des belligérants, des meubles se fracassèrent dans des esquives d’empoignades qui aboutirent à une mêlée de chats sauvages.


LÂCHE-MOI, SALAUD !

Qu’elle lui morde la lèvre et lui griffe le visage n’y changea rien. Il la tenait solidement et la troussa comme jamais. L’extase intense qui s’en suivit laissa Lucrèce sur un nuage d’où elle retomba amèrement en pleurs.

T’es satisfait ? Tu as bien joué ? Je ne veux pas être qu’une stupide poupée… Je vois bien que je ne suis rien d’autre pour toi…

Ce qu’elle entendit ensuite la retourna. Était-ce possible que son diable soit ému ? Vraiment ému ?

Je perds la tête…c’est ta faute…tu es à moi…seulement à moi…

*Ouais, ta chose, et c’est tout ! Belle jambe ! Comme si je comptais pour toi ! *

Une fois de plus elle fut tentée de lire en lui mais la crainte la retint. Elle rassembla les lambeaux de sa toilette, fermée.

Je suis à toi. Je n’ai fait que t’obéir. Je vais prendre une douche, tu me diras comment agir ensuite ou tu me laisseras mener les choses à ma façon, à toi de voir.

Ils passèrent la nuit séparément à se bouder copieusement.
Au matin, Lucrèce constata l’absence de Jeff déjà disparu le diable savait où.
N’ayant reçu aucune instruction, se sentant délaissée, elle s’habilla discrètement et alla tâter l’ambiance du village.
Ces gens et leurs petits tracas quotidiens étaient si fatigants de simplicité que, dans un sens, elle pouvait comprendre à quel point Jeff s’ennuyait. Quoi de plus navrant que de croiser des personnes qui ne pensent qu’à ce qu’ils vont manger le soir, trouver de quoi payer des achats, comment formuler une prière pour la pierre ? Heureusement parfois certains d’entre eux pensaient à des choses plus réjouissantes telles comment piquer la femme de son voisin, embêter sa voisine ou…
Surprise des réflexions profondes émises par un petit gars grassouillet aux cheveux roux, elle décida de le suivre de loin pour ne pas perdre la qualité du son.


*Il faut absolument que Chesterfield reprenne son poste ou le village est foutu ! Dommage qu’il soit en pleine crise conjugale, la petite Lind lui filait de bons coups de main et de judicieux conseils. Si elle n’est pas à ses côtés, il ne tiendra sans doute pas la route, tout bon administrateur qu’il soit ! …*

Que le village soit foutu devrait plaire à Jeff. Ayant pu vivre sous la direction de l’autre maire, Lucrèce était d’accord avec l’opinion générale : il était meilleur que Bones.
Plongée dans des calculs et projets d’arnaques, elle ne vit pas qu’elle se dirigeait droit vers Louis Le Grand. Ce gars ne l’aimait pas d’autant qu’il avait découvert sa liaison avec son ami et ne la tolérait pas. Le contact était inévitable au risque de détaler devant le roi qui pourrait croire qu’elle le craignait. Alors, au lieu de fuir, elle l’aborda :


Bonjour Louis, vous avez fait votre marché ?... Pas de souci, au moins ?

L’air de pensif bienheureux quitta le visage de Louis dans les yeux duquel passa un sombre nuage.
Il n’hésita pas à lui dire quelques remarques très bien appuyées au sujet d’Achille. Elle haussa doucement les épaules :


Qu’y puis-je ? Les hommes sont tous pareils, Louis… Peut-être préférais-tu que je m’occupe un peu plus de toi ou… d’Hélène ? Je ne suis pas exclusive question sexe…

Il écarquilla les yeux comme s’il découvrait le diable en personne, lança une réplique hilarante et déguerpit en se signant.

Ce bref aparté avait été bien plus riche en renseignements que ce que le roi avait délivré oralement. Ainsi il prévoyait une rencontre romantique entre Chesterfield et sa femme ?
Les rouages machiavéliques du cerveau de Lucrèce s’emballèrent à plein régime.
Si Neil se remettait avec Lindsay, le village rentrerait dans la normalité… À condition qu’il pose sa candidature… Il fallait qu’elle en débatte avec Jeff !

La journée s’écoula à poireauter seule dans son charmant bungalow. Un moment, histoire de se distraire, elle fut tentée d’aller faire coucou au Grec mais résista. Celui-là n’était pas du genre à se contenter longtemps de simples câlins et, même si elle était curieuse de connaître Achille plus intimement, Jeff la comblait amplement. Elle avait vraiment hâte de débattre de ses plans avec lui. Pourquoi était-il parti, sans même un mot ? La dispute de la veille n’en était pas vraiment une ou… si ? Non ! Ça elle refusait d’y croire. Il était beaucoup trop intelligent pour se mettre à imaginer des choses autres que tordues. Autant peaufiner ses plans en espérant que le diable les agrée, sinon… bah !
Elle mettait une dernière touche à sa toilette lorsqu’enfin Jeff débarqua, sombre :


… oui, je me mets en frais, mais ce n’est pas pour toi, mon ami !... décidément, tu fais une fixation sur Achille, toi ! Non, ce n’est pas avec lui que je compte dîner ce soir, j’ai d’autres visées…

Elle rit devant la fureur à peine dissimulée par le beau diable puis, sérieuse, elle l’affronta :


Je t’ai attendu toute la journée ! Désolée mais les pièces sont en route pour un petit spectacle de mon chef. …Si tu veux y assister, ne te gêne pas, change-toi en feuille d’arbre ! Tu ne seras pas déçu…

Il eut beau tempêter, elle n’en dit pas plus, façon de se venger d’avoir été négligée une journée durant.

Le beau jardin des Historiques n’avait rien de comparable à ceux de Versailles mais le roi savait recevoir. Il avait planté le décor idéal pour un dîner d’amoureux en tête-à-tête.
Arrivée discrètement à l’avance, elle avait vu Louis se décarcasser afin que tout soit parfait avant de filer rejoindre les autres qu’il avait largement écartés du nid préparé. Il ignorait que les tourtereaux attendus ne seraient pas les bons…

Ponctuel comme il se devait, Chesterfield entra en scène l’air perdu. Derrière le pan de tonnelle de toile qui la dissimulait, Lucrèce l’observa à la dérobée jaugeant les pensées décousues qui agitaient ce jeune homme bien bâti. Dès qu’elle flaira l’instant où il allait mettre les voiles, elle se révéla à lui :


… Bonsoir Neil…

… Miss Borija, euh… quel bon vent vous amène ?

Le même que le vôtre, apparemment ! Louis m’a invitée à dîner. Je suis là à l’attendre depuis un bon moment. Il prétendait vouloir faire la paix sur nos légers différends. Mais on dirait qu’il m’a posé un lapin…

On dirait que l’on nous a piégés…

Faut-il s’en plaindre ? Vous êtes déçu ?

Euh… Oui, enfin non ! Je ne suis pas déçu, juste... surpris…

Ce serait vraiment dommage de gâcher tout ça. Je prendrais bien une coupe de champagne…

Comment, une coupe ? Oui, bien sûr !

Intérieurement, Lucrèce se marra de l’affolement de l’ex-maire qui se demandait si cette situation n’était pas voulue par Louis pour le recaser. Il n’avait pas tout à fait tort.
Il pensait, hélas, beaucoup trop à sa Lindsay :


*Qu’est-ce qu’elle tarde, celle-là !*


Néanmoins, le charme déployé fit peu à peu de l’effet sur les sens de Chesterfield qui se détendit enfin, jouissant de l’instant présent et des possibilités offertes sans fioritures.
Il ne jeta pas un œil à l’assiette posée devant lui, d’autres fruits alléchants étaient proposés aux regards gourmands.


*Ah, pas trop tôt !*

Comme soulagé d’être interrompu, Neil se leva pour confondre ceux qui les espionnaient derrière un bosquet : Lindsay et l’incontournable Dan !
Lucrèce n’avait pas ménagé la chèvre et le chou. Sachant que Louis convierait Lindsay à la même heure que Neil, elle avait intercepté le billet et modifié l’horaire tout en envoyant un faux carton d’invitation au toubib.
Tout fonctionnait à merveille, sinon mieux. Avec un bref sondage des esprits, elle faillit rigoler en captant la situation exacte. Lind avait été surprise de rencontrer Dan au rendez-vous donné par Louis et fort choquée de ce qu’elle y découvrit. Que Dan saute sur l’occasion pour tenter de la consoler était la cerise sur le gâteau. La jolie Mrs. Chesterfield avait défendu sa vertu et Neil n’en vit rien.
Jouant les horrifiée devant la bagarre qui s’enclencha, Lucrèce se bidonnait comme une folle.
Bon, fallait quand même séparer ces chiffonniers au risque d’en voir un noyé.


VOUS N’AVEZ PAS HONTE ? Neil arrête, tu vas lui casser une main ! C’est le seul chirurgien du coin !
Fairchild, retenez donc votre chien !


Impossible de les séparer sans se mouiller aussi. Jeff, dissimulé quelque part, dut donner un coup de main discret sinon les femmes elles-mêmes se seraient entredéchirées.
Ouf ! La situation évolua dans le bon sens, et Lucrèce put poursuivre son manège.


Mon pauvre Neil ! dit-elle en lui caressant la joue. Dans quel état êtes-vous ! J’ignorais que Mrs Chesterfield et vous en étiez là…

Convaincante et séductrice, elle sut l’amener doucement au but voulu.
Bientôt il serait maire, et elle serait sa confidente très particulière !

Dès Neil parti en titubant, Lucrèce vit son Jeff se matérialiser. Il semblait très mitigé. Elle bondit vers lui et l’enserra voluptueusement :

Es-tu fier de moi, mon chéri ? La zizanie bat son plein et je serai bientôt aux premières loges avec le nouveau maire… Oui, je l’ai embrassé, et alors ?... Tu n’as pas tout saisi ? Ramène-nous chez nous, je t’expliquerai !

Délaissant le jardin ravagé, les amants diaboliques se réfugièrent chez eux où, après une pause langoureuse ils revinrent au centre de l’arnaque plantée. En fait Bérith avait absolument tout pigé mais souhaitait juste une confirmation de la bouche de sa partenaire.
L’idée lui parut excellente dans le fond, mais la forme le coinçait quelque part.


… Achille ? Encore ? Il a bien assez de souci, non ? J’irai peut-être le titiller une dernière fois avant de m’occuper sérieusement du maire…
*Si je ne te connaissais pas, je jugerais que tu es jaloux…*


Cette idée fit battre son petit cœur plus vite. Compter réellement pour quelqu’un était chose méconnue et… tant voulue. Elle préféra ne pas mettre la charrue avant les bœufs et ne pas se leurrer sur des sentiments imaginaires. Reprenant tout son aplomb, elle se lova contre lui, chatte ronronnant :

On va beaucoup s’amuser tous les deux, mon chéri. Tu n’as pas été sans remarquer le petit souci de santé de Chesterfield… Je veux être là quand Dan l’opérera…
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Jeff Berith

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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie [FE Jeff]   Lun 4 Juin - 23:45

Vent. Pluie. Mer déchaînée. La tempête qui avait couvé dans la nuit éclatait dans toute sa fureur. Spectacle saisissant s’il en est, convenant parfaitement aux remous de son esprit. Juché sur un rocher, Jeff méditait, insouciant des vagues démontées ou du vent hurlant qui menaçaient de l’arracher de son perchoir.

Il avait passé la nuit dans le divan. LUI. Comme un pauvre et simple mortel stupide dont la femme ne supporte la présence. Lui, dont les siècles perpétueraient le nom comme synonyme de trouble, intrigue, péché et souffrance, avait été réduit à un comportement ridicule quand il lui aurait suffi d’un claquement de ses doigts pour faire valoir ses raisons. Mais non. Il s’était plié à ses raisons, à elle et pour la première fois de sa démoniaque existence avait respecté le désir de quiconque d’autre que lui. Lucrèce. Il avait voulu la prendre à son piège et c’était lui qui s’emmêlait dans le sien. Elle était forte. Très. Trop ? Non, il n’y avait pas de trop pour lui mais cette force farouche le dépassait un peu.


*Un peu ?...Elle te rend fou, oui !*

Elle avait beau se plier à ses caprices, il devinait qu’elle n’y mettait pas son cœur. Froide et sécrète sous ces dehors de volupté passionnée, Lucrèce ne lui livrerait que son corps, jamais son âme. Cela le taraudait. Il la voulait toute, entièrement à lui…corps et esprit mais elle, habile joueuse, le roulait à son propre jeu.

*Et se fiche de ta poire…*

Parce qu’elle le faisait,  sans aucun remords, il en était sûr. Plus que cela, il était convaincu qu’elle en tirait une énorme satisfaction....de le faire tourner en bourrique avec son petit manège avec Achille. Comment diable avait elle perçu sa présence ? Qu’on le damne (un peu plus !) s’il le savait. C’était dérisoire !

*Minable, plutôt !*


Distrait comme il était par se profondes cogitations, Jeff ne vit pas l’énorme vague qui déferla sur lui, l’arrachant de son rocher, le fracassant contre la paroi pour après l’entraîner en un vortex triturant vers le fond de la mer. Pendant un instant, le diable connut le plus atavique des sentiments humains :la peur. Brutale, déchirante, affreuse.  Rudoyé, malmené, assez dérouté et furieux d’avoir subi pareil traitement, il se retrouva ailleurs, sur une grève paisible, loin des éléments déchaînés, quitte à poursuivre ses réflexions sans risques.

Pendant un moment, distraites de la raison de son trouble, ses pensées évoquèrent triomphes, gloire et  pouvoir. Ce répit réjouissant amena un sourire à ses lèvres mais le souvenir de Lucrèce s’imposa de nouveau à son esprit le ramenant brusquement à une réalité qui ne finissait pas de le combler. Il tourna et retourna l’idée dans sa tête, sans parvenir à trouver une solution adéquate. Le seul qui aurait pu, hypothétiquement, lui filer un conseil opportun était Manakiel mais mieux vivre dans la sombre ignorance que lui devoir une faveur.

Le jour déclinait quand, amer, Berith arriva à un bien triste conclusion. Il voulait un impossible. Jusque là sa soif intarissable de pouvoir se voyait comblée par le simple plaisir de soumettre et dominer. Mais là, en ce moment il en voulait plus, beaucoup plus. Cela dépassait les limites de son entendement mais c’était si clair, que cela lui fit un mal impossible, inattendu, bouleversant : être aimé. Désir tout naturel pour tout humain normal, pourtant absurde pour un démon…mais c’était cela qu’il voulait. Rien d’autre.

T’es satisfait ? Tu as bien joué ? Je ne veux pas être qu’une stupide poupée… Je vois bien que je ne suis rien d’autre pour toi…

Ces paroles lui revenaient sans cesse tout comme le souvenir de ses larmes, qu’il avait jugées, pour une fois, sincères. Elle aussi semblait vouloir autre chose. Mais quoi ? Plus de pouvoir ? L’élève voulait elle surpasser le maître ? Sans doute. Il avait fait un aveu maladroit et stupide, en y pensant bien, qu’elle avait ignoré avant d’assurer, fermée :

Je suis à toi. Je n’ai fait que t’obéir.

Qu’elle lui tienne tête ainsi l’avait fait grincer des dents. Qu’elle le chasse de son lit, donné de quoi réfléchir. Dormir dans le divan, un torticolis.

Alors, se maudissant à souhait pour cette faiblesse innommable, il rentra auprès d’elle.  La découvrir mettant spécial soin à sa toilette, faillit le réjouir mais n’effaça pas le malaise qui l’avait taraudé le jour durant.

Tu t’es mise en frais, ma belle ? On va quelque part ?

Elle sourit, maligne en mettant une touche de parfum entre ses seins.

Oui, je me mets en frais, mais ce n’est pas pour toi, mon ami !

Jeff sentit la moutarde lui monter au nez.

Encore pour cet abruti de Grec ?

Manqua de peu qu’elle lui rie au nez.

Décidément, tu fais une fixation sur Achille, toi ! Non, ce n’est pas avec lui que je compte dîner ce soir, j’ai d’autres visées.

Tiens. Et de quoi s’agit il ? Tu fais déjà des plans toute seule ?

La voir rire le vexa au plus haut point.

Tu es très sûre de toi, on dirait.


Je t’ai attendu toute la journée ! Désolée mais les pièces sont en route pour un petit spectacle de mon chef.

Bravo. Mademoiselle pense, que c’est charmant, on lui donne un peu de pouvoir et la voilà qui échafaude des plans sans attendre conseil.

Sourire enjôleur, éclat malicieux de ses yeux si sombres.

Si tu veux y assister, ne te gêne pas, change-toi en feuille d’arbre ! Tu ne seras pas déçu.

Vraiment ? Et de quoi s’agit il, petit génie ?...Je veux savoir ce que tu as en tête !...Lucrèce, je ne suis pas d’humeur…dis moi !

Rien n’y fit, plus il se fâchait et plus elle semblait s’amuser.

On dirait que tu m’en veux de t’avoir laissée seule ! C’est ça ?

Léger haussement d’épaules, moue mutine. Elle se fichait carrément de lui. Il eut beau faire ou dire, la belle ne lâcha pas un mot. Force fut de la suivre. Découvrir leur destination le fit jurer. Chez les Historiques. Que pouvait donc avoir cette femme en tête ? Le décor était planté pour un dîner à deux. Un petit dîner romantique, ce qui est plus. Musique, chandelles, champagne.

*Ouais, c’est pas le rustre antique qui aura manigancé ça…*

Mais peu importait qui ou pourquoi. En mode invisibilité, il assista à l’entrée en scène de celui qu’il se serait attendu le moins à trouver là : Neil Chesterfield. C’était vrai que ces derniers temps il ne s’était pas trop soucié de savoir ce qui se passait dans le coin, trop occupé à cerner les faits et gestes de Lucrèce. Certes, il avait eu vent du retour de l’ex-maire égaré et de ses divers déboires mais de là à s’en faire de la bile. Un sondage rapide de l’esprit du nouvel arrivant l’éclaira sur la confusion qui l’habitait. Le brave homme à part d’être crevé après ses multiples aventures, devait encore subir les effets d’une gueule de bois et…

*Tiens…je l’avais oublié, son coup au crâne…oups, pas joli joli…ça va lui faire une bonne migraine !*

En toute évidence, la belle Lucrèce avait parfaitement planifié son coup. Cela ne lui donna aucun mal faire tomber Chesterfield dans le panneau même s’il pensait à sa gentille petite femme.

*Dix minutes avec ma Lucrèce et tu auras oublié quoi que ce soit…pauvre idiot !*

Un peu plus loin une autre scène attira son attention. La gentille petite femme en question et le toubib. Ils discutaient. Elle avait reçu une invitation et lui aussi, quelle coïncidence ! Ils arrivaient sur les lieux et qu’y trouvaient ils ? Le sage et composé Neil et Miss Borija en plein flirt outrageant. Pauvre petite Lind, ça faisait presque de la peine la voir flipper de la sorte mais il ne put résister à l’envie de « souffler » à Dan une paire d’idées avancées. Le résultat fut parfait. L’audacieux reçut sa gifle mais pour alors le mari arrivant sur les lieux interpréta les choses à sa façon. S’en suivit une empoignade épique et les deux hommes finirent dans la piscine. Cela faisait longtemps que Jeff ne s’amusait autant. Le toubib, qu’on tenait pour homme réservé et timide, se transforma en tueur potentiel tout autant que le mari bafoué. Lucrèce jouait bien son rôle d’horrifiée et merci quelques pensées apaisantes, Lindsay ne lui sauta pas dessus pour lui arracher les yeux. Les hommes séparés, chacune s’occupa de son chacun sauf que…

*M***e…hey, ton mari !!! Tu oublies ton mari !!!*


La pensée qu’il perçut lui ôta l’envie de s’en mêler. Quelle virulence ! Par contre côté Lucrèce, ça allait plein gaz ! Que de doux câlins, de mots apaisants et comme cerise au gâteau…elle l’embrassait. Pas un petit baiser innocent, de consolation…bien au contraire. Il attendit que le bougre déboussolé, tant par les coups du toubib comme par les « soins » de Lucrèce, ait disparu pour se matérialiser. Qu’elle accoure se jeter dans ses bras, en une étreinte délicieuse, le rasséréna un peu.

Es-tu fier de moi, mon chéri ? La zizanie bat son plein et je serai bientôt aux premières loges avec le nouveau maire.

Il ne put s’empêcher d’embrasser cette bouche mutine.

Tu es un disciple avantagé, ma douce…très. Ton plan est brillant…mais tu devais t’y prendre comme ça ?...Parce que franchement…

Oui, je l’ai embrassé, et alors ?

Je trouve que tu mets trop d’enthousiasme pour accomplir un simple devoir…

Elle riait mais cette fois c’était lui qu’elle embrassait en promettant une explication dont il n’avait nul besoin. Retour en beauté, pour oublier, du moins un moment, tout autre chose qui ne fut la retrouver, l’avoir toute à lui. Il la retenait encore dans ses bras, en disant, entre deux baisers.

Ton plan est d’une simplicité géniale…une seule chose me dérange un peu *un peu ? Triple menteur…ça te remue !* est que tu le séduises de la sorte pour parvenir à tes fins…Oui, je sais que c’est la façon la plus élémentaire et efficace qui existe…mais si tu pouvais éviter…enfin, tu comprends…pense tout de même aux autres, si tu veux arriver au but en toute gloire, vaut mieux n’avoir de tâche à se faire endosser…comme briseuse de ménages, par exemple !

Lovée, contre lui, elle faisait des projets.

On va beaucoup s’amuser tous les deux, mon chéri. Tu n’as pas été sans remarquer le petit souci de santé de Chesterfield… Je veux être là quand Dan l’opérera.

Ces paroles le prirent assez de court.

Tu as détecté le problème de Chesterfield ? Comment ?...Ma toute belle, je t’ai donné le pouvoir de lire les pensées…mais là, tu l’as passé au scanner tomographique…Oui, en effet, il ne va pas bien du tout et non, si Dan l’opère, tu ne seras pas là, ma chérie…imagine toi que cela foire…on pourrait dire n’importe quoi…en tout cas, je m’en occuperai en temps voulu…hum ! tu ne veux pas que je m’en occupe ?...t’entiche pas de lui…euh !Non, pour rien en spécial…

Cette fin de soirée fut singulièrement paisible, ils burent du champagne, bavardèrent, firent encore des plans et s’en allèrent dormir comme un couple normal et bien avenu. Le lendemain, Lucrèce le surprit avec un petit déjeuner au lit et des câlins qu’il apprécia énormément, en devinant que c’était sa façon d’endormir ses soupçons. Il en profita le plus possible avant de la laisser vaquer à se occupations, devenues diversifiées et multiples.

L’ex-maire postula aux nouvelles élections et Lucrèce, sa belle à lui, devint l’ombre discrète de l’autre, sans vraiment oublier pour autant son antique préféré, qui ne sembla pas trop bien prendre le fait d’être déplacé par un Chesterfield en plein élan de triomphe. Le toubib, homme d’idées conséquentes, avait oublié la baffe et menait sa cour à tambour battant auprès d’une Lindsay mitigée. Le village était en pleine convulsion sociale, une aubaine pour pécher au petit bonheur la chance quelques esprits égarés. Il avait été jeter un coup d’œil chez les Historiques où l’amour parfait coulait de source…sauf pour la douce Sissi, qui, stoïque, souffrait en silence des incartades de son volage de chéri. Il essaya d’insinuer quelque idée perfide dans l’esprit de l’impératrice mais celle-ci, malgré sa mansuétude apparente, se révéla opiniâtre et fermée à un quelconque conseil externe. Les autres étaient tout aussi heureux qu’on peut l’être. Berith ne l’aurait jamais avoué mais il ressentait, en les voyant, quelque chose de très semblable à de l’envie.

L’unique façon de se distraire de ses pensées moroses était de s’occuper à ce qu’il faisait le mieux. Chambarder la paix, ficher la pagaille, éveiller les esprits aux interdits. Qu’on ait circonscrit son champ d’action aux limites de ce monde étroit, l’embêtait assez et demandait un grand exercice d’imagination.

Circonvenir les faibles n’était pas aussi facile qu’on pourrait l’imaginer. Certes tout être humain a des idées plus ou moins pendables mais la plupart, réfugiée derrière les remparts de ses croyances, superstitions et divers mandats de la société se révélait inabordable. Saborder les hauts principes en semant plus ou moins discrètement l’incurie, était, et Berith le savait bien, une entreprise incertaine aux résultats généralement désastreux. Il en avait fait l’expérience à Sodome et Gomorrhe dont tout le monde connait la triste fin. Comme quoi, on peut s’amuser un peu mais sans exagération notoire question de ne pas s’attirer les foudres divines. On peut aisément résumer la situation de ce diable inventif : il s’ennuyait.

Bon an mal an, on aboutit aux élections. Comme on pouvait s’y attendre, Chesterfield fut intronisé comme nouveau maire, ce qui, moyennant un bon sens élémentaire, était la solution la plus logique pour ce bled qui battait de l’aile. Tout à ses bonnes œuvres,  avec un sens implacable de l’organisation, le bourgmestre en exercice était à point de transformer le coin en une espèce de paradis où tout le monde trouvait satisfaction.

*Perdez rien pour attendre !*


Mais en attendant, question de noyer le poisson de l’ennui, il avait choisi sa bête noire. Faute de pouvoir soumettre un esprit aussi coriace, Jeff s’amusait à lui causer toute sorte de misères. Marqué par la poisse la plus récurrente dont ait mémoire, Achille en voyait de toutes les couleurs, ce qui ne manqua pas de soulever quelques commentaires aigre-doux de la part de Lucrèce, qui, même si occupée avec son maire, ne perdait pas de vue son blond guerrier.

Me dis pas que ça te tracasse ?...Mais non, voyons, vais pas le tuer, ton bout de chou…de toute façon, il irait ressusciter un peu plus loin…Ah bon ? Tu veux que je lui fiche la paix et quoi encore ?

Il avait rigolé de bon cœur et le lendemain, mine de rien, le couloir de la mine où piochait le grec, s’effondra. On l’en tira de justesse, sonné et de très mauvaise humeur.

Accident de travail, qu’on appelle ça, assura t’il en toute innocence, dis lui de plaider sa cause…qui sait, M. La Perfection l’indemnisera…que qu’est ce que j’ai contre celui là ? Mais rien…tout juste qu’il m’emmerde un peu, ton pot de colle !

Et ainsi de suite.

Entre ceci et cela, Berith, comme tout bon diable qui se respecte, peaufinait un plan, en inventait un autre et finissait par en faire un joyeux cocktail. Connaissant sa triste cause on peut  douter du bon aloi de ces intrigues. Observateur sans pair, rien ou peu de choses lui échappaient. Les déboires de l’impératrice étaient difficiles d’ignorer. D’autant qu’ils commençaient à ressembler aux siens, ces déboires. Promue conseillère par excellence au conseil municipal, sa Lucrèce n’en continuait pas moins son petit manège avec Achille. Entre ses nuits d’insomnie réfléchie et ses journées d’impatience, l’idée de mettre enfin fin à cette ronde de doutes meurtriers germa, prit corps et s’exécuta.

Pas diable pour rien, il sût que Sissi se dirigeait vers la maison communale. Une petite pensée par ci, une autre par là, avaient conforté l’impératrice dans son idée. Lui, bien sûr avait la sienne, et c’était avoir le cœur net d’une bonne fois pour toutes. Cela ferait un mauvais coup pour la bonne cause et tant pis si le reste en pâtissait ! Personne ne pensa lui barrer passage…pas sous la gaillarde apparence du nouveau chef de la Milice locale. Sans se faire annoncer, il entra, sans se gêner, dans le bureau de Lucrèce qui révisait, très concentrée, quelques dossiers soumis à son attention. Elle sembla surprise de le voir là mais son sourire radieux aurait fait fondre un iceberg. Très pris dans le rôle qu’il assumait, Berith fondit…Le cœur chaviré, il se vit octroyer une bienvenue très chaleureuse. Malicieuse, mutine, licencieuse, elle en dit des choses et en fit d’autres. Ses baisers savants auraient tourné la tête au plus sage des moines et ses caresse auraient réveillé un mort.

Ici et maintenant !, ce n’était pas un vœu mais un mandat alors qu’ éperdus dans une étreinte étourdissante, tout bon sens prenant la clé des champs.

Elle ne se refusa pas, au contraire…bien au contraire. Soupirs et gémissements donnaient foi de ce moment d’extase…quand un cri outragé, les fit retomber brutalement dans la réalité…

Pâle et décomposée, au bord des larmes, Elisabeth de Wittelsbach, Impératrice d’Autriche et Reine de Hongrie, les regardait…tremblante de rage mal contenue. Sans dire mot, digne et impériale, elle fit demi tour et disparut.

La folie du moment dissipée de si maîtresse façon, il s’apprêtait à l’ouvrir pour dire n’importe quoi quand le rire de Lucrèce le laissa sans mots…

Un bien pour un mal…ou un mal pour un bien…
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Lucrèce Borija

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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie [FE Jeff]   Jeu 7 Juin - 13:08

Des amants, Lucrèce en avait connus tant que le décompte s’était perdu au fil du temps.
Qu’en pouvait-elle si la dure loi de la rue lui était tombée dessus à seize ans ?
S’élever, dominer était devenu son but. Tous les moyens seraient bons, quels qu’ils soient, pour obtenir son dû. Hélas…
Maintenant, après des années d’efforts, elle se retrouvait dans un bled paumé. Paradisiaque, certes… hormis la populace bourrée de principes rétrogrades aux odeurs de sainteté aberrantes.
Ces gens n’étaient que des imbéciles prêts à retourner leur veste selon la tournure du vent.
Et le vent avait soufflé de la manière la plus inattendue qui soit en déposant à ses côtés un magnifique présent : Jeff.
Attirant, séducteur, immoral, quel beau mâle ! Mais il était bien plus que cela. Elle l’apprit assez vite à ses dépens. Était-il réellement un démon ? Oui ! Une source d’informations indiscutable l’en avait assuré.
Lucrèce était intelligente, sa percée en divers domaines le prouvait. Cependant, ses capacités cérébrales butaient quant au pourquoi on l’avait choisie, elle, pour une mission pareille !
Aucune directive dans la façon de s’y prendre pour réussir, tout était permis, admis, pardonné d’avance. Seul l’échec serait sanctionné, de quoi vous flanquer le trouillomètre à fond la caisse.
Elle aimait les défis, survivre en était un beau.
Des atouts, elle en reçut pour l’aider dans sa mission, et non des moindres. À elle d’en user selon son gré en satisfaisant toutes les parties.
Qu’elle le veuille ou non, elle adorait jouer. Même avec la peur vrillée aux tripes, l’excitation était au comble. Jeff, le plus beau cadeau du monde, était une arme à double tranchant dont elle devait se méfier à chaque seconde. Qu’elle ait su capter son attention était déjà extraordinaire. Qu’il l’inclue dans ses plans, un grand pas. Qu’il devienne jaloux de ses perfidies, elle n’y crut d’abord pas mais…

Pour être fidèle aux désirs de Jeff qui voulait mettre le bordel dans le village – en particulier chez les Historiques frais recrus, - Lucrèce jeta son dévolu sur le plus accessible aux manœuvres élémentaires de séduction. Mais M***E, qu’il était beau ce mec ! Achille, le héros de Troie, non mais vous imaginez ça ? Il marcha à fond, le con. Bon… Admettons que Lucrèce ait aussi été un peu tentée d’aller plus loin que de simples patins ou pétrissages, n’empêche que la seule idée de déplaire à Jeff coupait tous ses effets à la créature.
Plusieurs faits la marquèrent durant cette période de détournement d’affection envers Sissi.
D’abord, le Grec était bourrelé de remords… pauvre chéri. Comme si une amoureuse lui en voudrait d’un peu d’infidélité… Secundo, des allusions appuyées de Jeff. Il était aveugle ou quoi ?
Elle lui obéissait, non ? Peut-être avait-elle raté sa vocation de comédienne et se gourait, allez savoir.
Une dispute d’anthologie les laissa en froid après un passage torride qui laissa une amertume au fond du gosier de la belle. Elle courait à l’échec avec lui. Il ne l’aimait pas, il jouait à la poupée.
Que faire pour le captiver davantage sinon que de lui donner l’impression qu’elle était unique et indispensable à ses plans ?
Toutes les conditions s’y prêtaient, avec un mini coup de pouce à la clé. Sa cible était tentante à plus d’un titre. Neil Chesterfield disposait d’atouts indéniables. Sa belle gueule n’entrait absolument pas en compte, évidemment. Cela ajoutait du piquant, rien d’autre. Il possédait un charisme-né, celui de meneur… de brebis. Il ne sentait pas le fermier, déjà ça. Lovée en douce dans sa manche, elle pourrait accomplir de grandes choses… Bon sang ne peut mentir.
Très satisfaite de sa petite mise en scène dans le jardin des historiques, elle parvint à aggraver la brouille entre Neil et Lindsay. Elle s’y prit si bien que Chesterfield se laissa mener par le bout du nez et fut heureux de l’être.
Suivant les bons conseils de Jeff, Lucrèce resta dans l’ombre, ne s’affichant jamais ouvertement avec Neil, surtout en public. Pas besoin que la populace bigote vienne à la lapider pour « distraire » un mari fidèle d’une épouse que beaucoup respectaient dans le coin. Au moins, question câlin, Chesterfield était moins exigeant que le Grec avec qui elle poursuivit le petit jeu si bien entamé.
Neil avait juste besoin d’une oreille attentive, d’une épaule sur qui pleurer son amour déçu, de paroles sensées et apaisantes en vue de reconquérir son ancien poste. De plus, c’était un bourreau du travail et, s’ils passaient ensemble de longues heures tardives au bureau, la bagatelle n’y était pour rien.
Les élections se gagnèrent très facilement. Comme prévu, Miss Borija devint conseillère particulière du nouveau maire. Il était tellement perdu et… malade. Plusieurs fois elle avait tenté de lui suggérer d’aller se faire examiner quand d’affreuses migraines le rongeaient. Puisque cela incluait de consulter McIntosh, Chesterfield refusa net.
Côté Achille, elle ne parvenait plus à le rencontrer qu’à la sauvette. Il était quand même étrange, cet homme. Il la voulait, c’était plus que clair mais restait néanmoins fidèle à son impératrice. Il faut avouer que Lucrèce avait quand même du mal à se passer de leurs étreintes folles. Lui céder serait probablement inoubliable sauf que Jeff lui en voudrait peut-être à mort. Mieux valait ne pas tenter le diable qui, à sa façon, se vengeait de celui qu’il paraissait considérer comme un dangereux rival. Le pauvre Achille en subit des avatars ! Il fallut qu’elle en touche deux mots à Jeff :

Qu’est-ce qui se passe avec Achille, pourquoi tu lui envoies la poisse ?

Me dis pas que ça te tracasse ?

Tu ne vas pas le tuer quand même ? … Arrête de l’embêter, s’il te plait. Il a déjà assez de souci comme ça.

Evidemment, le beau diable n’en fit rien. Il s’excusa à peine d’un « accident » d’Achille, s’en prenant à Neil, cette fois. L’idée que, peut-être, Jeff était bel et bien jaloux, provoqua des frissons de plaisir à la demoiselle.

*M’aimerait-il un peu pour réclamer de la sorte l’exclusivité de mes attentions ? *

Avec tout ça, Lucrèce se comportait telle une parfaite employée de bureau. Toujours ponctuelle, partant tard, elle révisait consciencieusement chaque mesure que le comité désirait voir en place, en corrigeant plus d’une en douce. Incroyable, ce Chesterfield avait une vraie âme de mère Theresa. Au rythme où il souhaitait répartir les biens des hangars de la zone 51, la population vivrait dans l’aisance ! Qui disait aisance, disait fin des luttes intestines, des vols, de l’envie, mais aussi oisiveté qui, on le sait, est mère de tous les vices… À tout prendre, Lucrèce changea un peu des quotas établis s’arrangeant pour favoriser certaines personnes plus que d’autres, histoire d’embêter le monde.
Elle révisait sagement quand la porte de son bureau s’ouvrit sur :


Achille, mais…

Un balayage express des pensées du Grec faillirent la renverser. Il ne s’agissait nullement du chef de la milice mais bien de son diable transformé.

*Oh, le coquin !*

Elle n’alla pas très loin dans son investigation de l’esprit de Jeff, le message était assez clair.
S’il voulait du spectacle, il serait servi.


Comme c’est gentil de venir me retrouver ici ! susurra-t-elle en s’approchant langoureusement de son visiteur. Tu veux une petite pause ?

Collée à lui, elle entama des massages audacieux qu’il lui rendit avec délectation. Elle le gratifia de gentillesses jamais adressées au Grec et il en redemanda. Puis, un peu brusque, il ordonna :

Ici et maintenant !

Ce fut délirant. En oubliant qui était dans le corps d’Achille, son petit fantasme devenait réel.
Assauts brutaux, quasi sauvages, elle n’avait imaginé mieux y prenant un plaisir inénarrable.
Zut, ils furent interrompus. Et par qui ? Rien de moins que la compagne officielle du soi-disant Achille. La tête de celle-là valait de l’or !
Le faux Grec parut un peu décontenancé, Lucrèce ne put s’empêcher de rire :


Très bien joué Jeff chéri ! Tu viens de me faire un magnifique cadeau ! La prochaine fois, tu prendras la tête de Neil ? Juste pour voir ce que ça donnerait… Mais, là je reprendrais volontiers d’un peu de Grec…

Elle rigola longtemps intérieurement après cet épisode. Elle était consciente que Jeff s’était arrangé pour encore mettre le feu aux poudres chez les Historiques mais aussi qu’il avait cherché à savoir jusqu’où elle était allée avec ses soi-disant amants. Maintenant, il savait : nulle part ou si peu. Cela le rassura-t-il ? Bonne question.

Quelques jours plus tard, ce qui menaçait d’arriver à Neil lui tomba dessus alors que le comité débattait des répartitions équitables des emplois. Il n’avait pas bonne mine du tout et, en sueur, se massait souvent la nuque quand la crise survint. Le tableau n’était pas joli. Elle hurla en se précipitant sur lui, réclamant des soins d’urgence.
Elle accompagna la civière jusqu’au centre médical et se rongea un peu les ongles pendant l’examen du Dr McIntosh qui vint la trouver derrière le rideau. Il l’apostropha durement, lui posant des questions pointues auxquelles elle répondit honnêtement :


… Oui, il se plaignait de maux de tête. Je lui ai suggéré de venir vous voir, il n’a pas voulu vous… déranger…. Je ne sais pas moi ce qu’il a mangé au petit-déjeuner ni quand il est allé se coucher…

L’air innocent, elle s’enquit sur le diagnostic qu’elle connaissait parfaitement. Sa tête s’allongea quand Dan parla de tumeur au cerveau alors qu’il pensait caillot.

… Une tumeur, vous êtes sûr ? Ne serait-ce pas la conséquence du coup qu’il a pris sur la tête pendant son voyage. Puis, il s’est battu, récemment… Euh, non. Je ne suis pas médecin, mais…

Oh, là, là ! Le petit toubib en ruminait de sombres pensées. Qui aurait pu croire qu’il était si vilain ?
La vie de Chesterfield ne tenait plus qu’à un fil dans ces mains-là !
Cette constatation embarrassa Lucrèce plus que prévu. Pas qu’elle tienne particulièrement à Neil, d’accord un petit peu, mais son décès risquait de provoquer de nouvelles élections et elle n’était pas depuis assez longtemps en place pour briguer le poste avec sécurité. Elle n’avait pensé le remplacer si tôt, juste le seconder suffisamment pour s’imposer à lui, puis à tous. Il fallait qu’elle fasse quelque chose mais quoi ? Jeff saurait sûrement arranger ça ! Éviter un crime redorerait son blason, non ? La priorité fut de retarder l’opération.
Alors qu’elle se préparait à aller plaider la cause de Chesterfield, Lucrèce tomba nez à nez avec la petite Lindsay qui, en brave épouse, venait aux nouvelles. Elle la happa au vol et la bouscula sans ménagement dans la première pièce libre à portée :


Écoutez-moi ! Vous avez toutes les raisons du monde de m’en vouloir. Même si je vous dis que vous avez tort, vous ne me croirez pas mais c’est une question de vie ou de mort. Si vous tenez un tant soi peu à Neil, vous devez retarder son opération.

Elle y tenait à son mari ! Lind était plus transparente que de l’eau claire.

… Dan se trompe volontairement de diagnostic… Euh, intuition féminine ! Réfléchissez deux minutes, Lindsay. Il va avoir la vie de son rival au bout de son scalpel ! Il est bleu de vous et Neil est un obstacle de taille, admettez-le. À moins que le veuvage vous tente… Oui, bien sûr, Dan est un ange et jamais il ne lui viendrait à l’idée de changer les choses en sa faveur. C’est un homme Lindsay, et donc il fait partie d’un domaine où je suis inégalable. À bon entendeur…

Plantant là la future veuve éplorée, Lucrèce courut comme une folle. Pourquoi n’avait-elle pas changé d’habitation et pris une plus centrale ? Elle pesta, se maudit, Jeff aussi, dans la foulée.
Il était là où l’on l’attendait le moins et brillait par son absence quand on en avait besoin.
Elle hurla son nom en vain et n’eut d’autre recours que de retourner dare-dare au village.
Il y avait foule devant les portes du centre. L’agitation était à son comble : l’opération avait commencé. Mince ! Aux premières loges se tenaient les historiques. Par veine, seuls les membres du comité étaient autorisés à entrer. Achille ne tenta pas de l’intercepter, ouf !
Lind, livide, déchirait à petits coups un mouchoir entre ses dents, morte d’angoisse. À distance, Lucrèce s’assit aussi et se concentra pour tenter de joindre les pensées du chirurgien. Une intervention de ce genre prenait en général des heures.
Au bout d’une, Miss Borija eut enfin une écoute nette des pensées de McIntosh. Elle se redressa, blême :


*Il va le faire ! Jeff, où es-tu ??? *


Dans la salle d’opération, Daniel McIntosh s’apprêtait à bafouer l’essence même de sa profession.

*Le temps, gagner du temps…*

En une fraction de seconde, les paroles de son diable résonnèrent dans sa tête :


« Tu pourras lire leurs pensées, donc anticiper et les surprendre…en outre, tu pourras jouer avec le temps, un laps court mais suffisant, juste pour retourner une situation et la reprendre à ton profit. »

Voilà un talent qu’elle n’avait pas encore exercé… Jeff lui avait dit qu’il lui suffirait de le vouloir…
Elle s’appliqua.
Dix fois, vingt fois, elle revécut la scène du coup fatal au cerveau dénudé de Chesterfield, repartant toujours quelques minutes en arrière dans l’espoir d’un miracle.
Elle s’épuisait. Toutes ses forces ne parviendraient pas à suspendre l’inévitable si c’était ce que Jeff souhaitait qu’il advienne.
Au bord de l’évanouissement, elle relâcha son frein. Le cours de l’histoire redémarra à son rythme…
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Jeff Berith

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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie [FE Jeff]   Sam 9 Juin - 18:35

Pris dans son propre jeu, mis à découvert sans mal. Elle l’avait percé sans effort. L’amour propre du diable en prenait pour son compte mais on dit par là que « tout est bien qui finit bien ». Découvrir ses fantasmes le réjouit, le rassurant à moitié mais rassurant quand même. Sa Lucrèce ne faisait que jouer avec ses favoris, sans aller plus loin, tout en se faisant des idées.

Très bien joué Jeff chéri ! Tu viens de me faire un magnifique cadeau ! La prochaine fois, tu prendras la tête de Neil ? Juste pour voir ce que ça donnerait…

Quel toupet, dis donc…

Elle rit encore et ses yeux pétillaient de joyeuse malice, cette fois.

Mais, là je reprendrais volontiers d’un peu de Grec.

Elle savait s’y prendre, l’ensorceleuse, mais moyennant un louable effort de sa part, Jeff préféra en rester là pour l’instant.

On remet cela, ma belle…assez de raffut pour le moment, souviens toi de l’image que tu dois offrir à tes concitoyens…

Et parlant de concitoyens en voilà un qui se ramenait sans préavis, mais au moins avec le décorum de s’annoncer par des coups brefs à la porte, le temps exact pour, d’un claquement express de doigts rendre tout à son apparence normale et disparaître. On requérait la présence de Lucrèce à la réunion du Conseil.

Désœuvré pour le moment, Jeff vaqua dans le village, jaugeant la situation d’un œil critique. Les gens étaient contents. Mauvaise affaire. Leurs exigences les plus élémentaires satisfaites, ils étaient pour la plupart, comme les vaches, placides et obéissants. Mais il restait quand même quelques fortes têtes qui ne se pliaient pas de bonne grâce aux mesures généreuses du nouveau maire et son staff. Cette bombance gratuite ruinait les spéculateurs puisqu’il n’y avait plus rien à spéculer. Restaient aussi les éternels aigris, qui ne sont jamais d’accord avec rien vienne d’où cela vienne et bien entendu le clan de ceux dont la bigoterie outrancière clamait pour la foudre divine.

*Faudra exploiter tout ça…on peut quand même s’amuser un peu !*

Sa flânerie le mena jusqu’au pavillon des historiques où il perçut les échos d’une forte dispute. Cela lui provoqua un sourire et une énorme satisfaction mais il eut la malchance de rester trop longtemps à se délecter de ces remous et ce qu’il perçut par la suite le fit râler…

*On a en marre avec l’amour…on leur fiche la vie en l’air et quoi…l’amour…l’amour…Imbéciles !*

Arrivé chez Lucrèce, il sentit tout à coup le poids de sa solitude. Il avait voulu damer le pion à Achille en le mettant encore plus en froid avec son impératrice et qu’y avait il gagné ? Rien ou plutôt l’exact contraire à ses desseins. Le Grec ne traînerait plus sa misère comme un boulet, il serait comblé de bonheur…qu’il aille au diable !...et Lucrèce continuerait à fantasmer avec lui !

*Mais au moins ce ne sera que ça…pour combien de temps ?*

Cela ne lui ressemblait guère s’attarder à ces considérations, mais depuis un certain temps, cela devenait inévitable. Il ne pouvait plus se mentir. Cela devenait hantise !

Elle était occupée la plupart du temps à épauler les merveilleux plans du maire et à ses dires, à consoler le pauvre type qui ne se remettait pas d’avoir perdu sa chérie. L’abruti. Peu importait, c’était lui qui en pâtissait. Lucrèce ne lui accordait que les miettes de son précieux temps, il savait en tirer le meilleur profit mais miette est toujours miette.

Ce matin là, la belle l’avait quitté après un câlin distrait et s’en était allée vaquer à ses occupations municipales. Il traînait encore au lit,comme un mortel paresseux quand une apparition inédite le fit flipper pour de bon. Un des « employés » de Manakiel l’invitait gravement à l’accompagner auprès de son maître.

C’est quoi ce cirque !? Depuis quand envoie t’ il des émissaires !?

Pas d’explication. L’autre avait bien l’intention de rester là jusqu’à ce qu’il se décide à bouger, ce qu’il finit par faire, de très mauvaise grâce mais quand il signifia son intention de se doucher et prendre son petit déjeuner en toute tranquillité l’envoyé ne lui en laissa pas le temps. Il obéissait ses ordres au pied de la lettre. Un instant plus tard, en robe de chambre et les cheveux ébouriffés, il se trouva face à son « frère » comme toujours aussi immaculé et impeccable.

À quoi vient cette ridicule mise en scène !? Cela veut dire quoi cette façon de me trainer ici !? J’exige une explication!!!

Manakiel se contenta d’un sourire ironique et d’un geste nonchalant lui donna une allure un peu plus acceptable, ce qui le fit se rebiffer encore plus.

Je peux très bien m’occuper tout seul de ma toilette !...QUOI ? Comment ça que je ne peux plus ???

Le discours informatif qui s’en suivit le laissa si sonné, que Manakiel fit avancer un siège pour qu’il s’y affale. Les rouages de son cerveau tournaient au ralenti sous les effets de l’ahurissante nouvelle qui l’anéantissait.

PUNI !?...Pour ces broutilles ?

Ce n’en étaient pas précisément. On avait débattu en Haut-Lieu sur le besoin impératif de l’amener à de meilleures considérations. Son comportement enclin à transgresser toute norme ou loi lui avait déjà fait mériter maints rappels à l’ordre, ignorés en toute joie de cœur. Il avait continué à faire des siennes à son aise et selon lui, en toute impunité. Et voilà que ÇA lui tombait dessus sans préavis. Et ÇA signifiait pas mal de choses, toutes à lui dresser les cheveux sur la tête.

Vous ne pouvez pas me faire ÇA !!!

Et comment qu’ils pouvaient ! Manakiel disait n’être que l’exécuteur, Berith n’y croyait rien.

Tu en profites ! T’es son chouchou…toi et tes mièvreries avec tes protégés ! Tu m’en veux, tu m’en as toujours voulu parce que je m’amuse plus que toi…

Grand frère, plein d’incommensurable sagesse, l’envoya paître en quelques mots choisis, concis et de blessante clarté. Dramatique, il clama son courroux:

Ai-je eu au moins le choix !?

Simple question d’opinion ! L’affaire était sans appel. Pour si jamais il existait la possibilité qu’il n’ait pas bien compris la teneur de son châtiment, l’autre se délecta à lui répéter soigneusement chaque détail . Berith, à point de perdre la tête n’en retenait que l’essentiel : pour un temps que seul son comportement déterminerait, il serait un homme, mortel et sans autre pouvoir que son bon sens pour se débrouiller. À lui de trouver comment tourner la situation en sa faveur.

Il ouvrit la bouche pour protester mais déjà tout basculait…

Affolé, aveuglé, étouffé, il brassa pour se maintenir à flot mais cela s’avérait entreprise hasardeuse dans cette mer démontée, aux vagues comme des montagnes qui menaçaient de l’envoyer aux abysses. Des éclairs zébraient le ciel et comme si on n’avait pas assez d’eau, la pluie tombait en rideau épais…Tenir bon ! Il fallait tenir le plus possible… la peur lui tordait les entrailles, faisait éclater presque son cœur en pleine arythmie. Maudissant sa chance ou plutôt son manque de, Berith essayait tout simplement de survivre au milieu des éléments déchaînés mais sentait ses forces flancher. Combien de temps dura cette lutte inégale ? Une éternité, lui sembla t’il avant que ces mêmes vagues monstrueuses se chargent de le recracher sur une plage. À moitié noyé, éreinté, perdu, il rampa, comme bête blessée, sur le sable détrempé pour se mettre hors d’atteinte de cette mer vorace, jusqu’au dernier sursaut d’énergie…

Un pêcheur matinal le découvrit, telle épave échouée et se chargea d’alerter les autorités. Il n’eut conscience d’à peu près rien alors qu’on le ramassait, inerte et à moitié mort pour l’emmener de là.

On s’occupait de lui, quelqu’un donnait des ordres, un autre piquait son bras, encore un autre lui fichait un masque d’oxygène sur nez et bouche. Réflexe des pupilles…Il entendit dire que tout irait bien mais se sentait flotter dans un flou absurde. Finalement une femme se pencha sur lui…quelles frisettes ridicules et ce visage poupin aux sourire idiot qui se voulait rassurant.


Vous voilà revenu, mon beau monsieur…on vous a trouvé sur la plage.

*Et où voulais-tu que je sois, vieille sotte, j’ai failli me noyer !*

Mais tout va bien, vous êtes en sûreté…Soyez bien gentil et dites moi votre nom…, et de relever doucement son masque.

C’était sans doute la procédure normale. On te sauve la vie et puis on t’interroge à fond. Sans forces pour s’y résister, il voulut s’acquitter…mais ne parvint qu’à émettre un triste couac. Le deuxième essai ne donna rien de meilleur, au troisième son cœur s’emballa follement. Un autre piqûre, il filait vers les limbes.

Le pauvre…dans cet état et en plus…muet ! Il y en a qui n’ont pas de chance !

* QUEL ÉTAT??? AU SECOURS !!!*


Dernière édition par Jeff Berith le Jeu 30 Aoû - 20:12, édité 1 fois
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Lucrèce Borija

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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie [FE Jeff]   Dim 10 Juin - 19:47

Le maire était sauvé !
Vannée de chez vannée, Lucrèce rentra chez elle avec l’intention de remercier Jeff de ses attentions. Grâce à lui, une vie avait été épargnée, elle en était persuadée. Pourtant, en arrivant au pavillon, un singulier silence régnait. Pas que Jeff soit particulièrement bruyant mais elle pouvait, d’ordinaire, sentir sa présence. Or là… Rien.
Peut-être était-il fâché d’avoir dû intervenir pour sauver Neil et était-il allé bouder dans un coin? Cela lui ressemblait assez bien.
Ne s’en faisant pas trop, Lucrèce monta l’étage et fronça les sourcils devant le lit défait. Les vêtements de son diable étaient bien rangés, aucun costume ne manquait, ce qui ne signifiait rien de la part de quelqu’un qui peut changer de chemise d’un claquement de doigt.
La salle de bains n’avait pas servi depuis qu’elle s’y était douchée au matin. Pas d’essuies ni de robe de chambre traînant… Bizarre.
Trop crevée d’avoir tant joué avec le temps, Lucrèce s’écroula telle une masse sur les draps et s’endormit de suite.
Au matin, bien reposée, elle s’étonna de l’absence de Jeff mais se pomponna comme si rien et repartit au bureau y accomplir ses devoirs d’adjointe. Des rumeurs étranges circulaient dans les couloirs. Selon les ragots, le maire s’était réveillé mais quelque chose clochait. Quoi ? Mystère.
Bien que la curiosité la taraudât, Miss Borija se retint de bâcler son ouvrage pour courir aux nouvelles. Elle s’appliqua en zappant ça et là les pensées passant à portée.
Dans ce microcosme qu’était le village, si l’un éternuait, on lui criait « santé » à l’autre bout de la rue. Tout circulait aussi vite que n’importe comment. Les uns pensaient Chesterfield fou, d’autres qu’il était moribond. Il fallait qu’elle sache.


Sans commander personne, j’aimerais que plusieurs d’entre vous se joignent à moi pour prendre des nouvelles du maire.

Les pensées perçues lui firent grincer des dents :


*Elle s’inquiète pour son amant !*

*Sans vous commander, tu parles ! Elle s’y croit déjà !*

Comme quoi, elle était loin de faire l’unanimité parmi ses collègues.
Peu lui importait dans l’instant. Avec quelques membres du comité, elle alla au centre médical et demanda de voir le maire. Une opposition ferme leur barra la route en la personne de la petite épouse Chesterfield qui refusa tout net les visites. Un bref sondage de ce verre d’eau et Lucrèce connut toute l’affaire.
Assez ébranlée, elle retourna à son domicile et eut beau hurler après jeff, il ne se pointa pas.


QU’EST-CE QUE TU AS ENCORE FOUTU ? Où TE CACHES-TU ? Je pensais que tu avais eu une bonté envers Chesterfield mais tu l’as rendu dingue ! C’ÉTAIT PAS LE DEAL !!!

Le silence était intolérable. Elle ragea, tempêta, fracassa quelques bibelots avant de s’effondrer en pleurant sur son oreiller :


T’as pas le droit de m’abandonner. Je t’ai obéi en tout. Pourquoi tu me fais ça ?

Le mur du silence s’abattit sur elle.
Dès le lendemain, elle fut confrontée à une décision majeure : la succession au maire.
Elle était 1ère adjointe, le poste lui revenait de droit. Étant parfaitement au courant des idées qui circulaient, elle créa l’ébahissement total en déclarant devant le comité assemblé :


Au vu des circonstances malheureuses, nous nous devons de déclarer le maire Chesterfield dans l’incapacité temporaire de remplir ses fonctions. Sans me vanter, je suis une excellente conseillère et, de ce fait, je suis à même de désigner celui qui présidera nos assemblées. Je m’en remets entièrement à Christopher Banks. Félicitations, Chris !


Ah le beau coup ! Ils ne s’attendaient pas à ça, ces enfoirés. À ses applaudissements s’ajoutèrent ceux des autres qui n’en revenaient pas de tant de sagacité.
Le comité, serein, put reprendre des activités normales.

Les jours passaient, Jeff brillait toujours par son absence. Toutes les nuits Lucrèce l’appelait, le maudissant ou l’implorant ou les deux à la fois.
L’un dans l’autre la vie du village se maintint et Banks, maire temporaire, acceptait ses avis inconditionnellement, sans avoir à battre des cils ou déployer d’autres artifices.
Deux semaines, et pas de Jeff à l’horizon. Lucrèce devenait folle en rentrant chez elle chaque soir plus solitaire. Elle engueulait Manakiel, et ses sbires à tout azimut, les murs absorbaient ses cris mais nulle réponse n’en découlait.
Puis, un matin en parcourant le couloir menant à son bureau, elle vit une sorte de portrait-robot affiché aux valves publiques. Arrêt sur image. L’affichette réclamait des informations sur un frais repêché muet, incapable de donner son identité. Toute personne le reconnaissant devait se manifester au centre médical où il était soigné.
Figée, pantelante, elle ne pouvait s’y méprendre, c’était bien la belle gueule de son diable chéri qui était croquée.
Tant pis si elle ratait une séance du comité, elle vola au centre médical.
Qu’est-ce que cette foule de nanas faisait-là ? Assez dépassée, elle entendit :


C’est mon mari, prétendait l’une.

C’est le mien, chipie !

Ça s’empoignait ferme, la milice avait du mal à contenir la vague des prétendantes.
Se retrouvant nez à nez avec Achille qu’elle n’avait pas revu depuis des semaines, Lucrèce battit des cils :


Je ne t’embêterai plus. Laisse-moi passer, s’il te plaît.

Elle put voler voir de quoi il retournait. Une armoire à glace d’infirmière lui barra le passage :

Vous êtes la dixième à prétendre connaître le noyé. Décrivez-le correctement !

Euh… Il s’appelle Jeff. Il bèse, euh, il pèse dans les 80kilos, mesure à peu près 1m85 et a un grain de beauté en étoile sur la fesse droite. Sa canine gauche est légèrement décalée par rapport à l’autre.
Vous voulez quoi en plus ? La taille de son bigoudi ?


Adjugé, vendu, elle put avancer davantage.

Sanglé sur un lit, son beau diable se débattait comme tel. Il n’était pas bâillonné mais n’émettait que des grognements indistincts. Elle aurait pu rire de le voir réduit à un tel rabaissement mais elle se précipita sur lui en pleurant :


Jeff chéri ! Qu’est-ce que l’on t’a fait ? Je vais te sortir de là, t’en fais pas.


Telle une folle, elle le quitta et bondit sur le 1er toubib à portée, l’agrippant au col :

DÉTACHEZ-LE ! RENDEZ-LE-MOI !

Daniel McIntosh céda rapidement, trop heureux de se débarrasser de cette furie et de son furieux qui, du coup de l’apparition, se montra sage comme une image.
Au toubib, elle réclama des explications sur l’état du noyé. Jeff ne s’exprimait pas pour une raison inconnue. À part une sérieuse déshydratation et une légère hypothermie, tout semblait normal.
Lucrèce rêvait d’emmener son diable chez eux mais de la paperasse devait être remplie. Étant adjointe, elle ne pouvait passer outre. La décharge de l’hôpital signée, ils devaient passer à la maison commune y enregistrer le nouvel arrivant.
Vêtu d’un pyjama prêté par McIntosh, le beau diable se tint à carreaux jusqu’à ce qu’ils s’isolent dans le bureau de Lucrèce.


Raconte-moi ce qui s’est passé, demanda-t-elle doucement en s’asseyant sur ses genoux et lui caressant les cheveux.

Il s’énerva à nouveau, ouvrant et fermant la bouche en se tenant la gorge. Puis il pointa successivement un doigt sur sa tempe et la sienne.

Tu veux que je lise en toi ? Mais…

Elle ne l’avait jamais fait sauf la fois où il avait pris les traits du Grec, et seulement parce qu’elle avait cru avoir affaire à Achille.
Un peu craintive, elle se détendit afin de démêler le fouillis des pensées qui habitaient le cerveau de Jeff.


… ILS ONT OSÉ ? s’exclama-t-elle, effarée. Mais c’est injuste !

En quelques minutes, elle sut toute l’affaire. Manakiel avait exécuté une décision d’ordre supérieur qui envoyait Jeff en homme parmi les hommes pour une durée indéterminée.
Lucrèce lut la rage et l’humiliation de Jeff mais ferma son esprit pour ne pas lire davantage
.

Ça va aller, soupira-t-elle en lui embrassant rapidement les lèvres. On remplit le formulaire puis on rentre.

Elle ne quitta pas ses genoux, et prit le document qu’elle parcourut avant d’énoncer en suçant son stylo par intermittence :

Prénom, je marque Jeff, je t’ai appelé ainsi à l’hosto. Nom de famille… Bérith ? Ce n’est pas très répandu… j’écris Night. Date de naissance ?

Elle pouffa quand Jeff la lui donna via pensées.

Je ne peux pas écrire ça, voyons. Tu aurais 10.000 ans ! Je mets, euh… 06/06/1966, ça te fait 35 ans, c’est parfait. Profession ?

Elle rigola franchement en lisant ce que Jeff, bougon, voulait mettre.

Attends, je réfléchis. On peut pas mettre un métier manuel, on se rendrait vite compte du mensonge. Euh… Notaire ? Avocat ?... GYNECOLOGUE ? T’es fou ! (nouveaux rires) Financier, ça irait, non ? C’est flou et pas bien compliqué, ok ?

Il s’en foutait.
Ensemble, ils poursuivirent l’élaboration de la fiche d’identité qu’ils complétèrent avec un bref historique concernant Mr. Jeff Night.

Évidemment, cela bavarda beaucoup sur leur passage quand ils quittèrent la maison commune et, pour mieux leur donner de quoi cancaner, Lucrèce lança :


C’est mon ex-fiancé, Jeff Night. Nous allons revivre ensemble.


Jeff sembla aussi outré que les « bonnes » gens.

Tu voulais que je dise quoi ? Mon mari ? On sait que je me « fiançais » sur le bateau, alors…


Le chemin de leur nid sembla très long à Lucrèce. Garder la communication ouverte avec Jeff durant le trajet s’avéra épuisant. Il ne décolérait pas. Si des mauvaises langues les virent en route, sûrement que Lucrèce allait être taxée de folle pour parler ainsi toute seule. Enfin…

Vue de l’extérieur, leur maison n’avait pas changé d’une brique. À l’intérieur, il en allait autrement.
Plus d’objets précieux, de divan en cuir, ni de… vêtements masculins. Tout ce que Jeff avait apporté par ses claquements de doigts avait disparu.
Jeff ne fut pas le seul à piquer sa crise, Lucrèce lui donna une réplique parfaite, même si ça ressemblait à un dialogue de sourd :


Regarde où tes conneries nous mènent ! On n’a plus rien de valable ! Une veine, on m’a laissé mes fringues… Bien sûr que je comprends que tu râles ! Mais il va falloir bosser triple pour payer un de tes costards favoris !... OUAIS ! J’irai à la pierre, au turbin, et au tapin aussi, t’es content ?


Non, il ne l’était pas. La dernière remarque l’ulcérait copieusement. Lucrèce haussa les épaules et ferma la communication ainsi que la porte après une dernière tirade :

Il y a tout ce qu’il faut dans le frigidaire, fais-toi un sandwiche ! J’ai du boulot, MOI !

Non mais comment une telle chose avait-elle pu se produire ? Jeff était peut-être diabolique, un poil cruel et sans scrupule mais la punition était franchement disproportionnée à ses yeux.

*Manakiel, si je savais où te trouver, tu m’entendrais !*

Hein ????????????

Alors qu’elle marchait d’un pas vif vers le centre du village, voilà qu’elle se retrouvait dans une pièce circulaire, genre labo de science-fiction, avec en face d’elle un grand gaillard au costume aussi immaculé que ses dents sur un sourire ironique.

… Euh… Vous êtes Manakiel, n’est-ce pas ? *Bon Dieu, qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Suffit de souhaiter un truc pour que ça se réalise, maintenant ? *

Il répéta mot pour mot ce qu’elle venait de penser, la déstabilisant grandement. Ça l’agaça. Jeff ne savait pas la lire. Pourquoi celui-ci y parvenait-il ? Elle mura son esprit et vit son vis-à-vis un peu contrarié.

Ça te la coupe, hein, beau-frère !... Oui, j’ai souhaité te rencontrer pour te dire deux ou trois choses… Au sujet de Jeff, What else ? C’est pas juste de lui faire ça… Ah… pas de ton chef mais de Ton Chef… ça va durer combien de temps ?... Euh… MOI ? Qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans ? Je n’ai pas demandé cette mission… En temps utile, ça veut dire quoi ?

Poussée par son petit démon intérieur, elle tenta ce qu’elle n’avait pas osé faire à Jeff : lui percer l’esprit.
Elle en resta comme deux ronds de flan quand cela fonctionna deux secondes. Manakiel n’apprécia pas du tout et lui claqua la porte au nez.


Ok, beauf ! J’ai pigé la leçon. Je puis néanmoins t’assurer d’une chose : je vais aider Jeff autant que je pourrai. La sortie c’est où ?

Boum, la revoilà sur le chemin qu’elle avait quitté.

Elle vaqua aux tâches de sa fonction avec une ardeur décuplée, même si sa tête était ailleurs. Cette tonne de paperasse était d’une telle idiotie !


*Si Jeff était ce qu’il était, il claquerait des doigts et pouf…*

Elle joignit le geste à la pensée et se recula, effarée. Tous les dossiers s’empilèrent en ordre, correctement remplis.

*C’est pas vrai… Je ne peux pas faire ça…*


Pour confirmer, elle souhaita une tasse de café, claqua des doigts et demeura baba face au résultat.
Elle n’avait pas cru à ce qu’elle avait lu dans la tête de Manakiel, pourtant les faits étaient là : elle possédait les pouvoirs dont Jeff disposait avant sa disgrâce.
Un long moment, elle resta sans réaction, trop abasourdie face à ce phénomène. À quel jeu jouait-on ? Qu’est-ce que l’on attendait d’elle ? La seule pensée cohérente qui lui vint fut que Jeff devrait absolument ignorer ça au risque d’être encore plus humilié.
Grâce à cette faculté inédite, Lucrèce put quitter le bureau beaucoup plus tôt. Un passage à la pierre s’imposait. Elle fit la file, comme tous, sans réclamer de passe-droit et son petit diamant lui valut une lourde valise qu’elle eut un mal fou à traîner jusque chez elle.


Je suis là ! cria-t-elle aux murs.

Où était-il passé ? Une angoisse terrible s’empara d’elle. Si pouvoirs elle avait, autant s’en servir. Le choc de la téléportation la scia mais moins que la vue du corps flottant dans la piscine.
Le sortir, le ranimer, lui redonner sa voix ne prit qu’un claquement de doigts.
Elle pleura mieux qu’un saule en le secouant pour qu’il ouvre les yeux. Elle n’avait pas prévu de plonger dans ses pensées et fut totalement prise au dépourvu.
Jeff avait un cœur ? Et il battait pour… elle ?


Jeff, mon chéri, allez, ouvre les yeux ! Je suis arrivée juste à temps, on dirait… NON ! Jamais, je ne te laisserai te détruire. C’est pas parce que tu as perdu des choses que tu n’en as pas gagné d’autres… Moi, par exemple !

Elle le lui prouva sur le champ, ou plus exactement sur le dur carrelage de la piscine mais cela n’avait aucune importance. Seule comptait la fougue qui les animait.

Un peu moins malheureux, Jeff réalisa des efforts d’adaptation les jours suivants. Cela n’alla pas sans mal. Peu habitué à se servir réellement de ses doigts, les résultats furent parfois catastrophiques. Son esprit retors était toujours au top, hélas.
Il l’engueula de ne pas avoir sauté sur l’occasion d’être mairesse intérimaire :


… Je ne pouvais pas ! Ils ne m’acceptent pas encore. D’ailleurs, on jase… ça fait une semaine que tu es là et tu n’as pas encore bossé… J’sais pas, moi ! Postule au moins, va à la mine, fais quelque chose de tes doigts ! Hey ! Pas sur moi, idiot !

Le soir même, elle rentra du boulot assez émoustillée par la grande nouvelle qui circulait : Neil était sorti de l’hôpital. Elle aurait voulu en débattre avec son chéri mais celui-ci était lessivé, mal en point.

Qu’as-tu fabriqué ?... Hein ? TOI, au débardage ? Mais…

Elle hésita entre le rire et la pitié. D’un geste, elle aurait pu soulager ses maux mais ne le fit pas.

*Il doit apprendre, mon pauvre diable…*

Douce et attentive, elle le soigna de façon normale avec un bain relaxant, pommade et massages pour ses courbatures :

Je suis très fière de toi, Jeff !... Tu as rencontré Louis ? Il travaille là-bas, lui aussi ? Eh bien tu vois, il n’y a pas de honte à se salir les mains. Si le roi soleil va au turbin, le prince des ténèbres peut bien en faire autant !

Câline, elle ronronna dans ses bras avant de leur concocter un petit repas que, sans rechigner, Jeff avala même sans champagne ni caviar au menu.
Le jour suivant, Lucrèce scanna beaucoup d’esprits au passage. Le maire était rentré chez lui, apparemment normal. Elle grillait de plus d’informations mais se voyait mal en train d’aller sonner chez les Chesterfield avec tout ce que l’on avait dit sur leur compte à elle et Neil.
Pouvait-elle influencer les esprits à distance ? Absolument !
Elle reçut l’invitation à dîner avec une allégresse rarement connue mais quand elle se pomponna avant de sortir, la mine de Jeff l’agaça :


Ce n’est qu’un dîner ! Je dois y aller. Il faut que je sache où en est Neil réellement, tu piges ? S’il reprend sa place, je dois rester dans ses bonnes grâces, c’est important pour… nous.

Il n’avait pas l’air emballé du tout, le pauvre.

Dès qu’elle serra la main tendue de Neil, Lucrèce sut. Par quelle bizarrerie, erreur médicale ou « jeu » divin, le pauvre Chesterfield faisait-il une régression pareille ? En tout cas, elle lui faisait plus d’effet que son amoureuse d’épouse. Étonnamment, cela ne lui procura aucun plaisir à part une petite satisfaction d’amour propre.
Comment procède-t-on avec un fou ? Il était capital que Neil la soutienne si elle voulait s’imposer à tous, en douceur. Autant abonder dans son sens, alors. Lindsay jouait parfaitement les innocentes inquiète mais, pas conne, elle suspectait Neil de double jeu. Un petit plan sournois naquit sous le chignon brun et, quand l’occasion se présenta, Lucrèce lui saisit le col :


On vous manipule ! Beaucoup sont payés pour vous faire marcher. Vous n’êtes pas marié avec cette femme, elle et le toubib sont de mèches ! Venez me retrouver à 2h… vous en saurez plus.

Il ne resta plus qu’à attendre que le fiel fasse son effet.

Rentrée près de Jeff, elle alla lui caresser le front :


Fais pas semblant de dormir, on ne me la fait pas. Je vais bientôt ressortir me baigner. J’ai un petit plan qui devrait fonctionner… Neil, oui ! Il est à la masse, tu sais ? Personne ne donnera du crédit à ses décisions s’il est dans cet état.

Elle lisait en lui comme dans un livre ouvert, ne sachant trop si elle devait se réjouir ou pleurer devant tant d’incertitudes, doutes, chagrin.

Quoiqu’il se passe, sache que je fais ça pour toi, seulement pour toi, mon chéri.

Pour fonctionner, cela fut magnifique. Forte de son bon droit, la petite Lind avait ameuté la cavalerie, ou presque. Qu’elle ait pu imaginer que Lucrèce allait dévergonder son Neil la fit se marrer intérieurement tout en jouant la frustrée qui voit sa proie lui échapper.
Pour rendre Neil à la raison, rien de tel qu’une bonne confrontation. Les voix amies seraient sûrement mieux perçues que celle d’une collaboratrice perfide. Un claquement de doigts aurait éveillé les soupçons à son encontre, pas besoin de ça en plus du reste.
Moulée d’un peignoir de bain, elle monta retrouver Jeff. Direct, elle perçut son amertume mais maladroite avec les sentiments, cela l’énerva :


J’ai rien fait !... J’étais à poil et alors ? … Pense ce que tu veux ! Si tout va bien, Chesterfield va recouvrer la raison, c’est tout ce qui importe, bonne nuit !

Elle ne ferma pas l’œil de la nuit…
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Jeff Berith

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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie [FE Jeff]   Mar 12 Juin - 22:56

Bourré de calmants et autres médicaments, il partait dans des trips invraisemblables, des cauchemars si réels qu’il en émergeait en hurlant mais vu que sa gorge n’émettait son qui vaille, on le tenait pour fou et sans trouver mieux pour calmer cette agitation on lui injectait une autre dose et c’était reparti pour une ronde. Pour comble de misères et sans doute par sécurité, ces ignares l’avaient sanglé à son lit. Les courroies le blessaient chaque fois qu’il cherchait à s’en défaire. Il se sentait sombrer dans un gouffre de sombre démence . Maudire, tempêter, pleurer, supplier, rien n’y faisait. Manakiel l’avait trahi, il l’avait abandonné à son sort mais ce qui lui faisait le plus de mal était avoir perdu Lucrèce. Juste l’instant précédant le début de sa punition, il l’avait entendue demander son aide…il aurait tant voulu lui faire plaisir…

Qui étaient ces bonnes femmes qui entraient et sortaient de sa chambre ? Que lui voulaient elles ? Dans ses moments de conscience, il les entendait se disputer comme chiffonniers, le réclamant comme mari, fiancé, ami et allez savoir quoi d’autre. C’était à en perdre la raison…il voulait mourir mais ne voyait même pas un moyen décent pour y parvenir…et puis LE miracle.

Jeff chéri ! Qu’est-ce que l’on t’a fait ? Je vais te sortir de là, t’en fais pas.

Elle pleurait en s’abattant sur lui et il se sentait revivre…renaître. L’entendre le réclamer comme sien lui fit presque oublier la moitié de ses misères. On le laissa aller plus par soulagement de se défaire de lui que par certitude médicale. Il s’en fichait. Lucrèce voulait l’emmener, il la suivit embouti dans un stupide pyjama vert de chirurgien, seul habit décent qu’on put lui fournir. Il maudit toute la paperasse à remplir ce qui mérita une escale au bureau de la belle. À peine la porte fermée, il fit ce dont il rêvait depuis le moment de se quitter : l’embrasser à en perdre haleine. Mais il fallait garder un peu de sérieux et répondre à toutes les questions nécessaires pour régulariser sa situation dans ce foutu village invention de Manakiel. Ridicules ironies de l’existence.
Qu’elle prenne place sur se genoux, en caressant ses cheveux le submergea d’un bonheur simple et délicieux, qu’il ne chercha pas à déchiffrer. Elle était là, cela suffisait.


Raconte-moi ce qui s’est passé.

Plus facile à dire qu’à faire dans cet état de mutisme forcé. Se sentir si handicapé le faisait enrager mais cela n’aidant à rien, il essaya d’en faire abstraction et par gestes, expliqua ce qu’elle devait faire.

Tu veux que je lise en toi ? Mais…

Il prit sa main et la serra avec force avant de la poser sur son cœur qui filait à 200 à l’heure tout comme ses idées qui se bousculaient en parfait désordre. Il devait se calmer pour lui permettre d’y voir clair. Il ferma les yeux et respira profondément, il n’avait jamais permis volontiers qu’on découvre son moi profond mais au fur et à mesure que l’esprit de Lucrèce s’immisçait dans le sien, quelque chose de semblable à la paix l’envahit doucement.

*Ne crains rien…c’est bien comme ça !*

Elle se détendit et il sentit sa proximité comme jamais auparavant, c’était chaleureux et rassurant.

Comment réussir à ordonner ses idées de façon cohérente pour raconter cet affront ultime. Colère, haine, frustration, humiliation, douleur, peur…tout s’y mêlait mais elle sut démêler ce fouillis intrinsèque d’émotions.

ILS ONT OSÉ ? Mais c’est injuste !

*J’ai peur…je n’ai jamais eu peur…je suis perdu…*

Abruptement alors qu’il clamait son désespoir, elle ferma son esprit le laissant affreusement démuni. Il essaya de se calmer, sans grand succès .

Ça va aller. On remplit le formulaire puis on rentre.

*Oui, bien sûr, ça va aller…comment !?*

Elle semblait avoir sa petite idée, en tout cas, était plus positive que lui ou n’avait pas encore mesuré l’étendue de la catastrophe. Un petit bisou de rien du tout avant de prendre stylo et le document à remplir. Le prénom ne posa pas de problème. Le nom de famille un peu plus. Selon elle Berith n’étant pas commun, valait mieux le changer pour Night. Il la laissa faire, après tout cela lui était absolument égal s’appeler Night ou Dupont…Berith, grand duc des enfers n’existait plus…ou si peu. Sans trop d’effort, il filait vers la déprime la plus sombre.

Sa date de naissance la fit pouffer. Il mentait par besoin, ignorant avec précision à quel moment exact se remontait sa naissance. Pour les faits, il était là lors des premières cultures humaines…Lucrèce tourna cela de la meilleure façon possible. Lui trouver une profession adaptée, la fit rigoler, il essaya d’y mettre aussi un peu du sien mais, pas à dire, le cœur n’y était pas. Quand il fallut s’y prendre avec un résumé de sa vie, Jeff sentit les premières pulsions d’une migraine lui marteler le crâne.

*Peu importe…tant qu’il y croient…célibataire, sans famille ni proche ni lointaine, études ? N’importe quoi ! Ils vont pas me donner un poste de PDG, non ?...mets connard bon à rien…cela revient du tout au même !*

Comme on pouvait s’y attendre, Lucrèce tourna la chose de manière plus sensée, sans lui attribuer quelque talent extraordinaire. Ce qui pour les effets, était bien le cas. Délivrés de la corvée, rentrer à la maison devenait prioritaire. Chemin faisant il se trouva en train de maudire la curiosité morbide des gens, alors que c’était de son entière faute si l’être humain adorait cancaner perfidement. Sa belle ferma le clapet de quelques femmes qui ne gênèrent pas pour y aller de leur commentaire.

C’est mon ex-fiancé, Jeff Night. Nous allons revivre ensemble.

* Ex fiancé !?...C’est  quoi ça comme explication ? Je t’en prie…*

Tu voulais que je dise quoi ? Mon mari ? On sait que je me « fiançais » sur le bateau, alors…

*Ouais !...Voilà le con qui se ramène, je l’adopte de nouveau…comme un bon toutou…Débile !*

Son humeur déjà mauvaise n’améliora en rien lorsqu’ils passèrent le seuil du douillet nid de leurs amours turbulentes. La colère faillit l’étouffer. Toutes les amélioration apportées depuis son arrivée dans la vie de Lucrèce avaient disparu. Enfumées, effacées d’un coup de plumeau « supérieur ». La tête lui éclatait, il allait lui-même éclater de cette rage inexprimable qui ne pouvait s’extérioriser que par le besoin de fracasser le peu qui restait, s’en prendre aux meubles et finir presque par se taper la tête contre les murs. Il « hurlait » sa rancune, sa haine…jusqu’où iraient ils pour avilir encore plus sa condition ? Il ne voulait pas le savoir, sûr de ne pas pouvoir le supporter.

La belle n’était pas trop contente non plus et faute de mieux, s’en prit à lui.

Regarde où tes conneries nous mènent ! On n’a plus rien de valable ! Une veine, on m’a laissé mes fringues…

*Ah ! parce que c’est ma faute, maintenant !? Mes conneries…elles te plaisaient bien, non !? *

Ce qui résultait en extrême fatigant était contrôler ses pensées pour ne pas déraper et lui donner des envies de le massacrer sur place, de son côté, elle aussi semblait éprouvée par l’effort mais n’en cédait pas moins d’un pouce. Sa dernière remarque le fit voir encore plus rouge.

OUAIS ! J’irai à la pierre, au turbin, et au tapin aussi, t’es content ?

*JAMAIS !!! Ça jamais…tu m’entends, jamais. N’ose plus le répéter !!!!*

Mais elle s’en fichait de ses désirs, il n’était qu’un autre gars parmi tant d’autres…un gars dont elle pouvait disposer ou mettre à la porte. Cette idée le désespéra en la voyant s’en aller tranquillement sans avoir cherché à le calmer.

Fais-toi un sandwiche ! J’ai du boulot, MOI !

Il resta là, inutile et enragé, sans savoir que faire à part vitupérer en silence, faute de mieux. Faire un bilan ? À quoi bon ? Le résultat était évident. Il avait été l’artifice de triomphes, grandeurs et décadences, , il avait fait tourner les destinées de grands et petits au gré de son imagination fantasque et causé bien de misères, sans en avoir le moindre remord. Que n’avait il ri, se moquant de la faiblesse humaine, de cette nature démunie et pourtant si infatigable et inventive, si apte pour survivre et se reprendre…et le voilà réduit à moins que tout…parce qu’il ne se sentait ni force ni imagination pour survivre encore moins pour se reprendre…à quoi bon ? Lucrèce était partie et à l’heure qu’il était serait en train de se chercher un protecteur moins inutile et plus prospère qui lui. Qu’avait elle à cirer avec un démon mal luné qui ne servirait qu’à lui attirer des ennuis ? D’un pauvre diable amoureux qui n’avait rien à lui offrir ?

Cette dernière idée lui fit un mal impossible tant elle le prenait au dépourvu. Il avait assez étudié la nature humaine comme pour reconnaître les symptômes précurseurs de cette maladie universelle si bien connue comme amour mais rien ne l’avait préparé à en souffrir un jour.

Perdu, broyant du noir, il déambula dans la maison ravagée en se sentant de plus en plus mal. Malaise moral autant que physique…Il n’eut pas conscience de se trouver au bord de la piscine. Tout dans sa tête tournait au noir…filant dans un gouffre sans fond peuplé de voix, de vieilles suppliques qu’il avait si bien ignorées…Tout bascula de manière absurde. Se retrouvant dans l’eau, il ne se débattit pas…Dans quel but ? Sauver sa misérable vie ?...En finir…c’était si facile presque…sauf cette angoisse torturante qui le suivit jusqu’au dernier instant de conscience…aimer, cela faisait donc si mal ?

On le secouait. Pas doucement. En tout cas assez comme pour le faire presque recracher les poumons…juste quand il était si près du but.


Jeff, mon chéri, allez, ouvre les yeux ! Je suis arrivée juste à temps, on dirait…

*Mon chéri ?...tu as mal entendu !*

Laisse moi…

Tiens ! Il pouvait parler ! Miracle !? Il n’y croyait pas trop, à ceux-ci pour ne pas dire que pas du tout, il savait de quoi ça allait…évènements inédits, inattendus, tombant à point nommé pour revirer une situation. Qu’il ait été en train de se noyer, volontairement et avec grandes chances d’y réussir pour tout à coup se retrouver au sec et bien vivant sans que l’équipe de Baywatch soit intervenue pour le sauver…Louche…à moins que…

*Transmutation !?*


Heureusement sourde aux pensées qui l’agitaient, Lucrèce semblait vraiment en émoi.

NON ! Jamais, je ne te laisserai te détruire. C’est pas parce que tu as perdu des choses que tu n’en as pas gagné d’autres… Moi, par exemple!

*Si ce pouvait être vrai !*

Elle ne lui laissa pas trop le temps de mettre en doute ses bonnes intentions à son égard. Rien ne le fit plus heureux que la façon dont elle s’y prit, pour le rassurer de son attachement.

Oubliant un peu la déprime qui menaçait de l’engloutir, il essaya de trouver le bon côté de l’histoire, ce qui s’avérait péniblement difficile. Lucrèce ne l’avait chassé ni de chez elle ni de son lit, déjà ça de gagné. Faisant preuve de bonne volonté, vu que plus que tout il désirait rester dans la grâce de sa belle, il fit des essais, plutôt frustrants, de se rendre utile. Sa nullité était…navrante !

Lucrèce parlait de son travail, trouvant le maire intérimaire assez capable, merci quelques conseils judicieusement glissés en douce mais selon elle n’arrivait pas à la cheville de Chesterfield.

C’est toi qui devrais occuper ce poste !, tempêta t’il, tu n’as pas seulement la capacité mais il te revenait de droit ! C’était une occasion en or…mais non, Madame cède la place à cet abruti de Banks !

Elle défendait sa posture, avec grand bon sens d’ailleurs.

Je ne pouvais pas ! Ils ne m’acceptent pas encore.

Si tu vas attendre qu’ils le fassent, tu peux toujours courir…tu peux les influencer pour qu’ils te mangent dans la main…

Il s’étendit sur quelques conseils jugés opportuns mais la miss avait son idée et n’allait pas en démordre. Jeff se renfrogna, râleur alors passant du coq à l’âne, elle lâcha, comme si rien :

D’ailleurs, on jase…

Ah bon ? Et sur quoi, si on peut savoir !, grogna t’il.

Ça fait une semaine que tu es là et tu n’as pas encore bossé…

Cela devait arriver tôt ou tard mais ce n’est pas pour autant qu’il en était ravi.

Bosser ? Moi ? Et qu’est ce que je vais faire !?

J’sais pas, moi ! Postule au moins, va à la mine, fais quelque chose de tes doigts ! Hey ! Pas sur moi, idiot !

Il réussit tout de même à lui faire oublier pour un moment ses élans prolétaires. Lucrèce lui avait parlé du bureau de l’emploi, l’idée le rebiffait mais il finit par se plier aux circonstances. On lui réserva un accueil très mitigé. Tout le monde dans le bled semblait être au courant qu’il était l’ex fiancé repêché de la conseillère municipale.

Et vous savez faire quoi, Mr. Night ?


Il avoua être spécialisé dans la branche affaires internationales, ce qui n’était pas tout à fait mentir.

Et vous voyez beaucoup de possibilités de commerce extérieur ici, vous ?...Faudra chercher mieux. Moi j’étais cadre supérieur et maintenant suis gratte papier…Un grand gars comme vous devrait être utile aux quais !

Quais ? Il y a un port dans le coin ?


L’autre rigola de bon cœur devant tant d’ignorance et lui expliqua qu’on nommait ainsi les plateformes de travail de la Zone 51. Il remplit un formulaire et le lui tendit.

Allez y…baraqué comme vous êtes, vous devriez tenir le coup. Faudra parler avec le chef, là bas…demandez pour Louis, on saura vous dire.

On lui expliqua comment se rendre au « port ». Curieux de voir comment ces gens s’étaient débrouillés avec l’inépuisable Zone 51, Jeff fut passablement surpris de ce qu’il y trouva. L’organisation la plus efficace y régnait. On y travaillait consciencieusement aux labeurs tri, distribution et stockage le tout sous la houlette diligente de l’homme qu’il se serait le moins attendu à trouver là : Louis , quatorzième du nom, mieux connu comme Roi-Soleil.

De sa vie, Berith n’avait imaginé que travailler put être si éreintant. Embauché sans préambules, il se trouva à trimballer des fardeaux de l’entrepôt au transport qui emmènerait le tout au village pour le distribuer. Il ne posa pas de questions, se limitant à obéir les ordres donnés. La travail était dur mais une ambiance bon enfant y régnait. Les hommes plaisantaient, le propre chef n’hésitait pas à mettre la main à la pâte, se mêlant volontiers aux travailleurs, racontant des blagues, s’enquérant sur ceci ou cela, semblant connaître tous et chacun sous son autorité. A moment donné, pris d’une mauvaise crampe, Jeff avait dû arrêter, le roi s’était approché de lui, le conseillant de prendre la chose avec du calme, assurant que le rythme se trouvait en deux ou trois jours, que personne n’attendait de lui qu’il se brise l’échine à sa première journée.

*Dire qu’il envoyait se ennemis se faire griller place de Grève ou les enfermait à vie à la Bastille…*

Finie la corvée, il s’était presque traîné jusqu’au pavillon pour s’effondrer dans le divan. Lucrèce l’y trouva, se plaignant amèrement.

Qu’as-tu fabriqué ?

Ben, me suis dégotté un boulot, comme tu voulais. Aux « quais ».

Cela sembla vraiment la prendre de court.


Hein ? TOI, au débardage ? Mais…

Mais quoi ?...Sais rien faire d’autre…suis moulu !

Il ne voulut pas savoir ce qu’elle en pensait et la laissa le dorloter pour soulager ses maux. Elle s’y prit avec une douceur inédite, qui fit autant de bien à son cœur qu’à son corps.

Je suis très fière de toi, Jeff !...

Ouais…Tiens, j’y ai rencontré Louis XIV en personne…un peu changé, pas à dire.

Il travaille là-bas, lui aussi ? Eh bien tu vois, il n’y a pas de honte à se salir les mains. Si le roi soleil va au turbin, le prince des ténèbres peut bien en faire autant !

Ça me fait sentir beaucoup mieux !, ironisa t’il, râleur, *sauf qu’il est le boss et moi…un ouvrier !*

Mais elle l’aidait à mieux passer son amertume. Comme prédit par Louis, au bout de deux jours, il avait trouvé un semblant de bon rythme pour s’y prendre, au débardage. Chaque centimètre carré de sa grande carcasse lui faisait un mal de tous les diables mais il parvenait à en tirer une certaine fierté.

Ce soir là, il allait l’oublier, sa fierté d’homme travailleur. En arrivant au foyer pour un repos et des cajoleries bien méritées, il trouva Lucrèce en train de se pomponner, l’air ravi.

Me dis pas…tu vas sortir !?...Pas avec moi, c’est clair ! Tu vas où !?...Chez le maire ? Bravo, il tient à peine sur pied et tu dois courir lui tenir la menotte !?

Agacée, elle essaya de le raisonner assurant qu’il ne s’agissait que d’un dîner, qu’elle se devait de rester dans les bonnes grâces de Chesterfield, parce que c’était important pour eux.

Bien sûr…si important que tu iras lui couler des yeux doux…je connais ta façon de rester dans les bonnes grâces…

Il joua les endormis quand elle rentra, alors qu’il n’avait pu coller un œil. Elle n’en fut pas dupe et lui fit part de ses plans, qui lui retournèrent le cœur. Elle allait ni plus ni moins que prendre un bain et attendre…le Maire ! Une vague de jalousie haineuse le submergea suivie de près par le conséquent lot de doutes et ce chagrin absurde qui le rongeait.

Quoiqu’il se passe, sache que je fais ça pour toi, seulement pour toi, mon chéri.

*Alors, ne fais rien…reste avec moi…ça me suffit !!!*

Il aurait voulu le crier mais elle était déjà partie. Incapable de se retenir, il se leva pour aller se poster derrière le store. Voir Lucrèce nager, splendide dans sa nudité, le broya.

*Simple, le petit plan !*


La suite l’enchanta. L’apparition de Chesterfield précéda d’un instant celle de sa femme, ce qui l’empêcha de se rincer l’œil avec sa Lucrèce. Qu’Achille et Richard arrivent en renfort lui fit craindre une scène, il ouvrit tout grand la fenêtre et resta là jusqu’à ce que les intrus aient dégagé le parterre alors il retourna se coucher, dégoûté de la vie.

Au bout de deux heures à contempler le plafond dans le noir, en l’écoutant respirer, sachant qu’elle ne pouvait pas dormir plus que lui, Jeff s’approcha et toujours sans rien dire, la prit dans ses bras, se demandant à quel moment viendrait la baffe mais après un instant de tension, elle se relâcha et se blottit contre lui. Il savait sciemment que des mots existaient pour exprimer ce qui le taraudait mais toute son érudition si utile pour corrompre les âmes faibles, fut incapable de les trouver. Alors il fit ce qui le rapprochait si bien d’elle sauf que cette fois, au lieu de l’aimer avec la fougueuse et effrénée passion de ses habitudes, il s’y prit, parcimonieux, avec presque révérencieuse douceur et un sentiment tout neuf…la tendresse.

Sa vie, comme celle de tous, était pure routine mais même ainsi, il découvrait tous les jours quelque chose qui pouvait le surprendre, l’amenant à des considérations jamais envisagées auparavant. La camaraderie le prit de court. Après une journée de travail, les gars des quais se réunissaient autour d’une bière froide, on le convia, sans malice, à s’y joindre. Moments de détente inédits, en bavardant, rigolant, se racontant un peu leurs vies. Il improvisait alors, s’inventant une existence de toutes pièces, se surprenant à penser qu’il aurait voulu que ce soit vrai.

La bestiole lui atterrit pratiquement dessus quand il s’y attendait le moins, suivi d’imprécations enragées de l’épicier.


Maudit voleur…vais t’apprendre, moi !

Mais entre le délinquant endurci et Mr. Crowe, se tenait Jeff, sans savoir de quoi allait tant de foin.

C’est quoi !?


Ce cabot du diable a encore volé chez moi !

Intéressante appellation pour ÇA. Quatre pattes qui tremblaient, soutenant à peine un corps maigre à faire peur , sale comme pas deux mais au regard d’indubitable intelligence, même si humide et suppliant.

Ben, l’a pas l’air bien méchant, celui là ! Il a faim, ça se voit !

Suis pas réfectoire de chiens sans maître, moi…allez, m’en occupe, ça fera du débarras !


Non mais…qu’est ce que vous allez lui faire !?

Question stupide, les intentions du bonhomme ne pouvaient être plus claires. Lucrèce fronça d’abord le nez puis partit d’un rire interminable quand il débarqua à la maison suivi du « cabot du diable ».
Adopté comme maître, il fallut baigner le nouveau venu, l’alimenter et lui trouver un nom, tout dans le laps d’une soirée.

Ding, ça lui va comme un gant…cela veut dire Chose en allemand…parfait pour…ÇA …Non, je ne pouvais pas le laisser là…Crowe l’aurait découpé en petits morceaux !

Elle se moqua de lui. Il venait de découvrir…la pitié.

Ding et Jeff devinrent inséparables. Par la force des choses, quoiqu’il fasse ou dise, le chien le suivait, guilleret et plein d’entrain, bavant de bonheur. De cabot minable, une fois nourri et propre, Ding s’avéra être un bel exemplaire métissé entre labrador et vache, au poil cannelle clair.

Jour de paye. Premier gain honnête de sa vie. Le travail était crevant mais payait bien. Il voulut se montrer royal et refila à la Pierre la quasi totalité de sa paye en échange de champagne, gâteries diverses, le parfum favori de Lucrèce , des fleurs et un os énorme pour Ding. En arrivant au pavillon, il se surprit d’y trouver déjà la conseillère, sortant de son bain, fraîche comme une rose et de très bonne humeur.


Tu as fini plus tôt ?...Cela sent rudement bon…à part toi, ma douce…qu’est ce que tu as préparé pour ce soir ?

Il vivait en état de fringale permanente. La Miss lui interdit de toucher aux mets concoctés, lui annonçant ne passant que ce soir ils allaient dîner chez les Chesterfield. Elle lui avait dit cela la veille. Il avait oublié mais ne dit rien. Alors elle découvrit les fleurs et déclara ravie que cela ferait un très bel effet s’il les apportait à Lindsay.

Jamais de la vie…elles sont pour toi !


Il n’aurait cru de sa vie qu’un détail aussi insignifiant put la rendre si heureuse. Tellement qu’á peine s’il eut le temps de prendre une douche et se rendre présentable pour ne pas arriver en retard…

Et…ça rime à quoi, cette invitation ?

Action de Grâce. Il eut un recul marqué, verdit et se refusa à poursuivre leur chemin.

Peux pas y aller…pas ça…Je sais de quoi il s’agit…Bon sang, Lucrèce…LUI par ci, LUI par là…Remerciements, prières, patati et patata…suis pas fait pour ça…je t’en prie…dis leur…que je suis malade…je suis malade rien que d’y penser !

Mais elle savait s’y prendre. En plus il portait le panier avec leur apport au dîner. Et il y en avait du monde. Historiques en plein, le maire intérimaire, le toubib, quelques autres qu’il ne connaissait pas. Lucrèce le présenta comme son fiancé, sans « ex », de quoi rasséréner son esprit en débandade.

Comme prévu, à l’heure de la prière inaugurale, il faillit tourner de l’œil mais entre les tapes du toubib et les gifles de Lucrèce, il parvint à se remettre assez pour jouir du notable repas. L’ambiance et le vin firent le reste.
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Lucrèce Borija

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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie [FE Jeff]   Sam 16 Juin - 9:49

Partager la vie d’un démon déchu n’était pas particulièrement marrante. Ce qui avait le plus scié Lucrèce était d’à présent posséder les pouvoirs soustraits à son amant. Souvent, elle se demanda le pourquoi d’un tel cadeau, à moins que ce ne soit une sorte de test, voire de punition. N’empêche que cela revenait au même : elle avait peur de les employer à mauvais escient.
Lire à plusieurs reprises l’esprit de Jeff avait troublé Miss Borija beaucoup plus qu’elle ne voulait d’admettre. Certes, il était furieux, profondément humilié d’avoir été si rabaissé, et vindicatif. Mais aussi malheureux et terrorisé à l’idée de la perdre… elle ! N’ayant pas tendance à être fleur bleue, Lucrèce n’approfondit pas, persuadée que Jeff agissait en fonction des circonstances. Il tenait à elle maintenant parce qu’elle lui était utile. Il en avait besoin pour s’ancrer dans ce monde étranger qu’il n’avait fait que survoler sans vraiment le comprendre, ni cherché à le faire. Une fois adapté, Jeff se trouverait sûrement une nana moins exigeante qu’elle, quelqu’un de plus doux qu’il pourrait mener en bateau à sa guise.
Que pouvait-il apprécier chez elle hormis ses capacités au lit et en cuisine? Son intelligence ? Depuis quand les mecs s’intéressaient-ils à ça ? Pas ceux qu’elle avait fréquentés jusque-là !
Mais Lucrèce avait promis solennellement de faire en sorte que le cœur de Bérith s’ouvre aux humains, et ce n’étaient pas paroles en l’air.

Quoiqu’il en soit, Bérith la surprit. D’abord, il se trouva un travail et pas des moins fatigants. Il râlait, évidemment, que Louis XIV soit son boss mais mettait du cœur à l’ouvrage, très bon point. Ensuite, il sut déployer des douceurs si inédites qu’elle se demanda ce que cela cachait. Mais le comble fut atteint quand il ramena à la maison une espèce de veau poilu, baveux et crasseux qu’il nomma Ding. Assuré que l’épicier du coin voulait transformer le chien en saucisses, Jeff l’avait adopté !


*Jeff capable de pitié ? C’est merveilleux, ça !*

Elle n’y croyait pas trop. Cependant, le fil du temps prouva qu’une réelle amitié régnait entre l’animal et son maître.

Pendant que Jeff apprenait les rudiments de la vie en communauté, Lucrèce se débattait avec les affaires du comité. Ses idées passaient souvent aussi bien que des lettres à la poste, néanmoins la suspicion régnait encore et toujours. Étonnamment, celui avec qui le courant passait le mieux était Richard Burton. Incorruptible, ce mec ! Lucrèce, au début, avait tenté le coup, juste pour voir, mais depuis qu’elle avait subi sa dérobade, elle le respectait sans réserve et savait que la réciproque était vraie. Malgré toutes les manigances qu’elle avait pu effectuer, Burton la considérait comme sensée, un peu frivole mais maîtresse-femme. Il savait écouter et abondait dans son sens quand il le jugeait bon. Avec Achille… Parfois, elle regrettait leurs longues étreintes, mais depuis que Jeff avait trouvé la parade à ses fantasmes, elle lui fichait une paix royale. Il faisait son boulot, elle le sien, point final.
Un hic majeur se présenta un beau jour en la personne de Luke Walker. Dès le premier abord, ce gars constitua une énigme car elle eut l’impression de recevoir, comme avec Manakiel, une porte sur le nez à sa tentative de lecture de pensées. Cette impossibilité à le percer donna beaucoup à penser à Lucrèce. Jeff le lui confirma quand elle s’en ouvrit à lui :


Il était chez toi, enfin chez vous, dans ton « royaume » ?... Mais s’il est revenu c’est que Manakiel l’a relâché ! Dans quel but ? …


Un « ange » manquait que ça au village ! Décidément, on avait peu confiance en elle en Haut lieu…
Tant pis, elle se débrouillerait pour le blouser, lui comme les autres.

L’invitation à dîner pour fêter Thanksgiving chez les Chesterfield surprit beaucoup Lucrèce, surtout après la petite scène de dévergondage avorté à la piscine. Elle pensa que soit Lindsay voulait enterrer la hache de guerre en signifiant aux yeux de tous que les apparences avaient été trompeuses, soit à nouveau tirer le diable par la queue… Elle apprécia cette invitation qui les placerait, elle et Jeff, aux premières loges pour juger de la situation réelle et aussi monter de niveau social. En effet, personne d’autre n’avait songé à les convier à quoique ce soit. Si les Chesterfield les acceptaient dans les rangs de leurs amis, ils avaient tout à y gagner…
Malgré ses défauts, Lucrèce savait parfaitement cuisiner. Elle aurait pu demander un plat tout fait à la Pierre mais rien de tel que de démontrer des talents naturels pour gagner la confiance d’ »amis ». Une terrine de fruits de mer avec sa sauce à l’aneth ravirait les palais.
D’agréables aromes embaumaient la maison quand Jeff s’y pointa alors qu’elle sortait de son bain.


Tu as fini plus tôt ?...Cela sent rudement bon…à part toi, ma douce…qu’est ce que tu as préparé pour ce soir ?

Ce n’est pas pour nous ! Hey ! Pas touche au plat ! Tu as oublié que nous allions chez les Chesterfield ? Oh, mais quel délicieux bouquet ! Excellente idée, Lind sera ravie…

Jamais de la vie…elles sont pour toi !

Pour… moi ?

L’émotion la rendit stupidement muette. D’un élan dont elle ne se serait pas crue capable, elle lui sauta au cou :

Tu es… incroyable, merveilleux! *Adorable!*

Une folle envie de le lui prouver autrement que par des petits bisous fous fut freinée par l’avancée des horloges.
Chemin faisant vers la réception, Jeff s’enquit :


Et…ça rime à quoi, cette invitation ?

Thanksgiving, mon chéri, comme tous les ans à pareille époque, on…

Elle pouvait comprendre son recul face à un repas d’actions de grâce et de remerciements envers le Suprême, mais il était nécessaire d'y aller. .

Fais abstraction de tes croyances, pour une fois. Nous allons simplement dîner chez des amis et leur prouver que nous sommes des gens « normaux » qui désirons nous intégrer « gentiment ».

Elle lui fit la leçon jusqu’à la maison où ils furent reçus au même titre que les autres.

*Tiens, les Chesterfield se sont rabibochés… *

Depuis son retour, Neil n’avait plus été aussi détendu que ce soir, même quand Lucrèce lui distillait de savants massages. Les petits clins d’œil et discrets attouchements entre les époux crevaient les yeux : l’amour était revenu.

Le mot d’ordre de Lucrèce était de se mêler aux conversations, de répondre avec naturel et aisance.
Voilà un exercice bien délicat d’autant qu’un « ange » était là, toujours indéchiffrable.
Un instant, Lucrèce redouta que Luke Walker vende la mèche en reconnaissant publiquement Jeff comme ayant été un des « élus » qui l’avait séquestré. Il n’en fit rien, heureusement. Puisqu’elle ne parvenait pas à le sonder, Miss Borija se rabattit sur Jenny, son épouse. Cette proie s’avéra une précieuse source de renseignements dont elle userait en temps utile. Elle capta un regard appuyé de Walker sur elle. Selon toute vraisemblance, il savait qu’elle savait qu’il s’avait, etc.
La tentation de lui clouer le bec par la pensée fut forte. Néanmoins, ce serait lui faciliter la tâche que d’admettre ainsi un de ses talents. Un sourire narquois aux lèvres, elle préféra imiter les autres dames dans leur abêtissement face au mioche.


Qu’il est mignon ! Tout le portrait de son papa… Vous devez être fier Luke…

Dans l’ensemble, tout se passa bien. Hélas, il fallut que Jeff perde les pédales au moment de rendre les grâces.
Quelques baffes bien senties additionnées d’exhortations spirituelles à la clé le ranimèrent :


*Reprends-toi ! C’est pas le moment ! Ça va aller, j’ai besoin de toi, pas d’une lavette ! *

Ouf ! On oublia l’incident en dégustant la dinde de tradition et ses accompagnements.
La présence des historiques à table rajoutait du sel aux mets. Jamais Lucrèce n’avait imaginé Louis XIV en tel conteur. Le pire est qu’il énonçait tant de faits véridiques, humour à l’appui, que Lucrèce céda au rire général. Ce monde du fleuve avait l’air passionnant.


Comptez-vous y retourner un jour ? s’enquit-elle innocemment.

Oh, le beau pavé dans la mare. Les uns le souhaitaient, d’autres pas du tout.
Puis un spectacle inédit se déclencha avec l’intrusion de :


DING ! NON!


Trop tard, le toutou fou de Jeff sema une pagaille monstrueuse en compagnie d’un tout petit poilu nommé Colbert. Les tresses de Sissi se dénouèrent, les épingles du chignon de Lucrèce s’éparpillèrent partout. Claquer des doigts pour terrasser les fautifs titilla Miss Borija. Le bon sens voulut qu’elle s’abstienne, se contentant de suivre le cirque en se marrant finalement.
Quand Jeff courut après son fauve, Lucrèce prit une mine piteuse :


Je suis navrée. Ding est… dingue. Nous payerons la casse, cela va de soi.

Loulou dont le « bébé » avait permis le saccage se crut obligé d’intervenir aussi dans les frais, de même que les Walker censés surveiller le macaque. On s’arrangerait à l’amiable.
Jeff revint de sa chasse au toutou dans un état lamentable. En d’autres circonstances, Lucrèce l’aurait peut-être engueulé, pas cette fois. Il avait l’air si content d’avoir sauvé son chien d’une mort affreuse par perforation des intestins.
Les dames désirant papoter dans leur coin, les hommes sortirent fumer sur la terrasse.
Que de fadaises ces femmes débitaient-elles ! Blabla bébé, blabla casseroles, couture, veau, vache… Mariage ???
Récurrente et perturbante courait une rumeur selon laquelle les couples non-mariés tournaient toujours mal. Nombres de cas s’évoquèrent. Aussi les dames historiques s’inquiétaient-elles en requérant l’avis des « anciennes » villageoises. Jenny confirma ce qu’elle avait dit à Hélène à ce sujet, et Lindsay en ajouta une couche tout en prétendant que si un amour sincère existait entre compagnons, sauter le pas était aussi naturel que de respirer. La question « innocente » de Sissi déconcerta Lucrèce :


… Quoi, moi et Jeff ? … Non ! Il n’a jamais été question de cela entre nous et ce n’est pas prêt de se produire.

Aux unes et aux autres de ces damnées curieuses, elle tâcha de répondre, détachée, en inventant au fur et à mesure une histoire crédible, un peu répétée avec le concerné au fil des soirs afin de donner un sens à leurs retrouvailles :

Jeff et moi nous étions très amoureux. On s’était connu à New-York. Si Jeff avait de la fortune, il avait un terrible défaut à mes yeux… en fait plusieurs. Fainéant, égoïste, jouisseur, j’étais plus sa chose qu’autre chose, si vous voyez ce que je veux dire… Alors, je l’ai plaqué. J’ignorais complètement qu’il était sur l’Ocean’s Queen… Mais si, je vous jure ! Lindsay, vous devriez le savoir, vous y étiez aussi, de même que votre mari, Jenny : ce bateau était immense, une chatte n’y aurait pas retrouvé ses chatons !

Questions, blabla, Lucrèce, sûre de son stratagème poursuivit :

J’ai été soufflée de le retrouver si démuni ( accent absolument sincère) Il m’avait quand même apporté beaucoup quand nous étions ensemble. Le moins que je puisse faire était de lui rendre la pareille. Ne m’avait-il pas suivi dans cette croisière dans le but de me reconquérir? Une chose en entraînant une autre, nous… enfin, je suis retombée amoureuse de lui…

L’une après l’autre Lind et Jenny vantèrent les mérites du mariage. Les trois historiques, qui avaient été mariées également dans leur vie antérieure, ne semblaient pas partager cet engouement pour des noces sacrées. Sissi, éduquée religieusement, hésitait copieusement. Amelia s’en fichait royalement tandis qu’Hélène tanguait car Louis paraissait enchanté à l’idée de l’épouser.

Ce sont les sentiments qui comptent, dit Lucrèce en pensant se débarrasser de ce mièvre sujet.

Raté ! Mrs. Chesterfield réattaqua :


… Euh, bien sûr que nous nous aimons… Je ( étranglement) Je ne sais pas si je dirais oui ou non. D’ailleurs, c’est pas demain la veille qu’il me posera la question. On est heureux comme ça.

Pas besoin de sonder leurs esprits pour deviner les intentions de ces femmes : Lucrèce casée, leurs compagnons seraient moins soumis à la tentation…

Bras dessus dessous, Miss Borija et Jeff rentrèrent au nid. Le beau diable déchu ne tenait pas très bien l’alcool, beaucoup moins qu’elle en tout cas. Assez exubérant, en comparaison avec sa morosité des jours antérieurs, il ne tarit pas d’éloges sur les vertus de l’amitié fraîchement découverte.

… Oui, oui, mon chéri, c’est très bien… Tu t’es très bien comporté même si Ding a fait des ravages… Je sais que tu aimes ce cabot *Il en a de la chance, lui !* … Ce dont je suis sûre c’est que tu es incapable de raisonner ce soir, dans cet état. Si on faisait un détour par la plage ? Un bain de minuit… ?

Bien sûr, Jeff accepta avec entrain. Lucrèce tint les requins éloignés pour pouvoir savourer tous les plaisirs offerts sans risque d’être dérangés ou mangés. Elle n’omit qu’un détail : Ding !
Alors qu’enlacé le couple s’apprêtait à consommer le fruit défendu sur un coin de plage lissé tel un plaid moelleux, un ours poisseux se secoua copieusement du cou à la queue avant de leur sauter dessus joyeusement. Lucrèce en aurait pleuré de rage, surtout que Jeff riait comme un fou en flattant sa bestiole. Rassemblant ses effets, la Miss clama :


Amusez-vous bien ! Je rentre. Tâchez de ne pas saloper le carrelage ou le divan en rentrant !

Terriblement frustrée et déçue, elle courut cacher ses larmes sous la douche en se bouclant dans sa chambre.
À quoi bon se leurrer. Jeff s’était trouvé un ami sincère qui, dès qu’il apparaissait, le comblait. Elle, qu’était-elle ? Un joli passe-temps, vite oublié. Mais au profit d’un chien ? Avouez qu’il y a de quoi râler.
Qu’importe les efforts de Jeff, Lucrèce restait convaincue qu’il tentait de se racheter une conduite juste pour la forme et apaiser le courroux divin. Gare aux retombées si on était dupe ! Dès qu’il reprendrait des pouvoirs, l’humanité souffrirait de nouveau.


*Ce sera de ta faute, idiote ! Te faire aimer d’un diable, mais à quoi IL pense là-haut ?*

Elle aurait pu inverser le temps, empêcher le chien d’intervenir mais à quoi bon ? C’était si édifiant…

Jeff tambourina furieusement au panneau alors qu’elle avalait un calmant.


Va dormir avec Ding ! J’ai pas envie de te voir, et lui encore moins… quoi la table de nuit ?

Qu’est-ce qu’il lui voulait en insistant de la sorte pour qu’elle regarde dans ce tiroir ? Curieuse, elle l’entrouvrit et découvrit un flacon de son parfum favori ainsi que deux ballotins de pralines au chocolat blanc, ses préférés.
Pourquoi avait-il gâché sa paye entière en frivolités pareilles ?
De l’autre côté de la porte, Jeff pleurnichait disant que du champagne attendait dans la glacière, qu’il avait prévu autre chose, etc.
C’était troublant.


OK, cria-elle, je vais ouvrir mais à une seule condition…


L’autre implora, elle trancha :

Je ne veux plus revoir Ding dans cette maison !... M’EN FOUS ! FAIS-EN CE QUE TU VEUX ! *de la chair à saucisse, tant qu’à faire !*

Des bruits divers résonnèrent, des cris, un gémissement. Puis un grattement timide et une voix étranglée d’émotions quémandèrent l’entrée. Lucrèce soupira, se leva et alla déverrouiller la porte.
Pâle comme un linge, Jeff était pantelant contre le chambranle mais surtout ses mains étaient couvertes de sang.
Les yeux écarquillés, Lucrèce chancela à son tour :


Tu… Tu n’as quand même pas fait ça ? Jeff, réponds !


Il en était incapable, hébété, hagard. Lucrèce, mains nouées sur son déshabillé, le contourna et dévala l’escalier jusqu’au jardin où le choc la cloua sur place.
Couchée sur le flanc, dans une mare de sang, gisait la dépouille de ce qui fut un bâtard étrange.
Un haut le cœur saisit Miss Borija. Jamais elle n’avait voulu ça, pas ça !


*Il a tué son seul ami pour… me plaire…*

S’accroupissant sur le cadavre, elle lui caressa la tête et les oreilles encore chaudes :

*Brave toutou ! Sois sage, maintenant !*


Des doigts claquèrent, l’animal reprit du poil de la bête mais demeura couché bien droit, docile.
Lentement, Lucrèce remonta les marches au sommet desquelles elle trouva son Jeff aussi prostré que l’instant d’avant.
Sèche en apparence, elle lui prit le coude et le mena à la salle de bains où il se laissa manipuler comme une marionnette.
Elle venait de prendre une douche, et alors ? Un bain moussant en agréable compagnie vaut bien un léger sacrifice. Au milieu des bulles, lui faisant face, elle lui prit les mains :


Jeff, je veux que tu me regardes dans les yeux. Je vais lire en toi, je veux savoir pourquoi tu as fait ça.

L’évidence parlait d’elle-même mais elle voulait être sûre, absolument sûre de ne pas encore être abusée. Ce qu’elle lut, en surface, lui suffit : Jeff tenait à elle au point de tuer son seul ami. Il ne savait qu’inventer pour la satisfaire, ne pas être rejeté.

… Tu m’aimes ? Dis-le, s’il te plaît dis-le !

Que de remous dans cette baignoire quand des mots maladroits s’émirent. Entre deux baisers délirants, Lucrèce se permit de siffler. Une tornade poilue se jeta à l’eau avec eux. Nul ne s’en plaignit.
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Jeff Berith

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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie [FE Jeff]   Sam 23 Juin - 11:24

Déchu ! Condamné à partager le destin de cette humanité si bien dénigrée. Voilà une épreuve à laquelle aucun démon ne se prêterait volontiers. Lui, moins que quiconque. Mais c’était sur lui que c’était retombé. Il avait connu les risques, joué avec et perdu le pari. Soit, il était fichu, de long en large. Ses pouvoirs avaient disparu, il n’était qu’un homme parmi tant d’autres mais il avait Lucrèce. SA Lucrèce et tant qu’il pourrait la conserver à ses côtés tout ne serait pas tout à fait perdu. Non . Jeff ne pensait pas au pouvoir absolu, ni à soumettre l’Humanité à sa guise, pour le moment…pour une fois dans sa trop longue existence, il songeait à une autre personne que lui.

Bien sûr, en tant que démon de son calibre, s’adapter à cette si dure réalité n’aurait pas dû être aisé, pourtant, sans trop savoir comment, Jeff surnagea et malgré tout ce qu’on aurait pu supposer, s’y prit avec entrain et avec , à sa grande surprise, joie de cœur. Chose toute à fait insolite dans le passé. Il avait tiré, jadis, une grande satisfaction à bouleverser la vie des « petits d’en bas », à leur ruiner l’existence, à les faire se morfondre et encore à les entendre l’invoquer, faute de mieux, pour arranger ce que lui-même leur avait conseillé de mettre sens dessus dessous. Il avait connu la toute puissance…
Bons souvenirs, que ceux là ! Et voilà que Neil Chesterfield entamait sa prière…

Merci Seigneur pour tes bienfaits. Merci pour cette table bien garnie, ces amis réunis, cette chaleur qui…

Un merci de plus à celui à qui il devait sa déchéance étant déjà de trop, il avait failli s’étouffer simplement par manque de souffle. Des ordres précis , imprimés brutalement dans son esprit défaillant par une Lucrèce assez en colère avaient suffi pour le retaper.

*Suis fait !...C’est toi, le boss !*

Et comme s’il n’avait pas assez de problèmes comme ça, voilà qu’entre les invités se trouvait ni plus ni moins que l’ »ange » de Manakiel, Luke. Autant tourner de l’œil et crever sur place. Non content de le condamner, son cher « frangin » envoyait son surveillant sur place.

Il s’amusait quand même pas mal en racontant les méfaits de sa « vache » farfelue quand celle-ci n’eut meilleure idée que faire irruption avant le dessert. Razzia sur les bonnes mœurs. Ding mena l’extrême jusqu’à voler la dinde et lui de lui courir après, de peur de le voir se crever les intestins avec les os de la volaille. Parfaitement héroïque pour un bon maître de chien, pas exactement ce qu’on attendait de LUI.

À son retour glorieux, Louis fit distraction, sans le vouloir, en s’enquérant sur son avis sur le village :


Au fait, comment trouvez-vous ce village ? Les installations y sont plaisantes, n’est-ce pas ?

Se forçant à la normalité la plus plate, il se contenta d’un sourire un peu niais en assurant que tout lui semblait parfait. Songer que Sa Majesté en finirait là, frayait de l’optimisme absurde.

Ça ne vous a pas paru « bizarre » de nous y trouver ?... Des gens du passé, je veux dire ?

Il sourit, innocent.

Me surprendre ?...Euh, oui…peux pas dire le contraire…mais ce monde est si étrange, qu’on peut…presque s’y faire à tout. Parce que je suppose que Votre Grandeur est aussi surprise de s’y trouver que moi, n’est ce pas ?

Pas dupe le roi. Pas dupe le diable. On changea de thème. Parler femmes allait aussi bien qu’autre chose. Son seul problème est qu’il ne parlait que de sa Lucrèce…son unique repère dans cette réalité incongrue...L’intervention de Richard, s’enquérant de son « naufrage » lui demanda des efforts d’imagination. Il fut sauvé de s’enliser plus dans ses mensonges par l’intervention de Luke, qui, souriant dit n’importe quoi avant de l’entraîner à l’écart.

Sitôt hors des oreilles indiscrètes, Jeff se rebiffa.

Alors, on t’a envoyé voir comment je m’en tirais ?...Me surveiller ?...Me fais pas rire…tu sais aussi bien que moi de quoi il en va…Emmanuel t’aura bien instruit, va…Que voulez vous plus de moi !?...Suis un Banni…Quoi ? …Lucrèce…tu la touches et tu es mort…C’est hors question…je joue ton jeu…mais Lucrèce…tu ne l’y mêles pas…Que ferais je pour elle ?...Qu’est ce que tu crois ? …Et maintenant, si cela ne te dérange pas…

Et même si, faisant demi tour, il le planta là et alla rejoindre les autres. L’entretien avec Walker l’avait énervé. Il se sentait acculé dans une situation inacceptable impossible d’être contournée et avoir une espèce de garde chiourme collé pratiquement à ses basques en résultait guère réjouissant. Il but plus que voulu dans l’espoir secret de s’abrutir et ne plus penser. Le résultat obtenu fut qu’en quittant la maison des Chesterfield il était plutôt éméché et d’humeur loquace. Lucrèce ne l’en tança pas, déjà cela de gagné.

Tu sais…cette soirée, me serais pas attendu à passer des moments si agréables ! Ces gars ont des idées…intéressantes, on peut bien s’entendre avec eux…

Il était en verve, cette nuit, comme rarement. Pour une fois, il n’avait ressenti le besoin de démontrer sa suprématie en quoi que ce soit, il s’était contenté d’être…lui, même si jamais auparavant Jeff n’avait soupçonné être ainsi : capable d’établir une communication normale avec des êtres tout à fait normaux…et le plus surprenant est que cela le réjouissait outre mesure. Lucrèce écoutait ses commentaires en glissant les siens, amusée. Enfin, peut être aussi un tantinet agacée avec la fracassante apparition de Ding et les conséquents ravages.

Il est jeune et exubérant…j’ai lu que c’est normal, chez les chiens…

Elle avait souri, en coin, en tapotant son bras .

Je sais que tu aimes ce cabot . Ce dont je suis sûre c’est que tu es incapable de raisonner ce soir, dans cet état. Si on faisait un détour par la plage ? Un bain de minuit… ?

J’adore tes idées !, s’emballa t’il, ravi.

Et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes quand Ding brisa la magie du moment à sa très particulière façon. La belle ne le prit pas trop bien mais ce fut sans doute la réaction de Jeff qui ruina tout. Incapable de se fâcher avec le chien, il ne trouva rien de mieux que s’esclaffer comme un idiot.
Furieuse, Lucrèce les largua là.


Amusez-vous bien ! Je rentre. Tâchez de ne pas saloper le carrelage ou le divan en rentrant !

Lucrèce…ma chérie…je…Non ! Ne t’en va pas comme ça…

Mais elle fit la sourde oreille et s’en alla sans lui faire l’aumône d’un regard.

M***e, Ding, tu l’as fait bonne !

Et l’autre de s’asseoir et lui tendre la patte avec un jappement penaud. Il caressa la grosse tête.

J’espère que ça se tassera vite…tu sais, ça me rend malade quand elle fait la tête…Allez, on rentre…fais plus de conneries, ok ?

Comme on peut s’imaginer, Miss Borija n’avait pas traîné en route ni s’était attardée au séjour pour l’attendre. Laissant Ding au jardin, il grimpa les escaliers deux à deux. La porte de la chambre était fermée à double tour.

Lucrèce…ouvre moi…je t’en prie…Ma chérie…s’il te plaît !

Mais cela ne lui plaisait pas, il eut beau s’échiner à tambouriner le panneau, la miss demeura irréductible.

Ma chérie…excuse moi…excuse nous, il a pas voulu…je t’en supplie…laisse moi entrer !

Enfin, elle répondit. Le silence aurait été presque préférable.

Va dormir avec Ding ! J’ai pas envie de te voir, et lui encore moins…

Ma chérie…je ne voulais pas…en fait…j’avais d’autres idées pour ce soir…regarde plutôt dans le tiroir de ta table de chevet…vas y…regarde !

Silence.

Tu sais…le champagne est au frais…en bas…je…je voulais une nuit spéciale, seuls toi et moi…Lucrèce…

Le parfum et les chocolats avaient sans doute fait leur petit effet. Il se sentait comme le dernier des imbéciles à quémander de la sorte mais c’était plus fort que lui…

OK, je vais ouvrir mais à une seule condition…

Ce que tu voudras…dis moi !

Il ne s’était jamais attendu à ce qui lui tomba dessus.

Je ne veux plus revoir Ding dans cette maison !

Mais...qu’est ce que…je peux faire avec…Lucrèce…


M’EN FOUS ! FAIS-EN CE QUE TU VEUX !

Plus terminant que ça, tu meurs ! Anéanti, Jeff appuya le front contre le panneau clos. Il savait que Lucrèce ne menaçait pas en vain, il la connaissait assez bien pour être sûr qu’il ne s’agissait pas de mots en l’air. Elle ne supportait pas Ding et le comportement erratique de ce dernier cette nuit là avait été la goutte qui faisait déborder le verre. Se défaire de Ding ? Le donner à un autre maître ? Ce serait aussi vain que demander au soleil de briller en pleine nuit…Ding lui était absolument dévoué et reviendrait toujours…La mort dans l’âme, Jeff ne put que faire un choix…

Lui qui n’avait hésité à initier les pires horreurs de l’histoire, qui avait joué avec la destinée de peuples, les anéantissant sans ciller ni avoir l’ombre d’un remords, pleurait comme un enfant perdu en enfonçant le couteau jusqu’à la garde dans la gorge de son unique ami. Et Ding, comme tant de ses victimes innocentes, ne se débattit même pas, lui coulant seulement un regard d’incompréhension endolorie.

Accablé de douleur, il retourna à l’étage.

Laisse…moi, entrer…

Elle finit par ouvrir la porte, pour alors il se sentait à point de s’écrouler, de hurler, de se mettre à pleurer de nouveau. Lucrèce le considéra, surprise. Ses mains ensanglantées disaient plus long qu’un aveu de vive voix.

Tu… Tu n’as quand même pas fait ça ? Jeff, réponds !


Il ne put piper mot, un nœud atroce lui serrait la gorge à l’en étouffer. Décomposée, la jeune femme le laissa là et dévala les escaliers, alors il appuya le front contre le chambranle en laissant échapper un gémissement, abasourdi d’un chagrin atroce. Il n’avait pas bougé d’un pouce quand Lucrèce revint, le toisant sans rien dire, elle le prit du bras et le mena vers la salle de bains. Incapable du moindre geste, il la laissa le déshabiller alors que la baignoire s’emplissait. En d’autres circonstances, il aurait été ravi de la tournure que prenait cette fin de soirée mais là, il agissait comme un pantin sans volonté. Qu’elle tienne à l’accompagner rasséréna à peine la débâcle de son esprit.


Jeff, je veux que tu me regardes dans les yeux. Je vais lire en toi, je veux savoir pourquoi tu as fait ça.

Elle retenait ses mains avec ce qu’il voulut interpréter comme angoisse. Sans opposer de résistance, il subit le survol de son esprit. Il n’avait plus rien à cacher, ainsi elle découvrirait toute seule ce qui le taraudait. Elle saurait donner un nom à ce sentiment unique qui l’envahissait, l’étourdissant au point de ne plus trouver ses mots, de changer tout en lui de manière si radicale, d’oublier ses rêves de grandeur et pouvoir parce que la seule chose qu’il parvenait à désirer au-delà de tout n’avait qu’un nom : le sien…pour elle, il serait capable de n’importe quoi…sans elle, aussi, mais juste pour en finir au plus vite avec ce qu’il ne pouvait entrevoir que comme une éternité absurde de solitude…

Tu m’aimes ? Dis-le, s’il te plaît dis-le !

C’est…ça donc ?...Je…n’avais jamais saisi…le sens…mais je comprends…maintenant…Oui…je t’aime…sans toi…tout perd son sens…je t’aime, Lucrèce…aime moi un peu en retour…je…

Elle ne le laissa pas finir de parler, se jetant dans ses bras, ses baisers turbulents lui firent oublier tout autre chose qui ne fut pas sa chaleureuse présence…qu’elle se mette à siffler au milieu de ce déferlement amoureux le prit de court, la suite…l’éberlua. Fou et plein de vie, Ding venait de plonger dans la baignoire, distribuant généreusement ses démonstrations d’affection.

Tu…tu me l’as rendu !!! Tu as fait cela pour moi…serait ce possible que…

Un baiser délirant lui cloua le bec. De son propre chef, Ding décida qu’on n’avait aucun besoin de lui, de toute façon il avait eu son lot d’émotions pour un jour. Laissant les amants se débrouiller sans lui, l’énorme chien alla trouver sa niche…laissant une belle traînée d’eau à son passage, pour une fois, personne ne lui cria dessus.

Plus tard, dans l’abri douillet du grand lit, Jeff baisa paresseusement l’épaule de la belle conseillère qui, câline, ronronnait presque comme chatte voluptueuse.

Claque tes doigts, chérie…le champagne doit être à point !...Non, n’essaye pas de me berner…j’ai peut être perdu mes pouvoirs mais suis pas moins perspicace pour cela…Non, mon amour…je ne suis pas le moins du monde vexé…pas avec toi…avec eux, peut être…et encore…alors…tu les claques, tes doigts !?

Elle lui fit plaisir mais c’était évident que la belle n’agréait pas trop de voir sa supercherie éventée même s’il le prenait le plus calmement du monde.

Ils l’ont fait pour me punir…ils ont sans doute pensé que je choisirais le chemin facile et me suiciderais…en fait…j’y ai pensé…Oui, je suis théoriquement immortel…à moins bien entendu que Le Suprême n’en décide autrement ou que je m’ôte volontairement la vie…ou qu’on m’oblige à le faire.

D’un doigt enjôleur il enroula une longue mèche de ses cheveux et la huma avec délices.

Tu sens si bon...tu es si douce…mais je ne m’y trompe pas…tu es dure et ambitieuse, c’est bien cela qui m’a attiré de toi…et je sais aussi qu’il n’y aurait pas trop d’hésitation à te défaire de moi, si je suis un obstacle…Non…dis rien, à quoi bon nous mentir…on est ce qu’on est…ma nature, la tienne…

Il était tendre, doux et attentionné, jouissant de chaque seconde de ce répit presque magique qui lui permettait d’être si humain, sans crainte…Demain serait assez tôt pour la suspicion. Il connaissait trop bien la nature de l’homme comme pour se permettre un doute. Quand l’heure viendrait, à moins d’un bouleversement qui n’était plus de son recours, il devrait assumer ce qu’il avait si bien su créer…or on sait bien que celui qui sème du vent, récolte des tempêtes ! Et sa tempête à lui avait un nom…

Je t’aime, Lucrèce…

Elle dormait, semblant si douce et inoffensive…ce qu’il savait à ses dépends, elle ne serait jamais. Il mit très longtemps à trouver le sommeil, les vapeurs de l’alcool, si lénitives parfois pour les états d’âme, s’étaient enfumées, le laissant démuni face à des réflexions de plus en plus pointues…Il avait été banni de « son » monde, privé de tout pouvoir, obligé à se mêler à cette pègre ignorante craintive et méprisée et voilà que de manière absurde, on ne peut plus surprenante…il y prenait plaisir. Ses découvertes des derniers temps l’avaient étourdi, abasourdi, étonné au plus haut point, parvenant à toucher un point sensible de cette conscience, si bien ignorée, mais en toute évidence toujours enfouie quelque part au plus profond de soi même.

La liste de ses priorités était courte…très courte. Elle se résumait à : Lucrèce et Ding. Après, n’empêche, commençaient à s’ajouter d’autres éléments qu’il n’aurait jamais songé à contempler : la bavarde compagnie de Louis, source inépuisable de connaissances et sagesse tournée à sa façon, ses « copains » du boulot avec leur bruyante camaraderie, qui le faisaient se sentir si…normal ! La rugueuse « sympathie » de Richard et les connaissances profondes de cette humanité qu’il comprenait encore mal. Avec Achille, se rapports étaient moindres mais malgré tout, il parvenait à admirer la brutalité de cet égo superbe et insoumis, sauf que personne ne lui aurait tiré cet aveu même sous torture. Pour des raisons compréhensibles, il ne cherchait aucun rapprochement cognitif avec les femmes parce qu’en connaissant Lucrèce, il était préférable ne pas lui donner des idées. Qu’il sente un extraordinaire fascination pour le petit Nick le troublait énormément mais la simple vue de ce petit bout de bonhomme chatouillait une envie refoulée très au fond de sa logique démoniaque : celle de se perpétuer…


*Ouais…comme s’ils n’en avaient pas assez avec toi…pourtant…ça donnerait quoi…un enfant de Lucrèce et moi ?...un petit diable ?*

Il prenait parti d’en rire, de ces pensées absurdes mais en rêvait de plus en plus souvent.

*La preuve qu’être humain équivaut à être con !*

Mais au bout d’un moment, il n’en était plus tout à fait sûr. Ding venait lui apporter un bout de bois pour jouer avec lui et il cédait de bon cœur, alors que Lucrèce se moquait de lui.

*C’est bon...suis con mais je m’amuse !*

Travailler comme débardeur avait endurci ses muscles, tempéré son esprit mais une fois la dépression des premiers temps surmontée, Jeff se prit à avoir un peu plus d’ambition. Ce qui, bien vu, n’avait rien d’étonnant : chassez le naturel, il revient au galop ! Des idées, il en avait à revendre et s’émerveillait de pouvoir les exprimer sans avoir à forcer quiconque à les accepter. Ces gens étaient prenants pour tout ce qui aurait un sens moyennement civique. Pour ce qui était des antres de jeu et autres variations du gain facile, d’autres l’avaient devancé, preuve qu’il ne faut pas être diable pour avoir des idées plus ou moins pendables. Restait à se ranger dans les limites de l’honorabilité.

Tu sais, ma chérie…dans cette petite société en cernes il manque…une banque ! Les prêteurs à gages saignent les gens, pas à moi de le dire mais c’est presque immoral…Bien menée l’affaire pourrait marcher rondement…euh…qu’est ce que j’en sais ?...Ma toute douce…10.000 ans, c’est une bonne école…depuis que l’homme a su découvrir la valeur de son argent…suffit de ne pas se montrer trop avide… des taux d’intérêt alléchants …un petit gain conséquent…et c’est gagné…Ok ! sais plus claquer des doigts mais sais encore m’en servir pour compter…c’est à Neil de décider ? Touche lui un mot…cela devrait suffire...je t’assure, penses y…

Elle y avait pensé. Neil y avait pensé. Le conseil en plein y avait pensé.

*Pas à dire…c’est éreintant parvenir à un résultat par les voies normales !*


Jeff Night-Gérant. Cela sonnait presque satisfaisant. Mieux aurait été : Fondateur et président, mais c’est su qu’on ne peut pas tout avoir, surtout quand il faut faire avec les moyens à bord. Ceux qui pensaient à de l’influence de Lucrèce sur le Maire n’avaient pas eu vent de l’entretien de ce dernier avec le candidat au poste. Jeff, s’en souviendrait longtemps de l’interrogatoire serré, du concours de capacités, du test de connaissances et on en passe, auquel l’avait soumis un Chesterfield, plus roué que renard et parfaitement versé en la matière. Il s’en était tiré non sans efforts…après son salaire de débardeur, celui là était sans doute, son plus bel effort pour réussir quelque chose sans autre atout que sa ténacité.

Et le voilà, à jouer le bon banquier. Certes moins fatiguant que charger et décharger des palettes au « port », dont il regrettait quand même la bonne camaraderie entre potes. Une des choses qui lui déplaisait le plus de ce nouveau poste guindé était qu’on lui avait poliment interdit de laisser Ding se coucher à ses pieds. C’est fou ce que les gens pouvaient avoir peur d’une bête, exubérante, il fallait l’admettre, mais inoffensive comme son bon toutou. Comme ça, le job promettait d’être assez ennuyeux…bien sûr il s’occupait à faire des calculs, des statistiques et autres devoirs barbants inhérents de ce poste sérieux, à recevoir les clients potentiels et à faire miroiter des promesses de jours meilleurs…qui étaient vraies, tant qu’à faire.

L’arrivée de Mrs.Payne lui avait viré le foie, heureusement, ce semblant de secrétaire efficiente qu’on lui avait dégotté s’en occupait. Le prochain client arrivait déjà. Jenny Walker et son petit Nick. Il ne put se priver de flatter la joue du bambin puis reprenant son sérieux passa à parler affaires avec la jeune femme qui savait exactement ce qu’elle voulait. Jeff l’écouta exposer sa demande avec admirable pragmatisme puis jeta un coup d’œil à l’étude de marché proposée. Du coin de l’œil, il vit que Sa Majesté le Roi-Soleil et sa promise venaient d’entrer, il les salua d’un hochement de tête et un sourire poli avant de se retourner vers Mrs. Walker.

Vous avez le sens des affaires d’un requin des finances, Jennifer. Ce sera un plaisir clore cet accord…ce projet d’association avec Louis me semble bien avantageux. Il faut seulement peaufiner une paire de petits détails et…

Son exposé se vit interrompu par l’entrée en scène de trois individus encagoulés, armés et braillant à tout azimut que celui-ci était un braquage à la bonne vieille mode d’antan. Même pour le plus obtus des esprits cela ne pouvait que signifier une chose : la bourse ou la vie. Jeff n’était pas disposé à se laisser faire si impunément, mais quand un des braqueurs lui mit le canon de son arme sous le nez il commença à contempler la possibilité de devoir céder. Louis protesta, ulcéré, on l’assomma sans plus de préambules. Jenny avait trouvé refuge dans un coin. Mrs. Payne abreuvait les malfrats d’épithètes fleuris. Sa secrétaire avait plongé sous son bureau, la brave fille.

Toi…ouvre le coffre ou…

Ou quoi ? Tu vas me faire sauter la tête ?...

Mauvaise tactique. Il ne faut pas donner des idées à des gens comme ceux-là. Pour lui prouver leurs intentions, ils le rossèrent gentiment.

Le coffre, imbécile ou il y a bain de sang, tu piges ?

Peux pas, mentit il effrontément, Chesterfield a fait installer un système de sécurité…Cela ne s’ouvre que chaque 24h…et vous avez raté la case…revenez demain !

Vlam, une autre volée de coups pour le faire réfléchir à une solution.

Ferme là, la vieille, hurla un des types en braquant son arme sur Agnes Payne dont la voix atteignait des décibels ahurissants.

*Mieux qu’une alarme…elle va se faire descendre !*


Pas que cela lui causât grand souci mais un gérant ne peut se permettre de perdre des clients de la sorte.

Calmez vous, Mrs. Payne…, conseilla t’il mais cela tomba en oreilles sourdes.

Pareil esclandre ne manqua pas d’alerter les passants, après tout, dans ce bled tout se savait en question de secondes. Rien d’étonnant que moins de dix minutes plus tard la Milice s’amène en formation de combat sous la houlette guerrière de leur chef.

*Si c’est un de tes tours, Manakiel…je te jure que tu vas me la payer !*

S’il avait su !

Le héros de Troie ne tarda pas à se manifester avec une très controversée manière de s’y prendre, on lui largua une rafale de mitraille.

La prochaine c’est là dedans qu’on tire…toi, avec le marmot…viens là !

Jamais de la vie !
, gronda Jeff en voulant se lever. Cette fois le coup faillit le sonner pour de bon.

ON VEUT LE BLANC-SEIGN, L’IMMUNITÉ ! Ou on ne répond de rien !
, gueula un des braqueurs dans un mégaphone trouvé allez savoir où.

Dehors, M.le Maire entrait dans la ronde de négociations avec un peu plus de diplomatie que le chef de la Milice mais avec des résultats aussi nuls. À l’intérieur, la température montait de plusieurs crans, les nerfs partaient en cavale. Il ne l’aurait pas avoué de vive voix mais Berith sentait une trouille monstre lui tordre les tripes. L’idée de ne pas être plus immortel que quiconque l’avait effleuré et il n’avait aucune envie d’en faire l’expérience mais c’était surtout le sort des autres qui le préoccupait.

C’est bon, accorda Jeff, j’ouvre le coffre, vous saquez tout…on vous donne le blanc-seign et l’immunité…vous voulez pas un avion pour voler à Acapulco, tant qu’à faire ?...Parce que je ne sais pas si vous avez contemplé le minime détail…qu’il n’y a pas où aller, flopée d’abrutis…Vous aurez fait la plus courte carrière de braqueurs de l’histoire humaine !!!

On prenait à mal ses remarques d’autant qu’elles semblaient avoir éclairé les lanternes des gangsters en herbe. Ils étaient tombés tout bêtement dans un piège monté de toutes pièces par d’autres qui n’allaient pas y tremper le petit doigt.

La soudaine apparition de Lucrèce et Luke en pleine scène sema la stupeur, cela allait de soi. Il devina ce qui allait se jouer là mais voir Walker se prendre une rafale de plomb le scia. L’espace d’une seconde son regard croisa celui de Lucrèce, elle était folle d’angoisse puis…

Elle avait joué avec le temps ! Bonne élève, douée ce qui est plus…au minime détail que Luke était baigné de sang, la reprise de la scène tenait le chemin. Les autres semblaient avoir oublié ce qui s’était joué…la première fois. Pourquoi avait il retenu cet instant de plus que le reste ?...Il ne le savait pas et n’eut pas le temps de poser de questions.

On va être cambriolés !

Une explication aussi valable qu’une autre. Le sang des habits de Luke venait, soit disant, d’un cochon égorgé. Jeff trouva l’idée unique et s’en serait marré si des ordres précis n’avaient fusé. L’ « ange » envoya sa femme se tapir sous un bureau. Lui n’avait d’yeux que pour Lucrèce, pâle, yeux rougis…

*On dirait qu’elle a pleuré…*


Rappel à l’ordre. Les pensées de sa belle étaient plus efficaces que les mots de Walker. Il alla se poster à l’entrée. Tout se passa comme à la répétition d’un mauvais film de gangsters. Les idiots de service n’avaient pas fini de passer le seuil que lui et Luke, poisseux de sang leur tombèrent dessus, les réduisant en deux temps trois mouvements, les laissant ficelés comme des rôtis prêts au four. Que Lucrèce lui tombe dans les bras, s’accrochant à lui comme si elle avait peur de le voir s’enfuir, lui procura un délicieux chaud au cœur.

Bravo, ma chérie, c’était parfait !
, lui murmura t’il à l’oreille qu’il caressa de ses lèvres, en passant, tu trembles encore…ne dis rien…c’est normal, tu as dépensé trop d’énergie…reste là, je te soutiens, mon amour…je suis toujours là pour toi !

Elle ne songea pas à bouger, pour son grand bonheur. Le Maire, la Milice, encore heureux qu’il n’y eut pas de Presse...tout ce beau monde déferla dans la banque pour y cueillir les coupables et aussi les témoignages des victimes. On raconta ce qu’on avait à raconter, soit trois fois rien, parce qu’il n’y a pas trop à dire sur un braquage avorté…grâce au don d’observation de certains…

Et Jeff, qui, malgré tous les avatars survenus, n’avait rien perdu du sien, trouva que Luke pâlissait de méchante façon.


Hey...Walker…ça va ?


Question purement rhétorique, l’homme virait au cendré même en assurant à sa femme que tout baignait…juste avant qu’un hoquet sanglant ne lui coupe la parole et plonge tout le monde dans un émoi indescriptible. Se défaisant de l’étreinte de Lucrèce, il le retint à temps avant qu’il ne s’étale de son long, baigné de son propre sang.

T’en as oublié une, mon vieux…misère…APELLEZ LE TOUBIB !!!!...hé, toi…fais pas de show…tu vas pas crever là, pas face à ton gosse…tiens bon…*Bon sang, Manakiel…t’es où quand on a besoin de toi ?*…Luke…cela va aller…LUKE !!!

Il tournait de l’œil irrémissiblement. Jenny avait laissé son petit Nick à la charge de Mrs. Payne, miraculeusement silencieuse, pour se ruer sur son mari et comprimer de son mieux une blessure béante qui saignait abondamment…comme quoi la théorie du cochon égorgé tombait à l’eau.

Ils ont tiré une rafale…en entrant…sais pas trop…pas entendu ?...Avec les hurlements de Mrs. Payne et ceux de Cheryl, ma secrétaire…on n’aurait pas entendu un éclat de bombe !

Cela lui valut des regards noirs de part et part mais il s’en fichait. Achille n’était pas Sherlock Holmes, le Maire était dans tous ses états, qui irait chercher plus loin ? Ramené à la cinquième vitesse sur les lieux des faits, McIntosh appliquait toute sa science pour tirer Walker d’affaire mais celui-ci avait perdu trop de sang et était à bout de rouleau.

*Ça arrive quand les mortels jouent le jeu des Autres !*


Lucrèce aussi était à bout de forces, il la reprit dans ses bras et elle s’y blottit, rassurée ? Le diagnostic de Dan était loin d’être encourageant. Selon ce qu’il savait Luke avait un groupe sanguin assez rare or là, il avait besoin d’une transfusion, sans quoi…à moins d’un miracle…

Il se trouve que j’ai ce même groupe sanguin…

Lucrèce essaya de le retenir, affolée.

J’ai causé tant de misères…pour une fois…laisse moi essayer de faire un peu de bien…

Il n’avait pas la moindre idée de quel pouvait bien être son groupe sanguin mais misa sa chance…sur le hasard, qui, quand il veut, parvient à si bien faire les choses.

Juste un dernier effort, chérie !
, souffla t’il en lui effleurant la bouche d’un baiser, juste un dernier effort…

Elle comprit et son regard de velours se fit caressant d’une douceur qui lui troubla l’âme…et sans doute le groupe sanguin (tant qu’à faire !)

La suite n’eut rien de d’amusant…
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Lucrèce Borija

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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie [FE Jeff]   Dim 24 Juin - 16:00

Cette soirée de Thanksgiving apprit beaucoup de choses à Lucrèce. Des choses dont elle se garda bien de croire plusieurs jours durant malgré toutes les preuves à l’appui.
La principale, la plus inconcevable était que Jeff l’aimait !
Il ne s’était pas contenté « banalement » de le lui dire après y avoir été forcé, mais il le lui avait prouvé, et comment ! Elle, qui souhait juste voir l’encombrant toutou- nommé Ding- vider les lieux s’était retrouvée face à un cadavre sanglant.
Pour être désorientée, elle le fut encore plus par le discours hésitant, si triste de son diable :


Oui…je t’aime…sans toi…tout perd son sens…je t’aime, Lucrèce…aime moi un peu en retour…je…


L’aimer en retour ? La condition humaine devait abêtir un élu déchu. N’avait rien pigé depuis le temps ? Rien supposé, deviné ?
Les mots d’amour, Miss Borija en avait tant ouï qu’elle aurait pu en être blasée. Seulement là… Dans ces circonstances, avec cette faculté inattendue de lire à livre ouvert dans l’esprit de l’autre, elle ne douta plus : Jeff l’aimait sincèrement.
Roublarde, immorale, calculatrice, il s’en fichait ! Il l’acceptait telle qu’elle !
Un cadeau en valait bien un autre, elle appela Ding à la rescousse, histoire de noyer le poisson mais pas la passion.
Jeff sembla ravi. Néanmoins une réflexion donna des sueurs à la belle :


Claque tes doigts, chérie…

Il savait donc ?
Selon lui, il s’agissait d’une punition à son encontre. Il ne lui en voulait pas d’avoir reçu ses dons, au moins ça !
À quoi bon feindre ? Même sans aucun plaisir, elle lui obéit et les coupes de champagne s’emplirent.
Lucrèce n’avait rien demandé, tout lui était tombé dessus sans crier gare et elle ne savait pas trop comment gérer l’affaire.
Les autres remarques de Jeff l’intriguèrent :


Tu sens si bon...tu es si douce…mais je ne m’y trompe pas…tu es dure et ambitieuse, c’est bien cela qui m’a attiré de toi…et je sais aussi qu’il n’y aurait pas trop d’hésitation à te défaire de moi, si je suis un obstacle…

*T’es dingue !* Je…

Non…dis rien, à quoi bon nous mentir…on est ce qu’on est…ma nature, la tienne…

Curieux langage. Qu’en savait-il de sa nature ? ON s’était permis un barrage entre les pensées quand Jeff disposait de cet atout. Il devinait des choses mais foirait sur certaines…
À l’entendre, il s’attendait, à tout moment, à être éjecté de maîtresse façon.
Un mal, un bien ? Miss Borija pataugeait.

Que quelqu’un puisse sincèrement éprouver des sentiments pour elle était une nouveauté extraordinaire. Malmenée depuis l’enfance par manque de conseils, obligée de subir la loi des autres, jamais elle n’avait osé croire qu’un homme pourrait vouloir s’allier à elle en totale connaissance de cause.
Un sentiment inédit, autant qu’inavoué, la tortura : elle aimait.
Jeff en diable aux pleins pouvoirs était séduisant, tentant, irrésistible. Démuni de tout artifice, plein de bons-vouloir, il devenait… craquant.

Des jours et des nuits divines s’écoulèrent en paix… relative.
Imaginer que Jeff se contenterait d’elle et de la vie qu’il menait, tenait du rêve.
Elle retomba sur terre quand il lui exposa ses projets :


Tu sais, ma chérie…dans cette petite société en cernes il manque…une banque ! Les prêteurs à gages saignent les gens, pas à moi de le dire mais c’est presque immoral…Bien menée l’affaire pourrait marcher rondement…

D’où tu tiens ça ? Quel intérêt ? Les banquiers sont des pingres ! Ils te promettent monts et merveilles avec pour résultat de te saigner à blanc ! J’en ai eu mon lot ! … Je ne peux rien faire tant que Chesterfield ne voudra pas !...

Touche-lui un mot…cela devrait suffire...je t’assure, penses-y…

Que voulait Jeff ? Elle aurait fait n’importe quoi pour lui faire plaisir. Elle aurait pu le savoir en forçant l’esprit de son amant mais c‘était plus fort qu’elle : elle n’osait pas !

Lors d’une réunion du comité, elle lança le sujet :


C’est quand même dommage que les « contribuables » soient forcés de garder chez eux leurs bas de laine… La sécurité est renforcée, n’empêche que nul n’est à l’abri d’un coup malfaisant. Pourquoi n’aurions-nous pas notre banque, comme dans toute société qui se respecte ?

De l’un en l’autre, l’idée suggérée fit son chemin. Des oppositions, il y en eut, surtout quand Lucrèce suggéra que Jeff soit le nouveau gérant de la banque créée.

Passez Jeff au crible si ça vous chante ! Nul ne correspond mieux à ce poste, c'est un fait !

Prête à intervenir en cas de besoin, Lucrèce suivit les débats qui finirent par placer Mr. Knight derrière un beau bureau. Il était content, donc elle aussi sauf que…

Téléportée, Dieu sait comment, dans un lieu ressemblant fortement à un tribunal du futur, Lucrèce dut affronter une engeance dont elle se serait bien passée. Au centre d’une enceinte cernée par deux anneaux qui la coinçaient, d’emblée, une voix impersonnelle lui signifia :


Contre toute attente, votre contrat est honoré. Le sujet Bérith s’est amendé de ses erreurs. Nous vous libérons donc de toute obligation, et… pouvoirs !

Choquée, Lucrèce ne mit qu’une fraction de seconde à réagir :

Ça signifie quoi, là, en gros ? Il redevient ce qu’il était avant et moi pareil ? J’ai fait ce que vous demandiez : le conduire à l’amour. Il a changé. Il est mûr pour aider l’humanité. C’est ce que vous vouliez, ça mérite bien une tite récompense, non ?

Oh le beau conciliabule ! On la laissa mijoter gentiment avant de se décider à l’ouvrir :

Nous désirons faire un geste en votre faveur. Exprimez votre souhait, nous vous l’accorderons, sans restriction.

Wow ! Quelle générosité. Autant en profiter…

Rien qu’un vœu ? D’ordinaire, les « génies » des lampes en proposent trois…, commença-t-elle, histoire d’ergoter. Vous êtes bien radins. J’ai obéi et concédé en tout. D’accord, vous fâchez pas : j’en ferai qu’un. Un seul que vous accorderez, sans restriction, selon vos termes. Ok ?

Ils avaient promis, ces nuls ! Alors, clair et net, Lucrèce s’exprima :

Mon souhait est que… tous mes souhaits s’accomplissent indéfiniment ! Ça vous la coupe ? z’aviez qu’à réfléchir avant un marché de dupe. Les dupes, c’est vous !

Beau chambardement. Une parole est une parole. Qu’ils s’en bouffent les ongles jusqu’à la moelle, elle s’en fichait. ON lui accorda son souhait, mais tout abus serait sanctionné et l’énergie dépensée créditée.
Qu’importe !
La meilleure était qu’investie de pouvoirs immenses à demeure, la belle n’avait pas la moindre idée quant à leur utilisation.
On l’expédia sur le rivage qu’elle contempla profondément pensive en se demandant où tout cela allait la mener.


*Je peux tout faire…Quitter ces lieux, oublier, repartir à zéro…*

À quoi bon tant de pouvoirs quand on est si… Nulle.
Une unique personne pouvait la guider : Jeff.
Où était-il son Jeff ? Il disait l’aimer… Qu’en serait-il une fois qu’il saurait…
Une larme s’écrasa sur un galet, puis :


Songe pas à te noyer, c’est pas le moment !

Walker ? Que fichait-il là ?
Son résumé ébranla Lucrèce mais qu’en avait-elle à cirer que Jenny et Nick soient pris en otage ? Dédaigneuse, détachée, elle pensait à filer en douce.


JEFF EST DEDANS !!!

*Hein ???*

Sondage express, l’ange disait vrai : ça bardait à la banque, celle qu’avait voulue Jeff.
Réflexe ? Elle agrippa Luke qui les mena direct sur les lieux.
Son cœur chavira. Mr. Knight avait été tabassé pour résistance.
À peine introduits dans la banque, Luke se fit dézinguer par les malfrats. Il réclama :


Lucrèce, c’est le moment…

Le temps se figea.
Se précipitant sur Jeff, elle l’inonda de ses pleurs et paroles dont il n’avait pas conscience :


Je t’aime ! On va se sortir d’ici, de tout, je te le promets !

Hé ! Tu pourras lui prodiguer toutes tes attentions plus tard. Faut remettre de l’ordre, là…

Ah bon ? Pour elle tout était en ordre à part que Walker pissait le sang.

Que veux-tu ? Comment faire ?

Mr. Walker avait une vision précise de la manière de gérer ça.

Puisque tu sais, je règle tout d’un claquement de doigts, laisse-moi faire.

Ben non ! Il voulait faire de sorte que nul ne souffre ni se souvienne. La vue de Jeff maltraité l’avait anéantie. Il lui fallait un guide, nul autre que lui ne comptait. Elle obéit aux injonctions et leurs suites très fatigantes.
Enfin dans les bras aimés, elle baissa sa garde :


On est saufs. Tu es sauf ! Suis… claquée, pardon.

C’est normal, tu as dépensé trop d’énergie…reste là, je te soutiens, mon amour…je suis toujours là pour toi !


Là, pour elle… Personne n’avait jamais dit de tels mots.
Qu’est-ce que cela signifiait ? Elle serait bien éternellement restée dans ces bras qui la réconfortaient si bien si Walker n’avait rien trouvé de mieux que te cracher du sang. Jeff s’arracha de ses bras pour secourir le mourant.


T’en as oublié une, mon vieux…misère…APELLEZ LE TOUBIB !!!!...hé, toi…fais pas de show…tu vas pas crever là, pas face à ton gosse…tiens bon…Luke…cela va aller…LUKE !!!

Elle lisait toutes les pensées et se sentit fondre mieux qu’un marshmallow à la braise. En attendant, Luke allait vraiment mal. Très discrètement, Lucrèce rouvrit une des plaies que l’ange s’était refermée tellement vite qu’il s’était oublié un pruneau dans le poumon.
Dan arriva enfin. Elle, elle était au bord de l’évanouissement :


J’ai besoin d’un peu de temps,
souffla-t-elle à l’oreille de son Jeff.

Lui, il ne voulait que donner son sang à Luke en prétendant posséder le même groupe.

Juste un dernier effort, chérie. juste un dernier effort…

Elle laissa le toubib installer les deux hommes sur des bureaux, côte à côte, un tube plastique reliant leur bras. Sans être médecin, tout le monde connaît les dangers d’une mauvaise transfusion. Le premier souhait de Lucrèce fut de se redonner des forces, assez pour pouvoir rendre les sangs compatibles. Assis entre donneur et receveur, McIntosh actionna sa pompe manuelle avant de la passer à Jenny, tandis qu’il examinait à nouveau Luke.
Quand il jugea Walker assez stable pour une opération, le toubib dirigea l’évacuation du blessé vers le centre. Il estima que Jeff pouvait, sans danger, encore être sucé d’un litre mais, vu sa tête, ça ne suffirait pas pour que Walker résiste à l’intervention.
Déjà pâle, Jeff insista pour qu’on lui prélève le nécessaire.
Dan n’écouta pas, occupé à assurer le transfert de Luke.


Je vais avec vous,
décréta Lucrèce d’un ton si ferme que nul ne s’y opposa.

Ils l’ignoraient mais n’avaient aucun intérêt à contrer la miss qui s’imposa même en salle d’op.
Par la pensée, elle ne quitta pas Jeff à qui elle octroya plus que des encouragements.


*J’ai récupéré assez d’énergie, ne t’inquiète pas… Oui, ce sera bizarre que tu tiennes le coup si longtemps mais je… Bien sûr que je ne permettrai pas qu’ils te vident entièrement. Tu es si bête parfois !*

Qu’imaginait-il ? Il n’avait pas encore compris ?

*je t’aime, idiot ! Jamais je ne laisserai que l’on touche à un de tes cheveux !... Chut, laisse-moi faire.*

L’intervention sur Luke s’avérait délicate. Tout en prodiguant ses encouragements à son chéri, Lucrèce sonda le toubib dont la lenteur des gestes la troublait. Un sondage en surface suffit à la renseigner. Affolée, elle pressa Jeff de la conseiller :

*Il est bourré ! Si, si, je t’assure ! Il a éclusé toute la nuit !... Qu’est-ce que je fais ?... Ah ? Ben oui, c’est une excellente idée !*

De vaseux, Dan redevint lucide et maître de la situation sauf que le con avait déjà touché une artère. Ses assistants s’affolèrent un peu puis, voyant Dan calmement réparer les dégâts, tous respirèrent.

Stabilisé et recousu, Luke devrait récupérer au calme au moins deux semaines. Lucrèce rigola :

*Dans deux jours, il sortira. Tu as été formidable, mon cœur !*

L’infirmière en chef, responsable du matériel eut la très mauvaise idée de compter les culots de sang employés pendant l’intervention.

10 culots ? Mais ce monsieur devrait être…

Recomptez, s’il vous plaît…

Je… je dois voir double. Il n’y en a que cinq. N’empêche que Mr. Knight devra aussi se reposer avec un apport conséquent en fer !

J’y veillerai !

On voulut garder Jeff sur place, Lucrèce s’arrangea pour le faire sortir l’après-midi même.
Bien calé dans des coussins, elle lui insuffla l’énergie nécessaire à la récupération totale.
Lui caressant les cheveux, elle avait les larmes aux yeux :


Tu m’as flanqué la trouille, tu sais... Qu’est-ce que je deviendrais sans toi ? Tu n’as pas idée des folies que j’ai dû faire. Attends, je t’explique mais repose-toi encore.

D’abord, de ses blanches mains, elle alla lui préparer un fortifiant fait maison et mit au four un gigot d’agneau acquis le plus honnêtement du monde.
Lui apportant sa boisson, elle se lova contre Jeff en soupirant :


J’ai un aveu à te faire… Euh… oui, je sais que j’aurais pu commander tout ça d’un claquement de doigts mais, parfois, il est bon d’être, euh… normale…

Il la pressa de questions comme s’il redoutait une catastrophe.


…Tout va bien, mon chéri… J’ai simplement été, euh… jugée. Oui, là-haut… Mais ça va, aucun souci… J’ai marchandé, et j’ai gagné le droit d’exercer… tout ce que je voudrais pour autant que je n’exagère pas... Toi ? Euh… ils n’ont rien dit à ton sujet.

Le voilà qu’il se fâchait, l’accusant presque de trahison. Elle prit la mouche :

J’y suis pour rien ! C’était un deal : te faire changer. Et tu as changé, non… ? Tu peux pester, rager tant que tu veux, je le sais… QUOI ? Ça, je ne peux pas… MAIS NON ! C’est pas que je ne veuille pas : je ne peux pas te rendre tes pouvoirs ! Réfléchis, bon sang ! On serait fins s’ils nous ruinent tous les deux ! Tu dois te reposer… Je sais que tu es en forme, à qui tu le dois selon toi ?

Elle lui picora le visage avec tant de baisers mutins que Jeff fondit.

On fout le camp, qu’est-ce que tu en dis ?... Euh… pas vraiment. J’en ai assez marre de ce monde, pas toi ? Allez, laisse-toi faire. Je pose une pancarte « en vacances » et on file !

Peu après, ils déménagèrent à New-York.
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Jeff Berith

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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie [FE Jeff]   Dim 8 Juil - 11:35

Drôle de façon d’affronter sa condition de simple mortel. On lui pompait la vie, il le sentait. Il se vidait peu à peu de substance, ses forces s’amenuisaient bien plus vite qu’il ne l’aurait cru, demeurait pourtant l’étrange satisfaction de faire enfin du bien, sauf qu’à ce train là, ce serait bien la première et la dernière fois mais Lucrèce veillait au grain. Ses pensées l’atteignaient aussi certaines que si elle lui avait parlé.


*Bien sûr que je ne permettrai pas qu’ils te vident entièrement. Tu es si bête parfois !*


Il ne se sentait pas trop l’esprit à entamer une discussion télépathique mais ne pouvait éviter la déjà bien connue suspicion. Il serait la bonne œuvre du jour, y laisserait la peau et elle aurait tout à gagner, admiration du grand public inclus après avoir sacrifié son amant pour sauver la vie d’un honorable citoyen, même s’il se sacrifiait tout seul mais connaissant Lucrèce, celle-ci saurait tourner la situation à son profit, après tout c’est bien ce qu’il lui avait appris. Il l’aurait mérité, tant pis. Perdu dans ses tristes doutes, il oubliait que sa belle lisait en lui comme en livre ouvert. Sans le laisser aller plus loin dans ses cogitations amères, la force de sa pensée perça son esprit dubitatif comme lance de feu :


*Je t’aime, idiot ! Jamais je ne laisserai que l’on touche à un de tes cheveux !... *

Il tourna la tête vers le coin de la salle d’op où elle se tenait, cherchant son regard, sans le trouver, il y avait du monde entre eux. Elle devina néanmoins son émoi, les milles questions qui se pressaient dans son esprit.

*Chut, laisse-moi faire.*

Jeff se détendit, tout irait bien. Il vaguait au creux d’une agréable somnolence quand l’alarme se déclencha dans les pensées de Lucrèce. Le toubib aurait bu toute la nuit, avec une gueule de bois monumentale, le risque de faire des gaffes mortelles était énorme.

*Qu’est-ce que je fais ?*

*Dessoule le…il te suffit de le vouloir, chérie…essaye, tu verras !*

Cela marcha, apparemment, car l’intervention se poursuivit sans anicroches majeures et il put se laisser aller à cette langueur bienfaisante qui l’envahissait. Assez abruti, il capta à peine la satisfaction de sa chérie. Un autre homme aurait été dans le coma après ce pompage irrévérent, lui n’en mourrait pas mais se sentait plus que vaseux et quand finalement on lui ficha la paix, il ne voulait que dormir. Lucrèce s’arrangea quand même pour le sortir de là le jour même. Jeff ne garda pas un souvenir trop clair de son retour chez eux. Faisant usage de ses pouvoirs, elle le remit assez d’aplomb pour après le faire presque fondre force cajoleries. Il flottait au creux de son rêve éveillé alors qu’elle caressait amoureusement ses cheveux, les larmes aux yeux.

*Elle m’aime vraiment ? Moi ?...Elle l’a dit…oui, sur le coup de l’émotion…*

Il avait du mal à y croire et pourtant…

Tu m’as flanqué la trouille, tu sais...

Vraiment ?, personne n’est plus incrédule qu’un démon incrédule.

Qu’est-ce que je deviendrais sans toi ? Tu n’as pas idée des folies que j’ai dû faire. Attends, je t’explique mais repose-toi encore.

Et de l’abandonner à ses réflexions qui reprenaient de plus belle. Que s’était il passé ? Pourquoi tout à coup cette tendresse avouée ? Ce délicieux revirement ? Qu’elle reconnaisse l’aimer, juste en ce moment ?...Pourquoi diables ne pouvait il pas accepter tout bonnement sans douter ? De sa trop longue existence Berith n’avait jamais eu un seul être capable de l’aimer, de se préoccuper pour lui. On l’avait craint et haï par-dessus tout. Cette révélation s’avérait au-delà de tout simple entendement. Il sommeilla encore jusqu’à son retour, pour avaler le fortifiant qu’elle avait concocté.

*Elle tient à toi…ou a besoin de toi !*

Que sa belle se love tout contre lui, le rassurait mais déjà elle soupirait, toute douceur :

J’ai un aveu à te faire…


*C’est fait, mon pote...prends en pour ton grade !*

Et…ce sera quoi ?, s’enquit il, soudait très éveillé et s’attendant au pire.

Euh… oui, je sais que j’aurais pu commander tout ça d’un claquement de doigts mais, parfois, il est bon d’être, euh… normale…

*Normale ?...Ça vient à quoi ?...*

Il se redressa un peu sur les coussins, essayant de prendre une attitude un peu plus digne que celle de dolent démuni.

Qu’est ce que tu veux dire ?...Que se passe t’il ? Il y a quelque chose que tu doives me dire ?...Lucrèce, je t’en conjure…parle…

Un pressentiment affreux lui broyait l’âme. Il n’était pas loin de la vérité.

Tout va bien, mon chéri…

N’essaye pas de me rassurer…dis moi !

C’était pire de ce qu’il avait pu supposer.

J’ai simplement été, euh… jugée.

*SIMPLEMENT !!!?*

Tu…veux dire…

Ils se comprenaient à demi mots.

Oui, là-haut… Mais ça va, aucun souci…


Aucun souci !?...Mais tu es consciente de quoi il en va ? Je ne peux pas croire qu’IL s’en mêle de la sorte…qu’est ce que cela peut lui faire ? *Manakiel…tu vas me la payer…je le jure !*…et que te voulait on ?...que s’est il passé ?

Sans s’altérer Lucrèce reconnut avoir marchandé et gagné le droit d’exercer ses pouvoirs pour autant qu’elle n’exagèrerait pas.

*Ouais…on lui passe MES pouvoirs et encore on en restreint l’exercice…tu vas fort, frérot…mais de celle là…tu ne te relèves pas, parole d’honneur !*

Il bouillait de rage mal contenue.


Et moi, qu’est ce que je deviens dans tout ça ?

Toi ? Euh… ils n’ont rien dit à ton sujet.


*ILS ?...Oh, non, le tribunal des anciens…c’est quoi ce bordel !?*

Et que diables faisais tu là ?...Pourquoi as-tu été convoquée ?...Oh non…ne me dis pas…tu es…Pourquoi Lucrèce, pourquoi ???...

Elle ne se laissa pas amoindrir pour autant. Son explication valait bien une autre. Faudrait faire avec même s’il se sentait misérablement pris au piège.

Tu…es de leur côté. Tout le temps ! Et je suis tombé pieds joints dans le panneau…le plus vieux piège du monde…Qu’est ce qu’ils t’ont offert en échange ? Que veuillent ils encore ?

Il était furieux, vexé, blessé, se sentait trahi, vendu. Elle avait exercé sur lui ses talents pour l’amener à cette misérable déchéance et tout au profit des « AUTRES »…de ceux qui avec « LUI » menaient le grand Jeu.

J’y suis pour rien !, se défendit Lucrèce, c’était un deal : te faire changer. Et tu as changé, non… ? Tu peux pester, rager tant que tu veux, je le sais…

Abattu, il détourna le regard mais il fallait bien le reconnaître, ce fichu changement. C’était venu tout seul, sans y penser…cela avait son bon côté, certes…mais de là à renoncer au reste…

Alors…si tu toute puissante…qui t’empêche de me rendre mes pouvoirs ?

Vain espoir .

QUOI ? Ça, je ne peux pas…


Bien sûr que tu peux !


MAIS NON ! C’est pas que je ne veuille pas : je ne peux pas te rendre tes pouvoirs ! Réfléchis, bon sang ! On serait fins s’ils nous ruinent tous les deux ! Tu dois te reposer…

Vais bien !
, grommela t’il en essayant de se lever mais elle l’en empêcha.

Je sais que tu es en forme, à qui tu le dois selon toi ?

Il aurait voulu pouvoir l’envoyer se faire voir en enfer mais déjà elle lui tombait dessus en l’embrasant comme une folle. Des petits baisers délicieux, merveilleusement chaleureux, doux, mutins …que pouvait il contre ce déferlement de tendresse ? Rien. Vrai ? Faux ? Il s’en fichait. Tant qu’il pourrait l’avoir, elle… les moyens comptaient peu. Il l’aimait, ce cela , plus aucun doute…l’aimait elle autant ? Seul le temps saurait l’en convaincre.

On fout le camp, qu’est-ce que tu en dis ?

Pour de bon ? À jamais ?

Il connaissait la réponse d’avance mais c’est bon rêver, parfois. Elle était du même avis.

Allez, laisse-toi faire. Je pose une pancarte « en vacances » et on file !

Deux temps. Trois mouvements.

Le profil mutilé de Manhattan fut un rappel « sine qua non » de la noirceur de ses fautes. Il se tut, serra les dents et assuma. Lucrèce semblait si heureuse de retrouver un monde normal qu’il ne se sentit pas le droit de lui gâcher la fête.

New York. La Grande Pomme. Une des villes les plus trépidantes du monde. Celle qui ne dort jamais, même s’il y en a plusieurs autres qui soufrent aussi d’insomnie. Il aurait préféré n’importe quelle autre mais le dévolu de sa belle était jeté. Il ferait de sorte pour rendre cette visite inoubliable.

Il te suffit de penser, ma chérie, à ce que tu désires…t’en fais pas, tant que tu ne veux la peau de ton prochain ni le pouvoir universel…tu peux t’offrir une limousine avec chauffeur, une suite au Plaza, une nouvelle garde robe, des bijoux…fais toi plaisir !...Des entrées à un music hall à Brodway ?...Ma douce, aucun besoin de diableries pour cela…suffit d’un bon pourboire au « concierge »…mon amour…l’argent est le pouvoir le plus grand après le « Pouvoir » en soi…fais moi confiance…

New York se couvrait de neige. Suivant ses conseils si doctes, elle se couvrit de fourrures. Les plus belles et somptueuses, celles qui rehaussaient encore plus sa beauté autant que les bijoux magnifiques, qu’il aimait la voir porter comme unique parure quand enfin le train fou de cette ville en effervescence leur laissait le répit de se retirer dans le refuge de leur suite, avec vue au parc.

Diable ou pas, impossible ne pas succomber à la magie de Noël à New York. Les décorations rivalisaient d’imagination, la musique résonnant partout, l’agitation de ce monde fou courant aux emplettes dans le désir de trouver le cadeau idéal, l’arbre immense au Rockefeller Center, symbole clinquant d’une ville qui ne se laissait pas vaincre par l’infortune. Lucrèce ne pouvait pas le savoir mais il suffit d’un passage obligé au Ground Zero pour le rendre pratiquement malade. Il en rejeta la faute à un repas trop assaisonné au restaurant indien, elle n’en fut pas dupe.

Veux pas en parler…insiste pas, chérie…je t’en supplie…insiste pas !

Ironique et perspicace, elle lui avait tendu deux Alka Seltzer dilués sans faire plus de commentaires. Cela marchait pour l’estomac. Malheureusement il n’y avait pas de remède contre le remords aigu, encore moins pour le chronique.

Ils avaient passé tous les jours, depuis leur arrivée, à parcourir la ville, à faire des achats à s’en rendre fous, à aller de fête en fête, à s’étourdir de monde. Lucrèce aimait se mêler à cette agitation constante. Parée comme une princesse, belle comme elle était, impossible éviter attirer l’attention d’autrui. Hommes convoiteurs, femmes envieuses. Elle resplendissait au zénith de sa réussite. Ce monde infatué qui l’avait ignorée jadis lui tombait aux pieds, l’admirant, l’adulant.

Ne te laisse pas aller au mirage, mon cœur…si demain tu n’avais rien, tu sais exactement ce qui se passerait…Ils ne t’aiment pas…c’est le lot du « pouvoir »…c’est lui qu’on flatte…toi, tu le détiens, seulement…

Jouant au mieux son rôle de prince consort, Jeff s’arrangea pour planifier , au milieu de ce tourbillon d’activité, sa célébration de Noël à sa façon. Il y tenait. Jamais auparavant cette festivité n’avait attiré son attention pour autre chose que pour la gâcher, sans jamais y parvenir totalement. Cette fois c’était tout autrement. Trop de changements s’étaient produits en lui comme pour le laisser indiffèrent. Sa nature avait connu un changement qui le rebutait parfois en souvenir de ce qu’il avait été mais le bien être inespéré qui l’envahissait prenait le dessus.

*Devenir comme eux…t’es foutu, Berith…quelle punition…*

Mais il commençait à l’accepter de bon cœur, cette punition…avec Lucrèce, tout était plus facile.

Un sapin parfait ornait le salon de leur suite. Elle n’en revenait pas. Il avait insisté pour cette soirée de réveillon pour eux, tout seuls. Un dîner exquis leur avait été servi, soigné jusqu’au dernier détail. Sur les coups de minuit, il lui avait tendu son unique cadeau. Un petit écrin en velours noir. Il avait lu l’ébahissement dans ses yeux en découvrant le contenu.

C’est tout ce que j’ai à t’offrir, ma diablesse chérie…

Ce n’était pas de Tiffany ni de Cartier. Un anneau simple serti d’un diamant sans prétentions mais d’une pureté parfaite, qui n’égalerait jamais les magnifiques bijoux acquis depuis leur arrivée. Celui là, il l’avait payé avec son salaire et demandé à la Pierre.

Je t’aime, Lucrèce… et sens que je veux passer le reste de ma vie avec toi… de l’éternité, s’il y a lieu…sois ma femme…je promets de t’aimer jusqu’à la fin des temps…Ça ne te fait pas trop long ?

Elle n’en semblait pas trop emballée par l’idée d’une éternité à ses côtés. Il pouvait bien la comprendre.

Penses y, ma douce…rien ne presse…un peu plus de champagne ?

Noyer le poisson. Une folle amertume lui serrait le cœur…elle ne lui en laissa pas trop le temps. Quel déferlement de folle passion, d’amour incandescent. Elle portait sa bague. Elle voulait de lui.

Berith venait de découvrir le bonheur…le vrai !

Cet état parfait dura moins d’une semaine…


Drôle de rêve, le sien. Au beau milieu du bucolique délire où Ding courant comme le fou joyeux qu’il était, dans un paysage enneigé assez curieux, voilà que s’immisçait, genre flash informatif de dernière minute, le gros plan d’une armée en marche. Étrange et hétéroclite cohorte de divers uniformes commandée par un non moins déplacé chef de guerre. Les lieux où transitait cet inusuel convoi ne résultaient que très connus…

Sa propre exclamation de surprise le réveilla. Souffle court, idées en pagaille, essayant de séparer illusion de réalité, il se redressa brusquement, constatant, en passant que Lucrèce était aussi éveillée et passablement énervée.

J’ai…fait un rêve plutôt bizarre…Ah ? Toi aussi ?...C’est curieux ça !

Les détails étaient imprécis, différant déci delà mais dans l’ensemble ils donnaient la même chose dans les deux cas.

Ça va leur tomber dessus d’un moment à l’autre…, dit il en se laissant aller paresseusement sur les oreillers, et dire que je pensais être le seul à vouloir embêter ces gens !...Sais pas de quoi il s’agit ?...Une prémonition ?...Un signe ? De qui ?...À ton avis !?

Toutes leurs hypothèses finissaient par pointer dans la même direction.

On peut dire que cela ne nous incombe pas…on les laisse se débrouiller…mais…

Pourquoi devait il toujours avoir un mais ?… Il se redressa en jurant contre sa conscience, celle dont il s’était si bien passé sa vie durant.

Allons y…on doit les prévenir au cas où ils ne sauraient déjà…Pourquoi ?...Euh…je suppose que c’est ce qu’on appelle loyauté…

C’était exactement de quoi il s’agissait. Leur retour au village fut tout aussi discret que leur départ. Une fois chez eux, il fallut réfléchir à la façon de s’y prendre.

On peut pas se pointer en racontant qu’on a eu des visions…on nous prendrait pour des illuminés…en plus qu’ils voudront sans doute où on était passés…une excursion dans la nature ?...Ma chérie, faudra de l’imagination pour gober ça…mais ce sera mieux que leur sortir l’histoire du rêve prémonitoire…

Un beau carton d’invitation glissé dans la boîte aux lettres les renseigna arriver pile poil le jour du triple mariage.

Et en plus on va arriver en retard…tu as vu l’heure qu’il est ?...Finis pas de m’habituer aux cabrioles du temps entre les mondes…

Un claquement de doigts de sa belle accommoda leur allure en conséquence et d’un autre mouvement les mena aux abords de la plage où se célébrait un joyeux repas de noces auquel on les avait invités plus par obligation que par plaisir. Avant d’entrer en matière ils félicitèrent les mariés mais personne ne fut dupe de leur air plus que tracassé, qui n’avait, en toute raison, rien à voir avec leur retard.

Nous revenions de nos « vacances »…du côté des bois, au Nord…mais cela n’intéresse pas pour le moment…c’est plutôt ce que nous avons vu…une armée avance vers le village !

De quoi oublier les festivités en cours. Les questions fusèrent, on voulait des détails. Ils en fournirent autant que possible, accolant vérités et quelques petits mensonges obligatoires pour rendre l’histoire crédible. De toutes façons, la suspicion resta de mise mais pas pour bien longtemps. Un milicien, hors d’haleine se présenta pour annoncer le retour d’une patrouille partie la veille.

Une armée…à pied, à cheval…ils viennent vers nous…seront ici au plus tard demain…Quelques centaines…armés, oui…Non…pas des conquistadores, cette fois…Miles assure que le type qui les commande est…un général américain mais que le reste…euh…un peu de tout…

Exactement le rapport précis et soigné qu’on aime entendre pour savoir à quoi s’en tenir.

M’est avis, se risqua à dire Jeff, que l’ennemi a paré avec les moyens de bord…s’il se trouve on aura affaire à une armée… euh…très singulière…Mais logiquement que je veux me joindre à vous…Expérience ?...Je sais me servir d’une arme, c’est déjà mieux que rien…

*Ouais…mieux que rien ! Si vous saviez…*

Mais le moment n’était pas venu de faire des aveux non sollicités, cela viendrait plus tard…ou pas ! Lucrèce n’était pas du tout ravie qu’il se porte volontaire mais ne put que se résigner de le voir s’intégrer au mouvement de défense.

En toute évidence, cette invasion n’était pas nouvelle de dernière minute. En moins de temps que Jeff ne l’aurait cru possible, le village entier était en pied de guerre. Chemin faisant vers la maison communale, il glana quelques renseignements intéressants.

*Des espions ?...Patton et Cléopâtre ?...Ben, dis donc…on dirait qu’il y en a un qui s’ennuyait joliment !*

Un rapide tri s’opéra entre les volontaires. Ceux qui servaient à quelque chose, à droite ; ceux qui ne comptaient qu’avec la bonne volonté, à gauche, ils aideraient les pompiers en cas de feu. Il joua de tout son talent pour être envoyé à droite même si on ne lui crut que la moitié de son histoire. On l’arma de pied en cap et on l’envoya se mettre aux ordres du second à bord. Le grand chef discutait stratégie avec ses conseillers. Il aurait voulu avoir son mot à dire mais personne n’avait que faire de son avis…pour le moment !

Les premières clartés du jours coloraient à peine l’horizon quand les éclaireurs revinrent. L’ennemi s’était arrêté quelques deux kilomètres plus loin et établi campement, sans aucune intention immédiate de lancer une attaque.

Ils savent sans doute ne plus compter avec l’effet surprise alors ils font étal de nombre !

Fameux étal, tout compte fait…

Du coup, je crois savoir ce qu’a senti Léonidas,
grommela Jeff en se demandant à quoi rimaient ces tours stupides…du Jeu.
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