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 Les maîtres de la colline

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Amelia Earhart

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Messages : 578
Date d'inscription : 12/03/2011

MessageSujet: Re: Les maîtres de la colline   Ven 8 Mar - 23:23

Bizarre ou pas, tout monde a sa routine. Celui où elle avait atterri ne faisant pas l’exception, Amelia commençait à s’y faire. Dire que tous les jours étaient à la joie, un plat mensonge, mais si pas heureux pour autant, on s’arrangeait pour en tirer le meilleur part.
On se levait tôt pour vaquer aux tâches assignées. La corvée de l’eau, était pénible, vivement qu’un esprit éclairé y apporte remède. Faire du pain, idée de Louis, demeurait un arcane mystérieux pour la rouquine qui n’avait pas de main pour la pâte. Aider aux cuisines, une galère, au plus si Amelia pouvait, et encore, éplucher des patates ou ce qui y ressemblait. Elle n’avait jamais rien eu d’une gentille petite femme d’intérieur et ne comptait pas s’y mettre, dans cette nouvelle version de vie.
S’il n’avait tenu qu’à elle, Amelia aurait trottiné toute la journée à suite de Richard, à son avis, l’homme le plus intéressant du groupe. Pas que son physique fut renversant, en fait il était très attractif dans son genre observateur silencieux, peu ami de la conversation et encore moins du badinage, ce qui convenait parfaitement à l’américaine qui n’avait rien à cirer de platitudes sociales. Avec sir Richard Burton, elle pouvait s’entretenir de thèmes divers et enrichissants, après tout l’homme possédait un sérieux bagage culturel, était profond connaisseur de la nature humaine et dérivations, sauf que de cela, il ne parlait jamais. Amelia se remettait à supposer que par considération et sens du décorum, même si de son vivant, il s’en était balancé comme d’une guigne.


*Ouais…mine de rien…on change tous un peu, ici !*

Avoir donné un bon coup de main avec les signaux pour rallier des nouvelles recrues, la faisait méritoire d’un nouveau respect de la part du grand homme et des autres, en passant. Les femmes du coin avaient décidé de l’exonérer de son statut de possible rivale mais ce n’était pas pour autant que la bienveillance faisait l’ordre du jour. L’arrivée de l’ homme du futur, remit en ébullition ces esprits mesquins. Le dénommé Alf était un fameux exemplaire mais sa compagne, la très futée Isabel, avait contrecarré toute idée de lui mettre le grappin dessus en assurant qu’il était son mari.

*Et bien sûr, moi, suis la Vierge Marie…enfin…*

Les apports modernistes aux signaux et autres, l’avaient laissée assez désœuvrée et il ne lui restait qu’à seconder parfois ce cher Louis à « faire le marché », façon de dire, qu’ils allaient courir les bois à la recherche de quelque denrée pour améliorer le menu ou pêcher. Tant d’heures mortes fomentaient les idées et dans la tête rousse, ça allait bon train. Le tout avait beaucoup à voir avec sa grande passion : voler. La Pierre n’allait certainement pas lui fournir le nécessaire pour construire un avion. De toute façon, les connaissances techniques lui faisant défaut, Amelia jouait avec une idée plus simple : un aérostat. Le projet, ce n’était que cela pour le moment, n’était pas impossible mais elle ne pouvait pas s’y mettre toute seule.

*Faudra que j’en parle à Richard…il saura que faire !*

Trouver le bon moment pour lui faire part de son idée ne fut pas aisé. L’explorateur passait le plus clair de son temps en compagnie d’Achille peaufinant ceci ou cela pour mettre en échec les pillards de la vallée.
La nuit était calme, après une journée assez mouvementée, elle aurait dû être fatiguée mais le sommeil la fuyait et n’ayant aucune de participer aux sombres intrigues de ses voisines de dortoir, la jeune femme sortit marcher par là. Richard montait la garde au versant sud, en fumant, solitaire.

Pas sommeil ? Assieds-toi, si tu veux. Un clope ?

Elle s’assit à côté de lui et accepta la cigarette. Cela faisait très longtemps depuis sa dernière. Ils fumèrent un moment en silence, en contemplant la vallée sombre.

Dommage qu’on n’ait pas eu plus de signaux. Ce ne serait pas plus mal avoir d’autres recrues comme Alf…au fait, qu’en dit le Chef ?

Achille n’est pas idiot, il a reconnu un vrai guerrier dans cet Alf ! Mais va falloir le motiver sérieusement.

Amelia sourit en coin, laissant échapper une longue volute de fumée.

Je pense qu’il la trouvera, sa motivation, sans qu’on doive se faire trop de bile…en tout cas, il est un peu difficile à cerner…du genre hermétique…tandis que sa femme, elle, est plutôt le contraire…

Ils se comprenaient au demi mot.

Vaut mieux l’avoir avec nous que contre, à mon humble avis… sa femme ? Si ça plait aux autres ainsi, je vois rien contre. Elle ne mâche pas ses mots et sait tirer, c’est ce qui compte, non ?

Amelia hocha la tête d’un air entendu.

Pour moi, c’est tout bon. C’est leur affaire et cela règle, pour le moment, les magouilles de ces dames…du moins de leur côté, elle lui coula un regard amusé, sais pas si cela s’applique à tout le monde…

*C’est cela…demande lui directement si elles ne lui ont pas fait des avances, tant que tu y es !*

Le rire feutré de Richard la fit se mordre la langue mais déjà il ajoutait, calmement :

Moi ? j’ai eu mon lot d’intrigues, crois-moi…

M’en doute bien…je connais un peu de ton parcours. J’étais une avide lectrice et tes compte rendus d’explorations et voyages étaient…enfin, tu sais ce qu’ils étaient…mais, parle moi de ce que tu penses faire…parce que je ne me trompe pas en supposant que rester ici, n’est pas le but de ta renaissance…

Il écrasa le mégot d’un coup de talon en la regardant.

Ouais, c’est ça. Je rectifie le tir puis je me taille !...


*Je vais avec toi…*

Pour aller où ?

Où ? J’en sais rien. Vais pas rester là à corriger les injustices de ce monde. Je chercherai et trouverai la cause, … ou pas !

La fraîcheur nocturne et l’exaltation de pouvoir, enfin, lui parler de son projet la firent frissonner. Qu’il passe son bras sur ses épaules la réconforta, c’était un geste protecteur…rassurant. Il la faisait se sentir à l’aise, en confiance et peut être quelque chose d’autre mais Amelia se refusa d’y penser.

Si elle est par là, la Cause…suis sûre que tu la trouveras et je pense avoir quelque chose d’intéressant à te proposer pour aider dans cette quête…

Ayant misé sur sa curiosité légendaire, Miss Earhart fut sûre d’avoir éveillé son intérêt, purement scientifique, s’entend.

Je suis convaincue qu’avec temps, patience et bonne volonté de la Pierre, nous…et je dis nous parce que seule je n’y parviendrais pas, parviendrons à construire un engin capable de survoler ces sommets qui nous entourent…pour aller voir ce qu’il y a au-delà…Un aérostat, seulement…nos connaissances techniques ne suffisent certainement pas pour construire un avion…J’ai quelques idées…que je voudrais te soumettre…qu’est ce que tu en dis ?

Plein dans le mille. Richard était très intéressé par son projet. S’en suivirent quelques explications de base et une espèce de plan grossier esquissé à même le sol.

Cela prendra son temps…beaucoup de temps mais qui n’essaye rien, n’a rien…Je développerai l’idée de façon moins rustique…nous verrons alors la viabilité du projet…

Son bras restait sur ses épaules, elle ne fit rien pour changer la situation. En toute évidence, ils étaient deux à être à l’aise ainsi.

Y aller seuls ?...Tu veux rire !...J’en connais une paire qui ne demandent pas mieux que se tailler du coin aussi vite que nous…Tu imagines nous élever dans les airs, tout simplement, un beau matin sans que Louis ne veuille être de la partie ?...Ou Achille ?...Je ne te dis pas Alf…et bien sûr…sa « femme » avec lui…

Ils rirent de concert en imaginant ce que cela pourrait donner. Puis prétextant qu’il était déjà très tard, Amelia prit congé, après un instant de flottement à se regarder dans les yeux, sans se résoudre à plus.

À demain, Richard…merci d’être là !

Amelia faisait des esquisses de sa nef des airs quand sa compatriote, qui l’avait battue de froid depuis qu’elle eut mis Chef & Co. au parfum quant à l’homme du futur, s’approcha, l’air contrit. Miss Kittredge semblait avoir besoin de parler.

Viens, assieds toi ici…euh ! Non…je dessinais un peu…Dis, tu as l’air tracassée…

Je suis désolée de t’avoir tiré la gueule ces derniers jours ! Tu avais promis et…

Je sais…suis une grande gueule mais comprends…il fallait qu’ils sachent…on n’a pas de secrets, ici !

On opta pour oublier l’affaire mais Amelia se doutait bien que ce n’était pas cela qui mettait la jeune femme dans cet état mitigé. Elle ne se trompa pas.

Là, j’ai un gros, mais alors très gros souci avec Alpha…

Amelia se mordit la lèvre pour ne pas rire, l’autre déballa sa vérité à toute vitesse, s’arrêtant sur un point assez inattendu.

Mais ce que tu ne sais sans doute pas c’est que pas plus lui que moi nous n’avons jamais… euh… enfin tu vois…

Pour voir, elle n’y voyait pas grand-chose, à moins que…


Ne me dis pas que…Bon Dieu, Isabel…tu n’es plus une petite fille…et lui…enfin…je suppose quand même de quoi il en va…dans ce genre de situation, non ?

Elle espérait que oui, en se voyant mal s’étendre dans des explications de conseillère bienveillante, pour son bonheur, Isabel connaissait au moins la théorie.

Enfin, écoute…c’est normal. Tu es une fille et lui…un garçon, logique qu’il t’attire, surtout qu’il est…très bien fait de sa personne, mais ce n’est pas le point…je suppose…enfin, suis sûre que tu tiens à lui, non ?

La réponse fut si vive qu’impossible s’y méprendre, sauf qu’il y avait un…mais. Un gros mais, avec fard inclus, qui voulait tout dire, du moins Amelia supposa que c’était de cela qu’il s’agissait.

Je voudrais juste des conseils pour… fraterniser sans équivoque…

Miss Earhart soupira bruyamment.


*Fraterniser sans équivoque ? Mais de quoi elle me parle ?…elle vit avec lui…équivoque ou pas, ça fraternise depuis un bail…*

Écoute, Isabel…je ne suis pas experte mais laisse couler…ça viendra tout seul, quand vous serez prêts…c’est pas une science exacte…c’est différent pour chacun…

Elle espéra que ce serait un bon conseil et oublia de sitôt l’affaire, n’y repensant que quelques jours plus tard en s’apercevant du manège de la belle Anamaria pour attirer l’attention de l’imperturbable homme du futur mais compte tenu du peu d’attention que ce dernier lui prêtait Amelia supposa que cela en resterait là.

Les ronds de fumée interprétés par le chef Apache comme un signal de secours causèrent l’émoi conséquent et immédiatement Achille délégua une escouade menée par Alf, pour aller à la rencontre de ces égarés en monde hostile. En les voyant partir, Amelia se tourna vers Richard .


Suis impatiente de voir avec quoi ils reviennent…ben, des ronds de fumée ne parlent pas exactement de technologie avancée…il se trouve et on finit scalpés…oh, tu sais, des histoires d’indiens, on en entendait encore dans mon bled…mais comme tu dis…ils ont su interpréter notre signal…soyons optimistes !

Trois jours plus tard, le noble Quatorzième du nom, fut de retour au campement de la colline avec partie du groupe des nouveaux. Fier comme paon, il escortait, avec particulière attention, une beauté blonde qui eut, à elle seule l’heur de provoquer des remous et pas des moindres, si on en jugeait par l’expression d’abord incrédule puis haineuse du grand Achille.

*Mince…si c’est pas faire de l’effet ça !*

Elle comprit bien de choses une fois les présentations faites . Louis remit les pendules à l’heure et l’affaire se tassa, sans plus. Sa Majesté eut bon soin de clarifier la situation avec les dames du « harem » en les mettant au parfum de la houleuse inimitié opposant l’objet de leur convoitise à la très belle nouvelle arrivante.

*Bien joué, Louis…ça nous évitera qu’elles se crêpent le chignon !*

Menant sa grâce altruiste jusqu’aux derniers détails, le Roi-Soleil s’occupa de donner à la non moins royale blonde un cadre digne d’elle avant de repartir de nouveau en mission vers le fleuve, cette fois en compagnie d’Achille et d’un détachement de costauds. Richard fut promu chef par intérim.

Ce soir, réunis pour un repas à trois. Hélène donna sa version des faits. Son arrivée, son enlèvement par les pillards, son séjour au campement de ceux-ci, l’évasion en compagnie de ses amies Sissi et Léontine et le reste de leurs aventures jusqu’à l’arrivée de leurs sauveteurs.


*Pas à dire, pour de la variété…on est faits …une impératrice autrichienne et une sorcière française…cela va de mieux en mieux !*

Elle coula un regard vers Richard qui, l’air réfléchi, soupesait sans doute, les bienfaits ou méfaits de ces ajouts à la vie du campement. Les hommes qui venaient avec ces dames n’étaient pas à considérer quantité négligeable mais trois femmes de plus, et pas des moindres, risquait d’altérer le déjà précaire équilibre de cette petite société.

Bon an, mal an, l’ordre régnait. Amelia avait déménagé, corps et biens, sous la tente de la belle de Troie et s’en réjouissait. Richard surveillait les derniers détails d’un treuil à multiples usages, tous de grande utilité, idée d’Isabel et qui en ce cas servirait à remonter le butin que ramenait le groupe descendu à la vallée.

La communication était assurée par les signaux. Ainsi ceux du campement surent que les radeaux construits seraient prêtes à partir le lendemain de bonne heure. Que les autres aient décidé prendre le chemin du fleuve appuyait fortement les dire d’Hélène quant à la faculté de son amie Sissi de se communiquer avec les créatures de l’eau, la « Houle » entre elles.

Se réunir, au soir, pour bavarder en fumant un clope en compagnie de Richard était devenue une habitude, venue d’accord tacite. Ils se sentaient à l’aise ensemble, à parler de tant de choses ou en restant en silence, jouissant simplement du fait d’être proches.

C’est assez incroyable, tu ne trouves pas, Dick… le squelette d’un monstre du fleuve…une impératrice-sirène ou va savoir quoi dans le genre…Ce monde est vraiment bizarre !, soupir en exhalant la fumée de sa cigarette, non…je n’ai pas peur…savoir que tu es là est très rassurant…fronce pas le front, je ne cherche pas à flatter ton égo…c’est que je connais tes faits d’armes !

Il souriait, amusé de sa franchise. Amelia n’était décidemment pas le genre de femme à jouer les coquettes !

Mais le lendemain, des signaux alarmants leur parvinrent. Le groupe de la Vallée avait subi et repoussé une attaque des pillards. Le convoi était en marche et compte tenu du courant, ne tarderait pas trop à arriver. On demandait incessamment la présence de Tsang, il y avait un blessé.


Voir l’imperturbable Alf gravir la pente au pas de course en portant sa « femme » , suivi du moine tout aussi pressé, ne laissa aucun doute sur la gravité de Miss Kittredge. Ils disparurent dans le tente du guérisseur, restait à attendre…et ce faisant, prêter main forte à la réception de l’impressionnant nombre d’os de monstre ramenés, non sans avant avoir souhaité la bienvenue à Elisabeth, Impératrice d’Autriche et reine de Hongrie et à la troisième dame arrivante, Léontine d’Aubray.

Je serai votre guide…venez, vous avez besoin de vous reprendre un peu de l’aventure…la Pierre vous fournira le nécessaire. Je suis sûre que votre nouveau domicile vous plaira…vous êtes entre amies…en fait, avec Hélène et moi…les autres sont un peu grincheuses, elle sourit, malicieuse, vous ne tarderez sans doute pas à bientôt en découvrir la raison !

L’installation fut occasion de mieux se connaître et sympathiser pleinement. Les autres femmes ne faisaient aucun secret de leur mécontentement, leur attitude frayant l’impolitesse la plus flagrante.

Le repas de ce soir là fut révélateur à plus d’un titre. Entre le Chef et l’impératrice passait un courant, assurément plus fort qu’une simple sympathie de circonstance. Louis se défaisait en attentions pour un sourire de la belle de Troie. Alf demeura invisible, il veillait au chevet de sa « femme ». La paix du moment était assurée par l’absence au festin des trois reines de cœurs…

Mais ça ne tarde rien à faire de l’éclat…J’ai vu leur regard…Dick…ça pue le dame passionnel !

Il rit en assurant qu’Achille saurait s’en sortir tout seul mais l’esclandre qui se laissa entendre, un peu plus tard dans la nuit, prouva que d’y parvenir, ce ne serait pas sans mal…Sous la tente partagée avec ces dames, Amelia soupira en pensant :

*En voilà un qui met fin à sa carrière de bourreau de cœurs…et ça peut donner n’importe quoi !*
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Les maîtres de la colline   Sam 16 Mar - 10:48

La routine du camp…
Richard ne l’appréciait pas trop. Une sorte de pacte s’était scellée avec Achille. Tous les deux étaient d’accord quant au fait que certains idéaux devaient être maintenus. La loi du plus fort s’exprimait un peu trop, actuellement. Si on les avait ramenés des limbes, était-ce seulement pour s’entretuer « gaiment » ? Le pourquoi taraudait beaucoup Richard qui se souvenait de ce qu’il avait vu dans sa « bulle ».Pas qu’il doute de certains, il n’avait pas osé parler à quiconque de cet événement marquant. Ni Achille, ni Amelia – ceux en qui il avait toute confiance - n’avaient reçu ses confidences.
Son ordinaire taiseux fondait pourtant en général avec eux, surtout avec Miss Earhart avec laquelle il avait pris goût de discuter en soirée. Ses idées étaient très intéressantes, notamment celle de fabriquer un engin volant. Il était certain d’aimer beaucoup ça !
En attendant qu’elle développe son projet presonnel, Richard surveillait sa fonderie et avait agréé celui d’Isabel Kittredge. Fabriquer des poulies solides, s’arranger pour tendre des cordages, requit beaucoup de son attention. Il ne rata pas pour autant les signaux de fumée émis par des « nouveaux » en réponse aux leurs. La technique, pour primitive qu’elle soit, démontrait une certaine science. Amelia le fit marrer en imaginant des Indiens avides de scalps débarquer.


On sera bientôt fixé !

Un groupe d’hommes formé et dirigé par Alf partit à la rencontre des nouveaux. Ils seraient 9 !
Avec Achille, Richard réorganisa le camp. Abris, nourriture, armes… On ferait avec.
Le système d’alimentation en eau depuis le fleuve fut réglé dans l’intervalle. L’absence de Louis se marqua chez tous avec un retour à des portions congrues, insipides. Amelia, aux yeux des autres femmes, restait « anormale », ne daignant qu’à peine donner un coup de main au ravitaillement. Elle préférait dessiner, aller prier à la Pierre, vagabonder alentours et… fumer avec lui.


Enfin, après trois jours d’absence, Louis fut de retour avec sa moisson de recrues. Immédiatement, Burton comme les autres, fut frappé par la beauté féminine de la « rescapée » mais aussi par une sorte de vendetta entre Achille et elle.


*Les hasards de l’Histoire…*


Deux contemporains qui en avaient eu à découdre de leur vivant se mesurèrent du regard, sans trop d’éclats. Richard comprenait le Grec. Se retrouver face à celle qui avait causé sa perte, et celle de tant d’autres, ne devait pas être amusant…
Richard, toujours diplomate, laissa Achille à sa grogne et Louis à son jeu de séduction pour s’intéresser aux besoins des hommes arrivés qu’il jugea assez primitifs mais volontaires.
Heureusement, ils ne réclamaient pas grand-chose, trop heureux d’avoir trouvé un endroit sécurisé.
Le butin ramené était conséquent et, selon eux, ce qui dormait encore en bas l’était également. Cela expliquait qu’une partie du lot des combattants soit restée sur place. On leur expédierait des gros bras pour achever le transport vers la colline.
Qu’Achille veuille se joindre à cette expédition ne gêna pas Richard qui ferait office de chef en attendant son retour.
Pas question de laisser les gens s’amollir !
Les moins aptes au combat furent chargés de la propreté du camp tandis que d’autres en assuraient la sécurité, le reste dut aider au système de levage.
Durant cette période, Burton ne croisa que peu Miss Earhart, toujours flanquée d’Hélène qu’elle semblait avoir pris sous son aile. Au moins, elle ne ratait pas leur pause clope nocturne. Il appréciait beaucoup ces instants de totale franchise… du moins de sa part à elle. Lui il écoutait, se livrait peu, se doutant que la finaude, par de petites allusions, tentait de discerner le vrai du faux dans le fatras de commentaires qui avait émaillé la vie trépidante de Burton. Ce monde lui semblait incroyable !


Le squelette d’un monstre du fleuve… une impératrice-sirène ou va savoir quoi dans le genre…Ce monde est vraiment bizarre !

Et ce que l’on en voit n’est qu’une mince couche à mon sens ! se permit-il d’énoncer. Tu n’as jamais peur de ce qui pourrait nous tomber dessus ?


… non…je n’ai pas peur…savoir que tu es là est très rassurant…*Ah bon ?* fronce pas le front, je ne cherche pas à flatter ton égo…c’est que je connais tes faits d’armes !

Ou du moins ce que l’on t’en a rapporté ! rigola-t-il. La vérité est parfois très exagérée, sais-tu…
Peut-être la sauras-tu… un jour…


Le lendemain : grand branle bas de combat ! Le groupe revenait en catastrophe après avoir essuyé une sérieuse attaque.
Le déchargement des radeaux prit du temps. On lui assura Miss Kittredge – blessée dans l’échauffourée – entre de bonnes mains. Les siennes travaillèrent jusqu’à une heure avancée.
Le chargement à sauf, on se restaura en gracieuse compagnie. Les rapports des femmes fraîchement débarquées ne manquèrent pas d’éveiller son intérêt. Il lui faudrait prendre des notes de tous ces renseignements, les évaluer correctement, avant de s’en servir.
Lors de sa pause cigarette avec Amelia, elle semblait tracassée par de futures embrouilles sentimentales. Ladite sirène semblait en effet fasciner Achille :


Mais ça ne tarde rien à faire de l’éclat…J’ai vu leur regard…Dick…ça pue le dame passionnel !

N’exagère pas ! Ce qui doit arriver arrivera. Achille saura gérer ses femelles…

Lui, ce qui l’intéressait était la façon d’usiner de façon pratique la quantité impressionnante des reliefs rapportés.
Sourd aux échos de disputes perçus, il travailla longtemps à la lueur de chandelles.
Au matin, il se ficha de l’ambiance et des humeurs des uns et des autres pour exploiter ses théories. Assez fier, quoique le paon il le laisse à Louis, il put exposer ses plans à un chef assez aigri :


Ces ossements sont une bénédiction, Achille ! À moins d’en posséder l’équivalent, tout ce que nous fabriquerons, de et par eux, sera invulnérable ! Regarde !

La démonstration s’imposait.


Voici une dent… simple. Même ce fer trempé ne l’entame pas ! Avec elle, j’ai façonné une autre dent, en scie. Maintenant…

La dent de base fut coupée en deux temps trois mouvements.

En utilisant ce procédé, on va pouvoir débiter les vertèbres et en faire des boucliers impénétrables voire des pièces d’armure. La fonderie produira encore du basique mais je pense qu’il faut mettre un maximum de gens là-dessus… Tiens, et Alf ?...

Encore une histoire de femme…

… Bah, il redeviendra opérationnel dès qu’elle sera sur pied. On marche comme ça ?

Il eut le feu vert.

Lancée, sa petite industrie tournant bien, Burton révisa ses notes quant à la stratégie à adopter avec un certain Boss. Il voulut peaufiner des détails et alla, tour à tour, visiter les nouvelles « dames ». Chacune, avec sa grâce particulière, répondit à ses questions. Il n’eut de souci qu’avec la belle de Troie.


Hélène, si j’ai pigé, on a affaire à une cinquantaine d’hommes dévoués à un seul ?... Soumis ? Merci, c’est important ! … Ils étaient en pleine fortification… Quel genre ? …

Alors que, très à l’aise, la belle causait, Louis intervint en prétendant qu’il n’avait pas à mettre Hélène à la sellette !
Ce fut plus fort que lui, Richard grogna :

Écris une lettre de cachet et envoie-moi à la Bastille, tant qu’à faire ! On doit tout savoir !


Plus tard, en compagnie d’Achille, il visita Isabel Kittredge qui, malgré sa faiblesse, tint des propos très cohérents :

Vous devez déjà le savoir, mais ils sont moins de cinquante à garder le double d’esclaves. Achille, je ne t’apprendrai rien quant à un certain cheval… Un allié interne favorisera l’invasion… Oui, c’est ça… Quelqu’un qui fasse diversion…


Achille et lui passèrent en revue diverses options suite à ces considérations :

Pas question d’y renvoyer une des femmes, soupira Richard. Isabel serait assez finaude à ce poste d’espionne mais Alf ne le permettra pas… Je sais ce que je sais, t’inquiète.

Voilà que le Grec proposait Amelia :

… Non ! Pas Meeley ! Elle saurait s’y prendre mais… envoyons Sissi tant qu’à faire !

Telles des lames, deux regards s’affrontèrent.


… Rigole si tu veux mais je connais notre … candidat… Bien sûr que non, pas Alf ! Il serait capable de foutre le bordel en deux minutes
!

Ils partageaient des vues identiques sauf que, pour le convaincre, mieux valait que l’idée semblât émaner de lui-même…

L’occasion tarda.
On eut droit à un mini drame où Le 14ème faillit être étranglé par Isabel à cause de son chat… Curieuse bestiole, en vérité. Ce cadeau de l’homme du futur ne correspondait à aucune espèce répertoriée ! De plus, il – ou plutôt elle - grandissait quasi à vue d’œil.
Tous apprirent à respecter cette Artémis qui obéissait au doigt et à l’œil au seul couple officiel.

Des tracas sentimentaux des autres, Richard n’en avait rien à battre.
Égoïste ? Surtout pratique.
L’envie de se tirer vite fait le tenaillait de plus en plus âprement surtout au vu des luttes intestines qui sévissaient insidieusement. Achille en réglait à sa façon mais demeurait... distrait.
Ce soir-là, il n’attendit pas le rendez-vous traditionnel avec Amelia pour aller la trouver sous sa tente où elle peaufinait des détails de son aérostat :


Tu en es où ? Montre !


Son ton autoritaire, voire cassant, n’eut pas l’heur de plaire à l’aviatrice qui le rabroua mi-sévère mi- intriguée :


… Ouais, suis assez à cran, là ! Excuse-moi Meeley mais je vais finir pas péter un câble ! As-tu compris ce qui vient de se passer ?

Comme tous, au repas, elle avait vu Louis renverser le plateau des boissons destinées aux reines mais elle se gardait de tirer des conclusions hâtives.


Tu n’es pas dupe, n’est-ce pas ? Louis n’est pas aussi maladroit qu’il veut le faire croire !... Tu avais raison en suspectant des vengeances probables… On n’a pas de preuves mais ça vient sûrement d’elles, de qui d’autre sinon ?... Non, je ne lui ai rien dit encore ! … Ah ? Peut-être que ça vaudrait mieux, en effet !... Tu viens ? Prends tes croquis.

Main dans la main, les voilà sortis en direction de la tente du chef qu’ils trouvèrent en discussion avec le roi de France.


Désolés de vous interrompre ! Achille, c’est grave…

Apparemment, le Grec hésitait à trancher sur ce sujet délicat : y avait-il eu, oui ou non, tentative d’empoisonnements ?

… Louis, dis-nous vraiment pourquoi tu as fait ça ?

Sans fioriture – chose d’exception – Louis avoua ses raisons. Il se fit foudroyer du regard par Achille qui n’était pas parvenu à ce résultat mais expliqua aussi le pourquoi du comment. Ce qui les amena à la grande question : que faire ?
Si on ne faisait rien, on risquait une récidive. Si l’on accusait sans preuve formelle, on risquait d’être taxé d’abus de pouvoir ce qui mènerait à l’anarchie.


… Non Achille, on ne peut pas les exiler. Elles fileraient cafter au Boss, crois-moi…

Il se douta de la solution radicale envisagée par le Grec, et prit les devants :


On doit les surveiller 24h sur 24, pas d’alternative !

Il fallait, en effet, éviter qu’elles récidivent ou détalent en craignant des représailles.
Amelia se montra lénifiante avec Achille qui en avait besoin après avoir donné quelques ordres. Pour le distraire du conflit actuel, Richard parla futur :


On foutra le camp quand le boss aura son compte. Meeley a eu une idée révolutionnaire !


D’une tape dans le dos, il l’engagea à dévoiler ses plans.
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MessageSujet: Re: Les maîtres de la colline   Sam 16 Mar - 18:58

-Calamity ! Tu as assez bu comme ça !

C'était Bart, le sheriff qui venait de parler. Ah ! Il savait de quoi il causait le pochtron ! Et il se permettait de donner des leçons à Calamity Jane ! Calamity se leva difficilement.

-T'as d'la chance, Bart... que je sois un peu patraque aujoud'hui.... sinon, je t'aurais faire rentrer tes paroles dans la gorge.

Calamity s'effondra sur sa chaise, porta la bouteille de whisky à ses lèvres et avala le contenu cul-sec.

-Alors... que ti dus d'cha? Hein.... qu'est-ce tu dis de.... Aaaah.

Calamilty Jane venait de perdre connaissance. Aussitôt, Bart se précipita vers elle, lui donna des claques pour la réveiller. Voyant qu'elle ne réagissait pas, il alla chercher un seau d'eau qu'il lui balança à la figure, en vain. Bart sorti dans la rue et cria à la cantonnade :

-Un médecin ! Qu'on aille chercher le toubib ! Vite !

Il retourna auprès de Calamity et essaya encore de la ranimer mais sans succès. Il l'a pris alors dans ses bras, la porta dans sa chambre et la déposa sur le lit.

-Ben, ma vieille, t'es une fausse maigre.

Lorsque le médecin arriva, c'était pour constater le décès. Calamity Jane était morte ! La nouvelle jeta la stupeur dans la ville.


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Calamity Jane ouvrit les yeux. Elle regarda autour d'elle et vit que la maison où elle avait expiré avait disparu. A la place, une rivière et des arbres.

-Bon sang, c'est ça le Paradis? C'est drôle, je le voyais différent. En fait, je pensais jamais le voir....

Un oiseau vint se poser près d'elle. Elle l'attrapa d'un geste rapide et le regarda longuement avant de le relâcher, puis, elle se pinça, vit qu'elle était entièrement nue. Se levant, elle maugréa.

-Bah.... c'est quoi c't'histoire? J'suis pas morte on dirait ! Mais alors, quel est cet endroit? En attendant, il faut que je trouve de quoi me couvrir. On ne sait jamais... s'il y avait quelqu'un d'autre dans cette contrée....

Calamity ramassa des feuilles et des branches et se confectionna une sorte de paréo qu'elle ajusta sur sa taille. Ce n'était pas grand chose mais au moins ça cachait le principal. Une fois ceci fait, elle décida de partir en exploration voir s'il n'ya avait pas d'autres "ressuscités" (elle ne voyait pas bien quel autre mot employer pour qualifier sa situation pour le moins étrange). Elle marcha un long moment, longeant le fleuve sans rencontrer âme qui vive. Découragée et fatiguée, elle s'arrêta un instant. C'est alors qu'elle aperçu une colline.

-Et si j'allais voir la-haut? J'aurais ainsi un point de vue qui me permettra peut-être de découvrir où je me trouve?


Reprenant des force elle se leva et marcha d'un pas décider vers le sommet de la colline et là ! Ô stupeur ! Devant ses yeux, à quelques distance, un camp de fortune. Plusieurs hommes et femmes s'affairaient. Elle n'était donc pas seule.... Sans plus réfléchir, elle courut vers le camp.

-Hey ! Est-ce que quelqu'un pourrait me dire le nom de c'patelin?
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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: Les maîtres de la colline   Dim 17 Mar - 22:55

Jour après jour, en regardant ce qui l’entourait, Achille faisait serment qu’à peine l’affaire des pillards réglée, il prendrait son barda et irait se perdre peu importait où , loin de cette routine insensée, des intrigues des femmes et des femmes tout court, si possible.
Il était là, guerrier héroïque, admiré, loué, etc…sans autre chose à faire que vivoter, guerroyant péniblement contre une horde de rustres armés de gourdins, à la tête d’un groupe pitoyable tout aussi rustre que l’ennemi. Cruelle déchéance !

Réglée une affaire ci, une autre là, la journée s’annonçait comme tant d’autres. Il alla rejoindre le groupe que l’homme du futur entraînait, avec autant de science que de rigueur, pour constater les avances mais surtout pour fuir la tenace présence des trois femmes qui de tant l’aimer, c’était ce qu’elles disaient, finiraient par le rendre fou…de rage ! Il devait reconnaître que tout n’était que de sa faute mais n’avait jamais envisagé que l’affaire irait jusqu’à s’envenimer de la sorte.

Les signaux de fumée, déchiffrés par Pale Horse, mirent le campement en branle bas de combat. Un petit détachement aux ordres d’Alf fut dépêché à la rencontre des arrivants. Que Louis, se porte, le tout premier volontaire, consterna la plupart, sans lui, ils seraient de nouveau mis à la portion congrue.


*Malédiction des dieux…*

Sans aucun doute. Hargneux et fatigué, il se réjouit néanmoins quand des signaux de la vallée, indiquèrent le retour de Louis avec partie du groupe des nouveaux. Joie de courte durée en reconnaissant, en premier plan, escortée galamment par un roi aux anges, la femme qu’il s’était juré un jour d’étrangler des ses propres mains, d’en avoir l’occasion. Et voilà que pour envenimer encore plus sa hargne, la belle, on ne pouvait pas nier cela, se montrait pleine d’esprit :

Ah non ! Ce n’est pas vrai…de tous les hommes du monde…TOI !!!

Maudite vipère !, gronda t’il avec des envies de meurtre.

Au lieu de crier à l’outrage, réclamer protection ou faire étal de tant de ses perfidies, la cause de tant de maux, entre autres de sa mort, ne perdit rien de son aplomb pour riposter, joyeusement :

Mais enfin puisqu’il en est ainsi, j’avoue qu’après tout cela aurait pu être pire…Ravie de te revoir si vivant…et sans flèches, Achille !

Garde tes ironies, traitresse…je devrais t’écorcher vive sans plus de mots…

Mais bien sûr c’était sans compter avec l’exquise civilisation de certains qui ne voyaient pas de bons yeux qu’il ose mettre sa patte sur une si délicate nature. Louis y alla d’un discours savant, presque poétique et empreint d’un bon sens incontournable, selon lequel le passé n’étant que cela, on ne gagnait rien à y revenir sans cesse.
Qu’à cela ne tienne, il avait toujours envie de tordre son adorable cou mais il fallait quand même prêter foi aux sages paroles du Quatorzième. Mort et renaissance devaient bien avoir un but autre que régler des vieux comptes. En outre, quelque chose semblait avoir changé chez la belle entre les belles, il ne pouvait pas encore définir quoi et n’avait pas trop envie de le savoir, pour le moment.

Soit !, concéda t’il, rogue.

Supposer que Louis en finirait là tenait du rêve, il tenait décidément à bien faire les choses.

Nous sommes tous égaux dans cette galère, unis dans l’unique but de défendre l’iniquité. Hélène voici Achille, notre chef. Achille, voici Hélène, une rescapée qui en a bavé avant que nous la rencontrions.

Très bien…que veux tu de plus !? Une accolade de bienvenue ?...Va avec les femmes, Hélène…et toi, Louis, qu’y a-t-il avec le reste ?

Les autres sont restés en bas près d’un trésor sans prix dans cette contrée.

Tant qu’à faire, Achille se pencha sur l’échantillon du fameux trésor.

C’est quoi, ça ? Tu apportes des os ?

*Il se fiche de ma poire !*

Mais non. Rien de plus loin dans les intentions royales. Il l’épata avec une explication plus que raisonnable en invoquant un squelette monstrueux, dépouille de Houle ou ce que cela voudrait être, vantant les soi disant qualités de la trouvaille, version confirmée par une Hélène audacieuse, à qui personne ne demandait son avis.
Des tonnes d’os réclamaient leur attention. Impossible d’ignorer le message implicite : il fallait se bouger pour aller les chercher.


J’attends un rapport complet dès que tu auras repris ton souffle !

Louis parti, en escortant la blonde, il alla chercher Richard et les autres de confiance pour discuter l’affaire .

D’après Louis, et je ne vois pas pourquoi il devrait mentir, ces ossements seront un apport inestimable pour notre dotation d’armes et allez savoir quoi d’autre. Un autre groupe ira prêter main forte à ceux de la vallée. Nous ne devons pas être les seuls à vouloir faire main basse sur ce butin.

On discutait possibilités quand le Quatorzième du nom fit son apparition et fit un rapport précis et concis, sans détours inutiles ni fioritures colorées. Achille dut reconnaître qu’avoir six hommes de plus, et pas des moindres, n’était pas ajout négligeable. Qu’il y eut encore deux femmes ne le ravit pas, on se doute bien pourquoi. Que l’une soit une sorcière donnait de quoi penser, que l’autre parle au monstre du fleuve, encore plus.

*Une néréide ?...*

Louis ne savait rien de plus sur cet étrange pouvoir mais assura, véhément, que selon sa compatriote sorcière, les fameux os étaient indestructibles. On débattit sur les possibles moyens pour amener une telle cargaison au sommet de la colline et la seule solution viable fut émise par un Louis, très inspiré : construire des radeaux qui seraient menés à bon port par la sirène de service.

*Pas mal…faut encore savoir si la dame des eaux veut s’y mettre…*


Mais ce n’était pas cela qui le laissa pensif. Le nom de cette étonnante créature lui tournait sans cesse dans la tête. Elisabeth…Il n’aurait su dire pourquoi mais la seule mention de ce nom le remuait, éveillant un sentiment étrange, ressemblant à s’y méprendre à du chagrin.
Faisant abstraction d’idées incompréhensibles, le guerrier se concentra à la discussion.


On ira , demain même. Assemblons l’équipe dont nous disposons, la Pierre pourvoira, au besoin.

Ce soir là on travailla ferme pour préparer l’équipée du lendemain. Le signal de départ fut donné aux premières lueurs du jour. Achille décida de prendre lui-même le commandement en laissant Richard à la tête des opérations de la colline.

Avançant à un train de diable, ils atteignirent leur but en moins de temps que prévu. Alpha n’avait pas lambiné à la tâche. Campement parfaitement établi, équipes de travail en mouvement. D’uns s’occupant des os, d’autres abattant des arbres. L’homme du futur, faisait son rapport quand le regard d’Achille se porta vers la berge, près de laquelle venait d’émerger la plus parfaite des créatures…S’il laissa Alf, la parole à la bouche, cela ne lui posa le moindre des soucis, en état presque hypnotique, le héros de Troie avança vers le bord de l’eau.
Une longue chevelure sombre, ruisselante masquait en partie ses formes, par ailleurs révélées sous une chemise trempée qui les épousait comme deuxième peau. Des belles femmes, Achille en avait croisées sans pour autant perdre la tête mais la vue de cette naïade splendide surgissant de l’onde le laissa transi. Elle l’avait aperçu aussi et l’espace d’une seconde leurs regards se rencontrèrent…et elle perdit pied, retombant dans l’eau, entraînée par le poids de son fardeau. Sans le penser deux fois, il bondit à la rescousse et la cueillit des flots, à demi inconsciente pour la ramener au rivage où on s’évertua à la ranimer, sans qu’il songe pour autant à la laisser là, aux bons soins des autres.

Ça va aller…tu as bu la tasse !, assura t’il, plus bête impossible, en se noyant dans ses yeux verts.

Une femme apporta un bol fumant enjoignant la « noyée » de le boire. Il la soutint en proie d’un émoi indescriptible, bouleversant.

Merci … J’ai plongé 20 fois depuis l’aube, pardonnez-moi… Achille !


*Reprends toi, bon sang !*

Il n’y a rien à pardonner…, il l’enveloppait dans la couverture apportée, on…va prendre soin de toi…

Il aurait voulu rester là, à la tenir contre lui mais la rigueur de la réalité et la conscience d’être en train de se comporter comme un halluciné l’emportèrent. La dénommée Léontine prit en charge la situation et force fut d’aller s’occuper de ce qui l’avait amené là.

Personne, même pas Louis, ne fit allusion à l’interlude foudroyant et le travail se poursuivit à bonne cadence. Discuter avec Alf sur les suivantes phases des manœuvres résulta lénifiant pour son esprit exalté qui tendait, bizarrement, à s’égarer depuis un moment. Avec l’homme du futur, aucune circonvolution sociale n’était nécessaire, le gars allait direct au point, exposait les choses clairement et agissait sans perte de temps ni d’effort. Si Alf fut dépité de son peu d’apport à la conversation, qui était, de toute façon, succincte, il n’en démontra rien ou ne le remarqua pas, préférant aller abattre des arbres avec un entrain de bûcheron nordique.
Louis vint discuter sur les bontés des radeaux à construire, cordes et calfeutrage et aurait pu parler de la pluie ou du beau temps que cela aurait eu le même effet. Son regard, sans qu’il en ait totale conscience, se portait, invariablement vers l’endroit où la sirène, comme l’appelait tout le monde, s’occupait du repas, avec Isabel et la sorcière.
Il ne cherchait aucun raison sensée pour ce qui l’agitait. Voir la jeune femme l’avait bouleversé à plus d’un titre, sa beauté y était pour beaucoup, sans aucun doute, mais il pressentait que tout allait plus loin, au-delà d’une simple attraction physique, qu’il devait avouer foudroyante. La sensation de vide soudain comblé le déroutait. La voir avait effacé la douleur de ce manque sans nom qui le taraudait depuis son « réveil ». C’était aboutir à la fin d’une attente angoissante, d’une quête sans repères…

*Tu perds la boule…*

Le soir venu, il ne tenait plus sur place. Elisabeth de Bavière, était face au feu, perdue dans ses pensées. Il s’approcha en essayant de sembler détaché.

Bonsoir…Ça va mieux ?

Merci de votre sollicitude Achille, je vais très bien maintenant…

Impossible ne pas remarquer qu’elle maintenait le « vous », signal de distance polie.

*Radote tout seul si cela te fait plaisir, imbécile !*

Autant reprendre ses esprits et faire comme si rien. Parler travail sembla adéquat pour sauver la mise.

À ce train nous serons prêts en trois ou quatre jours, informa t’il pour alors ayant pris place près d’elle, sans qu’on l’y invite, une fois tous les arbres nécessaires abattus, on assemblera les radeaux et on descendra la rivière jusqu’à la colline.

Oui, j’ai vu que vous aviez avancé. Monter un radeau me semble une bonne idée si votre colline est là où on le dit…

Elle est exactement là où on le dit. Les repérages d’Alf sont infaillibles avec son artefact moderne.

Elle fit une remarque sur les jumelles qu’il releva à peine, trop absorbé avec ses propres idées.

On m’a dit que tu te communiquais avec la Houle …es tu une déité de l’eau ? Une néréide, peut être ?...Ma mère en était une. Je sais que de ce temps cela ne semble pas trop d’actualité mais…

Son rire était un baume pour son esprit en goguette.

Euh, non ! Je ne suis pas une déesse. Je ne sais pas ce qui se raconte mais, comment dire… le monstre est un… ami. C’est ce qu’il prétend... comme s’il me connaissait d’un avant que j’aurais oublié…

Ah bon ?...Un avant oublié…curieux, j’ai la même sensation…d’oubli, je veux dire, avant d’emmêler encore plus les pinceaux il rectifia le tir et passa à un autre thème moins flou.

Louis m’a dit que toi et les autres aviez fui du campement des pillards. Ce ne serait pas de trop si tu pouvais nous donner certaines précisions.

Elle confirma l’information mais voulut savoir ce qu’était devenue sa blonde amie.

*L’histoire te précède…*


Tout aussi bien que possible !
, grommela t’il, mais revenons à ce campement…

Elle hocha la tête, son profil parfait se détachant sur les flammes. Et voilà les idées si bien parties en vadrouille qu’il l’entendit à peine s’affirmer capable de dessiner un plan…

Mais et toi ? Quel est ton parcours ? Ta vie…d’avant ?...Je suis sûr que comme la plupart, tu connais mon histoire, donc on n’y revient pas…parle moi de toi !

Les heures s’écoulèrent sans se laisser sentir. Elle raconta son histoire, sans trop de nostalgie dans ses évocations. Il en ressortait que le bonheur n’avait pas toujours primé dans son existence, régie par devoir et obligations qu’elle avait acceptés, non sans renâcler, pour finir tristement assassinée sans même en connaître la raison.

Il était absurdement tard quand Achille gagna ses quartiers en maudissant la décence qui l’empêchait de rester auprès d’elle. Le sommeil fut long à venir.
La construction des radeaux et les apprêter demanda plus de temps que prévu. Il ne s’en plaignit pas, cela lui permettait, le soir venu, de revenir auprès d’Elisabeth, se fichant éperdument de ce que pouvaient penser les autres. Elle avait délivré le plan du campement, répertorié ses connaissances sur tours de garde et autres détails d’importance.


Tu ferais un fameux espion…tu as un grand sens du détail, assura t’il, en tout cas, il est fameusement bien défendu, leur campement…tu dis qu’en plus, ils renforçaient des remparts…et qu’il y a un périmètre à découvert…pas bête du tout…avec les bois autour…ce ne sera pas par surprise qu’on va le prendre…Mais on verra cela en temps voulu…je veux entendre la suite de ton histoire…on en était à la vie à la cour…

Soupir. Petite moue dépitée. Elle n’aimait pas la cour. Écrasée de responsabilités, privée de ses enfants, en tout évidence mariée avec un crétin incapable d’aimer comme le méritait une femme comme elle.

Crois-tu que l’on puisse retrouver ici ceux que l’on a perdu ?

Je n’y ai pas pensé… qui veux tu retrouver ? Ton mari ?

La pointe de jalousie qui lui vrillait le cœur s’enfuma avec sa réponse.


Mon mari ?? Grand Dieu non ! Je n’avais que 16 ans quand il m’a séduite… Je n’ai cessé de regretter depuis. Mais toi ? Hélène et... Briséis… ?

Il sourit en secouant la tête.


Y a-t-il quelque chose que tu ne saches pas de moi ?...Regretter ? Je n’y pense pas, c’est tout…Ça appartient à une autre vie…c’est bien le cas de le dire. L’histoire exagère et on me prête des faits que je n’ai pas accompli…ainsi que bon nombre de femmes…, il sonda son regard si vert, pétillant de malice, mais si tu veux savoir ce qu’il y a eu entre Hélène et moi…

Elle ne dit rien mais ses yeux l’enjoignaient de parler.

Elle m’a séduit, comme à tant d’autres…à Troie…oui, je sais, Pâris et les troyens…elle voulait sortir de là mais pas retourner auprès de son légitime…Suis allé en ambassadeur…Ne rigole pas, on fait ce qu’on peut pour bien accomplir son boulot…J’aurais dû la ramener de force et mettre fin à cette guerre…bien sûr, les troyens ne m’ont pas laissé faire…bonne raison pour ne pas la porter dans mon cœur, tu ne crois pas ?...Briseis...peut être si j’avais eu le temps…je…enfin, suis mort avant de n’importe quoi d’autre…fin de l’histoire…et maintenant, début d’une autre…qui pour étrange que cela paraisse me semble être la suite de quelque chose…c’est l’impression que j’ai eue en te voyant pour la première fois.

Il est des regards qui disent plus que mille mots et de tentations qu’on ne cherche pas à résister. Ce ne fut pas un baiser volé mais la dérivation naturelle d’une situation qui les rapprochait de plus en plus, jour à jour.

Le lendemain, ils seraient à la Colline, penser à ce que susciterait la présence de Sissi le mettait d’ores et déjà mal à l’aise mais ce serait un mauvais moment à passer. Un très mauvais moment en connaissant Margaret et Anamaria, de qui, il pressentait devoir s’attendre au pire. Néanmoins, il ne pipa mot à ce respect, dans l’espoir, vain optimisme, de gérer l’affaire convenablement sans que cela fasse trop de vagues.
Mais il avant d’affronter les harpies de service, il fallut découdre avec un ennemi devenu audacieux. Sans doute, les pillards avaient observé la quiétude de la Houle et pensèrent, cela va de soi, en tirer le meilleur parti. On arrimait les radeaux quand l’attaque fut lancée. Il fallait reconnaître que ces manants s’étaient organisés mieux que prévu, ils étaient supérieurs en nombre mais ne comptaient pas trouver une résistance si hargneuse. Les frondes de Louis firent des dégâts autant que le tir certain des maîtres archers, Isabel, les sioux et le mongol. En combat régulier Alpha était une machine meurtrière. Achille se savait excellent guerrier mais se félicita de ne pas l’avoir comme contraire. À moment donné, grand nombre de pillards lançant des canots rudimentaires à l’eau commencèrent à traverser le fleuve.

Il hurlait des ordres, on se battait férocement mais sans la Houle, ils seraient investis en peu de temps, c’est alors qu’il vit Elisabeth se défaire de ses vêtements, prête à s’élancer. Vouloir la retenir s’avéra vain.
Instants plus tard, la Houle salvatrice se manifesta et l’ennemi disparut, gobé par le fleuve. Il accueillit Sissi en l’enveloppant dans une couverture avant de se tourner vers la troupe pour vérifier les dégâts. À part quelques plaies et bosses, tous semblaient se porter bien sauf Isabel qui s’effondrait dans les bras de son « mari ». Soins d’urgence, évacuation immédiate.

On était prêts à partir, de toute façon…Hopi, envoie le signal, qu’ils nous attendent et que Tsang soit prêt ! Sven, à la tête du convoi…Dawson avec lui.

Embarqués corps et biens, on vogua au gré du courant, après que Sissi eut insisté, encore une fois à plonger, question de remercier les créatures du fleuve. On les attendait au bas de la Colline. Richard avait bien mis en opération le système de levage qui aiderait énormément au transport des ossements en lieu sûr. La blessée se trouvait déjà en bonnes mains, si on tenait compte de son mari gravissant la pente à toute vitesse avec le moine galopant à leur suite. Richard s’approchant, suivi de son indéfectible Amelia, les présentations furent faites et miss Earhart s’offrit à montrer le chemin, ce qu’Elisabeth accepta de très bonne grâce.

Il la suivit du regard. Si Richard tira ses conclusions, il n’en toucha mot. Le débardage prit le temps nécessaire et ce ne fut qu’au soir tombant qu’on remonta au campement où les attendait un banquet concocté savamment par un Louis aux anges. Inutile de se demander la raison de cet état d’âme bienheureux, suffisait de suivre son regard énamouré et découvrir une certaine blonde, tout sourires.

*Satanée vipère !*

Mais pour le moment, ce n’était pas précisément celui là son problème. Il aurait fallu être aveugle, sourd et carrément stupide pour ne pas se rendre compte du courant d’animosité qui s’agita quand, Elisabeth, délicieuse dans sa tenue mode Amelia, occupa la place à ses côtés. Margaret et Anamaria avaient tenu à être du banquet, chose inusuelle. Leurs œillades enflammées tournèrent au virulent poison en remarquant qu’il ne s’agissait pas là que d’une simple attention de bienvenue pour une si remarquable nouvelle arrivante. Zaidé, plus discrète, se contenta de le pincer méchamment au moment de lui servir à boire.

Louis et Amelia se chargèrent de maintenir l’ambiance, l’un avec ses histoires, l’autre avec les siennes, teintées d’humour. On mangea, but et rigola dans une atmosphère chargée d’électricité qui demanda, plus tard, certaines explications à une impératrice qui n’en sollicitait aucune.

Ce sont elles qui l’ont voulu…il n’y a jamais eu de promesses, ni rien de semblable…

Elle souriait en prenant congé mais n’esquissa le moindre geste pour se rapprocher de lui. Le message était clair : fallait faire le ménage.

Zaidé n’eut aucun besoin de convocation, elle se présenta deux minutes après le départ de Sissi, une moue chagrine aux lèvres mais un éclat amusé dans ses yeux de chat.

Maître a trouvé la femme qui lui convient. Zaidé est contente d’avoir pu rendre son maître heureux, le temps que cela a duré.

Tu peux te passer de ce ton si humble, Zaidé…On s’est bien entendus et c’est fini…c’est tout ! Tu ne m’aimes pas, ni moi non plus.

J’en aime un autre !, déclara t’elle, et il m’aime aussi…tu es d’accord si…

Pourquoi tu m’as pincé alors ?


Elle sourit, narquoise.

Juste un peu d’amour propre…et ce n’est rien en comparaison de ce qui t’attend…

Elle n’eut pas tort. L’entretien avec l’anglaise et l’italienne tourna très vite au tempétueux, s’il avait eu quelque souci de discrétion, ce fut fichu depuis le début. Cris, pleurs et menaces de toute sorte fusèrent dans l’air calme de la nuit, mettant au courant de l’affaire tout être vivant aux alentours. Il dut son salut au manque d’armes blanches à portée de main et elles au fait que même furieux, il savait maitriser l’envie de les réduire en charpie. N’empêche que quelques claques bien senties s’égarèrent par là et si elles ne lui arrachèrent pas les yeux ce fut bien parce qu’il était entraîné pour se défendre dans la lutte corps à corps. N’empêche que le lendemain, les dames ne parurent pas en public et qu’il arborait un superbe coquart dont on se passa de commentaire.

Richard, la diplomatie même, l’aborda dans l’intention de lui faire part de ses découvertes au sujet des os de Houle. Selon lui, une véritable bénédiction et suivant son raisonnement, sans doute vrai. La démonstration conséquente prouva ses dires. L’explorateur entrevoyait déjà les mille avantages à tirer de leur trouvaille et savait aussi comment s’y prendre.
Pendant que Richard s’occupait de son industrie d’armes et de poser des questions, Achille veillait au bon fonctionnement de son campement. Les débuts, avec peu d’âmes à héberger et nourrir étaient loin. Tous n’étaient pas, comme l’avait fait remarquer Alf, performants comme soldats mais ils n’étaient pas moins sous sa responsabilité.
Ravitailler une telle troupe demandait de l’organisation et le seul qu’Achille connut capable de gérer cela était Louis. Il avait observé le roi. Charme et humour mais aussi d’une finesse d’esprit admirable, il jouait parfois le rôle d’âme innocente et gauche, faisait du théâtre pour des broutilles mais ce n’étaient qu’apparences. Peut-être que cela l’amusait duper les autres de la sorte ? Lui, ne se méprenait pas. En session privée, il lui demanda de former une équipe pour s’occuper uniquement du ravitaillement. Ils avaient besoin de provisions, pas seulement pour le jour le jour mais aussi pour des lendemains plus difficiles. Louis agréa la nouvelle tâche avec son exubérance habituelle et s’en alla de sitôt recruter tout celui qui pourrait servir à son entreprise.

Que son suivant visiteur soit Elisabeth, le réjouit, avant de penser qu’elle venait peut être l’envoyer au diable, peu désireuse de côtoyer un rustre de sa catégorie mais la jeune femme avait l’air plutôt amusée de voir l’état de son œil et assurait tenir de Léontine un onguent qui effacerait rapidement toute trace de l’affront subi, quoi qu’à son malicieux avis, bien mérité.


Merci quand même…la prochaine fois que je discute avec une femme, je ferais bien de passer mon armure…Quoique si je le fais avec toi, je doute que cela me servirait de quelque chose…Non ! Je n’en ai pas l’intention…pas cette intention là, en tout cas…

Elle riait, l’enjôleuse et lui, perdait, sans s’en plaindre, le peu de bon sens qui lui restait en l’ayant à proximité. Elisabeth le taquinait quant à son manque de sérieux.

Si tu me dis à quoi cela sert…On est là, pris au piège…Tu ne penses pas que c’en soit un ?...Mais peu importe…tant que tu seras avec moi…on s’en fiche…

Si son bon sens dérivait joyeusement, celui de l’impératrice demeurait assez inébranlable, lui rappelant gentiment ses obligations de chef et les siennes, tout frais assignées, le quitta sans lui laisser le sursis de quémander un peu plus de son attention. Il resta là, abruti d’un bonheur inédit, incapable de penser correctement à ses fichues obligations.
Se reprenant à la comme on peut, il se décida à sortir pour aller rendre visite à Isabel, qui se remettait doucement de ses déboires. Richard, croisé en chemin, tint à l’accompagner. La jeune femme avait eu droit à des informations de première main et ayant retenu l’essentiel les surprit par ses propos de stratégie.

Achille, je ne t’apprendrai rien quant à un certain cheval…

*Plus connu que moi, le fichu cheval…*

Ils connaissaient le mouvement. L’idée était plus que valable manquait encore savoir comment s’y prendre, ce qui donna lieu à une enrichissante discussion, une fois pris congé de la convalescente.

L’idée d’Isabel est bonne…la tactique marche, c’est su…,
grommela Achille, faut encore savoir qui jouera le rôle du « cadeau »…

Richard gambergeait de son côté. En moins de deux, ils avaient rayé tous les noms féminins de leur liste de possibles candidats. Il est des questions qui ne se posent pas, un point c’est tout. Côté hommes, Alpha fut exclu d’emblée jugé trop expéditif. Ni lui ni Richard n’entraient en cause, pour des raisons évidentes. Aucun autre ne remplissait les réquisits nécessaires sauf…

Louis.

Ils étaient parfaitement d’accord mais décidèrent laisser que le Roi arrive tout seul à cette docte conclusion. Ce ne fut pas pour le lendemain.

Entre le minet sensationnel qui grandissait à vue d’œil, les exploits agricoles de Louis, les scènes des dames déchues, des petites disputes entre l’un ou l’autre, vite réglées, la vie se poursuivait tant bien que mal. Achille avait souvent la tête ailleurs et la coupable de ses distractions n’en semblait pas trop malheureuse. Mais distrait ou pas, il ne ratait pas certains faits alarmants et désagréables. La vindicte de ses ex dépassait les limites… et en toute évidence, il n’était pas le seul à l’avoir remarqué.
Que Louis ait, au milieu du repas, envoyé valser le plateau des boissons destinées à Sissi et Hélène n’était pas un simple fait d’étourderie. Que Richard et Amelia se pointent pour justement discuter la même affaire, ne faisait que confirmer les soupçons de tous. Louis qui semblait en savoir plus que les autres, finit par passer aux aveux.
Les soupçons du roi allaient au-delà des leurs, la sienne était une très claire présomption de meurtre. Fin observateur à ses heures perdues et jouissant de l’avantage d’avoir vécu à une époque où ce genre d’activité, s’entend empoisonner les gens, était monnaie assez courante, il était, sans aucun doute, le mieux placé de tous pour se livrer à ce genre d’accusation. Ravi d’avoir leur attention, Louis ne se priva de donner des détails, exemples et commentaires.

Alors, selon toi…cela fait un moment qu’elles préparent leur coup… On ne va pas leur laisser le loisir de recommencer !

Certains pensaient que la sagesse civilisée d’Elisabeth avait pu déteindre sur lui.

Non Achille, on ne peut pas les exiler. Elles fileraient cafter au Boss, crois-moi…

Il adressa à l’explorateur un regard dénué de bienveillance.

Je ne pensais pas à l’exil, Richard…

Leur couper la gorge lui semblait la façon la plus efficace mais bien entendu, selon les entendus, on ne pouvait pas se la jouer si radicalement. On parla d’abus de pouvoir, invitation à l’anarchie et allez savoir quoi d’autre. La seule alternative viable qu’on lui permettait d’envisager était surveiller ces dames 24h sur 24.

Oui, c’est ça, répliqua-t’il, mordant, qu’on bâtisse en vitesse un solide cachot, qu’on les y enchaîne et mette trois gardes à la porte…Vous voulez rire ! Mais soit…

Un appel suffit, Hopi et Sven se présentèrent illico. Les ordres furent brefs et concis.

Et si elles essaient de filer, on fait court procès , compris !?


Les deux hommes acquiescèrent sans un mot. Préoccupée sans doute par son air sombre, Amelia déploya des trésors de patience et génie pour distraire ses envies de meurtre , y mettant du sien, dans la même intention Richard le mit au parfum d’un plan révolutionnaire, conçu par la rouquine.

Nous envoler ?...Pourquoi pas ?...Tant qu’on sort d’ici, peu importe comment…On en reparlera…Non, je ne vais étrangler personne…pas encore !
Qu’il sourie comme chat content tranquillisa le couple.

Sissi lisait, en compagnie d’Hélène quand il entra dans leur tente. La reine de Sparte l’octroya d’un regard peu amène mais il l’ignora.


Je dois vous parler…à vous deux. Oui…c’est sur ce qui s’est passé ce soir…Je ne suis pas le seul à penser qu’il y a eu tentative de meurtre…du poison, Hélène…pourquoi toi ?...Qu’est ce que j’en sais ? Peut être ces dames ont de visées sur Louis…c’est d’ailleurs lui qui a éventé leurs plans…Demande le lui, il sera ravi de tout te raconter…

Il leva la main pour demander silence et s’assit à côté d’Elisabeth.

J’ai donné ordre de les arrêter et enfermer…Oui, Hélène, j’aurais préféré m’en défaire de façon plus définitive…Sissi, ce n’est pas de sauvages…c’est justice ! …Ton temps…le mien, qu’est ce que cela peut faire ?…meurtre est meurtre…Bon, tentative de meurtre…et quoi ? Que veux tu…un jugement ? Je t’assure, ma douce, qu’il n’y aura guère l’opportunité…je les connais…

Il ne savait pas si bien dire…
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Les maîtres de la colline   Mer 20 Mar - 20:11

*Je dois tout faire ici !*

Si être indispensable à la vie du camp agréait Louis, recevoir si peu de reconnaissance l’agaçait plutôt. Quoiqu’il en soit, il était certain d’avoir rencontré son élue en la belle de Troie. Outre de posséder un physique de déesse, Hélène était spirituelle, de répartie facile et pointue.
Il avait mis les points sur les i avec les concubines d’Achille afin de parer des mauvais coups de leur part mais se jura aussi de veiller au grain.
À peine rentré au camp, il fallut repartir.
Le montage de radeaux prit du temps. Comme on le redoutait, les « autres » attaquèrent en masse. La seule blessée grave fut Miss Kittredge, au grand dam de tous, surtout celui de l’homme du très lointain futur.


*Encore un qui est bleu, sauf qu’il ne le sait pas !*

On rentra vite sur un long fleuve tranquille sans embûches grâce à la nouvelle âme sœur du Grec.
Tout se remit en place ensuite. Louis n’ayant pas la carrure d’un débardeur, il présenta d’abord ses hommages à sa belle qui consentit à l’écouter malgré ses retrouvailles avec l’impératrice autrichienne :


Tu m’as manqué, ma fleur !... Isabel ira bien, j’en suis sûr… mais je dois te tenir au fait d’un truc…


La finaude avait directement remarqué le regard d’Achille envers Sissi :

… C’est pire que ça, je le crains ! … Envouté ? Je l’ignore. Il faudra veiller au grain. Je ne tolérerai pas que l’on vous agresse, ni toi, ni elle ! Fais attention, s’il te plait !

Là-dessus, après un baisemain dans les règles, il s’excusa et partit vaquer à ses surveillances habituelles.
L’intendance lui tenait à cœur. Avec tant de bouches à nourrir en sus, sans compter d’éventuelles nouvelles, les rations risquaient d’être diminuées si l’on ne tentait rien pour améliorer l’ordinaire.
Ayant demandé des semences, et l’accord d’Achille pour défricher plusieurs lopins de terre, on avait vu pousser à profusion des variétés comestibles, de quoi alimenter les troupes quotidiennement. Néanmoins, vigilance s’imposait !
Cette première soirée avec reines et concubines laissa beaucoup à penser. Un orage couvait, et non des moindres. Louis essaya de dérider certains fronts en narrant les fastes de sa cour tut en sachant parfaitement qu’il en bassinait plus d’un avec ces propos.


*Vous, je vous ai à l’œil, traîtresses !*

Le cocard arboré par Achille au matin ne l’étonna point. Ses ruptures semblaient venimeuses…
Il aurait souhaité donner des conseils mais préféra les réserver à Alf à qui il conseilla d’amadouer son Isabel avec des douceurs :


… Les femmes aiment que l’on ait des attentions envers elles. Ainsi, tous les matins, je cueille un bouquet pour Hélène…

Résultat, ce fut lui qui confectionna un assemblage floral pour le retour de Miss Kittredge sous sa tente.
Les récoltes étaient bonnes mais un peu de diversité ne nuisant pas, Louis poursuivit ses chasses nocturnes. Cette nuit-là, il piégea des bestioles étranges qui ressemblaient à de gros lapins tigrés.
Les collets les avaient étranglées proprement. Un civet aux arômes délicieux suivit.
Oh ! Isabel se leva tôt alors que la marmite fumait. Il ne lésina pas en lui choisissant des morceaux de choix. Les compliments fusèrent jusqu’au moment où il se vanta de ses captures. Là, Isabel devint folle et lui sauta sur le râble. Sans l’intervention de son mari, c’en était fait de lui !
Qu’en savait-il d’un chat domestique ? Il s’excusa, croyant effectivement, avoir trucidé le chat d’Isabel sauf que celui-ci reparut très… différent du chaton décrit.

La routine reprit à quelques nuances près. Vu son peu besoin de sommeil, Louis parvint à mener plusieurs fronts à la fois. Les progrès de Richard avec l’usinage des ossements forcèrent son admiration.
Entre sa cour à Hélène et ses diverses activités, Louis n’en perdait pas le nord. Aussi, une oreille traînant ici, un regard par là, il eut la certitude que Margaret et Anamaria préparaient un sale coup.
Aussi, quand il surprit les comploteuses en train de roder autour d’un plateau et des échanges s’effectuer, il n’hésita pas à se lever brutalement lorsque les boissons circulèrent, les renversant d’un coup.

Ciel ! Suis-je maladroit! Ma douce, vous me voyez marri d’avoir gâché votre toilette. Permettez que nous allions, de ce pas, en changer. Oh, Elisabeth, la vôtre aussi ! Venez, mesdames, j’assumerai personnellement les frais de nettoyage!

En douce, à leur tente, il souffla :

Changez-vous et restez cloîtrées un moment, je vous en conjure !

À peine les altesses quittées, il fut mandé auprès du chef qui essaya, sur tous les tons, de le faire causer. Il se défendit d’une manœuvre précise jusqu’à l’intervention de Burton et Miss Earhart.
Comment résister à Amelia ?


Vous avez gagné, j’avoue. C’est délibérément que j’ai renversé ce plateau car je suis convaincu que les boissons étaient empoisonnées par deux dames qui, ma foi, ont leurs raisons… Enfin, Achille ! Ouvre les yeux… ou du moins celui qui te reste intact ! De mon temps, j’ai vécu une période terrible où les empoisonneurs avaient la cote. Il fallait se méfier des chandelles, même des chemises ! Alors, tu penses si je renifle ces choses…

On en resta à débattre de ce qu’il faudrait en châtiment…
Une surveillance indéfectible fut votée puis Richard poussa Amelia à dévoiler certains plans. En quittant la tente d’Achille, Louis avait la tête pleine d’idées dans lesquelles il se voyait voguer sur un nuage avec Hélène.
Le jour suivant, alors qu’il vaquait aux champs, discutant avec l’ex-écuyer devenu fermier de la façon d’améliorer le palissage des poiriers, le 14ème du nom pensait déjà avoir tout vu, mais pas ça ! Ça, c’était une demoiselle en feuillage qui sortait des bois en gesticulant et baragouinant des propos pour le moins étranges :

-Hey ! Est-ce que quelqu'un pourrait me dire le nom de c'patelin?

Étant, par la force des choses, le plus gradé du coin, Louis la freina
:

Douce enfant, ménagez-vous !

Elle n’avait ni l’air doux, ni enfantine, mais Louis préféra biaiser :

Par quel heureux hasard pouvons-nous bénéficier de votre présence ? Je suis Louis, à qui ai-je l’honneur, si je puis… ?

Non, décidément Louis devait être devenu chèvre. Il ne capta rien du langage de la femme hormis le mot Calamity.

*Une calamité ? Mince !*


Nous ne sommes qu’une vingtaine. Ici, ce sont les plantations. Si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre, je vous présenterai au reste de la communauté.

La femme semblant sans défense, Louis crut bon de l’amener au sommet de la colline.


Dites à Achille que nous avons une… invitée surprise ! clama-t-il à qui voulait l’entendre.

Débarrassé de la calamité, Louis alla regarder l’usinage des ossements. Au passage, il ne rata pas les deux gardes postés près d’une tente.

*Qui sème le vent…*


Il avait vécu trop d’intrigues de cours pour leur concéder de la commisération et passa outre.
Après les poussières de fraisage, il s’intéressa beaucoup au projet d’Amelia qu’il trouva sous sa tente :


Tu crois vraiment que l’on pourrait construire ton engin ? … De quoi as-tu besoin au juste ?

Mazette, rien que ça ? La liste mémorisée, il alla prier les pierres.
Quand il ne cousait pas, ni ne priait, cuisinait, vérifiait les plantations, ne veillait au bien-être de tous, ne chassait, ne suait à la fonderie ou s’étouffait avec les poussières des scies, Louis pouvait conter fleurette à Hélène…


J’ai hâte, ma mie ! Hâte de quitter ces lieux. Pour toi, je bâtirai un nouveau royaume où nul n’aura peur de son prochain… Oui, le Boss… j’y pense beaucoup... Tes renseignements, ceux de Léontine et Sissi sont précieux. Hier, on a hérité de dix nouveaux. Calamity promet, elle semble capter le maniement des frondes et des gourdins... Les protections des boucliers semblent parfaites, mais… Sans intromissions directes, nous n’arriverons à rien ! … J’ai beaucoup réfléchi… Je sais, c’est plus fort que moi… Il faut un regard direct chez l’ennemi… Oui, j’y compte bien !

Elle avait foi en lui… Il se sentit des ailes !

Le plan faillit être gâché avec l’évasion des proscrites. Anamaria et Margaret, recluses depuis plusieurs jours, parvinrent à déjouer leurs gardiens et filer. On craignit qu’elles ne rejoignent les adversaires et les mettent au courant de certaines stratégies. Des témoins rapportèrent qu’un carnage eut lieu dans le fleuve suite à des sons bizarres jamais perçus jusqu’alors. Nul ne pleura les victimes.

OK ! J’ai pigé! s’énerva Louis.

Revêtu d’un pagne de feuilles au bord du fleuve, son oreille le grattait furieusement. L’appareillage d’Alf était discret mais très incommode au royal pavillon.

Sissi, je compte sur toi…


On eut beau le flatter, le rassurer, lui qui détestait les bains se voyait… dans le pétrin !
Hélène, à sa façon, lui donna des garanties inespérées.
Le cœur gonflé d’allégresse, l’ex-monarque s’immergea et… coula.
Qu’en pouvait-il s’il nageait moins qu’un fer à repasser ? Pas de sa faute si un méchant cygne l’avait quasi noyé dans un bassin ! Il crut sa dernière heure venue quand un remous se produisit, le propulsant d’une rive à l’autre.
À moitié groggy au sec, Louis rassembla feuilles et idées.


Vous m’entendez ?
s’informa-t-il en touchant l’oreillette.

Cela fonctionnait ! I Non sans baragouiner ses impressions, il se mit à longer la berge jusqu’à tomber sur un lieu de résurrection :


Phénix en place !

Ce fut tout ce qu’il put émettre avant de s’en pendre sur le crâne.
Les trente-six chandelles – au moins – qui lui dansaient sous les boucles furent éteintes brutalement par un seau d’eau en pleine poire. Deux brutes l’empoignèrent et l’entraînèrent direct vers une pierre sacrée :


Prie ces cailloux, qu’ils t’accordent des loques et de la bouffe !

Messieurs ! Entre gens du monde, il me saurait gré de …

Ta g****e ! Fais ce que l’on te dit !


Louis, au parfum des us et coutumes de ce clan via Hélène, savait ce qu’il risquait à désobéir.

*Des loques et de la bouffe ? On va rire !*

Sous les yeux ahuris de la compagnie, un costume de grand apparat se matérialisa, chapeau emplumé et brodequins inclus. Suivirent un porc caramélisé et ses garnitures cuites à point, liqueurs et vins fins, de quoi régaler trente convives.

Toi, t’es un rigolo ! Tu gardes la chemise, le reste est pour nous ! Mais… Comment t’as fait ?

Fais quoi, mon brave ? J’ai juste prié avec ferveur…

Les gardes le regardèrent avec suspicion. Certains emportèrent la manne, d’autres le poussèrent rallier les rangs d’autres détroussés auxquels il se mêla facilement. Une hébétude similaire les habitait. Louis aurait souhaité les rassurer mais il se contenta d’abord de s’isoler :

Phénix à rapaces… Vous êtes là ?... J’ai qu’une bosse, ça va vous ?... Pas encore mais ça tardera pas !

Il interrompit la conversation car certains le regardaient de travers. Bah, être pris pour un fou ne dérangeait pas Louis. Déjà on matait la chiourme, la canalisant en file indienne devant le regard censeur d’un maton patibulaire qui distribuait les tâches. Beaucoup furent expédiés au ramassage de cailloux, d’autres au tronçonnage. Quand vint le tour de Louis, le maton l’arrêta d’un coup sec dans la poitrine de son long bâton :

Stop ! Le Boss veut te voir !

Directement, le 14ème porta la main à son oreille :

Répétez, je vous prie. Le boss( ?) veut me voir ? Ça marche !

Conduit par deux sbires, Louis pénétra dans une tente identique à celle décrite par les évadées.
Depuis son trône, le grand chef le toisa puis l’apostropha :


QUI ES-TU ?

Je suis Louis le grand, le 14ème du nom, roi de France !

L’autre s’esclaffa à grand bruit, et sa cour l’imita.


Va pour Loulou mais on veut LA VÉRITÉ ! Personne jusqu’ici ne nous avait apporté une bouffe pareille. Alors… je ne le répèterai pas : QUI ES-TU ?

Offensé mais à fond dans son rôle de composition, Louis se montra mi- intimidé mi- fier :

Je suis Louis, 1er assistant cuisinier du grand Vatel, organisateur des festins royaux à la cour de divers souverains…


Bref, tu t’y connais en bouffe ! Je te nomme aux cuisines illico ! Va prier aussi souvent que nécessaire mais j’exige des banquets dignes de moi tous les soirs !

Louis s’inclina comme il se devait.
Le soir même, il transmit son rapport :


Le nid de vipères a prospéré au nord. L’aile droite de la caille est la plus faible. Avec ma sauce, l’entrée sera digeste si la lune est favorable.

Qu’est-ce que tu racontes ? le tança un gardien.

Moi ? Je récapitule tout haut ce que je dois faire demain. Ça m’aide à me rappeler… On dit que je suis zinzin… ça veut dire quoi ?

Ses prières du soir dépassèrent ses espérances. Grâces aux apports des pierres sacrées et son savoir-faire, on banqueta joyeusement.

Loulou, t’es un cadeau du ciel ! lui dit le Boss, ravi. Choisis une de mes femmes pour te réchauffer, tu l’as mérité !

Mille mercis, Monseigneur. Je crains cependant que mes dévotions ne soient perturbées si abus de chair je fais…

Jamais Boss n’avait tant ri.
Des demandes, il en fit aux cailloux ! Mais la quantité de condiments spéciaux resta infime.


Phénix à rapaces : requiers cadeaux express de Léontine et Tsang ! L’aile de la caille…

Des flèches lestées des poudres voulues furent expédiées et reçues.


T’en as préparé des tambouilles, toi !

De tous temps, la chiourme fonctionne mieux le ventre plein ! J’ai pensé, que…


Rien à cirer des esclaves ! Ce soir, bombance pour nous !

Le garde s’occupa personnellement de la répartition de la provende.
La lune levée, tous roupillaient… ou presque.
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Sissi

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MessageSujet: Re: Les maîtres de la colline   Mar 9 Avr - 22:16

Si, un jour, une flèche fatale avait transpercé le talon d’Achille, celle de Cupidon n’avait pas raté le cœur de Sissi. Ce sentiment bouleversant, elle l’avait connu dans sa prime jeunesse quand François-Joseph l’avait distinguée des autres fleurs du royaume. Ce tourbillon enivrant n’avait pas duré, hélas. Terriblement déçue par sa vie familiale, écrasée par ses responsabilités, Elisabeth s’était fermée aux choses de l’amour, préférant arborer l’image d’une grande dame cultivée et précieuse.
Rencontrer le héros de Troie fut comme l’ouverture d’une porte donnant sur la lumière. Il était, indiscutablement, très bien… bâti mais autre chose qu’une banale attraction existait, elle l’aurait juré. À l’éblouissement premier, la raison avait succédé quoique… pas entièrement. Elle s’était vu continuer à vaquer aux occupations dévolues sans pour autant nier une sorte de besoin. Comme une assoiffée revient à la source salvatrice, Sissi se mit à attendre ses « rendez-vous » nocturnes avec le guerrier. Le prétexte était bon, louable même : délivrer le plus d’informations possibles sur le camp adverse. Cependant, leurs conversations déviaient souvent vers des coins plus intimes de leur vie antérieure. Aussi, une pointe de jalousie lui vrilla-t-elle la poitrine quand Achille lui révéla avoir été, un temps, l’amant d’Hélène. Aveu sans remords, telle une fatalité négligeable, vite oubliée. Puis, suivit une autre confidence, pour la moins troublante :

…fin de l’histoire… et maintenant, début d’une autre… qui pour étrange que cela paraisse me semble être la suite de quelque chose… c’est l’impression que j’ai eue en te voyant pour la première fois.

J’ai eu… à peu près la même, souffla-t-elle, en émoi.

Qu’il l’embrasse ensuite fut si naturel qu’elle s’étonna de ne pas lui céder toute. La seule chose dont elle fut certaine c’est qu’une communion existait entre eux.


Devoir de réserve ? Peur de se leurrer à nouveau ? Sissi fit de son mieux pour maintenir une distance relative dans ses rapports avec Achille. D’ailleurs, le décours des événements ne se prêta pas à la romance engagée. L’ennemi attaqua, la forçant à user de cet étrange pouvoir qu’elle possédait envers le seigneur du fleuve.
Peu après la victoire, on connut un rapatriement en urgence. La douce Isabel, la femme du grand gars étrange qui accompagnait partout Achille, avait été blessée dans le combat.


La colline !
Revoir Hélène, après les révélations d’Achille, ne réjouit pas trop Sissi, ce qui se produisit les jours suivants non plus.
Elle n’avait pas été sans remarquer l’animosité que sa présence soulevait chez deux très belles jeunes femmes. Pas besoin d’un dessin pour capter que ces dernières se disputaient le rôle de favorite du chef. Dès le premier soir, Achille tenta de se justifier auprès d’elle :


Ce sont elles qui l’ont voulu…
*Ben voyons…* il n’y a jamais eu de promesses, ni rien de semblable… *Fais tes choix !*

Beaucoup de cris résonnèrent sous les étoiles, et le cocard affiché par Achille au matin prouva le tumulte des ruptures successives.
Réjouie ? Impossible autrement ! Achille avait fait preuve de discernement, bonne chose.
Néanmoins, croire que la vindicte à son encontre s’arrêterait là était illusoire.
Des épines dans son lit ? Amusant. Un bol de soupe bouillante renversé sur sa main ? Douloureux, sans plus. Mais quand un crochet de ligne de pêche se ficha dans sa gorge, Sissi vit rouge. Anamaria ne s’attendait pas à ce que l’impératrice lui fonde dessus sitôt débarrassée de l’hameçon. Une baffe retentissante l’étourdit tandis que des paroles cinglantes jaillissaient :


N’essaye même pas de prêcher la maladresse ! Je vois clair dans ton jeu et celui de Margareth ! VOUS ne m’évincerez pas ! Tout ce que vous risquez, c’est d’attirer son courroux ! Vous voulez être bannie ?

ON VEUT QUE TU CRÈVES ! Il est à nous !


Sotte ! ( deux baffes de plus) Achille n’appartient à personne d’autre qu’à lui-même ! Rentrez ça dans vos têtes de linottes. Ce qui se passe entre lui et moi dépasse vos entendements *les nôtres aussi !* Je ne lui dirai rien de ce coup, ni des précédents. Fichez-moi la paix, ou…

Ou quoi ? Tu nous enverras en enfer ?


Ne me tentez pas…


Elles en restèrent là.

Cela sembla se tasser. L’intimité entre Sissi et Achille grandit. Tout viendrait en son temps car l’heure n’était pas à l’explosion des sens. Dieu que ce guerrier savait la faire chavirer !
Vis-à-vis des autres membres du « clan » sa position était plus qu’assise. On savait qu’elle avait l’oreille du chef mais ne tint pas à en tirer un profit quelconque. Elle écoutait beaucoup, plaçait une suggestion ici ou là, sans s’avancer davantage.

Les recrues furent nombreuses à rallier le campement. Volontairement ou par hasard, elles s’adaptèrent tant bien que mal comme une dénommée Calamity Jane au verbe aussi haut qu’incompréhensible.
Lors du dîner, un incident n’échappa à personne. Louis, prétextant une maladresse, renversa les boissons initialement prévues pour les reines. Un cafouillage s’en suivit, reléguant Hélène et Sissi sous leur tente. Navrée, Elisabeth ne pipa mot sauf qu’Hélène ne l’entendit pas de cette oreille.
Sa vindicte était crue ; Sissi riposta :

… Qu’y puis-je si elles t’en veulent aussi ?... RÉFLÉCHIS ! Après ou au même titre qu’Alf, Louis est en tête de liste pour détrôner Achille ! L’atteindre à travers toi est, euh… normal... Non ? Quelle question ! … Bon, j’admets que savoir qu’Achille et toi avez partagé la même couche ne m’a plu ! Mais tu ignores bien des choses…

Évidemment, elle voulait savoir lesquelles.
Lentement, Sissi tenta de se faire comprendre :


Achille et moi en sommes venus à croire à… une vie antérieure… On se serait déjà vus et… aimés… Ah ? Louis t’a dit aussi que… J’en sais rien Hélène des tenants et aboutissants, moi ! … j’aime Achille et je pense que lui aussi !... Pour l’heure, je préfère pas en parler !

Elle attrapa un des bouquins reçus via la pierre – un précis des us et coutumes des Grecs antiques – et le lut posément jusqu’à l’arrivée d’Achille sous leur toile. Il confirma leurs doutes sur une tentative d’empoisonnement, assura que les suspectes étaient sous bonne garde.
Aussitôt, elle se braqua :


Ne me dis pas que des mesures expéditives seront prises ! À mon époque, il fallait des preuves, un jugement sérieux, pas que des présomptions de culpabilité…

Je t’assure, ma douce, qu’il n’y aura guère l’opportunité…je les connais…

De la nuit, Sissi ne ferma l’œil. Aucun doute ne l’habitait quant à l’implication de ses ennemies jurées, mais de là à leur souhaiter un sort funeste…

*Elles l’ont aimé, l’aiment encore, revendiquent leur ancienne place… Elles ont voulu te tuer, et Hélène par-dessus le marché… Auraient-ils raison de prôner l’élimination ? *

Si Achille avait eu vent des tentatives antérieures, Sissi n’aurait pas donné une once de chance à ses adversaires.
Comme les autres, elle continua ses occupations au camp. La musique lui manquait énormément. Certains avaient fabriqué des flûtes dont les sons résonnaient parfois, la nuit. Demander un piano à la pierre aurait été dément. Sissi se contenta avec le chant qu’elle pratiqua à chaque occasion de solitude… donc peu. Puis, il y eut l’incident : l’évasion des empoisonneuses.
En aucun cas ces femmes ne devaient rejoindre les « autres ». Si elles leur dévoilaient des détails sur leurs aptitudes, c’en serait fait d’eux.
Après avoir « chanté » vers le fleuve, Elisabeth pleura beaucoup. Ses sanglots reçurent leurs échos. Achille n’était pas fâché. Très doux, compréhensif, il tenta d’endiguer le flot de ses lamentations alors, qu’accrochée à lui, elle se justifiait :


… je m’en veux tellement !... Je n’ai pas vu d’autre solution… Je sais, je sais qu’elles auraient tout déballé au Boss mais cela n’empêche pas que j’ai appelé la…

Merveille des merveilles ! Quand Achille se voulait tendre, il l’était, et plus encore. Il la consola à la perfection et elle put rejoindre sa tente, le cœur en joie.

Des préparatifs s’élaborèrent peu à peu.
Afin d’investir le camp adverse, avec le plus de douceur possible, un espion interne était nécessaire. Louis se porta volontaire pour cette mission hors norme. Qu’est-ce que les dames rigolèrent avec les tentatives de l’Ayerling pour faire admettre une oreillette au royal pavillon !
L’affaire aboutit finalement et, si l‘on s’inquiéta un peu, on fut vite rassurés.
L’investissement du camp opposé fut presque une partie de plaisir sauf qu’il fallut un combat des chefs ! Incontournable, terrible joute !
Le mouchoir de batiste de Sissi fut réduit en charpie par une canine anxieuse. Elle pria de tout son cœur et applaudit à tout rompre quand, après s’en être plus d’une fois pris en pleine figure, son champion terrassa le Boss d’un coup à abattre un taureau furieux.
Repos du guerrier ? À d’autres.
S’il ne dédaigna pas les soins attentifs de sa sirène, Achille voulut maintenir une surveillance pointue de ce nouvel endroit.
Divers éléments et témoignages recueillis prouvaient que, si cette forteresse était la place forte, elle n’en était pas moins que la portion d’un réseau plus large qui ne tarderait pas à se manifester.
En attendant, les installations du boss étaient assez au top en comparaison de celles de la colline.
En fouillant un peu dans les granges, ils en trouvèrent du matériel. Le projet d’Amelia, révélé par Achille, avait de quoi être mis en chantier.
L’ex-impératrice conversait justement avec l’aviatrice quand une sentinelle donna l’alerte.
Quittant le hangar en toute hâte, Sissi courut s’armer à la tente du nouveau chef, déjà remis de sa lutte :


Ils sont à la porte du Nord ! … Sais pas combien… On parle de dizaines !

Les boucliers d’os du monstre se distribuèrent ainsi que les javelots, arcs et flèches.
En un rien de temps le point le plus faible de la forteresse devint imprenable.
Les maîtres de la colline n’allaient pas « bêtement » être coincés sur place. Toutes les issues furent bientôt défendues, prêtes à résister à une horde déchaînée.
Mais quand Sissi vit, avec horreur, foncer des sortes d’éléphants caparaçonnés montés de cornacs en armure, elle crut sa dernière heure venue. Personne ne les avait préparés à ça !
Ces béliers gigantesques allaient tout défoncer. Les pointes de flèches lardèrent pourtant copieusement ces cibles en action mais rien ne paraissait les stopper.
Une lance jaillit, forte, précise. Le cornac éjecté, sa monture devint folle, incontrôlable. L’exemple fut aussitôt adopté. Le sourire d’Achille en pleine action lui remonta le moral.
Quand l’Ayerling sauta la muraille pour se lancer à corps perdu dans la mêlée, il fallut ajuster les tirs afin de ne pas le toucher. Suivi de près par Achille, ils en décimèrent des ennemis !
La panique s’installa chez les assaillants qui ne tardèrent pas à refluer.
De grands vivats saluèrent la débandade. Cette fois, le camp était bel et bien à eux.
Le calme revenu, on s’occupa des quelques blessés dans l’aventure.
Tout en maintenant des tours de garde, le centre « névralgique » des opérations tint conseil.
La grande question demeurait. S’ils avaient investi un camp, débouté et dérouté les pillards, il y avait fort à parier que d’autres endroits subissaient la même infamie.
Achille, Alpha, Richard et Louis s’engueulèrent presque quant à la conduite à tenir.


*Allez, tu as du bon sens... en principe… Ose t’imposer, pour une fois dans ta seconde vie…*

Sissi se leva, levant son bol d’étain, à défaut de coupe de cristal :

Buvons ! Célébrons notre petite victoire de ce jour !... Louis, non ! Écoute ! Nous ne résoudrons rien en se prenant la tête. On est ici… par la force des choses, de choses qui nous dépassent tous autant que nous sommes. Ce que l’on veut de nous, nul ne le sait. La seule chose dont je suis quasi certaine c’est que cette « chance » ou calamité, ou peu importe comment l’appeler, nous est donnée pour faire… autre chose. D’aussi loin que mes cours d’histoire remontent, il y a toujours eu des forts et des faibles. Nous venons de réfréner une grande injuste mais il faut se convaincre que nous ne sommes pas assez nombreux pour les contrer toutes. Alors, Amelia, fais-nous quitter ces lieux, et vite ! À votre santé !

Elle avala son godet et se rassit.
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Hélène, la belle de Troie

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MessageSujet: Re: Les maîtres de la colline   Mer 17 Avr - 18:15

Par Zeus ! Quel monde absurde ! Renaître, se faire assommer, enlever, devenir esclave et finir par échapper. Jusque-là, pas de quoi se plaindre, tout marchait pile poil. Sissi était parfaite dans son rôle de chef de groupe et elle, Hélène, l’avait suivie en toute confiance. La rencontre avec les autres « égarés » se révéla fructueuse. Ils trouvèrent un squelette monstrueux et on envoya des drôles de signaux de fumée à l’adresse de « ceux » de la Colline. L’affaire se régla en un rien de temps et le lendemain débarquaient les forces de secours…et rien ne fut comme avant…

Louis. Cher et ineffable Louis. Avec son charme certain, ses mots fleuris, ses attentions réconfortantes. Tout en lui était parfait. IL était parfait. Il trouvait toujours la parole juste, le geste adéquat et tout tournait à merveille. Il avait même réussi à calmer ce cher Achille pas si ravi que ça de la revoir. Elle aurait préféré ne pas se retrouver nez à nez avec lui de la sorte mais puisque c’était ainsi, on faisait avec. Néanmoins que la douce Sissi ait eu vent, fichus historiens colporteurs de ragots, de son « affaire » avec le bel Achille, la mit mal à l’aise, même si en se disant que quelque chose qui s’était passé dans une autre vie et encore sous des circonstances très atténuantes, à son avis, ne pouvait ni devait influer dans la relation de ce couple, contre toute attente, extraordinairement assorti.

*Je ne suis donc pas la seule à ressentir cela…avec Louis, c’est comme si je l’aimais depuis très longtemps, comme si on avait été réunis dans une autre vie dont je ne garde de souvenir exact…Serait-ce possible ?...*

Son Adorable Majesté lui apportait des fleurs tous les jours, et passait des heures à tenir sa main et lui raconter les fastes de son règne, jurant vouloir le mettre à ses pieds.

Louis…on n’a que faire d’un Versailles…on a ce vaste monde pour nous et à part les odieux d’en bas, personne ne dérange…je suis heureuse, mon roi…avec toi, ici, en toute simplicité…

Et elle ne mentait pas. Cette vie sans fastes lui convenait à la perfection. Mais tout beau paradis a son petit serpent. Dans ce cas, deux. Sissi était la cible de prédilection des deux intrigantes de service. Elle avait conquis le cœur, inexpugnable jusque-là, du héros de Troie et ainsi, détrôné, sans aucun effort, ces deux jolis cœurs qui soupiraient après lui. Par osmose, mauvaise habitude ou ennui, allez savoir, ces deux-là avaient décidé, faute de mieux de l’inclure dans leur liste de méfaits. Pourquoi ? La belle blonde n’y comprenait trois fois rien…à moins que…

Louis…avant que je ne vienne…entre toi et Margaret ou Anamaria…il y a eu quelque chose ?

Peu amie de faire des détours inutiles, elle alla droit au but et attendit une réponse qui la satisfit énormément. Louis proclama son innocence avec une véhémence telle qu’il résulta impossible ne pas le croire. Elle soupira, ravie et comblée avant de reléguer l’affaire aux oubliettes.
La vie continua aussi paisible que possible, entre le bonheur des uns et la perfidie des autres. Hélène faisait de son mieux pour participer à la vie active du campement. Elle s’était découvert un singulier talent pour poser des collets, aidant ainsi au ravitaillement de la troupe. Louis lui était très gré de ses apports mais avait exigé, non sans raison, qu’elle ne se rendit jamais seule dans ses petites virées. La forêt aux abords du fleuve pouvait receler, selon lui, d’ennemis inattendus mais depuis que l’homme du futur ait pris en charge la surveillance du périmètre, comme il disait, on n’avait jamais revu un pillard dans les alentours.
C’est ainsi qu’en fin d’une de ces après-midi, alors qu’elle était allée inspecter ses pièges, Hélène surprit une scène qui la laissa pensive et amusée aussi. Alpha, qui n’avait de drôle que son nom, avait vraisemblablement décidé de prendre un bain en toute paix. Elle ne faisait que passer par là et n’avait aucune intention de se rincer l’œil même si l’adonis valait le détour, mais, en toute évidence, elle n’était pas la seule à penser que le guerrier du futur était un morceau de choix. La sinueuse Anamaria apparut à point nommé avec la très flagrante intention de le séduire. À l’abri de son fourré, Hélène pouffait de rire devant les efforts inutiles. Le guerrier planta la perfide sans plus et celle-ci s’exténua à le traiter de tous les noms.

*Faudra ajouter Isabel à la liste…faute d’Achille, celui-là ferait bien leur affaire…au cas de le convaincre !*

Elle rigolait encore en rentrant au campement avec ses prises mais il était dit qu’on n’allait pas toujours autant rigoler. Louis pouvait aimer faire le pitre mais n’était pas maladroit, or là, il s’y prit en toute joie de cœur en envoyant valser le plateau des boissons, les arrosant joliment Sissi et elle.

Ciel ! Suis-je maladroit! Ma douce, vous me voyez marri d’avoir gâché votre toilette. Permettez que nous allions, de ce pas, en changer. Oh, Elisabeth, la vôtre aussi ! Venez, mesdames, j’assumerai personnellement les frais de nettoyage!

Mais…Voyons ce n’est pas…

Rien n’y fit. La prenant du bras, en toute douceur mais impérieusement, mine de rien, Louis l’obligea à se lever et à les suivre lui et Sissi qui, elle, semblait avoir pigé quelque chose qui lui avait échappé.

Louis…je t’en prie…qu’est-ce que…

Changez-vous et restez cloîtrées un moment, je vous en conjure !

Veux tu m’expliquer !?, elle avait la triste sensation de ne pas avoir raté une case mais plusieurs. En trois mots il la mit au parfum avant de filer rejoindre les autres.
Non mais, quelle histoire de fous…c’est quoi qu’on a voulu nous empoisonner !?...Pas que je veuille être méchante mais c’est toi la chérie d’Achille…j’ai rien à faire là, moi…

Elle aurait pu trépigner de rage, comme une enfant capricieuse mais Elisabeth se chargea de la calmer, très efficacement.

Qu’y puis-je si elles t’en veulent aussi ?

Je suppose que rien, n’empêche que j’ai envie d’aller les étriper, moi…au fait, excuse ma bêtise, mais pourquoi en voudraient t’elles à ma peau ?

Le ton de Sissi la fit sursauter. Il fallait dire que la belle impératrice avait un caractère de cochon quand ça lui prenait.

RÉFLÉCHIS ! Après ou au même titre qu’Alf, Louis est en tête de liste pour détrôner Achille ! L’atteindre à travers toi est, euh… normal...

Piquée au plus vif, la blonde sauta.

Sais pas pourquoi mais là…il me semble déceler un petit ton poison aussi…cela te réjouirait si moi…

Non ? Quelle question ! …

Pardon mais là…tu m’en veux aussi, c’est ça ! Tu ne peux pas penser à autre chose qu’à ça…avoue !

Bon, j’admets que savoir qu’Achille et toi avez partagé la même couche ne m’a plu ! Mais tu ignores bien des choses…

Par la grâce des dieux, tu as la rancune tenace, toi…imagine toi que quand ÇA s’est passé, tu ne songeais même pas à exister et puis...on est bien morts tous depuis, alors...fais plus d'histoires, tu ne vas pas m’en vouloir pour des choses d’une autre vie, quand même…Je ne veux rien de ton Achille, tu peux le garder…et lui, il m’étranglerait si on l’inspire un peu, alors…Mais dis-moi plutôt quelles autres choses j’ignore…on dirait définitivement que je vis à côté de la plaque, moi…

Achille et moi en sommes venus à croire à… une vie antérieure… On se serait déjà vus et… aimés…

Soupir soulagé.

Pour une fois, on est arrivées au même résultat…Vous n’êtes pas les seuls…Louis et moi, on en parle aussi…c’est une sensation chaque fois plus forte…j’en suis parfois si sûre que cela fait mal…

Ni l’une ni l’autre ne savaient où cela les mènerait. Sissi trancha et s’empara d’un de ses bouquins la laissant à ses réflexions. Hélène n’avait jamais été une nature réfléchie, on pouvait même penser que sous l’or de sa chevelure et à l’abri de ses traits angéliques, on ne trouverait qu’un cerveau de moineau. L’histoire, pimentée de légende avait accru, au cours des siècles l’idée qu’elle n’était qu’une jolie blonde évaporée, poussée par le simple désir de vivre une vie un peu moins fade que celle menée auprès de ce cher Ménélas, que personne ne regrettait. En soi, ce n’était que la très légitime expression d’une jeunesse réprimée. Pourtant la belle, cause de tant de remous, savait quand même faire usage de ses méninges, même si de façon discrète et la plupart des fois, peu remarquable.
Agacée d’être si peu considérée par son amie plongée dans son volume sur les us et coutumes de la Grèce antique, elle songeait sortir faire un tour, malgré l’avis de son Louis adoré quand le grand Achille fit irruption dans leur tente.

Je dois vous parler…à vous deux.

*On fait du progrès…il se civilise, le gars !*

La suite apporta de la clarté dans la confusion : tentative de meurtre. Par poison, arme féminine par prédilection. Hélène en était tout de même assez remuée. De sa vie d’avant jamais quiconque n’avait songé, d’autant qu’elle sut, à attenter contre sa vie…Que le héros de la dite guerre ait pensé à la zigouiller ne comptait pas, au cas où, il se serait agi de régler une dette d’honneur mais pas d’un crime passionnel.

Mais quand même…m’y faire passer…un peu fort, me mêler à vos histoires !, marmonna t’elle à voix basse mais il entendit et sa réplique la fit presque sursauter :

Peut-être ces dames ont de visées sur Louis…c’est d’ailleurs lui qui a éventé leurs plans…Demande le lui, il sera ravi de tout te raconter…

Louis n’est pas de ce genre-là !, dit-elle, guindée même en sachant, elle lisait aussi à ses heures perdues, que si on avait voulu empoisonner toutes les maîtresses qu’on reconnaissait au Roi Soleil, la tâche aurait été de longue haleine.

Achille poursuivit en disant que les intrigantes avaient été écrouées et enfermées, ce qui, à l’avis d’Hélène, était bien léger. Question d’époques, elle communiait, pour une fois, avec l’idée du guerrier, comme quoi avec une intrigante sans tête, plus d’intrigue qui vaille. Logiquement, Sissi, moins expéditive, croyait encore aux vertus de la justice…juste, avec preuves, jugement et tout le tralala.
Comme prévu, cela ne rata pas. Les deux perfides créatures voulurent prendre la clé des champs et n’allèrent pas plus loin qu’à servir d’apéritif à la Houle. Affaire close.


*Au moins celle-là, elle ne fait pas de chichis…tu embêtes, elle te bouffe !*

Et la vie reprit. Sans intrigues ni poisons. Avec un Louis occupé partout en même temps. L’homme n’arrêtait pas. S’il ne surveillait pas ses nouveaux plantages de légumes, il se trouvait chez Richard dans son usine d’armes de monstre ou encore mijotait il quelque projet étrange en complicité avec Amelia, le tout sans délaisser la cuisine, la chasse et autres activités, comme celles de conseiller en toute matière. Elle avait beau vouloir suivre tant d’entrain, son esprit ne parvenait pas à atteindre le summum de la diversification à la Louis.
Son royal amoureux avait fini par lui dévoiler les plans concoctés par l’américaine, ce qui la plongea dans une espèce de confusion craintive, après tout, de son temps, on ne se lançait pas si joyeusement à défier les Dieux de la sorte.

J’ai hâte, ma mie ! Hâte de quitter ces lieux. Pour toi, je bâtirai un nouveau royaume où nul n’aura peur de son prochain…

C’est très beau comme idée, mon Louis, mais des méchants, il y en a toujours…des hommes comme le Boss, ça pousse mieux que les champignons qu’on récolte au bois…

Oui, le Boss… j’y pense beaucoup...

*Tu devrais apprendre à la fermer, blondie…le voilà lancé sur l’idée !*

Et pour lancé, il faut avouer qu’il l’était et avec un enthousiasme sans pareil. Sentiment vraisemblablement partagé par la plupart, sauf par elle, qui n’y avait pas trop pensé.

Les protections des boucliers semblent parfaites, mais…

*Ouille !*

Mais quoi, mon chéri ?

Sans intromissions directes, nous n’arriverons à rien !

Tu n’y penses pas !, faillit-elle hurler, mais c’était trop tard.

J’ai beaucoup réfléchi…

Louis…je t’en supplie !, elle tremblait d’ores et déjà, tu ne peux pas…t’occuper…à tes fruitiers…les pommiers sont si petits encore…et les tomates…

Il ignora adorablement son essai failli de distraction et poursuivit, ravi.

Je sais, c’est plus fort que moi… Il faut un regard direct chez l’ennemi…

Et…bien sûr, tu as pensé qu’il n’y a que toi qui…

Oui, j’y compte bien !

*Et zut !*

Mais ce que le Roi veut, le Roi peut. Qui était-elle pour s’opposer à un si haut dessein ? Louis était né pour être obéi, loué, admiré. Il était si brave, si gaillard, si courageux, si intelligent et rusé. Qui mieux que lui pour mener à bien un plan pareil ? Elle craignait pour sa vie mais ne l’admirait que plus pour cette bravoure désintéressée, pour le bienfait de tous.

Mon cœur est avec toi, mon Louis…toujours ! Je sais que tu t’acquitteras de cette mission mieux que quiconque…

Alpha fut chargé d’instruire Sa Majesté sur les rudiments de certaines modernités d’usage impératif en si délicate mission d’infiltration. Jouer les chevaux de Troie n’est pas donné à tout le monde, Louis n’ayant rien à faire à être comparé à un simple cheval de bois, opta pour se nommer « Phénix ».

*J’espère ne pas avoir à confirmer si ça renait de ses cendres… *


Avant qu’il ne parte accomplir sa digne destinée, Hélène qui faisait des efforts pour se montrer à la hauteur de telle grandeur d’âme sans flancher, l’étreignit de toutes ses forces.

Va et reviens moi d’une pièce…sinon, j’irai personnellement te faire la peau…je t’aime, Louis !

Et « Phénix » y alla. Et cuisina l’affaire à sa façon pour la servir avec une sauce de sa composition.

La conquête du camp de Boss se joua en un temps deux mouvements. Ou plutôt en un temps deux bâillements, si on tient compte que tout le monde ou presque y dormait alourdi de sauce à la Louis.


Tu es un génie, mon Louis…un merveilleux génie !

Le temps d’écrouer les uns, de libérer les autres et de mettre un peu d’ordre dans la pagaille, grande partie de la nuit s’écoula. On s’accommoda un peu à la comme on peut. Le lendemain, on prendrait les dispositions pertinentes pour le temps que durerait leur séjour. Debout, comme tous, de bonne heure, Hélène aida à faire « gentiment » le ménage et se fit une joie en délogeant la favorite de Boss de sa somptueuse tente orientale.

À la guerre comme à la guerre, ma chère. Tu nous aurais volontiers donné du poison il y a quelque temps, tu as la vie sauve et ne seras pas réduite à l’esclavage, mais ton heure de gloire est passée. Je te recommande de ne pas essayer tes charmes sur nos hommes, si tu veux t’épargner un moment de grosse amertume. Prends tes fringues et tes affaires…mais cette belle bassine de bain reste ici…allez…allez, hop…que ça saute…Cette nuit un roi, un vrai roi, dormira ici !

Et pendant qu’elle s’occupait de l’intendance des nouveaux quartiers royaux, Sa Majesté s’occupait de celle de tout le campement avec son habituelle efficience.
Le combat entre le conquérant et le conquis qui demandait juste réparation pour son honneur bafouée, eut lieu. Boss en eut pour son compte et Achille, sans arrière-pensée l’envoya rejoindre ses ancêtres, scellant ainsi sa suprématie sur les lieux.
Les rudiments basiques de la stratégie échappaient à Hélène, comme beaucoup d’autres choses. Elle ne prenait pas ombrage de ce fait, d’autres, plus doués, avaient l’affaire en main et sauraient faire bon usage de leurs aptitudes pour la guerre. La tête dans les étoiles, la belle flottait dans son nuage d’amour parfait alors que le reste se mettait en branle-bas de combat en prévision de possibles retombées. D’après ce qui atteignit ses ouïes énamourées, la reine de Sparte capta, tout de même, que le Boss n’avait pas été le seul vilain des environs. Il aurait eu, selon les avisés, des alliés ou Zeus saurait quoi d’autre, sans doute, prêts à prendre revanche de sa disparition.
Quand on sonna le tocsin, elle sut que la partie de plaisir était finie et qu’on passait au sérieux de l’affaire. Un sérieux à vous dresser les cheveux sur la tête. Elle, comme beaucoup d’autres, fut sur le point de défaillir à la vue de ces colosses caparaçonnés qui avançaient vers les remparts de bois. Elle chercha l’appui de Louis en cette heure d’épouvante mais son roi était déjà en première ligne, prêt à découdre avec la masse hurlante qui se ruait sur eux.


La barbe…chaque fois que tout baigne…

Il n’y avait pas grand-chose qu’elle put faire à part se servir d’une fronde. Maigre consolation, au moins elle visait bien et assomma quelques adversaires. De toutes les femmes, la plus douée était Isabel avec son arc. La chance sourit aux audacieux et aux braves. Voir Alpha et Achille au combat ne laissa aucun espoir aux attaquants. Ces deux-là, à eux tout seuls, étaient des parfaites machines de guerre. Louis demeurer en reste ? À d’autres ! Avec un brio dévastateur, il démontra à tous et chacun, qu’il avait plus d’un tour dans son sac et qu’à l’heure de se battre il valait mieux ne pas se frotter à lui. L’ennemi fut mis en échec et ceux qui survécurent à la tentative, se perdirent dans les bois à la recherche de meilleur salut.

Fêter la victoire ? À peine. D’autres tracas animaient les héros du jour. Ils auraient pu débattre la nuit entière si la sagesse n’avait parlé par la bouche de Sissi. Forte de ses raisons, elle parvint à leur faire remarquer que guerroyer jusqu’á la fin des temps ne changerait pas grand-chose à la nature humaine.

Nous venons de réfréner une grande injuste mais il faut se convaincre que nous ne sommes pas assez nombreux pour les contrer toutes. Alors, Amelia, fais-nous quitter ces lieux, et vite ! À votre santé !

On répondit en chœur et le débat fut clos. Avant qu’ils ne s’avisent à recommencer, Hélène, tout douceur, se chargea de soustraire le Roi de plus de tentation et l’entraîna, sans trop de mal, vers la tente aménagée en son honneur.

Oublie guerre et discours, Louis…cette nuit, jouissons de la douceur de la paix !

Pour une fois, elle eut l’heur de le laisser muet…
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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Les maîtres de la colline   Sam 20 Avr - 17:28

Et les soirs ils fumaient en regardant les étoiles et parlant de projets d’évasion. L’idée avait germé comme un rêve mais commençait à prendre doucement forme de réalité…D’abord, un simple aérostat puis, peu à peu, reconnaissant qu’ils ne seraient pas les seuls à vouloir quitter ces lieux, le projet initial avait doucement mué en dirigeable ! Facile à dire. Avec des moyens plus développés cela représentait déjà un défi, avec ceux dont ils disposaient : une gageure monumentale.

La vie, au campement de la Colline, avait repris son cours mais tout n’était pas paix pour autant. Le harem d’Achille dissous promettait bien de sursauts. Amelia suivait les faits de loin, sans s’en mêler mais il ne fallait pas être un génie pour percevoir la tension présente chaque fois que l’impératrice, et les « autres » se trouvaient face à face. Vu l’exigüité des lieux, cela arrivait dix fois par jour et aurait tourné à l’aigre si Elisabeth avait voulu faire un esclandre mais elle évitait toute confrontation ouverte, se montrant réservée quoique énergique quand il le fallait comme put le constater un jour en assistant, de loin et malgré elle, à une rencontre entre Sissi et ses « rivales ».

*Elle prend des risques…ces deux-là ont la peau dure et la rancœur tenace !*


En parler à Richard ? L’idée ne lui vint pas. Si elle voulait s’abstraire de toute intrigue, l’explorateur, lui, les ignorait carrément. La cargaison d’ossements et sa fonderie le tenaient trop occupé quand il n’était pas en train d’échafauder des plans de pacification avec Achille. Il ne lui en parlait pas, de ses projets immédiats et elle n’en prenait pas ombrage. L’homme était taiseux par nature, il parlerait quand il jugerait le moment venu et Amelia n’était pas de celles à soustraire des confidences non spontanées.
En attendant, elle s’échinait sur son challenge personnel et prière par ci, prière par-là, avait réussi réunir assez d’information sur la construction d’un dirigeable, qui sans être la réplique du fameux « Hindenburg », pourrait, si tout allait bien, accomplir des beaux exploits, dont le principal était quitter cette vallée pour aller chercher d’autres horizons. Il y avait tant de détails à peaufiner, tant de problèmes à résoudre mais elle refusait de se laisser vaincre par l’adversité. Les esquisses s’étaient transformées en plans et les calculs allaient bon train. Amelia révisait les livres octroyés par la Pierre à s’en user les yeux, essayant de vaincre les barrières de son ignorance. Voler, elle savait. Construire un engin par ses propres moyens, toute une autre affaire.

*Tous voudront aider…mais personne ne sait rien sur ça… Mon Dieu…je ne peux pas me tromper…une bêtise et tout sera foutu…et…veux même pas y penser !*

Le dîner avait été assez catastrophique. Louis s’était comporté de manière assez singulière et provoqué, de cela aucun doute, un accident et renversé un plateau de boissons destinées à Sissi et à Hélène, arrosant les deux belles pour après les évacuer rapidement vers leur tente. Margaret et Anamaria avaient semblé bien marries de cette tournure mais avaient filé se réfugier chez elles avant que personne ne pipe mot à leur encontre.

*Bonté divine…je ne peux pas croire qu’elles aient osé…Louis aura vu clair dans leur manège…Que Dieu nous assiste si c’est vrai…*

Mais peu amie de lancer des idées en l’air sans en avoir l’assurance, Amelia tut ses suspicions et faute de mieux regagna la petite tente qui lui servait d’atelier. Elle n’aimait pas travailler sous la tente des reines, gracieusement partagée. Le calme état nécessaire pour se concentrer et le continuel babillage d’Hélène n’aidait pas dans ses desseins.
Elle était immergée dans ses croquis et calculs, à la lumière des chandelles quand l’irruption, inattendue, de Richard, la fit presque sursauter.


Tu en es où ? Montre !

*Ouhla…quel ton ! Qu’est- ce qu’il a, celui-là ?*

Ce n’est pas prêt…ce n’est que du gribouillis pour le moment ! Quelle impatience !...Que se passe-t’il, Dick ? Tu as l’air plutôt énervé.

Il se gratta la nuque, comme toujours quand quelque chose le préoccupait, s’asseyant à ses côtés, il avoua, assez bourru :

Ouais, suis assez à cran, là ! Excuse-moi Meeley mais je vais finir pas péter un câble ! As-tu compris ce qui vient de se passer ?

Faudrait être aveugle, non ? De quoi se poser quelques questions très pertinentes…les mêmes que tu te poses toi-même, sauf que tu sembles y avoir trouvé réponse.

Tu n’es pas dupe, n’est-ce pas ? Louis n’est pas aussi maladroit qu’il veut le faire croire !

Je ne l’ai jamais pensé. Il aime parfois en jouer le rôle mais le roi est trop malin. C’est bien ce que je suppose, non ?

Tu avais raison en suspectant des vengeances probables.

Cela se voyait venir depuis l’instant où Sissi est arrivée…c’était inévitable.

On n’a pas de preuves mais ça vient sûrement d’elles, de qui d’autre sinon ?

Amelia secoua la tête en souriant de travers.

La question ne se pose pas, Dick…Elles ont toutes les bonnes raisons pour le faire et en plus, ça leur ressemble, de leur temps, d’où elles viennent…empoisonner était sport national ! Tu en as parlé à Achille ? Dernièrement, il a l’air plutôt distrait, celui-là…

Richard reconnut n’avoir rien fait. Elle était de l’avis qu’il fallait incessamment parler avec le grec. Il était le chef et le seul à pouvoir prendre une décision. La chose ne fut pas aisée mais ce soir même les intrigantes furent écrouées sous l’accusation de présomption de meurtre. À l’avis de beaucoup, même d’Alpha venant du lointain futur, on aurait mieux fait de se défaire d’elles sans délais. La Houle s’en chargea gracieusement quelques jours plus tard. Ainsi finit la fugue des empoisonneuses de la Colline et on passa à autre chose.
Richard l’avait poussée à faire part aux autres de son idée révolutionnaire pour quitter les lieux. Elle s’acquitta, sans trop savoir à quoi s’attendre mais tous semblèrent enthousiasmés par l’idée. Louis était émoustillé. Achille tout aussi poliment sceptique que sa contemporaine. Défier les Dieux si ouvertement ne devait pas être leur passetemps favori. Alpha, ne broncha pas mais ses connaissances avancées résolurent quelques problèmes. Amelia se mit au travail avec ardeur redoublée et peu à peu le projet prenait corps. Tous les impliqués y mettaient du leur pour apporter le nécessaire. La Pierre reçut d’étranges demandes, ces temps-là…

Mais avant de commencer avec la construction de l’engin volant, il fallait régler son compte au tristement célèbre Boss. Impossible abandonner leurs loyaux compagnons d’aventure avec cette menace sur les bras. Louis s’offrit comme volontaire pour infiltrer le camp du dangereux truand. L’affaire fut menée rondement.

Le soir était tombé depuis un moment, on attendait des nouvelles de l’infiltré.


Louis est admirable…se risquer comme ça dans la fosse des lions…Oui, je sais, Dick, on n’est pas loin…mais si ce type le découvre…Technologie du futur ou pas, Louis n’aura pas le temps de dire ouf…Euh…je ne suis pas pessimiste…me dis pas que tu n’y as pas pensé aussi ?...Hélène est tranquille, elle croit en lui comme qui croit en Dieu…ou comme je croirais en toi si tu y étais allé à sa place…

Il se moquait d’elle en douce. Amelia lui chipa une cigarette, se sentant merveilleusement à l’aise. La compagnie de Richard lui était précieuse et elle devinait qu’il tenait aussi à la sienne. Ils n’avaient jamais parlé à ce sujet. À quoi bon ? Leur entente dépassait le besoin de paroles. Il suffisait d’un demi-mot, parfois d’une espèce de grognement bougon de la part de Richard, d’un simple regard, de petits gestes éloquents que seuls eux remarquaient. Être près l’un de l’autre suffisait amplement et leurs silences, en parfaite communion d’esprit, disaient plus long que d’autres en longs discours fleuris.
Quand la décision de prendre le campement de Boss fut prise, il n’avait pas été question pour Richard de rester à la Colline en jouant le rôle d’administrateur du campement. S’il était de la partie, Amelia ne comptait pas rester en arrière. Comme d’habitude, de tacite accord, elle aménagea son barda et le suivit. Il avait suffi d’un de ses regards pétillants de malice pour savoir qu’il agréait pleinement l’idée. Le bivouac établi dans les bois, à prudente distance de l’ennemi, n’offrait aucun confort mais personne ne s’en plaignait. Ils n’étaient pas là pour une partie de plaisir et tous étaient conscients des risques engagés.
Laconique et précis, Alpha avait délivré le message : le « Phénix » était en place. Restait à attendre la suite. Tours de garde repartis, ceux qui pouvaient se retirèrent pour un repos bien mérité. Richard ferait le quart du petit matin.

Quelques heures de sommeil ne te feront pas tort…tu devrais y aller…Moi ?...J’ai mes affaires dans la tente avec Hélène et Sissi… c’est étroit mais on s’accommode…et…

Dire qu’il ne la prit pas un peu au dépourvu serait mentir mais qu’il prenne sa main et l’entraîne vers sa tente lui sembla si naturel qu’Amelia suivit le mouvement sans rien dire. Ces doigts forts enlacés aux siens équivalaient, en soi, à une déclaration d’amour. Que vouloir de plus ? Cela ne ressemblait en rien à une passion déferlante, ni à quelque amour désespéré. C’était simplement le décours logique d’une situation parfaite.

Tu es bien, je suis bien…dors, Dick !

Elle s’accommoda entre ses bras comme si c’était une vieille et douce habitude, posa la tête sur son épaule en se sentant à sauf de tout possible mal et se dit que rien au monde ne pourrait égaler ce bien-être merveilleux. Cinq minutes plus tard, il ronflait doucement. Amelia sourit et caressa sa joue râpeuse. Il émit un grognement de satisfaction et continua de ronfler comme un bienheureux. Alors, elle ferma les yeux et s’endormit, placidement comblée.

La prise du campement de Boss se passa comme prévue. Sans problèmes. Louis s’en était chargé de façon magistrale et épiçant généreusement une petite sauce de sa composition qui transforma les lieux en une réplique de la cours de la Belle au Bois Dormant. Trop facile, à l’avis des entendus. Les témoignages de certains des prisonniers libérés leur donnèrent raison. Il était question d’un autre campement plus éloigné, où était retenue grande partie des nouveaux arrivants cueillis sur la rive du fleuve. Les rôles furent rapidement inversés dans le campement conquis. Prisonniers libérés, oppresseurs enfermés. Le Boss, une fois réveillé, réclama le droit de combattre pour ce qu’on lui avait pris par la ruse. Achille accepta gracieusement sa proposition.

J’espère qu’Achille est aussi bon que l’histoire le raconte…tu as vu ce bonhomme ? Il est énorme, Dick…Veux pas m’imaginer ce qui se passerait s’il prend le dessus…Non ! Encore cette fois cela n’a rien à voir avec le pessimisme…C’est juste que le blond va s’en prendre plein la gueule…

Il avait passé son bras rassurant sur ses épaules et l’y laissa tout le long du combat, apaisant ses craintes. L’échéance du combat fut l’espérée. L’ordre sembla rétabli mais cela ne dura que le temps de pouvoir respirer un peu et s’organiser à l’avenant dans leur nouveau fief. Amelia aida ces dames dans l’intendance du logis alors que Sir Richard rejoignait les hommes pour renforcer les défenses des lieux en prévision de ce qui ne tarderait pas à venir. La rapide exploration des granges-entrepôt où s’accumulait le fruit de tant de rapine leur permit de découvrir des matériaux intéressants qui serviraient à la construction du dirigeable. Elle en prit mentalement note se promettant d’en faire le meilleur usage.
L’alerte fut donnée, tout le monde courut aux points de ralliement. L’ennemi approchait rapidement, venant du côté du fleuve, débouchant de la plaine et le spectacle offert n’était pas moins hallucinant. Des éléphants harnachés pour la guerre, comme on en voyait en Inde. La carapace qui les recouvrait avait beau être artisanale et sans doute pas trop solide, l’effet était saisissant, assez pour décontenancer les résistants.


*Il y a pas mal à apprendre sur ce monde…des éléphants…et quoi plus ?...Des chevaux seraient bien plus utiles !*

Le combat fut sanglant mais de courte durée. Si les attaquants les dépassaient en nombre, les défenseurs les dépassaient en talent. Sans leurs cornacs, les bêtes affolées s’enfuirent, semant une belle pagaille dans les rangs. Amelia ajustait le tir, pour autant qu’on puisse bien s’y prendre avec une fronde, tout en suivant les faits et gestes de Richard qui avait sauté à bas des remparts, à la suite d’Achille et Alpha. Louis n’était pas demeuré en reste et bientôt les autres suivirent le mouvement. Un vrai carnage et la défaite des « méchants » qui, enfuis ou évaporés, laissèrent place franche aux nouveaux conquérants.
Il avait l’allure d’un vrai sauvage, couvert de sang, l’œil étincelant, le souffle encore court après tant d’effort. Amelia avait couru jusqu’à lui, hésitant un instant avant de lui sauter au cou, l’enserrant dans une étreinte délirante.

Tu vas bien ? Tu n’es pas blessé ?...C’est qu’avec tout ce sang, on ne sait jamais…Laisse-moi te regarder…Oh, Dick…oui, des égratignures…si tu le dis…

Sans vouloir s’en empêcher et se fichant de sa triste mise, elle l’embrassa, impétueuse, avant de le prendre de la main et l’entraîner vers le campement en liesse.

D’abord, je prends soin de tes bobos…après on pourra aller faire la fête !

Il sembla très d’accord avec ses plans immédiats. Dans la tente qu’elle avait choisie pour eux, attendait une bassine qui ne tarda pas à être remplie d’eau chaude. Il s’y plongea avec délices alors qu’avec l’abnégation de toute femme de guerrier, elle l’aidait à se défaire de tout relent de bataille.

Si on m’avait dit qu’un jour j’allais frotter le dos d’un homme immergé dans son bain, j’aurais rigolé…Non, je ne m’en plains pas du tout…Qui te fait croire ça ?…De mon temps, je t’aurais envoyé sous la douche…mais d’autres lieux, d’autres mœurs…

L’État Majeur en plein était réuni. Célébrer la victoire ? À peine. La discuter, plutôt. En silence, à sa place aux côtés de Richard, Miss Earhart écoutait et observait. La satisfaction se peignait sur tous les visages, ou presque. Achille était heureux, Louis rayonnait, Richard souriait mais Alpha, lui, arborait une mine de condamné à mort. Entre une chose et l’autre, Amelia avait eu vent d’un certain déménagement. Isabel était désormais invitée sous la tente des reines.

*Comme quoi…pas facile à gérer la fraternisation !*

Décidant que ce n’était pas son problème et que les impliqués étaient assez grands pour s’en tirer tout seuls, elle s’intéressa plutôt à la teneur du débat en cours. On avait remporté une éclatante victoire contre le caïd du coin mais rien ne disait qu’il n’en eut pas d’autres comme lui. La question qui se posait n’était pas des moindres.

*Et avec tous ces justiciers accomplis…on est fichus…ça voudra guerroyer jusqu’à la fin des temps…*

Des principes, ils en avaient tous. Des bonnes intentions, aucun doute. Sissi clôtura le débat avec des mots bien sentis qui, tout compte fait, reflétaient l’idéal commun. Ils avaient accompli leur devoir et le moment était venu d’aller voir ailleurs.

Alors, Amelia, fais-nous quitter ces lieux, et vite ! À votre santé !

Mise en évidence de la sorte, elle ne put que se lever et répondre au toast.


Ainsi soit-il donc !...On peut commencer dès demain !

Ce qui commença dès cet instant même fut une épreuve de longue haleine pour les nerfs. À peine la réunion finie, Amelia fonça réviser calculs et croquis, incapable de songer à prendre le moindre repos.

Dick…je sais que l’idée est bonne…c’est faisable, oui…mais j’ai peur !...Je n’ai jamais construit le moindre engin…J’ai vu le « Hindenburg »…et je sais aussi comment cela a fini…oh, mal, très mal même !...Non, je ne veux pas construire un énorme dirigeable mais il faut partir du même principe…sauf qu’il nous manque des tas de choses…des moteurs, par exemple…

Elle se passa la main dans les cheveux, exaspérée par sa propre impatience. Il l’écarta de ses plans et feuillets de calcul. Regarder les étoiles en fumant, lovée contre lui, rasséréna ses esprits.

Le chantier bouillait d’activité. La main d’œuvre ne manquait pas. Parmi tout ce petit monde réuni par les hasards de la résurrection, il y avait deux charpentiers, un vrai ferronnier, un ingénieur mal luné, et pas mal de bonne volonté même si la plupart voyait ce projet comme une folie. Ceux employés pour la construction se remettaient à obéir les instructions données mais n’avaient aucune envie de s’aventurer à prendre part au voyage envisagé. Si ces argonautes délirants avaient décidé de risquer leur peau, bien pour eux. Mourir une fois suffisait largement, à l’avis de la majorité. La vie dans la vallée était paisible, au cas de ne pas être trop exigeants, on ne manquait de rien. Les Pierres, savamment échelonnées, pourvoyaient du nécessaire, on pouvait se charger du reste avec un peu de bon sens et une bonne organisation. Le campement de la Colline demeurait, érigé en vigile de la Vallée.

Les Pierres n’octroyant que selon l’époque de celui qui demandait, la collaboration d’Alpha s’avéra précieuse, vu que la technologie de son temps pouvait les pourvoir d’éléments ultra-modernes pour la navigation. Les demandes des autres étaient adaptées au besoin.

La structure ressemblait à un énorme squelette surréaliste. La recouvrir demanderait des trésors d’ingéniosité mais on y travaillait ferme. La construction de la nacelle avançait bon train. Il y aurait de la place pour 12 personnes, dans un confort assez restreint.


Louis…on part à l’aventure…pas en croisière de luxe…Oui, il y aura de la place pour une petite cuisine…Euh oui, on peut se poser là où il y aura assez de place même si ce n’est pas exactement une mince affaire…

Sa Majesté passait en revue les installations au moins une fois par jour et trouvait toujours des conseils à donner, d’uns farfelus, d’autres très pertinents. Amelia le suivait en prenant note.

Mais il manquait tant à faire encore…
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Les maîtres de la colline   Lun 22 Avr - 11:45

La politique de Sir Richard Francis Burton s’était toujours révélée sage. On peut la considérer comme étant l’action de réserve. Observer, évaluer puis se décider. Aussi quand des tensions montèrent à la Colline à cause des amours d’Achille, il ne s’en mêla absolument pas. Bien sûr, lorsqu’il apparut clairement que des tentatives de meurtres se perpétraient, il en alla autrement.
Les intrigues, Richard les détestait. Il en avait trop subi jadis. Au moins, avec Miss Earhart le courant passait beaucoup mieux que dans les installations qu’il avait connues en Angleterre.
Pour un type qui avait tant baroudé, une telle communion était pour le moins assez exceptionnelle. Cependant, Burton ne désirait pas approfondir les causes ni se soucier des effets, il avait trop de chats à fouetter. L’impératif restait de partir au plus vite.
Amélia travaillait beaucoup à son projet que la majorité avait adopté. Que n’aurait-il pas donné pour être ingénieur ? Il fit de son mieux pour soulager Meeley dans ses plans mais devait s’avouer un peu dépassé par l’énormité de la chose. Certes, son époque avait connu les balbutiements de la conquête de l’air par des dirigeables.


*Je suis mort trop tôt !*

Au moins elle avait de l’occupation, et ne se mêlait pas des affaires des autres.

La femme idéale…
Fréquemment, Richard pensait à son épouse. Il lui en avait fait subir de belles, à cette Isabel Arundell ! L’abnégation qu’elle démontra contre ses détracteur le laissait encore rêveur, pour peu qu’il le fût. Meeley était différente… sans trop l’être. Similaires, elles avaient foi en lui. Mais qui était-il donc, lui, pour susciter pareil engouement ?


*Tu n’es qu’un pion dans un échiquier géant… Un pion rebelle qui refuse l’aller où l’on veut le mener…*

Il aurait souhaité pouvoir s’ouvrir davantage, partager ses doutes et ses craintes avec quelqu’un. Meeley était la seule, selon son avis, à pouvoir comprendre, LE comprendre.
Quand ils seraient prêts, cela coulerait de source.
En attendant, il goûta chacun des moments en sa compagnie en échangeant commentaires et bouffées de cigarettes, isolés.
La bonne âme s’inquiéta de la décision de Louis d’aller jouer au cheval de Troie chez l’ennemi.


*Si elle savait… Achille et moi sommes d’accord sur ça depuis des jours…*

Hélène est tranquille, elle croit en lui comme qui croit en Dieu…ou comme je croirais en toi si tu y étais allé à sa place…

Il ne put s’empêcher de pouffer à cette allusion, somme toute charmante :

Dois-je comprendre que je suscite votre intérêt, jeune fille ? Mais, sérieusement, entre Louis et moi, il n’y avait pas à hésiter. J’ai peut-être réussi à me faire passer pour un arabe bon teint et ai visité la Mecque mais je suis sûr qu’à peine un pied dans le camp adverse, j’aurais été suspect. Louis saura les duper bien mieux que moi. Qui se méfie d’un drôle ?

Avant de se mettre en route pour la « guerre », un peu de repos ne nuirait à personne. Dès qu’Amelia se plaignit de l’étroitesse de sa tente, il secoua simplement la tête et prit la main de la jeune aviatrice qui ne renâcla pas à le suivre sous la sienne.
Il s’allongea sur sa couche et l’attira contre lui :


Pas de souci, Meeley ?

Apparemment aucun.
Peut-être s’était-elle attendue à tout autre chose qu’un simple baiser sur la tempe avant de fermer les yeux ? Richard n’avait pas la tête à plus en cet instant. Avant de sombrer dans le sommeil, il lui sembla que les choses étaient enfin en place, à leur place, celle qu’elles n’auraient pas dû quitter.
Depuis sa rencontre avec Achille et l’installation à la Colline, il avait eu des sortes de flashes. Dans tous, Miss Earhart lui apparaissait comme SA finalité. De voir à quel point ils concordaient ne fit que renforcer cette impression : elle était à lui, et lui à elle.
Il ne croyait pas au coup de foudre ni aux flèches de Cupidon et autre blabla inutile sur l’amour.
Des maîtresses, Dieu sait combien il en avait eues avant… avant que Miss Arundell n’insiste sur la nécessité du mariage. Cela concordait pile avec ses plans personnels d’arrêter de vagabonder. La parole donnée fut respectée ; jamais il ne trompa son épouse.
Avec Meeley, c’était quasi pareil sauf que la jeune femme « moderne » ne réclamait rien, donc lui non plus.


Descendre la Colline pour aller se battre n’était pas affaire de femmes. N’empêche que Sir Burton fut très satisfait en voyant Amelia faire son paquetage de campagne pour le suivre.
Tout se passa comme prévu. Louis avait mené son affaire à la perfection.
Le Boss réclamait le combat des chefs ? L’inquiétude de Meeley pour Achille le fit marrer en douce.


David vaincra encore Goliath, t’en fais pas !


Comment mieux la rassurer qu’en lui entourant les épaules d’un bras fort ? C’était d’ailleurs très agréable pour lui aussi.
On applaudit le vainqueur puis passa directement à autre chose de plus urgent.


Sven, cette aile de caille a nettement besoin d’être renforcée ! Enfoncez des pieux à tête d’os dans les talus, que chaque garde porte un des nouveaux boucliers. A-t-on suffisamment de lances ?

Les fortifications furent menées bon train mais l’attaque arriva qu’ils n’étaient pas prêts. Pas assez, en tout cas pour affronter des pachydermes caparaçonnés. L’Ayerling entra en scène et, pour Richard, l’expression « machine à tuer » prit tout son sens. Jamais il n’avait vu pareille technique meurtrière ! Nul n’avait grâce à ses yeux, au point de le rendre effrayant. Richard ne fit pas dans la dentelle non plus. Il s’était confectionné un splendide coutelas, solide comme du roc et affuté tel un rasoir. Tant pis pour ceux qui s’en prirent à lui.
Une fois l’ennemi en déroute complète, il rentra au camp. Ça valait vraiment le coup ! L’accueil de Miss Earhart fut… très chaleureux.


Je vais bien, ce ne sont que des égratignures !

Pas gênée le moins du monde, elle lui octroya un baiser inattendu dans sa fougue :

*Voilà qui promet…*

Qu’ensuite elle insiste pour lui donner un bain le mit d’humeur joyeuse.

Si on m’avait dit qu’un jour j’allais frotter le dos d’un homme immergé dans son bain, j’aurais rigolé…

Rien ne t’y oblige, tu sais… Un saut au fleuve, puis…

Non, la miss y tenait. Ça lui rappela d’autres bains partagés délicieusement avec des jeunes femmes peu farouches mais il résista à l’envie d’attirer Meeley à le rejoindre. D’abord, elle ne serait pas ravie d’être trempée de la sorte puis l’attente est souvent plus savoureuse que l’acte en lui-même.
Rafraîchi et relaxé, Richard put assister au repas de la fête de la victoire.
On rigola beaucoup, sauf l’homme du futur qui, sans doute après une friction avec son Isabel, tira la gueule tout du long :


*Pauvre gars ! Pas donné, les Isabel !*

Quoiqu’il en soit, tous furent d’accord de décoller au plus tôt de cet endroit. Amelia, conceptrice du projet, s’y replongea avec une énergie qui frisait le désespoir.

Allez Meeley, on t’a mis la pression mais je suis certain que tu vas t’en sortir !

En fait, elle avait peur qu’une erreur puisse entraîner un carnage. Ces responsabilités l’écrasaient.

Il est temps de faire une pause, Honey !

Ils échangèrent une cigarette en contemplant les étoiles.

Te fais pas tant de bile ! Je ferai tout mon possible pour te soulager. Tu t’en doutes, n’est-ce pas ?

Très tôt, Richard se mit en quête de gens susceptibles d’aider Amelia dans son projet. Rien de tel pour mater la foule que de leur donner un but commun.
La fonderie tourna à plein régime pour fabriquer câbles et hélices. Les panneaux solaires voulus par Alf restèrent un mystère pour Burton malgré les explications savantes de l’Ayerling. Burton aimait bien ce gars, mais être sans cesse confronté à des trucs novateurs devint vite lassant, d’autant qu’Amelia passait… beaucoup de temps en sa compagnie.
L’entreprise était si gigantesque que toutes les bonnes volontés furent admises. Même si la majorité n’y comprenait goutte, elle se mit au turbin selon ses capacités. Tailleurs de bois, ferronniers, du plus ordinaire au plus érudit, Richard embaucha à tour de bras. Louis dressa une liste des provisions à emporter pour les douze personnes prévues. Un jour, de mauvais poil, Richard le rabroua :

Louis ! Ce truc ne volera jamais avec autant de poids… M’en fous ! On mangera le strict minimum, arrange-toi !

Entre générosités de la pierre, pêche et chasse, Burton ne chôma pas. Cette dernière activité le défoulait mieux que les autres. Être « marié » avec une femme moderne n’étant pas de tout repos, il avait besoin d’un exutoire. Les sangliers abondaient dans ce coin, ainsi que daims et lièvres. C’était facile, surtout que des alliées précieuses existaient avec Artémis - le « chat » - et la maîtresse de ce dernier. Isabel participait activement à l’abattage puis salage du gibier. Néanmoins, Richard la trouvait… distraite. Quand après un tir raté, il la vit en pleurs, Burton fut contraint de la consoler. Tel un robinet ouvert auquel il n’était pas préparé, il en entendit des confidences.

… Je comprends… pas évident, en effet… Faut absolument que je te présente quelqu’un…

La prenant par la main, il l’avait guidée jusqu’à une clairière où il siffla doucement. Apparut alors, une haute demoiselle grise aux dents proéminentes et aux oreilles en éventail.

Voici Noy ! C’est une jeune femelle qui a participé à l’attaque du mois dernier. Elle était mal en point. Je l’ai soignée, elle est devenue docile et plus douce qu’un agneau !... Parle-lui sans crainte. Elle comprend tout !

Ce qu’en ferait Isabel ne regardait qu’elle.
Lui non plus n’était pas trop « heureux » en ménage à ce moment. Toujours absorbée dans calculs ou détails, Meeley rentrait souvent crevée sous la tente. Il l’était aussi. Néanmoins, il en était venu à détester ce projet qui, au lieu de les rapprocher davantage, les éloignait l’un de l’autre.
Repas sur le pouce, douche, cigarette puis dodo était frustrant à la fin. Que tous les concernés soient au même régime ne l’arrangeait guère.


Vivement qu’on en voie le bout, soupira-t-il en balançant son mégot au loin... Ouais, c’est ça… marre… oublie-ça, suis claqué et toi encore plus, je pense… Bien sûr que si ! J’y tiens autant que toi ! Je veux partir aussi, t’inquiète pas ! Bonne nuit Meeley.

Croire s’en tirer à bon compte était illusoire avec une femme de ce calibre.
Au loin, des roulements de tonnerre grondaient.
Celui qu’essuya Richard n’était pas comparable, quoique... Miss Earhart ne se gêna pas de déverser ses remarques pas piquées des vers. Il ne l’interrompit pas, l’écoutant sans s’énerver.


*Qu’elle se défoule ! Ça lui fait du bien !*


Son absence apparente de réactions excita davantage l’ex-aviatrice qui décida de lui secouer le revers de sa veste. Il la contra :

… du calme, Meeley ! … mais oui, tu as raison !... Je sais, je suis un ours mal léché… jaloux ? Euh… sans doute un peu, mais…

Pas de mais qui tienne ! C’était assez amusant de voir la douce Amélia se transformer en dragon. Il est cependant des limites à ne pas franchir.

…stop Meeley, STOP !

Déchaînée, elle n’écouta pas. Alors, quoi de mieux pour la lui boucler que de l’embrasser violemment. Sa résistance fut de courte durée et elle ne protesta pas quand il la renversa sur leur lit. Une passion identique les animait follement.

… Oui ma chatte, c’est toi que je veux et rien d’autre ! Cette nuit est la nôtre, même si le ciel nous tombe sur la tête…

Il ne croyait pas si bien dire…

À travers le déluge extérieur, encore plongés en extase, ils perçurent :

AU FEU !...
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Les maîtres de la colline   Jeu 13 Juin - 21:05



Pas à dire, la résurrection vous change un homme. En y repensant, Louis Le Grand savait que sa dernière épouse l’avait déjà transformé en le faisant revenir à l’Eglise et aux principes moraux. Jadis, poussé par ses démons internes, Louis culbutait volontiers, très volontiers, n’importe quel jupon à portée et toujours avec succès. Seulement voilà… Nul n’aurait osé se refuser au Roi de France ! Maintenant, dépouillé de tout - couronnes, richesses, titres, puissance – que lui restait-il sinon son physique avantageux et, surtout, son esprit?
S’il avait jeté son dévolu sur Hélène, ce n’était pas uniquement parce que celle-ci était d’une beauté à couper le souffle. Il la trouvait parfaite sur bien d’autres plans. Elle possédait des atouts dont il n’était pas certain qu’elle eût conscience. Il adorait son humour, même si parfois il en était la cible. Ses idées, réflexions méritaient également le détour. Puis, il n’avait pas été sans remarquer son habileté gracieuse dans bien des tâches normalement ingrates à de telles blanches mains. Oui, Louis était tombé éperdument amoureux et désirait par-dessus tout qu’Hélène en vint à partager cet amour.
Oh, bien sûr, il ne sut pas cacher l’attirance qu’il lui portait. À quoi bon ? Néanmoins, il souhaitait procéder avec la lenteur qui engagerait la profondeur des sentiments et évitait avec soin de contrarier sa belle. L’évolution de leurs relations allait dans le sens voulu, c’était indiscutable.
Au départ, il avait cru qu’Hélène ne réagissait que par stratégie, un naturel besoin de protection. Peu à peu, il s’était mis à espérer qu’à travers l’ex-roi, elle voie l’homme qu’il était réellement.
Il n’y eut plus aucun doute lorsqu’il décida d’aller se jeter dans la gueule du Boss : Hélène tenait à lui, craignait pour lui. Elle avait confiance aussi, chose très importante aux yeux de Louis.
Que la stratégie mise en place pour s’emparer du camp ennemi ait si bien fonctionné, dora davantage son blason auprès d’Hélène. Il en fut ravi.
À peine réunis, après avoir passé beaucoup de temps à réorganiser le nouveau camp, personne ne s’attendait à une réplique aussi fracassante de la part de leurs ennemis. Les défenses installées étaient solides quoique pas entièrement terminées. Il fallut mouiller sa chemise de sueurs et de sang. Via Burton, Louis disposait d’un fleuret absolument incassable, ultra performant en os de la Houle. L’ennemi avait, par contre, des béliers extraordinaires : des éléphants ! Heureusement les archers et lanceurs de javelots ou pierres étaient en nombre de leur côté. Dure lutte néanmoins.
Grâce à la machine à tuer que représentait un Alf déchaîné, un Achille en rogne et un Richard stratège-combattant, on vint à bout de l’assaut.
Après un baiser qui valait tous les discours, Louis prit à peine le temps de se débarbouiller avant de se présenter sous la tente des chefs. Joyeuse compagnie mais heure grave aussi.
Depuis quelques temps, il avait été décidé qu’une fois le problème du boss réglé, on irait courir d’autres horizons par… la voie des airs. Carte blanche fut donnée à Amelia pour organiser le chantier.
Hélène lui parut très réjouie après cette réunion. Galant, comme toujours, il escomptait la ramener à sa tente sauf que la coquine mijotait d’autres plans. Mine de rien, elle l’orienta vers celle, la plus somptueuse, occupée par le tyran disparu.
Des chandeliers disposés savamment faisaient miroiter soieries, ors, brocards et damasquineries.
Des plateaux regorgeaient de fruits frais, des douceurs ; des verres précieux entouraient une carafe de vin rubis sombre.


Oublie guerre et discours, Louis…cette nuit, jouissons de la douceur de la paix.

Éberlué, Louis hésitait à comprendre. Il n’osa pas parler de suite, tentant d’interpréter au mieux le message lancé par la belle de Troie.
Il demeura raidi avec un sourire mi-figue mi-raisin aux lèvres :


Tout ceci est… parfait, ma mie. Mais…

Non, il ne s’agissait pas d’une illusion. Hélène se chargea de le lui démontrer en le soulageant de sa veste maculée. Tous ses gestes, si lascifs, étaient sans équivoques. Louis sentit une chaleur familière l’envahir. Il ne résista pas à enlacer Hélène et répondre avec fougue au baiser octroyé. Cœur en chamade, il dut prendre beaucoup sur lui pour ne pas céder davantage. Doux mais ferme, il l’écarta de lui :

Hélène ma mie, es-tu certaine que…

Elle l’était, le réclamait, le voulait.

Euh… *Très malin, Louis !* Je voudrais d’abord…


Zut, elle paraissait vexée.

Viens ici, Hélène. Oui, asseyons-nous !

Il l’accommoda sur de précieux coussins, prit place à ses côtés sans cesser de lui enserrer la taille. Relever sa longue chevelure, trouver la naissance de son cou délié, déposer ses lèvres sur la peau parfumée fut saveur partagée.

… ne dit rien, lui souffla-t-il dans l’oreille. Écoute-moi.

Sa main libre remonta le fin corsage au travers duquel il put ressentir des palpitations affolées. Un doigt se promena dans l’échancrure sans s’y aventurer.

Hélène… Hélène, je t’aime à l’infini, tu le sais. Tu veux m’offrir ce soir le plus merveilleux de cadeaux dont je puisse rêver mais… je n’en veux pas, Hélène !

Évidemment, ça jeta un froid, un fameux. Il ne lui laissa pas l’occasion de s’échapper, la ferrant sur les coussins :

Laisse-moi terminer, mon cœur.

À nouveau tendre et un tantinet explorateur, Louis s’ouvrit :

Je t’aime trop Hélène, trop pour te prendre ainsi, même si tu t’offres à moi. Je serais le plus heureux des hommes si tu consens à devenir ma femme… réellement ma femme devant Dieu.

Elle encaissa sans broncher puis lui sourit. Dans ses yeux, luisaient incrédulité, amusement et douceur.

… Ben… dit-il en se grattant le menton, on va peut-être trouver un prêtre dans le coin. On a recensé pas mal de monde mais pas encore de curé… Tsang ? C’est un moine bouddhiste, voyons !

Tracassé, Louis finit par admettre que, dans le fond… Si à défaut de grive on mangeait des merles, pourquoi pas ?

La « cérémonie » ne correspondait à rien de ce qu’avait imaginé Louis qui, par contre, ne fut pas trop surpris de découvrir ne pas avoir été le seul à officialiser son union. Sissi et Isabel, en bonnes chrétiennes, avaient eu le dernier mot sur leur "futur". La potion distribuée par Tsang lui parut étrange.

*Chacun ses coutumes nuptiales…*

On ne s’éternisa pas à l’infirmerie ensuite. Louis avait d’autres projets en tête.

Même si un feu étrange coulait dans ses veines, le rendant très gaillard, Louis prit son temps, tout son temps pour mener Hélène sur le chemin de l’extase suprême. Il ne fut pas déçu et, à n’en pas douter, elle non plus. La contempler endormie près de lui le combla.
Se sentant en super forme, l’ex-roi de France laissa son épouse se reposer tandis qu’il parcourut le camp. La Pierre agréa facilement son souhait, puis Louis fit le tour des cuisines qui commençaient à peine à s’éveiller. Il y travailla un bon moment avant de, satisfait, retourner sous sa tente.
Le sourire éclatant d’Hélène l’éblouit quand il déposa à son chevet fleurs et plateau garni. Petits pains en forme de cœur, lait frais – denrée très rare – marmelades de fruit, enchantèrent la nouvelle mariée. Mais quand Louis lui présenta leurs bagues de noce, elle s’émut si tendrement que Louis fondit :


Nul bijou n’est digne de toi, ma reine. Accepte celui-ci par amour de moi. et tu règneras sur mon cœur jusqu’à mon dernier souffle de vie.

Pas de lune de miel, hélas ! Un boulot monstrueux les attendait. Au vu des plans exposés par Miss Earhart, on était face à un fameux casse-tête d’organisation. D’abord un vaste hangar se bâtit en terrain dégagé. Louis, qui avait le chic d’être multitâche, joua tantôt au charpentier tantôt au recruteur tout en veillant à l’intendance. La générosité de la Pierre était extraordinaire parfois. D’autres, beaucoup moins, à croire qu’elle aussi avait des idées sur le projet.
Nourrir la bande d’ouvriers engagés au chantier demanda des trésors d’imagination et d’efforts. Des navettes régulières s’échangèrent avec ceux restés à la Colline, l’approvisionnement le nécessitait. Les cultures prospérèrent, le petit élevage également. De grandes battues de chasse et des pêches intensives agrémentèrent le quotidien.
Amelia lui avait assuré qu’à bord de l’aérostat, outre un poste de commandement et des chambres, il y aurait aussi une cuisine. Il était peut-être un peu tôt pour commencer des provisions mais Louis avec sa manie de la perfection ne put s’en empêcher. La conservation des aliments était sa priorité. Si quelques volailles ne dérangeraient pas les voyageurs, il était hors de question d’emmener une ménagerie complète à bord de l’engin volant.
Las, il s’en ouvrit un soir à son épouse :


… oui mon cœur, un peu de souci, rien de grave rassure-toi. J’en ai seulement un peu marre que mes questions restent sans réponses. Le sais-tu, toi, combien de temps durera le voyage ? Ferons-nous des haltes de réapprovisionnements, nous arrêterons-nous où bon nous semblera ? … J’ai parfois l’impression d’être le seul à m’interroger, à moins bien sûr, que l’on ne me considère pas comme assez digne d’entrer dans le secret des dieux…

Au fil des semaines, l’humeur au camp s’assombrit. Des bagarres éclataient facilement, il fallait sans cesse veiller au grain, empêcher les vols de matériaux ou provisions de bouche.
L’idée lui vint en entendant le son d’une flûte. Un des ouvriers agricoles, en attendant la levée du grain, s’était fabriqué un pipeau et y soufflait des airs de son temps avec entrain.
Grâce à la collaboration de plusieurs artisans, Louis parvint à former un petit orchestre doté de plusieurs musiciens talentueux. Les soirées animées de cette façon déridèrent l’atmosphère. On y chantait et dansait parfois des heures tardives mais la camaraderie régna à nouveau.
Plusieurs innovations avaient vu le jour. Ainsi, une sorte de police s’instaura de même qu’une cour de justice. L’ordre devait impérativement être établi.
Le boulot était parfois abrutissant, les nuits de sommeil rares. Louis ne se plaignait pas mais il détestait voir se cerner de fatigue les magnifiques yeux d’Hélène.


On devrait donner une journée de repos aux travailleurs, tu ne crois pas Achille ? Sept jours sur sept, même avec alternance des équipes, ça épuise. De mon temps, le dimanche était sacré ! Allez, un jour par semaine ne va pas tant ralentir le projet !

Après bien des palabres, Louis obtint gain de cause pour le plus grand bonheur de tous.
Lors de ses parties de chasse, Louis avait déniché un beau petit lac isolé. Il prit l’habitude d’y emmener Hélène tous les « dimanches ». Pique-niquer dans l’herbe, conter fleurette, rêver… Ils n’auraient échangé ces instants de détente contre rien en ce monde.
Lors de cette sortie-là, le soir tombait qu’aucun ne se décidait à plier bagage.


… oui ma mie, on est très bien ici ! Qu’y a-t-il, je te sens comme… triste ? dit-il en lui baisant doucement les lèvres.

Hélène tournant autour du pot, il dut énumérer nombre d’hypothèses avant de tomber sur la bonne.

Tu en as marre de moi ? ( ouf, non) J’ai rien fait de mal, tu es sûre ? … Tu veux plus de congés ? Je peux m’arranger tu sais. Tiens, demain je prendrai ton tour de nuit au chantier, et… Ah… c’est le chantier. Qu’est-ce qui cloche ma douce ? Tu peux tout dire à ton Loulou chéri.


Ce qu’il entendit en mots douloureux, hachés, ne l’étonnait qu’à moitié. Hélène n’était pas très chaude avec l’idée du ballon. Elle s’expliqua en long et en large dans un récit où les dieux tenaient une grand part.

… je comprends, mon cœur. Je connais la légende d’Icare puni pour avoir souillé le ciel des dieux. Mais tout s’est perfectionné depuis… Ah, oui, c’est vrai, Amelia aussi en a été victime dans un sens… Oui, je veux partir Hélène…. Je ne sais comment t’expliquer cela. Souviens-toi, nous avons déjà parlé de cette sensation de s’être déjà connus. Eh bien, si je me « rappelle » bien, nous avons beaucoup voyagé… ensemble… non, impossible de me souvenir où nous sommes allés mais je suis certain qu’autre chose nous attend… ailleurs.

Là, elle s’énerva un peu laissant sa peur transparaître :

Hélène, ma puce, mon adorée, chut ! Si tu ne veux pas décoller pas de souci, nous n’accompagnerons pas les autres, nous irons à pied s’il le faut. Seulement je me suis engagé à les aider et je ne renierai pas ma parole. Je les préviendrai en temps utile, t’en fais plus, je t’aime.


Lui soutenant la taille, ils rentrèrent enfin au camp.

Travailler quasi double ? Bah ! Les attentions d’Hélène valaient bien ce petit effort. Il la remplaça à chaque tour de nuit même s’il s’était déjà farci celle du jour entre autres tâches.
À force de fouiner parmi les anciens esclaves du Boss, Louis avait eu la grande chance de tomber sur un scientifique à qui il soumit son problème de conservation. La stérilisation en pots hermétiques fut une découverte miraculeuse ! La pierre fournit les caoutchoucs, les artisans verriers le reste. Le sable des rives du fleuve convenait parfaitement pour créer des récipients.
On vit bientôt foule de conserves s’emplir et se préserver de miasmes.
Bref, tout baignait !


Va y avoir de l’orage !
grogna la plantureuse Mme Bouillon en se frottant les genoux.

Hey, rigola Paolo Rossi, tu n’as plus d’arthrose, ma belle !


C’est tout comme ! Quand le temps change, je le sens !

Louis, en pleine opération de serrage d’arceaux de l’armature, écoutait distraitement les bavardages voisins. Il s’appliquait mais rêvait d’une douche en délicieuse compagnie. Ils étaient une cinquantaine à occuper divers postes. Cela papotait beaucoup dans une bonne ambiance. Incroyable que ces gens mettent autant de cœur à l’ouvrage dans un projet qui ne les concernait même pas directement. Peut-être cherchaient-ils simplement à raconter plus tard leurs exploits à leurs enfants…
Les enfants… Louis avait été un père aussi attentionné que sa fonction le lui permettait. Il les aimait tous, même les malformés, et avait pleuré à chaque décès. Sa virilité n’était plus à prouver pourtant, là… quelques inquiétudes le taraudaient. Cela faisait des mois maintenant qu’Hélène et lui… et rien.
Chose aussi étrange que rassurante pas une seule naissance n’avait eu lieu à sa connaissance. N’empêche qu’il aurait vraiment souhaité que…
Zut, ça soufflait méchamment dehors. Des orages, ils en avaient déjà essuyés mais celui là semblait particulièrement méchant. Autour de lui des mines reflétèrent une similaire angoisse.


*La structure est solide… mais les tentes résisteront-elles ?*

Il ne put s’empêcher de commencer à s’inquiéter pour Hélène, seule sous son abri de toile.

*Elle ira chez Sissi, seule elle-aussi…*

Quand le tonnerre roula, le chef de chantier tiqua :

Suis comme vous les gars, j’m’inquiète pour ma commère ! Remballez tout, on rentre chez nous !

Ravi, Louis n’en poursuivit pas moins son serrage qui était quasi achevé.
Un groupe se dirigeait vers la porte du fond quand une explosion se produisit. Traversant l’entrée, une boule de feu frappa les hommes avant d’éclater en éparpillant des flammes alentours.
La carcasse en construction fut une proie de choix. Un immense brasier se déclencha en quelques secondes. Halluciné, Louis fut pétrifié, incapable de mouvements, comme beaucoup tandis que des corps embrasés hurlaient en se débattant, communiquant le feu à d’autres structures inflammables.
Comme réveillé, Louis s’empara d’une hache :


TOUS AU FOND ! ABATTEZ LA CLOISON !


On obéit dans la débandade. Rapidement la brèche fut ouverte sauf qu’elle créa un merveilleux appel d’air pour les flammes qui s’allongèrent alors dans leur direction.
Un à un, hommes et femmes hagards sortirent. Louis, près de l’ouverture, en aida plus d’un à sortir, les comptant machinalement au passage.


*27, 28… * Où est Germaine ? Vous avez vu Germaine ?

Certain de ne pas l’avoir dénombrée, Louis fit face à la fournaise. La pauvre matrone belge était coincée par une poutrelle effondrée.

Louis, venez, venez, c’est trop tard ! lui cria Paolo.

La femme tendait sa main avec un air si… Louis fonça. Ses paumes en prirent un sérieux coup à dégager la proie de son piège. La chaleur était effarante et la fumée asphyxiante.
Yeux larmoyants, toussant, il parvint néanmoins à dégager Germaine qu’il poussa dans la brèche juste au moment où une autre poutrelle enflammée dégringola, pile sur son pied. De nombreux tisons giclèrent. Louis s’en prit une pleine volée sur le crâne. Trop pressé de décamper, il ne se rendit pas compte que sa chevelure cramait. Quelqu’un eut la présence d’esprit de lui déverser un seau sur la tête puis tout s’obscurcit.


… Hélène… Hélène…

Elle était là.
L’infirmerie reçut beaucoup de monde ce funeste soir.
Quand Louis reprit vraiment conscience, il dut subir bien des souffrances. Ses mains cuisaient, ampoules et charbons incrustés lui donnèrent un avant-goût de l’enfer.
Mais sa tendre Hélène le veillait, alors il ne se plaignit pas.
Tsang le gâta, sauf qu’il ne trouva rien de mieux que de sacrifier la partie intacte de sa noble toison :

Équilibre avant tout ! Repoussera. Mains plus précieuses, temps fera.


Auprès d’une Hélène très accommodante, il reçut des informations ahurissantes.

… QUOI ? ISABEL ? Non, non, il y a erreur, c’est impossible !

Très sèche en parlant de l’épouse de l’Ayerling, Hélène croyait à l’accusation.

… Mais c’est une boule de feu qui a tout déclenché ! J’y étais, je le sais ! C’est un phénomène rare mais en cas d’orage… Je n’en crois rien. Écoute-moi, s’il te plait. Va la voir, demande-le lui…

Les potions bizarres de Tsang contraignirent si bien les douleurs à refluer que Louis décida de quitter l’infirmerie. L’ambiance extérieure n’était pas au beau fixe. Vingt disparus, ça marque !
Qu’une tête de turc soit désignée coupable agréait tout le monde.
Clopinant, Louis parvint à la tente de commandement d’où émanaient d’âpres discussions.

Coucou ! Ça vous ennuie si je me joins à vous ?

On s’informa de sa santé, il passa outre après un « bien, merci » de convenance.


Où en êtes-vous ? Accuser Isabel, c’est pas sérieux…

Tout est contre elle, dit Sven, rogue. Elle a cassé volontairement la lampe étrange pour flamber le hangar.


On devrait prévenir Achille ! Ne le prends pas mal, Sven mais dans un cas aussi grave, il vaudrait mieux…

Richard assura avoir détaché un coureur à cet effet.


Bien! Et que dit le mari d’Isabel ?

Louis resta comme deux ronds de flan quand il sut que l’Ayerling se désintéressait complètement du sort de sa femme, preuve supplémentaire de sa culpabilité aux yeux de beaucoup.

Nous saurons bientôt la vérité, assura Sven. L’interrogatoire est en cours.

Qui le mène ? Des gens fiables ?

On ne peut plus fiables : un prêtre espagnol, un Chinois et un Allemand qui ont fait leurs preuves avec d’autres récalcitrants.

Louis n’avait pas plus d’opinion que Richard quant au dernier. Mais il pâlit autant que lui en entendant les références données :

HEIN ? Tribunal d’inquisition ? Commandant de la garde impériale ? Dieu me garde, SVEN : vous êtes fou ! La pauvre fille va être torturée sinon tuée. Il faut arrêter ça de suite !


Burton avait déjà foncé dehors. Avec autant de patience que possible, Louis expliqua au Viking :

Les grands inquisiteurs ne reculent devant aucun moyen pour faire avouer leur victime. Je n’en suis pas très fier mais de mon temps cela se pratiquait aussi. Seins arrachés, membres écartelés, écorçage à vif !! Dieu, nous ne sommes plus ces sauvages d’un autre temps !


On verra, dit laconiquement le Nordique.

La suite donna hélas raison à Louis. Par Hélène, il sut ce que l’accusée avait subi.

Elle a bien fait de craquer vite, mais je suis toujours persuadé qu’elle est innocente. Ses aveux n’ont aucune valeur… un procès ? Qui osera la défendre ?

Si Sir Richard Burton prenait parti, lui aussi.

Quel cirque ! Avec Hélène, Sissi et Richard, Louis essaya de réunir des témoins à décharge. Chose malaisée car beaucoup la croyaient coupable. L’ex-roi eut beau chanter sur tous les tons que le seul coupable était la foudre, nul ne voulut l’entendre sauf un rare érudit du 19ème siècle dont on étouffa vite la parole, le suspectant de collusion.
Frey Domingo de Mendoza se montra très brillant. Le jury, composé de villageois qui, pour la plupart, avaient perdu un ami, mari ou amant, n’écouta que sa perfidie dirigée. Quand il fut reconnu que l’accusée parlait aux animaux, sa sorcellerie prouvée, elle fut perdue.

Une nuit, c’était tout ce qui leur restait pour tenter de sauver Isabel.
En secret, ses supporters se rencontrèrent. Louis n’y alla pas avec le dos de la cuillère :


Nous allons la faire évader. Je ne vois pas d’autre solution… Oui, mon cœur, j’ai tout en tête. Faut distraire les gardes… euh… vous êtes très belles, mesdames. Il faudrait être eunuque pour résister, non ? Vous leur portez du vin, des douceurs, vous montrez gentilles mais pas plus… compris !

L’idée ne les réjouissait pas trop.


… Je sais, c’est beaucoup demander mais, pendant que vous les occuperez Richard et moi on fera sortir Isabel. Richard, tu manieras les pinces parce que moi…

Ses bandages parlaient pour lui.

… Après, on la conduira dans la forêt. Elle saura se débrouiller…

Même le meilleur des plans a ses failles. Qui aurait pu prévoir que les gardes de ce soir-là seraient... des femmes ! Elles acceptèrent les friandises mais Sissi et Hélène furent refoulées purement et simplement. Louis en aurait pleuré de dépit.

Au moins pouvons-nous lui dire adieu, résuma-t-il, affligé. Allons-y ensemble, voulez-vous ? Taisons-lui la tentative d’évasion ratée…

Elle était digne malgré son affliction. Louis eut un mal fou à l’imiter. C’était tellement injuste !

Oui, lui Louis le Grand sanglota mieux qu’un bébé dans les bras d’une Hélène qui ne valait guère mieux. Il tempêta aussi, s’énervant sur l’attitude incompréhensible du mari d’Isabel
:

Ce gars a de la glace dans les veines ! Je me trancherais la gorge plutôt que de t’avoir fait subir tout ça ! Mais… j’y pense… Suis-je idiot ! Attends, je reviens !

Comme un fou, il courut autant que son pied estropié le lui permettait jusqu’à la tente de Sissi. Il eut beau la chercher partout, la femme d’Achille n’était pas au nid.

*Décidément, tout foire…*

Au moins, il y en a un qu’il ne raterait pas !

ALPHA ! gueula-t-il au milieu du camp ensommeillé. OÙ te caches-tu, LÂCHE !!

Louis jouait peut-être avec sa peau, il s’en fichait tant il était remonté.
L’Ayerling ne tarda pas à se pointer. Il dépassait Louis de plus d’une tête ? Cela ne l’empêcha pas de mordre :


Ah ! Te voilà enfin… Ça ne t’est pas venu à l’esprit que, peut-être, ta femme, celle à qui tu as passé l’anneau d’union, avait besoin de ton soutien ?... tu t’en fous, c’est ça ? … Ah oui… coupable, ben voyons ! Entre quatre yeux, permets-moi de te dire que le seul coupable, c’est toi, TOI ! Aimer une femme n’est pas seulement la renverser sur un lit !! Aimer une femme c’est partager ses idées, essayer de les comprendre, s’adapter à ses désirs, les adopter au besoin… pas formé à ça ?? Désolé, je ne comprends pas ton mode de fonctionnement… Tire-toi, Alpha ! Je vois qu’il est inutile de faire entrer une once de bon sens dans ta cervelle du futur. Pour info, on balance ta femme à la flotte à l’aube. Si je devais t’avoir comme mari, j’y plongerais deux fois plutôt qu’une !

Il ne ferma pas l’œil de la nuit, Hélène non plus. Pas d’ébats sulfureux pourtant. Juste une commune et épouvantable détresse les maintint éveillés.

Ils lui devaient bien ça : être présents.
L’Ayerling aussi se pointa mais…
Sans la main d’Hélène, Louis lui serait sans doute rentré dans le lard. Si froid, si détaché… C’en était à vomir.
Isabel le repéra et ne s’adressa qu’à lui dans un hurlement qui en glaça plus d’un.


TU N’ES PAS HUMAIN !

Ces mots résonnèrent longtemps aux oreilles de tous quand tout fut dit.

Quelques heures plus tard, Achille revint de son expédition à la Colline avec plusieurs chargements conséquents. Le silence du camp dut l’alarmer, les échos perçus aussi.

Rien d’étonnant à ce que son staff soit convoqué illico. Richard et Sven étaient déjà au rapport quand Louis se présenta. Achille tiqua fortement vu son aspect :

… pas grave ! Il y a pire, hélas… on a essayé, je te jure mais…

Oh, là, là ! Un Achille contrarié abattrait un Ayerling tel un nouveau-né. Sven ne put contrer le coup qui l’assomma à moitié. Richard le ceintura afin d’éviter le pire. Louis, avec ses mains pansées, ne put que compléter le récit :

Richard les a faits arrêter... après. Ils sont à la place d’Isabel, en attendant ta sentence.
Tout prêchait en sa défaveur mais j’ai vu la boule de feu ! C’était l’orage !... une autre preuve ? Euh… non…


Le héros de Troie voulut parler à l’idiot qu’il avait considéré comme bras droit. Chacun se tint coi.
Des jours passèrent dans une ambiance qui reprit peu à peu de l’entrain.
Si l’Ayerling parut déboussolé, nul ne tenta de lui apporter soutien.
Le plus notable changement fut qu’Amelia révisa ses plans. Plus modestes, abordables, ils agréèrent pas mal de monde.
La rééducation de Louis prit son temps. Déplier ses doigts requit bien des efforts mais, avec l’appui d’Hélène, il fut heureux de pouvoir encore lui cueillir des fleurs tout en supervisant pas mal de trucs au passage.
Il était de garde, cette nuit-là. Sous la pluie diluvienne, les torches habituelles étaient si vaines qu’il ne vit aucun mal à piquer celle de l’Ayerling que l’on évitait comme la peste.
Vraiment étrange, cet engin. Un feu interne le consumait sans que le porteur ne ressente de chaleur.
Inspectant chaque recoin près du hangar reconstruit pour le nouveau projet, Louis se figea à l’entrée.


*Une lampe du même type…*

Le hangar était vide, les équipes de nuit avaient été supprimées. Que risquait-il sinon de détruire le bâtiment ?
Par prudence, il ouvrit la porte et héla un éventuel visiteur : personne !
Se reculant, il estima distance et conditions puis, délibérément, il fracassa la lampe non loin de l’ouverture. Un petit grésillement et… rien ! Strictement rien !


Béat, il contempla son ouvrage avant de courir comme un fou jusque chez Achille et Sissi :


ELLE ÉTAIT INNOCENTE ! J’en ai la preuve ! La lampe cassée ne provoque rien du tout !!!

Les retombées ne se firent pas attendre…
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