Gods Games

Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
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 Réveils...

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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Réveils...    Dim 3 Fév - 17:49

Elle marchait vite. En retard ! Elle allait être en retard pour la première fois de sa vie. Le Père McCallum ne le tolérerait pas ! Pourquoi diable s’était-elle attardée à regarder des boutiques ? Il est vrai qu’avec l’approche des fêtes de fin d’année, les illuminations prêtaient à la distraction.
Oubliant l’organisation de la crèche vivante promise au curé, Isabel avait flâné dans la rue principale, intéressée malgré elle par les devantures attractives parfois... osées.
Une femme honnête ne pouvait penser à porter des dessous pareils ! Encore moins Isabel Kittredge… Vieille fille de la petite bourgeoisie pudibonde, il y avait assez d’une dévergondée dans la famille !


*Charmian aurait adoré ces bas… et ce corset est divin…*

Honteuse d’avoir pêché en pensées, Isabel pressa davantage le pas, tout en priant pour son pardon. Un sourire en coin éclairait néanmoins ses traits quand elle traversa la rue, sans regarder ni à droite, ni à gauche…
La douleur l’avait suffoquée. Des cris, des voix attristées avaient retenti près d’elle puis…

Hmmm ! La brise tiède qui soufflait était étonnante… Pour autant qu’elle s’en souvienne, il faisait un froid de canard quand elle avait traversé la rue.
Ses longs cils battirent de plus en plus vigoureusement et ses grands yeux bleus s’emplirent de la pureté du ciel au-dessus d’elle.


*Je suis morte… Je suis au paradis…*

Le sourire d’ineffable bonheur qu’elle affichait, se figea soudain. Dans le domaine de son Dieu, il y aurait dû y avoir des cantiques, de la harpe… Pas du tout ce que ses oreilles captaient…
Redressée sur un coude, elle constata sa nudité sans s’en effaroucher de prime abord. Pourquoi tant d’agitation alentour ? Ça braillait, gesticulait, courait dans tous les sens. Déjà des disputes éclataient… Que se passait-il ? Ce n’était pas… normal !
Prise par la frénésie ambiante, paniquée d’être violentée par des sauvages qui attaquaient tout ce qui bougeait, Isabel prit ses longues jambes à son cou et détala mieux qu’un lièvre en direction des fourrés proches.
L’essoufflement passé, cœur battant, elle se tourna vers la rive de réveil. Le fleuve était beau, immense, paisible. Des gens nus s’égaillaient partout sauf un. Longue perche dressée au ras des flots, un homme restait d’un calme olympien. Il régla leur compte à ceux qui tentèrent de trop s’approcher dans des gestes quasi automatiques, sans un tressaillement de ses traits… angéliques.
Des rougeurs lui montant aux joues en constatant les virilités arborées par les mâles, Isabel ne pouvait détacher son regard de ce roc dressé face à une meute en folie. Qu’aurait fait Charmian, sa cousine téméraire, en pareil cas ?
Quand la première vague d’opposant laissa l’ »ange » tranquille, elle osa agiter un bras :


Eh vous ! …Oui, vous ! Cachez-vous ! Filez !

Elle ne s’attendait pas à ce qu’il file dans sa direction…
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Réveils...    Dim 3 Fév - 22:46

L’explosion fut d’une violence inouïe, atomisant en une seconde êtres et choses dans le premier périmètre, le centre de la Base Baltica. Sans temps pour se surprendre, l’Ayerling et ceux qu’il escortait furent projetés, en état de molécules dispersées, dans l’espace. Fin du trajet.

La logique voulait qu’il soit mort. Absolument mort, réduit à sa moindre expression. Pourtant, il constata être en possession de toutes ses facultés physiques et sensorielles. Fonctionnel à 100%. Prêt à poursuivre sa mission…or là…le décor était tout autre et des dignitaires escortés, plus de trace, cela faisant abstraction du fait d’être absolument nu. Sans se gêner pour autant, il resta là, sans bouger et contre toute attente, pour la première fois, depuis qu’il eut mémoire, l’Ayerling prit son temps pour…ne rien faire, à part contempler le ciel, se disant que jamais auparavant, il ne lui avait été donné de le voir si dégagé et si purement bleu.
Son inactivité dura à peine une ou deux minutes, après lesquelles il se redressa vivement. Une pagaille sans nom bouleversait les alentours immédiats. Une foule démente et tout aussi nue que lui courait en tous sens, force pleurs, cris, invocations de toute sorte, menaces aussi. Spectacle pour le moins déroutant. Aucun ennemi en particulier ne semblait attaquer ces gens, ils se battaient entre eux, sans raison apparente. Sans rien comprendre ni cherchant à le faire, l’Ayerling se mit en route vers la berge du fleuve. Il y était à peine arrivé quand on voulut s’en prendre à lui. Attaque-défense, réflexe primaire. Avec la froide efficacité qu’on attendait d’un Ayerling, Alpha 247 mit hors combat tout celui qui chercha à l’approcher et cela jusqu’à ce que les autres reconnaissant leur défaite lui fichent la paix.

Eh vous !

Une voix distincte, criait, non loin de là. Une femme agitait son bras en le regardant.

Oui, vous ! Cachez-vous ! Filez !

Se cacher ? Filer ? Déjà qu’elle ait l’audace d’interpeller un Ayerling comme à un quelconque citoyen, avait de quoi le prendre de court, qu’en plus elle lui dise de filer…Sans perte de temps, il piqua un sprint et la rejoignit.

Filer pour aller où ? Y a-t-il une base à proximité ?

Il n’était pas d’usage de poser des questions mais la situation était trop hors norme comme pour la gérer au pied du règlement. Bien entendu, elle ne semblait pas avoir la moindre idée de quoi il pouvait parler. Tant pis, faudrait improviser, même si ce n’était pas la meilleure des tactiques.

Tous avancent vers l’intérieur des terres à la recherche d’abri et nourriture. Il faut faire de même !

À la voir essayant de se couvrir, il déduisit que sa nudité la gênait. Son instruction lui avait ôté ce genre de susceptibilité mais en toute évidence cette jeune femme n’avait rien d’un Ayerling. Humain commun, aussi connu comme Peuple or une des missions d’un guerrier était défendre le Peuple.

Viens. Tu es en sûreté, je suis un Ayerling.

Elle ne bougea pas d’un pouce.


Tu ne peux pas rester là. Viens !

Vu qu’elle ne semblait pas trop disposée à obéir, il la saisit du bras et la releva.

Je suis responsable de ta sécurité, j’accomplis mon devoir. Avance !

Il eut la pénible impression d’avoir un problème et de ne pas avoir la moindre idée de quelle pouvait être la solution. Toute une première…
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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Re: Réveils...    Lun 4 Fév - 23:04

Mais où était-elle tombée ? Si tel était le paradis, alors il était très différent de celui imaginé et il lui fallait réviser d’urgence toutes les idées inculquées depuis son enfance.
Isabel ne comprenait rien. Seule une terreur immense l’avait envahie en voyant des scènes affreuses se dérouler sous ses yeux. Pourquoi la plupart des gens se battaient-ils ? L’instinct de conservation avait joué et Miss Kittredge s’était réfugiée là où elle avait pu.
Pourquoi avait-elle fait signe à l’individu qui repoussait ses assaillants comme s’il s’agissait de vulgaires insectes ? Elle n’en savait trop rien. Peut-être parce qu’elle aimait les belles créatures du Seigneur ? Ce spécimen en était une fort belle, il est vrai, mais…
Elle dut admettre sa stupidité en voyant l’inconnu venir vers elle en courant. Avant qu’elle ait pu détaler, il l’apostropha :


Filer pour aller où ? Y a-t-il une base à proximité ?


Euh… Une quoi ?


Peut-être était-ce un militaire ? Il cherchait son camp ?


Je ne sais pas où nous sommes,
parvint-elle a murmurer tout en restant coincée dans le feuillage abritant sa nudité devenue gênante.

Lui, n’était pas gêné, il constatait, froid :

Tous avancent vers l’intérieur des terres à la recherche d’abri et nourriture. Il faut faire de même !

Ça sonnait judicieux. Mais se dévoiler en Ève était au-dessus de ses forces.

Viens. Tu es en sûreté, je suis un Ayerling
.

Comme si ça devait la rassurer. De quel pays s’agissait-il donc là ? Elle avait entendu parler de Mayerling et de son drame de 1889. Ce garçon était-il Autrichien ? Quoiqu’il en soit, elle ne bougea pas ce qui lui valut d’être saisie au bras :

Je suis responsable de ta sécurité, j’accomplis mon devoir. Avance !

Sécurité ? Voilà un mot qui plut à Isabel. De toute façon, si l’homme avait voulu lui nuire, vu la façon magistrale dont il s’y était pris avec les autres, elle n’aurait pas pesé bien lourd. Elle se dégagea de son étreinte, assez sèchement :


D’accord, je vais vous suivre mais d’abord, il faut que… que l’on se couvre… vous comprenez ?

Même s’ils parlaient un langage identique, Il n’en avait pas l’air, en tout cas !


Il nous faut des habits, des vêtements… des nippes, des frusques, des loques…


Son air ahuri l’aurait fait sourire en d’autres circonstances. Ça lui donnait un air d’enfant perdu. Isabel s’y connaissait avec les gosses. Elle le materna un peu :

Tu vas t’asseoir gentiment, là. Je vais nous tresser quelque chose à mettre. Tu veux m’aider ? Tu sais tresser ?

Elle aurait parlé hébreu que le résultat aurait été pareil. N’ayant pas d’autre solution que la démonstration, elle commença à arracher des feuilles aux buissons.
Très habiles ses longs doigts fins eurent vite assemblé diverses pièces végétales et, bientôt, elle lui tendit une espèce de short tandis qu’elle-même en enfilait un ainsi qu’un cache-poitrine.


*Tiens, mes seins sont plus fermes qu’hier…*


Rarement, Isabel s’était intéressée à son aspect physique. Charmian la disait belle…
Bah !
Maintenant qu’elle était « décente » Isabel s’en remit à son compagnon bizarre.


Je suis prête. Par où voulez-vous que nous allions ?

Il huma l’air, comme un chien pisteur, puis se décida.
Une longue marche silencieuse débuta à travers une forêt de plus en plus dense. Isabel était en bonne forme physique mais… à pieds nus dans les bois, à suivre un train d’enfer, elle finit par demander grâce :


S’il vous plaît, soupira-t-elle en s’écroulant par terre, mes pieds sont en sang… je suis fatiguée, et…

Non mais, qu’inventait-il encore ?
Hop, il la souleva comme un sac de pomme de terre et poursuivit sa route. Tant qu’à faire…
Elle se laissa aller, ballotée en travers de l’épaule musclée, la première épaule nue jamais touchée chez un homme...


Lorsqu’elle reprit conscience, Isabel était allongée sur un assez confortable tapis de mousse. L’avait-il abandonnée ? Se redressant sur un coude, elle constata que non. L’Ayerling était accroupi près d’une petite pièce d’eau alimentée par une cascade. Les mains en coupe, il s’abreuvait.
La soif qui la dévorait la poussa à le rejoindre. Ses pieds ne la supportant plus, elle s’y rendit à quatre pattes. Dès qu’elle bougea, il se retourna, sens en alerte, prêt à bondir :


Hey ! Ce n’est que moi! L’eau est potable ?

Il agréa, elle put le côtoyer et assouvir sa soif à satiété. Peu après, elle plongea ses pieds meurtris dans l’onde claire avec un soupir de soulagement
:

Merci d’avoir trouvé cette eau. Je ne me suis pas présentée : je suis Isabel Kittredge. Une voiture m’a fauchée hier. J’ai traversé la route sans regarder. Et vous, comment êtes-vous mort, monsieur… ?
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Réveils...    Mar 5 Fév - 9:44

Sa feuille de service était impeccable. Il avait toujours accompli son devoir jusqu’aux dernières conséquences. Sans doute une des possibles raisons de se trouver là. Même si l’explication lui semblait assez aventurée mais tenant compte de la situation, on pouvait presque se risquer à avoir des idées bizarres.

En tout cas ce Peuple auquel il avait affaire était singulièrement borné. Le fait qu’il soit un Ayerling ne sembla l’émouvoir outre mesure pour ne pas dire que pas du tout. Normalement, on démontrait un grand respect et obéissance face à un guerrier or là…


D’accord, je vais vous suivre mais d’abord, il faut que… que l’on se couvre… vous comprenez ?

Et cela après s’être secouée de sa secourable poigne. Elle voulait se couvrir, lui, il voulait qu’elle obéisse.

Il nous faut des habits, des vêtements… des nippes, des frusques, des loques…

*Celle là, elle doit provenir de quelque peuplade perdue, il en reste dans certaines colonies reléguées*

Coloniale oubliée ou ce qu’elle voulut être, cette créature n’avait pas moins des façons pitoyables…

Tu vas t’asseoir gentiment, là. Je vais nous tresser quelque chose à mettre. Tu veux m’aider ? Tu sais tresser ?

Et un toupet insultant. Comment osait elle le traiter comme à son égal…et même pas…là, elle s’y prenait comme s’il était retardé tout en se livrant à une démonstration d’habileté en unissant des feuilles, en utilisant uniquement ses doigts. Faute de mieux, il regarda avec intérêt. Comme il commençait à devenir habituel, depuis un certain temps, il pensa au vieil homme rencontré longtemps auparavant, celui qui, le temps de soigner ses blessures, lui avait conté d’autres mondes, d’autres us et coutumes, parlé de sentir…et de tant de choses qui ne lui disaient rien…le tout avant de mourir et le laisser à se poser quelques questions, ce qui n’était décidément pas dans les habitudes d’un Ayerling…

La femme avait tissé quelque chose de ressemblant à un vêtement, très succinct et le lui tendait. Sans discuter, pour ce que cela donnait, il fit ce qu’elle semblait attendre de lui : se couvrit et attendit qu’elle fasse de même.

Je suis prête. Par où voulez-vous que nous allions ?

Il percevait un certain effluve à fumée, signal de présence humaine.

Par là !

Son entraînement l’avait préparé pour affronter toute rigueur possible sans défaillir. Il n’en était pas de même avec la femme qui s’écroula au bout d’un bon moment de marche à fond de train à travers des lieux encore plus inédits que celui de leur rencontre.

S’il vous plaît , mes pieds sont en sang… je suis fatiguée, et…

L’abandonner à son sort aurait été sans doute plus judicieux mais son devoir était celui de la mettre à sauf. Sans s’encombrer d’explications, il la releva et la mettant à travers de son épaule poursuivit la marche comme si le fardeau pesait trois fois rien. À vrai dire, elle était assez grande mais n’était pas bien lourde. Elle eut l’heur de ne piper mot. Combien de temps marcha t’il ? Longtemps. Sans autre repère que la lumière du soleil, d’ailleurs tamisée par les hautes frondaisons de ce bois extraordinaire, il assuma que le jour déclinait et se permit faire une halte. Déposant sa charge sur un lit de mousse, l’Ayerling réalisa que la jeune femme avait perdu connaissance. Tâtant son pouls au creux de la gorge, il le trouva un peu faible. La fatigue avait eu raison d’elle. Un peu de repos ne nuisant pas, il opta pour la laisser se reprendre. À quelques pas, se trouvait un étang dans lequel se précipitait une petite cascade. Pendant quelques instants, il regarda les alentours, au début comme guerrier aux aguets d’un danger quelconque puis simplement parce que cela lui semblait plaisant à voir…Étrange sensation.
Vite repris le sens pratique, il se munit d’une large feuille et alla prendre un peu d’eau puis revenant vers l’évanouie lui rafraîchit le visage avec des gestes qui le surprirent. Se rappelant à l’ordre, il laissa tomber l’opération rafraîchissement et alla plutôt se rafraîchir lui-même. Il n’avait jamais goûté une eau pareille, pure de tout produit chimique, fraîche, incroyablement désaltérante. Accroupi au bord de l’étang il but goulûment jusqu’à ce qu’un bruit suspect le fasse se retourner, prêt à l’attaque.


Hey ! Ce n’est que moi! L’eau est potable ?

On dirait, oui.

Pourquoi resta t’il à la regarder boire pour après suivre chacun de ses gestes alors qu’elle plongeait ses pieds meurtris dans l’eau, avec évidente satisfaction.

Merci d’avoir trouvé cette eau. Je ne me suis pas présentée : je suis Isabel Kittredge. Une voiture m’a fauchée hier. J’ai traversé la route sans regarder. Et vous, comment êtes-vous mort, monsieur… ?

De quoi parlait elle ? Isabel Kittredge ? Sa colonie, sans doute ou peut être pas…elle avait bien dit être Isabel Kittredge et non pas venir de là. Et puis cette question…

Je…La base a explosé. Baltica a disparu…

Elle le regarda comme s’il avait débité quelque ineptie extraordinaire. Peut être une petite explication comblerait quelques vides.

Je suis un Ayerling, Alpha 247 de la Fédération Coloniale… en service à la base terrienne de Baltica. Grosse explosion. Nous avons tous été…atomisés…Logiquement, je suis mort. Toi…morte aussi ?

Sa réponse ne laissait pas le moindre doute. Ils étaient morts. Très morts…plus morts que ça, tu meurs ! Un manque si abasourdissant de logique avait de quoi déboussoler l’esprit le mieux trempé. Ce qui sembla être le cas.

Non. Je ne sais pas ce qu’on fait ici…même pas où c’est, ici. Para…quoi ? Paradis ? Jamais entendu parler de ça…Toi…tu sais ce que c’est…ce qui ne m’avance pas plus…

Il finit par s’asseoir, l’occasion méritait des profondes réflexions, sauf que n’ayant ni début ni fin pour s’y prendre cela s’avérait confus et compliqué. Pour la première fois de son existence, Alpha 247, perçut une vilaine sensation au creux de l’estomac, qui n’avait rien à voir avec la faim. Il n’avait pas façon de le savoir mais il venait d’être assailli par son premier doute, ce qui, par règle générale, si pas éclairci de façon satisfaisante entraîne une série d’autres doutes jusqu’à ce qu’on arrive à mettre pas mal de choses en cause.

On n’arrivera à rien comme cela. Il faut de la nourriture et un abri. Viens !

Bon gré, mal gré, elle suivit le mouvement. Son sens olfactif ne l’avait pas trompé. Peu après, alors que le jour sombrait irrémissiblement, ils arrivèrent aux abords de ce qui semblait être un campement.

J’ignorais qu’il restât des colonies si…primitives. Regarde…feu, nourriture et ils sont habillés avec des vêtements qui feront mieux l’affaire que ce que tu as…tressé…

Elle émit une idée qui l’aurait fait rire, au cas d’avoir du sens de l’humour.

Leur demander ?...Je ne sais pas de quelle tribu étrange tu viens mais un Ayerling ne demande rien…Toi ? …Vas y… Je regarde !

La suite n’eut rien de trop réjouissant. Les habitants du campement ne virent pas de bons yeux l’apparition de sa compagne de déboires. Leur réaction ne laissant prévoir rien de bon, l’Ayerling se vit en devoir d’intervenir…à sa façon. Ils étaient armés de gourdins, il était un guerrier de l’élite fédérale.

Ils avaient du feu, de la nourriture et des vêtements et elle…Dans aucun manuel d’apprentissage il n’était question de femmes…encore moins de femmes transformées en fontaine.

L’Ayerling resta face au feu. Largué…Pour la première fois de sa vie, il était absolument largué…
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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Re: Réveils...    Mer 6 Fév - 21:21

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il savait être mort. Il lui parla de Baltica( ?) qui avait explosé. Une fois de plus, Isabel tiqua.

*Autant que je sache, la mer Baltique n’a jamais explosé… ni eu de frontière avec l’Autriche…*


Ce gars mentait-il sur ses origines ? Elle, qui avait fréquenté bien des pécheurs, aurait juré que non.
Pourtant ses propos étaient abscons à l’entendement. Son identité, ou ce qui lui parut être débitée comme telle, la laissa sans voix :


*Alpha 247 ??? Pourquoi pas Oméga 512 ??? *

Ayant beaucoup lu, Isabel conclut intérieurement :


*C’est un soldat, pas de doute. Il a dû subir un traumatisme pendant la guerre de 14 et a trop lu Jules Vernes et H.J Wells… * En tout cas, dit-elle tout haut, je ne voyais pas le Paradis ainsi…

Il ignorait le sens de ce mot, un comble ! Tout le monde avait entendu parler d’un paradis, non ? Même s’ils l’envisageaient différemment selon leur culture, les gens, normalement, croyaient en un au-delà et ce, depuis la nuit des temps.
Dieu qu’il eut l’air pensif, ainsi assis, perdu…
Ses idées personnelles tournèrent également.


*Ce n’est pas… normal ! Rien n’est normal ! On m’a dit de croire en la résurrection de la chair, en la vie éternelle, j’y ai cru… J’y crois ! Je VEUX y croire ! *

Sans doute que des erreurs s’étaient glissées dans les textes sacrés. Personne n’avait laissé supposer qu’on ressusciterait à côté d’inconnus agressifs, dans un endroit… hostile( ?)
Le cheminement cérébral de son compagnon obligea ce dernier à l’action :


On n’arrivera à rien comme cela. Il faut de la nourriture et un abri. Viens !


Comme si elle avait le choix ? Entre moisir là et tenter mieux, peu d’hésitation n’était de mise.
Elle clopina aussi vaillamment que ses pieds le lui permirent derrière ce soldat aussi taciturne que déterminé. Il s’assurait de sa sécurité, selon ses propres termes, mais se fichait comme d’une guigne de savoir si elle souffrait ou pas. Or, oui ! Elle tint sa langue et n’émit aucune plainte car la terreur de se retrouver isolée primait sur le reste.
Bientôt, une odeur familière flatta les narines d’Isabel. À n’en pas douter, il y avait un feu de bois quelque part.


*feu= gens=camp=… espoir…*

Il l’obligea à se tapir aux abords du campement supputé :


J’ignorais qu’il restât des colonies si…primitives. Regarde…feu, nourriture et ils sont habillés avec des vêtements qui feront mieux l’affaire que ce que tu as…tressé…

Si tu n’avais pas deux mains gauches, ç’aurait été plus seyant ! ne put-elle s’empêcher de murmurer entre ses dents. Tant qu’à faire, on n’a qu’à demander l’adresse de la modiste !

Leur demander ?...Je ne sais pas de quelle tribu étrange tu viens mais un Ayerling ne demande rien…


Ben voyons ! Comme c’était pratique !


Je ne suis pas de Mayerling, moi ! Si tu ne veux pas t’abaisser à cela, j’irai !


Elle avait fanfaronné, mal lui en prit. Il ne l’en empêcha pas, l’y poussa même…


*Toi et ta langue… Feriez mieux de la boucler, parfois !*

Pas trop assurée, elle pria en avançant un pas après l’autre vers les individus massés autour d’un beau feu trouant l’obscurité nocturne tombée.


Excusez-moi de vous déranger, mesdames, messieurs… Je… Je suis un peu perdue...

Rien qu’à ta tenue, on le devinerait pas
, rigola grassement un mâle barbu.

Puis-je requérir votre obligeance pour m’orienter, m’indiquer par quelle grâce divine vous avez obtenu ce dont je suis dépourvue ?


Et puis quoi encore ? On l’a, on le garde ! se dressa un autre armé d’un gourdin massif.

On partage pas, compris ? se releva une femme à la chevelure en brousaille.

Garde ton langage fleuri pour d’autres, et décampe !

Bon… d’accord ! commença Isabel en reculant doucement. Je suis vraiment navrée de vous avoir interrompus… Bonne nuit…

L’un du groupe l’avait contournée sans qu’elle le remarque. Il l’avait saisie aux deux bras et plaquée contre lui en rigolant :

Pas si vite, ma jolie ! On est cinq gars pour deux femelles ! Une de plus ne ferait pas de mal. Hé, les gars, je me farcis cette caille, ok ? On ira prier le caillou, après !

Des propos grivois, à faire rougir moins prude, s’émirent. Isabel se débattit, sa fougue n’ajoutant, hélas, que la soif d’orgie des autres.
Il surgit des buissons. Tout alla si vite que Miss Kittredge ne distingua pas grand-chose d’autre que des corps jonchant le sol, tout autour d’elle. Corps qui, dans un brouillard, s’évaporèrent comme par magie.
Ce fut plus fort que ce que ses nerfs pouvaient supporter, elle pleura un peu, beaucoup, passionnément…
Vidée, quand la source fut tarie, elle s’essuya les yeux d’un revers de poignet et renifla en direction de son « sauveur » :


Mer… Merci mais… pourquoi tuer ? Tuer est mal... Je veux dire que ce n’est pas bon ! Que c’est contre nature, immoral ! MAIS VOUS NE PIGEZ RIEN À RIEN, VOUS ?

Elle allait repartir pour un tour de grandes eaux quand elle s’aperçut qu’un unique corps n’avait pas fondu.


Celui-là vit ! Oh, mon Dieu !


Empressée comme pas deux, elle s’activa auprès du blessé.


On ne vous voulait pas de mal ! On va arranger ça… Si au moins j’avais de quoi bander vos plaies, suturer…


La pierre ! murmura le grand blessé. Demandez à la pierre !


Y avait-t-il quelqu’un qui s’appelait Lapierre ?
Isabel réfléchit puis se souvint de l’allusion à un caillou. Elle fouilla le campement des yeux et remarqua un assemblage bizarre de cailloux proches
.

C’est de ces pierres-là que vous parlez ? Que doit-on faire ?


Priez… Priez…


Les mots moururent en même temps que celui qui les prononçait. Il s’effaça du sol, comme ses comparses avant lui, laissant Isabel seule avec son « soldat ».
Elle resta un bon moment à regarder le sol qui avait absorbé le corps de l’homme puis se tourna ver Alpha :


Vous avez entendu ? On doit prier ces cailloux pour obtenir des choses. Faites comme vous voulez, moi, j’y vais.


Avec une lenteur consommée, quasi révérencieuse, elle s’approcha du monceau de rochers et osa quémander de quoi satisfaire des besoins essentiels :

Pierres, si vous daignez accorder mes vœux, je désire des vêtements pratiques et décents ainsi que de la nourriture pour moi-même et mon compagnon.

Le résultat faillit la renverser. Devant elle se matérialisa un costume de chasse féminin et des conserves.

Oh ! Merci, merci infiniment ! s’extasia-t-elle. Mr. Alpha, vous devriez en faire autant… je crois !
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Réveils...    Ven 8 Fév - 21:11

Cela commençait à faire trop ! Le réveil en terre inconnue, ce monde dément et pour parfaire ses déboires cette femme hors de toute convention. Ses schémas établis en pâtissaient rudement. En toute évidence cette créature, issue d’allez savoir quel coin perdu de la civilisation, ne connaissait rien sur la tant prônée maitrise de soi. Chacune de ses expressions laissait à découvert ses faiblesses. En ce court laps de temps, depuis leur rencontre, l’Ayerling en avait deviné quelques unes, supposant, sans trop se tromper que s’il ignorait tout des émotions humaines, Miss Kittredge, elle, dominait la matière avec grande science.

Le feu ne portait pas grand conseil mais il resta là, sans bouger jusqu’à ce que la jeune femme ait fini de renifler et s’essuyer les yeux avant de lui adresser la parole.

Mer… Merci mais…

Ce « mais » aurait dû le mettre sur avis, mais bénie soit l’ignorance de certains, il la regarda sans l’ombre d’un soupçon.

…pourquoi tuer ? Tuer est mal... Je veux dire que ce n’est pas bon ! Que c’est contre nature, immoral ! MAIS VOUS NE PIGEZ RIEN À RIEN, VOUS ?

*Contre nature ? Immoral ?...et non, je pige rien… !*

Sa bouche tremblotait et ses yeux s’emplirent de larmes, il crut avoir droit à encore une session « fontaine humaine » quand la miss avisa un survivant de son règlement de comptes. Ce qui l’amena à réfléchir sur la disparition des cadavres.

*Pratique, ce monde…il absorbe la matière aussitôt celle-ci inerte…Intéressant !*

Oh, mon Dieu !

*C’est qui…celui là ?*

Alpha la suivit juste dans l’intention de défendre l’intégrité de la demoiselle au cas où le survivant aurait quelque idée pendable mais le pauvre hère avait l’air trop mal en point comme pour faire quoique ce soit. S’il n’avait tenu qu’á lui, il l’aurait achevé, sans plus mais Isabel voyait les choses autrement : elle voulait le soigner.

*Comme le Vieux…peut être viennent ils de la même colonie…*


Il n’y avait pas grand-chose à faire pour le blessé. Posté derrière la bonne samaritaine, Alpha 247 ne put qu’entendre les dernier mots du mourant où il était question d’une pierre, de demander et de prier…et avant qu’on ne tire rien au clair, il s’estompa de ce monde. L’Ayerling n’eut pas le temps de piper un mot que la jeune femme prenait les devants.

Vous avez entendu ? On doit prier ces cailloux pour obtenir des choses. Faites comme vous voulez, moi, j’y vais.

Comme s’il avait le choix. Faudrait accepter que cet être là avait ses propres directives et n’en faisait qu’à sa tête. Cependant, ce qui se passa ensuite eut l’heur de le surprendre assez. Le tas de cailloux auquel elle s’était adressée, avec tant de révérence, exauça sa demande.

Mr. Alpha, vous devriez en faire autant… je crois !


Je ne parle pas aux pierres, moi ! Et mes agissements ne sont ni contre nature ni immoraux, je suis les préceptes de la Fédération, suis un Ayerling et ce n’est pas une femme qui va me dire que faire !

Il eut droit à un regard de telle virulence qui, pour éviter plus grands maux, le fit obtempérer non sans sentir, pour la première fois de son existence, une certaine envie de gueuler sur quelqu’un. Il l’aurait volontiers envoyée se faire voir ailleurs mais soupçonna que cela déclencherait une crise d’allez savoir quelle émotion primitive.

Celle-ci est une situation absurde !, dit il néanmoins.

Et se fit tancer amèrement en plus d’être affublé de quelques épithètes dont il ignorait la signification mais dont le ton disait beaucoup.

Sais pas prier.

Petite démonstration à la clé, il fallut bien s’y prendre.


Caillou sacré, si tu peux…ah bon ?...Ô Pierre, dans ton infinie miséricorde…*Pour moins que ça, on me raye des cadres…* voudrais tu m’accorder…des vêtements décents, de la nourriture…et une arme pour nous défendre en ce monde étrange !

Le tas de cailloux prit son temps pour donner procédure à sa demande et finalement lui fournit un pantalon et une boîte de conserves.

Mais c’est quoi, ça !? …Toi tu as même des chaussures…moi rien que ÇA !?...et vais me battre avec une conserve ?...Humilité ?...Assez absurde parler à un tas de…Non, je ne sais pas prier, je ne sais pas être humble…je ne sais même pas ce que je fais ici ni pourquoi je dois supporter que tu me traites comme si…QUOI ? Selon toi je suis plus paumé que toi !?...Parce que toi, tu sais si bien te tirer d’affaire, non ?...Écoute moi, femme…bon, Isabel…restons clairs, je suis un Ayerling…tu ne sais pas ce qu’est un Ayer…non, je ne viens pas de Mayerling…c’est où ?...Autriche ?...Connais pas…Guerre du 14 ?...La grande Confrontation a eu lieu en 2374…

Une idée ahurissante naquit. Il avait du mal à y croire mais se risqua tout de même à demander :

Quel jour était ce lors de ta mort ?

La réponse lui coupa le souffle. Elle avait raison, il était absolument perdu.

Je…je suis mort le 14eme jour du cinquième mois de l’an 2469…à Baltica, planète Terre…

Lui tendant sa boîte de conserve, il alla enfiler le maigre don octroyé par la Pierre. Dans sa tête, les idées se bousculaient en totale confusion, au point de faire mal. De retour auprès du feu, il trouva Isabel, vêtue de pied en cape avec ses nouveau vêtements, en train de faire cuire quelque chose de plus appétissant que les maigres volailles mises sur le feu par les autres et qui avaient fini à moitié calcinées.

Si je crois à ce que tu dis…nous venons de la même planète…mais en toute évidence…de temps différents !...C’est ça…ton Paradis ?...Je ne comprends rien, un aveu de taille pour un Ayerling au détour de tout, si tu le fais…explique moi !...et au fait, c’est qui celui que tu nommes si souvent…ce…Dieu ?...
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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Re: Réveils...    Dim 10 Fév - 11:38

Mon Dieu !
Oui, il était bien l’Unique auquel elle pouvait confier ses tourments.
Elle était morte et avait ressuscité, impossible autrement. L’ennui est que les fondements de sa foi étaient mises à rude épreuve, là !
D’abord, elle avait assisté à des scènes d’une violence inouïe incompatibles avec la paix promise. Puis, une sorte de soldat autrichien qui ne pigeait rien à rien semblait déterminé à la défendre, l’aider. Enfin, il y eut cette révélation incroyable d’une pierre à souhaits.

*Les voies de Dieu sont impénétrables…*

Isabel avait accepté le don des cailloux, refusant de se poser plus de questions. Mais, apparemment, les prières devaient être individuelles puisqu’elles n’avait rempli que ce qui la concernait, elle.
Son compagnon bizarre ne voulut pas entendre raison au départ. Il lui tint un discours aussi abscons que les précédents :


Je ne parle pas aux pierres, moi ! Et mes agissements ne sont ni contre nature ni immoraux, je suis les préceptes de la Fédération, suis un Ayerling et ce n’est pas une femme qui va me dire que faire !

Le sang d’Isabel se mit à bouillir du même feu que celui qui avait dû animer sa cousine Charmian quant à la « qualité » des femmes. Pourtant, sa retenue naturelle prit le dessus et elle se contenta de lui lancer un regard des plus noirs de sa pauvre panoplie. Il renâcla, elle insista :


Prier n’est pas contre nature. Êtes-vous athée, béotien, taré ? Il suffit de le vouloir pour croire !

Sais pas prier.

C’est pas si complexe ! Joignez les mains et, du fond du cœur, implorez que l’on vous accorde un don… J’ai demandé des vêtements et de la nourriture…

Il s’y prit comme un manche à balai, pour autant que ces ustensiles aient une âme. Elle tenta bien de rectifier le tir mais le résultat fut là, décevant selon ce monsieur qui s’énerva :

Mais c’est quoi, ça !? …Toi tu as même des chaussures…moi rien que ÇA !?...et vais me battre avec une conserve ?

Je crains que tu n’aies pas démontré assez d’humilité… Cette abstraction de soi pour Le reconnaître Lui, dans sa splendeur… IL est présent dans tout, comme dans ce tas de cailloux, et si nous voulons survivre, il faut faire abstraction de nos… désirs profonds, rester humble, admettre…

Lui, n’admettait rien.

Écoute moi, femme…

La moutarde lui montant au nez, Miss Kittredge se mordit la lèvre mais lança :

Je suis une femme, c’est vrai. Il fut un temps où nous n’étions que des objets bons à pondre ! Ces temps sont en train d’évoluer… ou l’étaient… Tout s’embrouille mais je me nomme Isabel !

Quelques débits plus tard dans lesquels Isabel comprit certaines confusions, il apparut l’impensable : ce type était mort bien, bien longtemps après elle.
Je…je suis mort le 14eme jour du cinquième mois de l’an 2469…à Baltica, planète Terre…


Il lui fila sa boîte de conserve et la planta là à se débrouiller avec, perdue dans un tourbillon de pensées.
Par mécanismes ancestraux, réflexe ou déductions, ses mains trouvèrent l’usage des languettes métalliques qui, tirées, révélèrent le contenu des boîtes. Selon les mêmes principes, Isabel agit machinalement et dénicha un récipient adapté à la chauffe ainsi que diverses choses jugées utiles dans les affaires des « morts ». Elle s’occupa ensuite d’elle-même et alla revêtir l’autre don des cailloux. Les vêtements étaient un peu rugueux mais parfaitement à sa taille. Point de dessous, hélas. Bah…
Un long moment elle touilla la tambouille, en ruminant sur sa vie antérieure :


*Femme au foyer… Bonne à torcher des culs de bambins, à assurer la pitance du mâle… C’est ce qui m’attendait… Est-ce une nouvelle chance ?*

Curieusement, elle n’éprouvait aucun regret.
Ce qui la tracassait le plus, c’était les dires de son compagnon. Là, remuant l’espèce de ragoût issu des boîtes, au fumet très appétissant – il est vrai -, elle se refusait à aligner la logique des événements. Alpha 247 serait mort 542 ans après elle !!! Y avait-il quelque chose de cohérent en tout ça ? Il ne mentait pas. Sa façon d’agir, de réagir, prouvait une éducation radicalement différente. Il ne l’admettait tout bonnement pas. Elle soupira et touilla davantage son mélange.

Peu après, ayant enfilé les vêtements reçus, il s’approcha, l’air confus :

Si je crois à ce que tu dis…nous venons de la même planète…mais en toute évidence…de temps différents !


C’est mon avis, oui ! On meurt et on renait.

C’est ça…ton Paradis ?


Pas celui que les textes sacrés décrivaient, non ! *Et comment, non !*


Plus penaud que ça, tu meurs à nouveau…

Je ne comprends rien, si tu le fais…explique moi !...et au fait, c’est qui celui que tu nommes si souvent…ce…Dieu ?...

Là, il abordait un sujet sensible… Elle amorça un sourire, l’invitant à s’asseoir. Les écuelles s’emplirent, elle se rassit, soufflant sur la cuillère en métal :

Je ne sais pas où tu en es de l’histoire de l’humanité, Alpha. Sache, que de tous temps, les hommes ont cherché d’où provenait leur essence de vie. Ils n’ont pas trouvé de preuves formelles mais tous s’accordent sur un fait : nous sommes nés par une volonté supérieure à la nôtre. Selon les époques, les cultures, on lui a donné des noms différents, mais tous nous l’appelons Dieu.
Dans ma foi, il a créé la Terre et tout ce qui la peuple. Ceux qui croient en lui, ne mourront jamais…

Evidemment, les objections fusèrent. Isabel s’imposa le calme. Elle eut l’impression de retourner au catéchisme, sauf qu’elle n’avait pas un gosse de 10 ans devant elle.

… On meurt, bien sûr ! Au physique, en tout cas mais l’âme, notre essence perdure à jamais ! On en est la preuve, non ? … J’avoue oui, c’est pas comme dans les textes ou du moins dans nos interprétations des textes. L’Homme est faible, bourré de défauts. Pour accéder à la lumière divine, il doit reconnaître ses torts, s’amender, se purifier… Selon les textes, ce qui nous arrive ressemble plutôt à l’étape transitoire appelée Purgatoire, celle à franchir avant de pouvoir LE contempler dans toute sa splendeur.

Vu la tête tirée, il ne l’écoutait que distraitement. S’il goba les mots, c’était surtout le contenu de son bol qui l’intéressait.

C’est complexe, soupira-t-elle en haussant les épaules. J’irai prier la pierre pour demander une Bible. Tu comprendras peut-être mieux… Si tu sais lire…

Ils terminèrent leur repas en silence.
Bonne femme au foyer ( grrrr) Isabel chercha de quoi laver les ustensiles. Un petit ruisseau coulait mollement non loin, elle s’activa.
Quand elle revint au campement, Alpha avait inventorié les reliquats de ses victimes. Il avait trouvé une paire de bottes à sa pointure, ou presque.
Déposant la marmite propre, elle demanda au visage fermé
:

Que comptes-tu faire, maintenant ? Ta Baltica n’existe plus ou n’a pas encore existé… Moi ? Mais rester ici, voyons ! La Pierre a donné, elle donnera encore… je suppose…

Il était déterminé. Elle aussi !

Bon vent alors ! Puisse Dieu t’accorder un voyage paisible… Merci de m’avoir amenée jusqu’ici.

Le voir s’éloigner la désola quelque peu mais, quand on a la foi, qu’importe !

Il emporta un sac et un gourdin. Elle alimenta le feu, songeuse. Peut-être aurait-elle dû le suivre ?

*Et rester esclave… NON !*

Dévote, à la nuit tombante, elle s’agenouilla auprès des pierres qui lui accordèrent illico ses vœux.
Un toit d’une matière inconnue se monta à peine au sol. Dedans, un matériel de couchage douillet.
Isabel rendit grâces au Seigneur puis s’installa pour la nuit.
Dormir en paix et ne pas penser. Douce illusion…
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Réveils...    Dim 10 Fév - 13:17

… faire abstraction de nos… désirs profonds, rester humble, admettre…

Elle semblait y croire, à sa belle théorie. Facile sans doute quand on a des désirs profonds ou de désirs tout court , connaissances sur l’humilité et compréhension de quelque fait pour l’admettre. Or, ce n’était pas précisément son cas. La seule profondeur captée jusque là était que cette femme têtue et lui n’avaient rien en commun. Ne pouvaient ni pourraient l’avoir. La logique rationnelle le voulait ainsi.

Elle était morte en 1927. Lui, 542 ans plus tard.
La formation d’un Ayerling n’impliquait pas un enseignement approfondi sur l’histoire de l’Humanité. À peine une esquisse rapide, après tout ils avaient été créés pour être des parfaits guerriers pas pour devenir philosophes. La méconnaissance aidant à l’acceptation, si un être ignore certaines choses, il ne souffrira pas de leur manque et n’aura pour autant aucun regret. Les paroles d’Isabel Kittredge ajoutaient encore plus de confusion à ses idées au lieu de l’aider à y voir clair.
Selon elle, la mort donnait lieu à la renaissance. L’Ayerling ne s’était jamais donné le mal d’y penser, son conditionnement le voulait ainsi. Il vivait pour combattre et mourait en le faisant. Mission accomplie. Point final. Sans plus. Elle était déçue du Paradis que prônaient certains textes sacrés, dont, bien entendu, il n’avait jamais entendu parler tout comme de ce Dieu qu’elle semblait si bien connaître alors qu’il nageait dans la plus parfaite des ignorances.


Je ne sais pas où tu en es de l’histoire de l’humanité, Alpha.

*En point mort…*

Sache, que de tous temps, les hommes ont cherché d’où provenait leur essence de vie.

*D’une pipette, dans un laboratoire !*

Ils n’ont pas trouvé de preuves formelles mais tous s’accordent sur un fait : nous sommes nés par une volonté supérieure à la nôtre.

*Bien sûr, la Fédération…*

Selon les époques, les cultures, on lui a donné des noms différents, mais tous nous l’appelons Dieu.

*N’importe quoi !*

Dans ma foi, il a créé la Terre et tout ce qui la peuple. Ceux qui croient en lui, ne mourront jamais…

La preuve que ton idée est erronée est que tu es morte !, rebattit-il, laconique.

Mais elle savait comment tourner toute réponse en faveur de sa petite idée.

On meurt, bien sûr ! Au physique, en tout cas mais l’âme, notre essence perdure à jamais ! On en est la preuve, non ?

Je dirais plutôt que cela fiche en l’air ton intéressante théorie, sans trop savoir ce que tu veux dire par « âme » ou « essence », il me semblerait que nous sommes un peut trop consistants pour être autre chose que matière…

Le reste de son discours versait sur interprétation de textes et la façon dont ceux-ci voulaient dépeindre l’Homme. Un être faible et bourré de défauts qui devait reconnaître ses torts pour accéder à la lumière divine. Et comme si c’était peu demander, il fallait encore s’amender et se purifier…

Il préféra purifier le fond de son bol de nourriture, sans se laisser offusquer par le fait de se trouver sans doute au Purgatoire.


C’est complexe, soupira-t-elle en haussant les épaules.

En effet.

J’irai prier la pierre pour demander une Bible. Tu comprendras peut-être mieux… Si tu sais lire…

Il se contenta de lui décocher un regard limpide et finit de manger sans piper mot. Sans s’occuper de ce qu’elle pouvait faire ou pas, le guerrier passa en revue les biens de feu les occupants des lieux et trouva une paire de bottes susceptibles de lui aller même si elles s’avérèrent un poil trop justes. Isabel revenait avec les ustensiles du repas, propres, qu’elle rangea soigneusement avant de se tourner vers lui s’enquérant sur ses projets immédiats non sans lui faire remarquer, pour si jamais il n’y aurait pas pensé, que Baltica n’existait plus ou pas encore.

Je le sais mais rester ici à attendre une nouvelle fin des temps est peu pratique. Et toi ?

Sa réponse ne l’étonna pas.

Moi ? Mais rester ici, voyons ! La Pierre a donné, elle donnera encore… je suppose…

Tu supposes ? Et si ton tas de cailloux ne veut rien te donner, tu feras quoi ?...Demander à ton Dieu de te nourrir et te défendre ? Je pars, il doit exister des groupes civilisés quelque part.

Il fut à point de lui demander de partir avec lui mais se retint, sans trop savoir pourquoi.

Bon vent alors ! Puisse Dieu t’accorder un voyage paisible… Merci de m’avoir amenée jusqu’ici.

Il la regarda pendant un instant très bref puis, hochant la tête, prit son maigre bagage , le gourdin d’un des morts et se mit en marche, sans se retourner. Il avança à pas régulier, toujours sur ses gardes, sans savoir à quoi s’attendre de ce monde étrange et ses habitants mais à mesure qu’il s’éloignait du campement une inattendue sensation de vide l’investit, le forçant à ralentir.

*Où vais-je ? Je ne sais rien…mes repères se sont perdus avec Baltica. Je suis mort. Je n’existe plus…ou oui ? Et…si elle avait raison ? Si on renaît pour …c’est absurde et pourtant…*

Elle avait dit tant de choses. Vie, mort, Dieu, valeurs, sentiments…Le souvenir du vieil homme revint et il lui sembla entendre de nouveau ses histoires ce qui l’amena à ses déjà sempiternelles réflexions. Il avait vécu au dessus de tout doute, isolé par sa condition de guerrier intouchable. Toujours prêt à affronter l’ennemi, quel qu’il soit, sans jamais questionner les ordres reçus. « Les plus parfaites machines à tuer, humains sans âme. Le jour où régnera la paix, nous pourrons les déconnecter et oublier. Ils n’auront jamais existé. »

* Je n’ai pas d’âme…alors…pourquoi suis-je ici ? Et si…*


La complexité du raisonnement l’accabla. Car ce ne pouvait être autre chose, ce soudain sentiment de…

*De quoi ?...Cela fait presque mal…Tu ne sens rien…tu ne dois pas sentir…pas penser…avance !*

Mais pourquoi n’avait il plus envie d’aller plus loin ? Pour y chercher quoi, d’ailleurs ? D’autres comme lui ? Pour faire quoi ? Attendre des ordres qui ne viendraient pas ? Il était là, perdu dans un monde inconnu avec la lancinante certitude que tout ce qui avait été, jusqu’au jour de sa mort, sa raison de vivre, ne l’était plus. La Fédération avait disparu avec Baltica. Perdue dans le temps et l’espace…ou était elle omniprésente ? Si celui là avait été le cas, il ne serait pas là, à courir la nature, démuni et avec des bottes qui lui faisaient mal aux pieds ! Cette conclusion lui sembla aberrante. Qui était il pour émettre le moindre doute ?

*Un mort qui ne sait rien de rien…*

Cela commençait à frayer le plus pénible des absurdes. Supposant que quelques heures de repos lui permettraient de voir plus clair, il s’accommoda de son mieux et essaya de dormir. En vain. Cette nuit là, Alpha 247, Ayerling au service de la Fédération Coloniale fit connaissance avec ce que l’humain commun, connait comme conscience. Cette petite voix insidieuse qui taraude si bien les esprits.

*Tu l’as abandonnée en sachant qu’elle ne pourra jamais s’en sortir. Ton devoir…si devoir il y a, est de la défendre…même si elle ne veut rien savoir d’un…athée, béotien ou taré…ce que tu sembles être à ses yeux…quoi que cela veuille dire…*

La nuit était dégagée, calme et froide. Il frissonna. Ses vêtements étaient inappropriés et il n’avait pas moyen de faire du feu. De quoi l’incommoder encore plus. Il pensait comme un Ayerling mais qu’était un Ayerling sans équipement ?

*Un abruti qui se gèle…rien d’autre !*


Faire de l’auro-dérision ne lui ressemblait pas. En fait, c’était bien la première fois. À cela s’ajoutait l’inconfort flagrant de sa couche de fortune. Ayerling ou pas, dormir sur un sol pierreux s’avère toujours entreprise désagréable.

*Elle a du feu, des habits, de la nourriture…et son tas de cailloux*

Penser à Isabel le mettait mal à l’aise. Le froid n’arrangeait rien. Un caillou se fichant dans son dos empira le tout. Ce n’était pas cette nuit qu’il pourrait dormir. Il se leva et reprit son chemin, droit devant. Il n’avait pas fait vingt pas que des voix lui parvinrent. Il y avait du monde par là. Se mouvant comme une ombre, l’Ayerling se faufila entre les arbres et ne tarda pas à arriver aux abords d’un bivouac primitif, si on tenait compte des là assemblés. Ça discutait bon train, sans faire aucun mystère de leur occupation : s’en prendre aux isolés, les asservir et les obliger à demander faveur à la Pierre pour subvenir aux désirs de leurs nouveaux maîtres.

*Pas à dire, ils ont un certain sens de l’organisation*

Mais ce qu’il capta ensuite, lui ôta toute envie de poursuivre avec son analyse du développement social du coin.

Il y a eu des nouveaux aujourd’hui, disait le géant hirsute qui jouait le rôle de chef, la plupart sont dans les bois…comme toujours ! Les autres font leur battue…on devrait avoir du sang neuf…on en a besoin pour combattre Celui de la colline !

Une reconsidération à fond de ses schémas établis et autres préceptes s’imposait. Faisant demi tour, l’Ayerling refit le chemin parcouru, au pas de course. Un mauvais pressentiment le taraudait.

Un hurlement épouvanté scanda la nuit. Une sournoise sensation lui tordant les tripes, le guerrier déboula face au feu mourant qui éclairait une scène brutale. Isabel se débattait avec l’énergie du désespoir, maintenue de force par deux brutes d’aspect primitif riant grassement de sa résistance alors qu’un troisième lui arrachait les vêtements et que deux autres s’adonnaient au pillage des lieux. Son apparition les prit de court mais le guerrier ne leur laissa pas le loisir de poser des questions. Il alla vite en besogne sans rencontrer d’adversaire digne, se prenant à peine quelques coups jugés sans importance. Abandonnée par ses capteurs, Isabel, recroquevillée là où on l’avait laissée choir, sanglotait éperdument. Cette fois, Alpha 247 n’avait laissé aucun survivant.

Il la releva pour la mener près du ruisseau tout proche. Sans rien dire, avec un lambeau de toile trempé, le guerrier, avec des gestes dictés par l’instinct, lui essuya doucement le visage.


Nous resterons ensemble, c’est la seule façon de s’en sortir…Dès que tu te sentiras d’aplomb, nous partons d’ici mais avant, on va devoir demander quelques faveurs, à tes cailloux.

Les mots d’Isabel avaient fait un certain effet dans l’attitude du guerrier face à la Pierre. Au petit matin, il avait récupéré l’allure d’un Ayerling. Le tas de cailloux lui avait fourni part de son équipement, sauf armes…
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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Re: Réveils...    Lun 11 Fév - 20:23

Bien douillettement emmitouflée dans un cocon de matière ouatée isolante, Isabel crut pouvoir s’endormir sereine. La solitude ne l’effrayait pas, elle la connaissait pour l’avoir longuement fréquentée durant sa « vie ». Être démunie de tout, par contre était nouveau. Heureusement, via les cailloux, on pouvait espérer subsister. Les idées et pensées qu’elle aurait souhaité éviter la taraudèrent néanmoins.

*Il est perdu… comme un enfant… transplanté dans l’inconnu. Ai-je eu tort de le laisser partir sans lui avoir ouvert les yeux ? J’aurais sans doute dû mieux m’y prendre pour lui faire connaître Ton Amour, Mon Dieu ! Pardonne-moi mes fautes et puisses-tu veiller sur lui dans ton infinie miséricorde…*

Prier était souvent un bon remède contre les remords de conscience et, c’était probablement la seule chose dans laquelle Miss Kittredge excellait vraiment.
Quel défi cela aurait été d’amener à Dieu cet homme né dans le futur.


*Il sait se défendre lui, mais doit être si seul… si démuni… Je vous promets, Seigneur, que si vous m’en accordez la chance, je ferai tout pour l’amener vers vous ! Veillez sur lui, mon Dieu !*

Enfin, la somnolence la gagna. Pas longtemps, hélas ! Son demi-sommeil s’effaça en percevant des voix en approche.

*Des hommes… plusieurs… Ô Seigneur, protégez-moi !*


Aide-toi, le Ciel t’aidera ! En catimini, Isabel se rhabilla. Elle enfilait ses bottes quand la fine toile de son abri se déchira. À la lueur des torches qui l’éclairaient, elle put distinguer des faces brutales surmontées de tignasses hirsutes.

Je… Bon… Bonsoir ! Pre… prenez ce que vous voulez, je…

Tiens, tiens ! Une jolie petite caille toute fraîche ! Je vous l’avais dit, les gars ! Il y a plein de nouveaux oisillons dans le coin !

Vous savez, euh… vous n’êtes pas les premiers à être arrivés ici…


Et où sont-ils passés, les autres… ou soi-disant tels ? rigola l’un.

Ben… Je… me suis défendue*Pardon, Seigneur* Ils sont tous morts !

Un grand rire général secoua la meute.


Une menteuse ! Manquait que ça ! Anton, attrape-là !


Elle sortir ses ongles et ses dents mais ils étaient trop nombreux. Charmian lui avait dit, en catimini, qu’un coup de pied bien placé faisait lâcher un homme en rut. Par quel miracle, elle réussit à en placer un mais cela ne fit qu’attiser la rage des autres.

BRUTES ! REBUS ! HONTE À VOUS ! PUISSIEZ-VOUS GRILLER EN ENFER !!


Quand une sale patte déchira sa tenue de haut en bas, elle hurla comme une possédée.
C’en était fini ! Le mal allait avoir le dessus ! Résignée, telle une future victime du bûcher, elle leur cracha au visage, se prit une baffe et ne bougea plus. C’est alors que tout bascula, exactement comme peu avant. Le soldat apparut et régla tout en quelques minutes.
Des tremblements incoercibles la secouaient et, si elle pleura, elle n’en eut pas conscience. Ce n’est que de l’eau fraîche sur son visage tuméfié qui lui rendit parfaite conscience.


*Comme il est doux…*

Pour quelqu’un qui venait froidement abattre de multiples adversaires, ce gars savait avoir des gestes d’une mère…

Nous resterons ensemble, c’est la seule façon de s’en sortir…Dès que tu te sentiras d’aplomb, nous partons d’ici mais avant, on va devoir demander quelques faveurs, à tes cailloux.

Elle se contenta de hocher la tête en assentiment puis rassembla ses loques autour de son corps dénudé.
Recroquevillée dans un coin sur des restes de son nid, elle ne ferma pas l’œil de la nuit. Il était revenu vers elle, il l’avait à nouveau protégée des souillures. La fonction des Ayerlings était donc réellement de protéger plus faibles qu’eux ? En ce cas, il était vrai un don de Dieu !
N’empêche que beaucoup de considérations la hantèrent.
Au matin, elle avait pris plusieurs décisions.


Ses prières à la Pierre furent immédiatement entendues. Elle rendit grâce à Dieu pour sa générosité. Le soldat voulut voir ses vœux également remplis. Il voulait la méthode. Elle lui conseilla :


Fais en sorte que tes désirs viennent du plus profond de toi, comme si rien d’autre n’avait d’importance, c’est… capital
!

L’équipement qu’il reçut avait de quoi étonner. Jamais Isabel n’en avait vu de pareil. Combinaison( ?) moulante avec un… plastron( ?) renforcé… Des bottes souples et un sac au contenu bizarre : longue tresse de fils orange, briquet, boussole, etc.
Elle, outre un petit nécessaire de survie et des vêtements décents, elle avait obtenu une trousse de couture, des pansements et… des livres dans lesquels elle se plongea avidement.
Alpha était pressé, elle pas.

Non ! On ne part pas… encore ! Tu as dit que nous partirions quand je serais d’aplomb, je ne le suis pas… D’accord, j’ai l’air d’avoir surmonté mais j’ai beaucoup réfléchi cette nuit… Je ne serai prête que quand tu m’auras appris à me défendre… Oui, c’est exactement cela : apprends-moi à me battre !

Il parut surpris, elle argumenta :


Si tu ne le fais pas, je serai toujours un boulet, un poids à tirer derrière toi. Je ne pense pas qu’asséner des coups de Bible sur la tête des brutes m’aidera ! Toi, tu le peux ! Je t’ai dit que tuer est mal, je le pense toujours. Mais le livre Saint dit aussi œil pour œil, dent pour dent.

Et tends la joue droite si on te frappe la gauche, mais elle n’allait pas l’embêter avec ça.
Elle le laissa digérer l’information, sourit, un peu crispée puis se mit en garde comme les boxeurs qu’elle avait pu voir sur un ring, une fois.


La chiquenaude qu’il lui envoya l’expédia valser trois mètres plus loin. Elle se releva.

Peut-être devrais-tu m’expliquer comment parer avant de frapper ?

Misère ! Qu’est-ce qui lui était passé par la tête en réclamant un entraînement ?
Alpha ne connaissait pas la fatigue, ignorait la douleur, impossible autrement.
Après deux heures, moulue de chez moulue, Isabel tordit ses lèvres :


Pause pour aujourd’hui. D’après le soleil, midi n’est pas loin. Tu as faim ?

Il savait se passer de ça aussi, en cas de besoin.
Histoire de le faire patienter, elle lui fila sa Bible format poche, un petit dictionnaire, et s’occupa du déjeuner.
Quand elle eut chauffé les conserves, elle s’ébahit devant ce qu’avait fabriqué le soldat.
Un fard puissant lui monta aux joues. Mi-admirative, mi-colérique, elle dit :


Tu as fait ça ? Ça veut dire que tu as regardé dans mes affaires ! Si tu avais lu ma Bible, tu saurais que le bien d’autrui n’appartient qu’à… autrui, en l’occurrence à moi !

Il semblait surtout curieux de savoir ce qu’elle comptait faire avec ça.

L’arc, bien équilibré, se tendit. Son trait ajusté ne rata pas le pauvre volatile qui traversait le ciel.


Un supplément à notre ravitaillement te convient ?


Son air ahuri valait mille mots
.
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Réveils...    Jeu 14 Fév - 23:57

Accomplissement du devoir ? Obéissance aux préceptes tant rabâchés ? Loyauté envers le faible ? Il y avait sans doute un peu de tout cela . Face au feu, Alpha réfléchissait. Cette situation, que tout portait à croire il maitrisait aisément, était en fait en train de le dépasser. Pour une fois, il n’avait pas agi suivant un ordre spécifique, il avait suivi tout simplement un instinct longtemps ignoré. Cela le déroutait. Au cours des longues années d’apprentissage pour devenir un Ayerling parfait, on ne s’était jamais privé de les prévenir, lui et ses compagnons, de l’existence latente, au fond d’eux-mêmes, de cet atavisme étrange qu’est l’instinct. Reliquat, s’il fallait y croire, de leur condition humaine. Stigmate ineffaçable, aux dires des Maîtres. Raison pour laquelle eux, guerriers d’élite, n’avaient jamais le droit de côtoyer les Autres.

Cette nuit, sous ces étoiles inconnues, Alpha 247, Ayerling de la Fédération Coloniale, commença à dévider l’écheveau intrinsèque de sa propre existence et mette en doute certaines vérités, tenues jusque là, comme immuables. Les histoires du vieil homme, les paroles d’Isabel et le souvenir de celles du membre du Conseil. Tout s s’emmêlait, pour donner une extraordinaire confusion. Mais, contre toute attente, quand le soleil se pointa à l’horizon, il eut la sensation d’y voir un peu plus clair, dans son fouillis de réflexions.

Tu es là. La Fédération, non.

Restait à savoir que faire avec cette si logique conclusion.

Dévotions aux cailloux. Cette fois, il essaya de s’y prendre de meilleure façon en suivant les conseils d’Isabel :

Fais en sorte que tes désirs viennent du plus profond de toi, comme si rien d’autre n’avait d’importance, c’est… capital !

Ce ne fut pas trop dur. Il avait mal aux pieds, la nuit avait été froide, ses vêtements étaient inadaptés et son estomac criait famine. Le résultat mérita l’effort. Son équipement attira l’attention de la jeune femme. Patiemment, il détailla chaque objet en expliquant l’usage. Elle ne perdit pas mot mais ne fut pas aussi prolifique pour parler du barda qu’elle avait demandé.

Bien, nous sommes habillés en conséquence, nous avons un équipement assez complet, il est temps de se mettre en route.

Habitué à donner un ordre et être obéi illico, que la miss ait quelque chose à redire le prit assez de court et provoqua, de nouveau, l’envie de lui crier dessus.

Tu as dit que nous partirions quand je serais d’aplomb, je ne le suis pas…

Il la jaugea d’un œil circonspect.

Tu as pourtant l’air en pleine forme…et ne ruissèles plus...pleures…donc…

Donc, rien. Elle avait ses raisons.

D’accord, j’ai l’air d’avoir surmonté mais j’ai beaucoup réfléchi cette nuit…

Encore ?

Et comment !

Je ne serai prête que quand tu m’auras appris à me défendre…

Il n’avait jamais ri de sa vie, celui-ci aurait été un bon moment pour apprendre mais à part une espèce de sourire en coin, pas trop réussi, il n’alla pas trop loin.

Apprendre à te battre ? Tu as une idée de ce que tu demandes ?

Elle le savait exactement…enfin, pensait le savoir et comme cela commençait à être de mise avec la demoiselle, les arguments ne manquèrent pas. Comme quoi, sans idée de comment s’y prendre elle serait toujours un poids mort à traîner, que sa Bible, même si c’était un assez gros bouquin, n’assommerait pas les brutes croisées, ce en quoi il était d’accord.

Tu ne donnes pas la taille…mais si tu veux…on peut essayer !

Ce ne fut pas son intention de frapper si fort, en fait cela n’avait été qu’un coup minime mais elle valsa à bonne distance, ce qui ne la fit pas désister pour autant.

Peut-être devrais-tu m’expliquer comment parer avant de frapper ?

Comme tu voudras !

Il ne dit pas que sa première leçon de comment parer une attaque, datait. Il avait cinq ans, cette première fois, quand un instructeur d’une quinzaine d’années, déjà roulé dans l’art, l’avait quasi démoli. La deuxième leçon qu’il tira au clair en ce jour, déjà lointain, fut que se plaindre n’allégeait pas la douleur.
La séance ne dura pas beaucoup. Isabel n’avait pas l’endurance nécessaire quoiqu’il fallait lui reconnaître une ténacité très louable.


Pause pour aujourd’hui. D’après le soleil, midi n’est pas loin. Tu as faim ?

Oui, mais peux tenir le coup.

Elle non. Ne voulant pas le voir traîner par là sans avoir rien à faire, la douce créature lui fourra dans les mains sa Bible, un dictionnaire et s’en alla vaquer à ses préparatifs.

*Lisons donc !*


Le dico fut laissé de côté, sans éprouver le besoin de l’utiliser. La lecture, prenante, l’immergea dans un récit complexe, saturé d’allusions intrinsèques, parfois obscures et assez aléatoires. À en croire par ce qu’on y racontait, les humains vivant en ces temps, ne l’avaient pas eu facile, pour comprendre tout ce qui leur tombait dessus. Ils étaient tous à la recherche de quelque chose, ne savaient pas trop de quoi il s’agissait et chaque fois qu’ils croyaient y avoir mis le doigt dessus, une catastrophe innommable s’abattait sur eux. Un des conditionnements d’un guerrier Alpha était celui de la lecture ultra rapide, de son temps, 247 n’avait eu aucun temps à perdre en lectures patientes. Le Nouveau Testament le laissa avec un arrière goût d’espoir indéterminé, l’insatisfaction d’une fin non concluante et une connaissance approfondie sur l’ingratitude de l’être humain. Bien sûr, la foi tant prônée tout au long de l’ouvrage, citations à l’appui de faits inédits, nommés miracles et autres exaltations spirituelles, le firent supposer que son éducation, si rigide, avait sciemment évité quelques vérités, dérangeantes, qui auraient pu, comme cela commençait à bien faire, à provoquer une suite de questions profondes auxquelles, logique incontournable, personne n'aurait voulu répondre car cela aurait suscité pas mal de confusions, demandes collatérales et mouvements de libre pensée, de loin très indésirables pour le parfait fonctionnement de l’institution.

Saturé d’information, la tête lui tournant un peu, il préféra se trouver quelque chose de moins compliqué en quoi occuper son temps. S’intéresser au barda accumulé par sa compagne d’aventure lui sembla parfaitement accommodant. Et il fallait dire qu’elle en avait demandé des choses à ses Cailloux…ou peut être était ce vraiment son Dieu omniprésent qui lui en faisait don ? Peu importait pour le moment. Un certain artefact, en part et pièces, retint son attention. Suivant les instructions trouvées jointes, comme quoi, on faisait pratique, il assembla le tout et resta perplexe devant le résultat.
Quand, innocent de toute faute, il alla s’enquérir sur l’utilité de sa trouvaille, il se prit une engueulade de part de la jeune femme dont les joues s’enflammaient de toutes les tonalités de rouge.

Tu as fait ça ? Ça veut dire que tu as regardé dans mes affaires ! Si tu avais lu ma Bible, tu saurais que le bien d’autrui n’appartient qu’à… autrui, en l’occurrence à moi !

Oui, j’ai assemblé ceci. Ta Bible dit que voler est mal…mais je n’ai rien volé…Ça sert à quoi ?

La démonstration le laissa pantois.

Un supplément à notre ravitaillement te convient ?

Arc et flèches…du primitif pur…efficace, pas à dire ! Vais chercher l’oiseau !


Après le repas, il voulut apprendre à se servir de l’arc. Isabel était aussi patiente pour lui apprendre à être un bon archer comme pour convertir son esprit obtus à de meilleurs sentiments…ou à des sentiments tout court. Il apprit vite…à tirer à l’arc !

Le lendemain, sans vouloir entendre aucune raison opposée par Miss Kittredge, l’Ayerling réunit leurs bardas, après une dernière « prière » aux Cailloux et décida qu’il était temps de reprendre la route. Elle voulut savoir quelle était leur destination.


Nous cherchons d’autres êtres civilisés. Tu es là, je suis là, reste à supposer que nous ne sommes pas les seuls…J’ai entendu parler de Celui de la colline, sais pas à qui ou quoi cela fait allusion mais s’il donne du fil à retordre à ceux de la nuit dernière cela signifie qu’il y a un autre groupe organisé…Je ne sais pas, Isabel, on saura en le trouvant !

Ce n’était pas spécialement réjouissant mais, vraisemblablement, l’idée de rester seule alors qu’il irait chercher avec qui socialiser ne la tentant guère, elle suivit le mouvement.

Sans avoir rencontré âme qui vive pendant des heures, ils arrivèrent en vue du fleuve, en contre bas, pour assister de nouveau à des scènes semblables à celles de leur arrivée.

J’ignore ce qui se passe ici, mais il semblerait que ce fleuve est une espèce de portail d’arrivée à ce monde…Regarde bien…ceux qui s’éveillent sont comme nous…nus et démunis…d’autres les attendent et les asservissent…ou les tuent…

Il lui passa les puissantes jumelles, partie de son équipement, en lui indiquant de bien suivre l’action.

Leur but est clair…les nouveaux demandent aux Cailloux…devine qui reste avec le tout ?...C’est de l’esclavage, pur et simple…en version basique…Oui, Isabel, je connais ça…la nature humaine semble immuable, peu importe temps ou lieu…On reste ici, à l’abri et on observe !...Pas de feu ! Prends ça !

La ration de survie ne fut pas de son goût.

Cela ne vaut pas ton canard à la braise mais crois moi, le contenu calorique est tout ce dont tu as besoin !

Et cette fois, son essai de sourire fut bien plus réussi…
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