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Sommes-nous les jouets des dieux ?
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 Les temps modernes

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Achille, héros de Troie

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Messages : 1448
Date d'inscription : 13/02/2011

MessageSujet: Re: Les temps modernes   Sam 9 Juin - 0:28

Et dire que tout aurait pu aller si bien ! Nouveau monde, nouvelle vie, autres coutumes…

*Autres emmerdes !*

Parce que cela ne manquait pas. Achille y pensait, ce matin, comme tous les matins, depuis un certain temps. Pour un type rude comme lui, habitué à la vie dure et contraignante de la guerre et autres avatars sinistres, se retrouver dans ce petit monde placide, auprès de la femme qu’il adorait aurait dû être le comble d’un rêve tenu pour impossible et pourtant…

On sait bien que tout paradis a son serpent. Et dans ce paradis en particulier, le serpent en était un de très tentateur : Lucrèce. Belle parmi les belles, sinueuse, voluptueuse, roublarde et absolument attrayante. L’ignorer ? C’est bien ce qu’il aurait dû faire mais déjà depuis ce fichu dîner, idée de Louis, tout était parti de travers. Après tout un malheureux baiser de rien du tout ne signifiait rien. Pour lui, en tout cas. En ce moment. Louis lui en avait fait reproche. Il était passé à autre chose mais curieusement le hasard s’arrangeait pour le mettre toujours en présence de la belle qui ne faisait aucun secret sur l’attirance ressentie à son égard. Encore selon Louis, définitivement érigé en conseiller-gardien des mœurs-confesseur et confident, c’était la faute à son physique avantageux. Mais que diables y pouvait il, si la nature l’avait doté d’un certain charme en plus d’une légende en rien négligeable ? Sa Majesté assurait que ceux là étaient des atouts irrésistibles, lui il commençait à penser que c’était plutôt une espèce de malédiction. Encore une !

L’affaire devint gênante en extrême quand Sissi flaira le traquenard. Il faut dire que Miss Borija n’était pas exactement discrète à l’heure de lui couler des regards à vous chauffer le sang et de profiter savamment de tout circonstance fortuite pour l’aguicher sans vergogne. Et à l’heure de la vérité, Achille, tout guerrier antique et légendaire qu’il fut, n’était qu’un homme et tout le monde sait, qu’à moins d’être un saint, ce qui était loin d’être le cas, la chair est faible ! On lui offrait de si bon cœur le fruit interdit, il y croquait…juste un peu mais c’était déjà assez !


Un malheureux aparté, court mais jouissif et révélateur, le soir de leur pseudo victoire au tribunal, mit le feu aux poudres. Cette nuit, sans besoin d’explications, Sissi le mit pratiquement à la porte de leur chambre. Caser sa carcasse dans le divan du salon ne fut pas un expérience réjouissante. Le lendemain, rien n’avait changé. Hautaine et indifférente, Sissi, très maîtresse de la situation, l’ignora sans plus. Jouer les innocents ? À quoi bon ? Fasse ce qu’il fasse, son attitude stupide de coureur du jupon impénitent le condamnait.

*Maudite Lucrèce !*

Trop pris dans sa propre embrouille il n’avait même pas eu vent des problèmes conjugaux de Lindsay. Il fallut découvrir le triste état du jardin et encore avoir droit à une mise à jour de la part d’Amelia pour piger la situation. Comme dîner de réconciliation on aurait pu certainement rêvé mieux, le spectacle offert parlait plutôt de règlement de comptes.

S’il a touché Lind, on lui fera son affaire, hein Achille !

Marrant que Richard s’occupe de cela, le guerrier se contenta d’hocher la tête en maugréant quelque monosyllabe incompréhensible. L’idée d’une autre nuit dans le divan ne le tentait guère mais avant qu’il n’ait le temps de placer un mot, Sissi se plaignit de migraine. Vive le divan !

La liberté ayant un prix, très haut dans le coin, il fallut que tous et chacun se dégottent un boulot. Aller piocher à la mine convenait parfaitement sauf pour les minables résultats obtenus en misérable quart d’heure permis chaque jour. Peut être qu’en peaufinant la technique, Richard et lui parviendraient à mieux faire.

Faudra doubler le boulot. Je me demande quand est-ce que Louis va s’y mettre. Il fiche rien, ce gars ! Quoique… t’as vu ses mains ?

Il aurait fallu être aveugle pour ne pas s’en être rendu compte.

Il aura encore inventé va savoir quoi…en tout cas, on a de quoi manger, déjà ça !

L’avantage de travailler avec un gars comme Burton était qu’on ne devait pas faire des efforts de conversation. Le silence lui convenait parfaitement pour ressasser ses propres problèmes et essayer de leur trouver une solution convenable. Mais comment s’y prendre si à chaque fois que son chemin croisait celui de Lucrèce, elle faisait bouillir son sang et le rendait fou en le laissant toujours sur sa faim ?

Écoute…ce maudit jeu doit cesser, tu me comprends…que diables veux tu de moi ? J’aime Sissi…oui, je l’aime par-dessus tout ! Toi ?...tu me tentes, tu le sais bien…tu me tentes et te dérobes toujours…Ça t’amuse follement, sans doute…mais ça fout ma vie en l’air !

Mais la délicieuse tentatrice s’y prenait si bien qu’il oubliait ses bons propos et en voulait plus, ce que la belle n’était pas disposée à lui donner. Ce délire de « cours moi après que je t’attrape » commençait à avoir des sévères conséquences sur son équilibre mental et si à cela on ajoutait les remords qui lui bourrelaient l’âme, on pouvait dire qu’Achille était vraiment mal parti…

Mal parti était peu dire. Qu’aux misères de son esprit tourmenté s’ajoute la poisse la plus tenace pour glaner accidents de tout genre pouvait être, de peu, envisagé, comme châtiment de son inconséquence. Lui, qui avait survécu indemne aux plus sanglantes batailles, lui, tenu comme parangon d’excellence adroite…n’en collait pas une. Éboulements soudains, coups de pioche traîtres, cailloux plein la poire, morsure d’insectes, chutes inexplicables…Sissi soignait ceci ou cela avec une indifférence plus blessante encore que le mal subi. Il subissait en silence parce que les mots lui manquaient ou restaient en travers le gosier en sentant le blâme dans son regard…pour peu qu’elle le regardât ! On ne comptait plus les nuits en solitaire à se maudire !

Entre une misère et l’autre, il rata la case élections, ayant vent de l’affaire grâce aux commentaires, toujours si édifiants de Louis et aux conversations surprises ça et là. Lucrèce avait trouvé mieux à faire que le harceler continuellement, même si elle passait à l’assaut quand il s’y attendait le moins, toujours avec les même résultats désastreux. La belle avait tourné son attention vers le mari de Lindsay, tant et si bien, que ce ménage là, aussi, s’en allait à la vau l’eau.

Chesterfield élu maire, la situation générale changea radicalement. Quand le frais élu mandataire lui offrit le poste de capitaine de la Milice locale, assurant que celle-ci ne valait rien en question organisation, Achille accepta de bonne grâce. S’il y avait quelque chose à laquelle il s’entendait c’était bien à donner des ordres et exiger le meilleur effort des autres. Sauf que là, il y avait de quoi saper le moral le plus endurci. Au deuxième jour à instruire ce ramassis d’inaptes, un de frais recrutés ne trouva rien de mieux que lui ficher un coup de culasse en pleine figure. Il se retrouva à l’hôpital où on le raccommoda assez bien. De retour à la maison, il alla s’allonger dans le lit, pour une fois et Sissi, pincée, eut le bon cœur de lui appliquer une poche de glaçons sur le visage tuméfié. Pas de hauts cris, d’exclamations ahuries, de câlin…

*Tu l’auras gagné, triple imbécile…tu avais un ange pour toi et vas jouer avec le diable !*

Parce que pour lui, chaque jour il était plus qu’évident que Sissi l’évitait comme à la peste et se passerait bien de le voir même de loin, ne disons pas de près. Richard ne disait rien mais secouait parfois la tête, censeur. Amelia plus expressive, lui avait touché deux mots bien sentis. Hélène ne dissimula en rien son vif ressentiment et bien entendu, Louis ne se priva pas de discours moralisateurs, quoiqu’on pouvait légitimement se demander d’où il tirait tant d’emphase pour prêcher fidélité mais enfin…Sans besoin qu’on lui en fasse un dessin, Achille se savait presque "persona non grata" entre ces quatre murs et envisageait sérieusement aller loger ailleurs, faute de pouvoir remédier ses propres torts

Te fais pas de souci, Louis…pourrai m’en tirer sans tes soins de mère…oui, c’est mieux comme ça…j’ai déjà fait trop de mal…Pourquoi ??? Voudrais bien t’y voir avec cette ensorceleuse…je voudrais lui tordre le cou et en finir…mais je ne peux pas…Envoûté ? Va savoir…elle a le pouvoir de rendre fous les hommes qu’elle approche…regarde le maire…c’est un démone…Bien sûr que j’aime Sissi…plus que tout…mais l’autre ne me lâche pas…elle a le malin plaisir de foutre la discorde là où elle se pointe…encore un de leur tours tordus…tu sais bien quoi quoi je parle…il n’a été question que de ça depuis le début…on est leur jeu …un foutu jeu auquel on ne gagnera jamais…

Encore une prêche sur les valeurs et l’honneur et allez savoir quoi encore. Cette fois c’était lui qui avait mal au crâne. Finalement apitoyé, Louis le laissa s’endormir. Comme il était habituel depuis trop longtemps déjà, Elisabeth le laissa seul…

Il se consumait à petit feu entre ses doutes et remords, souffrant comme un damné et passant son humeur massacrante sur sa troupe de miliciens inutiles. Tristes sires que ceux là en comparaison des braves myrmidons de jadis. S’adapter aux modernismes en vigueur ne posa aucun problème à Achille. La guerre était son affaire, peu importaient les armes, l’essence n’avait pas changé au cours des siècles. S’il démontra une facilité étonnante pour s’habituer à fusils, pistolets, bazookas ou autres, il n’en exigea pas moins aux hommes sous son commandement d’apprendre les rudiments du combat corps à corps.

Ça renforce le corps et l’esprit ! Bougez vous, bande de fainéants !

On le maudissait, il s’en fichait. Richard et Louis, venus voir comment cela se passait, ne trouvèrent rien à redire sur ses méthodes et s’ils le pensèrent, n’en pipèrent mot. À l’heure fixée, il relâcha la troupe qui s’égailla en traînant les pieds.

Si on veut faire une armée avec ces ploucs…j’espère qu’on croisera seulement d’autre aussi abrutis qu’eux !

Ils en rigolaient presque en revenant à cette maison qu’il quitterait bientôt et se trouvèrent face à un spectacle assez inédit. Comme décoration de jardin on pouvait trouver mieux que ses vêtements jonchant un peu partout, accrochés aux arbustes fleuris. Petit commentaire de Louis. Quelqu’un avait fait le ménage à sa façon, là !

COMMENT OSES-TU TE POINTER ICI, SALAUD !

En guise de bienvenue, on pouvait repasser. Son Impériale Majesté, hors d’elle, voulut lui fracasser une bouteille sur la tête. Pour une femme si posée et admirablement maîtresse de soi, cette attitude dépassait l’imagination. Achille, qui pour une fois n’avait rien à se reprocher, fut aussi pris de court que ses compagnons. Richard et Amelia eurent l’heur de freiner les élans meurtriers de l’impératrice, sans quoi, le guerrier se serait fait massacrer sans bouger un doigt pour se défendre.

C’est ça, prenez sa défense ! Il ne mérite pas la corde pour le pendre !

Personne n’avait dit un mot, elle continua sur la lancée, merveilleusement belle dans sa fureur déchaînée.

Dire que je te croyais sagement au travail ! Beau travail en vérité que celui d’enfourcher Ta diablesse sur son bureau !

QUOI !?

Pour une accusation, c’en était une. Restait à se demander comment avoir été capable de pareil exploit, tout en étant ailleurs à houspiller les nuls de la Milice.

NE NIE PAS ! Je t’ai vu et tu m’as vue aussi ! J’aurais pu te pardonner beaucoup mais pas ça, PAS ça !

Mais je n’ai…*Qu’on me pende si je pige quelque chose !*

Les autres s’évertuèrent à expliquer qu’il ne les avait pas quittés de la journée, qu’il entrainait sa troupe et ne s’était absenté en aucun moment.

Mais Elisabeth était convaincue d’avoir vu ce qu’elle avait vu.


Ben voyons, j’ai des hallucinations maintenant ? Je sais reconnaître Achille, et ses fesses aussi !

*Au moins ça…*

Si on la lâchait, elle allait lui sauter dessus, Louis, la sagesse personnifiée, le tracta vers la sortie du jardin.

Je ne comprends rien…qu’est ce qui lui prend ?...Bon sang, cela fait des jours que je n’ai pas vu…cette femme !...Veux pas la voir non plus, sois pas absurde Louis…suis dans la m***e jusqu’au cou…Quoi ? Lui parler ?..Tu veux rire, elle m’écorchera vif avant d’avoir pu placer un mot…Peur ? Tu déconnes…

*Elle va t’arracher les yeux, te tailler en lambeaux…avec raison…elle ne t’aime plus, elle te hait…*

Que de pensées réconfortantes ! Louis, sans aucune commisération, le poussa de retour au salon que les autres évacuaient en silence, l’y laissant seul face à une Sissi en pleurs, qui ne réalisa pas de suite sa présence mais une fois qu’elle le fit, Achille sut son heure venue.

J’espère que tu es satisfait ? Les choses sont claires à présent. Tu vas pouvoir aller roucouler tout ton soul sans avoir à me ménager…

Non, je ne suis pas satisfait, tu le sais…et je…m’excuse de tout ce que…

Déjà que ce n’était pas facile, fallait il encore qu’elle l’interrompe.

T’excuser ? Mais de quoi Seigneur veux-tu t’excuser? De m’avoir ridiculisée durant des jours ? De m’avoir menée en bateau avec tes beaux serments ?

Elle avait tout bon certes, un peu exagéré de ci, de là mais dans l’ensemble ses assertions étaient justes, il méritait son blâme et sans doute aussi le châtiment qui s’en suivrait. Sa fierté, aussi légendaire que sa bravoure, en prenait un rude coup. De tout jamais, une femme n’aurait osé s’adresser à lui sur ce ton, avec ces accusations…mais avec elle, tout était autrement.

Tu vas me laisser parler ?

Autant rêver.

Écoute, nous ne sommes pas des enfants qui réclament un paquet de bonbons. Si tu bafoues tes promesses pour la première garce qui passe et joue avec les sentiments, c’est TON problème.

Et pardi que c’était SON problème…son fichu problème.

La raison t’assiste, Elisabeth… je…me suis comporté comme le dernier des imbéciles, ce que je suis, sans doute. Tout ce que je peux dire en ma défense est que…cette femme a un étrange pouvoir, elle m’a…emmêlé dans ses filets même si je ne le voulais pas…ce n’est pas moi qui la cherche, c’est elle qui me trouve…C’est toi que j’aime…par-dessus tout…j’ai…tout gâché et suis sûr que c’était ce qu’elle voulait. J’ignore ses raisons. Je ne veux pas me dépeindre comme innocente victime…il n’y a rien eu d’innocent dans cette histoire. Lucrèce est une garce et moi un homme stupide… Je ne t’imposerai plus ma présence…Tu ne m’aimes plus…c’est ma punition…

Elle leva vers lui un regard sans colère et il était plus démuni face à ses larmes qu’à sa fureur pourtant ses paroles le surprirent.

Ne plus t’aimer ? Qui a dit ça ?


Il ne put réprimer une moue amère.

J’aurai tout fait pour le mériter…

Ah oui, bien sûr, j’ai failli t’assommer parce que tu n’es plus rien pour moi, cela va de soi. C’est ainsi que se comportent les gens indifférents, n’est-ce pas ?

Tu es furieuse…tu as raison…je…

Sa riposte lui fit si chaud au cœur qu’il aurait pu en pleurer de gratitude.

Bien sûr que je ne le suis pas, triple buse ! Sinon pourquoi aurais-je le cœur en charpie ? Pourquoi je pleure, à ton avis ?

Incrédule, il se laissa aller à genoux face à elle en prenant sa main pour y presser ses lèvres.

Pardonne moi…

Sa main douce dans ses cheveux fut l’absolution.

Je t’aime tant…

Et c’était sa vérité la plus absolue !

Cette réconciliation fut le calme après la tempête. La vie reprenait sous les meilleurs augures et même les gars de la Milice s’en réjouirent, l’humeur de leur chef s’étant nettement améliorée, il les menait toujours à un train de diable mais au moins ne les maudissait il pas à tout bout portant !


Et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes quand un nouveau revers s’annonça : Neil s’était effondré en pleine session du Conseil et on l’avait transporté d’urgence à l’hôpital.

Sissi parla d’un coup à la tête que le cher homme aurait reçu lors de leurs aventures. On parlait d’opérer son cerveau ce qui ne disait rien de bon, compte tenu que le seul chirurgien capable de mener à bien l’intervention n’était autre que McIntosh…or tous savaient ce qui se jouait là.

Je tiens Dan pour un type honorable mais il est fou de Lind…il suffira d’une petite erreur et…le chemin serait libre.

L’horreur de cette constatation galvanisa les esprits et on se rua au centre médical pour éviter l’imposture mais c’était déjà tard. Dan s’apprêtait à opérer son archi rival. Voir arriver Lindsay éperdue en émut plus d’un. On voulut lui barrer le passage mais Achille intervint faisant peser son autorité lui permit d’entrer à la salle d’attente où étaient réunis quelques membres du Conseil. Elle pleurait à en briser le cœur le plus endurci en demandant des explications que personne ne sut lui donner.

Tout va aller bien, Lind !, que diables pouvait il dire d’autre même en ayant de gros doutes à ce sujet.

Que Lucrèce s’amène n’arrangea rien et qu’elle prenne Lindsay à l’écart encore moins, en retournant auprès d’eux, la pauvre petite était dans un état de nerfs encore plus déplorable. Entre sanglots désespérés, Lindsay refera les étranges avertissements de Lucrèce. À quoi bon lui avouer qu’ils avaient tous eu la même idée ? On essaya de la rassurer mais tous étaient sur les nerfs en attendant le résultat de l’opération.

M. le Maire survécut à l’intervention…le seul hic de l’histoire fut qu’à son réveil il n’était plus du tout le même homme de la veille. Par là on parlait de choc post-opératoire et allez savoir quoi d’autre, Achille peu renseigné sur les avances de la médecine moderne ne comprenait qu’une chose : le Neil que tous avaient connu n’était plus et personne ne savait s’il reviendrait. L’homme qui reprit ses sens le lendemain de l’opération était un individu intraitable, despote et désagréable qui gueula après tout le monde, exigea une chambre privée, ne reconnut pas sa femme et fit une scène spectaculaire quand on lui annonça qu’il n’était plus où il croyait être mais là où ils étaient tous, c’est-à-dire…Là !

Et bien sûr, la cerise sur le gâteau fut l’annonce de qui prendrait les rênes du village en attendant que M. Le Maire reprenne ses esprits : le second à bord…ni plus ni moins que Miss Borija.


*Ils sont malades…cette allumeuse mettra tout sens dessus dessous !*

Il se garda son avis pour lui. Le temps lui donnerait tort ou raison. Cependant, il n’y eut aucun changement notoire pour commencer. La Miss s’y prenait avec gant de velours !

Elle nous ménage...mais ça viendra. Non, ma douce, je ne la connais pas autant que tu le crois, c’est juste un pressentiment…un mauvais pressentiment !
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Hélène, la belle de Troie

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Messages : 553
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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Sam 16 Juin - 23:06

Quelle vie merveilleuse ! Sursauts par ci, contretemps par là ,mais merveilleuse de bout à bout ! Avec Louis à ses côtés, rien ne pouvait aller mal. Simpliste ? Sans doute. Hélène n’avait aucune envie de se compliquer l’existence. Ses jours de reine antique relégués au passé, la belle était bien décidée à tirer le meilleur parti de cette nouvelle chance de repartir à zéro avec des nouvelles données.

Son retour n’avait rien eu de trop dramatique, on aurait pu rêver mieux mais tant qu’à faire, on s’arrangea avec. Sa première impression de ce nouveau monde où elle était tombée avait été de normale surprise, sans aller jusqu’à l’ébahissement. La bienvenue de la mairesse ne l’avait pas émue le moins du monde et elle était très satisfaite de lui avoir fermé le clapet sans se laisser faire. Tout compte fait elle avait eu plus de chance qu’Amelia et ne pas dire que Sissi et on l’avait laissée aller rejoindre les siens sans faire trop de foin. Et depuis, sa vie était parfaitement heureuse.

Et puis, ce monde lui plaisait beaucoup. Il était confortable, propre, ordonné et sentait bon. En plus, c’était vraiment joli. Le village était charmant, les alentours magnifiques, la mer si bleue et le climat doux. Ils habitaient dans une belle maison où tout était bien agencé et que son Louis adoré maintenait nickel.

*Il est parfait, mon Louis !*

Elle l’admirait sans rémission en plus de l’aimer sans discussion ! Rien ne l’emplissait plus d’orgueil et intense ravissement qu’être sa femme. Pour elle, tout comme il semblait aller pour ses amies, s’unir pleinement aux hommes qu’elles aimaient ne ressentait nul besoin de sacralisation publique en grande pompe. Leurs tribulations face au tribunal local l’avaient amusée plus qu’autre chose. Le pire qui aurait pu arriver est qu’on les bannisse du ville…et alors ? Louis et elle auraient trouvé leur coin à eux, où s’établir et n’auraient été plus malheureux pour cela ! Mais ils s’en étaient tirés plutôt bien et ce jour là, elle avait revêtu pour la dernière fois ses atours de reine de Sparte et enterré son passé définitivement !

C’était si marrant être quelqu’un de normal, comme tout le monde. Aller au marché était quelque chose qui l’enchantait. Louis lui avait appris les rudiments basiques pour s’y prendre, elle pouvait marchander en toute joie de cœur pour obtenir les meilleurs prix, discuter sur la qualité d’un céleri ou contester la fraîcheur d’un poisson. Certainement l’éclat de son sourire ou celui de son regard d’azur avaient pas mal à voir dans le succès de ses requêtes mais qu’y pouvait elle ? Quelques femmes la regardaient de travers et murmuraient à son passage ? Ce n’était pas cela qui la tracassait. Les impératifs de la mode n’avaient aucune emprise sur elle. Mise simple, sans artifice, ses cheveux avaient repoussé mais ne formaient pas moins une charmante auréole de boucles dorées encadrant son visage d’ange.

Leur vie, de nouveaux venus au village, avait connu des débuts efforcés. N’étant plus des détenus de la municipalité, il avait fallu travailler pour vivre. Désolante réalité. Hélène avait dû reconnaître qu’à part s’y prendre habilement à la chasse, elle ne savait pas faire grand-chose de ses dix doigts. Jadis, comme toutes les femmes, elle avait aidé à filer la laine, sans jamais en tirer un plaisir quelconque et les labeurs d’aiguille n’étaient décidément pas son fort surtout comparée à Sissi qui avait des mains de fée. Toutefois étant plus habile qu’Amelia, ce fut elle que l’impératrice choisit comme partenaire pour se lancer dans la confection de toilettes pour les dames du coin. Hélène ne disait rien mais détestait secrètement passer des heures à coudre en écoutant les soupir de son amie, qui avait plus d’une bonne raison pour le faire.

Les problèmes sentimentaux d’Achille et Sissi l’avaient choquée, comme à tous. Le comportement erratique du guerrier était à blâmer mais après avoir surpris, malgré elle, une de ces rencontres fortuites, Hélène n’avait pu que défendre la « vertu » de celui qu’elle avait tant craint dans le passé.

Tu les aurais vus, Louis…elle lui a sauté dessus…pas qu’Achille soit innocent mais il n’est pas ce que tu appelles un saint…qu’est ce que tu ferais toi si je faisais…ça !?

Et de s’enrouler autour de lui, tentatrice, en le dévorant de baisers passionnés, ce qui, bien entendu eut le résultat voulu.

Ben, tu vois bien…Non ! Il a été plus sage que toi…faut lui reconnaitre cela…elle ne lui en a pas laissé le temps, d’ailleurs…c’est une allumeuse de la pire espèce !

Pour le bonheur de tous, l’affaire se tassa toute seule. Achille revenu sur le droit chemin, Sissi radieuse. Le village avait de nouveau son maire et tout sembla entrer dans un ordre agréé de tous. Louis, promu chef du servie de ravitaillement était plus qu’heureux, il était fier de pouvoir démontrer, sans aucune peine, ses talents d’administrateur sans pair. Que diriger la Milice retombe sur Achille ne surprit personne, qui pouvait, mieux que lui, apprendre à ces hommes l’art de la guerre. Que sur Richard échoit le rôle de diplomate conciliateur aux relations publiques ne pouvait être que la meilleure élection. À titre gracieux, Sissi, Amelia et elle, devraient se charger de la vie culturelle du village, tâche aisée au premier coup d’œil mais bien plus semée d’épines que voulu. Les femmes du coin n’appréciaient pas du tout avoir été prises d’avance par les nouvelles arrivées même si elles n’avaient fait le moindre des efforts ni démontré un intérêt quelconque pour faire évoluer, tant soit un peu, culture et société.

*Bien sûr, pour elles, vie sociale, c’est les ragots du jour en faisant le marché !*

Elle était bien plus intéressée par l’exploitation agricole de Jenny Walker et par son petit Nick que par organiser un concert de piano ou une soirée littéraire. Elle pouvait passer des heures, attendrie, à faire des mamours au bébé ou parcourir les lieux en compagnie de Jenny et ses chiens, le macaque Colbert, juché sur l’épaule.

Je pense que je serais heureuse dans un endroit pareil !, assura t’elle rêveusement, mais ne suis pas trop sûre Louis en raffolerait…Ne me tire pas les cheveux Colbert…je n’ai pas de poux !

Oui. Elle aimait la vie simple et paisible.

Tu sais, la vie au village n’est pas déplaisante…mais j’en ai un peu marre de ce malheureux plaisir que trop éprouvent à colporter des ragots…Ah, tu sais de quoi je parle…pas plus tard qu’hier Mrs. Payne et son amie Dryer m’ont arrêtée juste pour me demander quand Louis et moi nous étions mariés…pour de bon…qu’est ce que ça peut bien leur faire ?

Jenny lui avait alors raconté ce que son mari avait perçu à ce respect et qui s’était avéré vrai par la suite : au village, les couples vivant ensemble sans être mariés tournaient mal au bout d’un temps.

Cette révélation l’avait laissé songeuse et en revenant à la maison, en avait fait part à son chéri.

Tu crois que c’est vrai ?...S’il se trouve, c’est encore un truc tordu de tu sais qui…pour nous enquiquiner un peu plus…mais non, voyons, ne sois pas idiot…non…mais je n’ai vraiment pas pensé à me remarier…je me sens parfaitement heureuse ainsi…Louis chéri…mon mari est mort il y a 3.600 et quelques années…je suppose que cela ne va pas le déranger…et même si…

Le lendemain, elle n’y pensait plus…


Hélène n’était pas du genre de personne à trop se mêler de la vie des autres. Que les autres semblent avoir le malin plaisir de s’intéresser à la vie de tout le monde était un de ces faits de la vie auquel on finit par s’habituer. Elle assistait aux événements comme spectateur, sans s’y mêler, sans trop s’y intéresser tout simplement parce qu’à ses yeux, continuait seulement de compter ce petit cocon douillet partagé avec Louis et un peu avec les autres historiques. Que la belle Lucrèce retrouve son ex-fiancé de la façon qu’il fut…tant mieux pour elle. Que le mari de Jenny réapparaisse après des mois d’étrange absence…un beau coup de chance. Que l’ex-mairesse complote dans l’ombre pour s’en prendre au Conseil frais élu, une simple conséquence de ce jeu de pouvoir. Que le Conseil se prépare à affronter l’ouverte opposition, une réaction normale. Tant qu’elle aurait Louis à ses cotés, le reste du monde pouvait sombrer si l’envie lui en prenait.

Cet après midi, lors de la réunion des dames volontaires, elle s’ennuyait comme une huître en écoutant le débat interminable mené à tambour battant par cette vieille harpie de Mrs .Payne. Sissi lui avait mis un crayon et un bloc dans les mains et dit de prendre des notes. Rien de plus loin dans la préparation de l’ex reine de Sparte que jouer les secrétaires, faute de savoir comment s’y prendre, elle se mit à dessiner distraitement…à la fin de la session, elle avait, mine de rien croqué les portraits des dames présentes de façon assez caricaturale comme pour faire qu’Amelia qui les vit en premier, se torde carrément de rire imitée aussitôt par Sissi qui n’en revenait pas de ce talent insoupçonné. Penaude, Hélène avoua aimer dessiner et de retour à leur pavillon, montra à ses amis quelques croquis faits à ses heures perdues. Quelques paysages mais surtout des portraits. Dans chacun elle avait su capter de mémoire l’essence même de celui ou celle qui avait posé sans le savoir. La gravité de Richard, l’arrogance d’Achille, la fierté de Louis, le rire splendide d’Amelia ou la royale attitude d’Elisabeth.

Qu’on reconnaisse son passetemps comme talent la fit rougir de plaisir et après cela, il ne fut pas rare de la voir se balader par là avec son carnet de croquis. Qu’après le dessin ce soit la peinture qui la tente n’eut rien d’extraordinaire, de ces expériences, au début assez malhabiles, en résultèrent des petites aquarelles illustrant le monde du fleuve avec saisissante fidélité.

C’est un de ces petits tableaux qu’elle tint à offrir à Lindsay lors du dîner de Thanksgiving auquel Mrs. Chesterfield les avait invités. Amelia leur avait expliqué le pourquoi de cette fête en se remontant un peu dans l’histoire de son pays, Hélène convint que comme les pères pèlerins du Mayflower ils avaient pas mal de quoi donner grâce, tout comme ces autres voyageurs, ils étaient arrivés à un nouveau monde et bien que mal y avaient été accueillis.

Elle connaissait la plupart des invités, par la force des choses et l’étroit du bled. Il y avait quand même un homme qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant : le fiancé de Miss Borija. Il n’avait pas l’air exactement à l’aise, semblant plutôt sur ses gardes, comme s’il appréhendait quelque surprise désagréable. Ils formaient un fameux couple, Lucrèce et son ténébreux. Le maire Banks et son épouse Gloria harcelaient de questions ce cher Luke Walker revenu d’on ne savait où. Homme mystérieux, celui là, on ne peut plus charmant mais aussi extraordinairement secret, face à lui, Hélène avait la sensation de mettre son âme à nu comme s’il pouvait percer ses pensées les plus réservées. Dan, le toubib faisait des cajoleries au petit Nick, la coqueluche de la soirée, en faisant des yeux de merlan frit chaque fois que Lindsay passait à proximité.

En prenant l’apéritif, Louis discutait affaires avec Miss Borija et Richard, faute de mieux à faire, Hélène se trouva en train de bavarder avec le fiancé de la conseillère. Conversation sans transcendance, elle s’émerveillait toujours du talent de certains pour tenir des propos de totale banalité tout en restant parfaitement charmants. Passer à table les sauva tous deux de faire plus d’efforts d’imagination. Neil entama sa prière d’action de grâces en remerciant son Dieu des bienfaits reçus…à la troisième fois qu’il louait le nom du Seigneur, Jeff Night tourna de l’œil.

Dire « amen » comme tu m’as appris aurait suffi, non ?, susurra t’elle à Louis, même s’il m’est avis que ce n’est pas d’émotion qu’il est dans les vapes…m’enfin…

Le bel évanoui ramené à la vie de maitresse façon le repas reprit en ambiance de fête. Vin, mets délicieux, cœur en joie. Louis ravit l’auditoire avec ses histoires. Personne comme lui ne pouvait conter leurs aventures avec tant de piquant humour les faisant rire aux larmes pour s’épouvanter la seconde d’après en évoquant quelque horreur, le tout pour remanier la tragédie et en rire de nouveau. Un autre qui eut la langue et le cœur un peu plus déliés avec le vin fut le fiancé de Lucrèce, surprenant plus d’un avec sa jovialité et l’amour à son chien. Il racontait justement quelque péripétie tordante du fameux toutou quand celui-ci fit une entrée en scène fracassante chevauché par le non moins célèbre Colbert qui hurlait de plaisir.

C’est pas un gros chien, ça…c’est une petite vache !!!

Elle rigola en le voyant se précipiter vers son maître alors que Colbert, sautant de sa monture, semait la pagaille en toute joie de cœur. Que le toutou délaisse ses démonstrations d’affection pour s’intéresser à la carcasse de la dinde fut le clou de la variété, qu’il s’enfuie avec, son maître à ses trousses déclencha une crise d’hilarité générale. Point de consternation ni hauts cris, on prenait la tournure inédite de la soirée avec un bel humour. Jeff fut de retour, triomphant avec le reste de la dinde, annonçant que Ding, le chien serait sage et qu’il l’avait attaché dehors. Les hommes se retirèrent à la terrasse pour fumer, les femmes restèrent au salon.

*Heure de papoter !*

Le thème du jour : Nick. Soupirs par ci, soupirs par là. Lindsay rêvait d’en avoir un de pareil avec son Neil. Gloria, la femme du maire essuya une petite larme en avouant avoir les même sentiments. Sissi ne cacha pas sa tendresse pour le bébé, elle était née pour être mère. Amelia resta sans parti pris assurant ne jamais y avoir pensé.

Euh…oui, bien sûr que j’aimerais avoir un bébé de Louis…

Miss Borija ne pipa mot à ce sujet. On changea de thème sur un autre invariable des derniers temps : le mariage. Lindsay, Jenny et Gloria assuraient que c’était l’état parfait, sans doute parce que leurs ménages l’étaient. Hélène, elle, ne gardait aucun bon souvenir de ses noces avec Ménélas et encore moins de la façon d’y mettre fin. Bien entendu, cela ne serait pas du tout pareil avec Louis…

Je n’en sais trop rien… S’il me le demandait ?...Oui, je dirais oui…que d’autre ? Je l’aime trop…bien sûr que je l’épouserais…même si je me sens absolument satisfaite avec la situation actuelle…

Amelia était du même avis. Sissi telle qu’elle la connaissait, serait partagée entre ses croyances religieuses et son esprit pratique. Hélène se demandait ce que pouvait bien penser Achille de tout cela étant comme il était le moins romantique des hommes. Richard sans doute s’en ficherait comme d’une guigne et ferait ce que sa Meeley choisirait de faire. Louis…un soupir lui échappa, son Louis, lui, si exquis et merveilleusement romantique, risquait, et elle le craignait, d’avoir des idées très arrêtées à ce sujet. Inclure la belle Lucrèce dans cette espèce de sondage était tout à fait normal. La miss sembla prise de court par les questions qui lui plurent dessus. Somme toute, elle n’avait pas l’air d’être trop ravie avec la solution mariage, s’avouant parfaitement heureuse avec l’actuel état des choses. Un aveu en entraînant un autre elle conta sa petite histoire. Hélène écouta, comme les autres mais sous sa blonde crinière les idées allaient bon train. Elle se tut, par respect, après tout, chacun à le droit de romancer à son aise ses histoires d’amour.

Il était plutôt tard quand ses messieurs les rejoignirent et qu’il fut temps de remercier leurs hôtes pour regagner chacun leurs quartiers. Accrochée au bras de Louis, Hélène admira la beauté de la nuit, la douceur de la brise, loua la convivialité de la soirée et alors qu’on s’y attendait le moins, émit un de ses avis lapidaires, du même ton de qui voit un chat traverser la rue :

Lucrèce nous a menti de bout à bout.

Bien entendu, les autres voulurent savoir à quoi elle faisait allusion. Après un soupir elle énonça le pourquoi du comment de cette affirmation.

Mais voyons…si on en croit aux histoires des autres, ils seraient arrivés ici il y a presque deux ans, non ?...Lucrèce jure avoir été sur le bateau qui a fait naufrage, Neil, Lindsay et Luke peuvent en donner foi…elle y était…mais qui a vu Jeff ? Personne, d’autant que je sache. Elle assure que le bateau était si grand qu’on pouvait s’y perdre sans problème…Lind nous a plusieurs fois raconté qu’ils ont fait naufrage la nuit du nouvel an…Quelqu’un peut me dire comment cela se fait qu’on n’ait repêché le fiancé perdu de Lucrèce qu’il n’y a qu’un mois de ça !?

Le raisonnement tenait le chemin, même Richard fut d’accord avec cela.

Ce qui voudrait dire que Mlle. La Conseillère, nous a mis le doigt dans l’œil avec son histoire…Son ténébreux n’a jamais été sur ce bateau…il n’a tout de même pas vogué à la dérive tout ce temps, non ?…en fin de comptes cela m’est égal…et ce ne sont pas nos oignons…mais d’où diable sort il, le Jeff !?

Un petit vent se levait alors que le tonnerre roulait au loin, se serrant contre Louis elle roucoula qu’il y avait tempête au large. On pressa le pas pour rentrer.

Les faits de uns ou les mensonges des autres ne changeaient en rien la placide routine qui s’était établie. Les hommes partis au travail, elles firent gentiment le ménage avant de se rendre à la maison communale pour une réunion avec le comité de volontaires pour mettre à point un autre de ces évènements soûlants d’ennui. La session s’allongea aux limites du supportable et en sortant il faisait déjà presque nuit.


Quelle horreur…on a passé tout l’après midi avec ces bonnes femmes et le tout pourquoi…on devra se farcir la femme à la guitare, l’autre avec ses poèmes…c’est pas de la vie sociale, ça…mais de la torture !

Elles en rigolaient en arrivant à la maison. Leurs chéris s’y trouvaient déjà. En la voyant entrer, Louis s’était levé comme si on l’avait piqué et la rejoignant, l’avait prise à part pour lui annoncer que ce soir, ils sortaient tous les deux…seuls !

Ah bon ?...et on va où, si je peux savoir ?

Ravi de si bien mener son mystère il avait assuré qu’il s’agissait d’une surprise, l’invitant par la suite à monter se rafraichir à l’étage. Curieuse, elle se laissa convaincre. Après une douche rapide, elle mit sa robe préférée, une touche de parfum, essaya de mettre un peu d’ordre dans sa chevelure, y renonçant rapidement pour aller rejoindre son Louis qui l’attendait, impatient. Les autres semblaient avoir disparu des alentours.

Il l’avait bien préparée, sa petite mise en scène ! Choisissant un coin de rêve comme décor, table dressée pour deux, chandelles en bulle de verre, champagne au froid. Hélène sentit son cœur démarrer follement en pressentant à quoi venait tout cela et soudain, elle était aussi énervée qu’une adolescente à son premier rendez vous.

Pouvait on rêver d’instant plus parfait ? Non. D’homme plus merveilleux ? Encore non. Impossible. Une seule question, toute petite et simple mais qui voulait tant dire. De cette vie et encore mois de l’autre Hélène n’avait songé de vivre un instant semblable qui la fit se sentir unique, ineffable, révérée, adorée. Elle ne s’entendit presque pas souffler sa réponse, tant la voix lui manquait, subjuguée d’émoi.

Oui…Je…t’aime…tant, Louis !

Il passa la bague à son doigt. La pierre, parfaite, scintilla de mille feux à la lumière des chandelles, comme autant de promesses d’avenir…
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Dim 17 Juin - 18:38

Louis et ses idées… !
Depuis son réveil près du fleuve, l’ex-roi avait connu des hauts et des bas. Lui, l’un des monarques les plus puissants d’Europe régnant entre le 15ème et le 16éme siècle, avait toujours été entouré d’une foule de conseillers pour faciliter son jugement. Là, il se retrouvait seul à mener sa barque.
Pas tout à fait seul, grâce à Dieu. D’abord, il avait rencontré des amitiés d’une solidité inédite, réellement à toute épreuve, chose dont les arcanes du pouvoir absolu l’avaient privé toute sa vie. Puis il avait croisé Hélène qui était en passe de devenir le plus grand amour de sa vie.
Certes, Louis avait toujours été subjugué par la beauté et, avec Hélène, il était plus que gâté. Que de jolis minois ou autres attributs n’avait-il pas culbutés ? Mais ces émois ne duraient jamais quand la fille était trop sotte. Hélène l’était parfois… Comment en vouloir à cette adorable créature qui avait été manipulée toute son existence en unique raison de sa beauté époustouflante ? Cependant, Louis avait deviné que sous cette nullité apparente se cachait une femme plus forte qu’elle ne le croyait elle-même. L’épisode de la sauvageonne avait révélé une toute autre personne qui sommeillait en Hélène. Même si Louis en avait bavé avec elle, cela prouvait que la belle de Troie possédait un fameux caractère. Qu’elle se décide enfin à lui céder avait transporté Louis sur un nuage rose dont il ne voulait plus descendre.
Être si heureux entrainait chez Louis un besoin irrépressible de rendre les autres aussi satisfaits que lui. Aussi s’ingénia-t-il à jouer les Cupidons de service.

Un plan simple destiné à rapprocher les Chesterfield en bagarre sentimentale depuis que l’époux se croyait cocufié par le docteur McIntosh était né sous les royales boucles brunes. Il avait voyagé assez longtemps en compagnie de Lindsay et du toubib pour avoir « flairé » un certain attachement entre eux mais la jeune femme ne jurait que par son Neil…
Préparer un dîner romantique pour deux, tout en organisant un barbecue sur la plage, requit des trésors de ruse. Très fier du résultat, la soirée se déroula selon ses vœux sur la plage quoique ni Achille, ni Sissi – eux aussi en froid – ne participent avec l’entrain souhaité.
Le retour au bungalow effraya Louis au point qu’il crut retrouver un cadavre dans les buissons tant son beau jardin avait été ravagé par une lutte violente.
Qu’est-ce qui avait pu se passer ?
Contrit, il dut avouer toute l’affaire à son Hélène qui rigola un peu de ses déboires en l’exhortant de ne plus tenter de se mêler des affaires des autres. Il avait soupiré en dénigrant l’attitude d’Achille qui faisait souffrir Sissi. La démonstration que lui fit Hélène quant aux réelles relations entre le Grec et l’allumeuse, lui donna beaucoup à penser. Aurait-il résisté à la tentation ? Il préféra ne pas se poser cette question.

En tout cas, à toute chose malheur est bon : Chesterfield remporta les élections. Bientôt, le nouveau maire constitua son staff et répartit les tâches. Celle qui lui fut dévolue enchanta Louis qui, avec un tel salaire, ne serait plus obligé de multiplier les emplois.
Lorsqu’on le mena à la zone 51, si mystérieuse, il crut s’évanouir devant tant de choses accumulées. Nul ne savait d’où provenait un tel butin, ni à quelle fin il avait été déposé là. Un travail titanesque l’attendait ; il s’y mit avec entrain selon les ordres reçus.
On crut un moment que le maire était perdu. Richard fut persuadé que le toubib allait l’occire pour se taper sa femme en toute impunité. Par bonheur, il n’en fut rien sauf que le maire qui sortit de la table d’opération, n’était pas exactement le même qu’avant. Sournois et influençable, il semblait la proie idéale pour Miss Borija qui le soutenait depuis sa campagne électorale. Lindsay veillait au grain et elle vint requérir l’aide des historiques pour éviter à Neil de tomber rôti dans un piège très, vraiment très attractif.
En suivant le maire solidement encadré par Burton et Achille, Louis resta un moment ébloui par la vision de la naïade nue dans la piscine. Celle-là avait le chic de la séduction.


*Dieu que je te comprends mieux Achille, mon ami…*

Jamais il ne serait venu à l’idée d’Hélène de l’entraîner dans un jeu pareil ! Dommage…

L’heure de la leçon du maire avait sonné. Chaque homme tança à sa façon le mari presque volage qui tenait mordicus à des idées issues de son passé. Quand Louis eut le crachoir, il dit :

J’avais voulu vous raccommoder avec votre femme alors que vous n’aviez pas encore eu votre crise car je connais Lindsay et sa loyauté envers vous. En complot, je m’y connais beaucoup croyez-moi, j’en ai subi mon lot autrefois ! Or, ici, je n’en vois qu’un, celui créé de toute pièce par Lucrèce Borija. Cette femme est le serpent du paradis, je vous l’assure. Demandez à Achille, si vous doutez. Il a bien failli croquer la pomme aussi parce que la garce ne lui laissait aucun répit. Très belle pomme, je le concède ( tape sur la tête de la part de Burton) mais, euh… le propos n’est pas là !
Vous devez vous reprendre et admettre que nous n’inventons rien. Le village va aller à vaux l’eau si vous vous laissez manipuler de la sorte. Nous ne souhaitons que votre bien, Neil. Votre délicieuse épouse mérite plus d’égards que cette enquiquineuse de Miss Borija.


Achille clôtura le sermon et les trois historiques allèrent raconter les événements à leurs compagnes.

Un matin, Louis était en plein chantier, vérifiant les listes établies par ses soins et leur bonne exécution quand on lui présenta Jeff Night. Fort gaillard sombre, il désirait de l’emploi.


On va vous montrer comment charger les palettes. C’est dur, mais vous vous y ferez.

Il était clair que ce mec repêché et prétendu être l’ex-fiancé de Lucrèce, n’avait jamais eu à se bouger plus qu’un doigt pour subsister. Le voyant cassé le lendemain, Louis lui suggéra de ralentir le train.

Vous m’auriez vu, à mes débuts ! Pire que vous, je vous l’assure !

… Un type bizarre, devait-il confier à Hélène qui, comme souvent, lui dispensait des massages d’huile lénifiantes après le labeur. Et toi, ma douce, comment a été ta journée ?

Quels soupirs ! Hélène se croyait nulle en tout. Les travaux de couture dénichés par Sissi la barbaient, organiser des événements culturels autant ! Elle rêvait de pouponner ou de devenir vachère… Louis ayant eu vent de ce que ce dernier projet avait valu à un de ses descendants, préféra rire :

Ouvre un salon de massage, les tiens sont divins, ma chérie !

Elle ne l’écouta point, tant mieux. Il n’aurait pas trop aimé la voir tripoter d’autre peau que la sienne.
Enfin un jour, très excitée, Hélène se découvrit un talent : artiste peintre.
En matière d’art, Louis en connaissait un bout, selon les goûts de son époque. Pourtant, il admira sans réserve la finesse des aquarelles et dessins réalisés par Hélène qui prit pour thème principal le monde du fleuve. Avec un réalisme que seuls les visiteurs de cet endroit pouvaient juger, la belle était parvenue à recréer l’atmosphère particulière qui régnait là-bas au point de les rendre parfois nostalgiques.

Hormis ses fonctions de gestionnaire des stocks alimentaires, Louis restait le marmiton de service.
Rien de plus normal, quoique fatigant, d’assumer cela.
La fête nommée Thanksgiving lui permit de démontrer son art personnel. Richard, aidé d’Amelia, se fit un plaisir de rencarder les ignorants quant aux origines et tenants de cette tradition. Il y avait de nombreux Américains dans ce coin, donc…

Le velouté au potiron ainsi que le petit tableau peint par Hélène reçurent des éloges généreux, de quoi combler les artisans.
Étrange ambiance durant cette fête… Au moins, ce dont fut certain Louis c’est que les Chesterfield avaient trouvé un terrain d’entente, de quoi le réjouir d’autant que les alcools renforçaient la bonne humeur.
La vue de la dinde rôtie à souhait le fit saliver mais les prières de Neil semblèrent rendre Mr. Night malade. Qu’à cela ne tienne, on s’amusa beaucoup. Lui demander de narrer leurs aventures ne dérangea pas Louis :


Et la fois où un mammouth nous est tombé dessus, je ne vous dis pas ! … Non Richard, tu étais aveugle à l’époque, t’as rien vu du tout ! Je l’ai pourfendu ! … Bon, d’accord Achille, tu l’as achevé de ta lance mais c’est moi qui ai fait le plus gros du boulot !... J’aimais bien la montgolfière qu’on a cousue, tu te souviens, Richard ? … J’y peux rien si elle est tombée ! J’ai eu l’épaule déboitée, je ne l’ai pas cherché, quand même ! J’aurais préféré le navion dont parle souvent Amelia. Vous en avez un, non ? … Et puis la fois où…

Ainsi de suite.
Quand il devisa sur Colbert, Jeff parla de son chien fou que tous purent connaître rapidement, hélas.
Certaines ménagères avec qui Louis entretenait de bons rapports histoire de mieux soigner leur gîte avaient évoqué un produit surnommé tornade blanche. Là, ce fut une tornade rousse qui déboula en ravageant tout sur son passage. Vaisselle fracassée, dinde envolée, le chien de Mr. Knight était très mal élevé. Puisque Colbert avait mené l’assaut, Louis déclara à la suite de Miss Borija :


On remplacera tout, n’ayez crainte.

Après le retour de Jeff et la sortie discrète du toubib, les hommes furent conviés à aller fumer le cigare sur la terrasse. Chez les préhistoriques, Louis avait déjà eu affaire avec le tabac sous forme de pipe. Là, il s’agissait de bâtonnets brunâtres ressemblant à s’y méprendre avec des excréments secs. Voyant la majorité des hommes apprécier ces havanes, Louis se laissa convaincre d’essayer mais crut défaillir à la première bouffée inhalée. Les claques dans le dos de la part du Grec lui parurent plus dangereuses, aussi s’abstint-il de récidiver.
Le maire faisant fonction tint à s’entretenir boutique avec le maître de céans et Walker, les Historiques se retrouvèrent à devoir converser avec le fiancé de la bouillonnante Miss Borija qui paraissait assez mal dans sa peau. Louis l’ayant le plus fréquenté au boulot se chargea de détendre l’atmosphère :


Au fait, comment trouvez-vous ce village ? Les installations y sont plaisantes, n’est-ce pas ?... ça ne vous a pas paru « bizarre » de nous y trouver ?... Des gens du passé, je veux dire ?

Lucrèce par-ci, Lucrèce par-là, il n’avait à la bouche que le prénom de celle qui lui avait tout expliqué.

*Que je sois pendu s’il n’est pas raide dingue de cette ensorceleuse !*

Richard, mine de rien, tenta de s’enquérir sur le naufrage vécu par Mr. Night. Le noyé pataugea un peu et fut sauvé par le retour de l’autre trio. Sauvé ? Peut-être… Walker « invita » Jeff à faire quelques pas dans le jardin. Il fallut la patte d’Achille sur son bras pour empêcher Louis d’aller écouter discrètement ce que ceux-là pouvaient se raconter. Néanmoins, la conversation de Banks l’intrigua suffisamment pour enfumer ses idées d’espionnage. N’était-il pas en train de recommander aux Historiques de convoler en justes noces ?


Je ne veux pas me mêler de vos vies privées mais… il faut que vous sachiez que les unions libres n’ont pas la cote ici. D’ailleurs, je ne crois pas qu’un seul couple non bagué n’ait tenu la route longtemps… Neil peut confirmer.

Richard haussa les épaules, Achille fronça les sourcils et Louis pâlit.
Perdre Hélène était la pire des choses qui pouvait lui arriver. Un plan mûrit aussitôt.
L’heure était avancée, et les esprits un peu éméchés. Le groupe des Historiques rentra lentement vers leur habitation. C’est alors qu’Hélène, que cela devait tracasser, lança :


Lucrèce nous a menti de bout à bout.

Selon sa belle, l’histoire de la perfide ne tenait pas la route. Amelia, qui avait vécu à l’époque des énormes paquebots, estima qu’il était très possible que personne de leurs connaissances n’ait vu Jeff à bord. Mais la belle de Troie tenait à son idée :

Il n’a tout de même pas vogué à la dérive tout ce temps, non ?…en fin de comptes cela m’est égal…et ce ne sont pas nos oignons…mais d’où diable sort il, le Jeff !?

Louis crut bon d’avancer :

Tu as raison, cela ne nous regarde pas. Mais j’ai entendu qu’il y avait eu d’autres cas… Une certaine Miss Eperly aurait vécu seule dans un autre coin que celui-ci avant d’y échouer aussi... Dan m’en a parlé…


Cela semblait plus logique que d’imaginer Jeff tombé du ciel…

La routine reprit son cours normal. Pourtant Louis disparut encore plus souvent que d’habitude.
Sa paye était bonne, on faisait quelques économies sur la nourriture en cultivant un potager ou en pêchant mais, pour son projet, l’argent manquait cruellement.
Il avait beau doubler ses boulots, les rentrées étaient insuffisantes. Renseigné par des ouvriers de la zone 51, Louis apprit que plusieurs salles de jeu clandestines existaient dans le village. C’était tellement tentant ! Lui qui ne connaissait que le trictrac, le lansquenet et le brelan fut très surpris de se retrouver dans une salle obscure fortement enfumée où on s’empressa de l’initier au poker, blackjack, et craps. Les cartes ne le tentaient pas mais les dés beaucoup. La chance fut au rendez-vous et, malgré quelques pertes mineures, le bilan très satisfaisant.
À ses amis, il avait recommandé la discrétion absolue, désirant que sa surprise soit totale. Achille et Richard muets, n’en rigolaient pas moins dans son dos quand arriva le soir magique.
Qu’est-ce qu’elles tardaient, les femmes ! Ces réunions de comité les retenaient parfois si longtemps que Louis s’énervait en voyant les aiguilles de l’horloge avancer.
Enfin, elles arrivèrent, en riant. Louis sauta de son siège et accapara sa belle :

Va vite te rafraîchir, mon cœur. Ce soir, cette soirée je la veux pour nous seuls.

Ah bon ?...et on va où, si je peux savoir ?

Tu verras bien ! Allez, file !

Il avait choisi l’endroit avec un soin particulier, planté le décor minutieusement en bord de mer où le vent ne gâcherait rien. Des fleurs fraîches, bougies, champagne, il crevait de trouille qu’Hélène ne tourne les talons. Tous les beaux discours qu’il avait longuement répétés s’envolèrent dans son esprit enfiévré. Au moins, Hélène paraissait enchantée de la mise en scène. Alors, le cœur battant la chamade, il s’agenouilla près de son amour et dit, simplement :

Si j’étais encore roi, je déposerais mon royaume à tes pieds, ô ma déesse. Je n’ai, hélas, que mon cœur à t’offrir, mon amour. Acceptes-tu d’être ma reine pour toute la vie ?

En tremblant, il ouvrit le petit écrin où scintillait la bague la plus onéreuse qu’il avait pu acquérir.
Sa réponse, dans un souffle ému, le transporta de bonheur :

Oui…Je…t’aime…tant, Louis !

Je veillerai sur toi, toujours ! s’étrangla-t-il en lui passant le diamant au doigt.
La suite fut comme un rêve partagé, avec beaucoup de questions à la clé.

Le retour des fiancés rayonnants ne passa pas inaperçue, hélas. Ces cafteurs d’Achille et Richard avaient dû rencarder leur dame sur les intentions de Louis et une petite fête les attendait ainsi que des vœux multiples additionnés de questions :


… Nous n’avons pas fixé de date encore… Je crois oui, que nous déménagerons pour autant qu’un pavillon se libère… Mais non Achille, on n’en a pas marre de vous, quelle idée ! Être mariés ne va pas tellement changer nos arrangements actuels après tout, surtout quand on le sera tous, non ?
Ce serait chouette des noces communes…


Ups, il aurait mieux fait de la boucler. Apparemment, les deux autres couples n’avaient pas encore débattu du sujet. Louis s’en foutait un peu. Il avait l’assurance d’être agréé par Hélène, le reste du monde pouvait s’écrouler.

Le train-train reprit. Louis avait un grand projet pour s’implanter définitivement dans ce village où il avait beaucoup prospecté. Il n’en avait soufflé mot à personne, même pas à sa future reine.
Le gros souci, comme d’habitude dans ce bled : l’argent. Chesterfield était finalement revenu aux commandes du comité et ses mesures assouplies rendaient la vie plus facile n’empêche que les patentes d’exploitation demeuraient chères à obtenir. S’endetter alors que l’on désire fonder un foyer n’était pas de bonne politique selon Louis. De son temps, il n’avait jamais pensé à ces problèmes directs, ne bénéficiant que des fruits obtenus. Étant de l’autre côté de la barrière, il voyait maintenant les choses sous un autre angle. À la décharge du maire, celui-ci ne tirait pas de profits personnels des règles établies. Les bénéfices retombaient sur les aménagements du village, les payes des employés, etc.
Les tableaux d’Hélène, ses caricatures, rapportèrent un peu d’argent dans le pot commun.
À six, ils s’en sortaient confortablement. Mais Louis désirait aussi voler de ses propres ailes…
La meilleure solution : le jeu !
Tout baigna un bon moment. La roue de la fortune souriait toujours à Louis. Sauf qu’un décret municipal interdisait cette pratique.
Ce qui devait arriver arriva : une descente de la milice.
La tête d’Achille en le surprenant dans le tripot !!
Saisi au col, il se débattit :


Je peux t’expliquer… Lâche-moi ! Tu ne vas pas m’arrêter quand même ! Chichille, je…

Rien à faire. Louis dormit sous les verrous…

L’amende payée, Louis tira la gueule à Achille le reste de la journée… autrement dit pendant l’heure qui les réunit avant le repas du soir.
En posant ses mignons de porc à table, il déclara :


Je ne suis pas possédé par le démon du jeu. De mon temps, j’ai vu trop de fortune basculer en une nuit pour en devenir accro. D’ailleurs, dans cette salle, il y avait toujours des limites à ne pas franchir, personne n’est jamais sorti plumé ni avec une ardoise astronomique à rembourser. Oui… je savais que c’était interdit, et alors ? Ça ne vous est jamais arrivé d’enfreindre des règles ? Le bingo hebdomadaire des dames est bien gentil mais si peu rentable… Ben oui, j’ai besoin d’argent… Je... Je veux ouvrir mon restaurant... Pas seul ! Le Gallet sera mon assistant. Jenny et Luke seront nos principaux fournisseurs en produits frais… Tout est planifié, au centime près, je sais compter !
… l’enseigne ? Euh… J’ai pensé l’appeler « Saveurs d’antan » ou à « Chez le belle Hélène » Pensez ce que vous voulez ! Si vous n’êtes pas d’accord, Achille et Richard vous feront la cuisine. Bon appétit !


Oui, les idées de Louis galopaient grand train.

Récemment, une banque avait été établie au village. On y déposait des fonds pour un intérêt à court ou long terme assez conséquent. L’idée venait de Chesterfield appuyé par Miss Borija et secondé par… Jeff Night bombardé administrateur délégué. Des prêts pouvaient être consentis sous garantie. Après en avoir discuté longuement avec sa future épouse, Louis et Hélène, leur bas de laine dissimulé dans les poches, se dirigèrent vers l’établissement jouxtant la maison commune. À peine un pied posé dans cet antre de la finance, ils comprirent que quelque chose clochait. Des gens cagoulés et armés bouclèrent les lieux, menaçants.
Six autres clients avaient déjà le nez au sol, tenus en respect par trois déterminés.
Jeff, le gérant, verdissait avec le double canon enfoncé sous son nez :


Ouvre ce p****N de coffre ! Toi, fouille ces idiots, vite !

Le 1er vol organisé venait de commencer…

Pris de court, Louis ne pensa qu’à protéger Hélène. Faisant barrage de son corps, il refusa de s’allonger, ce qui lui valut un coup de crosse à la racine du nez et 36 chandelles.
Il reprit rapidement ses sens, la tête sur les genoux d’une Hélène terrifiée :


On en est où ?

La milice cernait le bâtiment…
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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Dim 24 Juin - 21:26

Bonheur parfait ? À l’avis d’Achille ce cas de figure était loin d’exister. Dans son cas, du moins. Le pardon est une chose, l’oubli, tout autre. Si l’un engendre paix, le manque de l’autre attise la susceptibilité, génère le soupçon, donne lieu à l’incertitude. Et c’était justement tout cela qui minait, à petit feu, sa relation avec Elisabeth. Certes elle l’avait pardonné de ses frasques avec la belle Lucrèce mais de là à supposer qu’elle ait pu faire table rase de ses mauvais souvenirs, moyennait un optimisme que lui, homme pragmatique, était loin de posséder.

Sissi ne disait rien, agissait comme si rien, demeurait douce et aimante mais quelque chose avait changé entre eux. Un certain manque de spontanéité dans ses gestes, si irréfléchis et doux auparavant, dans son regard où un éclat triste avait fait place à la mutine malice. Il la sentait parfois agacée en s’approchant pour l’étreindre, comme si elle soupesait la sincérité des ses actes. S’ils se trouvaient ailleurs que chez eux, parmi d’autres gens, il sentait souvent le poids de son regard sondant ses gestes, jaugeant un sourire s’il était adressé à une femme…et il faut avouer que ce n’était pas ce qui manquait dans le coin, les femmes. Jolies ou moches, jeunes ou vieilles, acariâtres ou charmantes…et toutes semblaient avoir le malin plaisir de lui tourner autour comme mouches autour d’un pot de miel. Lucrèce se tenait à prudente distance, ce qui aurait dû rassurer Sissi…mais non ! Elle semblait craindre qu’au premier regard invitant, ce qui ne manquait pas non plus, il ne trouverait mieux à faire que se lancer à courir allègrement le jupon.

On peut pas continuer comme ça !, se trouva t’il en train de dire, ce soir là, en rentrant d’un de ces évènements culturels qu’elle organisait si bien avec Amelia et Hélène, prends pas cet air surpris…tu sais très bien de quoi je parle !

Elle avait haussé imperceptiblement les épaules et continué à marcher comme si rien, un soupir à mi chemin et le regard perdu au loin.

Elisabeth…finis de dire ce que tu as sur le cœur…J’en peux plus, moi…Ah bon ? J’avais l’air content ?...Il se trouve que j’étais content, c’est pas si mauvais que ça, non ?...et non, cela n’avait rien à voir avec le fait que la petite Graves est si bien roulée…m’en fous, moi, de cette fille ou de quiconque d’autre…Elisabeth…je t’en prie…

Silence buté, elle continua d’avancer.

Il la retint, la forçant à le regarder.

Ma douce…arrête de te faire des idées…pourquoi diables ferais je attention à une autre femme si je t’ai, toi ?

Comme on pouvait s’y attendre son « affaire » avec Lucrèce revint en cause.

Ce sera toujours ça ?...Tu vas y penser toujours ?...et puis quoi ?...un jour tu vas décider que je ne vaux rie à tes yeux…ou peut être tu l’as décidé déjà…Non !?...Déjà ça… Qu’est ce que je fais tous les matins en filant à l’aube ?...Tu ne veux pas le savoir…pas encore du moins !

Elle lui lança un regard ulcéré mais il se trouva l’esprit de sourire. Il fallait croire que l’impératrice n’était pas de trop bonne humeur, ce soir là. Quelques petites remarques aigres douces plus tard, le guerrier s’en convainquit, pour alors leurs amis devaient être déjà revenus à la maison alors qu’ils continuaient à discuter au beau milieu du chemin.

Et tu trouves normal que tu me fasses une scène sans savoir même de quoi il en va ?...J’ai entendu un terme intéressant par là…parano…j’ai été chercher de quoi il s’agissait et là, mon amour…cela te va bien…, il évita de justesse la claque, je vois que tu sais aussi ce que cela signifie…pas de souci, je t’aime autant…ah ! Tu veux savoir ?...tu vas m’excuser…mais ce soir je me sens pas facile à amadouer…Non ! Je ne vais pas te dire…tu es trop suspicieuse…Tu dois apprendre à confier en moi ! Non…je ne suis pas fâché…juste un peu vexé…et puis c’est assez parlé pour un soir…rentrons, Louis est chiche de venir nous chercher...non, il n’est pas parano lui…tout simplement curieux !

Elle se disposait à riposter alors il l’embrassa, taisant sa proteste.

Ai confiance en moi, ma douce…je ne suis pas un de ces autrichiens guindés qui t’ont pourri la vie, jadis…ben, sais quand même lire et il y a une intéressante bibliothèque à la maison communale…, il lui releva le menton pour l’embrasser de nouveau, j’ai beaucoup appris sur toi…pourquoi tu ne m’en as jamais parlé ?...Peur de quoi, ma chérie ?...J’aime ce que tu es…pas ce que tu as été …

Comme prévu, Louis s’arrangea pour l’interroger sur leur retard mais il assura avoir mieux à faire et lui souhaitant bonne nuit alla rejoindre Sissi. Elle était face à la coiffeuse, dénouant sa lourde natte. Sans rien dire, il écarta se mains et entreprit lui-même de défaire sa chevelure, la laissant déferler sur ses épaules, somptueuse avant de se mettre à la brosser avec des lents gestes soigneux. Le miroir renvoyait leur reflet. Ils formaient un couple singulièrement bien assorti.

Et quand on sera vieux tous les deux…je t’aimerai autant…

Elle soupira alors la prenant dans ses bras il l’emmena au lit…

L’aube colorait à peine l’horizon quand Achille ouvrit les yeux. Elle dormait, lovée contre lui, le semblant paisible, loin de ses fantômes, de ses chagrins secrets. Il la regarda un moment avant de l’embrasser doucement, la tirant de son sommeil.

Si tu veux savoir où je vais...c’est le moment ou jamais !

Ses paroles eurent un effet immédiat. Aucun besoin de se répéter, elle ouvrit les yeux et lui adressa un long et délicieux regard velouté, encore lourd de rêves, en s’enquérant d’une voix ensommeillé de quoi il en allait.

Tu verras bien…mais tu devras te dépêcher…

Il la mena, à pas de fantassin, par le chemin qui longeait le rivage, en sortant du village. Elle suivait le train sans protester, amusée mais curieuse. L’air enjoué, il se contenta d’accélérer le pas. Ils ne tardèrent pas à arriver aux abords d’un large enclos métallique.

Maintenant, tu te tais et regardes !, conseilla t’il en lui flattant la joue juste avant d’émettre un long sifflement qui la fit sursauter.

Une légère brume se dégageait de la terre, dans la clarté rose et dorée du petit matin, cela conférait aux alentours un air féerique et mystérieux, cadre parfait pour l’apparition qui venait d’avoir lieu. Tête levée, naseaux frémissants, elle s’approcha au petit trot, crinière sombre ondulant suavement dans la brise en contraste sublime avec sa robe gris pommelée. S’arrêtant à quelques mètres, elle piaffa, nerveuse.

Bonjour, ma toute belle !, salua Achille avant d’enjamber la clôture avec l’aisance que donne l’habitude et faire quelques pas vers l’admirable bête qui hennit sans bouger, attendant la carotte qu’il ne tarda pas à lui tendre et qu’elle prit avec une délicatesse de reine, tout doux, ma jolie…ce matin, tu as de la visite…

Il flatta doucement l’encolure et le garrot en lui murmurant Dieu sait quels mots à l’oreille, l’apaisant. Elle connaissait sa voix et acceptait ses cajoleries avec plaisir, en hennissant d’à petits coups, piaffant toujours. Dès qu’il cessait sa caresse, elle lui donnait un gentil coup de tête sur l’épaule pour l’encourager à poursuivre. L’entente parfaite.

Viens !

La jument le suivit jusqu’à la clôture au delà de laquelle Sissi avait suivi cette démonstration de confiance et affection entre le guerrier et la noble bête.

Il parait qu’après leur raid failli, les conquistadors aient abandonné quelques de leurs montures, expliqua t’il, elles se sont regroupées et vivent à l’état semi sauvage depuis…on a remarqué le troupeau il y a quelque temps de cela…Elle galopait toujours en tête, aux côtés du chef puis un jour, elle n’était plus avec les autres. Je suis parti la chercher…Ma toute belle s’était prise dans les barbelés qu’a posé cet imbécile de Johnson pour délimiter sa soi disant propriété. Elle était blessée, affolée, dès que je l’ai libérée, elle a cherché à s’enfuir mais n’est pas allée trop loin dans son état alors je l’ai ramenée ici et depuis j’en prends soin…Oui, c’est elle ta seule rivale…et c’est aussi ton cadeau d’anniversaire que tu as en avance parce que tu es trop curieuse et impatiente…

Et tout sembla aller bien, à partir de ce jour là, Jusqu’à la fameuse fête de Thanksgiving chez les Chesterfield qui avaient, enfin, mis au clair leurs différends. Une soirée au calme, un gentil dîner et Sissi prés de lui, il ne demandait pas mieux et au lieu de cela, tout ce beau monde réuni en pleine ambiance festive. Louis s’y trouvait comme poisson dans l’eau. Richard exerçait sa diplomatie, ces dames bavardaient par là et lui s’ennuyait à périr. L’arrivée de Lucrèce avec son fiancé créa diversion et Sissi se posta à ses côtés. On discourait par ci, on conversait par là. Toujours les mêmes questions sur les avances de la Milice. Compte rendu succinct à M. le Maire par intérim, à l’autre en repos et à qui voulait l’entendre dans son style peu ami des longs discours, la seule qui y avait droit, et pas toujours, était Sissi.

Dîner délicieux, bon vin, les histoires de Louis, la variété à l’heure du dessert avec le chien de Mr. Night et le macaque de Sa Majesté, sous surveillance chez les Walker et puis le clou de la soirée. La conversation digestive entre hommes et le thème du jour : le mariage. Comme il n’avait rien à cirer avec l’idée ni aucun projet immédiat ou lointain de convoler en justes noces, le guerrier était à point de s’accorder un petit somme quand Banks clarifia la situation :

Je ne veux pas me mêler de vos vies privées mais… il faut que vous sachiez que les unions libres n’ont pas la cote ici. D’ailleurs, je ne crois pas qu’un seul couple non bagué n’ait tenu la route longtemps… Neil peut confirmer.

*Hein ?...*


Soudain très éveillé, il prêta totale attention au reste de cette singulière mise à jour. Chesterfield corrobora. Plus clair, l’eau de roche ou on se mariait ou tout partait en eau de boudin et il ne pouvait s’imaginer perdre Sissi. Louis devait se livrer à toute sorte de réflexions profondes pour pallier l’urgence, il était pâle et nerveux. Richard, l’indéchiffrable ne dit rien. Pas plus que lui, en tout cas. La mine de Night laissait entrevoir le même souci. Si la conversation de ces dames avait tourné sur le même thème, le plus sûr, elles n’en touchèrent mot.

Sa vie « d’avant » ne parlait trop bien de lui comme homme fidèle. La légende, racontée par Louis, semblait lui prêter bon nombre d’aventures, quelques épouses oubliées et sans doute des enfants. Son souvenir n’était pas si prolixe. Aventures certes, mariages, deux et encore ce n’étaient qu’alliances nécessaires. Il était trop occupé à faire la guerre comme pour penser à devenir un mari modèle ! Mais là, il n’y avait pas de guerre, seulement un monde étrange et une femme unique qu’il aimait par-dessus tout…Elle ne parlait jamais de régulariser leur situation, sachant sciemment que lui s’en accommodait très bien mais la connaissant, Achille se doutait bien que son silence discret n’avait rien à voir avec ses véritables désirs…

Et bien sûr ce fut Louis qui, dans son style ineffable, mit, pour ainsi dire, le feu aux poudres en demandant Hélène en mariage et faisant le genre de commentaire qui provoquait parfois l’envie de le bâillonner ou l’assommer.

Être mariés ne va pas tellement changer nos arrangements actuels après tout, surtout quand on le sera tous, non ? Ce serait chouette des noces communes…

Pavé dans la mare. Moue de circonstance à faire passer comme sourire. Idées à train de diable. Sissi souriait en félicitant son amie mais en se tournant vers lui, il devina l’interrogation dans son regard. Que dire sans avoir l’air d’une brute sans cœur ? Rien. Mais bien sûr, chacun interprète le silence à sa façon.

Mais…bien sûr que je suis content pour Louis et la blonde…pourquoi ne le serais je pas ? Il est heureux, tant mieux pour lui !

Repli stratégique en allant chercher des glaçons à la cuisine question de réfléchir. Jugeant le moment malvenu pour prendre des décisions de cette envergure, il retourna auprès des autres, se mêla comme si rien à la conversation, évitant de compromettre un mot de trop et se réjouissant outre mesure quand la petite réunion toucha à sa fin. Sissi se déclara très fatiguée et feignit s’endormir de sitôt. Lui, ne colla pas l’œil de la nuit…

Le soir où il arrêta Louis dans un tripot clandestin et le mit derrière les barreaux, il eut droit à une scène outrée de la part d’Hélène, comme on pouvait bien s’y attendre, fut battu de froid par Amelia et subit les remontrances de Sissi.

Et qu’est ce que tu voulais que je fasse ? Je représente la loi dans ce bled, au cas où tu l’aurais oublié…Louis ne peut s’en ficher impunément…bien sûr qu’il avait des bonnes raisons…comme toujours quand il fait des conneries…Il y est, il y reste !

Louis dormit en taule. Lui, dans le divan. Le lendemain, de bonne heure, il paya l’amende stipulée de sa poche et tira le roi de la prison, qui n’avait en rien émoussé son courroux.

*Au moins ça a son bon côté…boudeur, il est muet !*

Richard, resté sans parti pris, s’était pourtant bien amusé de l’épisode. Le silence lui seyant, autant qu’à lui, il prenait des notes sur son carnet tandis qu’Achille s’échinait sur une liste de réapprovisionnement. Les dames faisaient un aparté parlant sans doute sur les détails du fameux mariage. Très digne, Louis annonça que le dîner était prêt, on passa à table avec mines circonspectes. Royale, Sa Majesté voulut éclairer certains points obscurs. Il n’était pas accro au jeu , savait de quoi allait la chose et connaissait les risques.

Oui… je savais que c’était interdit, et alors ? Ça ne vous est jamais arrivé d’enfreindre des règles ?

Bonne question. On resta vagues sur la réponse.

Et on peut savoir à quoi vient ce fou besoin de t’enrichir ?

Je veux ouvrir mon restaurant... Pas seul ! Le Gallet sera mon assistant. Jenny et Luke seront nos principaux fournisseurs en produits frais… Tout est planifié, au centime près, je sais compter !

Magnifique mais tu devras trouver un autre moyen…la prochaine que je t’y prends, tu passes une semaine à l’ombre, compris !

L’autre ignora sa remarque jugée désobligeante et poursuivit sur sa lancée en assurant que si on n’agréait pas ses idées ils n’auraient qu’à s’arranger.

Si vous n’êtes pas d’accord, Achille et Richard vous feront la cuisine. Bon appétit !

Tenant compte des talents de cuistot des deux impliqués, cette promesse tenait plutôt de l’épée de Damoclès sur leurs têtes.

Semblant fermé, il suivait d’un œil sévère les exercices de la troupe en beuglant opportunément ses ordres, quand un des commis des Walker déboula, en nage, le souffle court, en disant avoir couru d’un trait depuis le village.


Z’ont attaqué la banque !!! Y a des otages !...Madame Jenny et le petit…entre autres…

*M***e…Louis pensait y aller ce matin*

Quelques ordres précis plus tard, la troupe mise en connaissance des faits, quitta les quartiers de la Milice en parfaite formation. De quoi en être fier, mais il n’avait pas la tête à ça. La nouvelle s’était répandue comme traînée de poudre et la foule se massait aux abords des lieux du crime.

Dégagez moi ces gens !...Couvrez le front… ! Vous six…à l’arrière. Attendez le signal…Personne n’ouvre feu avant ordre !!!

M. le Maire s’ajouta aux rangs et voilà que Luke s’amenait au pas de course, éperdu :

Ma femme et ton filleul sont là-dedans. Je t’en conjure : pas d’assaut !

Il n’y pensait pas mais évidemment sa réputation le précédait, comme quoi la plupart s’imaginait qu’il allait entrer en tirant sur tout ce qui bougeait. Le mot du moment s’imposait : Négociation. Seulement que le style dissuasif de la sienne ne fut pas trop bien accueilli.

Vous êtes cernés, déposez les armes et libérez les otages. Deux minutes !

Il eut juste le temps de plonger à l’abri qu’on balayait le coin de mitraille.

Je vous cède l’honneur, Messieurs !, dit il en tendant le mégaphone à Neil, tu les convaincs…ou pas, nous on entre !...T’en fais pas Richard…on sait quand même ce qu’il faut faire !

Il ne voulait pas imaginer ce que cela donnerait si Louis était pris d’une de ses élans fous de courage ou encore de larguer un de ses discours. Mais d’après ce qu’ils pouvaient entendre, Louis avait de la concurrence sur place, les imprécations de Mrs. Payne leur parvenaient avec grande clarté.

Ils vont la descendre en premier…faut y aller avant que Louis ne veuille sauver le monde….Bien sûr que je me fais un sang d’encre pour Jenny et Nick...au fait, il est passé où Luke ?

La suite fut extraordinairement confuse. La suite ?...Du coup, il ne comprenait absolument plus rien…La troupe aux pas de course déboulait sur la place qu’on annonçait que le gérant et Luke Walker venaient de mettre hors d’état de nuire trois types qui pensaient attaquer la banque…

QUOI ??? Mais…*Suis pas fou, quand même…ou oui ?...manque de sommeil ?*…Jethro…de quoi vous souvenez vous ?

L’interpellé, homme d’esprit consciencieux sans être une lumière, enleva le casque et se gratta le crâne.

Ben…sais plus…Z’avez dit qu’il y avait attaque…on s’est dératés…et v’la que c’est fini…même pas commencé.

Par ci par là, les miliciens plus ou moins déconfits donnèrent leur avis mais il était temps d’intervenir. Nageant en pleine confusion, il donna l’ordre d’avancer. Il rageait d’avance en entrant dans la banque. Un spectacle des plus édifiants les y attendait. Trois voyous ligotés, Jeff Night l’air d’avoir été passé au tabac avec Lucrèce éperdue accrochée à lui, Luke Walker couvert de sang, Louis, le nez enflé et en sang. Hélène en pleine crise de nerfs. Jenny et Nick sous un bureau, Mrs Payne l’air égaré et une blondinette sortant à quatre pattes de sous une table .

Emmenez moi ces ploucs…et vous autres, expliquez moi à quoi vient ce bordel ! Pourquoi es tu en sang, Luke…non…ne me dites pas, Jeff ne t’a pas donné le crédit…tu l’as tabassé, Louis s’en est mêlé, il t’a tiré dessus et que sais encore…

Night se dévoua pour les explications :

Ils ont tiré une rafale…en entrant…sais pas trop…pas entendu ?...Avec les hurlements de Mrs. Payne et ceux de Cheryl, ma secrétaire…on n’aurait pas entendu un éclat de bombe !

Ouais et je suis idiot perdu…ils t’ont tabassé en passant et vite fait ?..Et Louis...il s’est fichu en l’air tout seul…Arrête de gémir, Hélène…Vous, Mrs.Payne, bouclez la… Tout ceci est louche…très louche mais…Bon sang, Luke…

Fin des explications. Luke se mourait là. On alla chercher le toubib…le doute persistait et il ne saurait sûrement jamais ce qui s’était vraiment passé. Curieusement, Miss Borija qui avait toujours quelque chose à dire, ne pipa pas un mot. Les souvenirs confus de cette journée bizarre le taraudèrent longtemps. Qu’avait il vraiment vu ?...ou pas vu ?...

Selon le calendrier établi au village, on s’approchait d’une fête importante : Noël. Louis eut le bon cœur le lui expliquer de long en large de quoi il s’agissait. Sissi et Amelia en rajoutèrent une couche. Richard, leva les yeux au ciel et la seul chose qu’il tira au clair est qu’on fêtait l’anniversaire d’un Messie reparti aux Cieux depuis près de 2.000 et que pour l’occasion on échangeait des cadeaux entre amis.

*Drôles de coutumes !*

Mais c’était aussi l’anniversaire de Sissi.

*Ou tu t’y mets ou c’est fichu…*

L’idée était la bonne, manquait savoir comment s’y prendre. De sa vie, il n’avait songé demander une femme en mariage…on n’en parlait pas avec elles, de son temps. On concluait une alliance politique, la fille venait en bon de bonne foi et affaire close. Rien de bien romantique. Elisabeth méritait mieux que cela…sauf que lui et le romantisme, ça faisait deux. Tourner joliment les mots, c’était le talent de Louis mais Achille se jura qu’on le pendrait d’abord avant d’aller lui demander conseil. Il n’eut aucun besoin de ce recours : il vint tout seul.

Seriné, sermonné, tancé, instruit sur tous les tons, il en était presque malade de découragement.

Et…t’es sûr que c’est si compliqué ?

Plus que ça , cela demandait de la sensibilité, de la sincérité, des mots magiques, le décor adéquat et le moment idéal…

La sincérité était le seul atout dont il disposait.

*Tant pis…on fera avec !*

Acquérir la bague de rigueur lui demanda des ruses de sioux pour éviter que sa démarche soit éventée avant de l’avoir entreprise. Il manquait un jour pour Noel, les femmes et Louis avaient décoré la maison…et le village en passant mais il n’avait aucune envie de faire sa demande en pleine fête…ni juste avant…et pas à dire après…

On sort un moment !?


Pour le style, on repasserait. Ils venaient de finir le dîner et Sissi pensait encore aider avec les dernières décorations. Amelia, mine de rien, assura qu’avec Hélène elles s’en tireraient très bien et la mit pratiquement à la porte avec un clin d’œil complice à son égard. Ils marchèrent un moment en silence et leurs pas les menèrent vers la plage.

Il fait bon, ce soir…

Elle lui fit gentiment remarquer qu’il faisait bon tous les soirs.

C’est bon…je m’y prends comme un pied mais je ne sers pas pour ça…il y a quelque chose que je veux te demander depuis un moment…pardonne moi si je suis une brute sans manières mais…Ah bon ? merci quand même…ce que je veux dire est…Je t’en supplie ne m’interromps pas…Sissi…veux tu te marier avec moi ?

Elle le considéra légèrement perplexe, sans sembler éperdue de bonheur et encore moins lui sauter au cou, au lieu de cela elle ne posa qu’une question. Très courte et pertinente.

Pourquoi ?...Parce que je t’aime… parce que le reste de ma vie sans toi serait une misère abjecte, parce que je te veux pour moi…pour toujours…parce que tu es la seule femme au monde que je veux révérer…mais si tu ne veux pas…

Si elle ne voulait pas, il ne resterait qu’une option : disparaitre le plus vite et le plus loin possible.
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Sissi

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Lun 25 Juin - 21:15

La vie sentimentale d’Elisabeth de Bavière n’avait rien eu de comparable aux beaux romans que l’on en bâtit plus tard. Elle était tombée des nues quand une « brave » dame du comité culturel lui en avait touché quelques mots lors d’une réunion :

Vous et votre Franz, quel beau couple ! Pas que je veuille dire qu’Achille ne mérite pas vos attentions, ma chère. Mais, de vous à moi, un tel amour partagé avec l’empereur mérite d’être respecté et… honoré ! L’avez-vous vu, là-bas, votre Franz chéri ? S’il voyait comment vous le négligez…

Je ne l’ai pas revu, et en suis absolument ravie ! *Vieille bique !* Si vous le croisez, demandez lui où il passait ses nuits à Vienne ou ailleurs *pendant que je pleurais !*

Oh oui, Sissi avait été bien déçue pendant de longues années. On pouvait lui reprocher son esprit novateur et aventurier, d’avoir dépensé sans compter de belles fortunes, d’avoir un peu soupiré pour un comte hongrois mais rares étaient les personnes qui savaient vraiment l’enfer que fût sa vie.
La trahison d’Achille l’atteignit cruellement. Beaucoup plus qu’elle-même ne voulut l’admettre.


*C’était trop beau pour être vrai !*


Jalouse ? Même pas, à quoi bon. Déçue, une fois de plus, c’est tout.
Comment ne pas pardonner ensuite ?


Je t’aime tant…

Il était sincère, elle en aurait mis la main au feu mais préféra la passer dans la toison blonde qui l’émerveillait jour… et nuit.
L’ « affaire » s’était tassée… en apparence. Sissi ne voulait pas devenir possessive, ronchonne, suspicieuse. Près du fleuve, tout était si simple… Achille était à elle, corps et âme alors. Maintenant, avec tant d’abeilles prêtes à butiner dans le coin, Elisabeth en arrivait souvent à regretter d’avoir mis le pied sur une certaine plaque.
Hélène nageait en plein bonheur. Qui aurait pu croire que ce bourdon de Louis se contente d’un seul jupon ? Amelia ne se posait manifestement aucune question quant à son Richard. Devait-elle être la seule à devoir se faire du mouron ? Pourtant, Achille multipliait de tendres attentions envers elle, surtout depuis que cette pendarde de Lucrèce lui avait lâché le mou pour s’occuper d’un soi-disant fiancé retrouvé, non sans s’en être prise au maire avant.


*Achille veut se racheter… Rien d’autre… *

Organiser des festivités culturelles lui avait été dévolu ainsi qu’aux autres dames historiques.
C’était plaisant, sans plus. Hélène ne sut pas trop cacher son désintérêt total pour la question, quant à Amelia…
Chacune se trouva une autre forme d’expression. La belle de Troie possédait un vrai talent de peintre. Ses croquis, très réussis, plurent beaucoup. Miss Earhart bricolait dieu sait quoi dans les ateliers. Sissi, elle, cousait et piquait au gré de sa fantaisie. La « mode » du coin l’avait surprise. La majorité des femmes arboraient des shorts ou des robes simples, voire des pantalons, comme les hommes ! Pour avoir vu Amelia en porter souvent, Sissi fut gagnée par ce style tellement pratique.
Des ensembles veste-pantalon naquirent sous ses doigts.
Quand on lui suggéra d’utiliser une machine à coudre, Elisabeth fut transportée. Elle connaissait l’engin né presqu’en même temps qu’elle mais n’en avait jamais fait usage.
Quelle révolution !
Ses modèles plurent, l’argent récolté mit du beurre dans les épinards.
Mais Achille n’était pas dupe de ses hésitations, ses réticences parfois.
Il l’a retint sur le chemin du retour d’un récital de chants et guitare :

On peut pas continuer comme ça. Prends pas cet air surpris… tu sais très bien de quoi je parle !

Je ne vois pas, non.

Un haussement d’épaules et quelques pas plus tard, il la coinça à nouveau, puis encore :

Ma douce…arrête de te faire des idées…pourquoi diables ferais je attention à une autre femme si je t’ai, toi ?

Si tu m’as moi ? s’étrangla-t-elle. Je ne suis pas une chose. J’en ai marre d’être un objet. Je t’ai vu avec elle, cette maudite ! Je ne peux pas oublier, désolée.

Ce sera toujours ça ?...Tu vas y penser toujours ?...et puis quoi ?...un jour tu vas décider que je ne vaux rien à tes yeux…ou peut-être tu l’as décidé déjà…

Tu es malade ? Bien sûr que non, idiot ! C’est plus fort que moi, ça me trotte par là sans arrêt. Elles sont légion à te courir après, et toi tu files sans un mot au petit jour.

Qu’est ce que je fais tous les matins en filant à l’aube ? Tu ne veux pas le savoir, pas encore du moins!

Ben voyons ! Tu avoueras que c’est très normal, que je me fais des idées, que j’imagine des trucs, que…

En réponse, il la traita de paranoïaque. La main de Sissi se leva.
Elle eut droit à un très rare sermon qui se termina par un baiser tellement chavirant qu’Élisabeth en oublia le motif de leur altercation. Mais avant de rentrer près des autres, Achille la scia en avançant certaines choses concernant son passé. Il avait lu des livres à la bibliothèque :


Pourquoi t’en aurais-je parlé ?... J’avais peut-être peur *que tu me prennes pour l’andouille du siècle !*


J’aime ce que tu es… pas ce que tu as été …

De quoi la retourner.
Il la chamboula encore en jouant à la camériste devant la coiffeuse.


Et quand on sera vieux tous les deux…je t’aimerai autant…

Elle en aurait pleuré de bonheur dans le grand lit où il lui prouva sa fougue.
Plus tard dans la matinée, elle pleura pour de bon face au cadeau d’anniversaire le plus extraordinaire qui soit pour une cavalière jadis intrépide : une jument !
Ainsi, c’était ça qu’il fabriquait tous les matins ? Il domptait ce cheval, juste pour le lui offrir ?


C’est elle ta seule rivale… et c’est aussi ton cadeau d’anniversaire que tu as en avance parce que tu es trop curieuse et impatiente…

Pleurer faisait du bien, l’embrasser follement encore plus !

Il ne se passa plus un matin sans que Sissi se rende au corral, ni qu’elle monte en douce sa devenue docile « Céleste ».
Sa passion pour les chevaux n’avait rien d’une légende. Une communion réelle existait entre Sissi et les équidés. Qu’Achille lui en offre un balaya toutes les suspicions sournoises qui minaient leur relation.

Vint la fête de Thanksgiving.
En cadeau, Sissi offrit à Lindsay sa dernière création en couture qui fut bien reçue.
Par contre, voir Lucrèce Borija lui déclencha des vapeurs. Elle eut beau se traiter d’idiote, il fallut qu’elle se colle à Achille.


*Il n’en a rien à cirer de cette femme ! Tu le sais, lâche-le !*

À aucun moment, Sissi n’eut à douter d’Achille qui, une fois n’est pas coutume, discuta aimablement avec tous. Lucrèce intriguait beaucoup l’ex-impératrice mais le petit Nick remportait tous les suffrages d’attentions.
Les enfants… Sissi préférait ne pas y songer. La perte de sa petite Sophie lui pesait encore très cruellement. Marie-Valérie fut la seule qu’on lui permit d’élever… son adorée…
Qu’après certains remous de cette soirée, les dames soient contraintes de papoter ensemble était… naturel.


*Les vertus du mariage ? NON ! *

Sissi se souvint parfaitement avoir écrit à sa dernière fille : « le mariage est une institution absurde. Enfant de 15 ans, j'ai été vendue… »

Néanmoins… Son éducation stricte et catholique prônait la régularisation. Qu’Hélène minaude ne l’étonna pas :

S’il me le demandait ?...Oui, je dirais oui…que d’autre ? Je l’aime trop…bien sûr que je l’épouserais…même si je me sens absolument satisfaite avec la situation actuelle…

La rebelle qui sommeillait en Sissi rua dans les brancards intérieurs :

*Pas de souci à me faire ! J’ai un pur-sang dans mon lit !*


Mais Dieu n’approuverait pas…
On verrait bien.
Sissi goûta la soirée sans modérer son appétit… pour une fois.
Depuis sa résurrection, l’ex-impératrice pouvait s’adonner à toutes les débauches alimentaires sans prendre un gramme. Quel endroit divin ! Elle, qui s’était privée de tant de choses avant, trouvait chaque mets succulent et en redemandait fréquemment.
Fini les doigts dans la gorge, les jus d’orange ou de viande, elle mangeait à belles dents sans remords de conscience.

Il fallait s’y attendre, Louis bouillait d’impatience de faire d’Hélène une dame respectable.
On le fêta, comme il se devait, ils rayonnaient tant. Des questions, il fallut en poser :


C’est pour quand ? Vous resterez avec nous. ?

Nous n’avons pas fixé de date encore… Je crois oui, que nous déménagerons pour autant qu’un pavillon se libère… Être mariés ne va pas tellement changer nos arrangements actuels après tout, surtout quand on le sera tous, non ? Ce serait chouette des noces communes…

Qu’en pensait Achille ? Il déserta sous prétexte d’aller chercher des glaçons et revint comme si aucune question ne s’était posée.

Je suis fatiguée, bonne nuit à tous et encore félicitations !

Dormir ? À d’autres! Trop de questions trottaient sous la chevelure épaisse de l’impératrice.
Achille l’aimait-il ? OUI ! Désirait-il finir ses jours avec elle ? Oui ! Il l’avait évoqué. Lui serait-il fidèle ? Là, ça bloquait. Sissi pouvait admettre beaucoup et pardonner autant.
L’idée de retourner au fleuve la berça au point qu’elle s’endormit, sans rêves.

Qu’est-ce que Louis avait encore inventé ? Tous furent stupéfaits quand Achille annonça l’avoir surpris dans un tripot clandestin. Hélène monta aux créneaux, Sissi aussi :


Louis est ton meilleur ami ! Tu veux te faire bien voir des autorités en place ? … Ce sera sans moi !


Et vlan, fermée la chambre.
Sissi ne tolérait plus d’être privée de son Achille mais ne supportait pas ce qui ressemblait à un régime totalitaire. Oui, Achille faisait son boulot mais… Louis ne méritait pas cette vindicte.
Cela se tassa… comme le reste.
Il y eut une attaque de la banque, celle décidée par le maire revenu en fonction.
On n’y comprit pas grand-chose, les avis divergeaient à ce propos.
Noël approchait à grand pas.
Née un 24 décembre, Sissi ayant déjà reçu un cadeau de son chéri, elle s’étonna quand Achille demanda :


On sort un moment ?

Si tu y tiens, d’accord mais j’aurais voulu poser les anges que j’ai cousus…

C’était quoi cette cabale ? Hélène et Amelia refusaient son aide ? À quoi ça rimait ?

Il fait bon, ce soir…

Dieu m’en garde, il fait bon tous les soirs sauf s’il nous tombe dessus une averse.

Son chéri pataugea bellement. Il chipota, tourna autour puis dit :

Sissi…veux tu te marier avec moi ?

Arrêt sur image. Un seul mot fusa :

Pourquoi ?


Il était dans ses petits souliers mais n’hésita pas à déclarer :

Parce que je t’aime… parce que le reste de ma vie sans toi serait une misère abjecte, parce que je te veux pour moi…pour toujours…parce que tu es la seule femme au monde que je veux révérer…mais si tu ne veux pas…

Ne tombe pas dans le ridicule, s’il te plaît ! dit-elle, très émue. Je me doute de ce qui te pousse à cette demande. Je ne nierai pas qu’elle me… chamboule car je ( sanglot) je ne l’attendais pas.
Je veux que tu sois libre, pas forcé ni obligé par la rumeur qui court sur les couples irréguliers.
J’aimerais aussi finir mes jours à tes côtés mais pas par … obligation…
J’en ai soupé des promesses non tenues. Bague ou pas, je m’en fiche. Veux-tu de moi sans partage ? … Rigole pas, c’est sérieux !


La conjugaison du verbe aimer s’énonça sur la plage.

Croire que leur retour se passerait sobrement était rêver. Achille reçut des bourrades chaleureuses de la part de ses potes tandis qu’Amelia et Hélène embrassèrent Sissi avec plein de bons vœux à l’appui.

Le réveillon devait se dérouler chez eux en toute simplicité sauf que des mauvaises langues s’amusèrent à leur donner des remords de conscience.
Chez l’épicier où elle se rendait avec Hélène, Sissi fut prise à parti par deux pimbêches :

Nous comptons sur vous à la messe de demain ! C’est à minuit. Venez avec vos… « amis ».
Les cantiques seront très beaux. On répète ce soir…


Chez le poissonnier, un discours similaire attendait les dames :

Notre temple sera ravi de vous recevoir ainsi que tous vos amis. Vous pourriez tenir le clavier, Elisabeth.


Elle fut aussi sollicitée par un autre groupe se proclamant « nouvelle Eglise » qui accueillait tous ceux sans confession proclamée.

Qu’est-ce que l’on va faire ? demanda-t-elle aux autres en rentrant des courses.

La question n’avait rien d’anodin. Louis, immédiatement, déclara ne pas avoir changé de religion. Si un rituel catholique avait lieu, il en serait, avec Hélène, évidemment.
Achille s’en fichait. Richard rigola en émettant un truc de ouf qui fit rigoler tout le monde sauf l’impératrice, vraiment tracassée :


Si l’on veut s’intégrer, nous devons participer. Mais participer c’est prendre parti… On nous regarde déjà de travers malgré nos efforts… J’avoue ne pas m’être montrée bonne chrétienne depuis… ce qui nous est arrivé.

Achille sidéra tout le monde par des paroles d’une extrême sagesse.
L’idée était charmante, irrésistible. Le timing idéal.
Libérée d’un poids immense, Sissi abonda dans son sens, imitée bon gré mal gré par les autres.
Quel beau Noël !
Les festivités prévues furent un peu bouleversées mais au moins, pas un villageois n’eut à se plaindre des « nouveaux ».
En elle-même Sissi se marra beaucoup quand Achille ronfla au premier office, imité par Richard au suivant. Au dernier – le catholique – Sissi chanta avec Louis en duo.
Les paroles remontèrent de loin, sans accroc :


Adeste fideles læti triumphantes,
Venite, venite in Bethlehem.
Natum videte Regem angelorum.
Venite adoremus (ter)
Dominum.

Rassasiés de cantiques, les Historiques n’en avaient pas moins l’estomac dans les talons en rentrant enfin chez eux. La tradition se poursuivant, on fit bombance tardivement avant d’aller sous le sapin y décrocher son cadeau. Pour les dames, Sissi s’était usé les doigts en leur confectionnant à chacune des complets fort seyants et pratiques. Richard alluma illico un des cigares reçus tandis que Louis s’émut devant sa brillante épée. Achille tiqua un peu devant le coffret déballé mais rigola en exhibant fièrement son Colt à six coups.

En dégustant la bûche au chocolat – denrée rare- on en vint à la fameuse question : la date des mariages.


Au fait, euh… Richard …

On rit beaucoup mais il fallait quand même officialiser tout ça.
Le jour de l’an ? Pourquoi pas ?
On discuta jusqu’à une heure avancée. Ce qui était sûr c’est que les hommes se fichaient complètement de l’organisation. Ils roupillaient que les dames bavardaient encore :


Le jour de l’an, c’est aussi l’anniversaire du maire, releva Sissi… Et c’est aussi l’anniversaire de leur arrivée à tous ici, au village. Certains ne seront peut-être pas heureux de fêter ça…
Et puis quelle confession adopter ?... On a fait fort cette nuit mais…


Les idées des unes et des autres tournèrent en rond.


Ah… Louis a déjà parlé au maire? Il a les papiers, quels papiers ?

Hélène ne savait pas trop, de son temps les choses étaient plus simples. Sissi ne savait rien des transactions ayant précédé sa « vente » à François-Joseph. Amelia préférait ne pas se souvenir de son union.
Quelques heures de sommeil plus tard, on remit le couvert au propre comme au figuré.


On devrait peut-être demander la meilleure façon de s’y prendre à Lindsay ?

Amen.
Les dames attendirent le lendemain avant de se présenter chez l’épouse du maire.
Les muffins de Louis reçurent bon accueil, elles aussi.
Assises au salon, des tasses fumantes posées devant elles, les quatre femmes discoururent de petites banalités avant d’oser aborder le vrai sujet :


Tu nous excuseras, Lindsay mais nous avons un souci… Rien de grave, non ! Simplement un truc d’organisation pour nos… nos mariages... Merci, oui nous sommes fiancées toutes les trois maintenant.

Mrs Chesterfield eut la délicatesse de ne pas pousser la curiosité jusqu’à leur demander comment les hommes s’y étaient pris.
Amelia, qui devait trouver que Sissi traînait à exposer les faits, y alla de son franc-parler. Sissi s’empressa :

Tu comprends… On ne voudrait pas faire de gaffes ni de vagues... Non, pas de tralalas, pitié ! Un truc sympa, ça suffira mais dans les règles.

En rigolant, Lind leur expliqua la marche à suivre, très simple, en fait.
Trouver la date parfaite, celle qui arrangerait tout le monde sans déranger personne requit du doigté.
Le réveillon de l’an n’était pas envisageable. Lind préparait une surprise à son mari. Croix de bois, croix de fer, nulle n’en parlerait.


Le samedi suivant ?... pas que je pense que tarder fasse changer d’avis Achille, pouffa-t-elle, mais ça nous irait, non ? Il faut aussi, Lind, que tu nous renseigne sur euh… les célébrants. Louis et moi sommes catholique, et… QUOI ?

Pour une surprise, c’en fut une. Le seul véritable et très honorable officiant répertorié n’était autre qu’un… moine bouddhiste ! Tous les autres « chefs » de culte s’étaient trouvés au petit bonheur.
Amelia se tordit de rire. Il fallut expliquer à Hélène de quoi il en allait.
Les dames passèrent à la maison commune réclamer les papiers officiels mais, pour un peu, elles se firent éjecter tant elles riaient encore.

Triomphantes, elles rentrèrent annoncer à leurs futurs époux comment les choses se dérouleraient, en omettant volontairement certains petits détails…

Bien calée contre le torse de son héros personnel, Sissi suça ce que l’on appelait stylobille, invention ultra pratique selon elle car il évitait l’encrier et les pâtés dus à la casse de pointe mais pour les pleins et déliés, on repasserait.

Noms et prénoms des époux…

De son style énergique, elle rédigea : « Elisabeth, Amélie, Eugénie, Von Wittelsbach ».

Pour toi, je mets quoi ?... Pas ça, c’est trop court ! Je mets Achille Péléide, Éacide, d’accord ?
… Mince : dates de naissance… Ris pas ! Je sais que l’on s’en fout mais là, c’est un truc officiel. Attends, j’ai une idée !


Elle gribouilla : 24 décembre 1837, -3000 Avant JC« vérifiez au dictionnaire ».

Professions… ? Je mets couturière et toi chef de la milice. Ça devrait suffire.
Antécédents ? Là, ils vont être servis !


Le temps qu’elle finisse son épitre, Achille était parti chez Morphée.
Ils en posaient des questions, ces gens ! Groupe sanguin, nationalité, lieu de résidence antérieur, maladies génétiques, etc.
Sissi fut honnête mais inventa quelques trucs. Son devoir terminé, elle posa papiers et stylo en soupirant d’aise. La veilleuse éteinte, elle s’accommoda confortablement dans les bras aimés, provoquant un léger grognement. Taquine, elle murmura :


Ils voulaient savoir combien de fois tu pouvais satisfaire ton épouse en une nuit… J’ai écrit zéro !

Tout était faux mais, vexé, Achille se chargea de marquer rapidement des points.
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Ven 29 Juin - 15:37

Sir Richard Francis Burton avait-il changé depuis sa résurrection ? Peut-être un peu mais pas tellement. Aux autres de juger, ceux qui savaient ou croyaient savoir tout de lui.
Lui seul était à même de les instruire mais se garderait bien de le faire.
Depuis toujours il avait déclenché des polémiques. Dans le fond, c’était amusant. Parfois frustrant mais amusant. Nul ne pouvait prétendre avoir réellement cerné le personnage, pas même Amelia l’une des rares à qui il avait confié plusieurs choses le concernant. Elle avait amplement mérité certains aveux pour, justement, ne pas les avoir exigés.
Plus « âgée » que lui, selon la chronologie établie, elle disposait de connaissances relatives à son sujet. Il la fascinait ? Il lui rendit la pareille.
À un tournant du fleuve, Richard avait disjoncté. De ça, il ne parla que sommairement.
Tout semblait être rentré dans l’ordre et les voix contradictoires qui l’avaient habité ne l’embêtaient plus, ouf !
Qu’il crut Le Dr McIntosh capable de liquider le maire n’avait rien de surprenant. La suite s’arrangea « miraculeusement ».
Y avait-il un Dieu ou… plusieurs ? Peu importait. Le village possédait une démone, ça c’était clair à ses yeux. Il la confondrait, tôt ou tard mais pour l’instant, on devait faire bonne figure et s’intégrer.
S’il n’avait tenu qu’à lui, Richard aurait fait son baluchon, pris Amelia par la main et aurait foutu le camp. Seulement, il y avait les autres…

Promu aux relations « diplomatiques » sans doute à cause de son passé d’ambassadeur, Richard se trouva souvent mêlé à… des conflits de voisinage. Qu’est-ce qu’il en avait à cirer que Mrs. Paynes coupe la haie de Mrs Gordon afin d’ouvrir son espace visuel, que Mrs Carlines refuse que l’on scie son pin-parasol pour que les légumes de Mrs. Lewis puissent pousser ?
Il subissait mais escomptait autre chose...
La seule valeur immuable restait Meeley. Ils s’accordaient mieux que les cordes de la guitare de Mrs. Olivia ou que celles du banjo de Miss Fiennes.
Meeley était la seule, l’unique… Son Isabel l’avait compris et accepté malgré beaucoup de regrets et tentatives pour le faire rentrer dans les rangs. Amelia qui ne demandait rien, rien d’autre que lui, tel quel, était un vrai trésor.

Un soir, ils eurent droit à une visite express d‘une Lindsay affolée. Son but : détourner Neil des manigances de Lucrèce. Ok, on s’arrangerait. Ce fut fait. Ramené chez lui manu militari, il fallut bassiner en bonne et due forme Mr. Chesterfield :


Neil, tu es la proie d’une vipère. Elle a déjà failli avoir Achille et s’en est prise à moi aussi. Elle veut foutre le bordel. Tu ne dois pas l’écouter. Il n’y a pas d’acteurs ni de scénario, ni de mise en scène. Réagis, bon Dieu ! On a vécu avec Lindsay sur un arbre perché avant un radeau de l’apocalypse. Tout ce que nous avons dit est la vérité crue. Réfléchis !

Que dire d’autre ?
Effet ou pas, la soirée de Thanksgiving donna lieu à de nombreux sujets de conversation dont le principal évoqué concerna l’institution du mariage après certains remous canin et simiesque. Selon le maire faisant fonction les couples irréguliers ne tiendraient pas la route. Burton vit ses copains gamberger sous l’idée.


*Louis fera sa demande avant la fin de la semaine… Achille… suivra !*

Il rigola intérieurement en savourant son premier vrai cigare depuis des lustres.
Sur le chemin du retour, Hélène émit ses doutes quant à la sincérité de Miss Borija. On la crut ou pas, le souci n’était pas là.
Au creux de leur alcôve privée, Richard à moitié endormi joua des doigts dans la chevelure rousse de sa dame, l’air innocent :


Les autres veulent convoler. Tu veux ?... Ok, c’est réglé ! Je t’aime. Bonne nuit !

Il ronfla illico, bienheureux.

Meeley s’ennuyait, lui aussi. Il n’était pas dupe pour un sou, que dire d’un diamant. Pour occuper sa belle, il « s’arrangea » avec des ouvriers de la zone 51 afin de récupérer des pièces de l’avion qui avait amené sur place près de 300 des habitants du village. Pas qu’il veuille la paix pour s’adonner à l’aise à d’autres trucs mais Meeley méritait un vrai passe-temps qui l’aiderait à surmonter les barbantes réunions culturelles auxquelles elle était contrainte.

Louis pensa donc avoir été le premier à faire sa demande en mariage. Il en avait déployé des artifices pour se faire accepter. Bien sûr, il n’aurait pas pu réaliser son cirque si ses potes ne l’avaient pas soutenu. Et quand il rentra tel un coq en pâte d’avoir réussi son coup, les félicitations fusèrent puisque tous étaient au courant sauf… la belle de Troie.
Lorsque Louis ramena sa fraise – pas Hélène – au sujet d’arrangements matrimoniaux, Richard commença à se poser des questions. N’avait-il été un peu trop sec dans sa demande personnelle ? Amelia n’était pas du genre rose bonbon mais peut-être aurait-elle souhaité quelque chose de plus raffiné ? Il était certain qu’elle ne lui en voulait pas de son côté ours mal-léché. N’empêche que…

*Achète au moins une bague, andouille !*

Garder le secret d’une telle entreprise demanderait forte ruse. Louis s’était fait pincer dans un tripot clandestin pour avoir tenté de gagner rapidement de quoi ouvrir son restaurant. Impensable que Burton se fasse coincer de la sorte. Le trafic d’influence aurait pu être rentable vu la « position » que Richard occupait au village. D’ailleurs plusieurs « bonnes » gens tentèrent de soudoyer ses faveurs mais s’y cassèrent les dents. La seule option qu’il lui resta fut d’aller à la mine. Pas aussi souvent qu’il l’aurait voulu hélas puisque les tours pour s’y rendre étaient stricts.
Outre les trafics d’influences, Richard en repéra d’autres, bien moins anodins.
Pour avoir usé lui-même de plusieurs substances illicites, il repéra facilement l’odeur du pavot.
Sans rien dire à personne, il explora discrètement les environs et put constater que plusieurs fermiers ne cultivaient pas que des céréales…


*Pas étonnant que certaines personnes aient l’air… ailleurs…*


S’il avait été malhonnête, Burton en aurait profité. Par civisme désintéressé, il s’en ouvrit donc au maire et à son chef de milice. Il aurait bien fait cramer tout ça seul mais, il est des choses qui ne se font pas. N’empêche que balancer les infos lui valut une prime aussi inattendue qu’une nouvelle promotion, celle d’espion ou agent secret, au choix.

L’argent gagné fut bien dépensé.
L’argent était au centre de beaucoup de préoccupations d’où la naissance d’une banque, d’une source d’ennuis, pas à dire.
Par de démêlés auxquels il ne participa que de loin, un édifice sécurisé vit le jour et ce fut le « fiancé » de Miss Borija qui en obtint le poste de gérant.
Avoir une tirelire sous le nez attira fatalement des malfaisants. Il ne comprit pas tout et se gratta souvent la tête en se demandant si oui ou non des pourparlers avaient eu lieu ou pas. Quoiqu’il en soit, Walker avait dégusté. Il allait s’en tirer grâce aux transfusions du sang de Mr. Knight.
C’était plus fort que lui, Richard n’encadrait pas trop ce gars. L’avoir entendu parler à Thanksgiving, même si ses propos étaient plutôt marrants, avait réveillé certains cauchemars dont Burton se serait bien passé.
On tenta d’oublier l’incident car Noël approchait à grands pas. Sissi avait déjà reçu son cadeau d’anniversaire par Achille, ravi de lui faire plaisir mais autre chose rongeait le Héros de Troie. Le pauvre pataugeait avec des états d’âmes assez compréhensibles. Richard le vit plusieurs fois discuter avec Louis. À Amelia, il dit :


Je te fiche mon billet qu’il va nous la jouer ce soir. On a des bouteilles au frais ?

Il y en avait.

Un regain d’ingéniosité très « spécial » se déploya pour la Nativité.
On savait Sissi et Louis catholiques et lui parfait athée bien que baptisé. Il avait refusé d’adhérer à la religion d’Isabel, et aurait bien envoyé Pape et autres… au diable.
Sa diplomatie naturelle fut mise à rude épreuve quand l’impératrice les confronta avec un sérieux dilemme :


Si l’on veut s’intégrer, nous devons participer. Mais participer c’est prendre parti… On nous regarde déjà de travers malgré nos efforts… J’avoue ne pas m’être montrée bonne chrétienne depuis… ce qui nous est arrivé.

Sous le coup des qu’Achille émit ensuite, Richard lui aurait bien tordu le cou :

*On voit bien que tu ne sais pas du tout de quoi il retourne, toi !*

Trois offices de confessions différentes à la suite… Misère. Au moins ne fut-il pas le seul à ronfler gentiment.
Vu l’heure tardive, on ripailla tout aussi tardivement autour d’une table bien garnie entre amis devenus inséparables.
Personne n’avait oublié le rituel du sapin. Richard apprécia beaucoup les cigares de Sissi qui reçut un livre en retour. Louis dut se contenter d’un mixer mais fut absolument ravi. Achille tomba des nues avec son coup-de-poing américain. Hélène adora ses brosses et peignes à cheveux et Amelia son petit flacon de parfum.

La bûche incontournable se dégusta dans une bonne ambiance avec LA question qui animait certaines dames : la date des mariages.
Sissi, embarrassée, se tourna vers lui :

Au fait, euh… Richard …

Tous les yeux étaient braqués sur lui. Il prit l’air de celui qui tombait des nues :

Ah ! Pour nous? Ben… On est d’accord depuis un bon moment mais c’est vrai que j’ai oublié un truc.

Alors, très solennel, il s’agenouilla près d’Amelia, fouilla sa poche dont il sortit la bague durement acquise et la lui passa au doigt :

La lumière qu’elle dégage n’égale en rien celle de mon amour pour toi.

Tout le monde rit, en étant quand même ému.
Pour l’organisation, les hommes pouvaient se fier à leurs futures épouses et ils s’en remirent entièrement à elles.
Toujours est-il qu’après une virée chez Mrs. Chesterfield et un passage à la maison commune, les dames rentrèrent avec des documents à compléter et aussi une bonne nouvelle : la date était fixée au samedi suivant les festivités de l’an, le plus gag étant que le célébrant religieux serait un moine bouddhiste, de quoi faire rire Richard la soirée durant.

Croire que les jeunes femmes allaient les laisser tranquillement vaquer à leurs affaires sans avoir rien d’autres efforts à fournir que d’être présents le jour voulu, tenait de l’illusion.
Ensemble, les couples s’étaient mis d’accord pour une réception simple avec juste leur cercle d’amis assez restreint. Néanmoins, il s’agirait de plus de 20 invités, eux compris.
On s’arrangea pour réunir assez de tables, chaises et vaisselle dans la salle trouvée par Louis qui avait fini par dégotter un prêt pour une part de restaurant, une part de service traiteur. On ferait l’inauguration en même temps que les mariages qu’il tenait à régaler par ses blanches mains aidées de celles d’Aristide Le Gallet.
Les aménagements intérieurs du local en si peu de temps semblaient titanesques.
Appuyé par Amelia, il prit Hélène à part :


La cuisine est somptueuse mais… la salle en elle-même demande un coup de baguette magique pour être prête… Louis rêve éveillé… Faut le faire changer d’avis…

Peine perdue d’avance, m’enfin… On sua en souhaitant un miracle.

Le bal de réveillon de l’an leur permit de souffler un peu dans l’effervescence des noces. Les Chesterfield avaient fait les choses en grand afin que la municipalité complète participe à célébrer l’an neuf et son maire. Le speech de ce dernier fut court mais très apprécié. Quelques larmes s’échappèrent ici et là mais le buffet garni à volonté pour tous et, clou des festivités, feu d’artifice grandiose aux douze coups de minuit ravirent l’assemblée.

En étroite collaboration avec Achille, bien que travaillant en sous-marin, Richard eut vent que des miliciens avaient mis la main sur trois individus très louches. Impossible de leur faire cracher autre chose qu’un nom et des numéros. Richard fronça le nez, ça ressemblait fort à une technique militaire de dissimulation. Voulant voir par lui-même ces hommes qui s’étaient très défendus durant leur interpellation, Burton alla à la prison où son ami grec tenait un interrogatoire aussi musclé que vain. Observant qu’après des essais amicaux, ni coups ni brimades ne venaient à bout des irréductibles, il prit Achille en aparté :

Viens, on va parler au toubib.

Ils le trouvèrent sans difficulté. Richard exposa le souci :

Trois mecs baraqués refusent d’avouer d’où ils viennent. Aucune méthode n’en vient à bout. Je sais que certaines drogues font dire aux gens des choses qu’ils n’auraient pas avouées même sous la torture. Tu en as, Dan ?


Il en avait mais désirait administrer lui-même ce qu’il nomma penthotal. Puisqu’il était impensable d’amener les suspects au centre médical sans éveiller les soupçons de la population toujours avide de cancans, le médecin fut conduit à eux.
Un à un, les prisonniers subirent une injection. Dan, qui avait insisté pour mener seul le dialogue, reçut une feuille avec dessus les questions à poser.
Très vite, des éclaircissements apparurent. Les interrogatoires retranscrits minutieusement furent ensuite comparés dès les espions endormis sous clé.
Un conseil réunit Achille, Dan et Richard. Celui-ci dit d’une voix blanche :


Peut-on se fier à 100% aux dires de ces drogués ?

Apparemment presque. De quoi effarer les trois hommes face aux résultats étonnant :

On aurait donc ici un chef Apache, un Baron Russe et un Zoulou envoyés en reconnaissance par un dénommé Patton aux ordres de la Reine Cléopâtre ?

Bien que l’idée lui déplaise manifestement, McIntosh demanda à ce que le maire soit immédiatement informé.
Si, au départ, Chesterfield n’apprécia pas d’être contraint d’abandonner une séance du conseil, il parut changer d’avis en lisant les rapports à la prison.
De toute évidence, comme ses contemporains, il connaissait le meneur américain.


Allié à la reine d’Egypte, ça va barder, dit Richard.

L’heure était grave : une armée semblait désireuse de les investir.

Louis engueula Richard et Achille quand ceux-ci se présentèrent en retard à la salle en pleine restauration. Le Grec lui coupa le sifflet et on l’attira en retrait. Net Burton déclara :


Oublie l’ouverture du resto… Ergote pas : on a une guerre qui nous pend au nez...

Achille y alla plus crument encore en lui disant ce que l’on redoutait. Désorienté par la vision d’un désastre future, Louis n’en demeura pas moins décidé à exécuter ses projets.

… Je sais… les filles seront déçues mais encore plus si on se fait trouer la peau, non ? On va bien trouver un autre moyen de s’arranger… On ne sait pas quand. Ils n’ont pas envoyé d’invitations, eux ! …Mais non, on n’annule rien. On s’arrangera… Les femmes, euh… difficile de ne pas les tenir au courant. D’autant que l’on va être très occupés à organiser la défense…

Les trois hommes rejoignirent les dames qui réglaient de petits détails d’intendance avec Aristide Le Gallet.

On vous les emprunte un moment, sourit Richard en cueillant Amelia au passage.

À l’abri d’oreilles indiscrètes, il lui confia :

Changement de programme, ma chérie… Non, j’ai pas changé d’avis ! On va nous attaquer…

Elle écarquilla les yeux et le bombarda de questions auxquelles il répondit avec franchise en lui déballant tout ce qu’ils avaient appris et comment on pouvait être certain qu’un gros coup était en marche :

… D’autres espions ont pu nous échapper, on n’est sûr de rien à ce sujet mais la prudence s’impose... On voudrait qu’avec Hélène et Sissi vous simplifiez les choses au maximum pour les noces… Avec Louis et quelques hommes « modernes » formés par Achille on va faire l’inventaire de l’arsenal et organiser un périmètre de riposte éventuelle… je t’aime aussi !

Pour la seconde fois depuis que la zone 51 avait été découverte, l’énorme hangar de l’arsenal fut évalué et dépouillé d’un précieux quota d’armes en tout genre. Beaucoup d’engins inconnus de Burton, que dire des deux autres historiques, s’y trouvaient entassés. Le maire s’était joint à eux, ainsi que d’autres plus aguerris afin de faire un choix judicieux.
Déménager un tel attirail sans attirer l’attention des villageois étant utopique, Chesterfield organisa à la hâte une déclaration publique.
Chacun y prit conscience de la gravité des moments, une grande question demeura : quand l’attaque aurait-elle lieu ?
On débattit tactique, les vigies furent multipliées, la sécurité renforcée, et… on attendit.

Il faisait bon sur la plage, ce soir-là. Candélabres, guirlandes de fleurs, banquettes à ruban, entouraient un dais immaculé sous lequel se dressait un petit autel.
Ému, mais nerveux, face aux trois couples endimanchés très responsables, le maire lut les articles d’un code civil légèrement remodelé par rapport au traditionnel.

*Que de baratin !*

On dit oui, le registre se signa. La parole passa au vénérable moine en toge dorée qui, heureusement, se contenta d’une sorte d’homélie vantant les splendeurs de la vie, de la communion d’esprit et du respect d’autrui.

Burton, plus ébranlé qu’on aurait pu le deviner, enlaça tendrement son épouse :

Je veux résumer ce fatras en quelques mots à moi, mon amour : Meeley, je suis à toi, sois mienne pour le reste de nos jours.

Les démonstrations publiques n’étaient pas son fort, il n’en embrassa pas moins Amelia sous les applaudissements de la petite assemblée.
Tous reçurent félicitations, embrassades et vœux de leurs amis.
L’ambiance se détendit avec l’apéritif corsé voulu par Louis. Après tout, cela faisait presque huit jours qu’on était sur les dents pour… rien.


Tu sais, souffla-t-il à Amelia, Luke nous a offert un fameux cadeau de mariage... devine !

C’était merveilleux de la voir patauger puis s’éclairer en réalisant que, peut-être…

Oui, c’est ça ! On fera un petit voyage là-bas, dès que tu te sentiras prête.


Son air rêveur l’enchanta.
Très beau banquet malgré les modifications apportées. Louis et Le Gallet s’étaient surpassés.
On en était au découpage de la somptueuse pièce montée quand deux invités surprise se pointèrent. Ils avaient reçu un carton mais on était sans nouvelles d’eux depuis l’attaque de la banque. Leur affolement ne présumait rien de bon, la suite le démontra…

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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Dim 22 Juil - 10:46

LA révolution comme telle n’eut pas lieu. On eut néanmoins droit à d’autres variations sur le thème. Petits révolutions internes, personnelles, amoureuses, etc. Mais bon an, mal an, on s’arrangea pour s’en sortir la tête haute. Vaincus certains avatars, tout retrouva son ordre et on continua bon train pour ne pas dépareiller dans cette tentative d’intégration générale.

*Ouais…je t’accepte, tu m’acceptes…je m’en fous !*

Pour Amelia le seul qui comptait était son Richard et avec lui, pas de problèmes d’intégration, compréhension, acceptation ou autres. Avec lui, c’était le tout pour le tout, sans faux fuyants ni velléités ridicules. Elle savait sur lui ce que ses lectures, dans son autre vie, avaient bien voulu livrer et ce qu’il avait voulu partager mais tenant compte que Richard n’était pas trop expansif, Amelia se laissait surprendre en découvrant certaines de ces facettes qui avaient fait de lui un homme si controversé. Aventurier avide de connaissances et femme intrépide sans froid aux yeux, complices se complémentant, se complétant. Leur union était unique et parfaite.

L’élection de Chesterfield changea pas mal de choses, surtout d’ordre pécuniaire. Promus employés de la Municipalité, avec des salaires accords avec leurs nouvelles fonctions, on n’aurait au moins plus le souci de loyer et nourriture. Se retrouver dans le comité de dames chargé d’apporter un regain culturel à ce bled perdu était très loin d’enchanter Amelia qui de sa vie n’avait su supporter ce genre d’activité. Elle n’était définitivement pas faite pour programmer des événements socio-culturels ou papoter avec d’autres femmes sur des thèmes qui lui échappaient par pur ennui. Que savait elle de concerts de piano, récitals de guitare ou soirées littéraires ? Pendant ces réunions, obligatoires, alors que Sissi et Hélène s’y prenaient avec charme et savoir faire, elle campait comme une espèce de troglodyte grognon n’ayant qu’une envie : fuir à toutes jambes et chercher d’horizons moins disgracieux pour s’épanouir en liberté.

*Si j’avais un avion…*

Autant rêver à la lune et pourtant…Ce fut encore Richard, sans qu’elle lui en eut touché un mot qui s’arrangea pour lui permettre réaliser son rêve ou du moins essayer de…Elle n’oublierait jamais le jour où, secret et amusé, il la mena de la main vers un entrepôt près des « quais » et la mit face à ce qui, à simple vue, ressemblait à un tas de ferrailles inutiles mais qu’elle reconnut sans trop de mal.

Bonté divine, Dick…ce sont des pièces d’avion !!!

On lui avait assuré que ce trésor inouï faisait partie de l’avion qui avait amené là près de 300 âmes, presque deux ans auparavant en circonstances non élucidées jusque là. Amelia avait inspecté ce pactole inattendu et en connaissance de cause, mis en doute que cela put faire partie d’une avion aussi grand comme celui décrit par Jenny, qui y avait voyagé. Mais à quoi bon oser des questions sachant d’emblée qu’il n’y aurait pas de réponse en conséquence.

Merveilleux…avec de l’imagination, de bons outils et beaucoup de chance…*un petit miracle!*…on pourra peut être faire quelque chose de tout ça…

L’idée était plus qu’émoustillante. Un véritable regain d’énergie. La bibliothèque municipale fut prise d’assaut à la recherche de tout ouvrage susceptible de contenir de l’information sur la construction d’un engin capable de voler. Si Sissi et Hélène furent un peu surprises de sa quasi défection aux réunions culturelles, elle se gardèrent bien d’en piper mot, s’amusant plutôt de son engouement pour sa nouvelle occupation. Amelia s’y connaissait en avions mais de sa vie n’en avait construit un. Il fallut vite se rendre à l’évidence que pour mener son rêve à bon but il lui faudrait un peu plus que le simple désir de le faire et son légendaire entêtement. L’aide vint de la façon la plus inattendue. Paolo et Clarence. L’italien aux manières de prince et le verbe facile. Le petit gars de banlieue difficile. L’un féru d’aéromodélisme, l’autre capable de faire fonctionner n’importe quoi. Amelia se douta bien que son chéri avait pas mal à voir avec l’apparition de ces deux là, un beau matin, à la porte de ce qu’elle appelait déjà « le hangar ».

Prise à 100% avec son projet, Amelia passa outre beaucoup des faits et gestes des autres. À court d’excuses valables pour ne pas assister aux sessions culturelles, un soir, le nez enduit de cambouis, elle finit par avouer ce qui l’occupait si bien. Personne n’en sembla vraiment surpris, comme quoi sa nature peu encline aux mystifications était facile à cerner. Tant mieux. Elle poursuivit son travail avec la conscience en paix. En fin de comptes, chacun avec le talent qui l’assiste : Sissi créait des vêtements magnifiques. Hélène dessinait et peignait admirablement. Achille était chef de guerre. Louis, organisateur et chef coq hors pair. Richard, lui, une autre paire de manches, secret et silencieux, menait, à sa façon, quelques missions importantes desquelles on ne parlait pas en public.

Et puis arriva Thanksgiving. Bonne vieille tradition, obligeant évoquer d’autres temps, chose à laquelle Amelia ne se prêtait pas volontiers. Lindsay Chesterfield avait tenu à réunir ceux qu’elle et son mari, enfin revenu à la raison, considéraient leurs amis ainsi que, obligations du poste, quelques proches collaborateurs.

*Ce qui veut dire qu’on aura de la vipère au dîner…enfin !*

Amelia ne finissait pas d’encaisser Miss Borija même si depuis un certain temps la conseillère municipale avait adopté un profil bas, sans doute pour faire oublier ses frasques. Elle n’était pas la seule à redouter cette rencontre. Cela se confirma aussitôt la belle brune entrée en scène, même si accompagnée par celui qu’elle présenta comme étant son fiancé. Sissi se posta auprès de son guerrier et Lindsay, mine de rien, ne lâcha pas le bras de son mari pendant un moment. N’ayant rien à craindre de la part de Richard, elle jouit tranquillement de la soirée, s’amusa de l’interlude causé par des bestioles en folie puis se joignit à ces dames alors que les hommes sortaient fumer à la terrasse.

Qu’entre femmes mariées et d’autres non mariées le thème du mariage soit abordé n’avait en soi rien d’étonnant. Miss Earhart pensait aux pièces qui manquaient pour parfaire son projet aéronautique quand certaines assertions, saisies à tout hasard, lui mirent la puce à l’oreille.

*En court…ou on se marie ou…c’est foutu ?...Ça divague grave, dans le coin !*

Sauf que loin d’être une simple divagation due au vin ou à l’ambiance commémorative, des faits réels et prouvés donnaient foi de l’effectivité de l’idée. Amusant voir les réactions des « célibataires » en cause. Sissi ferma le semblant comme si la simple idée de convoler lui répugnait. Hélène, fidèle à soi même, minauda gentiment avant d’admettre qu’elle n’avait rien en contre. Miss Borija pataugea avec ses vérités sans convaincre personne. Amelia s’abstint d’opinion mais n’en gambergea pas moins.

*Bague ou pas, Richard et moi…c’est à la vie à la mort…pourtant…pour une fois, ma fille, s’il voulait te le demander…tu fondrais comme de la neige au soleil…fleur bleue, va !*

Elle en rigolait toute seule. Pendant un bref vide de conversation on aurait presque pu entendre les cloches, là !

De retour chez eux, chacun se retira sans intention de prolonger la soirée. Elle s’endormait doucement, Richard s’amusait à enrouler ses boucles autour de son doigt, la berçant comme à un chat quand il émit, d’un ton de commentaire innocent :


Les autres veulent convoler.

Hum…m’en doute aussi !, bailla t’elle, en souriant.

Et comme si rien de la surprendre avec la plus inattendue des questions.

Tu veux ?

Soudain très éveillée, elle se redressa sur un coude et le regarda. Il avait l’air aussi satisfait qu’un gros chat gourmand qui a trouvé le pot de crème.

Vouloir?...Euh…oui ! Pourquoi pas ?

Ok, c’est réglé ! Je t’aime. Bonne nuit !

Un bécot plus tard, il dormait, parfaitement heureux. Amelia continua de le regarder partagée entre l’envie de rire et celle de le réveiller, optant finalement pour rigoler en douce au temps de s’accommoder au creux de ses bras rassurants.

*Sacré bonhomme, toujours les mots justes…jamais un de trop…mais franchement, comme demande en mariage…on rêve quand même moins pratique !*

Mais elle souriait en s’endormant à son tour.

La collaboration avec Paolo et Clarence s’avérait plus que profitable. Chacun dans son genre, les trois étaient des acharnés du travail. Quand Amelia avait vu pour la première fois la maquette de son avion, élaborée avec soigneux détail par l’italien, elle en eut presque les larmes aux yeux de l’émotion. Suivant du bout du doigt les lignes du fuselage, son cœur battait à rompre. Paolo avait petit le modèle réduit d’un jaune vif, en souvenir du bolide canari qu’elle avait tant affectionné lors de sa vie « d’avant ». Un nœud d’indescriptible émotion lui serrait la gorge.

Il lui faut un nom, à l’avion !, assura Clarence.

Oh, il en a un, renchérit Paolo en souriant de toutes ses dents et leur désignant l’inscription sur le fuselage.

« Spirit of legend »

Ben, faut ce qu’il faut, ajouta le jeune noir, sentencieux, c’était ça ou l’appeler Amelia…ce qui revient du tout au même, non ?

Personne n’avait jamais vu Amelia réagir de la sorte, partagée entre le rire et les larmes, pour finir en pleurant pour de bon, émue au-delà de l’imaginable.

Vous êtes merveilleux, tous les deux !, renifla t’elle.

Ils finirent par rire de bon cœur quand Clarence déclara, emphatique, que c’était faire trop de foin pour un jouet, qu’il fallait encore réussir à le faire grandeur nature et capable de voler. Inutile de dire qu’à partir de ce bienheureux jour, ils firent des bouchées doubles. Travaillant depuis le petit matin jusqu’à tard le soir, s’accordant à peine quelques heures de repos, pour reprendre avec entrain, gagnés par le démon bienfaisant d’un rêve à point de se réaliser.

Pendant ce temps, Louis avait déjà fait sa demande qui avait été, logiquement, agréée par sa belle, qui depuis flottait sur un nuage au dessus de la réalité des mortels communs. Achille prit son temps pour s’y prendre, pas par manque d’amour mais par faute d’inspiration romantique. Noël arrivait à grands pas et soudain la fièvre festive sembla s’emparer de tout le monde. Décorations par ci, musique par là, on se demandait d’où tout ce beau monde sortait tant d’entrain et imagination pour récupérer la tradition qui avait animé leurs « autres » vies. Dans le hangar, l’avion jaune prenait rapidement corps…

Force fut de se plier un peu à la folie ambiante et suivre le mouvement. Sissi et Hélène faisaient des beaux projets pour les mariages, sans oser trop toucher le thème avec elle. La délicatesse même…Si elles avaient su…mais Amelia ne pipa mot, amusée au plus haut point, par les circonvolutions diplomatiques de ses amies. Elle n’en rigola pas moins quand ce fut le tour pour que l’habileté de Richard soit mise à rude épreuve avec la question des célébrations de la date, menées à fond de train par divers groupes de différentes croyances. Achille qui parlait peu, s’y employa avec grand entrain à l’heure de faire ses déclarations sur le sujet. Elle avait failli rire pour de bon mais devina que le moment ne s’y prêtait pas trop. On devint sérieux…et on se trouva à fêter trois fois le miracle de la Nativité, en fourrant des discrets coups de coude aux impénitents dormeurs. N’empêche qu’en entendant Sissi et Louis chanter de tout leur cœur « Adestes fidelis », elle en eut les larmes aux yeux…

Joyeux Noël. Bon appétit. Joyeux Noël…Le beau sapin et les cadeaux…et parler date des mariages…des deux en cours du moins, faute de mieux, au grand dam de tous. Sauf de deux d’entre eux, qui jusque là ne s’en portaient pas plus mal sans adhérer à l’idée en vogue. N’en pouvant plus, Elisabeth oublia protocoles et politesses. Lançant un coup d’œil aigu vers Sir Burton, s’éclaircit la gorge, réclamant son attention et son beau chenapan de prendre un air angélique en semblant tomber des nues.


Ah ! Pour nous? Ben… On est d’accord depuis un bon moment mais c’est vrai que j’ai oublié un truc.

*Tiens…surprise !*

Amelia se marrait en douce quand Richard, devenant très sérieux, mit un genou à terre face à elle, qui se sentit rougir comme une pivoine avec tous les regards braqués sur eux.

*Mon Dieu…*

Elle crut que le cœur allait lui éclater dans la poitrine quand en prenant sa main, il lui passa une merveilleuse bague au doigt en proférant les mots qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir entendre de sa bouche.

La lumière qu’elle dégage n’égale en rien celle de mon amour pour toi.

Venant d’un homme si peu porté sur le romantisme, de quoi tomber simplement à la renverse. Même si elle préféra tomber dans ses bras.

Adoptée d’emblée dans l’organisation de ces noces triples, Amelia se promit de seconder ses amies de son mieux quoique cela représentât sacrifier un temps précieux pour la construction du « Spirit of Legend » .
La seule à pouvoir guider efficacement les pas de ces trois néophytes dans les préparatifs et autres avatars en conséquence. La visite porta ses fruits et aussi une surprise…désopilante : le seul célébrant avec autorité de culte résulta être un moine bouddhiste. Louis, fervent catholique tira la tête, Achille s’en fichait royalement et Richard rigola à en avoir mal aux côtes. À la mairie on leur avait fournie toute la paperasse à remplir pour accéder à la licence mais il fallait aussi s’occuper d’autres détails de primordiale importance, à l’avis de Louis, surtout, de Sissi qui partageait ses idées, d’Hélène qui se laissait porter par l’enthousiasme et celui d’autres qui croyaient bon apporter leur grain de sel. Bien malgré elle, Amelia accepta de devenir une mariée traditionnelle même si l’idée ne finissait pas de la ravir.

Suis pas femme à chiffons !...Ok…vais pas me marier en salopette de mécanicien mais alors…pas de chichis…pas un seul froufrou…et non…je me refuse à porter un voile….Richard en mourrait de rire…non ! Même pas un petit…et pas de robe blanche…on aura tout vu ! Simple…je veux simple…

Les dames du comité, promues en fées de la couture sous la houlette savante de l’impératrice-future mariée-dame exigeante comme pas deux, faisaient des miracles avec leurs machines à coudre et une imagination parfois trop débordante.

Grande planification de la réception de mariage…

Je vais devenir folle avant…vais demander à Dick de nous enfuir…Pourquoi diables Louis veut faire un banquet !? Et une réception ?...Euh…un barbecue à la plage suffirait, non ?

On l’envoya paître. Elle courut se réfugier au hangar mais Clarence, mine de rien, lui barra passage.

Allez plutôt vous occuper ailleurs, Miss…pouvez pas entrer…Vous fâchez pas…Veux pas me faire engueuler…hop...ouste !

Déconfite, elle traîna les pieds, comme gosse boudeur, jusqu’à la maison transformée en ruche en folie, envahie par des femmes caquetantes en pleine euphorie. On la happa au passage pour lui faire essayer sa robe, une autre voulait savoir comment dompter sa rousse crinière, une tierce osa proposer un masque pour éclaircir son teint…Amelia prit la poudre d’escampette en sautant par la fenêtre et alla se perdre au détour du chemin.

Et bien sûr, sa rébellion silencieuse n’était pas le seul problème en cours. Il y avait la réception et les idées très poussées de Sa Majesté le Roi Soleil, pris, pas tout à coup…mais enfin, de la folie des grandeurs. S’il n’avait tenu qu’à lui, leur mariage aurait mérité des fastes de Versailles mais toute réflexion faite on avait fini par déterminer le nombre de convives, mariés inclus, à 20. Que Louis veuille en même temps que leurs noces inaugurer son prestigieux restaurant représentait un travail fou et des énormes efforts d’imagination.

*À quoi bon faire simple si on peut se compliquer !*

On avait eu beau essayer d’user l’influence d’Hélène pour convaincre son royal amoureux.

La cuisine est somptueuse mais… la salle en elle-même demande un coup de baguette magique pour être prête… Louis rêve éveillé… Faut le faire changer d’avis…

Toute la diplomatie de Richard ne servit de rien, l’hypothétique appui de la blonde, non plus !

Béni repos ! St. Sylvestre et anniversaire de M. le Maire en passant, on fêta en grand sans trop se fouler, ce qui n’était que bien gagné après s’être décarcassés comme des dingues pour que tout soit à point…ou presque, pour la semaine suivante.

À ce train là, rigola Amelia, on devra se traîner pour arriver à l’autel…

Mais ne dit on pas que le meilleur des plans peut foirer à la dernière minute ? Ce fut bien le cas, pour les plans de Louis en tout cas …

Changement de programme, ma chérie…

Certes, elle en avait un peu marre de tout ce cirque mais les mots de Richard la prirent vraiment de court. Elle releva un sourcil, suspicieuse.

Ok…tu as décidé autrement…tu ne fais plus avec ?

Non, j’ai pas changé d’avis ! On va nous attaquer…

C’était rassurant qu’il ne veuille pas la planter au pied de l’autel mais la raison ne laissait pas d’être assez ébouriffante.

Nous attaquer ?..Qui ? Quand ? Comment ?...

Les faits, tels qu’il les reporta, semblaient plus qu’absurdes mais tenant compte de tout ce qu’il leur avait déjà été donné de vivre.

Cléopâtre et un général américain…ma foi…pourquoi pas ?...on a Achille et le roi de France, nous…et vous avez mis le grappin sur trois ploucs…un Russe, un Apache et un Zoulou…ben, dis donc ! Finirai par y croire ferme à l’idée que les Dieux se fichent de nous…

D’autres espions ont pu nous échapper, on n’est sûr de rien à ce sujet mais la prudence s’impose.

Elle soupira.

C’est le moindre à dire. Que veux tu que je fasse, Dick ?

Les instructions étaient claires. Simplifier les choses et se tenir sur ses gardes. Du reste, le groupe aux commandes s’en chargerait. Faire l’inventaire de l’arsenal à disposition, assurer le périmètre, pourvoir à toutes les éventualités.

Mais tout ira bien…tu es là…Je vous aime, Sir Richard !

Je t’aime aussi !

On farcirait Cléo aux petits oignons ! Sissi et Hélène, mises au parfum par leurs respectifs, réagirent avec grand esprit civique. Sans lamentations ni soupirs. Tant mieux ! Laissant aux hommes le loisir de se charger de la défense, elles rejoignirent plutôt Lindsay et le comité de dames qui s’occuperaient d’une logistique différente.

La déclaration publique de Neil avait mis tous et chacun au courant des faits. Incroyablement, la réaction unanime fut de calme et solidarité…sauf bien entendu le petit groupe de dissidents qui se rangeaient aux côtés de l’ex-mairesse Bones. Ceux là ne voulaient rien entendre de raisonnable. Il suffisait que le Maire fut d’un avis pour qu’ils émettent l’opinion contraire.


Démocratie ou pas, on devrait les enfermer en prison ou les fusiller !
, rageait Amelia.

Le Bunker. La première fois qu’Amelia avait visité l’endroit, elle n’avait pu laisser de sentir un frisson la parcourir. Ces lieux fortifiés, hermétiques et souterrains dans la grande partie de leur étendue avaient de quoi donner froid au dos de quiconque. La simple idée d’avoir à rester enfermée là, l’horrifiait. Ceux qui l’avaient mis en place savaient ou prévoyaient quelque chose qui allait au delà de son imagination mais par des conversations entendues de ci de là, Amelia avait compris que si elle était ignorante il n’en allait pas de même pour ceux plus « modernes ». Pour la première fois de sa vie, elle entendit le terme : hécatombe nucléaire et l’explication allant avec ne fut pas exactement pour la rassurer. Ce fut ce cher Pagitt, retrouvé au hasard de ces émois, qui lui conta en peu de mots de quoi allait cette triste partie de l’histoire qui lui avait été épargnée.

Je ne peux pas croire que…nous ayons fait cela !...Pensez vous que…

Ma chère Amelia, la constante la plus douloureuse de l’être humain est celle de répéter une et une autre fois les mêmes erreurs…Bien entendu, je doute un peu que la reine Cléopâtre, même si secondée par George Patton, soit en possession d’un arsenal nucléaire…mais savons nous exactement ce que recèle la Zone 51 ?

Il avait à faire. Elle aussi. La leçon d’histoire contemporaine en resta là. La peur aussi.

Ce refuge surdimensionné offrait un confort élémentaire mais avait été conçu héberger un grand nombre de personnes…étonnamment le nombre exact d’habitants du village !


Brise tiède, chargée de senteurs. Le doux roulis de la mer comme musique de fond. Le cérémonie civile menée par un Neil ému puis les mots pleins de sagesse de Liu Cheng… et ceux de Richard :

Je veux résumer ce fatras en quelques mots à moi, mon amour : Meeley, je suis à toi, sois mienne pour le reste de nos jours.

Je t’accepte, Richard…et suis à toi pour l’éternité !

Quel baiser renversant. Étoiles dans les yeux, étoiles dans le cœur, Amelia ne voyait que lui…ne voulait que lui ! S’en suivirent les félicitations de rigueur qu’elle reçut comme dans un rêve, serrée contre le seul homme au monde qui avait su la rendre folle de bonheur…au point d’oublier même l’envie de voler !

Tu sais…Luke nous a offert un fameux cadeau de mariage... devine !

*Luke ? Cadeau ?...euh…oh…mon Dieu…quand même pas…*

Elle leva vers lui un regard incrédule, émerveillée de sentir très fond de son cœur germer un rêve jamais frôlé auparavant.

Un passage à l’endroit magique…nous…Dick…tu veux…tu voudrais…un petit comme Nick ?...

Oui, c’est ça ! On fera un petit voyage là-bas, dès que tu te sentiras prête.

Une larme lui échappa, émue au-delà de tout.


Oui…oui…on ira…je t’aime tant !

*Oui…et on ira avec mon avion jaune...*
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Dim 29 Juil - 11:01

Depuis sa résurrection, Louis avait subi ce qu’il aurait qualifié d’innommable jadis. Mais même s’il regrettait parfois amèrement son changement de statut, jamais il ne lui serait venu à l’idée d’en pleurer surtout lorsque celle qu’il courtisait depuis des mois lui tomba enfin dans les bras.
Hélène l’acceptait, rien d’autre ne comptait.
Il demanda sa main, et l’obtint, le rendant le plus heureux des hommes. Pour elle, rien ne serait exagéré. Il voulait seulement voir ses yeux pétiller de joie, un sourire poindre, un baiser accorder…

Pour leurs noces, tout serait parfait, tel il en avait décidé et qu’on ne vienne pas l’ennuyer avec des futilités.
Malheureusement, les rêves sont faits pour être chamboulés.
Lui qui imaginait un buffet grandiose dans le nouvel établissement rudement acquis vit ses projets tomber à l’eau assez abruptement avec l’annonce d’une guerre imminente. Richard et Achille ne lui laissèrent aucune alternative : on ferait simple.
Il avait tenté d’ergoter :


Simple ? Je l’accorde... À la plage ? M’en fous. Mais JE VEUX le caviar et le champagne ! Chichille, tu regarderas ailleurs, hein… Au fait, c’est quoi cette guerre ?

Ah ! On ne savait pas trop. Des espions ennemis avaient été capturés et soumis à la question sous l’égide du toubib local. Il fallait d’urgence rouvrir certains hangars de la zone 51.
Quel bazar, là !
Recenser les vivres étaient une chose, les armes une autre. Par chance, plusieurs contemporains se joignirent au rang et parvinrent à élucider bien des mystères recelés en ces lieux.


*Kalachnikov, grenades, bazooka…*

Certes, de par sa courte fréquentation d’hommes « modernes » tels Lewis et McIntosh, Louis avait acquis quelques notions supplémentaires sur l’art de détruire son prochain. Il en avait fait les frais, du reste. De-là à approuver et comprendre… Le pas était long.

Plusieurs trucs étranges que nul n’identifia restèrent emballés. Le gros du hangar fut évacué en divers points dits stratégiques.
Hélène, sa future, semblait un peu tracassée par ces allées et venues incessantes et mal dissimulées :


Ne t’inquiète pas, ma douce. Je te jure que rien n’entachera nos épousailles.

Il n’avait pas tort mais pas raison non plus.
Le maire crut bon de clarifier les choses par une annonce publique qui remua les villageois.


Nous espérons maîtriser la situation. Des bilans quotidiens seront affichés. Si les mesures s’avéraient insuffisantes, un plan d’évacuation est en place. Nous vous demandons de le suivre à la lettre… Bonne chance à tous.


Tu vois, dit-il plus tard à son aimée, tout baigne… Non, non, oublie Troie *Ce sera pire si ça foire* On se marie, et on oublie le reste.

Louis n’avait rien d’un Saint. N’empêche qu’Hélène était belle à en damner un, lui le premier, quand elle se présenta à l’autel dressé sur la plage.
Laïus du maire, laïus du moine bouddhiste, Louis se ficha de tout. Seuls comptaient les yeux d’Hélène rivés aux siens.
Après les serments d’usage, il l’étreignit fermement :


Je te jure fidélité et amour tant qu’un souffle de vie m’animera. J’ai été volage, très… trop… C’est fini. Tu es ma raison d’être, à jamais.


La fête se déroula bellement. Après tout, cela faisait un bout de temps qu’on était sur le pied de guerre sans en avoir vu l’once d’une amorce. Seulement…

*Hein ?*

Deux trublions se pointèrent sous la forme de Miss Borija et son acolyte. Leur rapport fut confirmé par une estafette essoufflée.
Louis n’était pas du genre à s’affoler pour rien. Fiesta ratée, qu’importe.


Hélène, mon amour, suis les directives. Si on te dit d’aller au bunker, promets-moi d’obéir… Non, je ne vais pas m’exposer inutilement, je le jure. Va !

Longue, longue nuit stérile et vaine. Il ne fut pas le seul à voir sa nuit de noce gâchée, et s’en réjouit égoïstement. Richard broyait du noir, Achille s’appliquait à réduire des pics de bois en fétus de paille.

Achille, arrête ! (Il faillit s’en prendre une) Nous ne faisons pas partie du comité. J’ai entendu dire qu’une grosse réunion avait lieu et que…

Il fut interrompu par l’intrusion d’une secrétaire qui mandait Richard. Dès qu’il fut parti, Louis geignit :

Tu vois ? Nous on est bons qu’à être de la chair à canon. On va nous envoyer au front, et…

Il s’en prit une et ne s’en plaignit pas.
Le poste qu’on leur avait assigné était dans les premières lignes. Avec ce que les « modernes » appelaient jumelles, ( ça lui fichait un peu la trouille mais il connaissait les longues-vue) Louis put assister au passage des « ambassadeurs » :


J’y crois pas ! Que Richard en soit, d’accord, Walker admettons mais Knight ?

Le héros de Troie haussa les épaules et poursuivit son étude des environs.
Un des modernes parla à une boîte au nom imprononçable lorsque la voiturette conduite par Luke passa à proximité.


Ils vont bien et n’ont pas l’air amoché. On y va ?

Réponse négative. Tant qu’il n’y aurait pas contre-ordre, ils devaient rester en position.
Le type à la boîte leur assura que la relève arriverait bientôt.
Lorsqu’elle arriva, Louis sauta de joie et piqua un gentil sprint vers le village où il enlaça sa bienaimée avec effusion :

… Oui, nous allons bien. Toi et les autres, ça va ? Avez-vous des nouvelles ?


Selon les dernières, cela baignait. Il n’y aurait pas d’agression. Une visite protocolaire s’effectuerait avant peu. On pouvait dormir tranquille.


Dormir ? Ah, non ! Déjà qu’on a raté notre nuit de noces, tu ne penses pas que je vais aller ronfler !

En riant, il entraîna Hélène par la main.

Sur la plage subsistaient quelques reliefs des festivités de la veille. Louis les dédaigna et continua à progresser le long des cocotiers. La belle de Troie eut beau l’implorer de ralentir, rien n’y fit.
Enfin, il s’arrêta pour s’enfoncer cette fois dans les bois. Toujours à sa suite, Hélène commença à se douter du « plan »royal. Il fallut encore progresser dans la végétation touffue puis grimper sur un tronc avant de parvenir au « nid » préparé par Louis.
Tressée de lianes solides recouvertes de duvet, une couche douillette avait été aménagée au sommet. Un voile diaphane la recouvrait. Nul insecte ne dérangerait les amoureux qui ne manquèrent pas de s’y ébattre joyeusement. La glacière prévue n’était plus trop fraîche mais Hélène y puisa de quoi les sustenter après l’effort.
Sans se vanter, Louis se savait un amant d’exception. Ce ne serait pas lui qui roupillerait une fois satisfait. Peu importe le nombre de couverts qu’ils remirent de concert. Hélène, lovée contre son torse nu, Louis contempla longuement les étoiles qui scintillaient au-dessus d’eux tout en caressant l’épaule nacrée de son épouse devant Dieu.


Je t’aime, murmura-t-il. Ce ciel m’en est témoin, je te protégerai quoiqu’il advienne. Regarde ce ciel… Il ne correspond à rien de connu, non ?... Je ne vois ni grande ourse, ni le petit chariot. Et…


Il s’interrompit quand des éclairements bizarres brisèrent la quiétude.

Ma chérie, habille-toi. On doit redescendre… Je n’en sais rien mais c’est pas bon, pas bon du tout !

La toilette rapidement expédiée, les époux déboulèrent au pas de course dans un village en émoi.
Déjà, des flots de gens circulaient en direction du bunker. Louis embrassa sa belle qu’il poussa à suivre le mouvement. Il vit Achille qui se séparait de Sissi et courut vers lui :


Qu’y a-t-il ? Le traité est rompu ?


L’autre l’apostropha méchamment mais en savait autant que lui : rien.

Quand les portes de l’abri souterrain se refermèrent, les deux hommes ne comprirent pas ce qui se passait. Le monde autour d’eux sembla se… figer. Pourtant, eux pouvaient bouger et parler alors que les villageois perdus paraissaient statufiés.


C’est dingue, ça ! Que fait-on ?

Achille lui attrapa le col et le tracta vers une voiturette…

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Sissi

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MessageSujet: Re: Les temps modernes   Jeu 9 Aoû - 23:41

Remplir de la paperasse n’effrayait pas Sissi surtout quand il s’agissait des documents concernant l’union la plus stupéfiante qui puisse être. Qui aurait pu prévoir une telle histoire, celle où un héros de l’Antiquité grecque tomberait amoureux d’une jeune femme de milliers d’années plus âgée que lui ? Et pourtant !
Certaines mauvaises langues du village n’avaient pas été sans comparer ce couple à celui de « la belle et… la bête ». Elles n’avaient pas tout à fait tort, sauf qu’il s’agissait d’une très belle bête ! Oui, Achille était parfois un peu « brute », son raffinement repasserait face au maniérisme de certains, et alors ? Il n’en demeurait pas moins un homme, un vrai. Fin à ses heures, racé tout le temps, il pouvait démontrer une extrême gentillesse ou un caractère de cochon. Au moins avec lui, pas de faux-fuyants, de mièvreries idiotes, de cachotteries tordues, de félonies enrobées de miel. C’est pour ces raisons que Sissi adorait son héros et resplendissait de bonheur autant que de fierté à l’idée qu’il l’ait choisie, elle, pour femme.
Son épouse, elle l’était déjà, même avant d’arriver au village. Ils étaient complices en tout – chose qui ne cessait de l’émerveiller – et même si le court épisode avec Lucrèce Borija avait failli l’entacher, une confiance totale régnait entre eux.

Les préparatifs des noces avaient requis beaucoup de temps et d’ingéniosité, surtout pour pallier aux débordements envisagés par Louis. Néanmoins, des conciliabules entre les historiques masculins n’échappèrent pas longtemps à la sagacité des futures mariées.
Il se tramait quelque chose.
Une nuit, au creux de leur nid douillet, Sissi avait demandé :

Devrais-je supplier pour que tu craches le morceau ? Je connais des tortures auxquelles tu ne résisteras pas longtemps !

Elle avait entrepris une grande séance de chatouillis qui vainquirent les réticences d’Achille pour le peu qu’il en ait eues.
Son flair ne l’avait pas trahie, des événements graves étaient en route. Les interrogations d’une Elisabeth assez affolée furent éclairées de façon succincte. En bref, cela donnait qu’une armée dirigée par Cléopâtre et un certain Patton se dirigeait vers eux. Des espions avaient parlé. Les où, quand, pourquoi, demeurèrent sans réponses car nul n’en savait plus.


J’ai entendu parler d’un abri pour les villageois. Crois-tu qu’il faille… D’accord, je m’en chargerai avec Lindsay et Hélène. Amelia est trop occupée à son hangar… Tu n’avais pas remarqué ? … Elle n’a pas dit ce qu’elle y faisait. Demande à Richard, il est sûrement au courant.

L’inquiétude la rongeait et même si Achille fit de son mieux pour la rassurer, elle trembla.

Les fastes prévus pour les noces furent revus à la baisse et laissés à l’imagination des dames.
La liste des invités resterait identique mais il n’y aurait point de chichis et tralalas car d’autres préoccupations agitaient les futurs époux.
Tandis que les hommes vaquaient à divers préparatifs, les femmes ne demeurèrent pas inactives. Entre la confection des robes et costumes des mariés, l’approvisionnement pour le banquet et sa décoration, on vit souvent Hélène et Sissi se rendre chez l’épouse du maire et au centre médical.
La première fois que Sissi découvrit le bunker, elle frissonna. Immense mais glacial sous un éclairage dû à un générateur d’électricité, avec foule de lits superposés, une vingtaine de sanitaires complets, un réfectoire et une énorme cuisine, l’ensemble terne et poussiéreux nécessitait des améliorations.

Si on doit s’entasser là-dedans plusieurs jours, il faut agrémenter ça ! déclara-t-elle à l’épouse du maire.

Lindsay et elle se chargèrent de veiller aux réserves alimentaires et vérifièrent le fonctionnement des installations tandis qu’Hélène et quelques dames du conseil s’arrangèrent pour donner un peu de confort à ces lieux monastiques. Couvertures, jeux de société, belles images à coller aux murs, musique douce : tout fut prévu.
Chacun gardait espoir que cela ne serve jamais…

En tout cas, avec les avertissements publiés par Neil Chesterfield, la population demeura calme d’autant que rien ne semblait bouger sur le « front »

Vint le soir des noces. Sur la plage, entourés d’amis, les historiques purent échanger leurs serments.
L’amour et le respect qui brillaient dans les yeux d’Achille valaient toutes les promesses du monde. S’embrasser en public n’était pas leur tasse de thé mais, pour une fois, ils sacrifièrent à la tradition avec un bonheur identique.
La réception se déroula gentiment entre convives. Félicitations, embrassades, cadeaux reçus de toutes parts, une ambiance joyeuse régnait. Sissi adorait voir Achille sourire. Il émanait alors de lui un charme indescriptible. Mais il fallut se partager entre les invités.

Le buffet offert connut beaucoup de succès mais, arrivés au découpage de la pièce montée, deux invités surprise firent leur apparition. Sissi avait beau savoir que rien de grave ne s’était produit entre Achille et Lucrèce, elle n’était pas encore prête à tolérer la proximité de cette garce. Pourtant, très vite, ils gâchèrent la fête par une annonce alarmante. Ils auraient vu l’armée ennemie annoncée !


*En revenant de vacance ? Et puis quoi encore ?*

Hélas, une estafette confirma les faits : les opposants étaient proches. Nulle animosité ne semblait déclarée, ouf ! On devait néanmoins s’armer jusqu’aux dents et… attendre.

Achille eut le temps de l’étreindre brièvement avec quelques mots d’encouragement puis disparut à la suite des futurs combattants.
Tout le monde déserta la plage sauf quatre femmes d’humeur mitigée.

Qui veut du gâteau ? soupira Sissi aux deux autres.

Hélène n’en menait pas large, pas plus que Jenny Walker qui hésitait à rester même en sachant son fils à l’abri dans leur ferme, lindsay semblait navrée.
Aucune n’avait faim évidemment, mais voir les reliefs abandonnés ainsi n’était pas tolérable.


Tant que l’alarme ne retentit pas, on ne peut être utiles nulle part. Autant débarrasser, vous ne croyez pas ?


Les autres acquiescèrent en silence et toutes se mirent en devoir d’emballer ce qui pouvait l’être.
Le temps fila vite avec les chargements des glacières et les transports divers.
Fourbues, elles laissèrent sur place des décorations inutilisables et s’en retournèrent chez elles assez abattues.
Histoire de se remonter le moral, Sissi déboucha une bouteille de Champagne. Tant qu’à tuer le temps…
En compagnie d’Hélène, les heures s’écoulèrent aussi agréablement que possible. Volontairement, elles évitèrent de causer de la probable guerre. De leur vivant, elles n’en connaissaient que par trop les ravages.
Le « cadeau » reçu de Luke les laissait rêveuses. On parla donc essentiellement poupons.


J’ai eu plusieurs enfants, avoua Sissi. Il fallait bien assumer la dynastie, mais on ne m’a pas laissé m’en occuper. Ici, ce sera différent… *Pour autant qu’on me laisse mon mari… *


Un peu ivres toutes les deux, elles s’endormirent enfin sur le divan.
L’aube les surprit dans la même angoisse que la veille. Que se passait-il, où étaient leurs époux ? Quand rentreraient-ils ? Et Amelia, que fabriquait-elle ? Autant de questions qui demeurèrent longtemps sans réponses.
Tourner en rond n’étant pas son fort, Sissi décida de bouger :


On va au centre, c’est intolérable de rester ainsi.

Hélène était de son avis et, de concert, elles coururent aux nouvelles. Il y en avait, et assez bonnes, en plus. Des ambassadeurs avaient été envoyés, et ils revenaient, intacts !
Avec anxiété, elles aperçurent ceux qui descendirent de la voiturette.


RICHARD ! LUKE !

Mais ils se contentèrent de leur lancer un bref regard avant d’être escortés à la maison commune.
Jenny était là, aussi ignare qu’elles-mêmes. Peu de renseignements avaient filtrés sur l’état des autres. Ce qui était sûr c’est qu’Achille et Louis étaient aux premières loges mais qu’aucune agression n’avait eu lieu.
Tentant de se rassurer les unes, les autres, elles se rongèrent les sangs en silence juqu’à ce que, enfin, un groupe apparut.
L’amour donne-t-il des ailes ? Pour Sissi, oui ! Dès qu’elle identifia la haute silhouette à nulle autre pareille, elle décolla. Tant pis pour le qu’en-dira-t-on, elle ‘abattit contre le torse bienaimé qu’elle étreignit avec passion :


Tu es là, tu es là,
ne cessa-elle de répéter avant qu’il lui close le bec de façon délicieuse.

Il la tint quelques instants contre lui avant de la repousser doucement afin d’aller aux nouvelles. Cette attente-la ne dura pas, et un communiqué général soulagea bien des cœurs : pas de conflit à l’horizon !
Même sans guerre, un repos s’imposait. Ils avaient la maison pour eux seuls


Alors c’est tout ce qui s’est passé ? dit Sissi quand son mari lui eut conté sa nuit et matinée.
On s’est fait du mouron pour rien, alors !... Bien sûr que j’étais morte d’inquiétude. Sans me « vanter » les guerres que j’ai vues n’ont aucune mesure avec les tiennes… Tu as pu essayer des armes modernes, tu sais quels ravages elles peuvent causer. Mais puisque c’est la paix…


Ils en profitèrent joyeusement jusqu’à ce que l’alarme redoutée retentisse, de même qu’une pétarade incroyable.
Achille déserta immédiatement le lit conjugal en la pressant d’en faire autant. Sissi connaissait les consignes. Le cœur lourd d’angoisse après un dernier baiser furtif, elle alla au bunker assigné. On se pressait alentours, il fallut diriger les moutons affolés.
Les portes se fermèrent.

Installer ce monde avec le plus de sollicitude possible requit du temps bienheureux pour oublier ce qui pouvait se passer dehors.
Lindsay était en effervescence, de même que le toubib. Par contre point d’Amélia ni de Jenny.
Tisane calmante pour tous, piqûre pour d’autres.
L’agitation de la ruche s’apaisa. Les plus sensés se groupèrent autour du poste radio tenu par le docteur fatigué mais qui tenait le coup grâce aux attentions d’une infirmière inconnue.
Dan eut beau manipuler les boutons du poste, il n’obtint que des grésillements après un bref rapport de la part de Richard.
Au moins nulle secousse ne se faisait ressentir. On pouvait espérer que l’artillerie lourde ne soit pas de la partie.

Des heures de veille eurent raisons des plus aguerris.
Allongée sur une des couchettes, Sissi connut un sommeil léger et agité. Un bruit la réveilla tout à fait. Dans la lueur des veilleuses, elle vit un groupe de villageois en train de s’en prendre aux portes du bunker. Dressée, elle l’apostropha :

ARRÊTEZ ! Vous voulez vous faire tuer ?

Ces hommes et femmes l’ignorèrent et poussèrent les verrous. Un grand courant d’air frais s’engouffra dans l’abri créant quelque chose d’extrêmement bizarre.
Hélène à ses côtés ne subit aucune altération de situation mais les autres, les *modernes*, semblèrent figés.


Dis-moi, ils bougent au ralenti ou quoi ? dit-elle en saisissant le bras de son amie qui ouvrait de grands yeux effarés.

On se serait cru dans un spectacle de mimes qui n’auraient effectué un petit geste que toutes les dix secondes.
D’un même regard ahuri, les Historiques se levèrent et se faufilèrent entre les corps agglutinés aux portes.


On… referme ? On va dehors ?


Aussi perdue qu’elle, Hélène ne savait que faire. Un œil dehors ne ferait pas de mal. Le même spectacle que dans le bunker régnait cependant. Plusieurs personnes paraissaient pétrifiées sur place. Soudain, un bruit inhabituel aux oreilles des Historiques leur fit lever la tête. Dans le ciel se déplaçait quelque chose d’assez grand et jaune…


C’est… c’est un avion, balbutia Elisabeth qui en avait entendu parler mille fois par Amelia et en avait connu les balbutiements de son vivant.
Qui pilotait l’engin ? Etait-ce un ami ou un ennemi ? Et pourquoi cela volait-il si bas ?

Il va vers la forêt, on le suit ?


Elles refermèrent l’abri et coururent dans la direction prise par l’oiseau jaune, et coururent encore même lorsqu’il eut complètement disparu.


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