Gods Games

Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
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 Réveils...

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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Re: Réveils...    Sam 16 Fév - 11:45

Un peu fâchée que son compagnon ait regardé dans son sac, Isabel n’en fut pas moins admirative de la façon dont il avait assemblé les matériaux fournis par le caillou divin. Sa mère lui avait souvent dit qu’il était utile d’avoir un bricoleur à la maison. Seulement, point de toit au-dessus de leur tête pour le moment…
Son exploit au tir avait-il impressionné l’homme du futur ? Une fois de plus il avait employé un qualificatif qui, malgré sa justesse vis-à-vis de ce qu’il connaissait lui, l’avait blessée :


…*Je t’en donnerai des « primitifs », moi !*

Vider, plumer et cuire la volaille rapportée par le « brave chien de chasse » lui incomba, évidemment… Une veine que Miss Kittredge n’ait pas peur de se salir les mains, et qu’elle sache s’y prendre. Pas un merci ne salua sa cuisine. À quoi s’attendre d’autre de la part d’un « futuriste » dénué du plus élémentaire sentiment humain ?

*Si le futur était de fabriquer des machines à tuer, il a bien fait de disparaître !...*

Elle avait assisté à la naissance des chaînes de montage, à celle d’outils destinés à alléger le travail des hommes. On rêvait de créer des mécaniques capables de tout faire à la place de la sueur du labeur. Une question la tarauda : sous cette peau, il y avait quoi ? De la ferraille ?
Se promettant de vérifier ça, Isabel dut d’abord répondre à un souhait d’Alpha. L’arc l’intéressait, il voulait apprendre à s’en servir.


Tu tiens ferme d’une main, tes doigts de l’autre tendent la corde avec l’empennage de la flèche. Plus tu tends, plus ton trait ira vite. Tu lâches la corde en veillant à ce que le fer de la flèche soit dans l’axe de ta cible. Entraîne-toi mais récupère les traits. Je n’en ai demandé que cinq. On pourra en fabriquer d’autres…

Tandis qu’il tirait avec de plus en plus de précision, Isabel lut avidement les diverses brochures reçues en don. Le manuel du parfait trappeur la passionna. Poser des collets, fabriquer des pièges n’eut bientôt plus grand secret pour elle. La pratique manquait mais, elle verrait sur le tas. En attendant, elle recousit les déchirures de sa tente et put y passer la nuit.
Au matin, son compagnon avait décidé – comme toujours – qu’ils allaient bouger.
Elle eut beau plaider, quémander plus de temps au calme, rien n’y fit.


…Mais où veux-tu aller ? On ne connait rien ici…

Nous cherchons d’autres êtres civilisés.

*Tiens, il te considère comme civilisée ?? *

Ce léger changement adoucit son amertume. Elle ne pouvait lui donner tort et, même si son projet d’aller visiter « l’homme de la colline » lui paraissait fou, elle l’accepta.

L’instinct d’Alpha – pour autant qu’il en eût un – le poussa à reprendre les traces laissées par la bande de vilains. Elles les menèrent en arrière, aux abords du fleuve.
Depuis leur point d’observation, ce à quoi ils assistèrent, obligea Isabel à se détourner, écoeurée.


J’ignore ce qui se passe ici, mais il semblerait que ce fleuve est une espèce de portail d’arrivée à ce monde…Regarde bien…ceux qui s’éveillent sont comme nous…nus et démunis…d’autres les attendent et les asservissent…ou les tuent…

Elle ne voulait pas regarder ! Il insista en lui fourrant en main des jumelles.
Celles que connaissait Isabel étaient sans rapport avec l’objet.
Réticente, elle y colla ses yeux et ne comprit pas pourquoi des chiffres apparaissaient en vert dans les lentilles.
Tandis qu’Alpha commentait les scènes observées, Isabel trouva la signification :


*Distance de l’objet, position exacte, direction cardinale, vitesse du vent… Wow ! Monté sur un arc, ou un fusil… quel viseur !...*

Quand il parla d’esclavage, Isabel réagit :


Vous connaissez ça aussi à… ton époque ? Que va-t-on faire ? On pourrait chasser un peu, faire un feu…

Son refus ne l’étonna pas. Il lui tendit une sorte de chique à tabac en guise de repas :

Cela ne vaut pas ton canard à la braise mais crois moi, le contenu calorique est tout ce dont tu as besoin !

*Un… un compliment ? *

Elle ne put s’empêcher de grimacer au goût douteux de la chique mais se réjouit de ce début de socialisation doublée d’une amorce de vrai sourire face à sa tronche dégoûtée.

*Serait-il humain malgré tout ? *

Après avoir avalé sa pitance étrange, Miss Kittredge trouva l’observation lassante et fort déprimante. N’allaient-ils rien tenter pour soustraire les nouveaux arrivants à la soumission des « anciens » ?

*Au moins, aucun enfant ne renaît…* constata-t-elle, soulagée.

Massacres et obscénités la vidaient, elle voulut s’éloigner avec l’approche de la nuit :

Si on ne fait rien que regarder, je préfère qu’on s’écarte,
murmura-t-elle à l’homme du futur.

En avait-il vu assez ? Il agréa.
Une anse calme et déserte du fleuve leur parut acceptable autant qu’abritée des regards.
Hélas trop risqué de faire un feu. Bonne pour une nouvelle chique, Isabel préféra manger une conserve froide à même le récipient :


Ton truc est peut-être bourré de tout ce qu’il faut, ça a un goût de chiotte ! … Euh… les chiottes c’est l’endroit où l’on fait… ce que l’on a à faire… les besoins naturels…

Cette fois, elle en fut sûre, il avait ri pour de bon.
Comme toute bonne chose, ce rire s’effaça soudain pour céder la place à l’incompréhension totale. La main qu’il appuya sur sa poitrine laissa filtrer un liquide sombre. Prompte, Isabel saisit son arc, l’arma et tira sur la seule ombre en mouvement. Il y eut un embrasement ? Elle s’en ficha, ne se préoccupant que de son compagnon renversé sur les galets.
Elle ne paniqua pas. Tant pis pour la prudence, elle devait éclairer. Dans le sac d’Alpha, il y avait une torche qui ressemblait – en mieux – à celles qu’elle connaissait. Allumée, la tenant en bouche, Miss Kittredge vit qu’un projectile avait traversé le torse de part en part.


*Une catapulte ?*

Peu importait, des soins s’imposaient. Conscient, Alpha la conseilla. Elle lui obéit en tout, prélevant dans le sac de quoi saupoudrer les plaies puis les refermer et panser.
Elle le veilla jusqu’au petit jour, son arc à portée de main, priant et pensant copieusement :


*Il a saigné, son cœur bat ! Il est humain…*


La torpeur la gagnait quand il se redressa enfin…
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Réveils...    Dim 17 Fév - 12:03

Elle suivait les événements, crispée de dégoût, agrippant si fort les jumelles que les jointures de ses doigts en blanchissaient. Le guerrier ne regardait plus la vallée, les faits et gestes d’Isabel attiraient bien plus son attention, tant ils reflétaient un éventail de sentiments dont l’existence lui était connue…comme exemple à ne pas suivre. Colère, impuissance, peur…

Si on ne fait rien que regarder, je préfère qu’on s’écarte.


Nous ne pouvons rien faire d’autre. Ils nous surpassent en nombre.


Mais elle ne sembla pas entendre, alors sans rien ajouter, il indiqua le sentier détecté lors de ses observations. Hors de vue des autres, ils pourraient avancer sur la berge du fleuve où détours et anses, pourraient offrir un abri. La nuit tombait avec surprenante rapidité mais le refuge trouvé, il ne leur resta qu’à s’y installer, dans l’espoir de pouvoir y passer la nuit, au calme.

Encore ici, il vaudra mieux se passer de feu…pas besoin d’attirer l’attention.

L’idée d’une nouvelle ration de survie ne sembla guère la tenter, tant et si bien qu’elle préféra piocher dans une conserve froide, sans se garder son commentaire :

Ton truc est peut-être bourré de tout ce qu’il faut, ça a un goût de chiotte !

Il avala la bouchée en la regardant, interrogateur.

Chiotte ? Le terme m’échappe…c’est quoi ?

Hésitation ? Trouble ? Il faisait sombre mais l’Ayerling aurait juré que les joues de la miss avaient acquis quelques de ces rougeurs qui lui semblaient habituelles.

Et alors, c’est quoi ?
, insista t’il.

Euh… les chiottes c’est l’endroit où l’on fait… ce que l’on a à faire… les besoins naturels…

L’explication lui sembla si…édifiante que pour la première fois de sa vie, il éclata de rire, se surprenant lui-même de le faire mais se sentant curieusement bien…ce qui fut de très court durée. Un impact douloureux lui coupa le souffle suivi d’une sensation de brûlure intense, abasourdi, il constata qu’un projectile inconnu venait de le blesser. Le sang s’écoulait entre ses doigts alors qu’Isabel après un instant d’épouvante, réagissait avec un célérité extraordinaire en s’armant de son arc, alors que, tout bêtement, Alpha 247 sentait que tout basculait et il se retrouva étalé sur les galets. L’espace d’ un instant, abattu de douleur, il faillit se plaindre mais se reprit, déjà la jeune femme se penchait sur lui, sans signes de panique.

Cherche dans mon sac…il y a tout le nécessaire !, indiqua-t’il en se disant que quoiqu’ait été ce qui l’avait blessé, cela avait causé pas mal de dégâts, vu le mal enduré.

S’éclairant avec sa torche, elle examina les blessures, une d’entrée et une autre de sortie. Le projectile avait traversé proprement son épaule.

Il y…a un tube noir…vaporise les plaies…un tube bleu…joints les bords et vaporise encore…cela cicatrisera rapidement. Il y a des pansements, aussi…

Elle s’y prit adroitement, sans se laisser gagner par un émoi quelconque mais avec une douceur qu’il n’avait jamais expérimenté de son existence. Quand la session soins fut terminée, il avala encore deux comprimés issus d’un autre tube.

Personne…à part un vieil homme, ne s’était donné tant de mal pour moi…maintenant…je crois que…qu’il faut que je ferme un moment les yeux…

Sans le temps de dire plus, il sombra dans un espèce de semi-coma, provoqué par le médicament, créé pour permettre au corps de retrouver ses forces en un laps très court de temps. Les premières lueurs du jour perçaient à l’horizon quand l’effet narcotique céda. Se redressant sur son séant, l’Ayerling vit Isabel assise près de lui, la tête réclinée sur l’épaule, à point de s’assoupir, mais en le voyant éveillé, elle se reprit aussitôt, comme si être découverte en flagrant délit de fatigue la gênait terriblement. Pendant quelques secondes, il la regarda sans rien dire, réalisant tout à coup tout le mal qu’elle s’était donné. Non contente de l’avoir soigné, la jeune femme l’avait couvert, avait roulé une autre couverture sous sa tête et veillé son sommeil.

Pourquoi ?, c’était sans doute une question stupide mais il ressentait soudain le besoin de l’entendre dire quelque chose, peu importait quoi, je…veux dire…tu aurais pu me laisser tel quel…je suis habitué à l’avoir à la dure…

Elle le considéra avec un rien de ce qu’il interpréta comme amertume, en plissant la bouche. Sans doute fallait il trouver d’autres mots pour ne pas sembler si obtus. Son seul repère en manières sociales restait le vieil homme et ces quatre jours passés à lui dévoiler un monde inconnu, il se souvint alors de ce qu’il avait dit, à la fin de leur troisième soirée : « Merci de m’avoir écouté, fiston, ça faisait un bail que je ne parlais à personne… » Merci ? Si simple que cela ?

Je…ne sais pas trop comment m’y prendre…mais…cela ira si je dis…Merci ?...Oui, c’est bien ça…Merci, Isabel.

Le sourire qui distendit sa bouche l’embellit et lui laissa savoir qu’il avait tout bon, ce qui l’amena à sourire à son tour. La sensation commençait à lui être agréable.

Tu es restée là à me regarder dormir ?...euh, bien sûr…fallait veiller pour si jamais…ce qui signifie, sans doute, que tu es à bout de forces…tu n’es pas aussi performante qu’un Ayerling…non ! Je ne veux pas dire que…pourquoi chaque fois que je dis quelque chose, j’ai l’impression de…euh…oui, c’est cela…gaffer …enfin, ce doit être ça…

La suite fut une rafraichissante mise à jour sur les us et coutumes des humains civilisés de son temps. Pris de court, il crût comprendre qu’en plus de gaffeur il donnait l’impression d’être une espèce de machine sans cœur.

Je ne suis pas une machine,
se défendit il, mais un Ayerling conditionné et programmé pour…Isabel, j’ai été créé pour être ce que je suis…la seule chose que j’ai jamais connu est discipline et devoir…tu dois comprendre ça !

Elle se contenta de maugréer des mots qui lui échappèrent avant de se mettre à ranger ce qui traînait par là, le forçant pratiquement à se lever.

Tu vas quelque part !?...Je n’ai rien dit…pas cette fois mais si tu y tiens…on se bouge d’ici mais avant, faut trouver où aller…le coin se prête mal à l’improvisation. Passe moi les jumelles…c’est bon…s’il te plaît !...

Il les attrapa au vol. La minutieuse observation des alentours immédiats tard un moment. Les données enregistrées s’avérèrent assez satisfaisantes. L’Ayerling retourna auprès de la jeune femme.

Plus au Nord, il y a des ouvertures sur le flanc de la paroi rocheuse…des grottes. Nous serons à l’abri. Le chemin n’est pas aisé…tu penses pouvoir le faire ?...Non, femme têtue…je ne pense pas t’abandonner ici pour aller chercher mon salut tout seul…dis donc…tu as vraiment des idées assez bizarres, toi…Allez, tu voulais bouger…on bouge !

Arriver au pied de la paroi où se trouvait la grotte ne demanda pas grand effort. La pente n’était pas raide mais pas commode pour autant. Un sentier bon pour chèvres montagnardes, aux dire de la miss. N’en ayant jamais vu une, l’Ayerling s’imagina ce qu’il put et analysa rapidement la meilleure tactique à suivre.

Tu passes devant !...Non, pas pour que tu te casses la gueule en premier mais juste pour pouvoir te retenir au cas où…Ton manque de confiance serait une atteinte pour mon amour propre, si j’en avais mais enfin…Non, veux pas en parler…on grimpe…c’est bon, si tu veux on en parlera une fois là haut !

L’ascension s’avéra facile pour Isabel, qui se mouvait avec assurance et agilité. Lui, par contre, se sentait gauche, son épaule lançait douloureusement à chaque mouvement mais il parvint à tenir le coup en serrant les dents. Le refuge déniché n’offrait aucun confort mais avait l’avantage d’être à bonne hauteur et d’accès difficile.

On ne viendra pas nous chercher ici. Nous pouvons faire du feu…et manger autre chose que mes rations de chiotte…mais avant, si cela ne te pose pas de problème…je vais dormir un peu…

Elle fit une remarque ironique qui le fit sourire de travers.

Ben, imagine toi que cela m’arrive…d’être fatigué…et comme pas d’instructeur pour me botter le train, autant en profiter…à moins que tu sois tentée de jouer le rôle de…Non !?...alors, je dors !

Cela dura ce que cela devait durer…une paire d’heures, tout au plus, avant que sa compagne d’aventures ne le réveille en le secouant énergiquement.

Quoi ? On nous attaque ? L’ennemi a appris à voler ?...


Rien de semblable. Tout excitée, elle signala au loin…Des lumières clignotaient par intervalles réguliers. S’armant des jumelles, il regarda de nouveau.

C’est un signal, Isabel…un signal de reconnaissance…un vieux code… mais on l’apprend encore à l’Académie… Tu sais ce que cela veut dire, non ?...Il y a d’autres êtres civilisés…et ils sont là bas…de l’autre côté du fleuve…Qu’est ce qu’on va faire ?...Leur répondre, tiens !...Passe moi la torche…s’il te plaît !
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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Re: Réveils...    Mer 20 Fév - 22:32

*Mon Dieu faites qu’il ne meure pas !*

L’Ayerling était au plus mal.
Des tubes, des vaporisations et gobage de pilules semblèrent calmer l’homme du futur à qui Isabel conféra un peu de confort. Dans un demi-délire, il parla d’un vieil homme puis sombra dans une inconscience réparatrice.


*Il va s’en remettre ! Sa science est grande. Il DOIT s’en remettre sinon, je… je serai toute seule face à un monde de brutes ! Pitié Seigneur ! Pitié pour lui, pitié pour… moi.*


Son retour sensé avait de quoi déconcerter :

Pourquoi ? Je…veux dire…tu aurais pu me laisser tel quel…je suis habitué à l’avoir à la dure…

Une folle envie de lui hurler dessus la prit mais elle se contrôla. À quoi bon tenter de lui expliquer des choses… naturelles. Ils n’avaient décidément pas les mêmes notions de valeur. À aucun moment elle n’avait songé à l’abandonner à son triste sort. Cela aurait été contraire aux enseignements de Jésus. Puis… elle devait reconnaître avoir besoin de lui pour survivre dans ce monde hostile. En tout cas, Alpha parut embarrassé et, à la grande surprise de Miss Kittredge, il dit :

Je…ne sais pas trop comment m’y prendre…mais…cela ira si je dis…Merci ?...Oui, c’est bien ça…Merci, Isabel.

Il savait dire merci ? Pour un peu, elle aurait pleuré de reconnaissance. Mais… savait-il seulement ce que ce mot signifiait ?

Tu es restée là à me regarder dormir ?

Je n’allais pas t’abandonner, quand même !

… euh, bien sûr…fallait veiller pour si jamais…ce qui signifie, sans doute, que tu es à bout de forces…tu n’es pas aussi performante qu’un Ayerling…

Parce qu’on est pas Ayerling on est forcément des poules mouillées ? s’énerva-t-elle.

Non ! Je ne veux pas dire que…pourquoi chaque fois que je dis quelque chose, j’ai l’impression de…euh…oui, c’est cela…gaffer …enfin, ce doit être ça…

C’est exactement ça ! Tu sembles complètement ignorer ce qu’est la nature humaine ! On n’est peut-être pas de tes chers Ayerlings, mais nous, au moins, nous admettons nos faiblesses, nous veillons les uns sur les autres, nous connaissons le sens des mots gratitude et compassion. Pas comme ces espèces de machines que tu sembles aduler !

Je ne suis pas une machine, mais un Ayerling conditionné et programmé pour…Isabel, j’ai été créé pour être ce que je suis…la seule chose que j’ai jamais connu est discipline et devoir…tu dois comprendre ça !

Je comprends surtout que je parle au mur… grinça-t-elle entre ses dents.

Avec tout ça, le campement était en désordre. Encore plus maniaque quand elle était contrariée, Isabel entreprit de ranger le contenu épars de sacs, de ranger les couvertures, etc.
Ce déploiement d’activité intrigua l’homme du futur qui s’en étonna avant de lui réclamer les jumelles.


Le mot magique, le railla-t-elle.

Il le lui donna à contre cœur ce qui obligea Miss Kittredge à lui expédier l’objet assez violemment.
Puisqu’il s’occupait d’elle autant que d’un caillou, Isabel poursuivit son inventaire.
Elle prospecta un peu les alentours en cherchant tout ce qui pouvait leur être utile.
Un objet ensanglanté attira son attention. D’une quinzaine de centimètres, très effilé, ce truc ressemblait à… une dent ! Vu la distance entre sa trouvaille et la position de l’Ayerling quand il avait été blessé, elle ne douta pas d’être en présence du responsable.


*Le tireur devait avoir une sorte d’arbalète pour lancer ça si loin, si fort…*


Avec précaution, elle examina la dent, n’osant imaginer le monstre qui l’avait perdue. En tout cas, ça faisait un fameux couteau !
Elle l’empocha sans mot dire et retourna près de son compagnon. Il avait achevé son repérage.
Son idée était de grimper vers des grottes. Une nouvelle prise de bec faillit se déclencher quand la « machine » parut mésestimer les forces de la demoiselle.

*Décidément, il me prend pour une larve !*

Elle s’entêta à lui prouver le contraire n’appréciant pas trop la façon dont il s’y prenait en la faisant passer en premier. Ses intentions étaient bonnes…

*Enfin…* soupira-t-elle en haussant les épaules.

La grimpette n’était pas si dure et si Isabel s’en tira aisément, l’Ayerling souffrit, lui. Il n’en dit rien mais sa tête était éloquente.

On ne viendra pas nous chercher ici. Nous pouvons faire du feu…et manger autre chose que mes rations de chiotte…mais avant, si cela ne te pose pas de problème…je vais dormir un peu…

Tiens, ça se fatigue des Ayerlings ?

Apparemment oui !

Il ronfla gentiment, comme si on l’avait débranché. Puisque l’on ne risquait rien, autant récupérer aussi un peu. Cela ne dura guère. L’inconfort la réveilla.
Peu habituée à se tourner les pouces, Isabel rassembla des branchages et alluma un feu avec l’objet de l’homme du futur. Quand de belles flammes rongèrent des bois plus gros, Isabel s’assit face à l’ouverture de la grotte et réfléchit. Le repas du soir serait assuré par une conserve. Elle n’allait pas se risquer à partir en chasse, seule. Elle complétait sa formation de braconnière dans un bouquin quand un miroitement suspect lui fit relever la tête. Attentive, elle l’observa. Il ne sagissait pas d’un jeu de lumières dues au hasard. Cette succession de brèves et longues, elle la connaissait ! Charmian et elle jouaient parfois avec des miroirs pour communiquer d’un arbre à l’autre où elles se perchaient. C’était loin, cette époque ! Mais le message fut décodé assez rapidement :


*R/E/S/I/S/T/A/N/T/S ! Résistants ? Oh, mon Dieu !*


Tant pis pour la méthode, elle alla secouer l’homme du futur
:

Debout marmotte !


Quoi ? On nous attaque ? L’ennemi a appris à voler ?


Non, non ! Là-bas ! Il y a des lumières !

Armé de jumelles, il détailla aussi ces espaces de points et de barres.


C’est un signal, Isabel…un signal de reconnaissance…un vieux code… mais on l’apprend encore à l’Académie… Tu sais ce que cela veut dire, non ?...Il y a d’autres êtres civilisés…et ils sont là bas…de l’autre côté du fleuve…Qu’est ce qu’on va faire ?...Leur répondre, tiens !...Passe moi la torche…s’il te plaît !


Elle les lui tendit avec grâce, puisqu’il avait dit le mot magique agréablement.
Ses yeux, elle suivit les pressions sur l’engin qui émettait des lumières.


*.. /_.. /./__* IDEM, tu ne leur envoies que ça ?


Il répéta la manœuvre aussi souvent que nécessaire avant que les « autres » répliquent :

VENEZ ! Rien que ça?

La frappe de l’Ayerling s’accéléra. En gros, il avait répondu qu’ils arrivaient.


… Ah ! Et on va y aller comme ça, sans savoir qui ils sont ? Cela pourrait être un piège pour attirer des idiots, non ? … Pas si idiots s’ils connaissent le Morse, d’accord. Mais…

Monsieur avait décidé que… Par ses jumelles perfectionnées, il savait exactement où se rendre et à quelle distance se trouvaient ces autres civilisés.
Au moins, le voyage attendrait le lendemain !


Bon… Puisque l’on passe la nuit ici, tentons d’améliorer le confort. Je sais que cette tâche est indigne d’un guerrier mais ce serait bien si tu pouvais m’aider à ramasser des feuilles et du bois… Les feuilles comme matelas, les bois pour le feu ! *Idiot !*

Cette occupation nécessita une petite sortie dans le bois proche. Isabel avait pris son arc, au cas où une proie se serait égarée dans le coin. Hélas, il n’y en eut pas et redescendre jusqu’au fleuve pour y pêcher ne les tentait pas.
Autour du feu, ils veillèrent un peu en mangeant leur maigre pitance réchauffée. L’Ayerling désira qu’elle lui explique comment elle avait appris le morse. Un peu nostalgique, Isabel conta son enfance en compagnie de sa bouillonnante cousine, leurs petites frasques, leurs découvertes.

… Puis Charmian est partie vivre sa vie et moi… je suis restée à m’occuper de mes vieux parents et des enfants du catéchisme…

Son enfance à lui n’avait été qu’une succession d’apprentissage à la dure. Il ne connaissait pas ses géniteurs, il était né dans un tube.


HEIN ??? Mais c’est monstrueux !

Cette nuit-là, Isabel fit des rêves étranges peuplés de fioles contenant des bébés.

Au matin, le camp fut levé.
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Réveils...    Jeu 21 Fév - 22:30

Un signal. Court. Concis. Précis. RESISTANTS. Le temps d’avoir la torche en main, l’Ayerling vit la répétition du message. Cela signifiait, ni plus ni moins, que sur l’autre rive se trouvaient d’autres, comme eux. Pris dans la même impasse inexplicable. Soulagement ? Euphorie ? Il n’aurait su le définir, en tout cas, c’était une sensation agréable, à moins que cela ait eu quelque chose à voir avec le sourire ravi d’Isabel.

La réponse fut tout aussi courte. Et à croire à la réaction de sa compagne, laconique.

IDEM, tu ne leur envoies que ça ?

Plus que suffisant !, et de répéter la manœuvre jusqu’à recevoir une nouvelle réponse.

VENEZ !

Isabel semblait vraiment déçue.


Rien que ça?

Que veux tu de plus ?, acte suivi, armé de ses jumelles en mode vision nocturne, procéda à faire un repérage exact de la situation géographique des « résistants », la distance qui les séparait et les obstacles à franchir. Ce qui donnait une estimation approximative du temps qu’ils mettraient à les rejoindre. Avec le fleuve entre eux, cela ne s’avérait entreprise aisée, mais il n’en dit pas un mot. Cette fois le message envoyé fut plus long et explicite. Il donna leurs coordonnées, la distance et l’estimation de temps pour leur arrivée. Leur réponse lui tira une espèce de sourire :

OK.

Isabel eut, bien entendu, son mot à dire :

Ah ! Et on va y aller comme ça, sans savoir qui ils sont ? Cela pourrait être un piège pour attirer des idiots, non ?

C’est une alternative à envisager mais ils ne doivent pas être foncièrement idiots pour savoir utiliser le Morse avec tant d’aisance.

Elle fit la moue mais lui reconnut quelque raison.

Pas si idiots s’ils connaissent le Morse, d’accord. Mais…

Sans mais, Isabel. Nous nous mettons en route demain à première heure. Ils se trouvent à 9, 758 km, en amont du fleuve, sur la rive opposée. Cela nous prendra grande partie de la matinée y parvenir…si nous ne trouvons pas d’obstacles d’importance ou autres imprévus.

Il se doutait bien que ce ne serait pas une balade de plaisir mais préfère taire cette partie là, supposant que si la miss était aussi futée qu’elle en avait l’air, cette conclusion lui serait venue toute seule. De toute façon, ils n’en discutèrent pas, Miss Kittredge avait déjà d’autres projets pour la soirée.

Bon… Puisque l’on passe la nuit ici, tentons d’améliorer le confort. Je sais que cette tâche est indigne d’un guerrier mais ce serait bien si tu pouvais m’aider à ramasser des feuilles et du bois… Les feuilles comme matelas, les bois pour le feu !

J’avais compris !, grommela t’il, rogue.

*Pas à dire, cette créature te tient pour le dernier des imbéciles !*


Rogue ou pas, il fallait bien l’accompagner, sous peine de subir ses foudres, même si la seule chose au monde qu’il parvenait à vouloir en ce moment était s’allonger n’importe où et essayer d’oublier, pour un instant, les douloureuses pulsations de sa blessure. Contre toute attente, malgré les médicaments conçus pour une guérison quasi instantanée, cela allait de mal en pire et ne pouvait signifier qu’une chose : infection. D’étonnante virulence, si on croyait aux symptômes perçus. Fièvre, affaiblissement, difficulté de concentration et une soif dévorante. Le guerrier savait sciemment que dans l’impossibilité d’enrayer ce mal, la probable échéance serait la mort, sans compter les logiques souffrances à endurer. Isabel ne mènerait jamais la miséricorde, tant prônée envers son prochain, jusqu’à lui faire grâce d’une fin rapide. Pas qu’il craignit la douleur, il pouvait la surmonter et la taire mais devenir une charge inutile n’entrait pas dans les propos qu’on lui avait enseigné sa vie durant.

S’obligeant à faire bonne mesure, il avala d’autres comprimés, avec juste un peu d’eau. Les réserves devaient tenir jusqu’au lendemain. Isabel pensait chasser. Lui avait du mal à mettre un pied devant l’autre mais essaya de sembler assez alerte pour ne pas éveiller de suspicion. Pour son bonheur ou autre sentiment quelconque y ressemblant, aucune proie ne se pointa et Isabel déclara ne pas avoir envie de descendre pêcher. De retour à leur abri, il s’affala dans son coin et la regarda réchauffer leur pitance du soir, autant en profiter pour assouvir une certaine curiosité qui le taraudait depuis les signaux lumineux.


Comment cela se fait que tu connaisses le Morse ?

Pas de vie entre militaires ni rien de proche. Ses souvenirs, teintés de nostalgie, la ramenèrent à son enfance, partagée avec une cousine nommée sans cesse, qu’elle semblait beaucoup admirer et peut être envier un peu, s’il commençait à y piger quelque chose.

Alors, vous utilisiez cela pour…jouer ?...Perchées dans des arbres. Intéressant…

Il supposa que cela devait l’être, vu son air ravi en remémorant ces moments insouciants. Tout ce qu’elle racontait sur sa famille, son entourage, lui faisait comprendre les différences irréconciliables avec sa propre existence.

Puis Charmian est partie vivre sa vie et moi… je suis restée à m’occuper de mes vieux parents et des enfants du catéchisme…

Ce qui ne semblait pas être trop réjouissant vu la certaine amertume qu’il crut déceler dans son regard. Et bien sûr, étant donné qu’elle avait si bien conté ses expériences, force fut d’y mettre un peu du sien.

J’ai…vécu dans une crèche maternelle jusqu’à 5 ans., de là, on m’a transféré avec les autres sélectionnés au centre d’enseignement…Non, Isabel…je n’ai pas eu des…parents. J’ai été créé dans un laboratoire, comme tous les autres…pour subvenir aux besoins de la Fédération. Oui…on nous a « fait » pour devenir ce que je suis…un Ayerling…

Son expression horrifiée voulait tout dire.

HEIN ??? Mais c’est monstrueux !

Il se contenta d’un triste sourire qui dissimula sa grimace de douleur.

Si je crois comprendre les préceptes de ta vie, oui. Les schémas établis de la mienne s’ajustaient au temps où j’ai vécu. C’est tout. Non, je n’ai pas trop envie d’en parler…faut se reposer, demain la journée ne sera pas facile.

Et avant qu’elle ne pose une autre question, il appuya la tête contre la paroi de leur abri et ferma les yeux. Les comprimés l’aidèrent à sommeiller sans parvenir à s’endormir vraiment. Isabel ne tarda pas à le faire, dans son moelleux sac de couchage. Il se prit alors le temps de la contempler tout son soul, à la lumière vacillante des flammes. De son vivant, il n’avait jamais eu ce sursis ni la lointaine possibilité, d’ailleurs. Dans l’existence d’un Ayerling les femmes étaient tout aussi proscrites que n’importe quel autre divertissement. Leur Cause exigeait d’eux inaltérable dévouement, totale loyauté, absolue concentration pour l’accomplissement parfait du Devoir.

Mais, il avait suffi de trois jours pour, étrange transposition des faits, que sa notion du Devoir change de but. Avant, il servait l’omnisciente Fédération, maintenant…il faisait de même avec la non moins omnisciente Isabel. Cette idée le fit presque sourire en sachant, sans trop y penser, que ce revirement des choses n’était pas pour lui être désagréable.
Pour la première fois de son existence il crut comprendre ce que signifiait la liberté. La sienne. Celle de choisir sa cause, à lui…bon, à elle aussi…

Aux premières lueurs du jour, il réveilla la belle au bois qui semblait avoir joui de son repos bien plus que lui. Encore quelques comprimés en douce, et le campement levé, ils se mirent en route. Comme prévu, ce ne serait pas une partie de plaisir. Il semblait ne pas avoir âme qui vive aux alentours ce qui ne voulait pas dire que cela ne pourrait changer d’un instant à l’autre.
Des nouveaux repérages furent nécessaires a la recherche d’un endroit convenable pour traverser le fleuve. S’y aventurer à la nage tenait du suicidaire compte tenu du courant et la distance entre les deux rives. Ce qui les obligea à avancer en amont, bien au delà des prévisions de la veille.

Cela nous fera trois kilomètres en sus…plus au Nord, le fleuve perd amplitude…regarde toi-même !...Oui, il y a une chute d’eau assez importante, ce qui signifie quoi, à ton avis ?

Elle démontra en savoir plus qu’il ne l’aurait cru.

En effet, qui dit chute d’eau, dit rapides…et qui dit ça…voit des roches…ben on s’arrangera pour aller de l’une à l’autre…Dangereux ? Bien sûr que c’est risqué…on a deux alternatives…on se plaint et on moisit…ou on se risque…on est déjà morts, vois pas en quoi cela devrait te préoccuper !

Sa tape se voulut amicale mais faillir le faire hurler de douleur.

Non…ça va…un peu sensible, c’est tout !

Jusqu’à ce jour, il n’avait menti de sa vie.

*C’est pour la bonne cause…*

La chute d’eau n’était pas des moindres. Vu de près, le spectacle était plutôt impressionnant. La grimpette, entre les rochers glissants de la berge, submergés dans cette brume humide et vrombissante, pour atteindre le bord du dénivèlement, le laissa sur les rotules et incapable de le dissimuler. Depuis un bon moment, il parvenait à peine à se servir de son bras.

Je…dois me reposer un moment…oui, c’est l’épaule…


Prenant l‘affaire en main, elle dénicha une refuge acceptable et exigea d’examiner sa blessure, ce qui lui mérita un sermon sur tous les tons en découvrant les dégâts.

Vaporise si tu veux…saupoudre, panse moi…oui, j’avale encore des comprimés…faut que je tienne pour traverser…après…tu pourras les trouver seule…Non…veux pas te lâcher…mais dans peu de temps…je serai un poids mort…Arrête de me crier dessus, cela ne mène à rien…Tu dois y arriver et ce sera bien comme cela…J’ai soif, donne moi à boire au lieu de me tancer comme à tes enfants du catéchisme…

Elle soigna de son mieux la blessure infectée et lui fit avaler tous ce jugé susceptible de l’aider à surmonter la crise. Pour alors, l’après midi avançait…

Non, on va pas s’y prendre par le bord même…entre le courant et une glissade on est bons pour s’écraser plus bas…en allant un peu plus haut…au moins on aura la possibilité de …NON ! Je ne vais pas m’attacher à toi avec la corde, si je tombe, cela t’entraînerait avec moi…Isabel, sois raisonnable…

Elle l’envoya paître dans un langage fleuri qu’il ne lui connaissait pas. La traversée tint du cauchemar, pur et simple. Isabel, tenace, ne cessa de le houspiller, menacer et sauver la mise chemin faisant. En parvenant à l’autre rive, il s’effondra en soufflant comme phoque asthmatique. La jeune femme scruta les alentours avec les jumelles, qui la fascinaient, pour établir la distance qu’il leur restait à parcourir jusqu’à la fameuse colline des Résistants. Seulement quelques kilomètres de rien du tout qui, pour l’Ayerling, semblaient signifier l’autre bout du monde. Rôles inversés ?...Il ne se trouva pas l’esprit de se rebiffer et à peine ses jambes purent le porter, ils reprirent le chemin…

Encore une pente. Encore un effort en serrant les dents pour ne pas gémir. Il était à se demander comment les accueilleraient les habitants des lieux quand quelques hommes, jaillis d’entre les buissons, les entourèrent, menaçants. Ils ne ressemblaient pas aux brutes entrevues dans la vallée de l’Arrivée ce qui laissait supposer qu’ils étaient le comité d’accueil.

Nous avons répondu à votre signal, hier soir, informa Alpha 247 en essayant de reprendre une allure de fier guerrier, alors qu’en vérité il avait l’air d’un spectre.

Isabel ajouta quelque chose qu’il ne parvint pas à entendre. Meurt-on deux fois ? Il s’en ficha alors que tout basculait dans un gouffre sombre…
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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Re: Réveils...    Sam 23 Fév - 10:00

Malgré des images torturantes, Isabel dormit bien. Sur un lit de feuilles sèches, le cocon de couchage moelleux et douillet s’avéra parfait à sa fonction.  
Harnachés, ils se mirent en route vers ceux qui émettaient des signaux. Quels genres d’êtres étaient-ils ceux-là ? Des gens morts, comme eux, le plus sûr mais seraient-ils « gentils » ou « méchants » ?
Isabel n’aimait pas les changements. Si les environs avaient été sécurisés, elle serait bien restée près d’une pierre à souhait y couler des jours paisibles avec des livres en compagnie et peut-être aussi avec cet homme si bizarre issu du futur. Mille pensées l’habitèrent durant le périple les menant aux « autres ». L’Ayerling avait besoin de rencontrer d’autres personnes afin de réussir son humanisation. Ce n’était pas en restant auprès d’une vieille bigote qu’il y parviendrait.

*Tu n’es plus vieille, Isabel… La mentalité reste la même… Tu n’as plus à te préoccuper du qu’en dira-t-on… Je culpabilise déjà assez ainsi moi-même !*

La petite voix de sa conscience la faisait tourner en bourrique. D’un côté, il était tentant de rester seule avec Alpha. Elle pourrait l’éduquer dans de bons et sages principes sauf que cela aurait été très égoïste de lui imposer un unique point de vue, le sien. Il était donc plus sensé qu’Alpha puisse décider librement de ses choix. Néanmoins…

*Imagine que les « autres » soient des dévergondés de la pire espèce, des tyrans, des négriers… Oh, là,là ! *

Très tourmentée intérieurement, elle remarqua à peine les difficultés éprouvées par son compagnon dans cette promenade en plein air. On restait aux aguets d’une attaque en regardant où l’on mettait les pieds, sans s’adresser la parole.  
Trouver le bon endroit où traverser ne fut pas une mince affaire. Large et majestueux, le fleuve formait un sacré obstacle. Ils étaient partis avec l’idée de n’avoir que 9 kilomètres à effectuer, ils se trompaient :


Cela nous fera trois kilomètres en sus…plus au Nord, le fleuve perd amplitude…regarde toi-même !

Dans les étranges jumelles, Isabel contempla l’étendue d’eau.

Une chute ?

Il voulait passer par là en profitant des cailloux affleurant dans le courant plus vif mais peu profond.

Mais c’est dangereux ! s’épouvanta-t-elle en s’imaginant en train de jouer au cabri de pierre en pierre.

On a deux alternatives…on se plaint et on moisit…ou on se risque…on est déjà morts, vois pas en quoi cela devrait te préoccuper !

Il faisait de l’humour ? Sa remarque, toute sensée qu’elle fût, faillit faire rire Isabel qui se contenta de lui flanquer une petite tape sur le bras :

Ben toi quand tu t’y mets !

Il avait pâli, ses traits se tordirent dans une grimace de…

*Douleur ? *Euh… pardon. Tu as très mal ?  

Non…ça va…un peu sensible, c’est tout !

*Ouais à d’autres, monsieur le fier !*

À partir de ce moment, Isabel observa fréquemment son compagnon. Aucun doute possible, la fièvre le rongeait ! Son teint virait au gris et une mauvaise sueur lui dégoulinait dans les yeux.

*Idiote ! Triple idiote! Tu aurais dû le voir depuis longtemps!*

Culpabilisée à mort, elle fit de son mieux pour ne pas ajouter d’autres tracas à ceux que subissait l’Ayerling. Elle avança comme un brave petit soldat en surveillant le déplacement de plus en plus lourd de son compagnon. Ils furent près du saut du fleuve.  
Là, l’homme du futur demanda une pause, admettant que sa blessure l’affaiblissait.
Avec douceur, Miss Kittredge l’aida à s’asseoir dans un endroit acceptable. Elle l’y débarrassa de son barda et n’admit aucune rebuffade dans son désir d’examiner la plaie. Chaque geste, si doux soit-il semblait déclencher de nouvelles douleurs. La plaie à nu la fit frémir. Hier nette et saine, l’entaille suintait à présent sur une peau boursoufflée arborant des teintes alarmantes.


POURQUOI TU N’AS RIEN DIT ! l’engueula-t-elle pour masquer sa propre peur, ses propres erreurs.
J’ai cru que ton attirail t’avait guéri, moi ! Se plaindre n’est pas mauvais, c’est parfois vital !  
Je peux encore essayer tes trucs ?  


Elle s’activa en se souvenant de l’ordre tes tubes à utiliser même si, à présent, elle pensait sérieusement à employer la bonne vieille méthode du tison dans la plaie…  

… faut que je tienne pour traverser…après…tu pourras les trouver seule…

Hey ! Pas de blague, hein! C’est euh, toi qui l’as dit : un Ayerling ne renonce jamais…  

Elle aurait inventé n’importe quoi pour l’empêcher de lâcher prise. Il était encore très conscient et raisonnait lucidement. D’après lui, inutile de se leurrer pourtant.
Il vida avec avidité la gourde tendue puis en revint à la traversée :


On passe par où ? Le bord ?

Non, on va pas s’y prendre par le bord même…entre le courant et une glissade on est bons pour s’écraser plus bas…en allant un peu plus haut…au moins on aura la possibilité de …  

D’accord mais on s’attache !

NON ! Je ne vais pas m’attacher à toi avec la corde, si je tombe, cela t’entraînerait avec moi…Isabel, sois raisonnable…


Je l’ai toujours été jusqu’ici et j’en ai marre ! Marre que l’on me dise toujours quoi faire et comment ! Tu n’es pas en état de protester. On va s’attacher ! Tu l’as dit : on est déjà morts !  Si on tombe, eh bien on tombera à deux et, qui sait, avec un peu de bol, on renaîtra ailleurs et je pourrai encore te botter les fesses comme ton sergent instructeur ! Debout ! Je passe d’abord !

L’équipement remis dans les sacs à dos, celui d’Alpha allégé au possible, ils entamèrent une très pénible traversée. Très concentrée, Isabel en oublia terreur et fatigue.

La pierre à ta droite ! Fais un grand pas… c’est très bien ! Un caillou plat à gauche ! Fais gaffe, il glisse !  

Ne laissant jamais plus de quatre mètres entre eux, à chaque bond de l’Ayerling, Isabel se tint prête à le rattraper en cas de décrochage.  Les derniers mètres se firent avec de l’eau jusqu’aux genoux. Enfin l’autre rive les recueillit.  

*Le pauvre, il vit un vrai calvaire !*

La solution à ses maux se trouvait-elle au somment de cette colline ?

Il faut y aller, Alf ! Laisse-moi t’aider.  

Elle soutint son côté valide du mieux possible mais il pesait son poids, le bonhomme !  

Encore un petit effort, souffla-t-elle tant pour lui que pour elle. On n’est plus loin !  

Il faiblissait, elle le ressentait à la pression qui s’accentuait à chaque déplacement.

*Tu devrais le laisser là, trouver les autres, revenir avec eux…*

Ce furent eux qui les trouvèrent en premiers. Trois gars dépenaillés, la mine peu amène, les entourèrent. Alpha se redressa légèrement :

Nous avons répondu à votre signal, hier soir…

Isabel fit ce qu’elle put pour lui éviter la chute, Mais l’Ayerling s’affaissa soudain. Tournée vers les arrivants, elle les apostropha :


Vous ne voyez pas qu’il est au plus mal ? Bougez-vous ! Aidez-le ! Je vous en prie, aidez-le…  

Enfin le trio s’activa. L’un des hommes sortit de son sac une sorte de conque dans laquelle il souffla des notes bizarres puis se joignit aux deux autres autour du blessé. De leurs bras unis en croix sous le postérieur de l’Ayerling, deux le soulevèrent tandis que le 3ème accommodait la posture en chaise. À défaut de mieux, Isabel s’assura qu’aune chute ne surviendrait tandis que la remontée débuta. Bientôt des renforts arrivèrent avec une civière. Sans qu’elle puisse protester, on délesta proprement les visiteurs de leur paquetage.

*Des pillards d’une autre espèce…* râla intérieurement la jeune femme.  

L’entrée au camp se passa dans un tumulte bouillonnant. Isabel perçut des échanges entre un des sauveteurs et… le chef ? Il en avait l’allure, ce grand blond costaud.

Une femme et un mec balaise mais mal fichu.  Ils avaient ça !

Les sacs changèrent de mains. Très fatiguée, Isabel rassembla pourtant son énergie tandis que l’on emportait Alpha sous une tente. Mains sur les hanches, elle aboya envers le chef :

Ce sont NOS affaires ! On a cru que vous alliez nous aider en répondant aux signaux, pas que vous feriez comme les autres ! Bravo pour le piège !


Une main se posa sur son épaule, Isabel eut un saut de carpe de côté. Une jeune femme rousse lui souriait, lui intimant avec douceur de se calmer :

… en sécurité ? Vous rigolez ? À peine arrivés, on nous dépouille. Mais je m’en fous. Prenez tout ce que vous voulez mais ne laissez pas Alph… Alf mourir, je vous en conjure ! Après, on partira, et…  

Un homme en toge safranée sortit de la tente sous laquelle on avait porté l’Ayerling. Il s’approcha des femmes, avec des signes de bienvenue envers Isabel.

Je suis  Hsuan Tsang prêtre, voyageur et guérisseur.

Comment va-t-il ? Il n’est pas… ?

La crainte est bonne, l’espoir aussi ! Sauriez-vous ce qui l’a blessé ? Cela pourrait aider au traitement…

La « dent » était la seule richesse qui lui restait. Elle la portait sur elle, enveloppée de plusieurs couches de tissus pour prévenir piqûre ou coupure accidentelle. N’était-ce point-là, une manœuvre destinée à la dépouiller totalement ?
Tant pis ! Sauver Alpha primait sur tout. Lentement, en soupirant, elle exhiba l’objet :


Quelqu’un lui a tiré dessus avec ça…


Plusieurs têtes curieuses s’approchèrent. Elle vit des personnes se signer et se détourner vivement. Le moine s’inclina à de nombreuses reprises en prenant la dent puis retourna sous la tente. Le chef l’apostropha. Isabel redressa le menton :

… le tireur ? Je ne l’ai pas vu. Il a fait plouf quand ma flèche l’a transpercé !  

Lueur amusée, incrédulité ? Quoiqu’il en soit, Isabel fut déléguée aux soins des femmes.

Il te faut un bain ! railla une très belle jeune créature biscuite en plissant le nez de façon significative.

*C'est pas elle qui vient de se farcir 20 kilomètres dont les derniers en supportant un homme de poids!*

Et des linges de rechange, persifla une autre assez hautaine qui la toisa de haut en bas avec mépris pour sa pauvre mise ruinée, déchirée ici ou là.

La proposition de celle qui se présenta comme étant Amelia Earhart valait beaucoup mieux :

… de la bière ? On peut ? Avec plaisir !

L’allure et l’aplomb de cette rouquine lui plaisaient. Quelque part, elle lui rappelait Charmian.
Entre deux gorgées d’un liquide mousseux et ambré, Isabel se détendit en écoutant ce que cette aviatrice racontait. C’était… hallucinant, énorme, incroyable !


… Vraiment ? C’est Achille ? L’Achille de Troie ? Et Richard Burton est là, ainsi que Louis XIV ? Tu me charries ?

Apparemment pas.
Souvent, Isabel lança des regards vers la tente où devait être Alpha. Son inquiétude transparaissait tellement qu’Amelia tint à la rassurer :


… Il est si bon que ça, ce moine ? J’avais cru que les médicaments d’Alpha l’auraient remis debout… oui, c’est un nom étrange… Je peux te faire confiance pour ne pas l’ébruiter… en faire un plat ?

Question idiote, mais…

… tu dis être morte en 1937… J’ai été renversée par une voiture en 1927. Lui, il a explosé en 2469…

Ses yeux ronds valaient le détour.  Isabel s’empressa d’ajouter des détails :

Il est… hors norme. Hors de Nos normes. Ce n’est pas de sa faute, il dit avoir été programmé ainsi...  différent, déshumanisé, mais il a un bon fond, je le jurerais. Faut juste lui laisser un temps d’adaptation...  

Amelia resta perplexe alors que les autres femmes la conviaient au bain purificateur avant la prière à la pierre.

AÏIIIIIEEEEEEE !


Ces femmes étaient-elles folles ? Voulaient-elles l’ébouillanter vive ? Une veine qu’Isabel n’ait posé d’un orteil dans la bassine fumante. Amelia les réprimanda, lui expliquant quelques singularités de ce campement. Selon elle, la jalousie entre femelles régnait ferme là.


… Elles me prennent pour une rivale ? Mais j’en ai rien à foutre d’Achille, moi ! *Ni de personne, du reste…*

Son bain tiédi lui donna beaucoup à penser. Pour avoir la paix, ne serait-il pas judicieux d’inventer une fable ?

*Il va s’en tirer... Il est fort. Un Ayerling ne renonce jamais… Je dirai que je suis sa femme… elles me ficheront la paix… ?*  

On ne lui laissa pas beaucoup le loisir de barboter dans une eau délicieuse. Essuyée de serviettes rêches comme de l’émeri, Isabel – en petite tenue – fut conduite à la pierre du lieu.
Prier ? Oh oui, elle savait !
Ses désirs simples furent exhaussés  dans la minute.
Si elle avait pigé le topo, ils avaient rejoints un camp destiné à entrer en guerre contre les pillards du fleuve. Faire appel à des ressuscités modernes venait d’Amelia et de Burton conjugués. À elle de prouver qu’ils venaient d’hériter de bonnes recrues et tous les espoirs resteraient permis .


La soupe était succulente. Louis, le 14ème du nom, avait, disait-on, amélioré certains arrangements culinaires.
On attaquait un cuissot de... ? *Indéterminé mais goûteux* quand Achille lui fourra son arc sous le nez. L’allusion ne laissait aucune place à l’hésitation. Un test ? Elle le releva et elle avec :


Connais-tu le proverbe « À beau mentir qui vient de loin ? » Lance ta pomme à la verticale, tu verras bien !

Son trait ne rata pas. Deux moitiés de fruits tombèrent dans les mains d’un monarque ravi.
Isabel maintint son arc bandé, prêt à la riposte, visant la poitrine du chef :


Maintenant, je veux des réponses : comment va mon époux ?

Elle le sut dans les secondes suivantes.
Un des sbires d’Achille eut le malheur de la surprendre par derrière. Gourdin levé, il allait l’assommer quand, surgissant de sa tente, l’Ayerling agit
.

NOOOOOOOOOON ! cria-t-elle en se précipitant sur lui afin d’éviter la catastrophe. Je vais bien, on va tous bien ! Ce sont… nos amis… Mon chéri…Suis si contente…

Il vacillait encore mais n’avait pas hésité à intervenir. Le moine courait derrière, réclamant du repos. Pleurer contre une poitrine forte, ça fait du bien…        
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Réveils...    Jeu 28 Fév - 18:51

Son dernier souvenir, flou, était le rencontre avec les supposés Résistants, devant lesquels il s’était affaissé comme frappé par la foudre. L’Ayerling n’eut aucune conscience d’être rustiquement transporté sous une tente ni d’être objet de soins mystérieux de la part d’un moine bouddhiste. Son retour des limbes fut accueilli par un sourire ravi, sur un visage plat aux yeux fendus.

Tu reviens de loin. J’ai eu peur que mon savoir ne put rien pour te retenir ici bas.

Il n’avait pas idée d’être parti quelque part, à part dans les vapes de manière peu louable pour un guerrier de sa trempe mais un vide douloureux lui tenant lieu de tête, il passa outre le besoin de poser des questions. L’autre s’affairait entre fioles et autres bizarreries, alors que des bâtonnets fumants émettaient une odeur qui faillit lui tourner le cœur.

Bois ceci !, et de l’aider à se redresser assez pour pouvoir vider un gobelet de liquide amer, tu sentiras moins de douleur quand je nettoierai cette vilaine plaie.

Sans commentaires. Que pouvait il dire, d’ailleurs ? Le bonhomme menu au crâne luisant, qui semblait se faire tant de bile pour son piètre état, ne prit pas ombrage de son silence et poursuivit avec ses préparations et psalmodiant joyeusement. Lui, se sentait flotter au creux d’une sensation cotonneuse, incapable de bouger, d’aligner deux pensées cohérentes mais suivant une idée fixe, qui, finalement le fit faire l’effort de parler.

Isabel…

Ah, la jolie fille aux yeux de ciel ! Jolie, oui…très jolie…et caractère elle a !

Où…

Les femmes s’occupent d’elle. Bain, habits, manger…Elle m’a donné la dent.

Ah…
, même s’il n’était pas près de comprendre quelque chose.

Tsang va faire décoction…

L’Ayerling opta pour fermer les yeux et faire abstraction de ce qui l’accablait, à savoir douleur et confusion. Ce ne fut pas de longue durée, tout en remuant une préparation nauséabonde, Crâne Luisant interrompit allègrement son essai d’abstraction.

Je suis Hsuan Tsang, moine et guérisseur, entre autres. Et toi ?

Cette présentation tenait, en toute évidence, à débuter une conversation.

Alpha 247.

Curieux nom, reconnut le moine guérisseur, je viens de la Chine et suis mort en 664 après une longue vie à la recherche de l’Ultime Vérité de la doctrine du Grand Bouddha.

Information pour information, s’obligeant à sembler poli, comme il semblait être nécessaire, selon Isabel, il se força à dire :

Je suis un guerrier Ayerling de la Fédération Coloniale, mort en 2469 après avoir combattu la Rébellion.

Sans arrêter de sourire, à moins que celle là fut son expression perpétuelle, le brave chercheur de l’Ultime Vérité, hocha la tête.

Temps de boire la décoction de la dent…Grand bien cela va te faire.

Il crut plutôt que cela lui ferait rendre les entrailles mais curieusement se sentit beaucoup mieux après un moment, pendant lequel, le moine ne le quitta pas des yeux.

C’est la chose la plus épouvantable que j’ai jamais eu à boire, avoua t’il.

Poison tue poison. Tu dois te reposer maintenant, ne pas bouger. Tu es fort mais ce qui t’a frappé est plus fort que toi.

Cryptique. Il assuma, sans plus mais pour alors la rumeur de voix provenant de l’extérieur se faisait plus distincte. Le malaise qui l’avait engourdi cédant, l’acuité de ses sens revenait en force et son ouïe exercée ne manqua pas de reconnaître la voix d’Isabel, surmontant le brouhaha régnant, et elle traduisait colère et aussi peur. Sans le penser deux fois, faisant cas omis de la douleur fulgurante qui lui traversa l’épaule, l’Ayerling repoussa le menu moine qui essayait de le retenir pour se lever et se ruer dehors tel spectre vengeur.

Un grand bonhomme de rude aspect levait son gourdin, prêt à assommer la jeune femme qui, arc tendu, visait un grand gaillard blond. D’un revers de bras, il envoya la brute au sol et l’aurait achevé si Isabel, lâchant son arme ne s’était ruée en sa direction en hurlant, pour après l’entourer de ses bras en disant :

Je vais bien, on va tous bien ! Ce sont… nos amis… Mon chéri…Suis si contente…

Incapable de comprendre quoi que ce soit, il resta là alors qu’elle pleurait, sans se séparer de lui et que le moine sautillait autour d’eux en clamant, à qui voulait l’entendre, que sans repos il était quitte pour une mort certaine et douloureuse. C’est vrai qu’il ne tenait pas trop bien sur ses jambes mais peu importait, Isabel semblait assez contente, sans tenir compte du flot intarissable des larmes. Ce ne fut qu’un instant plus tard que l’Ayerling fut conscient des regards fixés sur eux.

Après…après, glapissait Tsang, maintenant repos…

Viens !, et cette fois il entoura les épaules frémissantes de Miss Kittredge pour l’emmener avec lui, dans la tente du moine.

Tu es fou !...Complètement fou…dans ton état…tu étais mourant…

Sans lâcher Isabel, le guerrier octroya le moine d’un regard limpide.

Je vais bien.

Tu crois cela, il n’en est rien. Certes, je n’ai jamais vu un homme réagir si vite à mes potions, mais cela est peut être traître…tu dois te reposer. Corps et esprit. Tu as ta femme là, elle veillera…en plus de potions et prières, l’amour est toujours bon.

Si tu le dis !, mais il nageait dans l’incompréhension.

Isabel reprenait ses esprits, rassérénée, elle s’écarta de lui, qui regretta cette attitude, cette proximité lui avait résulté plaisante.

Tsang dit, Tsang sait. Maintenant, la plaie…cela va faire mal…Aurais pu faire avant mais devais te ramener d’abord…allonge toi.

Isabel alla se poster un peu plus loin sans pour autant quitter des yeux les gestes du guérisseur. Gestes précis mais d’une délicatesse extrême, voulant lui épargner toute souffrance supplémentaire. L’Ayerling serra les dents et subit, stoïquement les soins, sans qu’on ne l’entende tant soit souffler un peu fort.

Brave tu es…mais se plaindre n’amoindrit personne.

Il aurait pu assurer que le faire n’arrange rien mais ne se trouva pas la force de piper mot. Tsang appliqua un cataplasme chaud , refit un bandage serré et pour finaliser les soins lui fit avaler une autre potion infecte qui eut l’heur de le plonger dans un état second, proche à l’inconscience. Peu à peu, les voix se transformèrent en bourdonnements intelligibles, berçants presque…Engourdi, il eut la sensation d’une main fraîche sur son front mais peut être rêvait il déjà ?

Combien de temps dura cet état d’hébétude ? Il n’en sut trop rien mais en ouvrant les yeux, aperçut en premier lieu le visage souriant du moine.


Tout bien, dit il, ravi avant de s’éclipser de son pas joyeux.

Isabel était déjà au courant des habitudes des lieux. À peine rassurée sur sa santé, elle apparut avec deux gars portant une énorme bassine qui fut remplie d’eau chaude et lui expliqua que l’heure de prendre un bain était venue.

Tu veux que je rentre là dedans ?...C’est une idée absurde…Non ! Je n’ai jamais pris un bain…de la sorte.

Il ne parla pas du passage express sous les rayons désinfectants. Rapide, efficace et sans loisirs. Les rudiments de l’idée rapidement exposés de rien ne valut opposer son opinion, elle l’abandonna à sa toilette qui s’avéra inconfortable en extrême, vu sa taille et celle de la bassine.

Le tas de cailloux local se chargea de le vêtir décemment avant d’être conduit face au Chef et ses lieutenants. Personne ne sembla douter de son aptitude au combat mais tous se montrèrent curieux quand à son équipement. Patient, il donna toute explication pertinente qui lui fut demandée. Les jumelles high-tech soulevèrent l’admiration générale, de même que la puissante torche alimentée d’énergie solaire, le set de communication, la trousse de premiers soins et autres « modernismes » de grande utilité comme le rasoir à lames invisibles dont celui qui s’était identifié comme Louis XIV insista pour voir la démonstration. Il s’acquitta, satisfait de se débarrasser de sa barbe de quelques jours.


Finie sa prestation, l’Ayerling chercha Isabel et la trouva contemplant la vallée en contre bas. Elle avait l’air tracassée et il se remit à supposer que quelque chose devait l’incommoder intensément.

Nous sommes en sécurité ici. Dans la mesure du possible, logiquement. Il semble que vivre isolés, dans ce monde, ne donne rien de bon. Le groupe est uni et consolidé. Les hiérarchies sont respectées, leur chef…Achille ?...C’est qui ?...Connais pas…un guerrier invincible ? Si tu le dis…non, Isabel, les Ayerling n’avaient pas de cours d’histoire de l’Humanité, nous combattions un ennemi de notre présent et n’avions rien à faire avec les gloires du passé…Tu me raconteras ce que tu voudras, après…là, nous devons nous installer.

Elle semblait très bien s’accommoder de la compagnie du moine et être intéressée par sa science.

Sa tente est exiguë pour trois et en plus sent mauvais…en outre, tout le monde semble croire que…toi et moi sommes plus que compagnons de voyage…Le type aux cheveux bouclés a répété plusieurs fois que tu es…ma femme et je t’ai clairement entendu dire que j’étais ton…époux…

Les joues de la demoiselle subirent une hausse remarquable de ton.


Chaque fois que je dis quelque chose qui te gêne tes joues chauffent…suis curieux de savoir s’il y a une température idéale à atteindre ?

Le regard auquel il eut droit n’avait rien de chaleureux, le décidant à poursuivre son exposé sans déviations inutiles ou personnelles, dans la limite du possible.

Il y a suffisamment de place pour nous établir…si tu veux rester avec moi, bien entendu, sinon…j’ai compris !...Je suppose que le Tas de Cailloux…ah bon ?Je manque de respect...la Pierre, donc, fournira le nécessaire. Viens, allons demander…

Elle lui fit savoir ses pensées sur sa façon de donner des ordres à tort et à travers en attendant son obéissance immédiate.

Cela a toujours marché jusqu’ici, je ne vois pas le besoin de changer…au fait…cela veut dire quoi « Chéri » ?...Si j’interprète bien les faits, tu m’as appelé ainsi en semblant très contente de me voir…Faut que je t’appelle ainsi ?...Je crois être aussi content de te voir, Isabel…Allez, on se bouge pour l’installation…chérie !

Agréable sensation que celle de rire. Jamais expérimentée jusqu’à sa rencontre avec Isabel Kittredge. La Pierre du coin adjugeait des demandes spécifiquement utilitaires, à moins de savoir tourner sa requête avec la suffisante malice pour parvenir à ses fins. L’Ayerling ne connaissant pas les rudiments basiques de la manipulation, s’y prit à sa façon, avec des résultats toutefois surprenants, pour les autres. Il reçut de la Pierre plusieurs paquets de différentes dimensions qu’il transporta, sans effort apparent, à l’endroit qu’on lui désigna pour établir leurs pénates. Le reste fut question de minutes. Une tente de bonnes dimensions se dressa, comme par enchantement, après avoir utilisé le dispositif complémentaire. Indifférent de la curiosité des présents, il fixa l’installation au sol à l’aide de piquets métalliques. Isabel inspecta les lieux, suspicieuse, pas trop réjouie d’éveiller, selon elle, la convoitise de leur prochain par cet étalage de vaine ostentation. Discours duquel, il ne capta pas grande chose.

Celle-ci n’est qu’une installation décente où être à sauf des intempéries, tout simplement. Tu veux pouvoir te reposer à l’aise, non ?...Oui, moi aussi…non, je ne cherche pas le confort extrême mais en avoir un minimum ne me nuit pas….Cela ?...Une douche solaire…basique et élémentaire…l’hygiène n’est pas une invention de mon époque…mais nous avons amélioré la façon de s’y prendre…c’est plus pratique qu’une bassine, tu ne crois pas ? …Que veut tout ce monde massé là dehors ?...Voir comment nous vivons ?...

Les curieux ne manquant pas, ils auraient pu passer le reste de la journée à jouer les guides de tourisme mais Alpha 247, avec des arguments imbattables, envoya tout le monde vaquer à ses affaires respectives et fin de l’histoire. Tous obéirent sauf Sa Majesté Louis XIV, qui, il fallait le croire, ne se considérait pas comme partie du commun. Il le mitrailla de questions, donna des opinions qu’on ne lui demandait pas, se permit de mettre en doute certaines attitudes, sans départir du docte conseil pour ceci ou cela. Quand enfin, il alla s’occuper des fonctions qui lui étaient attribuées, l’Ayerling était à point de piquer sa première crise.

Mais, il se prend pour qui, celui là ?

Isabel déclina titres et autres glorieuses nominations de l’illustre personnage.

Une espèce de notable, membre du Conseil Supérieur !, impossible ne pas déceler un certain mépris dans son ton.

Se trouver en plein dans ce petit monde bigarré que constituait le campement de la colline fut une curieuse expérience pour l’Ayerling, habitué au laconisme de sa propre existence où il n’y avait jamais de temps à perdre. En service ou au repos. Chaque instant comptait. Pour combattre était requis un 100% de fonctionnalité, une seconde de distraction ou torpeur coûtait invariablement la vie. De retour à la base, campement ou point de concentration, chaque minute de repos devenait indispensable. Obligatoire. Induit. La Fédération n’avait que faire de troupes oisives, peu performantes. Au campement aux ordres d’Achille, tout était définitivement autrement. Il se tut, écouta et observa. On le jugea arrogant, il n’avait que cirer de l’avis des autres.

Et ceux là sont censés d’être la Résistance ?...À moins d’un entrainement à fond et une discipline rigide, cela ne donnera rien de bon. L’indolence ne mène à rien…

Isabel écoutait ses propos d’une oreille distraite, en feuilletant un de ses livres.

Puisque ce thème ne t’intéresse pas…que dirais tu de m’éclairer sur certains principes sociaux ?...D’abord…explique moi ce qu’est…être en couple ?...Tous là dehors me disent chanceux d’avoir ma propre femme…Ils savent quelque chose que j’ignore…et toi, tu es la seule qui peut…Tu as mal à la tête ?...Dormir !?...Comme cela, tout à coup ?...Tu te sens bien ?...

Deux minutes plus tard, il se retrouvait seul à se demander où avait été la gaffe, cette fois. Bizarrement, dans les jours suivants, chaque fois qu’il revint sur la question, Isabel était accablée de quelque mal subit, se souvenait d’avoir à faire ou de n’importe quoi d’autre. À la longue, il commença à se douter que sa question devait être rudement gênante ou la réponse extraordinairement compliquée.

Homme d’action à temps complet, l’Ayerling s’intégra pleinement à la troupe qu’Achille essayait, sans trop de succès jusque là, de faire ressembler à un groupe d’assaut. Ayant eu le temps suffisant pour avoir une appréciation de la situation, être convoqué à un entretien, en privé, avec le prince des Myrmidons, ne le prit pas au dépourvu.
Le Grec était le chef indiscutable du Campement et homme judicieux, avait su calibrer, sans faille, les aptitudes de la nouvelle recrue. Peu ami de la flatterie, sans doute devinant que celle-ci n’aurait aucun effet sur l’homme du futur, Achille exposa les faits, sans fioritures et demanda à Alpha 247 s’il était disposé à instruire les hommes dans les minuties exigeantes de l’art de combattre. Jamais de sa vie un supérieur au commandement n’avait sollicité de lui un avis encore moins une collaboration volontaire. Si son respect pour Achille augmenta d’un cran, le sentiment d’être en train d’évoluer en humain normal, grimpa d’au moins trois.

Je le ferai. Il y a néanmoins quelques aspects à réviser pour parvenir à des résultats rapides. Tu le sais aussi bien que moi, que pas tous ne sont aptes pour combattre. Il faut démarquer ceux qui le sont sans pourtant reléguer les autres au rôle de spectateurs inutiles…Non, de mon temps cela n’allait guère ainsi. Il n’y avait pas d’inutiles…Élite ? Les Ayerling sont une force de combat créée dans l’unique but de défendre la Cause…celle de la Fédération. Non, Achille, à mon époque, l’individualisme n’existait pas. Pas pour les Ayerling. Je n’avais aucun idéal seulement un Devoir…mais cela intéresse peu en ce moment…

Si cette révélation choqua le Grec, il le dissimula et écouta attentivement ses idées pour améliorer le rendement des forces armées de la Colline. Le Chef sembla satisfait de rencontrer quelqu’un ayant un sens si marqué de la discipline et donna carte blanche à ses actions. Alf, comme tous l’appelaient, faute de mieux, ne lambina pas en chemin, au grand dam de la plupart qui aimait se la couler en douce, se contentant de repartir quelques coups de gourdin, sans grande science, lors des escarmouches avec l’ennemi.

Les manœuvres de Richard et Amelia en matière de signaux méritèrent une significative amélioration avec un apport futuriste, don de la Pierre sur demande du représentant du 25ème siècle. Un émetteur de signaux automatique, à énergie solaire, qui lançait le signal prédéterminé de très longue atteinte, de jour et de nuit, pivotant sur 360°. Installé au point le plus haut de la colline, il devenait un phare incontournable. Au cas de percevoir un signal en réponse, l’artefact émettait alors un signal sonore. Ce qui ne fut pas le cas avant longtemps…
Le premier signal reçu, ne vint via miroitements de miroir mais par d’étonnantes intermittences de fumée. L’Ayerling, infatigable, venait de faire compléter la dixième ascension consécutive du versant le plus escarpé de la colline à sa troupe , mais en bien meilleure forme qu’au début de l’entraînement, quand Pale Horse, grand chef Apache du 19ème siècle donna la voix d’alarme en assurant que ces ronds de fumée étaient la manière dont les guerriers de son temps se communiquaient sur longues distances. En gros, celui qui émettait ces ronds là, prévenait de sa présence mais aussi de danger. Le réponse ne tarda pas : Renfort arrive. L’équipe de rescousse fut laissée à charge de l’Ayerling, sans doute pour tester sa condition de chef de groupe.

Ils sont loin, en effet, assura Alf en faisant le repérage de rigueur avec ses jumelles, nous devrons traverser le fleuve par le gué Nord, allant bon train, sans rencontrer de résistance, nous y serons demain…à condition de se mettre en route rapidement ! Je prendrai huit hommes…soyez prêts dans une heure, équipement léger, comptez avec provisions pour deux journées…Non Louis, quand je dis provisions je ne parle pas de déménager les cuisines…rations de campagne…oui, on m’a déjà dit à quoi cela sait mais comme tu le reconnais toi-même…on n’est plus à Versailles !

Depuis le temps que Sa Très Gracieuse Majesté bassinait tout le monde avec ses fantastiques, divertissantes et très instructives, pour Alf, narrations sur les fastes de sa royale existence, force était d’en avoir retenu quelque chose.

Son choix de prendre huit hommes, tous volontaires, cela allait de soi, ne trouva pas partout le même écho de bienveillance. Louis, qui suivait le même chemin que lui, rigola en murmurant quelque chose comme « scène de ménage » avant de filer dans sa tente. Alpha 247 se gratta la nuque en se demandant de quoi parlait le roi quand il aperçut Isabel, à l’entrée de leur tente, la mine peu réjouie. Sa remarque acerbe ne tarda rien.


Oui, je suis sûr d’avoir dit 8 hommes…Machisme élitiste ?...C’est quoi cet argot mystérieux ?...Ah…si tu le dis, c’est pas dans ta bible…de cela j’en suis sûr. Ben là, c’est clair que la guerre est une affaire nettement masculine…mais tu n’es pas du même avis…Que j’assimile que ce qui me convient !?...Mais voyons…je me limite à suivre le mouvement faute de plus d’information de la part de quelqu’un qui refuse d’en donner…Je n’ai pas le temps d’en discuter…Tu veux venir ?...Je sais que tu es un archer confirmé…et non je n’ai jamais été…sexiste…parce que je ne sais même pas ce que cela signifie…Si tu veux venir, tu n’avais qu’à le dire depuis le début…venir du futur ne me fait pas devin…allez, dépêche toi alors…

*Pas étonnant qu’on n’ait jamais créé un Ayerling femme…ça complique tout !*

Des femmes du campement, les seules avec il entretenait une relation sociale civilisée étaient Amelia, pratique, raisonnable et sans complications, et bien entendu, avec Isabel, dont il ne finissait pas de comprendre certaines attitudes mais dont la compagnie lui était devenue indispensable, sans qu’il sache sciemment expliquer la raison. Les autres lui tournaient autour avec des œillades engageantes, qui l’agaçaient. Il les ignorait, olympien, s’emmurant dans son rôle d’intouchable Ayerling. Ce qui n’arrangeait pas tout mais au moins laissait un marge de sûreté.

Loin de ses menus tracas de socialisation, l’Ayerling menait sa troupe de…neuf volontaires, à train d’enfer. Ils avaient traversé le gué sans problème, le débit du fleuve ayant diminué. Leur avance régulière dura jusque dans la nuit, sans avoir fait de rencontre hostile mais tous avaient la sensation d’être observés.


Ils attendent qu’on baisse la garde pour nous tomber dessus, dit Gontrand, l’écuyer.

Non. Ils sont surpris. Ils ne s’attendent sans doute pas à trouver un groupe organisé et équipé, se baladant la nuit, impunément, dans leur coin, renchérit l’Ayerling tranquillement, ils vont nous regarder de loin mais si l’un de vous s’éloigne d’un pas du périmètre…ils n’hésiteront pas. Les balises sont placées et donneront l’alarme s’ils les dépassent…mais ils ne le savent pas. Ils ne sont pas nombreux, cas contraire ils auraient misé sur cela pour essayer de nous attaquer.

Tours de garde désignés. Il s’allongea près d’Isabel. Elle ne dormait pas.

Tu ferais mieux de te reposer sinon tu ne tiendras pas le train…ne discute pas, femme…dors. C’est un ordre… Non, je ne compte pas que tu m’obéisses mais j’allège ce que tu appelles conscience…Si tu ne pouvais pas suivre ?...Suivant les règles Ayerling, je te laisserais là…mais suis déboussolé depuis mon arrivée ici alors, je te mettrais en travers l’épaule et continuerais…Bonne nuit !

À mi-matinée , le groupe rencontra ceux qu'ils étaient venu chercher. Ils étaient neuf. Six hommes et trois femmes. Ils avaient fait un bon bout de chemin depuis l’endroit du premier signal. Les présentations furent rapides. Louis, charmant diplomate, s’en chargea dans son style fleuri. Il en ressortit qu’ils avaient affaire avec deux guerriers sioux, jumeaux inséparables même en mort et renaissance. Un noir l’air peu commode qui assura être un fier Zoulou. Un autre, peau mâte et regard insondable, était un Thug. Le cinquième, un trappeur du Grand Nord et le sixième un Mongol. La gent féminine était représentée par une sorcière française, une impératrice autrichienne et une reine grecque, face auxquelles ce cher Louis tomba presque en pâmoison.

Il ordonnait le retour quand, gracieusement, une des majestés, la brune, exhiba une dent monstrueuse en racontant une histoire convaincante…
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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Re: Réveils...    Dim 3 Mar - 22:57


Les habitudes sont difficiles à perdre.
Toute sa vie, Isabel avait consacré du temps aux autres, à se soucier d’eux, de leur santé, de leurs besoins, surtout ce ceux des enfants. L’Ayerling n’était pas si… différent, en caractère du moins. Pour ce qui en était de l’anatomie… Mais ça, Isabel préférait ne pas y penser.
Juste pour qu’hommes et femmes de ce camp lui fichent la paix, elle n’avait rien trouvé de mieux qu’un petit mensonge : être la femme d’Alpha. Ce « statut » la prémunissait tant de la jalousie des autres femelles que de la concupiscence des mâles. Aucun de ces derniers n’oserait se frotter à « son » homme, non ? Donc, tout baignait. En un sens, leur association, pour étrange qu’elle soit, fonctionnait. Tout mal fichu qu’il était l’Ayerling ne l’avait-il pas encore protégée d’un coup de gourdin sur le crâne ? Si elle avait été une princesse des temps jadis, elle aurait juré qu’il était son champion.
Le moine désirait néanmoins encore le retaper. Il obéit non sans lui avoir – geste extraordinaire – entouré les épaules d’un bras sûr, non comme si elle était une béquille mais bien en protecteur.
Les paroles du bouddhiste qui insistait pour du repos amenèrent quelques rougeurs aux joues d’Isabel :


Tu as ta femme là, elle veillera…en plus de potions et prières, l’amour est toujours bon.

*L’amour du prochain, oui, oui !*

Elle se raccrocha à ces pensées et laissa le guérisseur œuvrer.
Le traitement infligé devait faire un mal de chien mais, à part des mâchoires crispées, l’Ayerling ne manifesta rien d’autre qu’un souffle à peine plus haletant.


*Crie ! Débats-toi !*

Elle, elle se mordit les lèvres pour ne pas hurler à sa place. Mais s’il était fort, elle devait l’être aussi. Elle pria avec ferveur toute la durée du traitement. Enfin, après une potion de sa composition, Tsang parvint à expédier Alpha dans les limbes. Alors Isabel osa s’approcher :

Il ira bien, n’est-ce pas ?

Pâle il est, bien il sera.


Caressant le front de l’homme du futur, Isabel avoua :

Vous savez... Monsieur, mon père…

Tsang suffit ! Je sais… ou du moins je devine… Langue ment, cœur jamais !


Une larme furtive s’échappa des paupières d’Isabel qui parvint à tordre un sourire :

Il compte beaucoup pour moi. C’est l’enfant que je n’ai pas eu…


Hum… Grand enfant alors ! Avant bébé, faut homme ! Penser à l’endroit vaut mieux !


Isabel se refusa à extrapoler ces paroles. Elle le veilla sans faillir et, même si cela ne servait pas à grand-chose, sauf à lui donner le sentiment d’être utile, elle lui bassina le front et lissa ses cheveux blonds.
Elle finit par sommeiller aux pieds de la couche quand le moine l’expédia se rafraîchir. Grand Dieu, il avait raison ! Depuis la veille, elle n’avait fait aucune ablution.
Le système d’alimentation en eau était rudimentaire. Une équipe allait régulièrement au fleuve y puiser de grosses outres.


*Faudra que j’en parle à Achille ! C’est dérisoire !*


Elle imaginait un système de poulies et cordages tout en se lavant. Louis ne vit aucun inconvénient à ce qu’elle emprunte la plus grande bassine, ni à ce qu’elle requière quantité de liquide chaud. Deux hommes lui prêtèrent main forte pour le bain d’un Ayerling pas trop content de cette décision :

Crasse entraîne vermine ! Tu n’as jamais pris de bain ?... De la sorte ou pas, tu dois être propre !

Évidemment, elle se retira pendant l’immersion et se chercha une occupation. Apparemment, le camp complet connaissait les origines d’Alpha. Cela la tracassa. À qui pouvait-on se fier ? Celle qui lui était contemporaine n’avait rien trouvé de mieux que d’aller cafter aux « autorités » locales ! À l’occasion, Isabel se jura de lui dire deux mots quoique, tout compte fait, elle ne lui dirait plus rien du tout !
Elle sut qu’Alf subissait un debreafing mais n’eut aucune appréhension quant à sa réussite à l’examen de passage. Ces gens, s’ils étaient un peu sensés, ne renieraient pas l’avantage de disposer d’un tel atout dans leurs rangs. Après sa petite prestation de tir à l’arc, Isabel savait qu’on ne la négligerait pas non plus. N’empêche qu’elle tournait en rond en se posant mille questions sur le futur.
Tiens, Alpha s’inquiétait-il pour elle ? Il la retrouva en train d’observer les alentours et lui fit un rapport de ses conclusions. Ils les considéraient comme à l’abri, acceptait la suprématie d’Achille et voulait s’installer. Par contre, il ne désirait pas laisser ses pénates chez Tsang :


Sa tente est exiguë pour trois et en plus sent mauvais…en outre, tout le monde semble croire que…toi et moi sommes plus que compagnons de voyage…Le type aux cheveux bouclés a répété plusieurs fois que tu es…ma femme et je t’ai clairement entendu dire que j’étais ton…époux…

Pourquoi était-elle si émotive quand il s’agissait de ces choses ? Il ne rata pas son fard croissant :

Chaque fois que je dis quelque chose qui te gêne tes joues chauffent…suis curieux de savoir s’il y a une température idéale à atteindre ?

*C’est une curiosité que tu n’es pas prêt d’assouvir !* râla-t-elle sans un mot.

Là-dessus, monsieur du futur lui proposa « gentiment » de partager, si elle le désirait, son nouveau logis composé à partir du tas de cailloux. Elle tiqua :


Sois un peu respectueux ! Ces Pierres ne sont pas… normales ! Chez moi, on les dirait sacrées * ou démoniaques* … et puis cesse un peu de m’ordonner des trucs ! Je suis assez grande, et libre, pour faire mes choix ! Tu désires aller prier ? Je te l’accorde, allons-y !

En fait Miss Kitterdge était très curieuse de voir ce que donneraient les prières de l’Ayerling et, puisqu’elle était plongée jusqu’au cou dans un mensonge, autant l’assumer au bout. Il la sidéra encore avec une allusion, somme toute naturelle.

Au fait…cela veut dire quoi « Chéri » ?


Je t’ai donné un dictionnaire, lis-le !

...Si j’interprète bien les faits, tu m’as appelé ainsi en semblant très contente de me voir…Faut que je t’appelle ainsi ?...Je crois être aussi content de te voir, Isabel…Allez, on se bouge pour l’installation…chérie !


Au moins, il avait appris un certain sens de l’humour. Elle ne put s’empêcher de rire aussi.
En tout cas, l’Ayerling avait ses notions de confort. C’était tout bonnement révolutionnaire. De quoi, hélas, attirer la curiosité et – hélas encore – l’envie des autres. Alf fit le guide touristique de leur habitation. Ce futé de roi soleil n’en rata pas une ! Comme par exemple le fait que les deux lits soient séparés :


C’est plus hygiénique !
s’empressa Isabel, pas certaine que l’altesse comprenne ce mot.

En tout cas, Alpha ne l’appréciait pas, ce Louis.

Mais, il se prend pour qui, celui là ?

Ce qu’il était, le pauvre… Un roi, un très grand roi d’Europe. Louis Le Grand veut dire beaucoup. Sa cour était fastueuse, ses richesses nombreuses et son influence marquée…

Apparemment, Alf méprisait les nobles. Pourtant, il appréciait Achille. Isabel se garda de lui signaler qu’il s’agissait d’un prince… Elle lui laissa l’illusion qu’à part être un guerrier invincible – ou presque – il était du commun…
Que le chef accorde à Alf la mise en forme des troupes allait de soi. Elle, elle n’avait de place nulle part. Son statut « d’épouse » de celui que l’on craint l’excluait de tous les postes. Les femmes prétendirent n’avoir besoin d’aucune aide, les hommes s’écartaient sur son passage. Peut-être que si elle en avait moins voulu à Amelia qu’avec elle la conversation aurait trouvé entente ? Rarement Isabel s’était trouvé si désoeuvrée. Elle cousait un peu, lisait beaucoup, à défaut. Son plan pour amener de l’eau jusqu’au sommet de la colline mûrissait bellement quand Alf la prit à nouveau de court. Après lui avoir parlé de résistance, il enchaîna sur les principes sociaux :


D’abord…explique moi ce qu’est…être en couple ?...Tous là dehors me disent chanceux d’avoir ma propre femme…Ils savent quelque chose que j’ignore…et toi, tu es la seule qui peut…

Non ! Je ne peux pas ! Tu as ton dictionnaire pour ça. Là, j’ai la migraine… oui, je vais dormir !

Si seulement il s’était contenté de ne l’embêter qu’une fois avec ça ! Mais non ! Il revint souvent à la charge. Contrite, engluée dans ses mensonges et esquives peu crédibles, Isabel alla demander du secours à Amelia :

Je suis désolée de t’avoir tiré la gueule ces derniers jours ! Tu avais promis et… ok ! On oublie. Là, j’ai un gros, mais alors très gros souci avec Alpha… Euh… on n’est pas marié… rigole pas ! Tu le savais ? Mais ce que tu ne sais sans doute pas c’est que pas plus lui que moi nous n’avons jamais… euh… enfin tu vois…

Elle voyait sans voir. Isabel était à la torture. Elle craignit que l’aviatrice se méprenne :


… Je ne suis pas si ignare, quand même !... Bien sûr que je tiens à lui, et je crois que lui aussi tient à moi mais… Non !(fard intense) … Je voudrais juste des conseils pour… fraterniser sans équivoque…

Laisser couler ? Beau conseil, en vérité. Plus chamboulée qu’avant, Isabel était comme deux ronds de flan.
Les nuits, Isabel pleurait souvent, sans bruit, dépassée par d’étranges sentiments. Elle aurait bien souhaité aller se nicher contre l’épaule forte de son compagnon de chambrée mais s’y refusait sous peine d’être mal perçue.
Puis, il y eut un nouveau signal de la part de résistants ou soi-disant tels. Aussitôt Alpha donna ses directives, révoltantes.


Je prendrai huit hommes…soyez prêts dans une heure, équipement léger, comptez avec provisions pour deux journées…

Huit « hommes », mon « chéri » ? … Tu n’es qu’un macho élitiste ! ( il ne pigeait rien) ça signifie que tu considères les femmes comme moins que rien * patate* … C’est ça, interprète la bible comme tu veux, elle a beaucoup de double sens, j’en conviens…*Pour les explications, tu repasseras… plus tard* … le sexisme a vécu ! … oui, je veux venir ! Je suis archère confirmée, non ?

Chic ! Il l’accepta dans le groupe. Elle ne lui dit pas qu’en fait elle ne supportait pas l’idée même d’un éloignement. Une mère-poule ne garde-t-elle pas ses poussins à portée de main ? Quand on se leurre soi-même, on se leurre bien…


Dans quelle galère s’était-elle embarquée ? Suivre le train n’épargna ni forces, ni maux. Elle ne se plaignit pas, elle l’avait voulu, non ?
Avec une surprise émotive, la nuit, elle le perçut à ses côtés. Avec son style particulier, il l’engagea :

Tu ferais mieux de te reposer sinon tu ne tiendras pas le train…ne discute pas, femme…dors. C’est un ordre…

Pour un peu, elle se serait tordue de rire. Il était unique, ce gars !

Tu crois qu’il suffit d’ordonner et plouf, dodo ? Mais dis-moi, que ferais-tu si je devais rester en rade ?

Ce qu’il dit ne manqua pas de sel. Contrairement aux habitudes des Ayerling, il ne la laisserait pas. Rassurée, elle ferma les yeux.

Le groupe des neufs qui avait répondu au signal lumineux s’avéra composé de 6 hommes et trois femmes. En serrant les dents, Isabel déplora les manières de son « époux ». La diplomatie et lui faisaient encore deux !

Bonjour ! s’empressa-t-elle auprès des femmes. Je suis Isabel, femme du 20ème siècle. Quelqu’un est-il blessé ? Avez-vous faim ou soif ? En quoi puis-je vous soulager ?


Les manières de Louis auprès de la reine de Sparte agacèrent Alpha
:

*Ferait bien d’en prendre de la graine !*


Cela discuta un peu mais il s’avéra qu’au lieu de rentrer, on resterait puisqu’un trésor dormait sur un îlot de sable. Voir celle qui se prétendait impératrice exhiber une dent similaire à celle qui avait frappé Alpha requit toute l’attention.
On se sépara, l’organisation débuta.
Pendant qu’Alf donnait ses ordres aux hommes, Isabel noua avec ses condisciples :


Alf n’est pas notre chef. C’est Achille… oui, le même... Ne vous vexez pas si Alf nous considère souvent comme quantité négligeable... Il vient de loin devant nous…

L’ébahissement d’Isabel valut celui des autres quand ils virent la belle autrichienne assumer la sécurité des navettes entre l’îlot et la rive. Parlait-elle réellement au monstre du fleuve ? Elle était taiseuse là-dessus. Léontine, la sorcière, lui confia de petits secrets tandis qu’elles élaboraient une tambouille :

Elle a le signe de l’eau ! Je l’ai reconnu dès que je l’ai vue ! Elle et Hélène allaient être soumises au boss… le chef de l’autre rive…


Vous en venez ? Vous savez qui ils sont, combien ils sont ?

Elle savait ! Quelles magnifiques révélations !
Grillant d’impatience, Isabel attendit le rendez-vous nocturne avec son « époux »
.

Alf... Alpha, j’ai des choses à te dire … Euh, non ! Pas de reproches, voyons ! … Écoute-moi, pour une fois !

Qu’il soit las, elle le comprenait mais elle voulait absolument se faire entendre.
Se collant plus étroitement à lui, elle murmura :


Ces femmes viennent du camp des pillards… Elles s‘en sont échappées, c’est un atout majeur, tu captes ?... oui, oui ! Je m’arrangerai pour les confidences, pas de souci… Que, co... comment ?

Zut, il avait lu le dictionnaire.

… c’est ça, en gros. Un couple signifie une paire, deux individus qui s’entendent bien. C’est ce que l’on est, non ?

Voilà qu’il parlait d’accouplement. Si elle n’était pas déjà sur sa couche, les jambes lui auraient manqué. Elle déglutit :


L’un n’entraîne pas l’autre, pas forcément, sauf chez les animaux ! Eux agissent par instinct de reproduction. Chez les hommes, c’est différent* je l’espère* … Pas question d’éprouvette, c’est une question de sentiment… Laisse tomber ! On en reparlera une autrefois, d’accord ?


N’empêche que son bras sous ses épaules, sa chaleur, déclenchaient des choses… interdites.
En guise de bonne nuit, elle lui octroya un bisou sur le nez puis basta.
Le lendemain, le travail alla bon train, suffisamment pour faire taire des voix intérieures.
Prévenu, le groupe savait que des gens de la colline venaient à eux.


*Faut-il qu’il soit intéressé pour se déplacer en personne !*

Achille, dans toute sa splendeur de chef, réclamait des rapports concis.
Nul ne rata une certaine rencontre.
Pourtant les affaires furent montées rapidement. Si Achille et Elisabeth discutèrent longuement, on fit ceux qui ne remarquaient rien en obéissant sagement aux ordres.
La colle de Léontine puait mais semblait efficace en calfatage du radeau entrevu par Alf et confirmé par Louis.

Je dois prévenir Sissi, souffla Isabel à son Alf… Mais de la jalousie des autres ! Toi, tu n’as rien vu, rien suspecté, évidemment !... Pourquoi crois-tu que j’ai déclaré être ta femme ? Ton accouplée, si tu préfères ? … Ne prétends pas que ces harpies ne t’ont pas fait du gringue, je ne suis pas aveugle ! Enfin, Alpha… C’est, euh… élémentaire. 1 1=2 mais quand il n’y en a qu’un pour plusieurs, c’est…*la m***e !* Compliqué, oui !

Avec une sagesse étrange, Alf lui conseilla de la boucler. Les choses se tasseraient d’elles-mêmes car la loi du plus fort primerait.
Puis, au moment où l’on crut pouvoir réaliser le plan d’évacuation des ossements, voilà qu’un affrontement se déclencha.
Dieu qu’ils étaient nombreux, les autres ! Retenir l’Ayerling ne fut pas mince affaire.


La Houle est toujours là ! Ils ne passeront pas !

Hélas, Sissi l’avait si bellement envoyé promener que le monstre ne se pointait pas. Il fallut défendre peau et tribut. Elle et son arc ne rataient pas. En arme de jets, Louis fournit des catapultes que beaucoup avaient appris à manipuler. Alf les avait dédaignées. Il se rattrapa après quelques essais et les rangs ennemis se décimèrent sauf qu’ils disposaient de rafiots.
Malgré les exhortations d’Achille, Elisabeth plongea. Peu après, rappliquant d’on ne sait où ; la Houle goba les téméraires et tout fut dit.
Dans leur camp, peu de blessés ici ou là. Léontine, secondée par Sissi, examina ces bobos.

Près d’Alpha, la main sur le côté gauche, Isabel hoqueta en souriant de travers.

Je… je suis désolée, dit-elle. Ça passe… ou ça casse…


C’était cassé.
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Réveils...    Dim 10 Mar - 22:04

D’autres temps, d’autres mœurs, prêchait Isabel. Faudrait y croire. Il commençait à s’y faire mais ce n’était pas toujours facile. Alpha 247 ne se montra pas sous son meilleur jour mais il n’était pas là pour éveiller la sympathie de quiconque mais pour se faire obéir. Sa mission était retrouver les nouveaux arrivants, les protéger et guider vers le campement de la colline. Il suffit de quelques mots et d’une dent pour contrevenir le procès. La femme brune qu’on avait présentée comme Elisabeth n’avait pas tort.

Un tas de reliques dort encore sur l’îlot. Ce serait idiot de le laisser là !

Le tout accompagné de déclarations dignes d’être tenues en compte, selon lesquelles elle serait dans les bonnes grâces du monstre du fleuve. Sceptique par nature, l’Ayerling leur aurait ri au nez, mais son sens de l’humour n’arrivait pas si loin et puis dans un monde comme celui là, on pouvait s’attendre à n’importe quoi. Un repérage plus tard, il devait admettre que sur l’îlot reposait effectivement un squelette démesuré. Si chaque pièce de ce monstre était capable de dégâts comme ceux qu’il avait subi, cette trouvaille équivalait à une avance précieuse dans leurs desseins : il y avait de quoi équiper une petite armée d’artefacts létaux.

Louis, tu guideras le groupe de retour. Choisis l’escorte et reviens avec des renforts, il faut une équipe performante pour déménager ce butin en vitesse. Nous ne sommes, sans doute pas les seuls à le convoiter.

Sa Majesté ne trouva rien à redire et obéit au quart de tour. Il partit avec quatre hommes du groupe initial. À part la femme blonde, le reste des nouveaux décida de rester là pour prêter main forte.

Je vais aller sur l’îlot pour faire une reconnaissance précise, il regarda Elisabeth qui avait fini de prendre congé de sa compagne, si ce que racontent les autres est vrai, alors je te demanderai de m’accompagner.

Aucune crainte ne l’habitait mais le moment n’était pas à prendre des risques inutiles. La jeune femme obtempéra sans commentaires et peu après, ils se trouvaient à contourner l’épave monstrueuse.

D’après Léontine, ce sont des Titans… des sortes de géants invincibles.

Il n’avait pas la moindre idée de quoi elle parlait mais autant faire comme si. En tout cas, cette ossature énorme ne pouvait appartenir qu’à quelques créature extraordinaire. Il examina quelques pièces, les trouvant d’une densité étonnante vu le temps d’exposition aux éléments. Le matériau était lourd comme crût bon lui faire remarquer Elisabeth.

Le seul moyen de les déménager d’ici, c’est de traverser avec…

C’est bien celui là notre principal souci, admit il à contre cœur, discuter avec une femme n’était pas de son ressort, la seule, jusque là, à avoir cette prérogative était Isabel, il faudra construire un ou plusieurs radeaux. Prenons quelques échantillons et retournons avec les autres.

Chose dite, chose faite. Laissant aux femmes le loisir de s’occuper des labeurs domestiques, il réunit les hommes et donna des ordres précis : abattre des arbres en nombre nécessaire pour construire les radeaux. Sa formation d’Ayerling ne contemplant aucune spécialisation en bucheronnage, il délégua le choix des meilleurs arbres à ceux qui s’y connaissaient. Sven et le trappeur du Grand Nord furent une aide précieuse. Le travail continua jusqu’à la nuit tombée, sans relâche.

Le bivouac, correctement aménagé, offrait un minimum de confort mais assez de sécurité. L’abri des rochers du rivage permettait une surveillance aisée et le côté fleuve , tant que la Houle serait présente, résultait imprenable.

Tours de garde établis, Alpha 247 gagna ses pénates avec une seule idée en tête : dormir. Mais Isabel décida que cela pouvait attendre.


Alf... Alpha, j’ai des choses à te dire …


Il la regarda, suspicieux.


Qu’est ce que j’ai encore fait ? Quelque reproche à faire ?

Euh, non ! Pas de reproches, voyons ! …

Ayant plutôt l’habitude du contraire, c’était presque rassurant. Il pourrait dormir en paix, sauf que…

Écoute-moi, pour une fois !

Ton péremptoire, mais il ne se laisserait pas avoir si facilement, du moins c’était son intention première.

Suis fatigué, Isabel…j’ai besoin de…


Inutile de faire valoir ses prétentions de repos bien gagné, quand la miss avait une idée en tête, tous les moyens étaient bons pour faire entendre ses raisons. Cette fois, elle le surprit en écourtant notablement la distance entre eux, sans rechigner quand, par la force des choses, il lui passa le bras sous ses épaules pour rendre la conversation plus confortable. Jamais elle n’avait été si proche et cela lui produisit une sensation de bienêtre très agréable, tant et si bien qu’il faillit rater ses premières paroles.

Ces femmes viennent du camp des pillards… Elles s‘en sont échappées, c’est un atout majeur, tu captes ?...

C’est vrai qu’il faisait diablement bon, là mais pas comme pour ne pas saisir la teneur de cette information.

J’ai parfaitement compris. Tu as raison c’est un atour de vitale importance. Qu’ont-elles dit de plus ?...Pas grand-chose. Logique. Il faut que tu les pousses à en parler plus, on a besoin de tous les détails…

Oui, oui ! Je m’arrangerai pour les confidences, pas de souci…

La connaissant chaque fois plus, il savait que ce ne serait pas bien difficile pour elle de parvenir à ses fins. Elle sourit, satisfaite d’avoir livré son information et se disposait à reprendre sa place mais il la retint.

Puisque tu es là et je suis bien éveillé, parlons un peu…de notre couple…

Elle se crispa comme si on l’avait pincée mais il fit semblant de ne rien remarquer. Pas question de la laisser filer sans avoir, enfin, le fin mot de l’histoire.

Que, co... comment ?

Tu m’as bien entendu…Ton dictionnaire est vraiment très utile en temps voulu mais, à mon avis, rien ne vaut l’info de vive voix…donc couple signifie un homme et une femme réunis…

Lueur d’affolement au fond de ses yeux, douce rougeur envahissant ses joues. Pas de doute, il était sur le bon chemin et le pire est qu’il était en train de s’amuser.

Alors…c’est bien ça, non ?


C’est ça, en gros. Un couple signifie une paire, deux individus qui s’entendent bien. C’est ce que l’on est, non ?

Ça m’en a tout l’air, oui…mais il y avait plus…de couple dérive accouplement…et là, la définition entraîne d’autres faits. On ne parle plus de réunion mais d’union…si j’en crois à ma lecture qui définit accouplement comme étant le terme biologique pour désigner le rapprochement de deux individus sexuellement complémentaires aboutissant à une reproduction sexuée.

Prise de court, elle rougit encore plus, sembla assez horrifiée des ses connaissances mais se reprit avec la suffisante maîtrise pour riposter même si sa voix n’était pas trop assurée :

L’un n’entraîne pas l’autre, pas forcément, sauf chez les animaux ! Eux agissent par instinct de reproduction. Chez les hommes, c’est différent…

Ah bon ?...Oui, enfin, les éprouvettes arrangent…

Là, elle se rebiffa.

Pas question d’éprouvette, c’est une question de sentiment…

*Ça semblait si simple…*


Sentiment ?

Mais évidemment c’était trop espérer pour une seule fois.

Laisse tomber ! On en reparlera une autre fois, d’accord ?

À ce train là, je ne finirai jamais de piger…ce ne doit pas être si…

Compliqué se perdit quelque part alors qu’en coupant sec la conversation, juste quand cela devenait prenant, elle l’octroya d’un attouchement inédit en frôlant son nez de ses lèvres avant de rouler vers son côté de leur couche improvisée et lui tourner le dos avec la claire intention de dormir. Il replia le bras sous la tête et resta là à réfléchir, sommeil envolé.

Il lui sembla n’avoir dormi que quelques minutes quand déjà les bruits du campement en éveil, le forcèrent à se lever et reprendre le travail. Un signal de la colline informait de l’arrivée, en cours de la journée, des renforts. L’abattage allait bon train tandis que sous l’égide sécurisante d’Elisabeth la navette établie entre îlot et berge, rapportait des petits os pour être triés par séries.
Alpha 247 ne se contentait pas de donner des ordres, il travaillait d’arrache pied à la pair des autres, le faire l’aidait à ne pas trop penser même si cela n’arrangeait rien. Il se trouva à plusieurs reprises en train de chercher Isabel du regard.


Qu’Achille fasse partie des renforts étonna plus d’un. L’Ayerling se remit à faire un rapport concis des avances faites et observation des alentours avant que le Chef ne soit distrait par autre chose. Alpha poursuivit avec le travail sans s’occuper des autres jusqu’à ce que le Quatorzième du nom ne se pointe pour faire causette, ce qui signifiait poser des questions et donner des conseils. Il aurait préféré une gourde d’eau fraîche.

Nous allons construire deux radeaux, au moins.

Le cher homme croyait sans doute ferme au sain esprit de la contradiction.

Un radeau suffira…

Je dois supposer que tu es un grand connaisseur en matière de radeaux, dit-il, pincé.

L’autre ne s’en démonta pas pour autant, reprenant, avec morgue.

Non, je ne connais pas ces embarcations, sauf par lectures. Galères et réales sont plus dans mes cordes, m’enfin, faudra faire avec. Avec Richard, on a estimé les coudées à donner. Il nous faudra entre trois et cinq jours pour l’assembler. Il manque juste de la colle…

De la colle ?

Pour calfater, sinon ça prend l’eau, le ton laissait implicite que le Roi le tenait pour un idiot.

C’est une première pour moi aussi, reconnut Alpha, sans pour autant sembler plus humble pour cela, tu te doutes bien que de mon époque on n’utilisait pas des transports si…primitifs. Mais ce ne sera pas un seul radeau. Impossible transporter toute cette charge sur une seule plateforme qui résulterait très difficile à manier dans le courant du fleuve.

La plupart des arbres nécessaires étant débités, il fallait attendre que « la colle » soit prête. Si la préparation était aussi efficace que puante, ils pouvaient se sentir rassurés quand au calfatage des radeaux. Ce n’était pas pour autant qu’on resta les bras croisés à jouir des beautés de la nature. Il y avait suffisamment de travail pour occuper chaque minute de tous et chacun…enfin, de presque tous !

Le repos nocturne était ineffablement bienvenu et avec, les confidences d’Isabel. De soir en soir, il prenait chaque fois plus plaisir à ces conversations à mi-voix en l’ayant toute proche.

Je dois prévenir Sissi.

La prévenir ? De quoi ?

Mais de la jalousie des autres ! Toi, tu n’as rien vu, rien suspecté, évidemment !

Ben… je fais mon boulot, m’occupe pas de ce que font les autres….raconte plutôt ce qui te tracasse…

Il en allait de la foudroyante sympathie que semblaient partager Achille et la sirène. Elle avait raison, il avait raté toutes les cases, là. Miss Kittredge le mit au parfum en un rien de temps, apportant, en passant, certains éclaircissements.

Pourquoi crois-tu que j’ai déclaré être ta femme ? Ton accouplée, si tu préfères ?

Tu trouves l’idée rassurante ?, s’enquit il jouant le numéro de l’innocence totale alors qu’il commençait à dévider l’écheveau des mœurs locales.

Ne prétends pas que ces harpies ne t’ont pas fait du gringue, je ne suis pas aveugle ! Enfin, Alpha… C’est, euh… élémentaire. 1 1=2 mais quand il n’y en a qu’un pour plusieurs, c’est…

*Très peu pratique…*

Hmm…compliqué ?

Compliqué, oui !

Te mêle pas de ça, Isabel. Cela se tassera tout seul, à la bonne ou comme ce soit…Les trois là haut finiront par piger ce qu’il faudra piger.

Vu l’état des choses et ses consultations compulsives du fameux dictionnaire, il se fallait de peu pour y voir parfaitement clair. L’ attitude d’au moins deux des dames de la Colline ne laissait rien au mystère même pour un « étourdi » social de son calibre. Le fait qu’Isabel ait remarqué cela lui produisit une douillette satisfaction.

Comme prévu l’assemblement et calfatage des radeaux prit son temps. Les plateformes étanches et stables, tenaient parfaitement l’eau. Le travail d’arrimer la précieuse cargaison se fit de manière ordonnée et effective. Ils révisaient les derniers détails quand les vigiles donnèrent la voix d’alarme. Un groupe nourri de pillards ne tarda pas à se manifester sur la rive opposé. Ils faisaient étal d’une bonne organisation et s’étaient, en toute évidence, bien préparés pour avoir le dernier mot de l’affaire. L’absence de la Houle, depuis quelques jours, semblait leur laisser croire que tous les espoirs étaient permis. Arcs et flèches faisaient leur ouvrage ainsi que les frondes de Louis. Arme inconnue pour Alpha qui, au début, décida de s’en passer mais vu le besoin demanda une instruction rapide. Les pillards ripostaient eux aussi avec des armes semblables mais n’étaient pas aussi adroits que voulu. Cependant les voir mettre des embarcations rudimentaires à l’eau laissa présager un très mauvais moment pour les défenseurs de l’îlot et son butin.
La Houle, rappelée par Elisabeth, mit fin à l’affrontement, décimant les rangs de l’ennemi. Pas de pertes humaines à déplorer de leur côté mais…


Il était là, à donner des ordres pour poursuivre l’arrimage quand Isabel s’approcha, sa pâleur était effrayante.

Isabel…qu’est ce que tu as ?

Je… je suis désolée. Ça passe… ou ça casse…

Son sourire de travers finit en hoquet alors qu’elle chancelait. Il la rattrapa dans sa chute. La suite fut un cauchemar au ralenti. À l’instant où il découvrit sa blessure, toute la maîtrise de l’Ayerling sembla se réduire au néant pour le transformer en un être humain comme tous les autres, miné d’angoisse, sentant la peur lui tordre les entrailles, prêt à sombrer dans le désespoir en état pur. Il hurla demandant de l’aide, alors que tous étaient autour d’eux. Léontine examina la plaie.

Un trait en bois lui a traversé le côté…c’est une vilaine blessure. Je ferai ce que je pourrai mais…

Louis intervint en assurant que le moine de la colline s’y connaissait en guérisons difficiles. Achille concorda avec lieu. S’il n’avait tenu qu’à lui, Alpha 247 aurait couru d’un trait vers le campement en emportant sa « femme » inanimée. Le plus petit des radeaux était prêt à partir. Il s’y embarqua avec son précieux fardeau, la sorcière française tint à l’accompagner. Dawson, le trappeur, assura savoir comment s’y prendre et guida l’embarcation dans le courant…

Isabel…ne me fais pas ça…ne me laisse pas…, suppliait le guerrier du futur, dépassé de bout à bout par ce bouleversement, fais un effort…tu es forte et têtue…je promets ne plus poser des questions idiotes…Reste avec moi…

Les soins de la guérisseuse semblaient lui avoir fait du bien, sans être tout à fait consciente, Isabel ouvrait parfois les yeux et esquissait une espèce de sourire qui se voulait rassurant. Il sentait alors une bouffée d’espoir qui ne parvenait pas à enrayer ce sentiment de défaite atroce qui le laissait démuni. Il découvrait sa qualité d’être humain à part entière, investi par le plus primitif des atavismes : la peur.

Tsang les attendait au débarquement. Il examina brièvement la blessée et lui ordonna de la porter à sa tente. Gravir la colline à toute vitesse en portant Isabel ne lui demanda ni effort ni temps. Le moine arriva peu après, sans départir de son calme souriant.


Toi , calme, elle ne va pas si mal que cela…Je vais m’occuper de sa blessure. Tu peux attendre dehors.

Je reste ici, gronda t’il sans bouger de sa place ni lâcher la main de la jeune femme.

Ton regard fixé sur mon crâne pas bon pour concentration !, assura Tsang avec une petit sourire amusé.

Arrange toi, moine…vais nulle part, en plus c’est pas ton crâne que je regarde !

Petit sourire entendu. Le moine alla préparer ses onguents et décoctions non sans avoir auparavant allumé ses bâtonnets aromatiques qui soulevaient le cœur de l’Ayerling.

Trait fiché encore, vais l’enlever, soutiens là, cela va faire un peu mal.

Donne lui quelque chose pour qu’elle ne souffre pas !, ordonna Alpha.

Tsang sait ce qu’il doit faire. Ton silence sera de plus d’aide que tes grognements.

Isabel gémit à peine quand d’un geste adroit le moine enleva le trait de sa chair. Il se trouva à caresser ses cheveux en égrenant des mots dont il n’avait même pas conscience. En secouant la tête et rigolant en son for interne, Tsang poursuivit son labeur en appliquant toute sa science. Certain que s’il faillait, ses minutes étaient comptées. Après ce qui sembla une éternité, le moine assura que la belle était bien tirée d’affaire et que ce dont elle avait besoin était de repos.

La potion de plantes la fera dormir…tu devrais en prendre aussi…

Je ne prendrai rien du tout !

Tsang secoua de nouveau la tête et s’éloigna un peu en psalmodiant tranquillement. Isabel reposait, confortablement installée, sous les vapeurs odorantes. Ses joues avaient repris un peu leur couleur et sa respiration paisible indiquait un sommeil profond. Abattu, l’Ayerling s’installa à son chevet.

Elle n’ira nulle part. Toi tu dois te calmer…Bois !...Ce n’est que de l’eau !

Il accepta le gobelet tendu et le vida d’un trait. Sa peur avait cédé d’un cran.

Tout viendra peu à peu, dit doucement le moine, tu as grande confusion dans ta tête. Ton cœur est noble mais tu ne l’entends pas…Tsang devine mais ne sait pas tout. Tu es différent…Parler aide. Tsang écoute.

Et il en écouta des choses, le brave chercheur de la Vérité Ultime. Alpha 247 ressentait le besoin impératif de mettre à jour toutes les vérités de son existence basée en schémas induits.

C’est ce que je suis, Tsang…un « Créé » conforme aux besoins de la Fédération, programmé, conditionné dans une fin unique…et voilà que…tout ceci me tombe dessus, et je ne comprends rien…sauf que sans Isabel, rien n’aurait de sens…

Tsang comprend. Tsang sait…toi apprendre, tu n’es pas bête, seulement perdu…faudra effort mais tout est là, assura t’il en pointant son index sur son cœur, tout est là et c’est bon…

Là ?...Ce n’est qu’un muscle qui pompe…

Toi oublie ce que ta tête dit. Tsang explique…

Alpha dut faire appel à toute sa concentration pour saisir le sens de tant de sagesse débitée avec patience. Le moine parlait en abstrait, ses métaphores n’étaient pas toujours à portée d’un esprit aussi concret que le sien mais Tsang, sans départir de son sourire d’enfant satisfait, reprenait doucement. Aucune question ne resta pas sans réponse, même celles qui semblaient si bien gêner Isabel, furent patiemment éclaircies.

Si je comprends bien, maintenant c’est Isabel qui complique tout.

Tsang se permit un petit rire et alla chercher un bol de soupe.

Tu dois te nourrir et si un peu cela peut te consoler, nulle sagesse pour grande qu’elle soit, ne peut expliquer ce que les femmes veulent. Ce sont des êtres mystérieux, au-delà de toute compréhension, qui sentent et voient les choses de la vie selon leur point de vue, indépendamment des enseignements reçus. Aucune ne ressemble à une autre et elles ont le don de changer d’avis au gré du vent ou la lune.

L’Ayerling avala la soupe sans faire de commentaire. Qu’aurait il pu dire, d’ailleurs ?

Il passa la nuit au chevet d’Isabel qui dormait comme une bienheureuse. Le lendemain, masque inaltérable recomposé et après que Tsang l’eut rassuré sur l’état de Miss Kittredge, il s’acquitta de ses tâches avec la mécanique efficience de toujours. À la pause, on le vit faire des allers et venues entre la Pierre et sa tente, ce qui attisa la curiosité d’un certain monarque européen qui, mine de l’aider à transporter divers colis, s’enquit, très poliment, sur ses desseins.

Isabel a besoin de tout le confort possible.

Louis se déclara ravi de pouvoir apporter son docte conseil en la matière et comme on pouvait prévoir, n’y alla pas de main morte. Tant qu’à faire et puisqu’il savait long sur les femmes et leurs mystères, du moins c’est ce qu’il assurait, glaner un peu d’information de ce côté-là semblait judicieux. Alpha dut mettre en branle bas de combat toute sa force de discernement pour ne pas voir la chambre transformée en boudoir versaillais.

Je suis sûr qu’Isabel n’apprécierait un déploiement de luxe… Des fleurs !? Qu’est ce qu’elle a à faire avec des fleurs ?...Plus de coussins ?...Exagère pas…Non. Pas de chandelles, c’est dangereux…parce que si ça se renverse tout crame, c’est élémentaire…Romantique ?...Vois pas ce que tu veux dire…Séduction !?...C’est une fixation, dirait on ! Non…je n’ai aucune intention…Puisque je te le dis !!!

L’autre lui rit au nez et s’étendit, sans qu’on le lui demande, sur les bontés inénarrables du thème, tout en invoquant, en ton d’excuse une certaine Françoise. Faute d’alternatives, Alpha enregistra tout ce que Sa Majesté racontait non sans nostalgie.

Trois jours plus tard, Tsang donnant la permission, il ramena Isabel chez eux. Un superbe bouquet de fleurs sylvestres occupait une place préférentielle.

C’est Louis qui a amené cela…il a insisté. Les autres t’ont aussi laissé des cadeaux…

Elle sembla apprécier ces gestes de bonne volonté mais au fond semblait un peu déçue. Il la posa doucement sur le nouveau lit et arrangea les oreillers sous sa tête.

Il te faut du repos. Tu as tout à portée de main et si tu as besoin de quelque chose, il te suffit de m’appeler avec ceci, et de lui tendre un walkie talkie perfectionné, tu peux me trouver n’importe où dans une aire de trois kilomètres et je ne pense pas aller si loin...Oui, je reste pratique…mais pour si jamais tu te sentais seule…j’ai pensé que…ça pourrait t’aider…

La petite bête était dans un panier, près du lit, il la cueillit par la peau du cou, l’entendant protester et la présenta à Isabel…

Ça mord et griffe…mais on m’a assuré que tu saurais t’y prendre…


Dernière édition par Alpha 247 le Lun 15 Avr - 20:13, édité 1 fois
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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Re: Réveils...    Ven 15 Mar - 18:10

Obtenir des renseignements auprès de celle que l’on nommait en douce la « sirène » s’avéra un peu compliqué du fait de ses va-et-vient fréquents au fleuve. De plus, quand elle était à sec, Sissi était souvent accaparée par le chef du clan… Heureusement, Léontine était plus disponible, et elle bavardait facilement. Avec sa réputation de « sorcière » une sorte d’aura planait sur cette vigoureuse jeune femme issue d‘une époque révolue. Isabel et ses principes eurent un peu de mal à frayer avec un pseudo suppôt de Satan mais elle vainquit ses réticences pour, finalement, trouver la compagnie de Léontine très agréable. Elles échangèrent beaucoup de confidence tout en œuvrant à leurs tâches. Tous les soirs, Miss Kittredge faisait fidèlement un rapport à son « mari », allant même jusqu’à souhaiter voir le temps passer plus vite afin le délivrer. L’Ayerling était très…rassurant, surtout quand il ne lui posait pas de questions embarrassantes sur les relations humaines.
Puis il y avait eu ce que l’on redoutait. Les pillards, animés par l’appât du gain, avait amorcé une attaque de masse. Tuer pour se nourrir est une chose ! Pour se défendre, une autre. Isabel n’hésita pas longtemps à rentrer dans le feu de l’action sauf que sa provision de flèches s’épuisa rapidement. Elle se tournait pour prendre la fronde de secours quand une douleur affreuse la transperça. De sa vie, Isabel n’en avait connu de pareille. Oh, certes, elle était tombée de cheval, d’un arbre ou l’autre… Sa dernière rencontre avec une voiture avait été si fulgurante… Là, c’était pire.
Que fait un animal blessé ? Il retourne vers son maître. L’instinct dépassa les autres considérations, c’était Alpha qu’elle voulait toucher avant de s’endormir une nouvelle fois.
La suite ne fut qu’un brouillard douloureux qui, pourtant, fut traversé par des phrases aussi inattendues que lénifiantes :


Isabel…ne me fais pas ça…ne me laisse pas…


Elle crut répondre mais ne fit que penser :


*Où irais-je sans toi ? *

Fais un effort… tu es forte et têtue… je promets ne plus poser des questions idiotes… Reste avec moi…

*J’aimerais, j’aimerais tant…*


En boucle, son cerveau embrumé repassa les derniers mots perçus dans une semi-conscience, lui tirant parfois un sourire nostalgique.
Elle se réveilla dans la tente qu’elle identifia immédiatement. Tsang l’avait donc ramené à la vie ?


Alph…

Chut ! Guerrier pas loin, je promets. L’ai envoyé promener. Bois ! Forces tu dois refaire.

La nuque soutenue, Isabel but non sans grimace.


Ça fait combien de temps ? Alf n’est pas trop fâché ?

Le rire du moine l’outra, faisant rosir ses joues.

Bien ! Sang circule, bon signe. Sortir tu peux, mais bouger non, encore deux jours plein. Vais le chercher.

De ses bras puissants, l’air embarrassé et soulagé à la fois, Alf la porta dans leur tente transformée.

Mais que s’est-il passé, ici ? Oh… des fleurs ?

Pour un peu elle aurait pleuré d’émotion et gratitude mêlées mais l’Ayerling mit les choses au clair :

C’est Louis qui a amené cela… il a insisté. Les autres t’ont aussi laissé des cadeaux…

Son enthousiasme retomba aussitôt.


*Tu rêves éveillée, ma fille… On ne change pas si vite… Le père Noël n’existe pas…*

N’empêche que les cadeaux du guerrier valaient le détour. D’abord un appareil pour l’appeler à distance.


… Trois kilomètres ? *Tu… t’en vas ???* Comme c’est pratique !


Oui, je reste pratique…mais pour si jamais tu te sentais seule…j’ai pensé que…ça pourrait t’aider…

Et de lui mettre sur la poitrine le chat le plus bizarre que la Terre ait porté.


Ça mord et griffe… mais on m’a assuré que tu saurais t’y prendre…

Il se trompait, loin d’être agressif, ça ronronnait à tout casser. La gorge étreinte affreusement, elle grogna :

Merci !

Et il partit sans se retourner.

*RESTE !*

Que de pleurs ne versa-t-elle pas, le nez fourré dans la fourrure de la bestiole. Il lui donnait un « chat », cet idiot ! Comme si un félin pouvait compenser…

Tu n’y es pour rien, pauvrette ! hoqueta-t-elle. Je prendrai soin de toi…


Qui prit soin de l’autre ? Isabel ne put le déterminer avant longtemps. Très abattue par la défection incompréhensible de l’Ayerling, elle resta prostrée jusqu’à ce certaines frimousses se pointent en visite. D’abord, Amelia, Hélène et Sissi se présentèrent lui assurer leur soutien.

… Je vais bien… Merci… Non, non, tout va bien… Je n’ai besoin de rien *sauf de lui !* Ah, ça… c’est une attention d’Alf… Mais non, il n’est pas bizarre, il est différent !

Parlaient-elles du chat ou de l’Ayerling ? Qu’importe, la réponse était identique.
L’animal mordillait sa couverture avec entrain. Histoire de couper court aux questions, elle dit :


C’est un bébé, j’ai vu sa dentition. Il me faudrait du lait… Quelqu’un en a ?

Heureuses de s’envoler ? Ses amies s’évaporèrent avec promesse de retour.
La suivante à se présenter à son chevet fut Léontine. Avec elle, peut-être parviendrait-elle à comprendre quelque chose ?
Tout en nourrissant la bestiole de ses doigts trempés dans une bouille, Isabel osa :


Où Alf est-il allé poser sa couche?

Ni chez Zaidé, ni chez aucune femelle, si c’est ça qui te tracasse. Il a mis son sac sous un arbre…

Pourquoi ? Dis-moi ce que tu penses. Suis-je si repoussante pour qu’il préfère un tronc à ma présence ?

Tout comme le moine, l’autre s’esclaffa, de quoi la laisser pantoise mais aucun renseignement supplémentaire n’intervint sauf :

S’éloigner parfois rapproche. La nuit porte conseil !

Sir Burton et Achille vinrent la voir dans l’après-midi. Elle répéta ses assertions sur sa santé et s’enquit des progrès du rapatriement du convoi d’ossements. Tout baignait de ce côté. On la félicita pour sa participation, lui souhaita un bon rétablissement avant de partir non sans qu’elle ait eu l’occasion de préciser certaines choses :

Vous devez déjà le savoir, mais ils sont moins de cinquante à garder le double d’esclaves. Achille, je ne t’apprendrai rien quant à un certain cheval… Un allié interne favorisera l’invasion… Oui, c’est ça… Quelqu’un qui fasse diversion…

Cogiter tout en s’occupant de minette la distrait agréablement. Mais l’Ayerling ne se pointa pas de la journée.
Personne ne pouvant l’en empêcher, Isabel s’était levée à plusieurs reprises. Douche précautionneuse, besoins naturels, elle se débrouilla. Souvent, la tentation fut forte de prendre l’engin nommé walkie talkie, mais… Elle n’allait pas le déranger pour rien, n’est-ce pas ?
La nuit tombait. La chatte gavée de câlins et de bouillie additionnée de jus de chevreuil( ?) se laissait gratter l’oreille quand Alpha demanda l’autorisation d’entrer :


… Bien sûr que tu peux ! Il n’y a pas de loquet à ces tentures !

Il portait des bols fumants.

… Merci ! Oui, je vais bien *Marre de répéter toujours pareil !* Et toi ? Ta journée ?

Direct, comme d’habitude, il ne lui scella rien de l’évolution des affaires internes qu’elle écouta distraitement. Trop ? Déjà il lui souhaitait la bonne nuit et se levait. Ce fut plus fort qu’elle :

Débine-toi, une fois n’est pas coutume ! siffla-t-elle dents serrées… Ce qui me prend ? … Rien… Humeurs de femmes, dirons-nous !

Il sembla si désemparé qu’elle inspira un grand coup :

Alf… Alpha… Tu veux que je me rétablisse, n’est-ce pas ?... Ben, je… je crois qu’il n’y a que toi qui puisses m’y aider… C’est… tout simple… reste ici, près de moi !

Il n’est pas de meilleur sourd que celui qui ne veut pas entendre…

En quelle langue faut-il que je te parle, Alpha ? J’ai… J’ai besoin de toi... Oui ! Bien sûr que ton cadeau me plait mais c’est pas ça le fond… Je… j’ai réalisé que loin de toi, je ne vaux rien de rien. J’ai besoin de ta présence… MAIS NON ! Oui, d’accord, tu es très fort, un combattant hors pairs capable de trucider n’importe qui… néanmoins, ça va au-delà de ça…


Quand il s’y mettait Alf était un idiot fini.
Elle puisa dans les réserves de patience qu’elle déployait généralement avec les enfants, tentant de se faire capter au maximum :


Alpha, ce que j’essaie de te dire c’est que je ne supporte pas que tu t’éloignes de moi… J’ai rêvé, alors que j’étais blessée, ou tu as bien demandé que je ne te laisse pas… Je te dis pareil : RESTE !

Comique ! Sa tête ressemblait étrangement à celle du « chaton » satisfait qui ronronna de plus belle entre eux deux.

Dormir avec un homme n’est pas péché quand tout se passe en tout bien tout honneur. C’est du moins ce dont voulait se persuader Isabel. Une chose de sûre, c’est qu’elle n’aurait échangé sa place avec personne. Il lui fallut pourtant résister à déployer des gestes qui auraient peut-être été perçus comme une invitation à pousser des investigations charnelles. Aussi, lovée contre la chair défendue se contenta-t-elle de poser une main sur le large torse en soupirant de contentement.

Minette était joueuse et curieuse. Quand au matin Isabel se réveilla, elle constata très vite sa solitude. Alf s’était déjà levé avec la précaution de ne pas la déranger. Mais où était son cadeau ?

Minouminou ! Poupousse ! Où te caches-tu ?

Pas de miaulement en réponse. Du dehors, elle perçut les bruits habituels du campement en éveil.
Peut-être était-il temps de renouer à la vie locale ? Tsang lui avait conseillé deux jours de repos, bah !
Malgré des élancements au côté blessé, elle parvint à se rafraîchir et à s’habiller de pied en cape.
Elle n’allait pas attendre qu’on la serve sur un plateau et sortit de leur tente.
Le « réfectoire » s’ouvrait à peine. On l’y accueillit avec un plaisir franc qui la fortifia.
Louis avait eut l’idée de demander des semences à la Pierre. Le terrain était-il si fertile ou avait-il une main particulièrement verte ? Le fait est que ses haricots et citrouilles poussaient mieux que des champignons : récoltes quotidiennes garanties !
Louis lui présenta ses hommages en même temps qu’une écuelle bien garnie dans laquelle flottaient des parcelles d’une viande inédite.


Merci Louis ! C’est très savoureux.


Vantard selon son habitude, l’ex-monarque régala la petite assistance avec l’anecdote de sa chasse nocturne. Plus il parlait, plus Isabel devenait livide. La nausée la submergea soudain mais céda à une colère sans nom. Pas de couteau sur la table ? Tant pis !
D’un bond, elle renversa le monarque, lui flanquant une baffe magistrale avant d’entamer un étranglement en règle.


Petit, roux au pelage zébré, hein ? siffla-t-elle sans desserrer son étau. Tu vas le payer !

Une poigne ferme la tira en arrière, elle se défendit des dents et des ongles. Alf la secoua l’intimant au calme :


… Mais il nous a fait bouffer le chat ! Mon chat, notre chat !


Et de partir en longs sanglots. Relevé, Louis s’excusa ; il ne savait pas…


C’est rien… désolée aussi… J’aurais dû être plus attentive et vous prévenir…

Alors qu’elle essuyait ses larmes contre un Ayerling de marbre, elle se crut victime d’une hallucination. D’une démarche souveraine teintée de maladresses, elle vit s’avancer non un gros chaton mais un petit lionceau.

Art… Artémis ?

Cette fois, ce furent des larmes de joie qui coulèrent.
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Réveils...    Mer 27 Mar - 0:04

Demi tour. Droit devant. Encore une fois, il ne comprenait rien. Le « merci » étranglé d’Isabel avait sonné à n’importe quoi sauf à satisfaction. Pourtant, s’il fallait croire à ce qu’on lui avait conseillé çà et là, elle aurait dû fondre de bonheur avec la bestiole. Mais, tout compte fait, pour ce qu’il savait du bonheur…
L’idée d’avoir, encore une fois, pour changer, fait quelque chose de travers, le tarauda sans miséricorde tout au long de la journée. Attitude impassible affichée, personne n’aurait su deviner son débat interne. On le renseigna des nouveautés en cours, il fit une courte visite à la fonderie de Richard qui lui fit part des résultats obtenus avec les os, ce qu’il trouva hautement intéressant, mais cela lui sortit de la tête une fois de retour au service actif. L’entraînement de la troupe alla au train de diable habituel, impitoyable. À part la routine efforcée de grimper la colline au pas de course, il mena ses gens par monts et par vaux, restant toujours dans l’aire de couverture du walkie talkie donné à Isabel, mais l’appareil resta obstinément muet toute la journée.


*Elle n’a besoin de rien…ni de toi !*

Sans trop savoir pourquoi cela lui fit mal, le rendit presque hargneux et plus inaccessible que d’habitude. Rentrés au campement, tous filèrent se mettre hors d’atteinte jusqu’au lendemain. Silence-radio. Jugeant prudent ne pas aller incommoder Miss Kittredge, sans doute occupée à lire ou recevoir des visites, tout le monde semblait très empressé d’aller la voir, Alpha 247 descendit jusqu’à la rivière, disposé à se rafraîchir après les efforts du jour avant d’apparaître face à Isabel.
Être seul aurait bien fait son affaire, mais au retour de sa baignade, il trouva la belle Anamaria, assise sur la berge. Elle semblait l’attendre et ignora son manque d’entrain pour faire la conversation, se montrant plutôt enjôleuse mais faire du charme à un Ayerling s’avérait aussi efficace qu’essayer d’émouvoir une pierre. À part un regard froid et assez inexpressif, elle ne tira rien de lui, qui, sitôt rhabillé, s’en alla, sans plus. Anamaria lui lança une bordée d’injures, mais Alpha était déjà à moitié chemin.
Le suivant qu’il croisa fut Louis, qui sans demander, le chargea de deux bols de soupe et l’envoyant direct chez Isabel. Arrivé à la tente, après le silence obstiné de la journée, il hésita un peu à entrer dans la chambre, comme si rien
.

Est-ce que je peux entrer ?

Au moins, elle ne dormait pas, sa réponse fut immédiate.

Je t’apporte de la soupe…Louis assure que cela te fera du bien. Comment vas-tu ?

Merci ! Oui, je vais bien Et toi ? Ta journée ?

Il s’assit au bord du lit et donna bon compte du succulent potage, tout en lui racontant ses faits du jour, mais eut l’impression qu’elle s’intéressait peu oui rien à ce qu’il avait pu faire ou pas. La présence de la bestiole tigrée semblait retenir toute son attention, elle caressait son pelage, et il se trouva soudain envahi par un sentiment qui lui avait été inconnu jusque là : l’envie. Ses conversations avec Tsang et Louis l’avaient éclairé, un peu plus, sur la large gamme de sentiments qu’éprouve un être humain, à lui de faire les frais de les mettre en pratique…et cela commençait tristement.

Tu es sans doute fatiguée, je te laisse dormir.

Son étonnante réaction le prit de court.

Débine-toi, une fois n’est pas coutume !

C’était la première fois, depuis leur rencontre, qu’elle lui parlait sur ce ton. Il n’était pas devenu plus expert en comportement féminin que ça mais put, quand même, capter sa colère.

Mais…qu’est ce qui te prend ?, s’enquit il, surpris.

Sa riposte agacée le fit se sentir misérablement perdu.

Ce qui me prend ? … Rien… Humeurs de femmes, dirons-nous !

Juste le genre d’explication, claire et précise, dont il avait besoin pour tout comprendre. Il resta là, victime du flou artistique féminin, en attendant qu’elle s’apitoie de lui. Ce qui s’en suivit, le laissa encore plus confondu.

Alf… Alpha… Tu veux que je me rétablisse, n’est-ce pas ?

Bien sûr que oui…c’est pour cela que…

Elle rougissait en cherchant ses mots. Il s’attendit au sermon du jour, mais non…

Ben, je… je crois qu’il n’y a que toi qui puisses m’y aider… C’est… tout simple… reste ici, près de moi !

*J’ai pas bien compris !*


Quoi ?, c’était stupide mais il ressentait le vif besoin d’une explication plus approfondie.

Elle la lui donna, son explication. Ce fut clair et sans appel.

J’ai… J’ai besoin de toi.

Entre autres, elle avait quand même aimé son cadeau, mais apparemment ce n’était pas le fond de l’histoire. Le fond exposé le flatta, tout autant qu’on puisse flatter un Ayerling.

Je… j’ai réalisé que loin de toi, je ne vaux rien de rien. J’ai besoin de ta présence.

J’ai remarqué ça, avoua t’il, en toute innocence, j’arrive toujours à point pour te tirer d’affaire…enfin, presque toujours et…

MAIS NON ! Oui, d’accord, tu es très fort, un combattant hors pairs capable de trucider n’importe qui… néanmoins, ça va au-delà de ça…

Retour au royaume du flou. Il nageait en plein. Prenant son air de mère patiente et radoucie, Isabel avoua des choses qui le plongèrent dans un sorte de ravissement inédit qui lui fit chaud au cœur.

Alpha, ce que j’essaie de te dire c’est que je ne supporte pas que tu t’éloignes de moi… J’ai rêvé, alors que j’étais blessée, ou tu as bien demandé que je ne te laisse pas… Je te dis pareil : RESTE !

Il se souvenait d’avoir dit beaucoup de choses, ce jour là, au comble du désespoir, encore une nouveauté, qu’il n’avait pas envie de répéter et voilà qu’elle avait tout entendu…au moins, le résultat vaudrait le détour.

Ah bon !...Si tu veux.

Ce n’était pas, sans doute, ce à quoi elle s’était attendue mais vu son maigre répertoire pour extérioriser ses propres émotions, faudrait faire avec. Sans perte de temps, avec les femmes, selon Louis, il faut toujours s’attendre à un changement d’avis inattendu, l’Ayerling, qui n’avait, en toute vérité tout honneur, aucune envie de dormir à la belle étoile, se défit de son treillis , et sans plus, se glissa dans le lit, avec un soupir de pure aise.

C’est très confortable, pas à dire !


Qu’elle s’approche lui fit oublier le confort, lui produisant des sensations agréables. Un peu troublantes aussi, mais la fatigue ayant le dessus, il s’accommoda et s’endormit illico, en pensant qu’il faisait bon vivre là…avec elle.

La sensation d’avoir un poids sur la poitrine réveilla l’Ayerling, aux premières lueurs du jour. Il voulut se redresser mais découvrit que le minet d’Isabel l’avait élu comme oreiller…sauf qu’il restait peu de la mignonne petite bestiole de la veille, en tout cas, elle avait drôlement grandi au cours de la nuit.

Hey, toi…tu sors du programme de croissance accélérée ?

L’animal le fixa de ses yeux dorés et se mit à ronronner, ravi d’avoir retenu l’attention d’au moins un des dormeurs. Pendant un instant, Alpha 247 ne sut pas trop quoi faire puis poussé par un instinct qui le surprit, il allongea la main et la passa sur la soyeuse fourrure. Le ronron redoubla d’intensité, ce qui ne sembla pas gêner Isabel qui, sans se réveiller, se rapprocha un peu plus de lui. Le petit matin était frais, il conclut simplement qu’elle avait froid et cherchait instinctivement une source de chaleur, alors, il ramena soigneusement la couette sur la jeune femme. Ce faisant sa main frôla son épaule découverte et un étrange frisson le parcourut. Agréable sensation. Très agréable, en fait. Toucher le chat avait été plaisant mais cette peau doucement tiède, satinée, lui fit un effet troublant. Il se trouva en train de se demander à quoi elle sentait et n’eut mieux à faire qu’à humer délicatement. Isabel sentait bon à soleil, herbes et fleurs. Suivante question…à quoi savait cette peau ? La tentation était forte, mais il préféra s’abstenir en supposant que la belle n’agréerait, certainement pas, s’éveiller en se sentant goûtée, comme un de ces desserts savants que concoctait Louis. Jugeant que c’était assez d’idées bizarres pour un début de matinée, l’Ayerling entreprit de se lever sans la déranger, la couvrit de son mieux et quitta la chambre en silence, suivi du minet.
Ceux qui croisèrent l’homme du futur ce matin là, convinrent qu’il avait l’air singulièrement distrait. Léontine, qui revenait de sa cueillette d’herbes, le regarda passer, flanqué du chat qui avait poussé de façon si extraordinaire en question d’heures, ne put que rire sous cape, en se disant que, mine de rien, tout s’acheminait doucement vers un aboutissement satisfaisant.

Même si celui là n’en a la moindre idée !

La tête ailleurs ou pas, Alpha restait très conscient de ses devoirs. Il passa en revue les vigiles du dernier quart, révisa les balises de sécurité et l’équipement de signaux. Rien à reporter ni ci ni là. Gontrand réunissait déjà le groupe destiné aux labeurs agricoles. Quelques champs, choisis en contre bas de la colline, extrêmement fertiles, apportaient depuis peu un salutaire changement à la nourriture du campement. Alpha avait découvert, avec fascination non dissimulée, les mystères de la mère nature et éprouvait une joie presque enfantine en voyant pousser des tomates et autres légumes, quasiment à vue d’œil. Pour lui qui avait grandi en environnement artificiel, sans vrai nature et vécu en milieu ravagé après la Grande Confrontation, un tour dans les champs de Louis, instigateur de l’idée à part entière, se révélait une expérience enrichissante.

Finie sa tournée matinale, Alpha se rendit au « réfectoire », en quête de son petit déjeuner, y arrivant à point pour éviter un meurtre perpétré par la douce Isabel, sans doute devenue folle, sur la royale personne de Louis, à cause, selon ce qu’il comprit, de quelque chose de petit, roux et au pelage zébré.
Agir d’abord, demander après. Il écarta la miss de sa victime et dut la secouer un peu pour la faire reprendre ses esprits. Il fallut s’en prendre pour son grade, mais mata assez la mégère comme pour entendre la raison de ses agissements, qui était, pour les effets, plus que valable :


Il nous a fait bouffer le chat ! Mon chat, notre chat !

Et de se mettre à pleurer à chaudes larmes, la tête contre son épaule secourable. Sans l’écarter d’un millimètre, il tendit son autre main pour relever Louis qui s’excusait profusément, jurant ignorer avoir préparé du chat.
Faute de meilleure idée, il lui tapota le dos, dans l’espoir de la calmer pour lui expliquer que tout allait bien et que leur minet se portait à merveille, mais avant qu’il parvienne à placer un mot, l’objet de tant d’émoi fit son apparition. S’il avait pensé que voir son chat calmerait les larmes de Miss Kittredge, l’Ayerling en fut bien marri, elle ne fit que pleurer avec plus d’entrain…même si elle semblait heureuse.

*Que c’est compliqué…ça pleure pour oui ou pour non…*

Mais il ne songea pas à se plaindre alors qu’elle inondait son treillis de larmes de pur bonheur.

Allons, Isabel…calme toi…tout va bien, tu vois que le chat est vivant et pas dans la soupe…arrête de pleurer…Non, cela ne me dérange pas…pas du tout !...*Je meurs de faim mais qu’est ce que cela peut faire !*

Gauchement, à la comme on peut, il lui essuya le visage et sans même savoir pourquoi, lui frôla le front d’une imitation, chaste et frustre, de baiser. Effet instantané, taries les larmes, la miss se reprit et alla prodiguer des câlins à l’ex-petit chat.

Il…ah bon, elle alors, a grandi très vite…je pense que c’est une expérience de croissance accélérée…Cela doit venir d’une époque proche à la mienne…c’était pratique courante de mon temps.

On le considéra avec expressions mitigées et il opta pour s’en tenir là avec ses mises à jour, se demandant quelle aurait été leur opinion s’il avouait être lui-même une de ces expériences ? Il accepta un bol de la soupe de « meurtre », se sentant relégué en deuxième plan après la bestiole, mais comme se doit aux manières d’un Ayerling, il ne pipa mot ni laissa rien transparaître.

Petites ou grandes, les intrigues du campement lui passaient à côté, l’effleuraient et finissaient par le survoler. Son pauvre entendement de la véritable nature humaine lui suffisait à peine pour continuer à vivre auprès d’Isabel, sans se perdre tout à fait, ne disons pas pour comprendre les drames passionnels des autres. Il remarquait, quand même, de ci, de là, certaines attitudes qui le laissaient se faire sa petite idée du tumulte de sentiments qui se bousculaient dans le coin. Ses conversations d’instruction avec Isabel s’étaient espacées, au point de disparaître et il ne trouvait pas la façon de les reprendre. Leur vie en commun obéissait à un rituel établi. Chacun vaquait à ses affaires le jour durant, se rencontrant peu de fois au cours de la journée, le soir, ils prenaient leur repas avec les autres pour après se retirer dans leur tente où, écrasés de fatigue, ils ne manquaient pas de sombrer dans un sommeil réparateur…duquel il s’éveillait souvent, bien avant elle, pour rester là à se poser des question et la regarder dormir.

Louis venait de renverser, exprès, le plateau des boissons destinées à Sissi et Hélène. Alpha avait, mine de rien, suivi le mouvement, pas qu’il s’intéressât particulièrement à l’affaire, mais là, ça commençait à devenir plus qu’évident. Achille avait rompu tout lien avec ses favorites, la guerre était déclarée et vraisemblablement perdue, pour certaines.
Le lendemain, la nouvelle allait de bouche en bouche. Impossible jouer la carte de la discrétion, là. Margaret et Anamaria, accusées de tentative de meurtre par poison, étaient retenues, très contre leur volonté, si on donnait foi de leurs cris et malédictions diverses, dans une tente, à l’écart des autres, sous bonne garde. Alpha 247 examina les lieux d’un œil circonspect :

Ça leur prendra deux minutes d’inadvertance pour se tailler. Elles le feront. Achille aurait dû s’en défaire, cela ferait moins de problèmes.

Amelia fit mine de s’horrifier de ses propos, mais il se doutait bien ne pas avoir été le seul à penser à cette échéance. Mais le sujet ne les occupa pas longtemps, un autre retenait mieux leur attention. L’américaine avait cru bon le mettre au parfum de son projet de bâtir un aérostat, pour prendre la voie des airs, une fois que les choses se seraient tassées dans le bled. Alpha ne s’y connaissait pas en engins volants, mais avait quelques idées avancées pour mener à bien une entreprise aussi audacieuse.

Pour produire l’air chaud, on peut utiliser des briquettes d’énergie concentrée, c’est peu encombrant, de longue durée. Un moteur électrique à énergie solaire fera l’affaire…Non, Amelia, je ne suis pas ingénieur mais la Pierre nous pourvoira des manuels nécessaires…Toi, tu t’y connais, suffira de suivre les instructions…

La rouquine agréa l’idée et poursuivit avec ses plans. Lui, alla se planter devant la Pierre et fit ses « dévotions » avec le même entrain pratique de toujours. Ce soir là, après le repas en commun, il mit sur la table une bûche cylindrique, d’une trentaine de centimètres par dix de diamètre.

Ceci est une briquette, l’énergie concentrée là dedans, alimentera un feu pendant quelques jours, produisant suffisamment de chaleur pour tenir à chaud un périmètre trois fois plus étendu qu’un feu de camp normal. Voici les manuels, Amelia. La liste des éléments nécessaires y est jointe.

De retour à leur tente, Isabel voulut savoir ce qui se tramait sans qu’on l’ait mise au courant.

Nous allons partir d’ici, Isabel…Oui, toi et moi…et le chat aussi…Pourquoi ? Tu as dit ne pas supporter que je m’éloigne de toi, donc…

Elle lui coula un regard de biais, aigu et mordant, qu’il s’arrangea pour ignorer en caressant l’épais pelage d’Artémis, qui ronronnait à qui mieux mieux, la tête posée sur sa jambe. Le contact avec l’animal lui produisait une sensation de bien-être apaisant, jamais auparavant, l’Ayerling n’avait eu l’occasion d’une relation si proche avec une autre espèce non humaine. Isabel lui avait expliqué que les hommes avaient depuis longtemps domestiqué certaines espèces et les avaient intégrées à leur vie, d’unes pour leur utilité, d’autres pour le simple plaisir de leur compagnie. Il commençait à comprendre l’importance de ce lien.
Artémis avait rechigné de ne plus pouvoir occuper sa place entre eux, mais elle avait tellement grandi en peu de temps, que cela s’avérait impossible, à moins de vouloir lui laisser le lit pour elle seule et Alpha 247 n’était pas du tout disposé à céder sa place. Pour rien au monde, il n’aurait renoncé à dormir auprès d’Isabel. Sans chat au milieu, elle était plus proche.
Il filait doucement dans le sommeil quand la voix d’Isabel se laissa entendre. Elle réclamait des détails sur l’aventure envisagée.

Tu as vraiment besoin de savoir ça…maintenant ?...C’est bon…Amelia pense construire un engin volant…un dirigeable…j’en sais rien, Isabel…suis un Ayerling rien d’autre…Bien sûr que je veux partir…que ferions nous ici pour le reste de nos vies ?...Il n’a jamais été question de partir sans toi…Isabel…suis crevé…Ok, pour la même raison que toi…supporte pas que tu sois loin…suis perdu sans toi…si j’ai compris quelque chose à l’interprétation qu’on donne à ça, ben, je t’aime… Ton dico est une grande source d’infos … sentiment d’affection ou attachement envers un être qui pousse ceux qui le ressentent à rechercher une proximité physique, spirituelle ou même imaginaire avec l'objet de cet amour et à adopter un comportement particulier…j’ai trouvé que ça collait très bien avec nous…Sais pas trop sur le comportement particulier…mais on verra bien…On peut dormir ?

Il sentit ses doigts dans ses cheveux et déplora ne pas pouvoir ronronner comme Artémis.

L’arrivée d’une nouvelle recrue causa un certain émoi dans le campement de la Colline. La dénommée Calamity était tout un personnage, sa façon de parler tenait de l’abscons pour Alpha qui la croisa peu après son arrivée, ses manières plutôt rudes la mettaient au rang des hommes plus qu’à celui des femmes. Il n’eut pas à s’occuper de cette arrivante, d’autres évènements occupaient son attention à part entière. Comme prévu, les prisonnières avaient choisi l’option fuite et tel comme prédit par Alpha, il suffit une moindre inattention pour que les deux belles prennent la clé des champs. On aurait pu lancer la garde à leur suite mais il n’en vit pas le besoin. Sans démontrer le moindre émoi, il suivit, avec ses jumelles, la progression des fuyardes vers le fleuve et leur tentative de le traverser.


Justice est faite !, dit-il, laconique, on passe à autre chose !

De stratégie et tactiques de guerre s’occupaient les autres, Alpha 247 était un Ayerling, il obéissait. Le plan d’introduire un espion dans le camp ennemi lui sembla un peu extravagant mais se garda son avis. Que Louis fut le désigné pour le rôle, ne mérita pas sa totale acceptation mais encore là, se tut. Sa Majesté avait des talents insoupçonnés, sans aucun doute, mais le larguer comme si rien au creux de l’aventure ne disait rien à personne. Modernisme aidant, fallut s’y mettre.

Louis, tu gardes l’oreillette dans ton oreille…où d’autre ?...Bon sang, c’est pas si malin que ça…je parle, tu m’écoutes…tu parles, je t’écoute…Non ! Ça ne rate pas…Crois moi…ça marche…

Dix, vingt fois fait l’essai, jusqu’à convaincre le roi que le système d’écoute marchait à merveille. L’opération fut mise en marche. Le roi traversa le fleuve, Houle complice aidant.

Vous m’entendez ?

5/5, Louis. Ça va ?

Cela n’alla pas sans commentaires. Alpha fut tenté de l’envoyer se faire voir ailleurs mais tint bon. Promu officier de communication il devrait se farcir tous les baragouins de Sa Majesté et faire avec.

Phénix en place !

*Pas trop tôt !*


La communication tomba en point mort, de quoi déduire que Louis était en plein là où il devait être. Il se passa un long moment avant que le roi ne donne de nouveau signe de vie. « Phénix » allait bien, sauf une bosse. On le rassura sur la situation des « Rapaces ». La consigne était : attendre.
La fois suivante, Louis venait d’être « convié » à rencontrer le chef des lieux.

L’Oiseau est dans le nid, informa Alpha, sans plus.

Les autres semblaient s’attendre à une information plus nourrie.


Rien d’autre à dire, pour le moment, se défendit il, Louis va voir le Boss, on saura sans doute le résultat plus tard.

Des éclaireurs furent dépêchés faire une reconnaissances rapprochée des lieux. Apparemment Le Boss se sentait très sûr de sa position et concentrait ses forces dans le campement, qui prenait des allures de fort, avec des remparts en bois et postes de vigile en hauteur. Une patrouille fut repérée allant vers le Sud, longeant la rive. Ils auraient pu facilement l’éliminer mais cela aurait signalé leur présence dans le coin.
Le soir venu, Louis se manifesta de nouveau avec un message tourné à sa façon où il était question de vipères, d’ailes de caille et de lune favorable. Après un instant de réflexion, Alpha livra sa version :

Côté nord renforcé. Côté Est , dans trois jours. Louis fait la cuisine.


De nouveaux repérages furent faits, confirmant les informations royales. Le compte à rebours lancé, on occupa le temps à réviser armes et équipements, à repasser les tactiques ou parfaire l’entraînement. Au troisième jour, Louis manifesta le besoin de recevoir une provision d’ingrédients pour améliorer sa sauce. Léontine et Tsang, savaient exactement de quoi il s’agissait. La commande fut livrée en lieu et en heure par Isabel et l’archer mongol.

Ce fut une victoire facilement acquise. La « sauce » de Louis avait réduit la résistance à sa moindre expression. Ceux qui ne dormaient pas carrément, étaient trop abrutis pour comprendre ce qui se passait. Contrôler les lieux fut question de minutes. Les Pillards furent rassemblés et enfermés dans les enclos destinés à leurs esclaves. Le même traitement fut réservé au Boss.
Tours de garde établis, sécurité renforcée, Alpha se mit en quête de Miss Kittredge et leur chat, qui ne les quittait jamais. Elle avait trouvé un petit coin confortable où poser leurs pénates.

Tout a été trop facile comme pour supposer que cela continuera ainsi…Non, Isabel, je ne suis pas pessimiste…Souviens toi, lors de notre arrivée, combien de gens ont été raflés, en une seule fois ?...Beaucoup, tu l’as dit…Combien y en a-t-il ici ?...Celui ci n’est pas l’unique campement…Non…nos problèmes ne sont pas près de finir…

Il ne savait pas si bien dire…

Au petit matin, le campement conquis bouillait déjà d’activité. Les prisonniers, écroués de si singulière façon, ayant repris leurs esprits, faisaient un esclandre de tous les diables, enfermés comme ils l’avaient auparavant fait avec leurs captifs. Comme on pouvait s’y attendre, celui qui gueulait le plus était le fameux Boss, dont on sut s’appelait Ulric et était, de son état, un chef de guerre wisigoth. Il tempêtait sur tous les tons, proférant des menaces sanguinaires. Son entretien avec les maîtres de la Colline fut turbulent. Il réclamait, avec une certaine légitimité, qu’ayant été dupé par la basse ruse d’un cuistot, son bon droit était celui de défendre son fief comme un homme et exigea se mesurer en combat régulier avec celui qui se disait chef de cette bande de brigands. Achille, héros victorieux de tant de guerres, ne se refusa pas. En fait, Alpha aurait juré qu’il était ravi d’enfin découdre avec un ennemi à sa mesure. Ulric le dépassait de plus d’une tête et était une masse de muscles assez impressionnante.


Cela ne posera pas de problème à Achille, assura Alpha à Isabel, qui se préoccupait de la possible issue de ce combat, le Boss est grand et fort mais ses reflexes manquent de vivacité…il est lent et lourd.

Le combat aurait lieu à la fin du jour. Achille et Richard examinaient les remparts érigés, Louis s’occupait d’envoyer son groupe de chasseurs-cueilleurs en quête de provisions fraîches pour nourrir tout ce beau monde autrement qu’avec l’infecte bouillie servie au quotidien. Alpha, lui, inspectait la tente de Boss , découvrant entre autres, la somptueuse couche tendue de fourrures et quelques armes rudimentaires.

Cherches tu quelque chose en particulier ?


Il ne l’avait pas entendu se glisser entre les tentures. Belle et mystérieuse, richement parée, elle ondula jusqu’à lui, en le jaugeant d’un œil exercé avant de sourire, enjôleuse.

Émissaire des dieux ou un dieu même…À qui ai-je l’honneur, ô splendide guerrier ?

Son but était de le flatter mais ne rencontra aucun succès. Alpha 247 demeura de marbre, la considérant, sans se gêner et déduisant qu’à part ses belles paroles et son minois de charme, la belle ne représentait aucun danger.

Je suis Nefertiti, jusqu’hier la dame de ces lieux inhospitaliers, puis je t’offrir à boire ou ce que ce soit pour te mettre à l’aise et gagner ta faveur ?

Je n’ai pas soif, merci !

Le fait qu’il décline la boisson la laissa, sans doute, se faire des idées sur sa possible acceptation quant au reste de l’offre et passer de suite au vif de l’action, prenant Alpha de court. Avant qu’il ne songe à piper mot ou lever la main pour l’écarter, la reine du Nil, sinueuse, s’enroulait pratiquement autour de lui, comme serpent tentateur, le fixant de son regard ambré, presque hypnotique.

Je peux faire de toi un homme puissant, le plus puissant de cette contrée et de celles que nous découvrirons ensuite. Ulric n’était qu’une brute sanguinaire et de bas instincts…Tu es différent, mon beau dieu blond, ton regard est pur mais je détecte en toi une grande force…Si tu me protèges, je serai à toi et tout pour toi…ta reine, ta femme et te ferai connaître des plaisirs dont tu n’as jamais rêvé.

*Ça, tu peux le dire. Sais même pas ce que ça signifie…*

Mais commençait à avoir sa petite idée et deviner que d’avoir vent de cette scène, Isabel ne serait pas exactement ravie. Elle lui avait déjà fait des remarques auparavant sur « le gringue » de Margaret et Anamaria et le ton alors employé, voulu léger, avait eu un fond de rogue…

Très honoré de tes intentions, mais il se trouve que…


Le reste de sa proteste, si polie, se perdit en un baiser torride qui lui fit bellement tourner la tête et dont il eut tout le mal du monde à échapper, le souffle court, les idées un peu de travers. Il était certes un Ayerling, entraîné pour toute guerre, mais face à cette machine à séduction, il était aussi perdu qu’un adolescent à sa première expérience. Ce qui, en toute vérité, était bien le cas…

Et, bien sûr, quand les choses doivent se passer, elles se passent…La dernière personne au monde qui aurait dû entrer dans cette tente, en cet instant, entra. Précédée d’une Artémis grognonne, Isabel fit son apparition et resta, pétrifiée en découvrant la scène. Profitant de l’effet surprise, Alpha se défit de son serpent et la poussa loin de lui, laissant à Artémis le loisir d’aller la flairer de près, ce qui mit la belle dans un grand émoi, la faisant glapir affolée.

Ne me regarde pas comme cela, Isabel…elle m’a sauté dessus…pouvais quand même pas lui tordre le cou…Non, elle ne m’a pas menacé…au contraire, je crois qu’elle ne me voulait aucun mal…

Miss Kittredge le fulmina d’un regard chargé de reproches et faisant demi tour, quitta la tente. Force fut de la suivre, pour essayer de lui faire entendre raison, déduisant en passant, qu’il venait de faire connaissance avec un nouveau sentiment : la jalousie. Pour une raison qui ne lui échappait plus trop, il ressentit une profonde satisfaction.
Sa présence étant requise ailleurs, la mise à jour devrait attendre, de toute façon, Isabel ne semblait pas exactement disposée à lui adresser la parole pour le moment. Richard, chargé d’interroger les prisonniers avait glané quelques précieuses informations, corroborées par quelques des captifs libérés: il existait un autre campement, plus loin, au Sud de la Vallée, près du principal point d’arrivée des « nouveaux », c’est là qu’étaient amassés les arrivants pour après procéder à leur tri. Seulement les hommes les plus forts et les plus jolies femmes étaient envoyées au camp d’Ulric. Les autres survivants, sous menace de mort immédiate, étaient tenus à devenir à leur tour des « ramasseurs ».

Il trouva Isabel, donnant un coup de main au centre de ravitaillement, sous les ordres d’un Louis surexcité. Sans demander son avis, il la prit du bras et l’entraîna à l’écart.


Tu n’as pas besoin d’être fâchée…Oui, elle m’a embrassé…euh, non…ce n’était pas déplaisant, mais ce n’est pas le point…Bon sang, écoute moi…Non, il ne s’est rien passé d’autre…qu’aurait il dû se passer ?...Ah bon ?...Ben non…tu es arrivée à point nommé…Bien sûr que je ne m’en plains pas…j’ai rien à foutre d’une reine du Nil, pour bien roulée qu’elle soit…C’est toi que je veux, compris !?

On appelait au rassemblement, leur conversation en resta là, mais il se refusa à lâcher la main d’Isabel en allant vers l’endroit où aurait lieu le combat entre Achille et Ulric, alias Boss…
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