Gods Games

Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
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 Les temps modernes

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Louis XIV

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Messages : 2963
Date d'inscription : 13/02/2011

MessageSujet: Les temps modernes   Mer 23 Mai - 11:44

Acceptés est beaucoup dire, disons que les historiques étaient à présent tolérés dans une certaine mesure.
Après l’échauffourée de la place, trois clans se distinguèrent. Les uns voulaient les remettre en prison, d’autres insistaient pour qu’ils soient logés convenablement, les derniers s’en fichaient un peu.
Eux-mêmes ayant eu du mal à accepter leur nouvelle condition, les ressuscités comprenaient parfaitement les réticences de ces gens à gober un truc pareil.
Une sorte de compromis fut trouvée par la mairesse, Mrs Veronica Bones : les hôtes forcés seraient assignés à résidence en attendant que leur cas soit débattu en haut-lieu.

Un petit comité escorta les trois prisonniers jusqu’à un gîte peu banal. Déjà le long du trajet, Louis s’était intéressé au décor peu banal qu’il commenta à qui voulait l’entendre.


Ce tapis gris est confortable aux pieds, bien plus que les mauvais pavés de ma capitale. J’adore ces réverbères ! Mon lieutenant de police, Monsieur de La Reynie – cher Nicolas – avait déjà institué cette pratique dans mes rues… Quelles coquettes maisonnettes !

Menton dressé, il ne manquait à Louis qu’une des hautes cannes affectionnées pour se croire en train de déambuler dans ses jardins en train d’admirer les nouvelles créations de Monsieur Le Nôtre.
Si des regards surpris ou intéressés le suivirent dans son déballage, Loulou ne s’en soucia pas.
On fit une halte devant l’un de ses pavillons d’un étage, entouré d’une belle pelouse.
Lindsay et McIntosh qui les avaient accompagnés voulurent leur faire les honneurs du home.


Restez dehors jusqu’à nouvel ordre ! Vous êtes sûrement de mèche avec eux ! grogna un malabar.
Parker et Adams, mettez les nouveaux au parfum !


Au parfum ? Quelle charmante attention, sourit Louis. De quelle fragrance disposez-vous ? J’ai un faible pour le lys mais j’adore aussi le lilas.


Il ne comprit pas l’hilarité soudaine de Richard ni pourquoi des doigts s’agitèrent sur les tempes de certains assemblés.
Parker ouvrit la porte, Burton le suivit, Adams ferma la marche derrière Achille.
L’éclairage brutal du petit hall fit sursauter le monarque qui comprit aussitôt l’usage du petit levier près de l’entrée.


C’est absolument magique ! Regardez !

Au bout d’une minute, il fallut que le Grec le saisisse au collet pour qu’il cesse de jouer avec l’interrupteur.

Bon, fit Parker légèrement dépassé par ces enfantillage, là c’est le salon salle-à-manger. On n’a pas la télé mais une petite tsf ainsi qu’un lecteur CD mais faut acheter les disques.

Langage cryptique s’il en est qu’aucun des historiques ne releva.
La pièce avait de belles proportions, meubles et coussins semblaient moelleux.


Là-derrière:la cuisine. La double-porte donne sur le jardin et la piscine. En haut, il y a les chambres et la salle de bains. Vous avez aussi des toilettes dans le hall.
Ah, le réfrigérateur est garni, les placards aussi. Vous êtes tenus de ne pas sortir. Il y aura des gardes devant et derrière. Bonne nuit !


On les planta là sans autre explication.

On parle pourtant la même langue mais je n’ai pas compris la moitié de ce que ce gars racontait. Vous si ?

Richard, le plus moderne des trois, partit en reconnaissance.
Un instant désorienté dans ce cadre si peu familier, Louis s’aventura vers ce qui avait été désigné comme étant cuisine. Il resta perplexe face aux installations découvertes.


Bacs et …robinets ?

Les robinets qu’il connaissait avaient une molette. Ceux-là point. À force de chipoter le levier, il trouva l’eau et, même s’il en éclaboussa l’évier, il jugea cela génial, le manipulant sans relâche un bon moment.
Les armoires resteraient toujours des armoires même si celles-ci étaient de matière inédite avec des fixations de porte très étranges. Elles n’en recelaient pas moins un tas de boîtes de métal comme celles de Le Gallet, des sachets, des pots, etc.
Le plus bizarre était l’absence de cheminée. Comment diable pouvait-on cuisiner sans feu ?
Il regarda partout. Dans toutes les armoires, du dallage au plafond.


Ces gens se moquent de nous, pesta-t-il envers Achille qui, à défaut de mieux, l’avait suivi dans sa quête. Ça sert à quoi, ça ?

Le Grec avait posé son siège sur une surface vitrée plane dont les bords étaient garnis de boutons.
Louis tourna. Puisqu’il ne se passait rien, il visa autre chose.
Cette grande armoire tout en métal argenté était fascinante. En l’ouvrant, Louis demeura sans voix... une seconde :


Oh… Regarde moi-ça ! Une armoire de boîtes !

L’inventaire lui prit du temps. Tout était étiqueté, mais lisible :

Jambon, pâté, mayonnaise… là, des œufs… il y a des viandes aussi mais tout est sous un voile élastique… Et tout est froid !... Comment ça chaud ? Tout est froid, je te dis !

Avec un cri tel que Louis en avait ouï en place de grève lors de bûcher de sorcier, Achille sauta en l’air en se tenant les fesses.

… Je ne savais pas !... On a trouvé le feu, non ?... D’accord, je suis un touche-à-tout, mais quelle idée aussi de s’asseoir sur ce que l’on ne connait pas ! *Na*

Richard revint alors de son exploration personnelle et décréta que les commodités étaient d’enfer et les plumards très confortables.
Il suffisait de voir son allure pour s’en convaincre. Fleurant le jasmin, vêtu d’un peignoir épais, il semblait plus détendu que jamais ils ne l’avaient vu.


… Une douche en haut ? J’y vole !

Il n’écouta rien des recommandations de Burton et fila à l’étage. Les habits, il trouva. L’usage des manettes du bac à pommeau, moins. Chaud, froid, chaud, froid, il sortit de là tel un chat échaudé vêtu d’éponge. L’expression hilare de ses amis ne le démoralisa pas :

On verra si Achille pourra se rafraîchir les arrières…

Pendant que l’illustre de Troie se douchait, Louis investigua à nouveau la cuisine.
C’est dingue ce qu’il trouvait. Toute la nourriture entrevue lui fit gargouiller l’estomac. Les fayots au lard étaient loin déjà. Il farfouilla dans divers ustensiles tandis que Richard se penchait sur une boîte munie de boutons, au salon.
Louis avait déniché des sachets de soupe et lu leurs instructions. Il voyait avec plaisir la fumée s’élever de son poêlon quand des sons emplirent la maison au point de faire éclabousser le bouillon.


… Ah… de la musique… Si tu le dis…

Achille, sans doute aussi surpris que lui, déboula avec une tringle à rideaux en main, brandie telle une lance.
On se calma et dégusta le potage, à la comme on peut.


Avec de la pratique, j’arriverai à mieux cuire ça, soupira Louis pas trop satisfait du mélange boueux et cramé obtenu.

L’heure étant avancée, Richard plia bagage, imité par le Grec.
Dans sa vie antérieure, Louis n’avais jamais eu besoin de beaucoup de sommeil. Il en profita… largement.
Peut-être la nuit de ses amis fut-elle troublée par des jeux de lumière intempestifs, des jurons, des cris ? Quoiqu’il en soit, au matin, Louis était fier de leur servir un petit-déjeuner presque parfait.
La cuisine était, certes, un beau chantier souillé des essais de sa majesté.


… J’ai eu un peu de mal pour griller le pain. Les plaques ne donnaient rien de bon. J’ai essayé l’engin avec des fentes… Quoi, mes doigts ?


Richard l’engueula de maîtresse façon tandis qu’Achille ôtait les bandages sommaires de ses mains.
Fendant l’interdiction de rester à résidence, deux historiques décidés en encadrant un troisième défaillant réclamèrent hautement McIntosh et ses soins.

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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Sam 26 Mai - 19:48

Le temps d’un déluge avait jadis effacé l’homme de la Terre, au train où allait celui là, ce seraient eux les prochains éradiqués. Dieu avait aussi jadis préservé Noé et les siens, leur faisant construire une arche avec laquelle ils avaient vogué sans destination connue jusqu’à trouver répit.

*Juste l’histoire qu’il te faut, ma vieille…Si tu vois Noé quelque part…*


Les faits, tels qu’ils se présentaient étaient loin d’être encourageants. On sombrait. Lente mais inexorablement, leur refuge s’effritait sous l’assaut du fleuve. La solution apportée par Sissi, grâce à ses nombreuses relations aquatiques causa, comme on pouvait bien s’y attendre, un beau tollé et l’incrédulité générale. Le contraire aurait été surprenant. Sans se laisser abattre pour autant, les trois Grâces venues du passé, allèrent s’occuper à leur projet laissant les autres au leur. Ce qui devait être fut, et bon gré, mal gré, ces messieurs, Hopeman inclus, durent reconnaître que leur solution était vouée à l’échec. Qu’à cela ne tienne, avec plus de mains à l’œuvre la construction de la nacelle fut terminée à temps. On s’y agglutina corps et biens en attente d’un sauvetage aérien.

Amelia avait aimé voler mais elle ne garda aucun souvenir agréable de ce voyage rapide mais en extrême remuant, inconfortable et incertain. Elle n’était pas la seule. Hélène était à demi morte de nausées et trouille. Sissi, plus courageuse avait viré au vert. Les autres ne valaient pas mieux et tous donnèrent grâce au Ciel quand leur sauveteur de fortune les déposa en douceur, au sec. Chacun reprit ses esprits comme il put avant de se plier aux besoins immédiats d’organisation. Chesterfield, qui avait vite repris le poil de la bête, décida qu’ils devaient se séparer pour explorer les environs, de deux en deux. Sagace et diplomatique, il laissa au hasard faire les choses. On tira à la courte paille et des couples impensables se formèrent. Hélène partit avec le samouraï. Sissi accompagnait le rude Chavez et elle eut la chance de tomber sur Neil. Deux restèrent sur place pour aménager le campement.

Au début, ils avancèrent en silence, ce qui ne gênait pas Amelia, elle était habituée aux longs silences de Richard et ne s’en portait pas plus mal, cela lui laissait le loisir d’observer les alentours . Bucoliques, apaisants après tant de sursauts.

On nous a déposés bien à l’abri, je crois. Cette bande de terre a l’air très solide, étendue et giboyeuse.

Cela m’en a tout l’air, en effet, mais je suppose qu’on ne va pas à la chasse.

Non, on ne tirera pas. Pas avant de savoir si les lieux sont sûrs.

Elle hocha la tête en signe d’assentiment tout en le détaillant discrètement. Malgré les pénuries endurées, Neil Chesterfield demeurait un gars fin et racé, il était poli et instruit. On ne pouvait s’y méprendre, il était fils de bonne famille, se trouvant là par tant de hasards conjugués et ayant, sans doute, appris sur le tas comment se débrouiller en situations imprévisibles.

On pêchera, ça ne fait pas de bruit.

Pas mal comme idée. Vous savez vous y prendre, avec la pêche…je me souviens de votre sac à poissons, l’autre jour. Euh, moi…suis pas trop douée, Dick assure que c’est parce que je suis impatiente…

Penser à son Richard perdu quelque part, Dieu sait où, la fit baisser le nez, essayant de chasser le chagrin. Faisant un effort elle poursuivit sur un autre thème.

Vos compagnons…sont ils tous fiables ? Après tout, on ne les connait pas et se poser des questions va de soi…Sissi est habituée aux types rudes mais ce gars qui l’accompagne …

Il la rassura vivement.

Non, Chavez est un type bien, il ne touchera pas à Sissi. Quant à Hélène, elle a prouvé être autre chose qu’une évaporée... sauf avec un verre dans le nez.

Vous pouvez le dire…je ne l’avais jamais vue ainsi.


Il faisait bon rire avec lui, oubliant pour un instant leurs déconfitures. On parla de l’honneur des samouraïs, de l’un ou de l’autre avant qu’il ne se décide à lui demander de parler un peu d’elle-même.

Euh…que dire ? J’ai eu une vie assez mouvementée, pour une femme de mon temps.

Elle ne voyait pas le besoin de s’étendre en détails mais Chesterfield ne semblait pas du même avis.

Vous êtes une sorte de légende, savez-vous ? On a même fait un film sur votre vie !

Wow ! Vraiment !? C’est plutôt flatteur, ça…un film !, elle secoua la tête, amusée, ma foi, je ne pense avoir fait rien de trop extraordinaire, à part enfreindre quelques règles établies et mourir sans avoir accompli mon rêve…ah bon ? On ne m’a jamais…retrouvée ? Enfin, on pouvait s’y attendre, quand on tombe en pleine mer…Oui, le genre de truc qui nourrit l’imagination…

Cela faisait un bien fou bavarder comme si rien avec ce jeune homme charmant. Il en racontait des choses, comme par exemple sur cette fable que beaucoup avaient bâti autour de sa mort en assurant qu’au lieu de reposer dans les profondeurs marines, elle avait vécu, retirée du monde, au sein d’une tribu perdue quelque part dans un archipel paumé au milieu de l’océan.

Mine de rien…pas trop loin de la vérité, pour paumé cet endroit l’est même si vous n’avez rien d’un habitant de Rarotonga et alentours !

Ils en riaient encore quand Neil s’arrêta brusquement.

Là-bas ! Il y a quelque chose qui brille…

Oui, il m’a semblé le voir aussi…mais là, vois plus rien !

Ils se séparèrent à peine pour sonder l’herbe assez haute. Amelia avançait, intriguée, munie d’un bâton et le fut encore plus en tombant pile sur une surface métallique, polie comme un miroir.

Drôle de truc…ça ne correspond pas trop à cet…

Ce qui se passa par la suite la sidéra au plus haut point, sans qu’elle puisse y trouver une explication logique. Un instant auparavant elle était dans les bois en compagnie de Neil et maintenant…

Mais…qu’est ce que…

Toujours debout sur l’étrange surface, elle tourna la tête en tous les sens, découvrant l’insolite. Disparu le bucolique paysage faisant place à un endroit on ne peut plus étrange. Une espèce d’énorme laboratoire si on en jugeait par l’équipement extraordinaire qui occupait les lieux. Elle n’avait jamais vu quelque chose de semblable et ne fut pas trop longue à deviner que ce décor futuriste était justement cela…le futur !

Amelia n’eut pas le temps de se poser trop de questions, constatant ne pas être seule. Un groupe pas trop nourri d’hommes en salopette rouge les uns, en uniforme les autres, avançait vers elle et leur expression n’était pas spécialement amicale.

D’où tu sors, toi ?

Interpellée si impoliment, l’américaine redressa le menton et les jaugea, sans aménité.

Je pourrais poser aussi quelques questions, messieurs. Où suis-je, d’abord ?

Ils ricanèrent sans répondre pour autant. Quelque part une espèce de sirène d’alarme s’était mise à hurler. D’autres hommes firent leur apparition, armés jusqu’aux dents. Agissant par pur instinct, elle braqua son bâton sur eux, prête à se défendre. En riposte à son acte, on la pointa d’armes en tout identiques à celles de Chavez et Hopeman. Partie perdue d’avance, elle laissa tomber son bâton et faute de mieux, leva les mains.

Vous n’allez tout de même pas me farcir de plomb…je ne suis pas armée !!! Écoutez, je ne sais pas comme je suis arrivée ici…j’ai marché par mégarde sur ce truc là !, elle frappa du talon la surface polie , j’exige une explication !

Et tu n’es pas la seule, ma jolie ! Tu viens d’entrer par effraction et on est pas à la rigolade, ici. Que viens tu faire ? C’est pas l’heure de la pioche et tu sais que c’est interdit de venir ici sans en avoir la permission !

*Hein !? Qu’est ce qu’il me chante, ce plouc ? Permission ? Pioche ? Ta veine, Meeley…t’es tombée en pleine prison de haute sécurité…*

Je n’ai pas la moindre idée de quoi vous me parlez. Je vous dis que…non mais, vous allez me laisser parler !!! J’ai des droits…*T’en as ?*

Apparemment pas trop. Deux costauds baissèrent leur arme et allèrent la saisir, sans aucune douceur, tandis que les autres continuaient de la tenir en mire comme si elle était une menace nationale.

Ça va pas, la tête…lâchez moi, brutes… Je suis Amelia Earhart, citoyenne américaine et je n’entends pas être traitée comme…

Une vulgaire délinquante !Comme tel, sans se laisser impressionner ni par son nom ni par ses véhémentes protestes, ses capteurs l’entraînèrent hors de là.

Qu’est ce qu’on fait avec elle?, s’enquit l’un des malabars en s’adressant à celui qui semblait son supérieur.

Au village, Miss Bones saura que faire…

Village ?, intervint Amelia, intéressée par l’information, serait ce possible que…

La ferme, la rouquine !

On y repasse, pour les manières, hein ?...Vous faites ce genre de choses souvent…Arrêter les gens sans raison !?

Sans raison ? Tu veux rire…À croire eu t’es vraiment paumée, toi…T’a pas vu où t’es ?

Elle soupira, agacée.

Ça fait un moment que je m’échine à vous le dire, ramassis d’idiots…je ne sais pas où je suis…au fait, où diables est on ?

Zone 51, lâcha un des hommes.

Merci, c’est fou ce que cela me renseigne…écoutez, il y a un moment, j’étais ailleurs…j’ai marché sur cette espèce de plaque et me suis retrouvée là dedans…je veux retourner avec mes amis…je vous en prie…laissez moi y retourner…Neil doit se faire de la bile quand même.

Neil ? De quel Neil vous parlez, là ?, s’intéressa celui qui semblait être le chef.

Neil Chesterfield, vous le connaissez !?

Pas de réponse, au lieu de cela on l’embarqua dare dare dans un véhicule qui démarra sur le chapeau des roues. Personne ne lui adressa un mot chemin faisant. Supposant qu’on n’allait pas la pendre haut et court dans un futur immédiat, Amelia détailla plutôt les parages parcourus à bonne vitesse. La route goudronnée parlait de civilisation tout ainsi que les habitations qui apparurent bientôt, éparpillées le long du chemin. Jardins plus ou moins soignés, lampadaires…on se serait cru dans quelque petite banlieue paisible. De plus en plus surprenant !

Arrivés face à ce qu’elle supposa était le quartier général, on la fit descendre du véhicule pour la pousser avec rudesse vers l’entrée.

Ah non ! Je vais nulle part, moi…pas avant qu’on ne me dise où je me trouve ! J’exige voir l’ambassadeur des USA…ou le consul, faute de mieux…

Suffit avec le cirque, obéis ! Jenkins…passe lui les menottes ! On sait jamais !

Menottes ? Non mais, vous l’avez perdue, la boule…parole d’Amelia Earhart que vous pouvez toujours courir, triple goujat !

Et de lui lancer un coup de pied dans le tibia qui le fit hurler de douleur et la lâcher, les autres perdirent une fraction de seconde qu’elle profita pour détaler comme un lièvre. La vie au grand air et l’exercice obligé la tenaient en grande forme. Sprintant, elle zigzagua entre les quelques badauds croisés, attendant qu’on commence à tirer mais on n’ouvrit pas le feu au lieu de cela, la troupe se lança à ses trousses.

ARRÊTEZ CETTE FEMME !!!, aboyait celui en tête du peloton.

La veine que les gens soient de réactions lentes. Sans demander son reste, elle fonça droit devant sans savoir où la mènerait cette course folle…course qui se vit arrêtée brusquement quand on l’empoigna d’un bras avant de l’attirer dans une étreinte à couper le souffle. Affolée, éperdue, sûre de s’être fait pincer, elle rua, se débattit, chercha à mordre et à griffer. Il suffit d’un mot, tout simple :son prénom, pour la faire lever la tête et découvrir qui la retenait si solidement…et le monde chavira dans un tourbillon de ravissements merveilleux.

DICK !!! Oh, mon Dieu…DICK !!!...Je rêve ?

La suite lui prouva amplement qu’il n’y avait pas d’erreur possible d’autant plus qu’elle venait de découvrir, un peu en retrait Achille qui souriait, angélique et Louis pour une fois, muet de stupéfaction.

Je ne peux pas y croire. Vous êtes là !!! Mais attention…ces forcenés me poursuivent et…

La troupe s’amenait à bout de souffle mais marqua une halte en la découvrant en si bonne compagnie.

TOUT LE MONDE À LA MAISON COMMUNALE !!!, gueula le chef.

Sont sympas comme tout dans ce bled…Ah, vous en savez quelque chose ?...En prison !? Dites donc…Vous êtes aussi en état d’arrestation ? Merveilleux…tant qu’on nous arrête ensemble ! Oui, Achille, Sissi était avec moi et Hélène aussi…sauf qu’elles sont restées…là bas…je vous explique après…Elles vont bien…tout le monde va bien !

Elle était si heureuse que peu lui importait où on les menait. On y pourvoirait après !
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Dim 27 Mai - 14:38

La vie est un long fleuve tranquille dit-on. Certains modernes ont ajouté « semé d’embûches » mais ça Burton l’ignorait. Tout ce qu’il savait c’est qu’il commençait sérieusement à en avoir marre des dieux qu’ils soient d’Achille ou des autres. Enfin quoi ? Depuis sa résurrection, il avait connu tant de choses… des pires à la meilleure. Meeley ! Pas un jour ne se passait sans que ses pensées ne se tournent vers celle qui avait réussi à capter beaucoup plus que ce qu’il accordait aux femmes en général. Quoiqu’il veuille s’en défendre, elle lui manquait autant que l’eau dans le désert.
Pourtant là, l’eau ne manquait pas, que du contraire !

Le sevrage toxicologique du roi se passa plus ou moins bien dès que son macaque avait adopté définitivement Jenny.
S’il causait peu, Burton n’en gambergeait pas moins. Avait-on, de mémoire d’homme, jamais vu une telle aberration de la nature : une femme à peine enceinte être sur le point d’accoucher en quelques semaines ?
Bon, des illogismes il en avait subis et vécus au bord du fleuve. Là, c’était le pompon.
Dire que tous semblaient compter sur lui pour les mener à bon port... Où était-il d’abord ce port ? Il aurait volontiers donné sa chemise pour connaître la réponse. En attendant, on ramait.
La brave petite Jenny, aux rondeurs plus marquées de jour en jour, tenait le coup et ne cédait sa place à personne. L’organisation des tours de rames ne s’en trouva pas affectée même si la sollicitude collective régnait autour de la future mère.

La catastrophe, il la ressentit rien qu’à la vue du changement des ondes du fleuve mais où que son regarde porte, aucun point d’amarrage n’apparut. À part engager les autres à s’accrocher, il ne restait qu’à prier pour qu’une troisième résurrection fonctionne…

Eut-elle lieu ? Si oui, cela signifiait que Jenny, Lindsay, Dan et les autres modernes étaient aussi morts qu’eux au départ…
Quoiqu’il en soit, après le saut de la mort, ils étaient tous bien vivants et, pour la plupart, en terrain connu.
Reconnaissant des gens, Jenny s’anima. Ce qui lui valut les douleurs de l’enfantement.
En un rien de temps, Achille, Louis et lui se retrouvèrent seuls avec Le Gallet et Lewis qui les invitèrent à s’avancer vers leur village. Le roi piaillait d’impatience afin de découvrir d’autres horizons. Il n’en était pas question.
Autour du feu du petit campement établi, il fallut écouter les nostalgies royales se déballer.
Aussi incroyable que cela puisse paraître de la part d’un grand séducteur, Louis avait aimé chaque enfant né de ses lits multiples. Les enfants… Lady Burton n’en avait pas eus et en avait beaucoup souffert, Richard moins. Isabel aurait sans doute été une mère admirable, lui un père minable.


Le plus agréable avec les gosses, c’est de les faire, n’est-ce pas Louis ? avait-il rigolé.

L’hilarité tomba à plat avec l’alerte donnée par leurs fauves protecteurs.
En découdre n’avait jamais gêné Burton qui se jeta avec fougue dans la mêlée. Trois contre vingt… le bilan est facile à comprendre. Un coup de crosse dans l’estomac, un autre sur le crâne, une foudroyante brûlure dans les reins, Burton s’affala.

La geôle où il s’éveilla endolori de partout était somme toute assez confortable. Richard avait connu pire, en tout cas. Ses compagnons de cellule se remettaient aussi des sévices endurés et, comme d’habitude, Chichille grogna à l’encontre des dieux.


Ceux qui nous ont eus n’avaient rien de divin… mais bon dieu, ce qu’ils cognaient fort !

On leur apporta une pitance pas trop dégueulasse puis on s’installa pour roupiller. Que faire d’autre ?
Faire du tapage n’amènerait que des ennuis, alors…
Tout prisonnier fait les mêmes rêves d’évasion. On attendrait l’occasion. Celle-ci se présenta de la manière la plus surprenante qui soit : Colbert.
D’après Jenny, celui-ci était parfois « possédé » par son mari. Luke Walker volait-il à leurs secours ou le singe agissait-il par affection pour son « papa » ?
Quoiqu’il en soit, le trio ne connut aucune difficulté à s’éclipser jusqu’à ce que le vent de la liberté cesse de souffler.
Cernés de toute part, les historiques virent leurs beaux projets d’évasion tomber à l’eau et ils durent subir la vindicte populaire. Pour ces gens, ils n’étaient que des prisonniers en cavale. Louis se chargea de décliner son identité, suivi par Achille. Bof, tant qu’à faire, autant y mettre le paquet :


Sir Richard Francis Burton, Commandeur de l’ordre de St Michel et St George, officier de sa gracieuse majesté la reine Victoria, explorateur, ethnologue, orientaliste, écrivain et diplomate…

Un beau tohubohu salua ses titres. Peut-être les aurait-on lapidés ou conduits à l’asile de fous si plusieurs voix ne s’étaient élevées en leur faveur. Au moins leurs amis « modernes » ne les laissaient pas tomber.

Beaucoup de discussions plus tard, escortés par une foule curieuse et des hommes armés, les historiques furent introduits dans une habitation assez bizarre mais au confort certain.
Deux sbires de la milice la leur décrivirent très sommairement puis filèrent daredare comme s’ils avaient peur de rester trop longtemps avec des illuminés notoires.


Louis aux temps modernes… Un poème à lui seul celui-là !

Plutôt que de subir le blabla perpétuel du 14ème du nom, Richard fit ce qu’il préférait : explorer.
Les toilettes du hall étaient surprenantes ! Dès la lunette quittée, celle-ci se mettait à tourner et s’humidifiait alors qu’une chasse automatique s’enclenchait.


*De quoi donner envie de faire ça dehors…*

De son temps, Richard avait assisté à l’épanouissement de l’électricité et de ses applications multiples. Apparemment, les ingénieurs avaient fait du chemin depuis sa mort et tout semblait ne plus fonctionner que grâce à cette particularité naturelle au départ.

*Faudra s’y faire…*

L’étage lui réserva quelques surprises : trois chambres bien meublées avec de très grands lits au matelas étrange mais relaxants une salle d’eau irrésistible pour quelqu’un qui descendait d’un arbre...
La baignoire, large et profonde, avait des ouvertures latérales et sur le fond. Prudent, Richard préféra utiliser la douche. Un peu perplexe face aux commandes, Burton trouva rapidement l’usage du mitigeur et des multi-jets. Il y serait bien resté une heure si une vague inquiétude au sujet de ses compagnons ne l’avait pas obligé à en sortir.
Il s’octroya le luxe de tester divers flacons d’odeur mais refusa l’emploi d’autres trucs électrifiés.
Des peignoirs très confortables étaient dans une armoire, il en enfila un avec plaisir et descendit aux nouvelles.


C’est super ! Les commodités sont d’enfer. Testez pas les matelas de suite ou vous roupillez aussitôt. Il y a aussi une douche très chouette qui… Louis attend ! Les mannettes sont…


Impossible de retenir Louis qui vola explorer à son tour.
Pourquoi le Grec tenait-il douloureusement son fondement ?


Ça va ?


Un résumé grognon s’en suivit ainsi que des questions :


… J’en sais rien, Achille ! On est un peu coincé ici mais je te jure qu’on n’y moisira pas… J’ai autant envie que toi de les retrouver, crois-moi ! Profitons de cette « hospitalité » forcée et quand les choses se tasseront ,on filera... Louis ? Non, il ne restera pas ! Il est accro à son Hélène : il suivra.

Le Grec parti sous la douche, Loulou s’évertua à faire de la soupe. Lui expérimenta la boîte du salon. S’il connaissait le télégraphe, la radio était un mystère. Ses essais aboutirent à des grésillements furieux que suivirent bientôt diverses mélodies dont il fallut régler le volume avant que ça devienne harmonieux… du moins à ses oreilles.

Le repas préparé par le roi était à peine mangeable, il en était navré :


Avec de la pratique, j’arriverai à mieux cuire ça,

S’il y avait bien une chose sur laquelle on pouvait compter avec Louis, c’était l’entêtement !
La chose fut prouvée le lendemain matin. Après une nuit sublime et une autre douche, vêtu de ce qu’il avait trouvé de convenable dans une garde-robe, Richard descendit nez frétillant. Le roi avait cuisiné ! La cuisine était dans un état lamentable avec des éclaboussures de pâte à crêpe partout et des giclures de miel sur les armoires mais le résultat valait le détour. Sur ces entrefaites, Achille débarqua. Richard se mordit les lèvres pour réfréner un sourire face au musclé étriqué dans une chemise à manches courtes et un jeans moulant. Le roi, au peignoir taché, était tout émoustillé de leur soumettre ses efforts culinaires nocturnes. Mais ce qui retint surtout l’attention de Burton fut les mains de Loulou.

Qu’est-ce que t’as foutu ? Qu’est-ce qu’ils ont tes doigts ?

J’ai eu un peu de mal pour griller le pain. Les plaques ne donnaient rien de bon. J’ai essayé l’engin avec des fentes… Quoi, mes doigts ?

T’as mis tes doigts dans le four à pain ? T’es malade Louis !


Les brûlures révélées suite au débandage d’Achille convainquirent ses amis d’amener Louis chez le toubib.
Dehors, les canons des fusils se levèrent dès qu’ils apparurent :


Barrez-vous ! Vous ne voyez pas qu’il y a urgence. Où est McIntosh ?

Quelques coups de poing se perdirent au passage ? Une foule de curieux les suivit ? Tant pis.
Leur arrivée en fanfare au centre médical mit ce dernier en émoi. Fidèle au poste, Le toubib calma la meute et s’occupa personnellement des menottes royales qu’il soigna avec du jus de feuilles…
Pendant que Dan pansait le roi, Richard ne put s’empêcher de demander :


Et Jenny ?

Cinq minutes lus tard, on les introduisit au chevet de la nouvelle maman qui rayonnait de bonheur en compagnie de son amie Lindsay.
Le poupon baptisé Nick passa de bras en bras. Tandis qu’Achille, maladroit, berçait l’enfant, Richard caressa les cheveux de la mère :


Beau travail Jenny ! Il est adorable ! *Et il n’a pas déjà 1 ans…*

Un intermède se produisit alors avec l’intrusion d’un minois curieux, un peu confus d’être découvert en train de fouiner derrière leur rideau. Une connaissance des deux femmes, manifestement. L’histoire débitée par la belle força Lind à prendre la défense de la spoliée et Louis, vaincu par les charmes féminins déployés, ne trouva rien de mieux que d’inviter Miss Borija à dîner. Dès qu’elle disparut, Richard demanda :


C’est qui cette fille ? Elle a… un drôle d’air.


Tour à tour, Jenny et Lind délivrèrent leur savoir, peu de choses en vérité.
Les jeunes femmes s’enquirent sur leur devenir, plaignirent les malheurs de Louis, s’accordèrent pour plaider en leur faveur le moment venu. Car décision à leur sujet il faudrait prendre :

Ne vous souciez pas de nous. On trouvera à se débrouiller. Jenny, veille bien sur le petit… C’est quand tu veux Lind ! Louis a trouvé l’usage des plaques électriques…

On bavarda un peu puis on se quitta avec promesse de repasser dès que possible.
Dehors, la presse était nombreuse. La rumeur s’était répandue que les « illuminés » avaient fait le forcing du barrage. Mais les gens armés semblaient moins intéressés par eux que par une espèce de furie en cavale.


ARRÊTEZ CETTE FEMME !!!

Le cœur de Burton rata des battements puis s’emballa follement. Ni Dieu ni personne ne sut le retenir quand il fonça droit vers la fugitive qu’il coinça fermement. Il éclata de rire sous les coups de griffes, dents, ruades qu’elle lui octroya. Alors, de sa voix grave, il murmura en la serrant à l’étouffer :

Calme-toi ma douce. Calme-toi… Meeley !

Yeux ronds, stupeur…

DICK !!! Oh, mon Dieu…DICK !!!...Je rêve ?

Il lui clôt le bec à sa façon brusque qui en disait pourtant long...
Entre émerveillement et stupéfaction, Amelia entrevit des spectateurs particuliers.


Je ne peux pas y croire. Vous êtes là !!! Mais attention…ces forcenés me poursuivent et…

Un ordre fusa, impérial :


TOUT LE MONDE À LA MAISON COMMUNALE !!!

On suivit.
Sans lâcher la taille de sa femme, Richard répondit à ses questions en en posant d’autres
:

… Chien qui aboie ne mord pas ! Nous avons eu droit à leur geôle, ne t’inquiète pas… C’est fabuleux d’être réunis ! Sissi et Hélène vont-elles bien ?

Tout baignait.
Là, il fallait faire face à la municipalité réunie au grand galop vu les événements.
Une espèce de tribunal leur fut opposé. La mairesse, au centre d’une longue table posée sur une estrade, se leva face à l’assistance nombreuse :

Nous vous avons réunis non pour un jugement mais pour une évaluation d’urgence. Mrs Earhart, ou prétendue telle, pouvez-vous nous raconter comment vous êtes venue ici ?

Crache le principal Meeley ! Je t’aime,
lui susurra Richard à l’oreille.

Miss Bones tiqua plusieurs fois sous le récit débité surtout quand un nom se répéta à plusieurs reprises :

Neil Chesterfield, vraiment ? Vous voulez nous faire gober que vous avez connu mon prédécesseur ?

La voix joyeuse de Lind, un peu essoufflée, intervint pressante de questions.
Les détails fournis par Amelia ne laissèrent aucun doute. Elle avait bel et bien voyagé en compagnie de gens du village dont l’ex-maire.


Très bien, dit Miss Bones. Nous sommes enchantés de ces nouvelles. Nous devrons statuer sur vos cas particuliers et… condamner la zone 51 jusqu’à nouvel ordre.


Sa décision ne plut pas à l’unanimité qui réclama un accès à une mine de diamants que cette mesure empêchait. Bones fut intransigeante sur ce point :

La plaque de téléportation sert de voie à une engeance dont on se passerait bien !

C’est nous l’engeance ! rigola Burton envers Amelia.

NOUS DEVONS NOUS PROTÉGER ! rugit encore la mairesse. Chesterfield est en vie, ou l’était, tant mieux ! Nous aviserons…

Sauf votre respect Miss Bones, intervint Burton, si ma femme a réussi à passer, ce Chesterfield et nos amies ne devraient pas tarder à arriver aussi. Nous donnerez-vous accès à ce lieu nommé zone 51 afin que nous puissions les accueillir ?


Refus total
:

Contentez-vous de respecter les consignes. Miss Earhart est autorisée à partager votre habitat. La zone restera bouclée !

Dans le fond, égoïstement, Richard se foutait un peu des états d’âmes de ses compagnons. Son Amelia lui tenait la main, le reste importait peu.

Reconduits chez « eux », les historiques râlèrent un peu mais l’éventualité de retrouvailles proches apaisait les esprits.
Tandis que Louis s’activait aux fourneaux, Richard servit de guide à Amelia. Il lui montra tout puis poussa une dernière porte :


C’est la chambre que j’ai prise… Notre chambre, si tu veux…
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Hélène, la belle de Troie

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Dim 27 Mai - 17:41

Arrêt sur image. Tous sens braqués sur l’inédite vision de cette créature fantastique Hélène, qui n’était plus, par la force des choses, une demoiselle trop craintive, décida néanmoins qu’il était préférable de ne pas bouger. La créature ne semblait pas agressive et il fallait supposer, avec justesse, que si on ne le dérangeait pas, elle n’aurait aucune raison de s’en prendre à eux. Du coin de l’œil, elle vit que le samouraï n’avait pas bougé d’un pouce et sans doute, réfléchissait aussi sur la situation. L’inconvénient d’avoir comme compagnon d’équipée un homme si taciturne était le manque de communication. Certes leurs relations étaient loin d’être les idéales, pour de la cordialité lors de leur première rencontre, on y repasserait !

*Tant pis…chacun pour soi !*

Comme le japonais ne lui fit même pas grâce d’un regard, Hélène entama une discrète retraite vers l’abri des arbres. Le problème de marcher à reculons est qu’on ne voit pas où on met les pieds. Le craquement de la brindille éclata comme coup de tonnerre dans le silence presque surnaturel de la clairière alertant très efficacement la créature de leur présence. Distraite de son paisible broutage, elle releva la tête et lança un perçant regard vers les intrus en émettant des sons pas trop rassurants qui précédèrent un long cri rauque et menaçant…ou avertissait elle ses congénères ? Hélène ne chercha pas à le savoir, faisant demi tour, fila à toute vitesse vers les arbres sans se soucier de ce que ferait ou pas son compagnon. Un autre cri plus perçant encore scanda l’air, la belle jetant un coup d’œil par-dessus son épaule, vit la créature déployer ses ailes…et accéléra le pas. De Miyamoto, pas de trace.

*Il est passé où, celui là ?*

Appuyée au tronc d’un gros arbre, la blonde demoiselle reprit son souffle et attendit l’apparition du samouraï qui, selon elle et suivant les dictées du bon sens, aurait dû se tailler à son tour, le plus vite possible. Les alentours étaient paisibles mais l’attente se faisait longue. Hélène n’étant pas un exemple de patience décida finalement de faire ce pourquoi elle était là et s’en alla débusquer quelque proie pour alimenter le pot commun de ce soir. Deux gros lièvres et une espèce de poule démesurée plus tard (un dindon sauvage) elle courait après une seconde quand un éclat reconnaissable entre mille, retentit.

C’est le signal de Neil…il a dit…Diable, que se passe t’il encore ?

Sans lâcher ses prises, elle rebroussa chemin et courut rejoindre les autres au point convenu. Tous arrivaient, surpris et un peu préoccupés de ce rappel intempestif. Par réflexe, elle chercha la compagnie de Sissi.

Qu’est ce qui se passe ?...euh, non…je l’ai perdu de vue tantôt…

La mine de Neil Chesterfield valait mille mots. Pas d’Amelia en vue. De quoi craindre le pire.

Où est Amelia ? Pourquoi ce coup de feu ?...On vous a attaqués ? Il lui est arrivé quelque chose ?

Tous avaient des questions. Lui, une seule réponse : Amelia avait disparu. Ses explications sur une plaque de téléportation firent effet de discours abscons pour les deux historiques mais en voyant la réaction des autres, fallait croire que ce n’était pas si mauvais que ça.

Je ne pige rien !, avoua Hélène.

Hopeman ricana, ce qui lui valut un regard noir mais déjà, très diligent, Browning, qui semblait connaitre l’affaire à l’endroit et à l’envers, se fit une joie d’expliquer à ces dames de quoi il en retournait pour la dite plaque.

Ah !...alors, cela veut dire que notre amie s’est évaporée…Plouf ! et voilà, on doit se réjouir encore !? Mais elle est allée où ?

Pertinente et très légitime question.

D’après ce que l’on sait, toutes les plaques extérieures rallient celle du Hangar, qui serait la principale, assura doctement Mr. Pagitt.

Hum…dire que vous n’en avez pas la moindre idée revient du tout au même !, riposta Hélène.

On assura que dans la mesure de leurs connaissances Pagitt avait tout à fait raison.

Elle pourra revenir ?

Oui, elle pourrait le faire, de savoir comment fonctionne le système mais Miss Earhart a déjà trop tardé, probablement les hommes en faction là bas, l’auront retenue mais ne lui feront pas de mal…on a dû, sans doute l’emmener au village.

Les paroles de ce brave Browning se voulaient rassurantes mais ni la reine de Sparte ni l’impératrice restaient pour autant de marbre.

Et bien, il faut aller la chercher !!!

Nouveau tour d’explications. L’endroit où Amelia aurait abouti était leur monde, à eux. Leur « civilisation », comme l’appelait Poindexter avec nostalgie et en tout évidence, du coup, tout le monde avait hâte d’y retourner.

Mais…Sissi, dis leur…nous on n’appartient pas à ce monde là…On est mortes et revenues à la vie, ici…

Elle avait soudain une peur folle de quelles pourraient être les retombées d’apparaître dans un monde où personne ne serait jamais mort et n’aurait ressuscité. L’atavisme reprenait ses droits. Se mêler aux vivants ne serait il pas , en quelque sorte, une contravention aux désirs des Dieux ? Qu’adviendrait il d’elles ? Ne seraient elles pas punies ?

Ne craignez rien, s’aventura à dire Pagitt, tout laisse croire que vos Dieux s’occupent tout aussi bien de notre monde que du vôtre…nous dépendons aussi d’une Pierre. Notre situation est tout aussi inexplicable que la vôtre.

Belle façon de tourner l’affaire.

Mais…et si Louis et les autres nous cherchent…comment vont-ils nous retrouver si on va ailleurs ?

Son dernier argument de poids. Neil décida qu’ils laisseraient un message ou quelque chose dans le genre pour indiquer qu’elles étaient passées par là, que si les historiques étaient aussi futés que supposé, ils sauraient que faire.

*Surtout si c’est Louis qui y tombe dessus !*

Sans leur laisser le loisir de se faire plus d’idées, on prit la décision d’utiliser tous la plaque et retourner à la « civilisation ». Prévoyant, Neil voulut envoyer un éclaireur, qui, une fois sur place, renverrait un signal pour assurer que tout allait bien. La mission échut sur la femme soldat. Au bout d’un instant, Hopeman disparaissait. Une minute plus tard, un clignotant vert signifiait que l’opération s’était bien déroulée.

Impatients, Pagitt et Poindexter furent les suivants. Chavez servirait d’escorte à Sissi.


J’ai peur, avoua Hélène au bord des larmes en serrant son amie dans ses bras , et si ça foire ?

Mais apparemment tout se passa à merveille. Cette fois le signal positif tardait, de quoi l’affoler un peu plus malgré les paroles rassurantes de Chesterfield et Browning. Pour alors, on continuait sans avoir de nouvelles du samouraï. Impossible, s’il était dans les alentours, de ne pas avoir entendu le signal de ralliement.

Qui sait ? Il aura peut être décidé de faire à sa façon…m’est avis qu’il se sentait pas trop à l’aise entre nous !, fit remarquer Browning.

C’était une explication plus qu’acceptable. Mais une autre chose turlupinait la belle : leurs « chats » Bagheera et Hermès n’étaient non plus du rendez vous. Voulant se rassurer, elle se disait que leur nature singulière les guiderait vers eux, en cas de besoin. Son escorte dut insister un peu pour l’animer à le rejoindre sur la plaque.

Accrochez vous, si ça vous rassure, Majesté !

Elle n’avait pas vu que les autres aient eu besoin de le faire mais tant qu’à faire le bras solide si galamment offert n’était pas négligeable, elle s’y accrocha fermement. La suite, à part lui provoquer un sursaut d’estomac, fut si rapide qu’elle eut à peine le temps de s’en rendre compte. Ils aboutirent dans un endroit extraordinaire aux yeux de la reine de Sparte. Browning expliqua par le menu l’usage de ceci ou cela, elle ne l’écouta que d’une oreille, étonnée de ne voir Sissi et les autres.

Ils n’auraient pas dû être ici…à nous attendre ?

Il était aussi surpris qu’elle et encore plus quand un groupe d’hommes armés se pointa, les entourant. Qu’ils reconnaissent leur compagnon d’armes arrangea bien de choses. Les questions fusèrent, les réponses aussi, les décontenançant de plus en plus. Aux dires de ces hommes, en faction constante au Hangar, depuis un certain temps se suscitaient des faits étranges qui tenaient la population en émoi. La plaque se serait activée toute seule servant de pont entre deux mondes parallèles. D’abord, une femme inconnue avait débarqué en donnant des explications on ne pouvait plus bizarres. Amelia. Quelques jours plus tard, avait été le tour de Hopeman de faire son apparition en racontant une histoire à dormir debout. L’avant-veille encore, Chavez, en compagnie d’une femme inconnue au bataillon, arrivait avouant être de retour d’un monde singulier et maintenant comme cerise sur le gâteau : eux.

Hélène n’y comprenait rien. Comment cela pouvait il être possible que ces hommes affirment que tant de temps s’était écoulé entre les arrivées alors qu’elle venait de les voir partir avec des minutes de différence ? On donna des explications incompréhensibles à ses antiques ouïes avant de les embarquer dans un véhicule qui l’atterra pour de bon. Elle tremblait sans doute comme une feuille alors ce bon de Browning se prit la liberté de lui tenir gentiment la main et assurant qu’ils ne couraient aucun danger. On les emmenait au village.

*En tout cas…ça ne ressemble pas du tout à Sparte…ou à Troie…ni à rien que je connaisse !*

On les attendait à la maison communale. Rien à voir avec une chaleureuse bienvenue. Consciente d’être le point de mire de l’assistance qui s’y pressait, Hélène releva orgueilleusement le menton, faisant cas omis d’être vêtue de haillons et non d’atours royaux. Une femme longue et mince, au visage strict, sans un sourire s’adressa à elle, avec brusquerie agacée.

Je suis Veronica Bones, mairesse des lieux. Vous…veuillez décliner votre identité. Claire et concisément, s’il vous plaît.

Je suis Hélène, fille de Léda et Tyndare, sœur de Castor et Pollux. Reine de Sparte et princesse de Troie.

Un silence figé suivi sa déclaration, puis quelqu’un éclata de rire parmi les présents.

La mairesse n’en tint pas compte.

Vous prétendez donc être un personnage issu de l’Antiquité ? La reine de Sparte, ni plus ni moins…et vous supposez que nous devons croire ces fariboles ?

Browning intervint mais on le fit se taire. Hélène sentait la moutarde lui monter au nez.

À vous de croire ce qu’il vous plaira, Mairesse. Sachez que je ne mens pas. Certes rien ne m’assiste pour prouver mes dires, à moins que mon vrai père ne daigne s’en occuper…Hélas, il ne l’a jamais fait donc on se passera de son aide. Mes amies, Amelia et Elisabeth sont sans doute aussi passées par votre…euh…tribunal ? Je réclame de les voir !

Vous n’êtes qui pour réclamer !

Je suis Hélène, Mairesse, et je ne suis pas habituée à prier, je suis une reine, j’exige !

Ce n’était qu’un piètre mensonge mais il n’y avait personne pour le prouver.
Elle se souvenait des récits de Louis sur son exercice du pouvoir, il était l’exemple parfait à suivre. Son ton impérieux et son attitude majestueuse, eurent l’heur de faire leur petit effet. Après un bref conciliabule avec ses « lieutenants » la désagréable femme ordonna qu’on l’emmène avec les autres. Le rassurant Browning ne fut pas autorisé à l’accompagner.

Le singulier cortège quitta les lieux. Deux malabars escortant une beauté aux cheveux ébouriffés et des jambes époustouflantes. Cela ne manqua pas d’attirer l’attention. Quelques quolibets tombèrent, des commentaires aigus, d’autres aigres. Hommes admiratifs, femmes méprisantes.

*Comme quoi…rien ne change, c’est pas ici que tu feras des amies !*

Nous y sommes. Entrez et ne vous avisez pas à sortir à moins d’être convoquée.

Ils s’étaient arrêtés face à un pavillon avec jardin fleuri. Des hommes armés montaient la garde.

*Une de deux, ou on nous teint pour un danger soit on nous protège…enfin…*

La porte fut poussée en douceur et elle pénétra dans un petit hall désert. La maison semblait bien silencieuse, remarqua t’elle avec dépit mais ne tarda pas à percevoir voix et rires qui semblaient parvenir de l’arrière. Les suivant, Hélène déboula sur une espèce de terrasse ombragée donnant sur une grand bassin aux eaux claires. Elle faillit tomber à la renverse en découvrant ceux qui se trouvaient là.

LOUIS !!!

Merveilleuses retrouvailles. Même dans ses rêves les plus délirants, elle n’aurait pu imaginer un aboutissement plus parfait à toutes leurs peines. Entre rires et larmes, sans quitter l’étreinte de son Louis ébahi, elle narra ses aventures. Tous tombèrent d’accord sur un point : la mairesse des lieux était une vraie sorcière !

Elle n’est pas la seule, assura Hélène en racontant les sympathies perçues chemin faisant.

La belle de Troie ne savait pas si bien dire…
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Sissi

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Lun 28 Mai - 0:06

Rien ni personne ne lui aurait fait démordre de son idée. Une confiance aveugle habitait Sissi lorsqu’elle décida de croire son ami du fleuve. Les « modernes » pouvaient bien se ficher d’elle, elle s’en moquait. Au moins ses amies ne rigolèrent pas et l’aidèrent à la confection de la fameuse nacelle. D’ailleurs, tous se mirent bientôt au tressage, pressés par l’imminence d’une catastrophe.

Le vol en ballon était une chose… agréable en comparaison au vol qui suivit l’arrachage de la nacelle de lianes. Non, elle ne hurla pas de terreur même si son cœur était prêt à se vider sous les à-coups du vol de l’oiseau gigantesque qui les avait secourus.
Nul ne pipa mot le temps de la traversée.
On vola puis se posa… en douceur, ouf !
Le temps se se remettre de ses émotions, il fallut déjà s’activer. Courte paille ? Ce système en valait un autre pour aller aux quatre points cardinaux.
Le sort obligea Sissi à se retrouver en compagnie du sieur Domingo Chavez. Plus bourru que ça…
Ils avançaient en silence le long du rivage quand le latino se racla le gosier en pilant net :

Dites, c’est pas mes oignons je sais mais j’aimerais vous poser des questions…

Faites donc, mon ami…

Ces trucs de sirène, d’impératrice et tout le toutim, c’est du pipeau, hein ?

Désolée mais je jure devant Dieu que c’est l’exacte vérité. Mes amies et moi nous n’avons pas menti une seule fois. Je puis répondre à toutes vos questions sauf sur celles portant sur les raisons qui font… que nous sommes ici, perdues, à la recherche de nos compagnons. Nous en savons autant que vous à ce sujet. Qu’étiez-vous avant d’arriver ici ?

Il doutait encore mais s’épancha malgré tout. Sissi en apprit des choses sur Mr. Chavez. Gardien de prison au Mexique, il allait rendre visite à sa fille en Australie quand son vol avait connu des perturbations. Le maire ayant besoin d’employés pour maintenir l’ordre au village, il s’était proposé et avait été agréé. Il suivrait cet homme au bout de l’enfer s’il le fallait car l’estimait grandement.
Sissi lui conta sommairement ses propres aventures et ne put empêcher un soupir lui échapper lorsqu’elle évoqua Achille. Domingo le perçut en s’ébahissant :


Le gars de Troie est votre mec… Euh, votre mari ?


On peut dire ça, rougit-elle. Il est… (soupir) encore mieux que ce que l’Histoire en a rapporté.


Ils avaient longé le rivage sans rencontrer âme qui vive en bavardant tels des amis lorsqu’un coup de feu déchira l’atmosphère. Cela pouvait signifier deux choses : danger ou découverte.
Se repliant vite au pas de course vers le camp que Poindexter et Paggit avaient dû bâtir, ils y retrouvèrent tous un peu affolés.
Réflexe naturel, elle s’approcha d’Hélène qui venait vers elle :


Qu’est-ce qui se passe ?

J’en sais autant que toi. Le samouraï n’est pas là ?

...euh, non…je l’ai perdu de vue tantôt…

Là n’était pas le principal. Chesterfield ne cacha pas son trouble : Amelia avait disparu.
Ses explications semblèrent presque ravir les autres modernes. Ni elle ni Hélène ne comprenaient à rien à ces histoires de boîtier, de plaque, etc.
On les renseigna à la-va-vite, de quoi les rendre encore plus paumées. Amelia aurait franchi une sorte de porte qui l’aurait conduite au village dont ils étaient issus et ils désiraient ardemment y retourner. Hélène paniqua :


Mais…Sissi, dis leur…nous on n’appartient pas à ce monde là…On est mortes et revenues à la vie, ici…

Hélène a raison. Nous ne pouvons pas y aller… Vous avez déjà eu du mal à nous accepter telles que nous sommes. Que vont penser vos… amis ?


Quels que furent leurs arguments, la décision se prit sans que leurs voix ne reçoivent d’écho.
On se retrouva face à une plaque métallique où la femme soldat se posa, décidée tandis que Neil actionnait un bouton proche.

Hopeman fut là puis n’y fut plus.


*Seigneur, dites-moi que je rêve…*

Serrée contre Hélène, Sissi partageait pleinement les appréhensions de son amie :


Je crève de trouille ! Si ça foire… nos chats ! Nos chats nous retrouverons, aie confiance !

Où étaient Hermès et Bagheera ? Nul ne les avait vus depuis l’atterrissage. Ils ne les abandonneraient jamais, de ça Elisabeth était sûre.
Plantée sur la plaque en compagnie de Domingo, Sissi jeta un regard éperdu vers Hélène. Elle inspira un grand coup quand elle vit Neil appuyer sur la commande.

Décoiffant ? En tout cas bizarre. Avec l’impression que ses tripes avaient fait du yoyo, Sissi contempla bouche bée son nouvel environnement. C’était quoi ? Un entrepôt ? En tout cas, une tonne de choses étranges l’entourait.

DEGAGEZ ! ordonna une voix.

Hey, hermano ! Tu ne me reconnais pas ? C’est moi, Domingo !

Vous lui ressemblez mais j’ai des ordres. Descendez le la plaque.

T’es pas sérieux Johnny ! Suis si content…

L’élan de fraternité fut arrêté net par un coup de crosse en plein visage. Le sang de Sissi ne fit qu’un tour en se précipitant sur le malmené :

Bande de sauvages ! C’est un des vôtres ! Mr. Chavez, ça va ?

On ne lui laissa pas le loisir de s’apitoyer sur le sort de son guide. Empoignée, elle fut propulsée dans un carrosse pour le moins bizarre.

Vous me devez des explications ! Où sont nos amis ? Amelia Earhart, Poindexter, Paggit, Hopeman devraient être ici, et…


Elle se prit un poing au menton absolument inédit.

C’était quoi cet endroit ? Une prison ? La mâchoire endolorie, Sissi se releva, perdue.
Réflexe, elle s’accrocha aux barreaux de la pièce étroite et les secoua en beuglant :


IL Y A QUELQU’UN ? Vous n’avez pas le droit de me traiter ainsi !

Ses coups de gueule ou de pieds n’eurent d’autre effet que de la faire souffrir un peu plus sauf qu’un maton finit par se pointer :


T’as intérêt à la boucler ou tu passeras un très mauvais quart d’heure.

C’est ça, menacez-moi ! Je crierai et tempêterai autant que je voudrai, foi d’Elisabeth de Wittelsbach.

Et de se remettre aussitôt à gueuler :


AMELIA, JEREMY, DOMINGO ! JE SUIS LÀ !

Une vraie furie déchaînée secoua les barreaux de sa geôle prête à mordre quiconque s’interposerait.

Tu veux ta leçon, tu vas l’avoir, ricana l’autre.

Il brandissait sa matraque tout en dégrafant son pantalon. Sissi sentit son sang vider ses veines. Elle recula au fond de sa cellule, livide :

Vous… Vous n’allez pas faire ça… Je serai sage. Je ne dirai plus un mot, je le promets.

L’autre rigolait. La clé ouvrit la grille.
Telle une biche aux abois, Sissi chercha autour d’elle de quoi défendre sa vertu. Elle s’empara du seul ustensile disponible : un pichet en métal.


N’approchez pas !


Le libidineux rigola encore et fit valser sa pauvre défense dans les airs avant de poser ses mains grasses sur sa gorge.

T’es cuite, ma caille !


Les miracles existent, Sissi en fut convaincue en une fraction de seconde. Le bruit du cou craqué du malfaisant lui rouvrit les paupières alors qu’elle s’apprêtait à subir le pire des outrages.

Toi ???

Tout chavira.
Elle reprit conscience dans ce qui ressemblait à une place publique. Non, elle n’avait pas rêvé. Il était là ! Achille la portait dans ses bras puissants, l’éloignant de tous maux.
Un regard s’échangea déclenchant une attraction irrépressible.


*Dieu est bon !*

Une partie du public applaudit, une autre afficha mépris ou haine. Elle s’en ficha : il était là !

Tu m’as tellement manqué ! pleura-t-elle serrée contre l’épaule tant souhaitée.

Il continua à sourire en lui picorant le visage de petits baisers avant de franchir un seuil et de la déposer sur un carrelage.
Un entourage bienveillant s’agglutina les pressant de questions. Ses chers amis la fêtaient.


… On a traversé aussi. Hélène va arriver Louis… Quand ? Je n’en sais rien. Je m’y perds un peu tout est si chaotique.

Mais déjà des coups de buttoirs risquaient de défoncer la porte. Dehors, on réclamait Achille et pas pour une joyeuse ovation. Elle l’entoura de ses bras :

Ils veulent ta tête pour l’homme mort. Répondons-leur… à deux.

Main dans la main, ils ouvrirent et firent front. Menton dressé, toute son impériale majesté retrouvée même si en haillons, Sissi s’adressa à la foule :

Moi, Elisabeth de Wittelsbach, duchesse de Bavière, impératrice d’Autriche et Reine de Hongrie suis venue en paix par des arcanes qui dépassent l’entendement. Riez tant que vous voulez de ma triste mise mais HONTE À VOUS ! Honte à vous qui avez voulu me souiller par l’intermédiaire de mon geôlier. Qui êtes-vous pour juger, accuser ? Achille a préservé ma personne et rendu la seule justice capable de laver un crime de lèse-majesté. Où vous terriez-vous alors que je criais au fond d’une geôle infecte ? Où sont vos dirigeants, responsables qui livrent leur prisonnier aux plus vils instincts ?

Une longue femme de couleur s’avança, embarrassée :


Je suis Veronica Bones, la mairesse de ce village. S’il y a eu abus, nous nous en excusons, et…

En quelques mots, Achille lui régla son compte. L’affaire était classée, on leur ficherait la paix… un moment.
La porte refermée, une longue étreinte enivrante submergea Sissi qui se retrouva à l’étage devant une baignoire inédite. Les intentions d’Achille étaient plus claires que l’eau bouillonnante du bac. Elle les satisfit du mieux qu’elle put…

Le bonheur d’Elisabeth éclatait sans honte ni fard. Amelia et Richard semblaient aussi voguer sur un doux nuage. Seule ombre au tableau idyllique : Louis. Il cranait, comme d’habitude, mais ses amis savaient qu’il s’inquiétait beaucoup quant au devenir de son Hélène.
Quels que furent leurs efforts pour obtenir audience en haut-lieu, on leur avait refusé parole et accès à la zone où la plaque magique trônait.
On se contenta donc de profiter des lieux et de leurs attraits dont la piscine privée. Quatre historiques se mirent en frais pour tenter de dérider un Louis bien sombre. Achille n’avait rien trouvé de mieux que de lui apprendre à nager dans les règles de l’art.
Cheveux noués, slip de bain à la clé, le roi soleil connut bientôt les joies des tritons sous la patiente surveillance de ses maîtres-nageurs attitrés tandis qu’à l’abri de parasols, Amelia et Sissi se prélassaient :


C’est un coin charmant, d'un certain point de vue, dit l’impératrice. Je ne peux néanmoins m’empêcher de penser à Hélène. Comment se fait-il que ça tarde autant ?

Miss Earhart n’avait pas d’explication non plus quant à ce délai entre les téléportations.

Pourvu qu’ils ne l’aient pas emprisonnée, elle aussi. Quand je pense à ce qu’il serait arrivé sans Achille…

Elles en discutaient à bas bruit tandis qu’Achille et Richard noyaient joyeusement le roi quand :

LOUIS !!!

Si Louis avait été chronométré, il aurait battu le record du 100 mètres nage libre ainsi que celui de la sortie de piscine la plus rapide.
Impossible de ne pas s’attendrir face à ce baiser fou très… humide dont le roi gratifia son aimée.
Tous, avides de connaître les méandres subis par la belle de Troie, se groupèrent autour du couple.
Une veine que l’inquisition soit dépassée. On n’en était pas loin, pourtant...
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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Lun 28 Mai - 17:21

"Assignés à résidence en attendant que le cas soit débattu en haut-lieu."

Comme sentence, Achille avait entendu mieux mais tenant compte de l’étrange situation, on ferait avec. Ils avaient déjà eu assez de problèmes comme ça pour leurs débuts d’intégration. On leur avait sauté dessus, réduits et enfermés en prison.

*Ces gens ont un bizarre sens de l’hospitalité, pas à dire !*

Être le point de mire d’une foule de badauds, sans doute avides de nouveauté, n’était pas précisément pour le mettre à l’aise. Son ancienne vie l’avait habitué à être admiré et acclamé, après tout il était le meilleur guerrier de ces temps là mais là, il se sentait examiné sur toutes les coutures, comme une bête étrange et cela était très loin de lui plaire.

La présence de Lindsay, Dan, Lewis et Le Gallet était pour le moins rassurante. Eux, ils appartenaient à ce monde et semblaient avoir quelque influence sur les autorités locales. En découdre ne l’aurait pas gêné le moins du monde mais il fallait rester pratiques, les autres les dépassaient largement en nombre et étaient armés de leurs fusils mitrailleurs. D’après l’expérience de Louis et les explications fournies par Lewis, une balle mettait fin au plus éclatant des courages. Sans aucune envie de finir en passoire, il suivit le mouvement en rongeant son frein.

Louis, pour ne pas perdre l’habitude, était très en verve. Admirant ceci ou cela, faisant des comparaisons avec son Versailles bien-aimé dont on commençait à en avoir ras le bol. L’écoutant pérorer comme qui entend pleuvoir, le guerrier s’intéressa plutôt à ces alentours. Villes et villages, il en avait vu, de son temps. La dernière en mémoire, Troie…Les mœurs avaient changé, le style de construction aussi. Rien de somptueux et encore moins d’apparence à durer quelques siècles, point de palais, pas de maisons de pierre, ni de rues étroites. Ici, tout était décidément différent. Large, aéré, sans poussière, très vert, propret et ordonné. Ils auraient pu tomber sur pire. Arrivés à celle qui serait leur résidence, les gardes empêchèrent Lindsay et Dan de les accompagner…que craignaient ils ? Il n’eut pas envie de le savoir, il commençait à avoir sévèrement marre de tout ce cirque et n’avait qu’une envie : avoir la paix. Ce qui bien sûr, avec Louis, s’avérait aussi incertain que demander la lune.

C’était donc ça, les temps modernes ? Cette netteté confortable ? Cette ambiance d’agréable fraîcheur alors que dehors il faisait si chaud ? Ce sol poli et reluisant de propreté ? Ou encore la trouvaille de la lumière à volonté sans flambeau fumant que Louis découvrit, ravi et actionna cent fois.

Comporte toi, bon sang…t’as quel âge ? Cinq ans ?

Leur escorte les planta là, sans plus, leur ordonnant de ne pas se pointer dehors, qu’ils étaient surveillés et de laisser quatre hommes armés en faction devant leur porte. Cela le fit sourire et faute de mieux, suivit Louis qui furetait partout force exclamation et commentaires. Richard avait filé de son côté, lui laissant, encore une fois la responsabilité d’éviter que Sa Majesté ne fasse trop de bêtises. La découverte de la cuisine souleva de Ah ! et de Oh ! enthousiastes. Lui, il ne voyait que des armoires, des artefacts inconnus, une table et des chaises mais pour Louis, c’était comme avoir trouvé une caverne pleine de trésors.

Ces gens se moquent de nous. Ça sert à quoi, ça ?

Le ça en question était une plaque froide, où il venait de s’asseoir, pour suivre à son aise les péripéties du curieux de service.

Et qu’est ce que j’en sais, moi ? Si c’est moderne pour toi…fais un calcul de ce que cela donne pour moi !

Et l’autre de tourner les boutons qui ornaient le devant de la « chose ».
Une armoire, de taille respectable, tout en métal, semblait il, attira l’attention de Louis qui ne se priva pas d’y aller fourrer son nez.

Oh… Regarde moi-ça ! Une armoire de boîtes !

Et de les inspecter soigneusement en lui faisant part de ses trouvailles.

Et tout est froid !...

Ben là, c’est chaud !

Comment ça chaud ? Tout est froid, je te dis !

Ce qui chauffait et drôlement était la fichue plaque où il s’était assis, du coup cela le brûlait, avec un cri, il en bondit en jurant comme un damné.

Tu m’as rôti le c*l !

Contrition ? À d’autres avec ça.

Je ne savais pas !, se défendit il avec ardeur.

Ouais…tu savais pas…tu sais jamais rien et nous fourres dans chaque pétrin…

On a trouvé le feu, non ?


Ferme la, Loulou ! Et arrête de faire des conneries !

D’accord, je suis un touche-à-tout, mais quelle idée aussi de s’asseoir sur ce que l’on ne connait pas !

Il n’aurait jamais le dernier mot avec celui là. Le retour d’un Richard satisfait coupa court la suite des remontrances et l’élan fureteur du Quatorzième du nom. L’homme sentait même bon et avait l’air plus frais que tous les trucs que Louis avait sorti de son armoire à boîtes. Il parla de conforts merveilleux et d’une salle d’eaux de rêve. Le laissant avec les mots à al bouche, Louis déguerpit en assurant qu’il allait se doucher. Richard voulut l’avertir de quelques détails mais le gars avait filé comme le vent.

Dis donc, pour quelqu’un qui tenait le bain comme une aberration…il fait des progrès, celui là !, grommela Achille en songeant que rien ne lui ferait plus de bien pour soulager la cuisante brûlure de son postérieur.

Richard dut remarquer sa grimace mitigée.


Ça va ?

Ouais…avec Louis dans le coin, tu parles si ça va aller. Le mec est un danger public…Regarde seulement la pagaille qu’il a fichu là en un petit moment…Non, il n’a rien trouvé de mieux que me cramer les fesses…un de ce jours, je te jure que je lui tordrai le cou mais avec ma chance, il reviendra encore et toujours. Mais passant à autre chose…on se taille quand ?

Richard secoua la tête.


J’en sais rien, Achille ! On est un peu coincé ici mais je te jure qu’on n’y moisira pas.

Pourvu que ce soit ainsi. J’en ai marre de tout ça...veux retrouver nos femmes et en finir avec cette histoire !

Il avait ses doutes sur cette possibilité mais rêver de temps en temps ne peut nuire à personne. Richard partageait son avis. Dès que possible, ils prendraient la clé des champs et iraient chercher celles qui leur tenaient à cœur.

Le retour de Louis, assez échaudé après sa découverte des commodités modernes, donna l’opportunité à Achille d’aller faire lui aussi sa toilette. De sa vie, il n’avait été confronté à rien de pareil. Suspicieux, il inspecta soigneusement les installations avant de s’y risquer. Cela ne demandait pas grande science et il trouva assez vite l’astuce. Prenant tout son temps, puisque Loulou était sous surveillance, le guerrier resta un long moment sous la douche, à penser, à s’écorcher l’âme, à presque avoir envie de pleurer sur tant d’infortune.

Quand il rejoignit ses amis, des sons plutôt agréables émanaient du salon et dans la cuisine, Louis faisait des siennes, sans grand succès comme ils purent en faire l’expérience plus tard. Sur la promesse royale de meilleurs efforts pour le lendemain, Richard et lui se retirèrent pour profiter de ces lits confortables à souhait. A peine eut il posé al tête sur l’oreiller, Achille dormait comme une souche.

Ce furent des effluves délicieux qui le tirèrent de son sommeil. Les grondements de son estomac donnaient foi de sa fringale. Après une douche pour finir de se réveiller, force fut de chercher quelque chose à se mettre sur le dos vu le triste état de ce qui restait de ses vêtements. Ce ne fut pas sans peine. Caser sa charpente dans de la confection moderne ne fut guère aisée et à son goût pas vraiment confortable mais faudrait faire avec jusqu’à trouver mieux…s’il avait su !

Louis avait concocté un véritable banquet mais le prix avait été élevé. En toute évidence manipuler des artefacts dont on méconnait le fonctionnement entraîne des risques de toute sorte. Louis s’était méchamment brûlé les doigts en faisant griller du pain. Achille se demandait bien comment il y avait réussi mais en inspectant l’appareil coupable ne put éviter une grimace.

T’es plus dingue que je ne croyais…Allez…tu passes quelque chose de plus habillé et on file chez le toubib.

Il laissa Richard le soin d’aider Louis et alla jeter un coup d’œil à l’extérieur. Leurs gardiens n’avaient pas bougé. Pas de quoi se préoccuper. Au moment de sortir, ils brandirent leurs armes et Achille en assomma deux sans même s’essouffler, Richard se chargea du troisième et le quatrième détala avec des cris de goret égorgé, ce qui ne manqua pas de mettre le voisinage en émoi. On sortit des maisons environnantes mais personne n’osa s’approcher. Suivis à prudente distance, ils trouvèrent, après avoir demandé leur chemin, l’hôpital. Dan, un peu dépassé, calma les esprits exaltés et soigna Louis, tout en donnant des nouvelles. L’accouchement de Jenny s’était bien passé, elle et le bébé se portaient à merveille. Logiquement, les trois allèrent rendre visite à la jeune maman et son rejeton. Jenny n’était pas seule, à son chevet se trouvait Lindsay. Les jeunes femmes se réjouirent vraiment de les voir, après tout ils en avaient partagé des choses ensemble. Que Lindsay qui tenait le petit Nick dans ses bras, le mette dans les siens chamboula Achille. De sa vie il n’avait pris le temps pour songer à ce que serait avoir des enfants…

Le guerrier, plus ému qu’il n’aurait vous l’admettre, berçait le bébé quand la sensation d’être observé le fit lever la tête. Pendant un instant, son regard demeura rivé à celui d’une beauté brune aux yeux de nuit qui était presque cachée derrière le rideau. Jouant les confuses, il aurait pu le jurer, la belle inconnue assura ne faire que passer présenter ses souhaits à la jeune mère. Elle fit, mine de rien, référence à quelques misères récentes qui, bien entendu émurent Louis…qui se laissait toujours émouvoir quand la plaideuse avait une plastique à couper le souffle . Il ne trouva mieux que l’inviter à dîner ce soir là. Pour une raison qui lui échappa en cet instant, Achille trouva l’idée déplaisante mais ne dit rien. Lind, promit de les visiter et de plaider leur cause auprès de la mairesse. Sur ces bonnes intentions, on se quitta…

Foule de curieux se pressait à la sortie. On les regardait, les commentaires allaient bon train te les gardes armés les attendaient mais sans préavis, une apparition impromptue, leur vola la vedette.

ARRÊTEZ CETTE FEMME !!!

La fugitive filait bon train. Achille aurait reconnu cette chevelure rousse entre mille, ne disons pas Richard qui d’un sprint enragé suivit la femme et l’arrêta à sa façon. Amelia ! Louis et lui, les rejoignirent aussitôt. Ce qu’elle raconta les laissa pantois mais déjà la troupe au grand complet arrivait à la rescousse et on les emmena, sans plus d’histoires, à la maison communale où l’harpie de service se laissa rendre comptes.

L’esprit ailleurs, Achille ne sut rien de cette séance. Pour lui, une seule vérité éclatait…Sissi allait bien, elle ne tarderait pas à les rejoindre !
Que la mairesse-poison leur interdisse ceci ou cela importait peu. Sissi serait là et il n’y aurait puissance sur Terre qui l’arrêterait pour la rejoindre.


Voir Richard si heureux le réjouissait aussi mais il ne pouvait éviter se sentir rongé d’envie…pourquoi Amelia et pas Elisabeth et Hélène…ou pourquoi pas toutes les trois tant qu’à faire…La mine de Louis parlait seule, abattu, le pauvre n’en menait pas large, lui aussi rongé d’impatience.

Elles vont bien, Louis…c’est ce qui compte…Bientôt, elles seront bientôt là !

On avait redoublé la garde à leur porte. Miss Bonnes craignait vraiment qu’ils sèment la pagaille dans son bled.

En attendant, oublie pas qu’on a une invitée, ce soir…c’est toi qui l’as voulu ainsi…Ouais, pas mal la petite…j’ai pas la tête à ça, Louis…M’en fous si les filles me lorgnent…vois pas pourquoi d’ailleurs !

Ce que Louis débita tout en pelant des patates lui donna de quoi penser. Rien de plus loin dans ses intentions qu’attirer l’attention féminine. Selon le Roi, une histoire de muscles, blondeur et allez savoir quoi d’autre. En somme, il était devenu la proie à convoiter. Cela le mit d’humeur encore plus morose.

La nuit tombait. Louis avait préparé un banquet royal pour fêter le retour d’Amelia, le vin fut débouché. Vu l’heure, à croire que l’invitée se décommandait, ce qui n’était que pour le réjouir mais sa joie fut de courte durée. La sonnette, nom que donna Richard à ce bruit ridicule et perçant, annonça la nouvelle arrivante. Burton alla ouvrir, suivi de près de son Amelia.

Lucrèce, c’était le nom de cette mystérieuse beauté brune, était éblouissante et en plus apportait un cadeau que Louis, agréa avec royale grâce et remercia avec incomparable verve fleurie.

Tu peux pas dire merci, comme tout le monde !?

Non. Il ne pouvait pas. La belle Lucrèce s’avéra source de surprises. Esprit vif, fine humeur, réplique facile. Sa soi disant timidité fondit comme neige au soleil après la première coupe de vin et elle charma son auditoire avec un récit coloré de la vie au village. Elle les prévint contre celui-ci ou celui la, ou plutôt celle-ci ou celle la. Elle ne semblait pas trop s’entendre avec la gent féminine et on devinait bien aisément pourquoi. Cette belle plante avait tout pour plaire et savait assurément se servir de son charme. Qu’il eut la tête ailleurs n’empêcha pas Achille de se rendre à l’évidence qu’il éveillait un peu plus que de la simple sympathie entre voisins. Il y a des regards qui ne cachent rien et d’autres qui ne mentent pas. Elle se montra parfaitement charmante avec tous, eut même la délicate attention d’offrir à Amelia une séance beauté avec des produits dont elle avait le secret et s’intéressa, très intellectuellement, des expériences passées d’un érudit de marque comme Richard. Elle flatta tous les amours propres, en commençant par Louis, qui avait déjà, dès le premier coup d’œil, succombé à ce charme enchanteur. Louer sa cuisine, fut le coup sûr, s’étendre sur Versailles, celui de grâce.

*On est fichus…c’est parti pour la nuit entière !*

Erreur de jugement, délaissant les fastes royaux avec une facilité irrévérente, elle dériva sans peine sur un thème plus ombrageux : la guerre de Troie. S’excusant de sans doute éveiller des souvenirs pénibles, elle voulut en connaître quelques détails qui auraient échappé aux historiens.

Je ne pense pas qu’il ait trop à redire, se défendit Achille qui n’aimait pas particulièrement ce genre de souvenirs, selon ce qu’on m’a raconté…on n’a omis détail. Comprenez que j’étais là pour faire la guerre et pas pour en écrire les chroniques !

Elle eut un petit rire délicieux en se penchant vers lui. Ce qu’elle susurra à son oreille tout en léchant, très discrètement son lobe, le décomposa littéralement. Comme si rien, la belle demoiselle réclamait la vérité sur des rumeurs à croire immortelles : celles de sa courte mais passionnée liaison avec Hélène.

Pas un mot sur cela, grommela t’il à son unique adresse, pas ici…pas devant Louis !

Elle ne pouvait pas savoir sur le lien existant entre Sa Majesté et la belle de Troie mais il ne pouvait permettre que de quelques mots perfides ou pas, leur voisine sème tout de go la zizanie. Connaissant Louis, une simple allusion suffirait pour mettre le feu aux poudres. Le repas finit sans contretemps, la belle prit congé avec la promesse de se revoir bientôt. Achille, l’accompagna jusqu’à la porte.

Ne reviens pas…ce sera mieux pour tous !

Jouer les innocentes lui seyait, à l’enjôleuse. Son regard de velours était toute une invitation à s’y perdre. Louis avait regagné la cuisine, Richard et Amelia étaient au salon. Il embrassa Lucrèce et reçut une réponse qui fit couler plus vite le sang dans ses veines. Il lut de la satisfaction dans son regard et dut faire un effort pour retrouver un peu de bon sens.

Va t’en !

La demoiselle partie, il resta stupidement cloué face à la porte close jusqu’à ce qu’un furieux raclement de gorge le fasse retomber sur terre. Louis le considérait censeur…très censeur. Il dut supposer que Sa Majesté avait vu plus qu’il n’aurait dû.

C’est de ta faute, tu n’aurais jamais dû inviter cette femme chez nous…c’est une allumeuse !

Comme si Louis allait se contenter d’une explication si banale.

Arrête de faire du tapage…que veux tu ? Que les autres s’amènent ?...Bon sang, ça ne signifie rien…et puis ça suffit, t’es pas mon juge de conscience…qu’est ce que je vais faire ?...À part me soûler…rien !

Bien entendu Louis n’entendait pas l’abandonner à sa solitude. Les alcools fournis avec la maison furent dignement dégustés ce soir là. Le matin les trouva endormis au bord de la piscine…

Cette inaction obligée finirait par le rendre fou. Louis avait sa cuisine pour y passer le temps, Richard avait son Amelia et lui tournait en rond comme fauve en cage, s’imaginant mille façons pour se tirer de là et aller courir les environs. Cela faisait deux jours depuis le retour d’Amelia, à son avis largement le temps pour que quelque chose se passe. Il était là à ruminer furieusement son impuissance face aux faits quand une apparition tout à fait inattendue le tira des ses mornes réflexions. Lewis, son camarade d’aventure, venait de jaillir des taillis du jardin arrière, avec une discrétion de chat en maraude.

D’où tu viens, toi ?

Pas le temps de parler, mon pote…je viens aux nouvelles. Suis sûr que cela va t’intéresser…Il y a du grabuge au village. Mon copain Domingo, celui dont je te parlais est revenu…avec une femme…Elisabeth de Wittel…sais plus quoi…on dit qu’elle est comme folle en prison…sais pas pourquoi on l’y a fourrée…Ils déconnent plein tube, les gars du hangar et la Bones…Z’ont frappé Chavez…de peu et pas jeté au cachot aussi…

Achille avait blêmi. Il ne pouvait que s’agir de Sissi.Il n’y avait pas trente cinq Elisabeth de Wittelsbach courant le monde donc…

Je dois aller la sortir de là…Il y a quatre types armés à la porte de devant…

Alors, on va par l’arrière, tu sais, voient pas plus loin que leur nez, ceux là…des imbéciles…tiens, pour si jamais.

Et de lui tendre un beau coutelas. Ils se faufilèrent de nouveau entre les arbustes. Passer de jardin en jardin ne leur posa aucun problème, gagner le chemin non plus. Ils purent arriver à la prison sans éveiller trop d’attention.

Reste là…je m’arrange seul…tu as fait assez, mon ami, je t’en suis redevable !

Un gardien sommeillait à la porte, assommé proprement il ne sut pas de quoi il en allait. Les lieux étaient plutôt déserts. Une aubaine. Il arrivait près des cellules quand un homme armé lui barra passage, pas pour longtemps, le guerrier lui fonça dessus et le réduisit en un temps deux mouvements. Un cri de femme le galvanisa. C’était Sissi, réclamant de l’aide…Le spectacle ignoble surpris dans le cachot, le fit voir rouge. Au moment où la brute se jetait sur Elisabeth il l’empoigna et lui brisa le cou d’un geste sec. Pâle, défaite, tremblante, portant trace de coups, la jeune femme était à point de s’évanouir.

Tout va bien, mon amour, je vais te sortir de là !

Toi ???

Il la releva dans ses bras, inconsciente et sortit. Si on voulut lui barrer passage, son air féroce désenchanta tout essai de le faire. Dehors, un beau tollé se faisait entendre. L’alarme avait été donné. Qu’à cela ne tienne. Il avança entre la foule sans s’en soucier, en serrant contre lui Sissi qui revenait à elle, en pleurs.

Tout va bien…calme toi, personne ne te fera de mal.


Tu m’as tellement manqué !

Et toi donc, ma douce !, assura t’il en déposant des baisers fous sur son visage meurtri, je t’aime tant…j’ai failli devenir fou…mais tu es là…

Personne n’osa les arrêter mais on les suivit jusqu’au pavillon, à prudente distance. À peine la porte passée, Louis qui semblait avoir été en train d’attendre, ameuta le reste. Encore tremblante, Sissi fut l’objet de l’effusion générale. Leur petit groupe était presque au complet. Elle assura qu’Hélène allait bien et ne tarderait sûrement pas à venir.

Quand ? Je n’en sais rien. Je m’y perds un peu tout est si chaotique.

On le saura bien en son temps, Louis…Lewis s’en charge…Oui, c’est lui qui est venu m’avertir pour Sissi…sans lui…

Ils préféraient ne pas y penser et de toute façon on ne leur laissa pas le temps de grand-chose, déjà on défonçait presque la porte et on percevait le remous colérique de la foule massée dehors. Force fut de mettre les autres au courant de ce qu’il s’était passé à la prison. On réclamait la présence du guerrier.

Ils veulent ta tête pour l’homme mort. Répondons-leur… à deux.

On pouvait s’en douter…allons y !

La porte grand ouverte, ils avancèrent sur le perron, sans la moindre crainte. Les gardes avaient reculé pour maintenir la horde assoiffée de sang à distance. En les voyant apparaître, le silence se fit. Elisabeth, impériale, leur fit entendre son discours outré, sur un ton de véhémente majesté. Personne n’osa piper un mot. Mieux que cela, la mairesse en personne avança vers eux, l’air visiblement embarrassée.

Je suis Veronica Bones, la mairesse de ce village. S’il y a eu abus, nous nous en excusons, et…

Excuses !!!? C’est bien joli mais cela ne sert à rien. Dès notre arrivée nous avons été traités comme des ennemis, ce que nous ne sommes pas.
Avez-vous seulement une idée de ce que cela donnerait si nous l’étions vraiment !? Vous ne voulez pas croire à notre histoire, mal vous fasse car vous avez grand tort et ne me demandez pas de vous prouver que je suis Achille, prince des Myrmidons…ce serait sanglant, vous pouvez vous en douter.


La femme de couleur eut un geste de recul comme si elle mesurait l’étendue de ces paroles.
Vous…me menacez ?, se trouva néanmoins t’elle l’esprit de dire.

Je ne menace pas, j’agis. Et maintenant, fichez nous la paix, c’est la seule chose que nous demandons !

Votre cas sera débattu…

En haut lieu, oui. Allez réunir votre tribunal mais en attendant, sachez qu’il manque encore un membre de notre groupe, elle ne saurait tarder et j’exige qu’à son arrivée Hélène soit traitée avec la déférence qu’elle mérite.

Vous ne pensez pas que…


J’ai dit, Mairesse !


Il lui claqua la porte au nez et prenant Sissi dans ses bras l’embrassa à en perdre le souffle.

On nous pend ou on nous fout la paix !

La foule fut dispersée, les gardes furent réduits au nombre de deux. Comprenant leur désir de s’isoler, les autres s’en allèrent vaquer à leurs affaires.

Voici, ma chérie… notre résidence. Remarque que pour être presque des prisonniers…ce n’est pas si mal que ça ! Viens, je dois te montrer quelque chose…

L’énorme baignoire fut remplie d’eau parfumée, les jets à bouillons activés.

J’ai découvert ça l’autre jour…et c’est merveilleusement relâchant…tu veux essayer ?

Elle voulut, pour son plus grand bonheur. Bain inoubliable. Sens apaisés, ils riaient, ravis, alors qu’il démêlait la longue chevelure de Sissi. Défaire les nœuds devait être tout un art qu’il était loin de dominer, s’excusant avec un baiser à chaque proteste de la belle. Il trouva très plaisant jouer aux caméristes.

Attendre Hélène devenait pénible avec Louis vaquant tel âme en peine même si le brave faisait des efforts pour paraître tranquille. Achille s’en voulait presque de son propre bonheur et essayait de le distraire.


Le moment est arrivé, mon vieux…de t’apprendre à nager correctement….mais non voyons, tu flottes mieux qu’un caillou…allez, fais pas de chichis…mais qu’est ce que tu dis ? Pas te montrer si dévêtu ?...Bon sang, me sors pas que tu es timide…Non, on va pas se payer ta tête…savoir nager est rudement utile, crois moi !

Débuts difficiles. Louis était un nerveux qui…s’énervait et coulait mieux qu’un fer à repasser. Lui apprendre les rudiments de la flottabilité et de la respiration prit son temps. Avec l’aide de Richard, ils étaient près d’arriver à leur but quand la plus inopinée des apparitions mit fin à la leçon de natation. Hélène était là. Louis battit des records pour sortir de l’eau. Émouvantes retrouvailles. Leur petit monde était de nouveau en ordre.

Le peu d’amis avec qui ils comptaient là venait leur rendre visite, s’enquérir de leurs besoins, les tenir au courant de ce qui se jouait hors de leurs quatre murs. La situation se dégradait ostensiblement. La raison ? Eux. Le village était divisé en deux camps définis. L’un, formé par les ultra conservateurs, dont la bigoterie superstitieuse frayant le fanatisme exigeait qu’ils soient jugés et condamnés. Encore là, ce camp comptait avec ceux qui voulaient carrément leur peau et ceux qui ne voulaient que les chasser du coin. L’autre faction regroupait ceux qui ne trouvaient rien à redire sur leur présence, ceux qui étaient émoustillés de compter avec des revenants de l’histoire parmi eux, esprits éclairés et encore ceux qui ne savaient même pas de quoi il en allait.

M’est avis qu’il faudra se montrer très convaincants si on veut leur faire croire notre version des choses…entre nous, je les comprends assez bien…on se présente un beau jour, avec des mines de déterrés, en haillons et on prétend leur faire gober qu’on est…qui on est. Rien ne les oblige à nous croire, d’autant plus que c’est plutôt tiré par les cheveux.

Le raisonnement tenait le chemin, on voulut savoir la suite.

Cela m’a fait penser à Troie…et au cheval.

Louis fut de l’opinion que le soleil lui avait ramolli le cerveau et le regard de Sissi devint un tantinet suspicieux.

Les Troyens ont crû à leur victoire et à un cadeau de Neptune, ils ont ouvert leurs portes, le reste est histoire. Morale…donne aux autres ce qu’ils attendent et la victoire t’appartient. Ils veulent un Roi de France, une impératrice d’Autriche, une reine de Sparte, un explorateur anglais et un guerrier antique…ben, c’est juste ce qu’on va leur donner.

Le beau tollé.


Faudra demander à la Pierre…c’est la seule qui peut nous fournir ce dont nous avons besoin !

La collaboration de leurs amis leur fut précieuse mais la plus inattendue vint de la part de la belle Lucrèce. Elle se présenta une après midi, sans qu’on l’eut conviée et se montra plus que charmante, surtout avec Sissi, qui ne manqua, malgré tous ses efforts, de remarquer les œillades veloutées de la brune. Comme tout le monde, la belle avait eu vent de leurs problèmes et offrit son aide en assurant qu’elle avait une certaine influence sur la Pierre. À point nommé ! Pas sans certaine réticence on la mit au parfum de leur projet. Lucrèce assura pouvoir sans doute leur être d’utilité. Elle le fut.

Je te jure, ma chérie qu’il n’y a rien entre elle et moi…sais pas, moi…elle aura un faible pour les blonds ?

Veronica Bones, instituée pour le cas comme chef du tribunal ordonna qu’on laisse entrer les interpellés. La porte grande ouverte livra alors passage au plus singulier des cortèges…Ouvrant la marche, Louis XIV dans toute sa royale splendeur, en habit d’époque, offrait son bras à la femme la plus belle de l’Antiquité. Le suivaient un officier britannique arborant ses insignes de commandeur des ordres de St Michel et St Georges, bicorne sous un bras l’autre offert à une aviatrice en tenue de vol années 30. Fermant le cortège un guerrier antique en armure de combat et toutes ses armes, à son bras la plus resplendissante impératrice de tous les temps.

Nous voici, Mairesse, tels que nous sommes. Parlez avec sagesse et que justice soit faite !

Cela en déposant son heaume sur la table et la clouant sur place d’un regard acéré…
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Mer 30 Mai - 20:39

Oui, l’illustre s’était encore une fois illustré… Les mains brûlées par ce qu’on lui apprit comme étant un grille-pain, Louis souffrit en silence jusqu’à ce que Daniel McIntosh lui tartine les doigts avec une marmelade de sa composition. Remède souverain pour un souverain ! Louis dut promettre de ne pas lécher l’emplâtre à garder deux jours. Il est vrai qu’il était à base des fameuses feuilles dont il avait été accro un moment mais Louis avait appris sa leçon. On profita du passage à la clinique pour visiter le poupon. Le petit Nick, tout mignon et tout rose, conquérait son monde. La nouvelle de la naissance extraordinaire avait fait le tour du village mieux qu’une traînée de poudre enflammée. McIntosh avait dû établir une sorte de barrage pour préserver le repos de l’accouchée et de son rejeton mais pour les « parrains » on fit exception. La mère et l’enfant se portaient à merveille en compagnie de Mrs Chesterfield qui semblait un peu jalouse de tant de bonheur. Voir Achille presque gâteux en berçant son filleul fit rigoler Louis mais son sarcasme s’arrêta net en voyant se pointer un minois très intéressant :

Entrez donc, mademoiselle ! Quel bon vent vous amène ?... Oh ! Et en plus on vous a détroussée ? Ne vous souciez donc pas de cuisiner ce soir, très chère. Mes amis et moi serons ravis de vous avoir à notre table.

La belle plante accepta pour le plus grand plaisir du roi. Si les autres hommes froncèrent le nez, tant pis !

Un peu plus tard, ils firent leurs adieux aux dames et se retrouvèrent dans la rue. Beaucoup de curieux se pressaient aux portes du centre médical car la venue tapageuse des personnages historiques s’était répandue. Cependant, une autre animation régnait. Avec une surprise joyeuse, Louis découvrit qui était la gazelle qui tentait d’échapper à ses poursuivants. Que Richard soit le premier à lui mettre le grappin dessus amena Louis à se dévisser le cou dans l’espoir fou d’apercevoir une blondeur très attendue débarquer. Hélas, Miss Earhart était seule.
Ils eurent alors droit à une gentille semonce de la part de la mairesse, mais tous s’en fichaient car les nouvelles apportées par Amelia étaient très rassurantes. Avant peu, le village « accueillerait » d’autres historiques.

Le bonheur d’Amelia et de Richard avait de quoi rendre un peu morose les deux isolés. Achille qui partageait l’humeur du 14ème tenta de le consoler :


Elles vont bien, Louis…c’est ce qui compte…Bientôt, elles seront bientôt là !

Bientôt, c’est vite dit… D’après Amelia, il y a une sorte de décalage avec la plaque…

En attendant, oublie pas qu’on a une invitée, ce soir…

Une invitée ? Ah, oui ! La petite brune de l’hôpital. Elle est très mignonne… Il me semble d’ailleurs, qu’elle – comme quasi toutes les femmes croisées – te reluquait avec… attention.

M’en fous si les filles me lorgnent…vois pas pourquoi d’ailleurs !

Se lançant dans l’épluchage de tubercules, chose délicate vu ses bandages, Louis rigola :

Laisse-moi rire ! Tu ne vois pas, vraiment pas pourquoi ?

C’était trop gag. Devait-il réellement mettre les points sur les i ? Apparemment oui.

Mon cher, je ne t’apprendrai rien au sujet des femmes, n’est-ce pas ? Elles nous plaisent plus ou moins selon ce que nous découvrons au premier regard. Certains de leurs… attributs… sont souvent très parlants ! C’est pareil pour elles ! D’emblée, une femme regardera plus volontiers un grand baraqué aux traits remarquables qu’un nabot difforme, un athlète musclé qu’un obscur rat de bibliothèque ! Ajoute à cela le prestige d’un nom illustre, et le tour est joué ! Viendront ensuite la saveur du verbe et des manières quoique la plupart des femelles aiment les soldats bardés de prestige du moment qu’ils aient du répondant là où il faut, si tu vois ce que je veux dire…

Il voyait.

En boutade, il ajouta :


Tu as beaucoup de chance que je ne ressemble pas du tout à mon frère de ce côté-là, je te croquerais aussi, moi !

Cela lui valut un regard noir. Comme à chaque fois qu’il pouvait déployer ses talents culinaires, Louis était de très bonne humeur et s'en ficha.
Cette cuisine était… magique ! Il avait fait les frais de son apprentissage mais en retirait à présent tant d’avantages que les misères étaient oubliées.
Le Frigidaire bien garni subit un pillage en règle. À l’hôpital, Lindsay s’était montré une source précieuse de renseignements quant à l’utilisation de divers appareils dont le four électrique et un autre plus petit appelé "micronde". Louis usa et abusa de tout. Ne fallait-il pas régaler Amelia ? Bon, l’invitée aussi mais Loulou n’y pensait pas trop.
Lorsque celle-ci arriva, un poil en retard, Louis la reçut cordialement d’autant qu’elle apportait une contribution singulière au repas : un bœuf mironton !


Vous n’auriez pas dû vous donner cette peine, Miss Borija. Il a l’air divin ! Ce fumet est exquis, j’en salive ! Nous le dégusterons avec joie demain car, ce soir, c’est nous qui régalons. Installez-vous donc !... Vous connaissez tout le monde, non ? …

Pour une belle soirée, c’en fut une. Lucrèce s’avéra être une mine d’informations quant aux mœurs des villageois. Elle ne le dit pas ouvertement mais elle aussi semblait assez renégate dans le coin :

*Trop joli minois, trop d’esprit pour des abrutis !*


Il reçut comme il se devait, les compliments pour ses préparations, jouant les enchantés un peu évaporé. Miss Borija déployait un charme certain, et à moins d’être aveugle et sourd, nul ne put rater son attention particulière envers Achille.

*Fais gaffe, mon vieux ! Elle t’aguiche à fond…*

La suite lui donna amplement raison.
Faisant des navettes entre cuisine et salon, Louis surprit ce qu’il n’aurait peut-être pas dû : Achille et Lucrèce échangeant un baiser bien plus qu’amical…


*Vipère !*

Et le héros de demeurer pensif face à la porte refermée :

Hum, hum… Joli spectacle…

C’est de ta faute, tu n’aurais jamais dû inviter cette femme chez nous…c’est une allumeuse !

Et toi du bois sec ! Dire que je croyais que Sissi te manquait autant qu’Hélène me manque. Plusieurs personnes du coin portent des lunettes, il va t’en falloir une paire, et vite mon ami ! …Tu comptes faire quoi, là ?

À part me soûler…rien !

Excellente idée ! Il reste du vin et j’ai vu plusieurs bouteilles d’eau-de-vie assez tentante. Noyons nos chagrins !

S’il n’y avait pas d’autre moyen pour évacuer Lucrèce et ses tentations de l’esprit d’Achille, Louis était prêt au sacrifice même s’il ne tenait pas l’alcool...

Les jours suivants furent assez pénibles. Voir Achille tourner en rond, être privés de sortie, en rongeait plus d’un. Louis innova des recettes trouvées dans un bouquin, faillit mettre le feu à la bicoque mais donna le change aux autres en affichant sa royale bonne humeur.
Par veine, Miss Borija se tint éloignée du groupe. Hormis les visites épisodiques de Lindsay et de McIntosh, il ne se passait rien de fameux. On débattait toujours de leur sort, aux derniers potins…
Mais le vent tourna avec le retour fracassant d’Achille portant dans ses bras une Sissi défaite et meurtrie. Oh, là, là ! Ça en fit du bruit. Dedans comme dehors, du reste.
Il y avait eu mort d’homme :


*Si Achille a tué, c’est qu’il avait une bonne raison !*

Tout en s’activant à préparer des viatiques, Louis gambergea. Sissi avait dit qu’Hélène suivrait… mais sans préciser quand.

*Je vais farcir le dindon… pour ne pas l’être à sa place…*

Jours de liesse… Pas pour lui. On leur promettait un procès, un jugement… un débat. Bah ! Lui ne voyait qu’un long tunnel sombre qui s’étirait à l’infini alors que d’autres roucoulaient en paix.
Sa morosité était-elle si évidente ? Pourtant Louis était sûr de ne pas gâcher ses sauces ! N’empêche qu’Achille voulut absolument le sortir de ses fourneaux pour le flanquer à l’eau.


Le moment est arrivé, mon vieux…de t’apprendre à nager correctement…

Mais je nage ! Sinon, j’aurais déjà ressuscité plusieurs fois ! (mode panique)

Mais non voyons, tu flottes mieux qu’un caillou…allez, fais pas de chichis…

Euh… Pas question que je me dépoile devant des dames ! Je suis pudique et puis... tout le monde va se foutre de moi…

Bon sang, me sors pas que tu es timide… Non, on va pas se payer ta tête… savoir nager est rudement utile, crois moi !

Zut ! Il n’y couperait pas.
Il savait ne pas à avoir à rougir de son apparence. Revenu dans sa trentaine resplendissante nul embonpoint n’entachait ses muscles aguerris par la rude vie au bord du fleuve. Néanmoins, il n’aimait ni l’eau, ni le ridicule. Des tasses, il en but. Richard prêta main forte au héros pour empêcher la noyade. En rajouta-t-il pour que l’on s’occupe de lui ? Peut-être…
Le fait est que quand la voix tant espérée cria son nom, Louis devint un espadon.
Heureusement qu’il était trempé sinon Hélène aurait vu qu’il pleurait :


Mon amour ! Tu es là, enfin…

Le reste est trop intime pour être conté. (Na !)

Même en voguant sur un nuage rose, les historiques ne négligèrent pas l’orage qui couvait à leur porte. Selon les échos rapportés par leurs différents soutiens, ça discutait ferme sur eux. Achille, une fois n’est pas coutume, devint stratège. Il établit des comparaisons étranges avec ce qu’il connaissait le mieux : la guerre de Troie.


En bref tu veux que l’on se présente à eux dans nos plus beaux atours ? Bonne, excellente idée mais je me demande bien comment réussir ce tour de force ! Il n’y a pas un rideau qui ressemble à du brocard, ici !

Chacun y mit son sel. Achille dit :

Faudra demander à la Pierre…c’est la seule qui peut nous fournir ce dont nous avons besoin !

La pierre bouffe des diamants comme moi des toasts au petit-déjeuner. C’est impossible, ton truc !

Le retour de la vipère mit fin aux débats. Louis eut des chaleurs en constatant à quel point cette allumeuse allumait. Oh, elle les gâta, trop même !
En s’habillant pour la « fête », Louis n’arborait pas sa mine habituelle. Hélène s’en chagrina. Il soupira :


Ne me dis pas que tu n’as rien remarqué ! Je n’aime pas Lucrèce, ni ses cadeaux ni son attitude… Oui, Achille ! Il est à deux doigts de lui manger dans la main… Hein ? Moi, jaloux ? Vous me connaissez mal, Madame… Fais pas ta tête ! Je ne le prends pas de haut, je constate seulement les faits. Ouvre les yeux et vois ce qui se trame, Sissi est ton amie, non ?... Oui, j’ai vu des choses mais Chichille prétend être insensible… Non ! Faut rien dire, pas encore. Concentrons-nous sur notre représentation, ma douce...

Un sourire, un baiser, il siffla d’admiration sincère en la voyant sortir de la salle de bains parée au spectacle.
Et comme théâtre, le peuple fut servi. La joyeuse entrée en ravit plus d’un en en impressionnant beaucoup. Les détracteurs étaient assez nombreux malgré tout.


Nous voici, Mairesse, tels que nous sommes. Parlez avec sagesse et que justice soit faite !

Le débat sembla à sens unique un bon moment. Ne pigeant pas la moitié, Louis s’informa auprès d’Hélène :

Ce Chesterfield, c’est celui qui vous a aidées ? … Mais vous ne l’avez pas tué ! Qu’est-ce que cette femme raconte ?

Il perdait un peu le fil, ça sentait le vinaigre quand un grand type barbu entra en scène.
Belle plaidoirie, Louis aurait applaudi ce Neil que lui confirma sa douce. Il retourna l’assemblée comme un gant, se portant garant des historiques, hommes ou femmes.

Quand il quitta l’estrade, la situation avait radicalement changé. N’était-ce pas le moment de porter l’estocade finale tant que les esprits s’affolaient ?
Alors qu’une vive discussion s’échangeait entre juges et jury, il se leva et devint emphatique :


Mesdames, messieurs, nous, Louis Le Grand, sommes parfaitement navrés d’incommoder de la sorte votre communauté. Comme vient de le narrer votre ancien maire : nous sommes pacifiques et ne voulons d’ennuis à personne. Il y a eu des « incidents » de part et d’autres, hélas ! Ces faits déplorables ont été assez commentés pour revenir dessus.
À chacun d’entre nous, vous avez posé des questions auxquelles nos réponses franches NE PEUVENT être contestées !
Que vous nous craigniez nous flatte. Mais je vous prierai d’ouvrir les yeux. Sans nos beaux atours, qui sommes-nous d’autre que des gens ordinaires ? Le monde dont nous venons nous a appris bien des choses, et la fraternité n’est pas des moindres. Loin de nos fastes ou champ de bataille, nous sommes de simples artisans prêts à travailler durement pour mériter les avantages de ce charmant bourg. Laissez-nous au moins essayer d'y vivre en paix.


Bones se dressa à son tour. L’intervention éclair de Chesterfield la déstabilisait et, à entendre ce prêcheur de si bonne foi, un acte irréfléchi pouvait conduire à une guerre civile.

Nous sommes en démocratie ! cria quelqu’un dans la salle.

Oui, répliqua un autre : votons !

Très bien, dit Veronica. Nous allons organiser des élections très rapidement. En attendant, je lève l’obligation à résidence. La plaque redevient fonctionnelle et sera gardée. ( des hourrahs jaillirent) Mais… (elle n’arrivait plus à en placer une) MAIS, cria-t-elle, au moindre incident la justice tranchera !

Semi-victoire ou demi-échec, au moins on ne les exilerait pas comme des malpropres !
Quoi de mieux que de se réjouir en bonne compagnie ?
La maisonnette fut pleine à craquer. Tous ceux qui avaient participé de près ou de loin aux aventures du fleuve étaient très heureux de se retrouver autour d’un verre. La charmante Lucrèce était de la partie et donna un singulier coup de main à Louis aux cuisines. Il préférait la garder à l’œil et éviter qu’elle ne fréquente le Grec de trop près. Plusieurs fois, il surprit le regard un peu interrogatif de Sissi mais se garda bien de l’ouvrir. La seule qui semblait très en dehors de l’ambiance festive était Mrs Chesterfield. Sans avoir à se demander pourquoi, Louis comprit au quart de tour en constatant l’absence du mari de Lindsay. Par contre, le toubib était très, mais alors très empressé à la consoler…
Un moment distrait par les sieurs Paggit et Poindexter qui tenaient absolument à l’entendre discourir sur ses aventures en ajoutant les leurs, Louis perdit de vue Achille.


*Mince, la vipère n’est pas là non plus !*

Aux aguets, il planta là ses interlocuteurs et entreprit de fouiller discrètement les lieux en s’informant à gauche ou à droite. Ah ! Lewis l’avait vu aller vers le jardin.

*Et zut !* pesta le monarque en constatant que son ami remettait ça avec Miss Borija. *Il est fou ou quoi ? *

Re zut, dans son dos résonnait le rire cristallin de l’impératrice. Il se retourna vivement et entraîna Sissi loin de la scène qu’elle n’aurait pas supporté de voir.


J’ai voulu une bouffée d’air mais il fait très chaud dehors ! Allons plutôt ouvrir l’armoire à glaçons, on en manque, non ?

Et hop, Sissi n’eut pas le temps de protester qu’il lui trouvait plein d’occupations.
Amelia qui passait par là remarqua sa fébrilité.


… Non, tout baigne ! mentit-il.

On ne la contait pas facilement à Miss Earhart. Sous son regard senseur, Louis avoua :

Achille est un imbécile !

Ces quelques mots suffirent à l’aviatrice qui avait déjà sa petite idée sur la question.

… Je n’aime pas me mêler de ça mais je crois qu’avec Richard, on va le faire redescendre sur terre. Veille à éloigner Sissi du jardin, s’il te plaît.


Heureusement, le Grec ne tarda pas à se pointer à nouveau. Était-il troublé ? Sûrement. Il n’en donna pas moins le change et participa joyeusement à la fête qui dura… longtemps.

Au matin, tous étaient assez vaseux, surtout les hommes. Un beau chantier régnait dans toutes les pièces quand Louis se leva nettement plus tôt que les autres. Il aimait l’ordre. Même dans un campement de toile ou de branches, sa manie du rangement et de la netteté primait. Retroussant ses manches, il passa un temps fou à tout astiquer. Satisfait, une douche rapide plus tard, il prit un panier et décida d’aller au marché. Les agapes avaient entamé les provisions de bouche même si beaucoup avaient apporté une contribution. Dommage que les armoires ne se comportent pas comme l’arbre magique en récréant dans la nuit ce qu’on y avait prélevé la veille.
Tiens, les villageois le dévisageaient au passage. Pourtant, Louis avait fait très attention a s’habiller en fonction de sa sortie : un jeans qui grattait et une chemise à manches courtes, comme les aimait Richard. Ses cheveux longs détonnaient, il n’en eut pas conscience. Qu’à cela ne tienne…
De son pas légèrement dansant, il gagna la place des boutiques qu’il entreprit de reluquer avec attention. Poissons, viande, fruits… il en salivait.
Son panier s’emplit prestement. Bien sûr, il n’était pas idiot au point d’ignorer les pratiques du négoce. D’autres clients observés en douce donnaient des choses en payement au commerçant.
Lorsque son tour arriva, fièrement, Louis présenta ses marchandises à la comptabilité ainsi que sa monnaie d’échange.


Qu’est-ce que vous voulez que je fasse avec ça ? s’offusqua le brave homme.

Mais il s’agit d’un chandelier en argent massif ! Je l’aurais voulu en or mais il n’y en avait pas dans la maison.

C’est pas de l’argent, patate, c’est de l’alu argenté !

Je me disais bien qu’il était léger… Euh, combien m’en donnez-vous ?

Au taux actuel, tu peux garder tes œufs ou un poisson.

Rien que cela ? *Fais pas de vague Louis ! Pas de vague, t’as promis !* Très bien… Auriez-vous l’aimable obligeance de m’instruire quant à la façon de procéder pour payer cette… addition ?


Tu peux toujours aller prier la pierre ou alors tu bosses, soit à la mine soit chez un patron. Qu’est-ce que tu sais faire de tes doigts ?

Moi ? Tout, absolument tout ce que l’on voudra !

Va aux quais ! Au bout d’une journée t’auras de quoi… si tu y survis.

Une journée ? Mais mes gens auront faim, et…

Rien à foutre ! J’ai des clients qui attendent moi, dégage !

Une main se posa sur l’épaule de Louis tandis qu’une autre allongeait des petits diamants sur le tapis du commerçant.


Ouais, c’est bon ! dit ce denier en empochant son dû.

Une fois dehors avec son « sauveur » Louis le remercia :

Grand merci, Messire ! Je vous rembourserai, foi de Louis. Oh, mais je vous remets maintenant ! Vous étiez sur l’estrade. Neil Chesterfield, le mari de Lind, c’est ça ?

Plus barbu du tout, vêtu de frais, l’ex-maire avait une tête de déterré. Additionnant mentalement les potins perçus, et vu la mine de Lind la veille, pas besoin d’un dessin pour que Louis capte l’embrouille. Hélène l’avait longuement instruit sur les mérites de Chesterfield au point que le roi pouvait le considérer comme un ami.
On marcha côte à côte dans la rue animée :


Je vous suis aussi redevable d’avoir si bien pris soin de mon Hélène… Pour ma part, je suis très heureux de faire la connaissance du seul homme qui compte pour Lindsay… Ne soyez pas étonné, il ne se passait pas un jour sans qu’elle pense à vous ! Les larmes nocturnes laissent des traces au matin, savez-vous ?... Daniel ? Un vrai gentleman, je vous jure ! … Qui a osé vous inventer ça ? Lewis ? Il était saoul comme une barrique !... Non, pas tous les jours, mais après avoir abattu le monstre de l’eau, oui ! Ecoutez, je n’aime pas me mêler des affaires de cœur des autres *Tu parles !* mais je puis vous affirmer que Lindsay est une jeune femme charmante et très amoureuse de… vous !

En comploteur des temps jadis, Louis imagina très vite un beau petit plan destiné à arranger les choses entre époux.

Que diriez-vous de venir dîner chez nous ce soir? Nous pourrions faire plus ample connaissance...

Chesterfield ne voulait pas déranger mais l'autre insista tellement...
En attendant son heure, Louis avait du pain sur la planche.

Il fallut trois jours pour que les urnes soient effectives. Trois jours harassants pour Louis qui disparaissait souvent longtemps. Ses motifs fictifs : il explorait les environs. Les vrais… Débardeur le jour, aide-cuistot la nuit, Louis trimait comme un forcené pour ramener de quoi nourrir convenablement les siens. Pas que les autres ne fichent rien ! Achille et Richard allaient à la mine mais les tours de pioche instaurés faisaient qu’ils ramenaient peu. Sissi et Hélène avaient été acceptées comme couturières, la paye tardait… Amelia donnait des cours d’auto-défense à qui était preneur, peu à vrai dire.

Vint le jour des élections…
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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Dim 3 Juin - 0:33

C’est la chambre que j’ai prise… Notre chambre, si tu veux…

Yeux dans les yeux, cœur battant à mille, Amelia résuma en un simple mot l’acceptation totale, l’engagement pour la vie, à toujours, à jamais.

Oui !


Jamais mot si court ne sacralisa si bien une union parfaite. Amelia se fichait absolument de l’avis du prochain. Pour elle, cette question et sa réponse, équivalaient aussi bien à un mariage, tout comme s’il avait été béni par le Pape en personne.

De retour à la réalité de ce bas monde, elle inspecta un peu plus à fond ce nouveau domicile. Le partager avec Louis et Achille ne la dérangeait nullement. Ils étaient tellement habitués à être tous ensemble, que cela coulait de source. Où seraient ils allés, d’ailleurs ? Si elle avait bien compris, à peine si on les acceptait dans le coin et leur futur était incertain. Tant qu’elle aurait Richard à ses côtés, on pouvait les envoyer n’importe où.

Comme baptême de feu dans ces parages, le dîner de ce premier soir là en fut un et de très éclaircissant sur ce qui se jouait dans le coin. Louis l’avait renseignée, à la va vite et mine de rien, qu’ils recevaient une invitée.

*Pas à dire, ces gars vont vite en besogne !*

Elle ne changea pas d’avis en voyant qui était l’invitée. Peu portée sur les ragots, insinuations et autres artifices nettement féminins, juste parce que cela ne l’intéressait pas, Amelia ne demeurait pas moins d’une fine perspicacité…même s’il ne fallait pas l’être trop pour juger ce qui se jouait ce soir à table. Achille, le grand guerrier, le dur de l’histoire, l’amoureux éperdu de Sissi, se laissait draguer en toute impunité par cette créature aux yeux noir de nuit noire, dont le charme éclatant laissait présager bien de joies…ou malheurs, au choix !

Bien sûr, ça ne rata pas ! Aucun besoin d’un rapport écrit, la tête de Louis valait mille mots, celle d’Achille, crâneuse, mais pas moins coupable pour cela. Qu’ils se soûlent à mort au bord de la piscine, ne l’étonna pas. Les hommes ont des drôles de façons de chasser leurs démons.

Le retour de Sissi fut bien plus catastrophique que le sien qui s’était avéré aventureux sans aller plus loin. Il fallut qu’Achille, dans toute sa splendeur guerrière, qui n’était pas des moindres, aille la sortir de prison, en tuant un homme en passant. Cela causa le raffut conséquent et ne fit qu’accroître l’animosité populaire. On voulait les juger, allez savoir avec quelles charges, les condamner et sans doute, vu l’enthousiasme bigot du coin, les faire monter au bûcher. L’arrivée d’Hélène, bien moins dramatique, compléta l’ensemble…mais bien sûr, ne changeait pas grand-chose à leur situation de quasi hors la loi…

Bon sang, c’est à en avoir honte, de mes quasi contemporains…du coup, ceux là ils ont fait un recul marqué vers le Moyen Âge. Faut maintenir profil bas, se montrer le moins possible et essayer de trouver une solution.

Des solutions, on en trouva. Ce n’était pas l’aide extérieure qui manquait. Mine de rien, ils avaient des sacrés alliés sur place. La petite Lindsay, épouse de Neil, porté pour le cas, disparu en action, se révéla d’un potentiel non négligeable. Elle n’hésita pas à faire bouger ses relations. Ex-première dame de ce bled perdu, s’il y avait quelqu’un qui connaissait tout le monde, c’était bien elle. Les hommes qui avaient accompagné Chesterfield ne se firent pas prier pour rejoindre leur cause, tout ce qu’ils avaient vécu ensemble avait crée des liens très forts. Eux et quelques autres, avaient un ennemi commun : l’actuelle mairesse et son staff. Amelia ne put que communier avec l’envie de tout envoyer en l’air et recommencer de nouveau.

L’histoire le prouve...rien comme une petite révolution pour tout remettre à neuf !

Le rire de Richard avait suffi. Louis rit jaune et Achille acquiesça. On allait tenter une sortie pacifique à l’affaire mais au cas où celle-ci foirerait, resterait la dissuasion armée…entre les modernes alliés et Achille, on pouvait se sentir plutôt rassurés.

Dick…ce monde est de fous…mais j’aime l’idée d’avoir un toit sur ma tête et un lit confortable à partager avec toi…je te jure que j’arracherai les yeux à quiconque voudrait me priver de cela !...Je t’aime tellement…oui...encore plus…Dick…je me sens si absolument heureuse…me manquer quoi ?...Grand sot, que pourrait donc me manquer…je t’ai, toi…après tout ce qu’on a vécu…

La situation, en dehors de leurs quatre murs, dégénérait en accéléré aux dires de leurs amis locaux. Le mécontentement populaire devenait flagrant. Deux camps assez définis fourbissaient leurs armes pour mieux s’affronter un jour ou l’autre, que ce fut de parole ou de fait. Sans besoin d’être des génies, les historiques se doutaient bien que leur jugement ne serait autre chose que l’arène de cette joute.

Et c’est dans ce chaudron de passions que se cuit notre futur…nous sommes fins de chez fins !

Tant d’optimisme ne pouvait être que contagieux, mais tant qu’à faire, ils ne se laissaient pas tout à fait saper le moral. Achille, relâché un instant de ses débats sentimentaux, donna une idée ponctuelle, qui vu l’état des choses, ne pouvait rien empirer. Pour elle, se présenter au tribunal dans sa tenue d’aviatrice ne posait pas de grand problème mais il était très légitime se soucier de celle des autres. Demander faveur à la Pierre était la seule solution mais étant donné le triste état de leurs fortunes personnelles et l’avidité du Caillou local, l’idée tombait à l’eau quand, providentiellement, Miss Borija, encore elle, assura pouvoir leur venir en aide. Et le fit de manière plus qu’effective. Amelia n’était pas dupe du manège de la belle brune avec Achille mais ne s’en mêla pas, se disant qu’il était assez grand comme pour s’arranger tout seul, sans besoin qu’on lui file des sermons à tort et à travers. Ce qui la révoltait était savoir qu’Elisabeth en souffrirait terriblement mais la situation était assez emmêlée comme pour en rajouter.

Et c’est dans cet état d’esprit qu’on arriva au jour du fameux jugement. Leur entrée en lice, vêtus de leurs atours d’époque provoqua la réaction voulue. Elle avançait du bras de son bel officier britannique qui avait une bien fière allure, suivant Louis XIV et son Hélène, royaux et suivis du couple splendide formé par Sissi, majestueuse dans sa crinoline d’apparat et un Achille impressionnant dans sa tenue de combat. La seule qui ne voulut pas se laisser démonter par cette mise en scène fut la mairesse. Elle ne mâcha pas ses mots, allant jusqu’à les accuser, Hélène, Sissi et elle d’avoir assassiné Neil Chesterfield.

Non mais, c’est aller un peu loin dans vos idées absurdes, Miss Bones. Je ne peux que remarquer que vous la faites, à votre façon, la loi, ici. Nous voici accusés et condamnés sans même avoir dit un mot. Vous en faites quoi de la justice qui veut que tout homme soit tenu pour innocent jusqu’à prouver sa culpabilité ? Je réclame un traitement digne, pas cette parodie de justice à laquelle vous jouez si mal !

Tous y mirent de leur part et la mairesse eut droit à des beaux discours bien sentis qui pour les effets, ne lui firent ni chaud ni froid, elle les fit taire sans façons et proclama, haut et clair :

Le conseil, à l’unanimité, a voté pour votre bannissement. On vous donnera de quoi survivre quelques jours et on vous conduira loin d’ici. La plaque de la zone 51 sera détruite dans l’intérêt de tous ! VOUS nous mentez ! Vos beaux atours impressionnent peut-être la galerie mais pas les esprits sensés. Nous n’avons que faire de menteurs assassins en nos murs.

Les trois hommes protestèrent avec véhémence. Elle se leva à son tour, furieuse.

Ce n’est pas le bannissement qui nous dérange…c’est l’impunité avec laquelle vous dérogez toute loi connue et avez le sacré toupet de nous traiter de menteurs. C’est une honte que vous malmeniez le décorum le plus élémentaire en vous cachant derrière votre soi disant justice. Si imposteur il y a ici, c’est bien vous qui abusez du pouvoir que vous a laissé Neil en vous croyant une femme intègre, s’il était ici, il se lamenterait sans aucun doute de son manque de discernement en vous choisissant !

JE M’EN FOUS ! riposta la mairesse en fureur, oui, vous connaissez vos histoires par cœur, comme tout bon comédien qui se respecte mais ça ne change rien. Qui que vous soyez, vous semez le trouble, vous avez tué deux des nôtres, c’est amplement suffisant pour le bannissement, et…

La suite valut le détour. Jailli d’entre la foule, personne d’autre que le présumé assassiné vint mettre les choses au clair. La tête de Bones et acolytes valait de l’or. En deux temps trois mouvements, Chesterfield, qui avait l’air assez mal en point, redressa les torts, la situation, leur crédibilité et rendit la foi à plus d’un vu les applaudissements nourris qu’il récolta alors que la mairesse furieuse, déstabilisée mais coite devait encore subir la harangue chaleureuse dont ce cher Louis régala l’auditoire.

*Pour un monarque absolu il est rudement démocrate, celui là !*

Le résultat ne se faisant pas attendre, la voix du peuple parla en réclamant des élections.

Très bien, admit la mairesse, définitivement dépassée par les événements, nous allons organiser des élections très rapidement. En attendant, je lève l’obligation à résidence. La plaque redevient fonctionnelle et sera gardée.

La liesse fut générale. Amelia supposa que la fameuse plaque était de vitale importance pour le village et ne tarda guère à apprendre la raison. Tout le monde en parlait, de la mine de diamants.

*C’était donc ça…la pioche…pas à dire, ambitieuse, leur Pierre !*

Bien sûr, Miss Bones ne pouvait pas rester sans dire le dernier mot.

MAIS, cria-t-elle, au moindre incident la justice tranchera !

De cela, on pouvait très bien s’en douter.

Ce n’était pas exactement une victoire écrasante ni éclatante mais au moins, ils auraient la paix et faute de mieux pourraient vivre décemment dans un endroit civilisé, du moins d’apparence. Que leurs amis veulent se joindre à eux pour fêter dignement l’occasion n’étonna personne et c’est ainsi qu’on se trouva à faire joyeusement la fête. Unique motif de trouble était la présence de la belle Lucrèce. La tenir séparée de l’objet de sa convoitise demandait certains efforts, surtout de la part de Louis érigé en gardien des mœurs. Qui l’aurait crû ? Allez savoir comment s’arrangèrent les impliqués dans cette romance coupable pour disparaître. Que leur absence ne soit pas bien longue laissait un petit espoir quant à la teneur de la rencontre. Amelia fut tentée d’en toucher deux mots à l’évaporé de service mais son air angélique et son attitude d’amoureux exemplaire auprès de sa légitime compagne, la freina.

*Il perd rien pour attendre…à la prochaine, ça va lui en cuire !*

Mais déjà la petite mine de Lindsay Chesterfield attirait son attention. La connaissant depuis peu, Amelia n’appréciait pas moins la jeune femme dont Richard et les autres avaient si bien vanté gentillesse et courage. Elle allait la rejoindre pour lui parler quand Dan McIntosh la devança, s’occupant, sollicite, de Mrs. Chesterfield. L’absence du mari frais revenu n’échappa à personne mais on l’attribua à plusieurs raisons logiques vue la mine qu’il arborait tantôt. Que Lindsay se retire très vite, escortée par Domingo Chavez, l’homme de confiance de Neil, rassura ce petit monde et la fête se poursuivit en toute joie.

On but, on rit, on dansa jusqu’á une heure plus qu’avancée. Plus ou moins titubants, tous retrouvèrent avec plaisir la paix de leurs chambres. Si Amelia voulut faire un commentaire de la soirée ce fut peine perdue, Richard, affalé dans le grand lit dormait à poing fermé et ronflait en conséquence. Elle poussa sans commisération et se coucha à son tour.

Je t’adore, Dick…mais c’est fou ce que tu peux être romantique !

En fait, elle s’en fichait comme d’une guigne du romantisme. Elle était folle de lui, tel quel et ne changerait, pour rien au monde, quelque chose dans sa façon d’être.

Le lendemain, tous, sauf Louis, firent la grasse matinée. Quand tous se pointèrent au petit déjeuner, avec des mines qui donnaient foi des divers degrés de gueule de bois, la maison était nickel et aux dires d’Hélène, le Roi était parti aux provisions. Ce qui les amena à réfléchir sur leur futur. Ils étaient ensemble, certes, mais n’avaient pas un sou vaillant et selon les informations glanées ça et là, la Pierre locale n’était pas des plus généreuses.

Comme quoi…faudra se trouver un boulot pour ne pas mourir de faim !

Évidemment personne n’était trop en état d’envisager l’avenir, ce matin là. De retour, Louis arborait son meilleur air de comploteur en pleine intrigue mais ne voulut piper mot sur ce qui l’occupait, par contre leur annonça que ce soir, ils iraient faire un BBQ à la plage. L’idée fut agréée et on ne posa plus de questions.

La soirée au bord de la mer fut des plus agréables. À six, comme aux bons vieux bivouacs qui avaient jalonné leurs aventures. Ils repassèrent des souvenirs, sans rien regretter de ces temps difficiles puis, sans vouloir s’éterniser là, ils rentrèrent. Le spectacle qui les attendait chez eux les laissa sans mots…le jardin de la piscine apparaissait ravagé comme s’il avait été le scénario d’une lutte acharnée. Louis avait pâli et affolé semblait chercher quelque chose.

Tu as l’air d’en savoir long sur tout ceci…parle donc !

Il se fit un peu prier mais finit par lâcher le morceau, affligé au plus haut point.

Mais alors…Neil et sa femme devaient se retrouver….et mettre les choses au clair…Seigneur ! Là on dirait que la mise à jour a été…plutôt turbulente…Non ! vous ne pensez tout de même pas que…Chesterfield est un gentleman…enfin, c’est du moins l’impression qu’il m’a donnée…

On resta sur l’affreux doute jusqu’au lendemain. Il suffit de se rendre au centre-village pour se rassurer. Une gentille foule massée à la maison communale faisait des gorges chaudes sur l’événement du jour : les élections. Trois candidats s’étaient inscrits de bon matin, un quatrième venait de le faire juste en ce moment : Neil Chesterfield et il n’était pas précisément seul. Un sourire discret aux lèvres, affichant profil bas mais pas trop, Miss Borija, la tentation d’Achille, tenait le bras de Neil.

Il suffit à Amelia de voir le visage de l’ex-maire pour se convaincre qu’on l’avait rossé…et comment ! Elle s’imagina mal la douce Lindsay infligeant pareille correction à son beau mari. Un peu plus loin, elle eut l’heur de croiser le Dr. McIntosh dont le fastueux coquart et autres ecchymoses sautaient à la vue. Deux et deux faisant toujours quatre, l’explication était quasi simple. La présence de la belle Lucrèce expliquait assez bien le reste. Rencontrer Lindsay un peu plus tard confirma la théorie. Elle avait un air de déterrée qui en disait long sur son état d’âme.

J’ai trop de mal à croire qu’il se comporte de la sorte, assura Amelia, c’est l’homme le plus charmant qui soit, toujours si poli et prévenant…même après son accident...oui, le pauvre s’est pris un coup à la tête qui l’ai sonné quelques heures…Il a veillé sur nous…toujours si sensé…et amoureux de toi…Hélène assure que même inconscient il t’appelait…Je ne comprends rien…

Que les pendules se remettent à l’heure dépendrait uniquement du temps. On attendrait.

La campagne électorale battait son plein. Promesses de l’un ou de l’autre, tout revenait du tout au même, ce n’étaient que des promesses mais en attendant la vie continuait. Bon an mal an, tous et chacun avaient déniché un job ou l’autre et on tirait d’affaire à la comme on peut. Aller piocher à la mine n’enrichirait personne pour le moment vu les chiches délais donnés pour s’y prendre. On devinait aisément la main de la mairesse encore en exercice dans tout cela. Elle leur ferait la vie à petits carreaux tant que son pouvoir le permettrait.

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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Dim 3 Juin - 19:31

Pouvait-on rêver mieux ? Peut-être… Mais, rarement, Burton ne s’était senti aussi heureux.
Amelia était la compagne idéale, SA compagne. Pas de chichis ni de mièvreries avec elle. D’emblée, parfaitement consciente que ce que « notre » chambre impliquait, elle avait agréé joyeusement.
De soir en soir, il escomptait bien éclairer la Miss par des délices insoupçonnés.
N’empêche que la première soirée de retrouvailles fut entachée par une présence dont beaucoup se seraient passé : Miss Borija.
D’emblée cette trop belle plante avait déplu à Burton déjà à l’hôpital.


*Cause toujours, tu m’intéresses* Pour ne pas dire plus crument : « Cause à mon c*l, ma tête est fatiguée ! »

La demoiselle s’y prenait avec brio pour s’attirer les bonnes grâces de ses hôtes dont un en particulier.
Louis sembla dans tous ses états après le départ de la sulfureuse invitée. Lui, il s’en fichait un peu si Achille regardait ailleurs, il avait le meilleur.
L’arrivée de Sissi mit Richard sur ses gardes. Déjà assignés à résidence, avec mort d’homme à la clé leur situation n’était pas proche de s’améliorer. À part, il discourut avec le Grec afin de connaître tous les détails de l’affaire. Il serra les poings et blêmit quand il sut l’outrage qui se serait commis sans l’intervention d’Achille :


Tu as bien fait.

On ferait bloc contre tout opprobre.
Par veine Hélène ne tarda pas à compléter le groupe. Louis devenait pénible avec ses soupirs de désespoir devant deux couples réunis.


L’histoire le prouve...rien comme une petite révolution pour tout remettre à neuf !

C’était tout elle, ça ! Adorable Meeley.

Tentons la solution pacifique. Personnellement, s’ils nous fichent dehors, je m’en tape, tant que je t’ai à mes côtés ! … Notre nid on se le fera ailleurs s’ils ne veulent pas de nous… Je t’aime.

Burton faillit s’étrangler de surprise quand Achille désira qu’ils aillent en grand apparat au tribunal statuant de leur sort.

*Mauvaise idée… Ils vont croire à un carnaval !*

Il ne dit rien car la majorité était enthousiaste.
Soupir intense que de devoir s’affubler de l’uniforme du parfait capitaine de sa gracieuse majesté la reine Victoria. Oui, il avait été Britannique et sujet dévoué… mais depuis le temps !
Cette mascarade lui déplaisait. Il se tint rigide et coi aussi longtemps qu’il le put. Sa fougueuse Amelia prit le crachoir quand la goutte déborda. Il eut beau lui broyer la main, l’espoir de la faire taire demeura vain.
Bingo! On voulait les bannir.


*Chic !*

Il tint sa langue. À quoi bon jouer avec la diplomatie quand les dés sont pipés ? Leur sort était joué avant même leur comparution, nus ou en Myrmidon.
Il laissa chacun s’exprimer et fut assez étonné d’une intervention inattendue de l’ancien maire. Amelia lui en avait parlé de ce Chesterfield. Intègre, humain, on pouvait se fier à lui.


*Belle plaidoirie en notre faveur…*

Ceci ajouté à cela, la balance pencha… presque. On leur accordait une certaine liberté mais au moindre faux pas…
On célébra la levée s’assignation à résidence comme il se devait. Leurs sympathisants étaient assez nombreux finalement. Ça réchauffa le cœur autant que les alcools qui coulèrent en abondance jusqu’à une heure matinale. Durant la bombance, Richard avait beaucoup observé ce petit monde en liesse et n’avait pas raté l’énervement de Louis ainsi que le malaise de Sissi quand son regard dardait Achille et l’incontournable Miss Borija. Si ce manège continuait à ce rythme, il y aurait bientôt une bagarre sous ce toit. Ce qui n’empêcha pas Richard de dormir telle une souche.
Quand il se leva, tardivement, la fée du logis – Louis – avait déjà agi. D’où tirait-il une telle énergie ? Assez vaseux les historiques ne tirèrent pas de plans immédiats quant à leur avenir proche. Il leur faudrait pourtant trouver de quoi assurer leur subsistance. Tant qu’ils étaient des « prisonniers » en semi-liberté, la communauté les avait logés, nourris et blanchis gratuitement. La liberté avait son prix…
On en débattit assez mollement le temps de se dérouiller les méninges. Hélène et Sissi iraient prospecter alentours voir si leurs talents de couturière serviraient à quelque chose. Richard et Achille iraient fatalement piocher à la fameuse mine dont tous parlaient. Louis demeura discret sur ses futures activités, il était tout excité à l’idée du BBQ qu’il projetait sur la plage.
Comment s’était-il procuré toute cette nourriture ? Il jura n’avoir rien volé ni créé d’embrouilles à quiconque… on le crut.
Dans une maisonnette du jardin se trouvaient divers ustensiles dont des grilles à viande, fourches, et autres trucs intéressants. La journée s’écoula à choisir le coin de plage adéquat et à pécher quelques poissons à ajouter au menu. Les fruits de mer étaient abondants et partir en chasse avec Meeley passionnant.
Autour d’un beau tas de braises rougeoyantes, on se crut un peu revenu au temps des camps en plein air sauf que celui-ci était iodé. Même si Louis s’absenta à de nombreuses reprises en prétendant avoir oublié ça ou ça, on s’amusa bien en racontant ses aventures personnelles et leur ressenti.


Vous auriez dû voir Loulou shooté… un vrai démon !... un quoi Hélène ?

Tous avaient eu leur lot de rencontres étranges. Seul bémol à la bonne humeur, la froideur de l’impératrice qui contemplait souvent le ressac, les yeux vagues…
Lorsque chargé de leur matériel de « camping » les historiques regagnèrent leur gîte, ils ne purent rater l’état lamentable du jardin entourant la piscine. En partant, Richard aurait juré qu’il n’y avait pas cette table et ces sièges reversés ni ces plats garnis éparpillés partout.
Louis dut avouer sa stratégie pour réconcilier Neil Chesterfield et son épouse. Apparemment, un beau règlement de compte avait eu lieu :


S’il a touché Lind, on lui fera son affaire, hein Achille !

Pour l’avoir fréquentée plusieurs semaines, Richard avait apprécié cette douce jeune femme même si, un certain soir d’ivresse collective elle ne s’était pas particulièrement comportée comme une épouse fidèle…
On ne tarda pas à savoir d’où venait le désordre rien qu’en ouvrant les yeux sur certains visages…
En aparté à Amelia, peu après leur tour du village, Richard lui conta :


Je peux comprendre Chesterfield… Si quelqu’un te reluquait autant que le toubib Lindsay, je lui referais aussi le portrait…

En attendant les fameuses élections qui statueraient définitivement de leur sort tout en élisant un nouveau comité, on se mit à l’ouvrage.

Qu’est-ce que c’était que cette organisation à la con ? Faire la file pour obtenir un numéro de passage, aller poser les pieds sur une plaque puis se retrouver dans une mine désarçonna beaucoup le Britannique et le Grec. Ils imitèrent les autres candidats piocheurs et furent assez étonnés d’être déjà ramenés au hangar un quart d’heure plus tard. Maigre provende… Avec deux petits diamants chacun, la soupe serait maigre. Les compères complétèrent le pot commun en allant à la pêche. Pour la question alimentaire, ils sauraient se débrouiller. N’empêche qu’un employé communal se chargea de leur fournir une jolie facture à acquitter à la fin du mois. Le loyer réclamé pour une résidence de six occupants était exorbitant même pour leurs yeux de néophytes.


Faudra doubler le boulot, confia-t-il à Achille au second jour de labeur. Je me demande quand est-ce que Louis va s’y mettre. Il fiche rien, ce gars ! Quoique… t’as vu ses mains ?

Les brûlures de grille-pain étaient guéries mais les nobles doigts s’ornaient d’ampoules étranges. Qu’est-ce que Loulou foutait au long de ses journées ? Nul ne savait.
Le Grec semblait avoir d’autres préoccupations en tête. Fréquemment, Richard assista à des disparitions aussi soudaines que brèves. Elles devaient porter un nom et ce n’était pas celui de Sissi. Burton ne posa pas de questions tant que l’ambiance de la maison n’en pâtissait pas trop.

L’heure du scrutin venue, les Historiques se virent refuser l’accès aux urnes, mesure hautement frustrante qu’ils durent accepter amèrement.
La campagne, ils l’avaient suivie de loin et se moquaient un peu des résultats. Si le verdict concluait au bannissement, peu importait pour Burton. Il plierait volontiers bagage avec Amelia en laissant les autres se débrouiller.
Le soir arriva, proclamant une victoire éclatante de Chesterfield qui les convia à une réception délirante.
Lors de son discours d’intronisation, le nouveau maire ne cacha pas sa sympathie envers les historiques à qui il accordait définitivement le droit de cité. Beaucoup de changements seraient effectifs avant peu. Le nouveau comité formé amena divers commentaires dans l’assemblée car, tel un toutou attentionné, n’était-ce pas Miss Borija qui siégeait à la droite du maire ?
Achille tirait une drôle de tête. Peut-être que l’éclat de pierre reçu dans le sourcil au matin en était la cause ? La nuit fut longue.

Ce que Dick adorait par-dessus tout était les longues balades nocturnes en bord de mer avec Meeley à son côté. Ils pouvaient s’en dire des choses, s’en faire aussi sans avoir à en rougir le matin devant les autres. Celle nuit-là, les relations furent plus sérieuses :


J’aime bien ce Chesterfield, il a l’air sensé. Par contre j’ai pas pu m’empêcher de tiquer en voyant qui serait son second… Ouais, Borija… Tu m’avais dit que Neil était correct… pauvre Lind. Enfin, elle l’aura un peu cherché… Il nous a convoqués pour après-demain. Je me demande ce qu’il projette.
Dis, tu n’as pas remarqué le manque de pot d’Achille ? En trois jours, il s’en est ramassé des tuiles !


Ils commentèrent un peu les malheurs du Grec et Richard ne put que soupirer quand Amelia évoqua les fautes d’inattentions du héros :

… Pas nos oignons, ma douce. Par où je suis passé dans ma première vie, j’ai assisté à des scènes étranges… des possessions. Je ne suis pas loin de penser qu’Achille en est victime. Cette Lucrèce joue sur tous les tableaux…

Il lui avoua l’avoir croisée et subi une drague en règle :

Elle n’a pas insisté… Céder ? Tu es folle ma chérie ! En comparaison à toi, elle n’est que de la roupie de sansonnet, une intrigante qui veut semer la brouille… Si les choses s’aggravent, on fichera le camp. J’ai très envie de découvrir un endroit comme celui où Nick a été conçu, pas toi ?

Un bain de minuit sans censeur proche les rapprocha encore.

Le lendemain, un éboulement à la mine faillit engloutir Achille. Le surlendemain, une maladresse d’un voisin lui perfora le pied d’un coup de pioche.
Clopin-clopant, les historiques allèrent au rendez-vous du maire.
Le comité complet siégeait. Impossible de rater l’air contrit de Miss Borija devant un Achille boiteux ni son sourire extatique en regardant Chesterfield donner les dernières dispositions en date.
S’ils le désiraient, Achille et Richard deviendraient employés municipaux, le premier s’occuperait de la milice, l’autre des relations publiques. Louis superviserait les provisions de bouche. Quant aux dames, organiser des événements culturels ou de détente leur incomberait selon leur bon vouloir. De quoi satisfaire tous et chacun.
On accepta, que demander de mieux ?

Les dispositions voulues par Neil se mirent rapidement en place. Les coûts baissèrent du jour au lendemain, les étals se garnirent en abondance. La zone 51 avait-elle été rouverte ?
Achille connut de nouveaux avatars : la crosse d’un novice frais recruté lui défonça le nez.
L’un dans l’autre, ça baignait.

Une semaine après les nouveaux arrangements installés, des échos alarmants poussèrent les historiques à s’enquérir de ce qui se tramait.
Sans crier gare, le maire s’était effondré en plein conseil communal. On parlait de convulsions, d’opération…
Pour une fois, Burton sortit de sa réserve en regroupant ses amis :


Dan est un excellent toubib, mais là ça craint ! Lui et Neil sont à couteaux tirés, faut pas le laisser opérer… Que suggérez-vous, ça urge !
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Sissi

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Mar 5 Juin - 22:40

Elle avait cru au grand bonheur après avoir frôlé le déshonneur. Si Achille, son héros à elle, n’était pas intervenu dans la cellule où ces gens l’avaient enfermée contre son gré après avoir frappé l’un des leurs… Sissi préféra oublier l’incident dans les bras de son guerrier adoré.
Guerrier bourru parfois, grognon à l’occasion, il savait être si tendre et… vigoureux à la fois que, pour cette jeune femme qui avait été si souvent délaissée sentimentalement par le passé, le prince des Myrmidons représentait l’élu de prédilection. Ensemble, ils en avaient traversés des épreuves. Était-ce par son esprit raffiné, son intelligence, son caractère fort quoiqu’un peu timide, que Sissi l’avait conquis ? Elle préférait croire en cela plutôt que d’imaginer que seules ses formes avantageuses avaient attiré le Grec. Il l’aimait, elle le savait. Ne venait-il pas encore de le prouver en tuant pour elle ? Alors, qu’est-ce qui clochait ?
De temps à autre Achille lui parut… distrait.
Le retour d’Hélène enchanta l’impératrice, peut-être pas autant que Louis mais une vraie amitié existait entre elles. À Hélène, elle pourrait facilement confier ses tourments pour autant que l’occasion se présentât. Hélas, Louis l’accapara tant que Sissi dut jouer les gentilles petites idiotes aveugles et sourde.
Très vite, Elisabeth devina quel était le tourment de son héros. Quand une certaine Miss Borija était dans les parages, Achille devenait chèvre. Après que cette « douce » créature les ait aidés à s’habiller selon leur rang pour le tribunal, Sissi lui posa franchement la question au sujet de cette femme beaucoup trop « gentille » pour être honnête :


Que se passe-t-il au juste entre toi et cette Lucrèce ? Elle te dévore sans arrêt des yeux...

Selon Achille, elle se faisait des idées…

Malgré leurs beaux atours, le débat tourna quasi à sens unique au tribunal. Plusieurs fois Elisabeth mordit sur sa chique pour ne pas révéler au grand jour les sévices qu’on lui avait infligés, tout avait été transcrit lors d’interrogatoires, disait-on. Mais qu’on les accuse d’avoir occis Neil Chesterfield la remua hautement :


Ils sont malades, ces gens ! souffla-t-elle à Achille. Neil était bien vivant quand il nous a montré la plaque. On devrait partir…

Une résurrection ? En tout cas un Chesterfield en chair et en os débarqua donner sa version de l’affaire et lancer quelques accusions qui remuèrent l’assemblée.
Sissi aurait été contente de parler à nouveau avec ce jeune homme civilisé qui les avait pris sous son aile protectrice près du fleuve, d’autant qu’elle l’avait trouvé assez mal en point sur l’estrade.
Dommage, il ne vint pas à la « fête ». Par contre une autre dont Sissi se serait bien passée s’y pointa avec une assurance tellement marquée que Sissi se trouva presque godiche à côté d’elle mais on n’a pas été impératrice d’Autriche et Reine de Hongrie sans avoir été dressée à l’art consommé de la comédie. Les autres historiques la prenaient donc pour qui ? Une parfaite idiote, probablement. Leur « solidarité » était… touchante. Tous devaient être au courant mais nul ne cafterait. Qui protégeaient-ils par cette fraternité du silence ? Dans le fond, ils n’avaient pas tort de jouer l’innocence même si parfois leur gentillesse pour la détourner de certaines scènes frisait le ridicule.
Afin de leur éviter de lui mentir, Sissi continua son rôle de dupe myope à la perfection.
Mais dans l’intimité avec Achille, cela s’avéra impossible. Elle voulait bien être bonne mais pas conne car Monsieur affichait un air tellement naturel, angélique qu’il en était écœurant. S’il désirait le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière : il pouvait courir !
Comment osait-il encore la regarder en face, essayer de la toucher après que ses mains en aient caressé une autre ? Les excuses classiques se débitèrent :


Je suis fatiguée, j’ai mal à la tête. Puis tu as trop bu. Tu vas ronfler comme un porc*Que tu es !*

Cette nuit de « fête », Monsieur la termina sur le divan du salon ou sur un transat de la piscine, elle s’en fichait.

La journée suivante, Sissi rongea encore son frein. Si elle avait pleuré sur son oreiller, c’était de rage. Louis n’avait rien trouvé de mieux que de faire un BBQ sur la plage. Les entendre ressasser leurs aventures faillit faire déborder la coupe des larmes contenues. En ce temps-là, ils affrontaient mille dangers mais au moins elle était heureuse : il l’aimait.
La mer, au doux ressac, apaisa ses nerfs torturés.
Tout bonheur a un prix. Elle pensait avoir connu son lot de misères et n’avait pas imaginé avoir à lutter encore.


*Rien n’est jamais acquis, que ce soit dans un monde ou l’autre…*

Se battre pour lui ? Achille en valait-il seulement la peine ? S’il préférait les garces, elle ne serait pas de taille.
Plongée dans ses réflexions, elle participa peu aux agapes nocturnes, prétextant une migraine tenace qui ne trompa personne.
Il fallut pourtant réagir face à la dévastation du jardin. Contrit, Louis avoua avoir joué à Cupidon entre Chesterfield et sa femme. Trop tournée vers ses propres problèmes, Sissi n’avait rien remarqué. De lui-même, Achille prit un oreiller et déserta leur couche. De toute façon elle n’était pas d’humeur.


*C’est le début de la fin… Qu’il aille au diable !*

Les jours suivants, avec Hélène, les dames visitèrent les voisins. Pour s’intégrer et subsister, les historiques devaient travailler. Elles tenteraient de proposer des travaux de couture aux villageoises. Les belles tenues arborées au tribunal allaient servir à autre chose qu’au carnaval.

On ne va pas aller mendier des ravaudages. Visons plus haut ! Tu as du talent, j’en ai quelques-uns ! Il faut faire notre publicité ! Allez, on découpe tout ça et on coud pour créer de jolies tenues élégantes autant que pratiques !

Durant l’ouvrage, parfois Sissi sentit sur elle le regard à la fois navré et effrayé de son amie.
Peut-être avait-elle déchiré l’étoffe à coups de dents trop vigoureux en négligeant les ciseaux ou alors ses picages furent-il violents à l’excès ? Elles bâtirent deux toilettes charmantes ornées de petites fantaisies et partirent en prospection.
Recevoir la visite de telles sommités illustres en laissa plus d’un baba. Il leur fallu marchander comme des vendeurs de tapis pour obtenir cinq commandes fermes. En acompte, hélas pas un sou vaillant, juste les fournitures.
Crevée, Hélène tenta de suivre la cadence infernale des doigts de Sissi qui cousaient mécaniquement mais osa émettre une remarque :


…Ne t’inquiète pas Hélène. J’y passerai la nuit s’il le faut, Monsieur ronfle déjà, je suis en paix. *J’ai la paix !*

Tiens, Achille rentrait du boulot à la mine avec une arcade ouverte… Tant pis pour lui. Elle lui bassina le sourcil et retourna à son ouvrage.
Tiens, Achille avait reçu un coup de pioche dans le pied ? Pauvre chéri ! L’alcool versé dessus le fit hurler, tant mieux !

Un mot d’excuse, une demande de pardon sincère et elle aurait tout oublié. Il se tut, elle aussi.

Un grand changement survint avec les élections. Neil Chesterfield avait gagné même si la main droite du maire était occupée par… sa rivale. Là Sissi crut que la chance avait tourné dans le bon sens. Si Lucrèce s’occupait de Neil… tant pis pour lui, tant mieux pour elle. Certes, elle était très surprise de voir quelqu’un d’aussi censé que Chesterfield tomber dans les filets d’une séductrice sans vergogne. D’une part elle se désolait, d’une autre elle se rassurait. Peut-être que les manigances de cette croqueuse d’hommes cesseraient envers le sien ?
Que nenni !
Il avait beau avoir transpiré à la mine d’où il revenait avec une misère, il puait fréquemment la cocotte preuve indiscutable d’autres sueurs qui donnaient la nausée à l’impératrice autant que le mutisme complet de tous.
Rapidement, Chesterfield réorganisa le staff et la vie du village dans la foulée. Il convoqua les Historiques afin de leur proposer des emplois plus jouissifs que ceux obtenus jusque-là. Louis faillit crier de joie en entendant le montant de son futur salaire et, personne n’eut à se plaindre des nouveaux statuts.
S’occuper de la culture ? Pourquoi pas ? Sissi n’y vit aucun inconvénient, elle aurait encore du temps afin de satisfaire ses clientes.
En compagnie d’Amelia et d’Hélène, elle élabora divers projets d’événements musicaux, théâtraux et d’un club de lecture. Plusieurs bonnes âmes se rallièrent à elles dans ces desseins qui ne tarderaient pas à voir le jour.
S’occuper les mains et l’esprit était devenu une obsession chez Sissi. Si Achille tenta de s’introduire dans son lit, il la trouva invariablement ou soi-disant endormie ou claquée ou trop appliquée à coudre.
Tiens, Monsieur avait eu le nez amoché. Décidément la poisse le poursuivait :


*Bien fait !*

Cette situation végétative lui pourrissait la vie. Pourquoi Achille s’obstinait-il à rester sous un toit où tous le regardaient de travers ?

Après une nuit houleuse à ressasser mille questions sous sa longue chevelure brune, Sissi prit une décision. Il fallait que ça passe ou que ça casse. Elle voulait entendre de la bouche même de Lucrèce qu’elles étaient ses intentions réelles au sujet d’Achille. Il fallait un terrain neutre pour cette rencontre ; elle choisit la maison commune. Avec autant de gens alentours, l’esclandre serait évité. Une fois renseignée sur le bureau à viser, Sissi poussa la porte ainsi qu’un cri dont elle n’eut même pas conscience face à un tableau des plus crument édifiants.
Ceux qui la croisèrent ensuite la dévisagèrent avec effroi, elle ne s’en soucia pas ni les vit.
Rentrée en coup de vent, elle surprit Hélène et Amelia en cavalant direct à l’étage où se produisit un beau remue-ménage.
Deux têtes timides apparurent à la porte entrebâillée et se figèrent devant la mise à sac opérée par leur amie.


… Mais oui, tout va parfaitement bien, grinça-t-elle en réponse à la question idiote posée.

Sans remord apparent, l’impératrice faisait le ménage… Par la fenêtre grande ouverte s’éjectaient tous les effets personnels d’Achille.

… si ! Je le fous dehors et si vous n’êtes pas d’accord, c’est MOI qui partirai !

Elle tremblait comme une feuille, tant de rage que de rêves brisés si bien que ses amies durent la forcer à redescendre se calmer. Elle refusa le verre d’alcool proposé, s’emparant de la bouteille qu’elle siffla au goulot. Quoi qu’Amelia ou Hélène tentent en interrogatoire, Sissi se contenta de ricaner.
Et, tels de bons époux recrus d’une longue journée de labeur, un trio entra. Louis, en tête, s’étonna de la nouvelle décoration du jardin où flottaient ça et là des vêtements masculins.
L’air ahuri, Achille le suivait. Sa vue remit de l’huile sur le feu. Se jetant sur lui, bouteille levée, Sissi cracha :


COMMENT OSES-TU TE POINTER ICI, SALAUD !

Ceinturée in extremis par Richard assisté d’Amelia, l’impératrice rua dans les brancards :

C’est ça, prenez sa défense ! Il ne mérite pas la corde pour le pendre !... Dire que je te croyais sagement au travail ! Beau travail en vérité que celui d’enfourcher Ta diablesse sur son bureau !
NE NIE PAS ! Je t’ai vu et tu m’as vue aussi ! J’aurais pu te pardonner beaucoup mais pas ça, PAS ça !


Un à un les compagnons du coupable, assez déboussolés par les accusations de l’outragée, s’exprimèrent avec douceur. Ils prétendaient mordicus qu’Achille ne les avait pas quittés de toute la journée.

… Ben voyons, j’ai des hallucinations maintenant ? Je sais reconnaître Achille, et ses fesses aussi !

Le visage du Grec était indéchiffrable mais sa présence énervait tellement Sissi que Louis crut bon de sortir avec lui dans le jardin. Effectivement, Sissi respira plus calmement et prêta enfin une oreille plus attentive aux propos de Richard qui affirmait que, matériellement parlant, Achille n’avait pas pu se trouver à deux endroits différents au même moment.
C’est alors qu’Hélène se souvint d’une histoire que Jenny lui avait racontée lors d’une visite au bébé. Richard confirma : à un moment donné « quelqu’un » s’était fait passer pour Luke Walker.
Les paroles des uns et des autres eurent l’effet escompté, Sissi revint à la raison mais craqua autrement : elle sanglota éperdument. Sans doute cette désolation embarrassa-t-elle Richard ? Il déserta le salon.
Entre deux sanglots, Sissi réclama la bouteille d’alcool et en avala de petites rasades tout en débitant comme perdue dans ses pensées :


Qu’est-ce que j’ai fait, ou pas fait pour qu’il me traite ainsi ? Même s’il est innocent de ce qu’on a voulu me faire voir, il n’en reste pas moins qu’il l’a tripotée, la garce ! Ne prétendez pas le contraire, j’ai le nez fin et ne suis pas aveugle… Pourquoi ne m’avez-vous rien dit ?

Des reproches aigres-doux envers ses amies s’énoncèrent en reniflant. Oui, elle admettait que la situation avait été très délicate et comprenait que personne n’avait souhaité blesser personne.
Le visage plongé dans son mouchoir trempé, Sissi ne remarqua pas de suite le grand silence qui régnait dans la pièce. Levant les yeux, elle se recula à fond dans le fauteuil où elle avait échoué : il était entré. Paniquée, elle chercha les autres mais était bel et bien seule face à un Achille l’air mitigé. Il était si proche qu’aucune issue ne s’ouvrait à moins de lui rentrer dedans.
Sa fierté remonta à la surface et, fermée, elle redressa le menton :


J’espère que tu es satisfait ? Les choses sont claires à présent. Tu vas pouvoir aller roucouler tout ton sou sans avoir à me ménager… T’excuser ? Mais de quoi Seigneur veux-tu t’excuser? De m’avoir ridiculisée durant des jours ? De m’avoir menée en bateau avec tes beaux serments ? Ecoute, nous ne sommes pas des enfants qui réclament un paquet de bonbons. Si tu bafoues tes promesses pour la première garce qui passe et joue avec les sentiments, c’est TON problème.

Les longs discours et Achille faisaient deux. Pourtant là, il fit un gros effort et Sissi dut reconnaître que, même un peu maladroite, sa plaidoirie tenait si bien la route qu’elle en était émouvante.
À quoi bon essuyer ses larmes ? Si elle était anéantie, elle ne put s’empêcher de s’étrangler quand elle l’entendit non pas implorer ni supplier mais abdiquer :


… Ne plus t’aimer ? Qui a dit ça ? …Ah oui, bien sûr, j’ai failli t’assommer parce que tu n’es plus rien pour moi, cela va de soi. C’est ainsi que se comportent les gens indifférents, n’est-ce pas ? … Bien sûr que je ne le suis pas, triple buse ! Sinon pourquoi aurais-je le cœur en charpie ? Pourquoi je pleure, à ton avis ?

Son air de ravissement ébahi aurait attendri plus endurcie. Oui, le grand Achille était sincèrement amoureux et très repenti. Qu’il se jette à ses genoux et lui embrasse la main attira celle de Sissi dans la chevelure blonde qu’elle adorait. Tout fut dit.

Le rapprochement de leurs amis rassura les Historiques. On évita autant que possible de croiser Miss Borija – on ne se demandera pas pourquoi – mais la paix du village se trouva soudain menacée à peine restaurée. Le nouveau maire était au plus mal. Effondré en plein conseil, il avait été transporté d’urgence au centre médical et on parlait d’intervention sur le cerveau :


C’est son coup sur la tête, commenta Sissi quand Richard en émoi les réunit. S’il doit être opéré… le docteur est le seul qui le puisse.

Vu la tension entre les deux hommes, on pouvait redouter le pire mais que faire ? Louis se souvint que Le Gallet avait eu le bras « miraculeusement » guéri par la pierre… Peut-être que… ?
On cavala jusqu’au centre médical. Trop tard, Chesterfield était sur le billard…

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