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Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
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 Sauvés?

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Neil Chesterfield

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MessageSujet: Sauvés?    Dim 24 Mar - 18:22

Il eut beau se pincer, Chesterfield ne rêvait pas. Il était bel et bien perdu en mer dans un canot de sauvetage avec deux inconnus en compagnie.
D’abord, un doute l’habita. Ces gens avaient-ils balancés tous les autres par-dessus bord ? Si oui, pourquoi l’auraient-ils laissé là ?
Quoiqu’il en soit, un rivage se dessinait à l’horizon.


Je sais pas vous, mais moi je n’ai aucune envie de dériver à l’infini. Souquons !

L’un après l’autre s’essaya à démarrer le moteur qui refusa la moindre pétarade. Force était aux hommes d’employer les avirons. La femme dédaigna cet emploi, évidemment. Bien roulée, 25-30 ans - elle jouait les précieuses alors que Neil se souvenait l’avoir aperçue dans le bar des 3èmes lors de sa virée avec Miss Clairborne. Le gars, par contre, ne lui disait rien. Tout en ramant, il se présenta comme étant Jimmy Brown, passager de 2ème. D’ailleurs, le canot appartenait aussi à ce pont. L’anomalie frappa Chesterfield car, en principe, il avait embarqué au bon endroit. Au moins, un de ses sacs était là.
L’abordage se fit sans trop de heurts. Neil n’hésita pas à se mouiller pour tirer l’embarcation au sec de cette plage qui, si magnifique soit-elle, n’en était pas moins déserte.
Les naufragés retirèrent tout ce qu’ils purent du canot et groupèrent leur butin à la lisière d’une forêt luxuriante. La femme – Miranda Boulet – ne cessa de se lamenter tout du long. Sa robe était gâchée, escarpins idem, à part sa pacotille, elle ne possédait plus rien. Jimmy, plus pratique, inventoria leurs ressources :


On a de l’eau douce en quantité. Tas de conserves, biscuits, couvertures, fusées éclairantes… de quoi tenir plusieurs jours ! Et dans ce sac, il y a quoi ?

Des fringues de rechanges, grinça Neil peu disposé à partager ses trésors. Vais d’ailleurs aller me changer, on étouffe, ici !

Bien à l’abri des autres, il ouvrit sa manne personnelle et râla un brin :

Mince !


La majorité de ses changes étaient dans l’autre sac, celui égaré - ou piqué - sur le pont. Au moins, il possédait encore pas mal de trucs utiles dont un t-shirt hawaïen, son short assorti et des espadrilles qu’il enfila. À part son beau couteau, il dissimula le reste sous un tas de palmes sèches avant de revenir vers les autres.

On devrait faire un grand feu et un SOS géant avec des cailloux ! On voit toujours ça dans les films…

Jimmy, on n’est pas dans un film ! soupira Neil. Depuis que j’observe les environs, j’ai rien vu qui ressemble à un bateau ou à un avion


Ils s’étaient assis à l’ombre des palmiers, chacun réfléchissant dans son coin en buvant des rations d’eau. L’heure était venue de faire le point.


Je dis qu’on doit rester ici et attendre les secours, bouda Miranda qui n’appréciait pas les idées partagées par Chesterfield et Brown.

Ce dernier défendit son point de vue avec véhémence :


C’est idiot ! Il n’y a pas un rat dans le secteur ! Si ça tombe, on a dérivé toute la nuit et les autres sont peut-être à des kilomètres ! Ma copine était dans ce canot, elle doit bien être quelque part…

Ouais, bouffée par les requins ! Moi je pense qu’on est les seuls rescapés ! La presse va se battre pour obtenir nos récits…

Faudrait d’abord qu’elle se pointe ta presse, et moi je vois personne ! Allez Neil, on lui laisse des conserves, de l’eau et on se taille !


Vous n’allez pas m’abandonner, hein ? paniqua la belle plante.

Bien sûr que non, dit Neil quoiqu’il doutât de ses propres paroles. On a eu une rude journée. On passe la nuit ici puis on tirera au sort une direction.


Les autres ne trouvant rien à répliquer, ils se préparèrent des couches. Miranda réclama le canot et s’y installa en conquérante. Neil se fichait du confort. Ayant participé à plusieurs treks et safaris, il n’était pas à une nuit à la dure près.

On va quand même instaurer un tour de garde, souffla-t-il à Jimmy. Faudrait pas que le feu s’éteigne, on sait jamais…


Bâtir ce feu en avait requis des ruses. Après bien des essais infructueux, Chesterfield s’était vu contraint d’exhiber son cadeau d’anniversaire de Lind, geste qui avait failli déclencher une bagarre.
Il l’avait trouvé dans sa poche sur le canot, et en était resté soufflé. Qui, sinon elle, pouvait le lui avoir transmis ?


T’avais un briquet en poche tout ce temps et c’est seulement maintenant que tu t’en sers ? tempêta Miranda.

Ce n’est pas qu’un briquet… laisse tomber !


Pendant sa veille, il avait longuement réfléchi sans, hélas, comprendre un traitre mot aux phénomènes en marche. Trop de sensations, de pressentiments s’avéraient exacts pour qu’ils ne soient dus qu’au hasard ou à de l’affabulation. Là, Lind lui manquait cruellement.

*C’est avec elle que j’aurais dû me retrouver et pas avec ces deux-là !*

Où était-elle ? Que faisait-elle ? Maya et Josh qu’étaient-ils devenus ?
Il confia la surveillance du feu à Jimmy et tenta de trouver un sommeil rétif.
Un doux soleil lui caressait la joue quand il ouvrit des paupières incertaines. Aussitôt, l’absence de feu le frappa.


Jimmy, qu’est-ce que tu as foutu ?
grommela-t-il en redressant ses courbatures.

Force fut de constater son isolement. Les autres avaient décampés ! Près d’une conserve et d’une caisse de bouteilles d’eau, il trouva un mot griffonné :

Désolés !

Aussitôt, Neil palpa ses poches et blêmit : ils lui avaient piqué son précieux Dupont et son couteau !

SALAUDS ! beugla-t-il en shootant dans la boîte de fer.

Il courut à sa cache et put respirer plus calmement en constatant l’endroit inviolé.

*Ils ne l’emporteront pas au paradis !*

Rassemblant ses effets, Neil s’octroya un rapide petit-déjeuner composé d’une boîte de fruits puis, il partit en repérage.
Le couple avait quoi… ? Quelques heures d’avance, au plus. Leurs traces étaient d’une clarté aveuglante. La traque débuta.
Plus léger qu’eux, la rage au cœur, Neil ne douta pas un instant de les coincer proprement :


*Ils vont me le payer ! Le cadeau de Lind, non mais…*

Chapeau vissé au crâne, solaires sur le nez, ni la faim ni la soif ne le détournèrent de son objectif.
De temps à autre, il croisa des vestiges du passage des fuyards. Ils s’allégeaient ; bouteilles vides et pleines jonchaient leur route sans régularité.
Mine de rien, il mit plus de temps qu’escompté à les rejoindre. Lui aussi dut faire quelques haltes imposées par la nature. Ce soleil de plomb aurait miné condition physique plus aguerrie.


*Voilà ce que c’est que les diners d’affaires, les réunions assommantes, les heures d’ordi…*

Sa mauvaise nuit s’ajoutant au tout… Neil était fourbu quand la nuit tomba d’un coup, comme la veille.
Il estima ne plus trop être éloigné des fuyards et observa la luminosité. Cela ne rata pas, bientôt il put distinguer les lueurs d’un feu de camp à faible distance.
S’approcher en douce ne requit que peu de ruse. Faisant un détour par le bois, Neil se rapprocha un maximum en jubilant :


*Vais leur tomber sur le râble avant qu’ils disent ouf…*

Tapi à proximité, il ouvrit yeux et pavillons. Ce qu’il perçut le fit marrer, ça se chamaillait :

C’était pas une bonne idée ! clamait Miranda.

Je te rappelle que c’est toi qui as dit que ce friqué allait nous commander et as suggéré qu’on l’abandonne…


Ce qui n’empêche pas qu’on n’a rien trouvé, qu’on erre sans but et que j’en ai marre ! Si ça tombe, il nous poursuit…


Tu rêves ! Ce genre de gars pleure dans sa solitude en regrettant son fric. Matte-moi ce briquet ! C’est du lourd !

Pour ce qu’on en a à cirer… Tu voudrais l’échanger contre quoi ? On a que dalle ici ? J’ai sué pour payer cette croisière. Je croyais rencontrer un gars intéressant et faut que je tombe sur toi qui ne veux qu’en dépouiller un autre

La chamaillerie arrangeait Neil.


*Disputez-vous tant que vous voulez ! Dès que l’un ferme les yeux…*


Il camoufla son barda. Sa main se resserra sur la crosse du Browning de sa ceinture.

Tout bascula en quelques secondes. Sortant du bois à l’opposé, ils furent quatre à les appréhender gourdins levés :


Qu’avons-nous-là ? Deux poussins qui piaillent à tort et à travers ? Filez-nous votre stock et vous aurez la vie sauve !

Messieurs, tenta Jimmy, le premier effarement passé. Nous sommes tous dans la même galère. Unissons nos…

Tu veux en tâter,
dit une grosse brute en costume ravagé tout en frappant sa matraque dans sa main libre.

Prenez tout ! pleurnicha Miranda. On s’en fout. On n’a que de l’eau et des conserves…

Et quelque chose qui brille beaucoup
, ricana l’agresseur en raflant le Dupont des mains de Brown.

Le sang de Neil ne fit qu’un tour. Des mains impies touchaient encore son bien le plus précieux.
Il leva le clapet de sécurité de son arme et s’avança :


Personne ne bouge ! Ce briquet est à moi.


Le grand gars le nargua :

Tu le veux ? Cherche, Médor !

Consterné, Neil vit le Dupont s’envoler à distance. Il tenta de demeurer ferme :

Récupère-le ! Vous deux, désarmez-les…

Miranda se précipita mais ce qu’il advint n’était pas prévu. Un coup à l’occiput expédia Chesterfield dans les limbes.

Lind… Lind…

Il délirait à fond, s’imaginant qu’elle lui bassinait le crâne d’une eau fraîche.
Sa vision se précisant, il la vit de chair et d’os.


Tu es vraiment là ?

Elle l’était. Mi-énervée, mi-rassurante, elle lui narra ses mésaventure post-naufrage.
Malgré une migraine effroyable, Chesterfield capta l’essentiel.
Ainsi, cela faisait trois jours qu’il était dans les vapes. Dix rescapés spoliaient ceux qu’ils trouvaient sur leur chemin. Leur destin ne tenait qu’à un fil.

… Je vois… Dès qu’on aura déballé nos avoirs, au revoir et basta… Dis-moi, ils ne t’ont pas fait de mal ?

Ses rougeurs signifiaient beaucoup. Il pressa sa main :

Ils paieront ! On va s’en sortir, Lind ! Je voudrais que tu te rappelles la même chose que moi… fais un effort ! Je suis sûr que l’on connait cet endroit… Oui, c’est ça !... Un village… Ils vont venir, faut être patients…

En fait de patienter, Neil dégusta tout du long. Trahi par Miranda et Jimmy, on le tortura « gentiment » afin de savoir où il cachait son sac à malice. Ils étaient dix à se relayer à son chevet.
Dépassé, la notion du temps évaporée, il fut mûr pour d’ultimes confidences.


… Ouais… un sac… des bijoux… du fric… des armes…


Sa lèvre éclata sous un nième coup. À genoux face à ses tourmenteurs, Neil encaissa, une fois de plus.


… Sais plus où… J’en sais rien…

Il vit un poing se lever, encore et toujours, puis tout disparut.

Ils l’ont bien amoché celui-là ! Pourquoi, selon toi ?


On s’en fiche ! Le maire a dit de le retaper, on le retape !

Neil arrêta la main qui tenait un linge glacé :

Où est Lind ?

Il retomba dans les vapes.

Mr. Chesterfield... Neil ? C’est votre nom, n’est-ce pas ? Je suis Timothy Firth, 1er adjoint au maire…

L’entrevue dans un local ressemblant à une chambre d’hôpital le laissa anéanti.
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Lindsay Fairchild

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MessageSujet: Re: Sauvés?    Sam 13 Avr - 16:25

Bienvenue au paradis ! Plage de sable blanc, palmiers ondoyant dans la brise, mer invitante…Glorieuse solitude ! Parce qu’après une installation sommaire, Lindsay s’en était allée la faire, sa petite exploration. Et rien ! Ni d’un côté, ni de l’autre ! Rien à part la même chose partout, mer, palmiers, ciel bleu…et pas âme qui vive !
Arrivée, selon elle encore de bon matin, il ne lui resta plus, après sa balade de découverte, que se résigner et essayer de tirer le meilleur parti possible de l’aventure.


*Cas étant, s’entend, ma fille, qu’il y ait n’importe quel parti à tirer, parce qu’à part te griller au soleil et mourir d’ennui…*

Et puis, il y avait Neil. Qu’était il devenu ? Avait-il survécu ? Et si oui, dans quelles circonstances ? La seule idée qu’il puisse voguer à la dérive, sous ce soleil de plomb, sans eau…sans rien, la mettait au désespoir ! Aux autres alternatives, plus ou moins affreuses, elle préférait tout bonnement ne pas y penser.
Faute de mieux, puisque provisions et autres menus conforts ne manquaient pas pour le moment, Miss Fairchild s’activa à bâtir un petit abri sympathique, pour se prémunir des possibles intempéries mais surtout pour occuper le temps. Un petit feu l’accompagna dans sa soirée solitaire et son dîner en tête à tête avec soi même, consista en biscuits secs au foie gras. Un mignonnette de whisky clôtura les festivités de cette soirée sans autre interlude exotique qu’une attaque de moustiques suceurs de sang, qu’elle prémunit efficacement avec son répulsif fleurant bon la citronnelle qui ruina son vernis à ongles et lui laissa la peau désagréablement collante. Fourbue de fatigue et whisky, la belle finit tout de même par s’endormir , pas sous son abri, qui avait cédé à la douce brise, mais à même le sable, enroulée dans une couverture.

Les premiers rayons de soleil la tirèrent de son sommeil, pour se retrouver dans la même triste situation que la veille.


Bon, c’est clair qui tu ne vas pas rester là, plantée comme un navet, se dit elle à voix haute, car parler résultait réconfortant, va faire un tour dans les bois…qui sait…

Peu encline à s’encombrer d’un barda trop lourd, la douce créature eut le bon sens de ne prendre avec elle qu’un équipement basique et léger. Son petit sac à dos ne permettant pas plus qu’une bouteille d’eau et deux ou trois babioles utiles. Elle en pensait pas explorer tout le territoire, juste se faire une idée plus étendue de sa misère. Le reste de son trésor, elle l’enfouit, par simple mesure de précaution à l’orée de la forêt, au pied d’un rocher, sous le sable, dissimulé sous un anodin tas de cailloux, pour s’y retrouver plus tard, Lindsay, prit ses repères, arbre fourchu à droite, palmier tordu à gauche, à trente cinq pas de l’endroit où elle avait fait le feu et planté son précaire abri.

Bien sûr, ma pauvre, comme si tu allais rencontrer Sandokan et ses pirates…

Ils n’étaient pas exactement des pirates malais, mais avaient autant de mauvaises intentions. Lind qui, en un début, avait cru à un miséricordieux salut fut vite tirée de sa bévue. Ils étaient une dizaine, six hommes et quatre femmes, tous passagers de l’Ocean’s Queen, décidés à survivre quittes à tout, ce qui signifiait, s’en prendre aux plus faibles, les dépouiller de tout bien utile et Dieu sait quoi encore…

Mais regardez moi ça, la petite miss qui allait en 1ère classe…alors, ma jolie, t’as quoi, là ?

Sans aucune manière, le bonhomme qui parlait, qu’elle n’avait jamais vu sur le bateau, lui avait arraché son sac à dos et le vidait.

Non mais…tu vas pas me faire croire que c’est tout ce que tu as !?

Oui, oui…dis vite, petite…où son tes affaires ? Tes bijoux !, insista une des femmes, une blonde peroxydée aux manières balourdes, t’en as…sur ! Les mignonnes de ton genre, ça se balade pas sans…

Je…je n’ai rien…à peine si…j’ai eu le temps de…

Elle ne s’attendait pas à la gifle renversante de la femme.

Menteuse…petite p**e menteuse…t’ai vu le soir du bal…parée comme une petite princesse…

Lindsay eut beau pleurer, se débattre, clamer, rien n’y fit, si un des hommes n’était intervenu pour la tirer des griffes de la blonde et de l’autre mégère venue en renfort, elle y passait, le plus sûr.

Tu finiras pas nous l’dire…parole de Monica…et ces fringues…tu les as eues où ?

Laisse la tranquille, Monica, la pauvre mioche est affolée…


T’es un tendre, Porter, persifla la femme en riant, elle t’a tapé dans l’œil, hein !?

Suis pas un sauvage !, marmonna le tel Porter en relevant Lindsay, vous feriez mieux de leur dire où trouver ce qu’ils veulent, miss…ce sera mieux pour tous !

*Ils vont te tuer de toute façon, au moins partir sans leur faire plaisir !*


Elle consentit, au bout d’une heure d’insultes et gifles, à leur dire où se trouvait son petit campement. Ce fut la ruée. Provisions en quantité suffisante, eau, couvertures et quelques vêtements.

Des Jimmy Choo !, s’ébahit la dénommée Monica en brandissant ses sandales, oh la la…et une Valentino…Minette se nippe bien !

Ce n’est pas de votre taille, dit Lindsay en un sursaut d’orgueil.

En effet la femme était une longue trique, sans grâce et avec des gros pieds. Cela lui mérita une autre gifle et qu’on lui tire méchamment les cheveux. Ils pillèrent sans gêne et cherchèrent aux alentours, sans rien trouver qui méritât leur satisfaction.

Tes bijoux !? Ton fric ? Tes papiers ?...T’en as, non ?

Madame, on naufrageait…dans ma famille, on sauve la peau, pas les biens…si vous le voulez vous pouvez demander une rançon à mon père…il se fera plaisir de vous fourrer d’or…mais pour cela, faudra encore nous tirer d’ici !

Mais voyez moi ça…elle nous nargue, la poulette…vais t’apprendre moi…

La baffe de celui qui semblait être le chef, l’assomma presque. Elle s’écroula sur le sable en gémissant. Néanmoins ravis de la trouvaille, ils décidèrent de rester là pour ce jour là. Lind n’eut droit qu’à un peu d’eau et une petite banane, filée par Porter en cachette. Ce fut lui aussi qui la mit au courant de bien de choses sur ce groupe de brutes dénaturalisées. Les plus sauvages étaient les deux femmes, le dénommé Hawkins et celui qui se donnait des airs de chef, Lautner. Se retrouver livrés à eux mêmes, en pleine nature, sans autorité avait fait ressurgir des bas instincts, dissimulés, en d’autre milieu, sous une faible couche de vernis mondain. Les autres, mi figue, mi raisin, suivaient le mouvement parce qu’en quelque sorte ça les accommodait. Comme disait Porter, contrit, tous ne sont pas des meneurs et cela résulte plus facile obéir que se faire taper dessus. L’histoire de l’humanité l’ayant largement prouvé, inutile de remettre la question sur le tapis.
Le groupe se remit en route dès le lendemain, en quête d’autres pauvres âmes en disgrâce. C’est ainsi qu’ils tombèrent sur un singulier trio, se disputant un briquet.


Mon Dieu…Neil…

Porter la retint d’intervenir, il prenait très au sérieux son rôle d’ange gardien.

Mais…je peux pas laisser qu’ils…Ils vont le tuer !

En effet, Lautner n’y allait pas de main morte et les autres se relayaient en toute joie de cœur pour faire avouer à Chesterfield où se trouvait son « trésor », ses deux compagnons d’aventure jurant qu’il devait bien en avoir un, dissimulé par là. La preuve était le fameux briquet. Personne ne s’était attendu à ce que Neil soit si coriace et têtu mais de continuer ainsi, il se ferait tuer, sans plus.

Arrêtez…arrêtez !, cria t’elle, en se défaisant de Porter et courant s’interposer entre victime et tortionnaires, ne lui faites plus de mal…je vous en supplie…

Écarte toi, petite ou t’en prends aussi…ce gars veut tout garder pour lui…qu’il crache le morceau et on lui fout la paix !

Il…il le fera…mais là…laissez moi le soigner…il est mal en point !

Mal en point était peu dire. Roué de coups, le pauvre Neil était en bien triste état, dérivant dans l’inconscience profonde. Comprenant qu’ils ne tireraient rien d’un mort, Lautner ordonna qu’on lui fiche la paix et laissa que Lind prenne soin de lui.

T’es quoi ?...Sa copine ?

Je…je…suis sa femme !, mentit Lindsay, avec un aplomb qui la surprit elle-même, on…s’est perdus dans la cohue…je pensais qu’il…

Au moins, occupés à leurs méfaits, ils semblèrent les oublier pendant les trois jours suivants. En proie de délire, Neil ne faisait que répéter son nom. Lindsay pleurait en lui épongeant le front, l’eau fraîche ne manquant pas, elle put le rafraîchir assez pour enfin faire tomber la fièvre. On lui avait refusé le moindre médicament.

Tout va aller bien…tu verras…

Enfin, il avait ouvert les yeux et octroyée d’un regard teinté de totale incrédulité.

C’est bien moi, tu ne délires plus, Dieu merci…je suis si heureuse…j’étais folle de préoccupation. Quand je les ai rencontrés, ai pensé être sauvée mais tu vois bien…ce sont des brutes sans cœur…Ils ont pris tout ce que j’avais sauvé du canot…et croient que j’ai un magot, caché par là…

Il avait parfaitement compris quelles étaient les intentions de leurs capteurs, pas de quoi la rassurer mais elle se força à sourire et caresser doucement sa tête, en faisant attention aux multiples bosses.

Dis-moi, ils ne t’ont pas fait de mal ?

À quoi bon lui raconter ses misères, suffisait de voir les traces de coups sur son visage, heureusement, sans doute parce que Porter s’était érigé en son défenseur, les sévices n’étaient pas allés plus loin. Il serrait sa main, avec ferveur. Tout irait bien, il était là !

Ils paieront ! On va s’en sortir, Lind ! Je voudrais que tu te rappelles la même chose que moi… fais un effort ! Je suis sûr que l’on connait cet endroit…

J’essaye, Neil…mais c’est si flou…comme un rêve, je ne sais discerner la réalité parfois…il me semble parfois avoir la vision d’une espèce de village…mais je ne sais pas…

Apparemment, c’était exactement de cela qu’il s’agissait. Il avait confiance. On viendrait les sauver. Qui ? Quand ? Ça, il ne le savait pas. En tout, ces sauveteurs tardaient. Trop. À peine, Lautner vit que Neil avait repris ses esprits, la ronde de torture recommença, impitoyable. Aux dires des compagnons de naufrage de Chesterfield, celui-ci avait, plus que sûr, caché quelque part une fortune en bijoux, argent et armes. Les coups pleuvaient mais il tenait bon, avec un entêtement quasi suicidaire.

Semblerait qu’il tient pas à sa peau, cet idiot…voyons voir ce qu’il taira en voyant sa petite chose subir pour de bon…

Lindsay hurla comme une démente quand une des brutes l’agrippa par les cheveux, la traînant face aux autres. Ils suivaient la scène, riant, la couvant d’un regard lubrique. Elle sut son heure arrivée et se démena comme une diablesse, à coups de dents et griffes. Porter s’élança, mais on le frappa brutalement. Neil, écroulé sur le sable ne bougeait plus.

Que se passa-t-il exactement par la suite ? Elle n’aurait su le dire. On la lâcha brusquement et elle se laissa aller, face à terre, en fermant les yeux, priant en silence, en attente de quelque brutalité qui ne vint pas. On gueulait des ordres. Il y eut des protestes, des menaces. Il lui sembla qu’une bagarre se déclenchait mais trop hagarde après les sévices subis, Miss Fairchild ne sut ni voulut suivre. Avec un effort, la jeune femme rampa le plus près possible de Neil pour saisir sa main. Ce simple contact la rassura même si le pauvre homme était passablement assommé alors, à bout de tout, elle ne trouva mieux que s’évanouir à son tour.

Lindsay reprit ses esprits en sentant qu’on lui tapotait doucement les joues et qu’une voix d’homme lui demandait d’ouvrir les yeux en assurant que tout allait bien, qu’elle était à sauf. Son regard, un peu flou au début, se posa sur un visage souriant.

Tout va bien, ma petite demoiselle, on a tout sous contrôle…Je suis Timothy Firth, 1er adjoint du maire.

*Hein ? Maire ? Quel maire ?...Mr. Giuliani ?*

Mais en toute évidence, là n’avait rien à voir la maire de New York. Retour fracassant à la dure réalité.

Vous…venez du…, elle allait dire village mais se déroba à temps supposant que ce n’était pas une bonne idée dévoiler certaines connaissances sur les lieux, où est Neil ?...Je veux…

Il va bien, on prend soin de lui aussi. Vous vous trouvez au dispensaire. Ces brutes qui vous retenaient ont été écrouées, vous n’avez rien à craindre.

Elle accepta un verre d’eau et décida jouer les innocentes, rôle qui lui allait comme un gant. Firth n’y vit que du feu et débita gentiment son laïus sur lieux et situation. À l’entendre, un petit monde parfait les accueillait. Il y avait, bien entendu, certaines règles à suivre, rien de bien extraordinaire, tout compte fait.

C’est…très gentil de votre part, Mr.Firth…tout est…euh…merveilleux mais…je veux voir Neil.

Revenons-en à lui. Pouvez nous nous donner quelques informations à son sujet et au vôtre ? Pour simples formalités administratives, s’entend, rien de quoi vous inquiéter.

Je suis Lindsay Fairchild…Chesterfield…Neil est…il est mon mari !

*S’il se trouve, Neil ouvre l’œil et jure ne rien savoir de toi !...*

Cette pensée l’affligea mais pressentait que maintenir ce mensonge était nécessaire. M. le 1er adjoint du maire d’où que ce soit ne trouvant rien à redire, on la laissa visiter le pauvre Neil qui gisait, encore dans les vapes. Son état ne semblait pas fameux mais on lui assura qu’il se remettrait. Mr. Firth, qui ne semblait pas disposé à la lâcher d’une semelle, l’entraîna aux services administratifs du bled où elle remplit quelques formulaires.

*Comme quoi…la paperasse est toujours de mise !*

Comme dans ce vague souvenir, qu’elle avait cru rêve, au beau milieu de ce qui semblait un village vacances 1er classe trônait La Pierre. Singulier monument-idole local auquel il fallait demander tribut pour subvenir aux besoins quotidiens. Bien sûr, Mr. Firth l’instruisit gravement sur l’art de bien s’y prendre, l’y escorta et eut la délicatesse de prendre en charge le généreux don octroyé.

*Pour ce que ça dure…après faut vendre l’âme…ou presque !*

Comme au déroulement d’un film, Lindsay se retrouva en investissant sa nouvelle résidence. Le discours de Firth écouté d’oreille distraite, elle fut bien aise quand celui-ci, devoir accompli, crut bon prendre enfin congé. Les lieux furent vite reconnus, affirmant, à chaque instant avec plus de force, cette sensation quasi oppressante de « déjà vu »…

L’histoire est différente mais le principe demeure…c’est ça ?

Pas de réponse pour le moment. Neil, si tout allait bien, rentrerait tôt ou tard… « chez eux ».

Oui, ma fille…on verra alors de quoi demain sera fait…
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Neil Chesterfield

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MessageSujet: Re: Sauvés?    Jeu 18 Avr - 23:13

Passé ou présent ? Les questions n’avaient plus d’importance. Demeurait l’absolue conviction d’un désastre imminent. Au moins avait-il pu l’embrasser avant que tout parte en eau de boudin.
Lind !! Son obsession, sa vie !
Il s’était préparé à la catastrophe mais pas à la perdre, elle !
La retrouver était plus qu’une priorité, c’était un besoin vital. Être tombé sur deux autres naufragés peu reluisants ne l’avait pas arrangé. Fallut faire avec ou contre… La suite lui prouva la justification de ses réticences envers eux. Le jeu en valait-il la chandelle ? Sans doute ! Il l’avait retrouvée et rien d’autre ne lui importait, sauf que… Qu’est-ce qu’il dégusta !
D’après ce qu’il capta entre deux passages à tabac, Lindsay avait été « sauvée » par un groupe peu amène au but assez clair : récupérer tout ce qui était utile, de valeur si possible.
L’obstination se paye cher, Neil l’apprit rapidement à ses dépens.


Il ne souffrait pas mais se sentait étrangement « flottant » quand un homme le réveilla en douceur.

Je suis Timothy Firth, 1er adjoint au maire… Gerd Müller. Vous êtes au village…

Je suis le n°6 ?

Encore sonné, Neil avait sorti cette tirade directement issue d’une vielle série télévisée dans laquelle un ancien agent secret se réveillait « au village ». Pas qu’il se prenne pour un espion mais peut-être bien pour un prisonnier. La caméra de surveillance suspendue au plafond le dérangeait.
Sans doute n’était-ce là qu’une précaution envers les patients de cet hôpital, n’empêche que…
À sa remarque, Firth pouffa :


J’aimais bien cette série et la reverrais avec plaisir si nous avions la chance de capter quelque chose ici.

C’est où exactement, ici ?

Si seulement nous le savions !

Un beau laïus, si bien rodé qu’il devait avoir déjà été débité de nombreuses fois, se déballa.
Neil fut glacé jusqu’aux os en l’écoutant. C’était comme si on lui racontait son propre délire dément ! Tant de détails correspondaient à ses « souvenirs » que c’en était hallucinant.
Les idées à l’envers, Neil n’en perdit pourtant pas l’essentiel. Malgré l’impolitesse de couper la parole à son visiteur, il n’y tint plus :


Lindsay ? Elle est là, elle va bien?


Votre épouse est en pleine forme et bien installée ! Elle est venue à votre chevet…

Un sentiment de pur bonheur soulagé se refléta sur les traits de Chesterfield :

*Ma femme… Elle s’en est souvenue…*


Le blabla de Timothy lui passa par-dessus la tête. Dans le fond, il ne lui racontait que des faits déjà établis pour lui. Certes, sa mémoire était mitée en de nombreux endroits mais l’essentiel demeurait.

Quand puis-je sortir ?
demanda-t-il abruptement.

Dès que le médecin donnera son feu vert !


*Dan !* pensa Neil avec sympathie.

S’il était là, il lui expliquerait tout ! Il faillit s’emballer, le réclamer. Cependant, il préféra afficher profil bas. Comme de juste, peu après le départ de Firth, Chesterfield reçut la visite du docteur Gardner qui, hélas, ne correspondait en rien au fringant Dr McIntosh dont il avait souvenance.

Vous avez été soumis à rudes épreuves, mon ami
*Suis pas ton ami !* Nos installations sont à la pointe du modernisme ici *Et de la science-fiction, crois-moi !* Vos fractures se consolident rapidement. Demain, si tout va bien, vous pourrez marcher avec des béquilles, nous verrons plus tard...

Neil subit de nouvelles injections qui l’expédièrent aux limbes.

Timothy Firth n’était pas un idiot. Notaire féru d’archéologie, il escomptait passer des vacances australiennes éducatives quand l’impensable s’était produit. Avec stupéfaction, lui et les 282 passagers du vol 747 avaient découvert le village. Très vite, des dirigeants s’étaient imposés aux autres. Firth, distingué comme un des rares à connaître les lois, fut immédiatement enrôlé dans le staff organisateur. Malheureusement, nombre de ses conseils se perdirent au vent de la tyrannie. Qu’une mini révolution éclate ne l’avait pas étonné et, comme tout gouverneur qui se respecte, Müller l’avait gardé au comité ainsi que plusieurs actifs.
Ses rares moments de liberté, Tim les passait à fouiller les environs, notamment dans les grottes voisines. Ce qu’il y récupéra le laissa songeur longtemps. Devait-il en parler au staff ? Il préféra se taire, incertain quant aux réactions suscitées. Ce dont il était sûr c’est qu’ils n’avaient pas été les premiers occupants du village. Pourtant, les installations leur avaient paru neuves, jamais utilisées ! Là, face à ces lectures comportant des dates troublantes, nul doute ne subsistait dans l’esprit de Firth.
Il ne s’en soucia pas trop pendant longtemps. Le plus probable, selon lui, c’est qu’un quelconque Robinson du nom de McIntosh avait comblé sa solitude en inventant une histoire aussi fabuleuse qu’à dormir debout. Hélas, ce récit l’ébranla davantage quand la Pierre sacrée commença à donner des signes de fatigue et à se mettre à réclamer de plus en plus de sacrifices matériels afin de satisfaire les prières de ses fidèles. À croire que ce docteur avait réellement vécu des événements identiques. La conviction de Tim se renforça avec la venue du premier naufragé d’un navire de luxe.


« Déshydratés, désorientés, on en ramasse plusieurs par jour. On se demande où cela va s’arrêter… »

De long en large, le médecin disparu relatait ses aventures, bonnes ou pas.
Avec l’arrivée de Cromwell, Tim crut détenir une relique l’informant du futur. Il en reprit la lecture, avide de connecter les détails, comparer, se préparer et, lorsqu’une dénommée Lindsay Fairchild fut ramenée par un des groupes de prospecteurs, il attendit la venue de Mr. Chesterfield comme les croyants un messie ! Et il fut là…


Neil en avait marre de ces auscultations à répétition :


Puisque je vous dis que je vais bien ! Je peux aller voir ma femme, maintenant ?

Très réticent, le docteur Gardner opina de son crâne à demi-chauve.
Vive la liberté ! Pour un qui s’était senti tel Patrick McGoohan dans un feuilleton, le soulagement fut énorme. Oui, il lui fallait des béquilles pour se déplacer. Qu’importe ! La hâte le faisait tenir debout et le poussait.


*ZUT !*

Obstacle sur sa route saccadée : Timothy Firth :

Mr. Chesterfield vous n’imaginez pas combien je suis content !

Moi de même ! J’aimerais…

Je m’en doute ! Mais avant, avant… ( regards suspicieux alentours) … il faut aller prier !

*Jouons le jeu* Prier qui ?
feignit-il de s’intéresser.

Blabla sur un autel sacré, etc.
Il fit la queue comme beaucoup, reçut un gros sac que, diligent, lui porta Tim en l’escortant jusqu’à un pavillon.


Les nouveaux reçoivent plus que les autres, cela ne durera pas, hélas ! Vous veillerez à bien étudier ce que la pierre vous a octroyé. Bien le bonjour à votre épouse !

Une veine qu’il n’ait pas lancé le traditionnel « bonjour chez vous ! »

Face à la porte, Neil hésita. Sonner ou entrer en conquérant ? Après tout, n’était-il pas supposé être chez lui ? Il fit pivoter la poignée et entra.
S’il escomptait le joyeux retour du guerrier, Chesterfield fut déçu : pas d’épouse lui sautant au cou dans de délirants bisous. En lieu et place, un chien frétillant faillit le déséquilibrer de ses béquilles, et il trouva dans le salon deux corps féminins avachis sur les coussins près de bouteilles de vin : Lind et Miss Clairborne. Attendri malgré lui, Neil flatta Tally de son mieux puis il clopina jusqu’à la cuisine.
Rien en ce pavillon ne lui était étranger, un comble ! Délaissant une de ses cannes, il s’activa du mieux possible à confectionner un petit-déjeuner plus ou moins convenable. Les doux arômes de café frais et de croissants au four eurent tôt fait de tirer les dormeuses des bras de Morphée.
Après bâillements et étirements, enfin Chesterfield reçut-il la fête attendue. Maya se réjouit de le revoir en l’étreignant avec une vigueur quasi renversante avant que Miss Fairchild y ajoute son grain de sel sans toutefois dépasser la mesure de chastes baisers sur la joue.


… oui, oui, je vais bien, merci ! On dirait que vous avez trouvé une agréable façon de tuer le temps, vous deux ! Comment s’est passé ton arrivée, Maya ?


Tout en avalant le café et les viennoiseries dorées préparées, les jeunes femmes le mirent au courant de leur décours personnels. Maya s’était débrouillée et, récemment, elle avait revu Cromwell qui, lui, avait pris la clé des champs en prétendant trouver ces lieux très suspects. Neil échangea un regard significatif – ou voulu tel – envers Lindsay. Ne désirant pas alarmer Miss Clairborne, Neil fanfaronna :

Josh est du genre à se méfier de tout et de tout le monde ! Tant que la pierre donne… prenons !

Peu après, Maya les laissa en tête-à-tête, non sans un petit sourire qui en disait long…
Arrêt sur image. Ça faisait un peu bizarre de se retrouver seul avec sa « femme » ! Une question le brûlait, il l’enroba comme il put
:

… Tu as eu droit à Firth, toi aussi alors ?... Comment le juges-tu ? et… pourquoi, euh… pourquoi lui avoir soutenu que nous étions mariés toi et moi ?

Quel embarras ! Elle pataugea bellement mais le résultat ne lui déplut pas. Tout comme lui, des « souvenirs » étranges l’habitaient. Sa confusion était telle que Neil osa une approche en lui entourant les épaules d’un bras :


… t’en fais pas ! On finira bien par comprendre ce qui nous arrive ou… est arrivé !

Il avait envie de bien plus que de lui déposer un bisou sur la tempe mais estima le moment mal venu.
Ils se racontèrent par le menu tout ce dont ils se souvenaient depuis le – les ? – naufrage(s) de l’Ocean’s Queen.


… Tu étais imbuvable, une vrai teigne, d’une innocence incroyable !... Ah bon, tu me voyais ainsi ?... Hey, c’est pas ça du tout !

Tantôt choqués, tantôt hilares, ils échangèrent beaucoup de confidences tout en restant collés l’un à l’autre. Une chose en entraînant une autre
:

… Quoiqu’il en soit Lind, je… j’ai l’impression de toujours t’avoir aimée et que cela ne s’arrêtera jamais…

Un baiser fou s’échangea sur le sofa, prouvant qu’au-delà du temps et des aléas des choses ne changent pas.

Aïe !... excuse-moi, suis pas encore retapé à fond…

Qu’il est doux de se faire câliner, parfois !

Choyé, accommodé sur les coussins, Neil ressentit le poids des douleurs mêlées de bonheur.
Sa courte sieste achevée, il vit Lindsay devant le contenu de son sac déballé.

La pierre a-t-elle été généreuse ?

Son sourire mitigé parlait pour elle. Intrigué, grimaçant sous ses restes de courbatures, il saisit une béquille et clopina jusqu’à elle. Le contenu du sac avait de quoi surprendre :

J’ai pas demandé ça ! s’exclama-t-il, décontenancé.

S’étalaient, outre des provisions de bouche et des vêtements décents ordinaires, une liasse de feuillets reliés. Vu sa pâleur, Lind y avait jeté un coup d’œil. Neil s’empara de celui qu’elle tenait en main et le lut à haute voix :

« Aujourd’hui plusieurs naufragés ont été recueillis. Leur état est similaire à celui des autres. Je ne sais pourquoi, elle se détache du lot du commun. Lindsay est particulière. Il s’en dégage innocence et force. J’espère la détourner de Chesterfield qu’elle semble haïr et vénérer à la fois… »

Qu’est-ce que c’est que ça ?


Frénétique soudain, Neil s’empara de l’ensemble des documents avant de s’abattre dans le divan où il entama une lecture dévorante. Cela débutait ainsi :

« J’écris ceci tel un journal de bord destiné à celui ou ceux qui viendraient ici après le 1er janvier de l’an 2000… »

Décomposé, Neil supplia :

Lind, viens, assieds-toi ! Ces textes ne sont pas originaux, ce sont des copies imprimées mais ce que ça raconte est tellement…

Ensemble, ils épluchèrent de multiples pages décrivant, pas à pas, l’évolution d’un toubib en perdition dans un monde inconnu.
Voyage temporel ? Affabulation d’un esprit visionnaire ? Chaque étape fut revécue avec bonheur ou douleur. À la moitié du récit, Chesterfield craqua :


NdD ! jura-t-il en expédiant les feuilles en travers de la pièce. Je pigeais déjà pas, là je suis paumé !

Il se sentait énervé et frustré. Dans les pages déchiffrées, de nombreux sentiments s’exprimaient. Il était indiscutable que McIntosh avait été amoureux de Lind, SA Lind ! Malheureusement, le récit s’arrêtait brutalement pour en savoir davantage sur ce futur passé ou passé futur…
Assez mitigée quant à ces révélations – chose navrante aux yeux de Neil – Lind paraissait au moins aussi perplexe que lui.


… hein ? demanda-t-il sorti de la tornade de ses pensées… ça ne vient pas du caillou ! C’est un coup de Firth, j’en suis sûr ! Il m’a dit d’étudier mon sac. Le salaud savait ce qu’il y avait mis, impossible autrement… Oui, tu as raison : on doit le rencontrer à nouveau mais… en cachette ! … Parce que, je pense que c’est une sorte de test. Il a peur du contenu des originaux !

Quoique troublés, ils étaient entièrement d’accord. Discutant le coup autour d’un verre d’alcool fort, histoire de se remettre des émotions, des évidences leur apparurent clairement. Le tout était de voir comment pousser Tim à cracher le morceau…

À midi, comme tous les habitants nantis du village, le couple alla prier à l’autel sacré.
Se tenir la main était à la fois naturel et crispant. Neil savait avoir besoin de Lindsay. N’empêche qu’il hésitait quant au partage de cette nécessité. De plus, traverser ce village avec l’« innocence » du néophyte n’était pas donné. En fait, ils redoutaient d’être reconnus à chaque tournant.
Pourtant, aucun des visages croisés n’évoqua l’ombre d’un souvenir. Les lieux, par contre…

Là, c’était la boutique des Kingsley… là, le magasin de, euh… J… Jenny ? murmura-t-il à l’oreille de Lind non sans sourire à gauche et à droite en répondant aux saluts des autochtones.

Situation étrange, contraignante.
Leurs dévotions accomplies, sous l’œil concupiscent de certains, un passage à la maison commune s’imposait. Neil avait déjà rempli des formulaires à l’hôpital mais le docteur Gardner avait été formel sur la paperasse officielle.
Créer un incident ne fut pas compliqué. Complétant un long, très long, questionnaire, Neil explosa soudain :


MAIS QU’EST-CE QUE C’EST QUE CETTE INQUISITION ? Qu’est-ce que ça peut foutre ma couleur préférée, mes distractions favorites, la marque de ma voiture ? Pourquoi pas demander la taille de mon zizi, tant qu’à faire ?

Il s’énerva tant et si bien que l’on alla en courant quérir un responsable. Un Firth épouvanté apparut…
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Lindsay Fairchild

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MessageSujet: Re: Sauvés?    Mar 30 Avr - 17:13

Et puis quoi ? Cette histoire était de fous ! Naufrager, va et passe, avec un manque de chance notoire, ça peut arriver à n’importe qui. Mais pas de la sorte ! Pas avec préavis ! Pas avec ces espèces de « flash-back » inexplicables, corroborés, ce qui est plus par Neil Chesterfield, qui n’avait pourtant rien du farfelu qui inventerait n’importe quoi. Oh non ! Pas lui…Parce qu’en plus, lui, c’était chapitre à part…ou peut-être pas. Non. Neil, le naufrage, ce village débile, la situation en général et elle avaient plus en commun de ce que la logique et le bon sens peuvent admettre.

Mais en toute évidence, ni logique ni bons sens avaient quelque chose à voir dans cette embrouille monumentale.  Chaque minute écoulée en était la preuve.  ÇA  recommençait.  Comment ? Pourquoi ? Elle vivait chaque instant , taraudée par la sensation de « déjà vu » . Soit le village n’était pas exactement comme dans ces rêves étranges qui la hantaient, même éveillée.  Les gens n’étaient pas ceux qu’elle était sûre d’avoir connu… « avant ».  Si c’était la répétition de ses « souvenirs »…où étaient les « autres » ? C’était à en devenir folle ! Et pour corser le tout, le seul qui pouvait l’aider à y voir clair, gisait au centre médical du coin.
Son mari ! Il fallait qu’elle soit vraiment folle ou au désespoir pour dire un mensonge pareil mais curieusement, celle-là lui avait semblé la meilleure solution…enfin, pas la meilleure : la seule ! Quelque part dans cette débâcle hors norme, Neil était sa planche de salut…enfin, plus que cela…Neil était…tout ! Bien sûr, c’est ce qu’elle voulait croire, de toutes ses forces. Après tout, sans tout ce micmac de bizarreries à gogo, Mr. Chesterfield n’aurait été qu’un très charmant jeune homme rencontré au hasard d’un agréable voyage en mer.

*Bon, les coups de foudre…ça peut arriver, non ?...Ouais, avec ta chance…ça peut te tomber dessus et pas au sens figuré !*

Visite au blessé. Pas de changement évident mais le toubib du coin assurait que le cher homme avait besoin de repos pour se reprendre de ses émotions.

*Hmm…m’a plutôt l’air d’avoir besoin du sortir du coma, mon pauvre « mari »*

Minutes au compte-gouttes, sitôt arrivée, renseignée et mise à la porte. Vaquer au jour le jour qui n’avait rien de trop marrant. Pas avec des gens aussi sympathiques qu’une colonie d’oursins, qui la regardaient de biais ou de haut, surtout quand la Pierre se montrait si généreuse. Qu’y pouvait-elle ? Sans doute attendaient-ils qu’elle se lance dans un partage chrétien, ce qui serait sans doute louable mais peu pratique, vu les circonstances.

*Si c’est pareil qu’ « avant »…ça ne va pas durer…je fais des provisions, moi !*

Ce qui apparemment n’était pas le cas de tout ce petit monde aux longues mines. Elle avait bien une paire de questions à poser mais se voyait mal en allant chercher Mr. Firth, si correct et aimable, pour le soumettre à un petit interrogatoire. Le manque d’alternatives la poussait à rester chez elle, en attendant des jours meilleurs. Nager, bronzer, parler seule ou regarder des films.

*Génial…*

Elle était là, à contempler le plafond, sans pouvoir se décider quel film regarder quand la sonnette retentit, en alarmant continu.

*Mince alors…c’est quoi maintenant ?*

La surprise la laissa muette. Sur le seuil se tenait, splendide et souriante, Maya Clairborne, un peu en arrière, l’air mitigé, Timothy Firth qui n’eut pas l’heur de placer un mot avant que la blonde ne le congédie avec un de ses sourires à chavirer un moine. Entre temps, Lind avait subi une accolade enthousiaste, de bonne amie ravie de la revoir et sans avoir pu articuler un mot, franchit passage à la miss. Mise à jour rapide, Maya jura garder le secret de son « mariage » avec Neil et même de l’aider à le convaincre, au cas où il jouerait les évasifs à son réveil.

Euh…merci. Je suis contente de te voir, Maya…je devenais folle avec ces hargneux…Tout va bien ?...Y a-t’il d’autres…du bateau ?...Josh ?

Euh, non…il n’est pas là…enfin, pas au village. Dans le coin, oui…tu sais, genre « Big brother is watching you »…tu devrais le connaître un peu, ton « frangin »…Monsieur aime son indépendance.

Lind soupira, dépitée. Elle aurait vraiment aimé le retrouver, son « frangin » mais préféra reporter son attention sur le chien qui accompagnait la blonde.

Où as-tu trouvé un chien ?...J’en ai pas vu un seul…pas plus qu’un chat…Bizarre, quand j’y pense…

Ah lui, c’est Tally…je l’ai chipé à une aveugle…

Sûr…tu l’as balancée par-dessus bord pour rester avec le toutou…Pas besoin d’en dire plus…moi aussi j’ai eu droit à un naufrage extravagant…je me suis retrouvée seule dans le canot…va savoir ! Enfin…on est là, on est vivantes…faisons avec, les explications viendront plus tard…si ça vient un jour…Viens t’asseoir plutôt…du vin ?...Oui, soûlons nous et bavardons…Ça fait trop de jours que je parle seule…

Surtout ne pas ouvrir les yeux ! Elle aimait ce rêve, il était parfait et sentait même très bien…à café frais fait, à croissants. Du réalisme à tout go ! Elle en avait presque l’eau à la bouche…Mensonge. Elle avait l’eau à la bouche  et pour ajouter une note encore plus réaliste…son estomac gargouilla misérablement. Lind  se réveilla pour de bon, juste pour percevoir, avec plus d’intensité les délicieux effluves émanant de la cuisine. Sa première pensée fut que Maya s’était réveillée en premier et avait pris sur elle de préparer le petit déjeuner…sauf que Maya occupait encore sa moitié de divan et venait à peine d’ouvrir les yeux…Ce fut elle qui l’aperçut en premier. Quelle fille aux réflexes rapides ! Bondissant de sa place, elle sauta au cou de…

Neil…tu es là !

Son « mari » subit l’enthousiaste bienvenue de Maya avant de pouvoir accepter la sienne, beaucoup plus mesurée, surtout tenant en compte que le « chéri » de service tenait sur pied grâce à une paire de secourables béquilles. Le premier repas du jour se déroula comme un rêve pour Lindsay. Elle avait du mal à croire que Neil soit vraiment là, bavardant tranquillement, croquant des viennoiseries alors que la veille, il avait encore l’air comateux.

À trois, la conversation était facile. Maya raconta ses aventures. Des trois, c’est elle qui avait eu la meilleure « arrivée », mais en principe son histoire coïncidait avec  les leurs. Autres passagers, plus de passager du tout.  Elle avait survécu sans problème, en compagnie du chien, puis après, était simplement tombée sur des sauveteurs de fortune  pour finalement être promue secrétaire du 1er adjoint du maire.

*Bof…serai 1ère dame du bled, moi !*

Cette idée loufoque la troubla, plus qu’une simple divagation, cela semblait à une…certitude ?

Maya se leva aussitôt son café terminé et les laissa , en tête à tête.

*Prépare toi, ma petite…l’heure de la vérité sonne !*

Et elle sonna. Poliment, décemment, finissant par sembler un gentil besoin d’information..

Tu as eu droit à Firth, toi aussi alors ?... Comment le juges-tu ? et… pourquoi, euh… pourquoi lui avoir soutenu que nous étions mariés toi et moi ?

*Oups !*

Euh…Bien sûr que j’ai eu droit à Firth, c’est le comité de bienvenue à lui tout seul…brave type, dépassé par la situation et…Excuse-moi d’avoir menti de la sorte…mais sur le coup, j’ai pensé que…ça rendrait les choses plus faciles…d’abord avec les énergumènes qui nous ont piégé dans les bois et après…enfin…après…parce que…

Elle souffla. Se passa la main dans les cheveux, leva les yeux au ciel en quête d’inspiration, rougit, bafouilla mais finit par avouer :

Parce que…c’est comme ça…dans mes…disons…souvenirs…l’histoire recommence…tu le savais, j’avais du mal à y croire…mais je crois maintenant…Désolée…je ne voulais pas t’emmêler dans cet absurde…je peux démentir…dire…enfin, sais pas quoi mais…

Quel homme merveilleux et compréhensif, qui au lieu de la blâmer lui entourait les épaules de son bras rassurant.

T’en fais pas ! On finira bien par comprendre ce qui nous arrive ou… est arrivé !

Un petit bisou, plus fraternel qu’autre chose, sur sa tempe avant de noyer le poisson en se racontant leurs « souvenirs ». Il y avait de tout. Lind arqua un sourcil quand il avoua se souvenir d’elle comme une vraie teigne imbuvable mais aussi d’une innocence frappante. Elle ne se priva pas de dire l’impression qu’il lui avait causée alors. Pas des plus flatteuses. Il s’en défendit de son mieux. Avec juste raison, il avait par la suite démontré être tout autrement. La conclusion de cette mise à jour la priva un instant du don de la parole :

Quoiqu’il en soit Lind, je… j’ai l’impression de toujours t’avoir aimée et que cela ne s’arrêtera jamais…

Quel baiser ! De quoi perdre le peu d’entendement qui l’assistait. Que c’était bon de savoir qu’il l’aimait, que ce n’était pas une fantaisie de son esprit dérouté. Mais son adorable mari n’était pas encore en brillante forme et il fallut admettre qu’un peu de repos ne nuirait pas. Elle accommoda des coussins sous sa tête, veilla à qu’il fut installé en tout confort, lui prodigua des doux câlins et après un dernier bisou le laissa s’assoupir, un sourire heureux errant sur ses lèvres.

Question de s’occuper en attendant la fin de la sieste, elle décida de monter à l’étage le sac, sans doute don de la Pierre pour le nouveau citoyen. Plus lord que prévu, il fallut songer à le vider pour s’y prendre au mieux.  Elle n’alla pas bien loin. La première chose qu’elle en tira, fut une liasse de papiers, couverts d’une écriture nerveuse, qui lui sembla curieusement familière…Son intention fut de laisser ça par là mais ses yeux tombèrent sur…son nom…

« Aujourd’hui plusieurs naufragés ont été recueillis. Leur état est similaire à celui des autres. Je ne sais pourquoi, elle se détache du lot du commun. Lindsay est particulière. Il s’en dégage innocence et force. J’espère la détourner de Chesterfield qu’elle semble haïr et vénérer à la fois… »

*HEIN !?*

Et ainsi de suite. Une histoire invraisemblable racontée par un tel Dan McIntosh, qui aurait été là…en Janvier de l’an 2000…

*Mais…c’est débile…qu’est-ce que…*

Elle sentait sa tête tourner, les idées en vadrouille…cet écrit défiait la réalité. C’était insensé, absurde et pourtant…concordait avec certaines de ses « visions ».

*C’est de la folie pure et simple…*

La pierre a-t-elle été généreuse ?

Lindsay prit sur elle de ne pas bondir jusqu’au plafond et arbora son plus innocent quoique mitigé sourire pour faire face au Neil clopinant qui s’approchait. Elle offrait une image très édifiante, assise à même le sol, entourée de choses qui ne lui appartenaient pas, lisant des papiers qui n’auraient pas dû être touchés.

Euh…ben…on dirait, oui…mais je parie que tu es le seul à avoir eu droit à …ça !

J’ai pas demandé ça ! s’exclama-t-il, décontenancé.

M’en doute bien…et encore, tu ne sais pas de quoi il en va…regarde, plutôt !

Il regarda, perplexe. Puis lut, avide. Pâlissant, fronçant les sourcils, se surprenant, grinçant des dents.

Lind, viens, assieds-toi ! Ces textes ne sont pas originaux, ce sont des copies imprimées mais ce que ça raconte est tellement…

Dingue !...Débile…comment est-ce possible…

Surtout faire sage abstraction du fait criant que le dit toubib avouait presque avec passion, être bleu d’elle. Détail gênant, quand même, si on tenait en compte que pour les effets…elle était « alors » la vraie femme de Neil.

Et voilà que son « mari » expédiait le manuscrit au diable, en jurant,  assurant être plus perdu qu’un moment auparavant.


Je ne comprends rien, non plus…enfin, pas trop…c’est confus…très…faut pas croire tout ce que le toubib raconte…s’il se trouve, le pauvre était…fou…ou quelque chose dans le genre…

Vraisemblablement, Neil , trop pris dans ses propres élucubrations, n’avait pas suivi son docte raisonnement. Il avait le sien :

Ça ne vient pas du caillou ! C’est un coup de Firth, j’en suis sûr ! Il m’a dit d’étudier mon sac. Le salaud savait ce qu’il y avait mis, impossible autrement…

Soupir.

Qui sait ?...S’il l’a fait c’est bien dans le dessein qu’on les lise, ces fichus papiers…du coup, il y pige trois fois rien, lui non plus…et attend qu’on éclaire sa lanterne…après tout…mine de rien…on est presque les protagonistes de l’histoire, là…

*Presque ? Tu veux rire...de peu et tu as la vedette, toi !*

On devrait peut-être lui en parler…

Oui, tu as raison : on doit le rencontrer à nouveau mais… en cachette ! … Parce que, je pense que c’est une sorte de test. Il a peur du contenu des originaux !

Elle, elle avait plutôt peur de la fin de l’histoire, au cas d’en avoir une. Sans savoir ce qu’avait pu raconter le Dr. McIntosh, elle pouvait s’imaginer n’importe quoi.

*Seigneur…que je n’ai pas fait de conneries…*

Neil fut de l’idée qu’un peu d’alcool tasserait les sursauts de ces « aveux « ». Lind ne trouvant rien à redire, servit une généreuse dose de cognac, don de la Pierre à l’homme de la maison.

Si je saisis quelque chose…ben, on serait dans une espèce de…trou du temps…je sais que ça a un nom scientifique, mais peux pas mettre le doigt dessus…quoiqu’il en soit…quelque chose s’est passé alors…avant…quand il y avait un Dan et les autres…quelque part !

Une théorie bizarre mais au point où ils en étaient. Le suivant pas à faire était confronter Firth à sa « découverte » et si possible, connaître la suite de cet inquiétant témoignage.

Si tu te sens d’aplomb, allons « prier »…on pensera chemin faisant…on croisera nos « sympathiques » concitoyens !

Tiens. Ce devait être l’effet « couple heureux » qui déclenchait cette vague de sourires. Coucou par-ci,  salut par-là. Neil semblait nerveux. Il avait des souvenirs plus clairs que les siens et craignait se trouver nez à nez avec quelque rémanent de leur « passé ». Il parlait de Jenny…Luke…du même Dan, qu’il avait bien présent. Pour Lind, science obscure, elle nageait dans le flou des réalités confondues.

*Ben pas de Jenny…ni personne d’autre…on aura changé les acteurs pour ce nouveau film…*

La Pierre semblait prendre le malin plaisir de les gâter avec des dons d’une générosité outrageante alors qu’elle se montrait d’un mesquin aberrant pour d’autres, ce qui bien entendu ne les fit pas grimper des échelons dans l’amour de leur prochain.

C’est ridicule…à ce train-là…on se fera zigouiller…Allons plutôt à la maison communale, c’est fou là aussi…ils adorent la paperasse…tu verras !

Pas à dire. Il vit. Et râla. Et quand Neil Chesterfield râlait, ça valait le détour.

*Encore heureux que ce ne soit que de la comédie... !*

Parce qu’il gueulait sans façons, le bel individu. Tant et si bien, qu’alerté par cet esclandre outragé, Timothy Firth jaillit des profondeurs de son bureau, l’air tout simplement épouvanté.

Mr. Chesterfield…calmez-vous…Je vous en prie…Non, je comprends…

L’autre s’égosillait. Lind finit quand même par lui fourrer le coude dans les côtés, en oubliant que le pauvre était assez amoché encore, mais au moins, il arrêta de vitupérer pour se plaindre.

Désolée, mon chéri…je ne t’ai pas fait trop de mal, au moins !?..., puis baissant la voix et juste pour le creux de son oreille, c’est bon…arrête le cirque…il est là…allons y en douce…

Il en rajouta une couche, pour les non avertis puis, avec la grâce d’un diplomate en pourparlers pré-conflit nucléaire, fonça sur sa proie, qui prise de court un instant, mais pas bête pour un sou, réagit comme voulu et les entraîna dans son bureau. Une savante mimique s’en suivit qui les décontenança cinq secondes jusqu’à piger le sens de la mise en scène : impossible parler là.

Mais voyons…je veux à tout prix m’excuser des manières de mon mari…il est un peu grincheux, vous savez…bobo par ci, bobo par là…Ce soir au dîner, Mr. Firth ?...On fera une grillade…dehors, c’est un délice avec ce climat…des vraies vacances, croirait on !

Connivence totale. Les Chesterfield quittèrent la maison communale, laissant la communauté avec envie de savoir quelle était la couleur préférée de Neil, ou la marque de sa voiture …

Wow, faut dire que tu as mis le paquet…quel caractère de cochon, on va s’apitoyer sur mon sort, rigola Lindsay, j’espère que tu n’as pas ce genre de saute d’humeur quand quelque chose ne te plaît pas…Ben, vaudra mieux…m’enfin…j’avais pas prévu faire une grillade…faudra voir ce que nous a donné la Pierre…sans ça…faudra faire des courses !

Mais la déité locale devait savoir quelque chose qu’ils ne savaient pas ou se livrait aux plaisirs de la divination…le cas est que les dons du jour coïncidaient parfaitement avec leurs besoins.  Neil voulait donner un coup de main à la préparation de la soirée mais elle le chassa gentiment, le faisant s’allonger dans le divan, veillant à tout détail pour son confort.

Tu as besoin de tes forces…j’ai le pressentiment que d’ici peu, ce ne sera pas si paisible, dans le coin…Arrête de faire cette tête…sais pas quel genre de fille tu as en souvenir, chéri…mais je suis un vrai cordon-bleu…absolument…je te promets…Paris…École de Haute-Cuisine…ça te dit ?

Elle n’y avait fait qu’un court stage, pendant ses vacances, mais on n’allait pinailler au détail.  Ses connaissances suffisaient pour s’arranger très convenablement avec steaks  et salades.  Un petit encas pour tenir le coup jusqu’au soir fut servi  à « Chéri » au repos.

Timothy Firth arriva à l’heure pile.  Malgré son sourire voulu désinvolte, le 1er adjoint du maire avait un air de conspirateur mitigé, avec tendances paranoïaques.  On échangea des politesses de routine, commentaires idiots, pronostics météorologiques et autres insanités sociales à écœurer le plus endurci avant de passer à l’extérieur.

On a lu…on veut tout savoir !, dit Lindsay tranquillement en annonçant la couleur de la suite.

De quoi en perdre presque l’appétit, la suite. Firth déballa son histoire, en prenant juste le temps pour respirer. Il avait trouvé les notes de McIntosh dans une caverne des falaises et avait  cru aux divagations d’un naufragé qui hallucinait à fond de caisse jusqu’au moment où les premiers naufragés de l’Ocean’s Queen  avaient commencé à se pointer…et l’histoire racontée par le toubib égaré à prendre corps.

Il parle de vous, Neil…et de vous, Lindsay…

Oui, de  ça  on s’en est déjà rendu compte, soupira t’elle, mais que dit-il…pour après ?

Beaucoup…beaucoup de choses…

*Et mince !*

Ben…quelles choses, par exemple ?


Il y en avait pour tous les goûts. Révolution, une zone secrète, des plaques qui transportaient les gens d’un lieu à un autre, mine de diamants. Conquistadors, pirates. Un monde parallèle. Louis XIV , Achille et autres personnages de l’histoire…

Pauvre toubib…m’est avis que dans sa solitude, il aura cultivé de la marihuana ou bouffé trop de médocs…quel trip !...C’est quand même corsé…Bon, le début va et passe…que Neil devienne maire…pourquoi pas ? Il s’y entend à gérer gens et affaires…mais…oui, chéri…sans doute ce sont des divagations mais…

Son « mari », lui, ne divaguait pas. Il se montra clair, concis et plein de bon sens. Firth manquait de peu de tomber  à ses pieds et jurer loyauté à quelque cause qu’il voulut entreprendre. On n’en vit pas le besoin et pour égayer un peu l’ambiance on s’enquit poliment sur la présente situation.

Du mauvais de chez mauvais. Le premier maire expulsé, Müller avait pris le relais avec des promesses de meilleurs jours. Comme tout politicien qui se respecte, aussitôt au pouvoir il les avait oubliées, ses belles promesses et remanié la situation à sa façon en instaurant un régime répressif, frayant la tyrannie et visant allègrement le despotisme le plus illustré.
Néanmoins, rien n’empêcha que le brave homme mange sans se priver de rien et s’en aille, assez tard, le ventre plein et le cœur plus léger.  Au loin, l’orage grondait sourdement.


Et ben dis donc…comme qui dit, on est tombés pile poil pour redresser une paire de torts…Il a vu juste, Josh…je me demande ce qu’il devient…euh non !...Je ne pense pas tout le temps à lui…Attends un petit moment…tu ne vas pas me sortir le numéro du mari jaloux, quand même !?

Peut-être pas le grand numéro mais si un petit peu…

Neil…je t’aime et tu m’aimes…je le sais. C’est étrange, mais c’est ainsi…mais pour les effets…On se connait à peine…Tu sais bien de quoi je parle…

Ils le savaient tous les deux, ce qui n’empêcha pas qu’ils s’emploient, sans dépasser la bonne mesure imposée par le bon sens et les bonnes intentions, à faire connaissance de manière un peu plus rapprochée. Un éclat de tonnerre à faire trembler les vitres les ramena sur terre…Lindsay échappa à l’étreinte tentatrice et aux baisers savants.

La voix des Dieux a parlé… tu vas dormir…je vais dormir…on en reparle demain…Non, Neil…je n’ai pas peur de l’orage…ni du noir…Bonne nuit, mon doux prince !
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Neil Chesterfield

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MessageSujet: Re: Sauvés?    Mer 8 Mai - 10:24

Une histoire de fou ? Le plus plausible ! En tout cas c’est ce dont Chesterfield avait voulu le persuader avant que divers éléments ne s’assemblent comme ceux d’un puzzle cru insoluble.
D’abord, il y avait eu Lindsay Fairchild… Une attirance démente l’avait poussé vers elle, comme s’il l’avait connue de longue date. Le mieux était qu’elle aussi partageait des réminiscences invraisemblables. Puis la préscience du naufrage imminent… Par contre, Neil ne gardait aucun souvenir précis de son arrivée sur l’île sauf qu’il était certain que cela ne s’était pas déroulé de la sorte.
Lind l’avait fait passer pour son époux aux yeux des autres ! Voilà de quoi le combler car même s’il elle avait agi ainsi pour écarter d’éventuels prétendants, asseoir une certaine position dans la communauté, il est des signes qui ne trompent pas. Amoureux ils avaient été, amoureux ils restaient.
La lecture commune des documents transmis en douce par le seul capable de le faire – Firth – avait beaucoup troublé Neil. Il eut beau se creuser la cervelle, il ne se rappela pas d’un Dan amoureux fou de… sa femme. Heureusement, elle ne parut pas plus affectée qu’ainsi de cet fait-là.
Jouer au zigoto mal luné de service en pleine maison commune eut l’effet escompté. Firth calma le « fou » et un rencard fut pris. Sa « légitime » le surprit beaucoup par une foule de petites attentions à son égard et par une déclaration qui le laissa perplexe quand il voulut l’aider en cuisine :


… sais pas quel genre de fille tu as en souvenir, chéri…mais je suis un vrai cordon-bleu…absolument…je te promets…Paris…École de Haute-Cuisine…ça te dit ?

L’histoire avait décidément bien changé car la Lind connue – ou supposée l’être – n’était pas capable de cuire un œuf sans manuel explicite. Loin de se plaindre, Neil se laissa dorloter jusqu’à l’arrivée du 1er adjoint au maire qui vint dîner comme un bon voisin.
Lindsay lui laissa juste le temps de l’apéritif avant de le serrer au vif du sujet.
Selon Tim, la suite des cahiers de Dan McIntosh révélait des choses extraordinaires. En vrac, il leur en livra un aperçu déboussolant. Lind encaissa mieux que lui :

… que Neil devienne maire…pourquoi pas ? Il s’y entend à gérer gens et affaires…

Merci ma chérie mais… tout ceci n’est que le fruit d’une imagination débordante, celle d’un fou… quoique…


Il piqua le nez dans son assiette à peine touchée – pas que son épouse ait raté quoique ce soit – pour réfléchir profondément :

Je me souviens de Higgins, d’un feu d’artifice de tous les diables que nous avions allumé ensemble, Lind. Même si cela parait absurde, il n’en demeure pas moins que cela mérite notre intérêt. Nous devons, avant tout, avoir une idée très concise, précise, des intentions réelles de Müller. Tim, nous aurons besoin de vous…

Là, Neil eut à nouveau l’impression d’être une déité du cru.

Parlez-nous plutôt de la situation actuelle car, je suis désolé, il me manque des cases…

Pas besoin de pousser beaucoup Firth pour qu’il lâche le morceau. En bref, Müller ne valait pas mieux que l’ancien maire. L’iniquité régnait avec, en cause principale, l’épuisement de l’autel sacré.
Après son départ, Lind et Neil firent le point. Qu’elle parle de Cromwell comme d’un éclairé sur la situation agaça l’époux :


Je pensais que tu le considérais plus comme un frangin qu’autre chose…


Tu ne vas pas me sortir le numéro du mari jaloux, quand même ?

Si, Lind ! Si les récits de Tim sont authentiques, tu en as fait des ravages et... je ne supporterai pas ça deux fois !

Une gentille mise au point eut lieu ensuite. Il l’aurait bien approfondie leur « re- connaissance » mais Lind eut le dernier mot en l’expédiant dormir non sans l’avoir assuré de son attachement profond.

La villa comportait deux chambres séparées. Une veine car, déjà éclopé, Neil aurait douloureusement survécu à une nuit sur le divan.
Le lendemain, Lind se mit en quête d’un boulot. Elle n’avait pas tort. La Pierre risquait de leur refuser ses services d’un jour à l’autre et une tentative d’intégration serait bien vue de la part de tous les autres.
Avec ses béquilles, question travail, Neil ne pouvait pas encore prétendre à grand-chose, hélas.
Se faire entretenir l’ulcérait mais que faire en attendant d’être au top ?
Nul programme de rééducation ne lui ayant été soumis, il décida de la faire seul.
Il en arpenta du chemin ! Sa randonnée jusqu’à la pêcherie l’épuisa copieusement. Ici ou là, il s’informa des conditions d’embauche. Il fut sidéré : ne pêchait pas qui voulait. Paperasse, permis, taxes : rien ne manquait aux tracasseries. Du coup, peu d’indépendants. Le secteur était régi par la mairie…
Quoiqu’il en soit, il conserva un sentiment de malaise profond à parcourir des rues connues peuplées de gens qui ne l’étaient pas ou plus. Il rentra au pavillon autant découragé que crevé.
Sa Lind revint peu après, l’air las. Elle avait prospecté selon la liste des emplois disponibles remises par la maison commune mais rien n’était très réjouissant pour quelqu’un de sa qualité.


T’inquiète pas ! On se débrouillera, comme… toujours… Viens là…


L’attirer contre lui était un vrai baume au cœur, s’endormir à ses côtés… la paix.

Finalement, au bout de quelques jours Lind décrocha un boulot, pas le plus reluisant, hélas : videuse de poissons à la pêcherie commune.
Neil n’en avait pas cru ses oreilles et tenté de la dissuader de persévérer. Il se prit un savon monumental mais, face à un ultimatum semblable…


… HEIN ? T’es pas sérieuse ??? Mais… mais NON ! … Je ne veux pas que tu t’abaisses à ça : pas question ! Ecoute, je vais mieux… Si, je t’assure *menteur* Vais m’y mettre et…

Ce que femme veut…
Rarement de sa vie, Neil ne s’était senti aussi minable. Être entretenu par une femme, être incapable d’assumer la moindre tâche utile minait à fond son égo. Que Lind pue le poisson en rentrant vannée du job, qu’elle puisse encore trouver la ressource de le dorloter l’achevait à petit feu. Sa forme personnelle le tracassait aussi. Jamais malade, ou si peu, en général il se remettait très vite de ses bobos de santé. Il finit par ne plus avaler les cachets ordonnés par Le Dr Gardner et, d’un coup, il se sentit mieux. Bizarre… Il tut ses progrès, jouant les handicapés physiques notoires, de plus faible du cerveau.
Ses coups de gueule à la maison commune n’avaient pas eu de suite. Firth ne se manifesta plus après le bbq commun.
Parfois, quand Lind ne croulait pas de sommeil, ils en discutaient :

Je ne pige toujours pas de quoi il retourne. Tim semblait de notre côté, vouloir aider la communauté puis… Profil bas ?? Ouais, possible… En attendant tu trimes comme une malade pendant que Clairborne jouit de privilèges éhontés ! … JOSH ? Encore lui ? M’enfin, oublie-le comme il nous a oubliés, ce bougre !

Au point où il en était, Chesterfield perdait pied. L’unique constante à se raccrocher par rapport au passé évaporé restait Lindsay. Malheureusement, au train où allaient les choses, elle se lasserait vite d’un « mari » aussi… encombrant qu’inutile !

Ce soir-là, la Pierre les avait encore gâtés sans avoir à se fouler.


*Ce caillou a un faible pour les humbles… ou il mijote quelque chose pour nous…*

Il ne savait plus trop quoi penser quand Maya s’invita chez eux sans avertissement mais, avec des airs alarmants de conspiratrices, elle les invita à s’installer dehors.

*Elle craint des microphones ? * s’étonna Neil.

Si c’était le cas, il y a belle lurette qu’on serait venu les boucler, lui et Lind. Imaginant qu’un peu de parano agitait la belle blonde, il suivit.
Sitôt installés près de la piscine, Miss Clairborne déballa son sac, au sens propre, exhibant des papiers qu’elle leur fourra en main :


Firth veut que vous lisiez ça…il a dit que vous comprendriez…et j’espère que vous allez m’expliquer parce que je ne pige rien…

Ensemble ils se penchèrent sur les documents : une liste de noms.
Maya s’énerva devant leurs réactions… d’incompréhension totale :


Tim semblait si sûr…il m’a dit que c’était la liste des passagers du vol 747…


Non ! dit Neil en secouant vivement la tête. Il t’a menti ou tu as mal compris…


Elle maintint sa version prétendant mordicus que Firth affirmait exacte la liste transmise en catimini. C’était absurde. Neil chercha secours dans les yeux de Lind ; il n’y lut qu’un désarroi similaire :

Pas de McIntosh, ni de Brightman pas plus que de Blakely… Bon Dieu, où sont-ils… ? Tu piges quelque chose ??

La seule qui pigeait qu’il lui échappait des éléments était Maya. Délivrer des explications cohérentes, avouer, fut laborieux.

Maya, c’est pas une impolitesse de notre part. Je te jure que si l’on connaissait les tenants et aboutissants, on t’en ferait part… Oui je savais, j’ai plutôt pressenti qu’on allait faire naufrage… Tu connais certainement la sensation de « déjà vu », ben c’est pareil ! Lind et moi sommes sûrs d’être venus ici sauf que… c’est identique et différent à la fois… Aucune des personnes présentes sur la liste, celles croisées, ne correspond à nos souvenirs, désolés.

Et…qu’est-ce qu’on fait ?

La bonne question !!!
Il n’allait pas élucubrer sur une hypothétique révolution, quand même !


On va… mener nos bateaux comme on peut et, qui sait, entrevoir une solution… acceptable pour tous.

Maya partie, ils restèrent serrés l’un contre l’autre à ruminer avec leur verre de vin.
Quoiqu’il s’en voulût de ne pas lui avoir encore parlé du retour de sa forme physique, Neil embrassa son « épouse » :


Demain, j’essayerai de pousser une pointe vers la côte ouest… je dois retrouver la plaque, celle qui nous fait bondir des distances… pas pour les diamants mon cœur, je pense à la zone 51 ; souviens-toi... Non, j’ai vérifié le secteur, elle n’est pas à cet endroit…

Finaude, son épouse ne lui lâcha pas les basques avant qu’il n’explique comment il avait réalisé l’exploit d’un tel trajet en solo.

… euh… je remarche très correctement depuis peu, depuis que j’ai cessé de prendre les pseudos médocs de Gardner !

De peu, il aurait été giflé mais l’allusion à une possible manipulation médicale eut le dessus sur la duperie.

… J’ai tout stoppé car je me sentais trop lavette. J’ai beau être le digne fils de mon père, je déteste les médocs. Je connais les dépendances et leurs effets… J’ai testé et réussi ! … Sais pas si c’était volontaire de sa part. Si c’est le cas, ça voudrait dire que Müller nous craint, qu’il est au courant de notre implication première… ou s’en doute…

La suite le prit un peu au dépourvu. Miss Fairchild – celle qu’il croyait connaître par cœur – prit des initiatives inattendues. Sous prétexte de vérifier sa santé, elle l’expédia illico dans la piscine.
Primo fâché d’être trempé de la sorte, Neil se réjouit très vite lorsqu’elle plongea à son tour.
Cela dégénéra du plus amoureusement possible.


De vagabondages en vagabondages, mais sans cesse sur ses gardes, Neil découvrit ce qui, dans ses souvenirs, avait été ( ou serait) les champs fertiles. Au lieu d’immenses étendues bien irriguées, à perte de vue s’étendaient des plaines arides et caillouteuses. Il eut beau fouiner, il ne découvrit aucun point d’eau à proximité sur ces terres oubliées des dieux. C’était si désolant qu’il en eut la gorge nouée. Tant de possibilités s’ouvriraient si seulement puits ou rivières avaient existés !
En revenant de sa promenade, il se sentit « obligé » de faire un détour vers un endroit jadis familier.
Resterait-il au moins une ruine, quelque chose qui lui prouverait qu’une existence passée s’était déroulée là ? Il crut reconnaître les arbres. Plus épais que dans ses souvenirs, ils bordaient une belle habitation où un couple unique avait vécu. Luke et Jennifer Walker… Les seuls humains à avoir réussi à procréer dans ce monde fou. Ne restait-il vraiment rien d’autre d’eux que ces bribes incertaines flottant dans les brumes du cerveau de Chesterfield ?
Désappointé, Neil s’apprêtait à faire demi-tour quand, en proie à une de ces idées saugrenues – genre pressentiment - il se figea. Fixant le sol avec attention, il sentit un fourmillement étrange lui parcourir les pieds à travers ses semelles. Comme dirigé par une force qui le dépassait, il avança un pas après l’autre longtemps vers la lisère de la forêt plus boisée. Le « courant » augmentait d’intensité à mesure de sa progression au point que le simple chatouillis devint une véritable torture.
Il ne put en supporter davantage et tomba en avant, d’un bloc. Lâchant sa canne, pris d’une sorte de frénésie, il se mit à gratter la terre furieusement. Au bout d’une quinzaine de centimètres, ses doigts abîmés rencontrèrent une surface dure et lisse. Encouragé, Neil la dégagea du mieux qu’il put. Bientôt, un carré de 70 cm de côté brilla sous ses yeux éberlués.

*Je l’ai trouvée !*

À genoux auprès de ce qu’ils avaient baptisé « plaque de téléportation », Chesterfield n’en revenait pas. La hâte d’annoncer la bonne nouvelle à sa Lind l’envahit malgré la tentation d’essayer le gadget futuriste. Il s’assura d’abord de dissimuler ses fouilles tout en prenant ses repères aux alentours.
Ce travail terminé, il ne se décidait pas à partir comme si une autre tâche l’attendait encore en ces lieux. Quoiqu’il regardât dans tous les coins, il n’entrevit rien qui soit digne d’intérêt sauf peut-être...


*Neil, mon vieux, tu deviens complètement fou…*


Commandé par une voix silencieuse, il entra en transe, se mettant à pirouetter sur lui-même, bras écartés. La canne, transformée en projectile par la force centrifuge, s’éjecta.

*c’est très malin !! Reste plus qu’à aller la chercher…*

La tête un peu à l’envers par le tournis, il la vit à distance, bien plantée au sol.

*Viens d’inventer un nouveau jeu : le lancer de canne verticale !*


Il rigola moins lorsqu’en arrachant le bâton de la terre une source en jaillit. Bouillonnante, comme ravie d’être libérée d’une longue stagnation, l’eau claire ruissela gaiment. Tel un gosse émerveillé, Neil But avec avidité ce cadeau de Dieu. Il en profita pour se débarbouiller un peu puis, enfin satisfait, il prit le chemin du retour.
Le soir venait de tomber quand il lança un joyeux :


Lind ! Ma chérie, suis là !

Le silence de la villa éclairée l’alarma. Il fouilla toutes les pièces, cherchant sa femme ou un mot de sa part expliquant son absence. Ce qu’il trouva l’obligea à s’asseoir. Un billet griffonné disait :

« Si vous tenez à revoir votre femme, rendez-vous seul à la fontaine à minuit. Soyez discret. »

Aucune signature, évidemment.

Sous le choc, Neil vida cul sec un verre de vin. Qui s’en était pris à Lind ? Et pourquoi ?
Machinalement, il refit le tour de la villa n’y relevant, heureusement, aucun signe de lutte. À part sa chérie, rien ne manquait. Les placards regorgeaient encore de précieuses denrées, le réfrigérateur était plein.


*Ça n’a aucun sens !*

L’hypothèse d’un canular fut écartée d’office. De deux choses l’une : ou il s’agissait de l’œuvre d’un détraqué ou l’on attendait quelque chose de lui en échange de Lind.

*On n’a pas d’argent… rien d’intéressant… de différent… *

Même s’il ne voyait pas en quoi il pouvait être utile, Neil préférait cette dernière solution, l’autre faisant appel à un éventuel psychopathe.
Malade d’angoisse, Neil arpenta longuement le tapis du salon. Il hésitait. Faire appel à la milice le titilla beaucoup sauf que Müller se ferait sûrement un plaisir de mettre un prix au renvoi d’ascenseur.
Les chiffres de l’horloge électrique défilèrent avec une lenteur usante.
Il se doucha, ça le calma un peu. L’idée d’aller demander conseil à Firth ou à Miss Clairborne le démangea. C’était trop risqué, si ça tombe il était surveillé.
Vêtu d’un survêtement de sport foncé, il tenta de faire un inventaire des choses à emporter :


*Tu seras fouillé, le plus probable !...*

Il prit néanmoins un couteau de cuisine en poche. Dans une chaussure, il glissa le couteau-suisse de Lind et une lampe-torche crayon.

*Ben, au moins, tu boiteras pour quelque chose…*

Sa canne à bout caoutchouté pouvait aussi servir d’arme.
Paré, Neil tua le temps comme il put puis, enfin, minuit approcha.
La fontaine se situait deux lotissements plus loin. Telle une ombre, il se faufila par l’arrière de son pavillon puis clopina bravement en rue en évitant les réverbères locaux.
Au glouglou de la fontaine, il sut être arrivé. Nul n’avait entravé sa marche, il attendit.
L’attaque le surprit alors qu’il était sur la défensive. Encagoulé brusquement, on lui saisit les bras en arrière tandis que la pointe d’un couteau s’engonçait dans ses côtes :


Pas de cris ! Pas d’embrouilles, chuchota une voix d’homme. Tu suis, c’est tout !

La marche forcée dura longtemps. Neil eut cependant l’impression de tourner plusieurs fois en rond. Ces adversaires voulaient-ils brouiller les pistes, le déboussoler ? C’était réussi.
Quoiqu’il en soit, la balade prit fin. Ses trois ravisseurs le poussèrent dans une habitation qui sentait l’encaustique puis il y eut une descente dans un sous-sol, un verrou tiré. On força Neil à s’asseoir sur une chaise et lui enleva sa capuche. D’abord ébloui par la luminosité, Neil cligna fortement les paupières mais il la vit, elle, sa femme :


LIND ! Honey, Tu vas bien ?...
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Lindsay Fairchild

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MessageSujet: Re: Sauvés?    Ven 31 Mai - 12:28

Ah, la vie en commun ! Lind n’avait, théoriquement, aucune expérience à ce sujet mais, par contre, faits et gestes pour se rapprocher de Neil lui semblaient aussi naturels qu’issus d’une longue habitude. Pour absurde que cela puisse paraître, elle était sûre de ne pas se tromper ou être victime de quelque hallucination étrange. Elle était Mrs. Chesterfield ! Il ne s’agissait pas d’un petit mensonge passepartout, destiné à leur faire la vie plus facile : c’était leur réalité, leur vérité la plus incontournable.

*Papa et Maman te feraient enfermer à Ste. Claire...avec grand-tante Eugénie…*

Elle en rigolait, faute de mieux. À quoi bon se prendre la tête ? Ce qui se passait-là était, comme qui dit, leur réalité alternative. Ils n’avaient rien d’autre autant se la jouer au numéro gagnant et ne pas perdre de temps à geindre inutilement.

En se levant, le lendemain, Lind avait pris sa décision. Trouver un boulot s’imposait. Dans l’état où il se trouvait, Neil en serait incapable avant longtemps et si ses souvenirs étaient bons, la Pierre ne montrerait pas toujours tant de bienveillance, autant être parés avant d’avoir des surprises désagréables.

Les alternatives pour une fille comme elle, issue de bonne famille, à l’éducation parfaite et une vie sans anicroches de la sorte qu’il fut, ne la paraient pas trop pour ce qui l’attendait. Le marché local était restreint et misait sur la pratique. Personne n’avait besoin d’organiser des soirées de gala, ni e concerts, ni de rien qui ne fut platement utile…à savoir de boulanger, boucher, poissonnier, cuistot, couturière, cordonnier ou n’importe quoi d’autre qui n’avait jamais été contemplé dans son pensum d’études dans le très chic internat suisse où elle avait peaufiné ses talents de dame de société.

*Sûr…Maman visait la Maison Blanche…on est un peu loin du compte !*


Ça pas l’air si facile…mine de rien, sont presque exigeants !, soupirait-elle.

Et Neil la rassurait. Il faisait quand même très bon vivre, comme ça !

Videuse de poissons ? L’horreur même. Quel travail dégoûtant et qui en plus sentait mauvais mais ce fut le seul boulot auquel elle put aspirer. Et dire que Maya se la coulait en douce en faisant trois fois rien sans se salir les mains. Bien sûr au moment d’annoncer cela à son « mari », celui-ci flippa pour de bon.

HEIN ? T’es pas sérieuse ??? Mais… mais NON ! …


Mais non quoi, tu veux me dire ?


Je ne veux pas que tu t’abaisses à ça : pas question ! Ecoute, je vais mieux… Si, je t’assure. Vais m’y mettre et…

Ça suffit, Neil, on n’est plus à New York, on n’est plus riches et personne ne nous connaît…c’est différent ici…et puis vider un poisson ou une centaine, c’est toujours mieux que faire le trottoir, non ? Parce que c’est rentable, ici aussi, ça !

Le pauvre passa du rouge rageur au blême. De sa vie une femme ne lui aurait tenu de pareils propos, ni eu besoin de le faire non plus, elle en était sûre.

Et on vide du poisson ! Comme tout travail manuel et en chaîne, il suffit juste de dominer sa part de la mécanique, puis ça roule tout seul. Lind n’était pas plus heureuse pour ça, mais faisait avec. À son avis, Firth qui disait si bien être presque leur fan le plus dévoué aurait quand même pu lui trouver un emploi moins puant, mais le fait était qu’ils n’avaient plus revu le bonhomme après leur petite rencontre d’aveux conciliés. Neil pensait la même chose mais était loin de l’accepter aussi facilement. En fait, il en pestait dès que l’occasion se pointait. Il en voulait à Firth, à Maya, à tout le monde et mine de rien à Josh en particulier.

Et puis un soir, sans que personne l’invite, la belle blonde s’amena en faisant le grand numéro de la discrétion, à la voir on se serait cru en pleine guerre froide. Question de lui faire plaisir, on s’installa dehors où elle finit par déballer ses mystères. Pas des moindres, il faut dire. Pour commencer elle leur soumit une liste, soi-disant des passagers du fatidique vol 747.Ils eurent bon la lire et la relire, cela ne leur apporta rien. Personne qu’ils avaient été censés de connaitre lors de leur première « visite » n’y était répertorié. Il fallut convaincre Miss Clairborne qu’il n’y avait pas mauvaise foi de leur côté, simplement totale incompréhension des faits, tels que présentés.


Lind et moi sommes sûrs d’être venus ici sauf que… c’est identique et différent à la fois… Aucune des personnes présentes sur la liste, celles croisées, ne correspond à nos souvenirs, désolés, reconnut Neil.

Et…qu’est-ce qu’on fait ?
, s’enquit Maya, une lueur d’espoir brillant dans ses yeux.

La réponse de Neil fut loin de la satisfaire.

On va… mener nos bateaux comme on peut et, qui sait, entrevoir une solution… acceptable pour tous.

Du bon sens pur masquant une désolante méconnaissance des faits. Maya finit par s’en aller, dépitée sans doute. Neil remplit leurs verres et l’attira contre lui. Lind aurait ronronné de plaisir mais voilà que les propos de son beau « mari » lui firent bien aiguiser l’oreille.

Demain, j’essayerai de pousser une pointe vers la côte ouest…


Quelle idée ! Et pourquoi faire ?

Selon lui, retrouver la fameuse plaque de téléportation dont elle n’avait qu’un vague souvenir était primordial. Pour une raison qui lui échappait pour elle plaque s’associait avec diamants mais celui là n’était pas ce qui éveillait l’intérêt de Mr. Chesterfield.

Je pense à la zone 51 ; souviens-toi...

Soupirant, elle avoua n’avoir qu’un très, très vague souvenir mais de savoir quand même que ce n’était pas exactement dans la banlieue immédiate du Village.

J’ai vérifié le secteur, elle n’est pas à cet endroit…


Elle se redressa un peu pour le regarder bien en face.

Tu y es allé ? Tout seul ? À pied, je suppose parce que c’est pas le Maire qui t’aura prêté une voiturette…Neil…il me semble que là…tu ne m’as pas tout dit.

Elle le cuisina gentiment jusqu’à ce qu’il lâche le morceau, avec émouvante contrition…enfin, presque !

Euh… je remarche très correctement depuis peu, depuis que j’ai cessé de prendre les pseudos médocs de Gardner !

Ah !, gronda t’elle en se redressant tout à fait, super…et tu pensais me le dire quand ?...Et au fait, Mr. Chesterfield, vous êtes arrivé comment à…ce miracle ?

Son explication était d’une simplicité merveilleuse. Après tout, il s’y connaissait en médocs et avait flairé, le finaud, que le toubib essayait, soit par ignorance soit par allégeance au Maire de le laisser en état de lavette pour qu’il ne fasse pas trop de foin.

Génial…voyons voir si ça a vraiment marché alors !

Une chance que le brave homme se soit levé, sans doute pour donner plus de poids à ses affirmations et prouver qu’il tenait bien debout. Le prendre au dépourvu ne demanda qu’une seconde et le pousser dans la piscine une autre.

Sa tête valut le détour. Il se fâcha. Lindsay le nargua dès sa place.

Pas à dire, mon chéri…tu es en forme !

Il lui décocha un regard noir tout en battant vigoureusement des bras et jambes pour en pas couler. Sans préméditation, elle l’avait envoyé dans le côté le plus profond.

*Surpris, mon amour ?...Attends un peu !*

Elle souriait ravie en plongeant. Le rejoindre lui prit deux brassées.

Alors…tu pensais me le dire quand au juste ?...Fais pas cette tête…définitivement, je ne semble pas trop correspondre à celle que tu as en souvenir…mais je suis moi…excuse-moi si je suis un peu folle…mais…

À quoi bon parler ? La suite leur convint parfaitement !

Unis enfin, le bonheur était total. Mais la réalité, pointilleuse et exigeante, était aussi au rendez-vous. Lind évidait les poissons à la pêcherie communale alors que son chéri, toujours inoffensif éclopé aux yeux des autres, poursuivait sa tâche d’investigation. Avec Firth on jouait au silence radio même si des rumeurs incertaines sur Maya Clairborne leur étaient parvenues : la belle aurait quittés son poste sans préavis et pris la clé des champs.

*Ça lui ressemblerait bien, foutre le camp et laisser aux autres se débrouiller !*

Lindsay n’était pas particulièrement paresseuse mais là, après son 147ème poisson du jour, elle en avait ras le bol. Elle avait chaud, était fatiguée, voulait rentrer chez elle et retrouver Neil, qui aurait sans doute quelque chose de plus intéressant à raconter.
Fini son quart, très pesant, de l’après-midi, elle trainait presque les pieds en rentrant à leur bungalow, taraudée par l’idée de prendre un long bain pour s’enlever le relent de poisson qui lui collait à la peau.

Mrs. Chesterfield !

Tiens, le cher Mr. Firth arrivait à sa rencontre au pas de course. Elle le dévisagea sans aucune aménité.

Je suis content de vous trouver !, assura celui-ci en arrivant face à elle.

Comme si vous ne saviez pas où me chercher !, riposta t’elle, agacée, que voulez-vous ?

Un rien décontenancé par sa virulence, Timothy Firth sourit, conciliant, et mena le toupet jusqu’à lui prendre le bras. Comme si une vipère l’avait piquée, elle bondit de côté, s’éloignant de lui.

Surtout, pas touche…que diables voulez-vous !? Je veux rentrer chez moi et changer de parfum, si cela ne vous dérange pas.

Ne vous fâchez pas, Mrs. Chesterfield, je comprends que vous vous sentez lésée par cette suite des évènements mais croyez-moi, cela va changer très bientôt.

Ah, vraiment !?, persifla t’elle, et c’est quoi, votre idée pour y arriver ?...J’ai su que votre précieuse Maya vous avait laissé en plan…

Baissez la voix, je vous en conjure…Venez avec moi, vous aurez toutes les explications nécessaires dans un moment.

Je ne vais nulle part avec vous, Firth, je rentre chez moi attendre mon mari, point c’est tout…ne me forcez pas ou je crie !

Non, vous ne le ferez pas, assura t’il soudain imbu d’une force de caractère qu’elle ne lui aurait pas soupçonnée, vous allez me suivre gentiment, Lindsay…pour votre bien, celui de Neil et de nous tous !

Vous m’emmerdez avec vos mystères, grommela t’elle, me touchez pas…je pue le poisson !

Il hocha la tête mais la prit résolument du bras.


Vous vous rafraîchirez sitôt arrivés là où on va !

Mais…

De rien ne servit essayer de protester, sans se laisser émouvoir par son regard meurtrier, Timothy Firth l’entraîna, très poliment vers la sortie du village.

J’exige savoir …

Du calme, Lindsay, je vous assure que c’est pour une très bonne cause. Personne ne vous fera du mal, que du contraire, on vous attend avec impatience, vous et votre mari.

Ils marchèrent un bon moment jusqu’à ce que, tout à coup, trois gars ne croisent leur chemin. Firth échangea avec eux un signal de connivence et que l’un d’eux, en s’excusant, ne lui mette une cagoule de toile et l’entraîne de son côté.

Firth…Firth…où êtes-vous ?, s’affola t’elle.

Je vous suis, Lindsay, pas de crainte…tout va bien !


Il sonna très rassurant, Lind se calma un peu et suivit le mouvement, après tout si on avait voulu la tuer, cela aurait été fait depuis un moment.

La balade ne fut pas trop longue mais se fit en silence. Courtoisement soutenue, Lindsay fit un parcours sans accidents, s’attenant aux succinctes indications de son guide.


Attention…racine ! Branche…On descend…Marche…Marche…


Et pour descendre, ça descendait. Sans besoin qu’on le lui dise, elle sut qu’ils étaient entrés dans une sorte de tunnel et engagés dans un escalier qui lui sembla interminable. Finalement, on ouvrait une porte, l’escortant jusqu’à une chaise. Une fois assise, on lui enleva la cagoule. Lindsay cligna des yeux dans la lumière inattendue du tube d’éclairage au plafond.

Désolés pour le dérangement, Mrs. Chesterfield, c’était nécessaire !


Elle leva la tête vers l’homme qui venait de parler. Grand, brun, jeune et au sourire contrit éclatant de franchise.

Si vous le dites…mais à quoi vient tout ce…


Il coupa court ses questions en lui proposant de faire usage de leurs installations pour prendre une douche et se changer. Oubliant un peu ses suspicions, elle accepta. Délivrée de la persistante odeur à poisson, Lindsay sentit renaître son aplomb. De retour à l’endroit de réunion, elle trouva un groupe de personnes en plein conciliabule. Immédiatement le brun de l’accueil vint au-devant d’elle.

Nous nous excusons de cette façon d’agir…si dissuasive, Mrs. Chesterfield, mais il était impératif d’avoir cet entretien. Je suis Scott Tremayne, département de police de Los Angeles.

Enfin ! Ils ont envoyés les bons nous chercher !

Désolé de vous désenchanter mais il se trouve qu’on est tous dans le même bordel.

Très efficace manière de la ramener à la dure réalité. Tremayne, comme tant d’autres, s’était trouvé à bord du vol 747, pas en mission officielle, simplement comme passager au départ des vacances.

Wow…suis rassurée alors !, et elle avait soudain envie de pleurer.

Je vous comprends, assura t’il, compatissant, nous avons tous été plus ou moins largués mais essayons de prendre la situation en main.

Vraiment ?, et sa voix eut une note aiguë, qu’est-ce que je dois comprendre de tout ceci ? Que vous courez la nature en redressant des torts ?

Tremayne hocha la tête avec un petit sourire en coin.


Ma foi, on pourrait dire ça…Nous sommes, vous l’avez sans doute déduit, ce qu’on appelle des dissidents.

Comme quoi…ça va de mieux en mieux !, souffla Lindsay, agacée, me voilà mêlée à la guérilla locale…et vous avez l’habitude de kidnapper les gens pour les inviter à se joindre à votre petit mouvement ?

Ce petit mouvement, comme vous dites, est notre dernière chance pour remettre les pendules à l’heure. Nous sommes tous pris dans le même piège mais, comme vous l’avez remarqué, il y a toujours des profiteurs…pas besoin de vous faire un dessin, vous savez parfaitement de quoi je parle.

Mine de s’intéresser à l’état de ses ongles, Lindsay gambergeait à toute, Tremayne ne lui laissa pas trop le loisir de s’égarer dans ses cogitations et alla direct au point.

Nous avons des raisons de croire que vous et votre mari avez une importance vitale avec cette situation. Pas besoin de prendre cet air ahuri, Mrs. Chesterfield…nous tenons ces informations de source sûre.

Voudrais bien savoir laquelle, nous même ne savons pas de quoi il en va…

Nous verrons ça plus tard. Là, nous attendons votre mari.


Il ne tarda pas trop. Arrivé de la même façon qu’elle, aveuglé par sa cagoule, il mit quelques secondes à habituer ses yeux à la luminosité régnante.

LIND ! Honey, Tu vas bien ?...

Sans qu’on ne cherche à l’en empêcher Lindsay bondit de sa place et se jeta dans ses bras, éperdue de bonheur.

Mon chéri…je vais bien…tout va bien…mais je ne comprends rien…Dieu merci, tu es là…

Sans se gêner pour les spectateurs, elle lui avait sauté au cou et l’embrassait comme si sa vie en dépendait. Passé le moment d’émoi, ils se tournèrent vers Tremayne.

Voilà, on est là, tous les deux…que nous voulez-vous ?

Juste avoir une petite conversation avec vous. Faudra excuser toute cette mystification, disons que ces derniers temps, la paranoïa est un peu de mise.

Lindsay soupira en se demandant ce qui viendrait ensuite. Elle ne dut pas trop attendre. Le policier s’assit, et poussa vers eux une liasse de feuilles couvertes d’une écriture nerveuse, rapidement reconnue comme étant la même des documents refilés en douce par Firth.

Il me semble que vous savez de quoi ceci s’agit, n’est-ce pas ?


Neil se racla la gorge, Lind soupira de nouveau avant d’allonger la main et prendre la feuille du dessus pour y jeter un coup d’œil.

Je sais que vous avez eu connaissance d’une bonne part de ces documents, donc vous savez très bien de quoi il en va, dit posément Tremayne en braquant ses yeux sombres sur Neil d’abord, puis sur elle avec une insistance presque gênante.

Oui, nous les avons lus, sans être pour autant plus avancés. Si vous l’avez aussi fait, vous conviendrez que l’histoire est plutôt farfelue.

On pourrait le penser, en effet mais ce n’est pas le cas. Étrange, extraordinaire mais pas du tout farfelue. Le Dr. Daniel McIntosh ne raconte pas une histoire quelconque, ceci est la documentation de faits réels. De faits dont vous avez été témoins et protagonistes.

Si c’était vrai…où sont les autres qu’il mentionne ? Avez-vous trouvé une Jennifer Blakely ou un Luke Walker ? Ou un bébé nommé Nick ?...Et tous les autres ? Ou le même McIntosh ?

Lisez plutôt ceci !, d’un geste assuré, Tremayne prit le dernier feuillet de la liasse et le mit sous le nez de Lindsay.

« …cela fait déjà des mois qu’ils sont tous disparu. Je pensais être seul mais c’est faux. ILS sont là et me surveillent. J’aurais sans doute dû disparaitre comme tous les autres mais le jour où ÇA s’est passé, j’étais loin du village en prospectant les grottes de la falaise. ILS savent que je suis là, j’entends LEUR voix dans mon sommeil et parfois aussi en étant éveillé. ILS assurent que je n’ai rien à craindre mais je sais que je dois le faire parce que je suis le maillon manquant dans LEUR projet. Achille avait raison en disant que nous n’étions que des pions dans le jeu des Dieux.
Je laisse ce témoignage dans l’espoir qu’un jour… »

La main de Lindsay tremblait et nœud s’était formé dans sa gorge. Neil avait lu en même temps, son silence était éloquent.

Il…n’a pas pu finir…que… ?

Scott Tremayne secoua la tête.

Il a dû pressentir qu’ILS étaient là pour le prendre…Il n’a pu que cacher ces documents, le mieux possible, sans temps pour peaufiner sa prose. Comparer la situation à un jeu, n’est pas si absurde, j’ai la même impression souvent. Mais enfin, laissons les hypothèses romancées et attenons nous à la réalité. Les agissements de Müller doivent être mis à jour.

Ce serait un bon début, en effet…qu’attendez-vous ?

Il y a encore beaucoup de détails que nous devons tenir en compte. La Milice est bien armée, nous devons savoir d’où ils tiennent ces armes. Müller paye en diamants et de ce fait manipule l’économie locale. Nous n’allons pas essayer de comprendre les raisons qui ont induit votre retour, Mr. et Mrs. Chesterfield mais le fait est que vous êtes là et étiez ici…avant. On pourrait émettre toute sorte d’hypothèses foireuses et serions sans doute loin du compte…

Le policier se tourna alors, exclusivement, vers Neil.

Je ne me trompe pas en supposant que vous avez connaissance de choses qui nous échappent et je vous serai très gré de nous en faire part, Mr. Chesterfield.

Lindsay regarda son mari et prit sa main, sous la table. Sous ses dehors polis et patients, Tremayne ne restait pas moins l’enquêteur tenace pratiquement sûr des tenants et aboutissants de cette singulière situation. Il n’avait pas épargné d’efforts pour décrocher son grade de lieutenant-détective et comptait faire usage de toutes ses connaissances pour mener à bien cette mission.

Neil ne se décidait pas à parler alors Tremayne poursuivit calmement.

Cela fait quelques jours qu’on suit attentivement vos déplacements, Mr. Chesterfield. Faut dire que pour quelqu’un qui était en si piètre état il y a peu de temps, votre récupération est surprenante…quoique pas autant que vos faits. Nous avons trouvé la plaque.

Un silence pesant plana sur les présents dont les regards, inclus celui de Lind, convergeaient sur Neil.

*La plaque !?…Mon Dieu…alors tout est vrai !*

Vous n’avez certainement aucune raison pour croire que nous sommes les « bons », dit enfin Tremayne, doucement, le manque d’alternatives mène parfois à des agissements extrêmes. Müller, comme Higgins avant lui, n’apporteront rien de bon à la communauté, nous avons suffisamment de preuves sur leurs magouilles qui sont allées au-delà du simple abus de pouvoir, on parle ici de meurtre prémédité…

Meurtre !?

Oui, à moins que vous ne considériez la déportation de personnes malades ou âgées à une zone éloignée, désertique et sans aucune infra structure comme promenade-santé ! Nous avons pu en sauver un certain nombre mais d’autres ont succombé dans ces conditions adverses…

Lindsay laissa échapper un gloussement d’horreur. Ensuite, Neil prit la parole…
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Neil Chesterfield

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MessageSujet: Re: Sauvés?    Ven 7 Juin - 12:16

Quelle sensation étrange ǃ A la fois inquiétante et enivrante, elle laissait Neil assez désorienté. Le jeune homme était d'ordinaire quelqu'un de rationnel, trop même selon certains amis. Or là...
Depuis qu'il avait embarqué sur l'Ocean's Queen, il devait avouer ne plus trop savoir à quoi s'en tenir. Devenait-il fou? C'était à n'y rien comprendre ǃ Si quelqu'un lui avait dit de but en blanc: Chesterfield, tu as vécu ces moments, le naufrage, le village, etc. Il aurait été le premier à s'écrouler de rire ou à réclamer l'ambulance pour interner l'outrecuidant affabulateur ǃ Sauf que...
Dès l'instant où il avait (re)vu Lindsay Fairchild, il avait su ǃ Elle était sienne, et il aurait donné sa vie pour elle. Rien ni personne ne démentirait ce fait incontournable. Les suites à répétitions ne firent que confirmer ce dont il doutait de moins en moins: ils s'aimaient, s'appuyaient l'un sur l'autre depuis ... longtemps. Depuis quand au juste? Excellente question car entre les faits actuels et ceux ressentis il ne semblait pas y avoir d'espace temporel distinct. Les écrits remis par Timothy Firth commençaient au 31 décembre 1999 et devaient dater de plusieurs mois, sinon années alors que la chronologie établie par Neil correspondait à la même époque.
Aberrant ǃ
Les feuillets écrits par Dan McIntosh étaient si précis en détails que tout doute était exclu. Neil connaissait parfaitement ce toubib, Lind s'en souvenait moins... Bonne chose selon Neil qui, à lecture des feuilles, revécut des moments très pénibles où la trahison de son épouse avait été à deux doigts de s'accomplir. Puisqu'elle les ignorait - volontairement ou non- Neil ne s'y attarda pas plus qu'ainsi. Il avait d'autres préoccupations.
D'abord, il voulut récupérer sa forme physique et intellectuelle. Se faire tabasser d'entrée de jeu sur l'île n'avait pas été au 1er programme de ses souvenirs. Si un Higgins avait existé, un Müller le remplaçait pour un résultat identique vis-à-vis des résidents: oppression ǃ
Sa place dans cette nouvelle partie, Chesterfield n'ignorait. Ce dont il voulait se persuader c'est que cette fois il ne serait plus le dindon de la farce, quelle qu'elle soit ǃ    
Sitôt qu'il stoppa les médocs du "bon" docteur Gardner, Neil se sentit mieux. Esprit dégagé, corps se raffermissant, il tint à retracer son "ancien" parcours. D'emblée, il n'avoua pas tout à sa compagne. C'était sans compter avec d'infimes mais significatifs changements de sa Lindsay. Celle épousée antérieurement était d'une crédulité juvénile attendrissante. La nouvelle était plus finaude, décidée et davantage  courageuse si possible. Ce n'était pas la mijaurée infatuée de soi qui aurait accepté d'aller se souiller les mains au travail le plus rebutant offert par l'île ǃ Ce n'était pas elle non plus qui l'aurait poussé tout habillé à la piscine pour le dépoiler joyeusement les minutes suivantes ǃ Lind avait changé, l'île avait changé... Aucun des protagonistes antérieurs ne semblait avoir survécu à... A quoi??? Il était bien incapable de le dire.  

 Son expédition lointaine avait été très fructueuse. Sans observateurs aux basques, donnant l'image d'un pauvre éclopé à tout le village, Neil avait retracé une plaque de téléportation ainsi qu'une source d'eau douce. Là, il avait escompté raconter ses hauts-faits à son épouse mais les événements l'avaient pris au dépourvu.
Selon le message trouvé à son retour chez "eux", Chesterfield devait se rendre à un rendez-vous secret sous peine de voir disparaître Lind à jamais.
Les ravisseurs de son épouse ne le molestèrent pas. Pour son plus grand bonheur, Lindsay se jeta sur lui aussitôt sa cagoule tombée:


Mon chéri… je vais bien… tout va bien… mais je ne comprends rien… Dieu merci, tu es là…


L'embrasser follement devant les "autres" ne déragea nullement Neil. Ils étaient réunis, peu importait le reste. Pourtant, il fallut s'asseoir et écouter ce  que ce "Tremayne" -ex-flic de L.A -  avait à dire. Il débuta par une exhibition des documents remis auparavant par Firth. Lind les prit nonchalamment:


Oui, nous les avons lus, sans être pour autant plus avancés. Si vous l’avez aussi fait, vous conviendrez que l’histoire est plutôt farfelue.

Scott Tremayne avait des idées bien arrêtées à ce sujet. Non seulement, rien ne lui semblait farfelu mais d'autres documents jetaient une lumière assez inquiétante quant aux suites. Manifestement, en écrivant les dernières lignes de son ""journal" McIntosh avait la trouille. Ses mots reflétaient fortement ses peurs de subir le sort des autres villageois qui auraient tous disparus en même temps.
De quoi donner à réfléchir...
Mais ce n'était pas pour débattre de ces faits que Tremayne avait "enlevé" les Chesterfield. Il considérait comme établi qu'ils avaient fait partie de l'aventure précédente et ne cacha pas son désir de tout savoir. Neil eut la très désagréable impression d'être mis sur le grill quand l'ancien policier s'adressa à lui:


Je ne me trompe pas en supposant que vous avez connaissance de choses qui nous échappent et je vous serai très gré de nous en faire part, Mr. Chesterfield.

La tournure était polie, mais...
Lind dut ressentir ses doutes à dévoiler ses "souvenirs", aussi l'encouragea-t-elle par une forte pression de sa main.
Tremayne, imperturbable, laissa filtrer à quel point le cas de Neil l'intéressait dans ses agissements "suspects". Mais quand il décréta avoir trouvé la plaque, Neil ne put réprimer un sursaut.

¤ Pas la mienne, je viens seulement de la trouver ǃ¤


Troublé, il se contraignit néanmoins au mutisme malgré les efforts de Tremayne pour se ranger du côté des "bons".
Qu'en savait-il, lui, des véritables intentions de ces "dissidents"? Bien sûr, tout comme Lindsay, il tiqua fortement lorsqu'il fut question des meurtres supposés avoir eu lieu au village. A l'en croire, les dirigeants n'éprouvaient aucun remords à éliminer les inutiles. Le village n'était rien d'autre que la façade d'une sorte de camp de concentration "moderne".
Neil tourna mentalement 7 fois sa langue dans sa bouche avant de se décider à l'ouvrir:


Vous avouerez que nous avons de quoi douter de vos "bonnes" intentions, Mr. Tremayne,
commença-il doucement.

Je me suis déjà excusé auprès de votre épouse pour la manière un peu cavalière dont nous avons pris contact mais vous devez comprendre que la méfiance est de mise iciǃ

Je ne vous le fais pas dire ǃ grinça Neil, de mauvais poil. Qu'attendez-vous au juste de nous? Que nous jouions aux oracles en vous révélant ce qui est censé se produire? Vous avez trouvé une plaque? Eh bien, utilisez-la donc ǃ


Firth, qui jusque-là s'était tenu à l'écart, sortit de sa réserve:

Elle ne fonctionne pas... McIntosh dit qu'il faut simplement se placer dessus mais rien ne s'est produit...


Et vous pensez que Lind ou moi pourrions le faire? rigola Neil. C'est nous conférer un pouvoir que nous ne possédons pas, désolé.


Vous pourriez au moins essayer, gronda Tremayne. Le Chesterfield décrit par McIntosh n'aurait pas hésité à renverser le régime en question ǃ Il en avait une solide paire, lui ǃ Il n'aurait pas laissé trimer sa femme à la pêcherie tandis qu'il se la coulait douce; de même qu'il aurait cherché les tenants et aboutissants à ce cirque ǃ

Neil aurait pu se vexer mais l'insinuation à sa couardise l'amusait plutôt. Il se demandait jusqu'où ces gens pousseraient le bouchon pour obtenir sa contribution.  
Une façon comme une autre de vérifier finalement à qui il avait affaire. Car c'était bien joli de dénoncer des injustices et d'attendre... le messie(?) Pour agir comment ensuite? Là étaient les questions ǃ Le regard perplexe de sa femme l'ennuya plus que tout. Manquerait plus qu'elle s'imagine qu'il se foutait de tout... Il mettrait les choses au clair en aparté dès que possible. En attendant, il biaisa:


Faut croire que le Chesterfield des élucubrations d'un illuminé n'existe plus ou n'a jamais existé. Des corrélations sont troublantes, mais qu'y puis-je ?


Scott devint cramoisi. Neil jugea bon  de lui donner un os à ronger:

J'ai des, disons, souvenirs oui. Des espèces de flashes que je ne comprends pas. Ainsi, cette plaque dont vous parlez doit conduire à une mine de diamants. Selon mes "rêves" on l'avait trouvée par hasard et elle fonctionnait comme le dit McIntosh. Ce sont les diamants que vous voulez? Alors vous seriez en tête de liste pour renverser Müller, régner à sa place, non?

Il ne s'agit pas de ce but, crétin ǃ le fustigea Tremayne. Si vous vous obstinez à vous taire, votre épouse sera peut-être plus loquace...

Lind en sait moins long que moi...

C'est l'impression qu'elle donne, qu'elle veut donner ǃ Mais qui sait si... poussée à bout elle ne nous révélerait pas...


Le sang de Neil se glaça. Des menaces à peine voilées? Voilà qui démontrait beaucoup, beaucoup trop à son goût. Mine de rien, comme répondant à une démangeaison, il déplaça une main vers la chaussure contenant sa seule arme emportée. Il la saisissait quand Firth s'épouvanta:

Scotty, tu n'y penses pas vraiment, hein? On était d'accord de leur parler ouvertement et, qu'en cas de refus de coopération, ils repartiraient sans mal... Je te jure que si tu touches à un seul de leurs cheveux, je balance tout à Reardon...  

TU M'AVAIS ASSURE que ce gars valait la peine ǃ Je vois qu'une chiffe molle inutile, une merde à évacuer, et vite ǃ

Qui est Reardon? s'intéressa Neil son couteau remonté près des doigts de Lind.

Qu'est-ce que ça peut te foutre, pauvre con? cracha Tremayne.

Le colonel Reardon est, en quelque sorte, notre chef, haleta Tim affolé par une tournure inattendue. Il a pris le maquis avec plusieurs des personnes épargnées de l'épuration du village. Nous sommes en liaisons intermittentes ;  il vit dans les bois, et...

Ta gueule, Timǃ Tant qu'à faire, donne donc sa position exacte à ce connard ǃ Il sait des trucs; je veux savoir lesquels ǃ

Blême, Firth fit front:

Tu... tu t'y prends comme un pied, Scottyǃ Je... je me suis peut-être lourdement trompé en croyant qu'ils étaient ce que le journal racontait mais... à leur place, moi aussi je me tairais ǃ

Neil adora cette confrontation qui éclairait beaucoup la situation à ses yeux.  Il n'est pas meilleure vérité que celle issue d'un débat imprévu.  Tout à leur engueulade mutuelle, les ravisseurs en négligèrent leurs victimes. Un clignement de paupière envers Lind suffit à capter le message. Tandis que lame déployée Neil sautait à la gorge de Tremayne, son épouse saisit une bouteille dont elle menaça un des spectateur.

On n'en a rien à cirer des conflits internes, siffla Neil en dardant le policier d'un regard assassin. Nous ne négocierons qu'avec Reardon, s'il existe... En attendant ma femme et moi allons reprendre une existence des plus "normales" sauf que, évidemment, elle n'ira plus s'empester à la pêcherie, compris?  
Au fait, cette habitation se situe exactement à trois pâtés de la maison commune. Chez les Stillmant, si je ne m'abus
e...  

A bon entendeur salut ǃ Tractant Lind à sa suite, Neil rebroussa chemin sans encombre jusqu'à leur demeure. Ils y arrivèrent hors haleine et, après de tendres embrassades, un verre en main, ils firent le point. Piteux, Neil lâcha :

Je suis désolé de ne pas...

Elle le rassura de maîtresse façon. N'empêche que Chesterfield tenait à clarifier les choses. Tout en serrant amoureusement sa femme contre lui, il dit :

On ne sait plus à qui se fier ici ǃ Qui nous dit que Tremayne ne sera pas pire qu'Higgins ou Müller réunis dès qu'il aura accès à la zone 51? ... Ben oui... je l'ai découverte ce matin... non, j'ai pas osé, je voulais t'en parler d'abord... Donner un tel arsenal à des inconnus ne me plait pas... Firth? Ouais... il a l'air réglo, lui ǃ... Je veux parler à leur chef, ce colonel... Sais pas... Sens de patrie et devoir doivent l'habiter, non? En tout cas que ce flic te menace a bien failli me faire...

Pas de doute, Lind croyait en lui, ouf ǃ      

Malgré les grandes démonstrations d'amour mutuel qu'il se portait, le couple dormit peu. Allait-on l'assassiner dans son sommeil ? Verrait-il l'aube se pointer alors qu'il savait tant de choses?
Avec un avenir aussi incertain, Neil pensait de plus en plus à récupérer son sac enfoui dans le sable après le naufrage, et se tailler en compagnie de Lind. N'importe où vaudrait mieux que ce nid de vipères malsain.  
Pourtant, le matin vit un coursier issu de la maison commune apporter des propositions de travail des plus honnêtes. Lind était conviée à occuper une place vacante - celle abandonnée par Maya Clairborne -  dans les plus brefs délais à la maison commune tandis que Neil était requis en tant que... milicien.

C'est du Firth pur, une idée pareille ǃ
déclara Neil assez soufflé.

Lind en secrétaire ça allait... Que lui, par contre, soit embauché au coeur même des ennemis le dépassait.
Un "sergent"(?) instructeur l'accueillit, narquois:


D'après votre curriculum vous êtes universitaire et homme d'affaires? On va se marrer avec vous, le bleu.  Ton barda est là, tu l'enfiles. T'as cinq minutes pour être paré au parcours.  

Lesté d'un sac à dos qui devait peser dans les trente kilos, Neil en treillis affronta la piste d'obstacles. En s'équipant, il s'était interrogé. N'était-il pas, en principe, un semi-impotent ? Devait-il poursuivre ce rôle ou adopter une attitude différente?
Il opta pour la première option. Révéler à tous ses aptitudes recouvrées ne lui semblait pas adéquat. Le "jeu" devait continuer jusqu'à nécessité du contraire.
Pour baver, il en bava, dans tous les sens.
Sternfeld avait été boucher avant qu'aucun bestiau ne soit disponible sous son hachoir. Cette recrue, imposée par l'autorité en vigueur, le délecta à plus d'un titre. Plus nulle que ça, tu meurs ǃ Ce type courait tel un canard boiteux, il s'étalait sans arrêt, grimpait à la corde pire qu'un insecte larvaire, escalait les palissades moins qu'une chenille en pré-chrysalide.
Se bidonnant des transpirations de Chesterfield, Sternfeld prit "pitié":

T'as intérêt à être meilleur au tir ǃ

Nouveau dilemme pour Neil. S'il loupait volontairement les épreuves physiques, n'allait-on pas le recaler en cas de manque à la précision statique?
Firth ne l'avait pas placé là pour rien, il en était persuadé. Le but était obscur mais autant se comporter au mieux. Le tir au pigeon d'argile fut un passe-temps comme un autre, jadis... Les vieux réflexes jouèrent et Neil ne rata aucun coup.
Sternfeld ne tarit pas d'éloges:

Un sniper? Ça manquait ! Bienvenue au club !

Son adhésion, pleine et entière, au corps d'élite fut hautement saluée. Le "patron" lui-même, se déplaça en personne pour féliciter la recrue. En lui serrant la main, Müller concéda:

Nous émettions des doutes à votre encontre. Nous sommes heureux de vous compter parmi nous... à présent.    

Le soir venu, rompu de fatigue, le couple échangea ses impressions.
Quel délice de serrer Lind contre lui. Était-elle consciente de son pouvoir? Il s'en fichait tant qu'il disposait de ce privilège.

... Non, pas un signe de leur part ! Suis embauché pour de bon. Ils me prennent pour Rambo ou que sais-je, et toi? ...    

Elle avait glandé tout du long, en apparence du moins.  Sitôt en poste, Lindsay avait ouvert des portes et non des moindres.


Firth te facilite la tâche dirait-on? Vais terminer jaloux si ton idylle continue..
.

Ils rirent et s'aimèrent un peu, beaucoup, énormément.

Quoiqu'involontairement, Neil gagna encore du galon. Ses ordres du jour étaient clairs. En principe il ne devait que surveiller la colline ouest d'où, selon Sternfeld, plusieurs résidents mécontents allaient tenter de s'échapper.
Jouant l'abruti, Chesterfield avait quand même demandé:


S'ils ne se plaisent pas, pourquoi les en empêcher?  


Sternfeld le mit discrètement au parfum tant il l'avait à la bonne:


On est pour ou contre le patron ici, tu piges?


Et si j'en vois qui fichent le camp, je fais quoi?

T'es sniper, tu veux un dessin?

Pas besoin, non. N'empêche que Chesterfield pria intérieurement pour que ne se produise aucun incident. Raté...
En treillis de camouflage, armé de puissantes jumelles, son M21 posé à proximité, il étudia le périmètre pendant de longues heures stériles. Son observation lui démontra que lui-même n’était pas le seul à couvrir les environs. On se méfiait donc de lui ! Puis…


*NDD, c’est quoi ce bordel ? *

Un groupe de cinq personnes prenait la direction précisée par son supérieur. Encagoulées comme elles l’étaient, impossible de les identifier sur le coup. Ils marchaient assez lentement, comme à la recherche de points de repère. Pour ménager sa « couverture » Neil devait tirer sans sommation, sans se poser de question. Jamais il n’y parviendrait ! Par son viseur, il étudia ses cibles et ce qu’il découvrit lui glaça davantage les sangs. Une femme faisait partie du groupe. À son poignet brillait une breloque vue cent fois : le bracelet de Lind !  
Ses supérieurs voulaient-ils qu’il abatte sa propre femme ? C’était quoi, un foutu test d’aptitude ? Lind était-elle réellement en danger ou n’était-ce qu’un jeu stupide ?


*Si je ne tire pas, les autres le feront ou ils me descendront de ne pas l’avoir fait !*  

Tuer ses deux « anges-gardiens » était une solution, sauf que Neil la réfutait.  
En quelques secondes, il prit sa décision, visa soigneusement l’arbrisseau proche du 1er des 5 fugitifs et tira.
Immédiatement, tous s’aplatirent au sol. Le mégaphone de Chesterfield entra en fonction
:

RENDEZ-VOUS ! NUL N’A LE DROIT DE QUITTER LE VILLAGE SANS PERMISSION. IDENTIFIEZ-VOUS, IL NE VOUS SERA FAIT AUCUN MAL !  

Avec bien en tête les positions occupées par ses matons, fusil en main, Neil se dressa.
Les victimes n’étaient à 200 mètres. De là, il distingua pourtant leur effroi en se relevant et se découvrant le visage.
Un craquement retentit dans le dos de Chesterfield qui se retourna d’un bloc, doigt sur la gâchette :


Tout doux, lui dit Sternfeld. On voulait vérifier tes compétences.

En me faisant abattre des innocents ? MA FEMME EST DU LOT !

T’as pigé ça comment ?


C’est MA Femme, crétin !


Que Sternfeld rentre au village avec un magnifique cocard en fit rire plus d’un.  
Pourtant Neil n’en fanfaronna pas. Il tremblait encore quand Lind lui donna un bourbon sec le soir même :


Quelle bande de salauds ! Si je n’avais pas vu ton bracelet… NON, bien sûr que non, même sans toi là-dedans je n’aurais pas tiré…

En gros Lind, ainsi que d’autres dont Firth, avaient été conviée à un « jeu » façon Müller, histoire de vérifier l’efficacité des recrues. Les cinq volontaires désignés  devaient simplement se dissimuler et tenter de franchir à couvert une certaine zone.
Leur gain serait une poignée de diamants chacun… Lindsay avait failli refuser mais on lui avait alors promis un autre genre de traitement, de quoi faire mousser davantage Chesterfield.


On se taille dès que possible, ma douce. C’est pire que sous notre Higgins !

Elle était d’accord. Le tout était de savoir comment et quand.
Le lendemain soir eut lieu un nouvel « enlèvement » commun.
De prime abord, Neil rigola sous sa cagoule
:

Nous sommes dans la cave des Jeffrey, cette fois ! Faudrait revoir vos itinéraires les gars…

Dès que sa vision s’adapta au passage de l’obscur au clair, Neil eut un hoquet.
De l’autre côté de la table où on les avait forcés à s’asseoir se tenaient :


Ma… Maya ? Josh ? Et je suppose que vous êtes celui dont on ne doit pas prononcer le nom… Colonel Reardon ?  

Le grand gars aux cheveux gris opina sèchement…  
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Lindsay Fairchild

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MessageSujet: Re: Sauvés?    Lun 24 Juin - 10:10

Neil discutait. Il était très bon pour mener une négociation même si son interlocuteur commençait à s’énerver.  Lind écouta mais avait la tête ailleurs.

*Meurtres ? Éliminer les vieux et malades ?...Sélection…retour en arrière genre Auschwitz…c’est trop horrible…ce ne peut pas être vrai !*
 
Pourtant quelque chose dans toute cette histoire lui disait qu’elle n’était pas loin du compte. Où diables étaient-ils tombés ? Cela correspondait très mal au peu de souvenirs qu’elle avait.  Certes, « jadis », ce n’avait pas été le paradis mais comparé à ça…on aurait pu presque y croire.

De retour à la réalité du moment, la discussion se poursuivait, âpre. Tremayne insistait, pesant sur l’idée qu’ils étaient des « revenants du  passé ou du futur », allez savoir ! Neil, mine de rien le faisait poliment tourner en bourrique et le pauvre flic perdait les moyens. On parlait de la fameuse plaque. Et la chose s’envenimait.
 
…Ainsi, cette plaque dont vous parlez doit conduire à une mine de diamants. Selon mes "rêves" on l'avait trouvée par hasard et elle fonctionnait comme le dit McIntosh. Ce sont les diamants que vous voulez? Alors vous seriez en tête de liste pour renverser Müller, régner à sa place, non?
 
Cette insinuation ne plut pas du tout à Tremayne qui pensa que la faire parler, elle, serait la meilleure solution. Neil sauta et l’autre fut près d’avoir une attaque. Perdues diplomatie et manières, ça aurait tourné à l’aigre si Timothy Firth n’était pas intervenu.  Lind eut un frisson en sentant ce que Neil remontait presque dans sa main : son couteau suisse.

*Dieu tout puissant…il pense s’en prendre au flic de L.A avec un couteau suisse ?...Il a dû regarder trop de McGyver en son temps libre, mon amour !*
 
Firth était sublime. Si ferme. Qui l’aurait cru.

Je te jure que si tu touches à un seul de leurs cheveux, je balance tout à Reardon...  

TU M'AVAIS ASSURÉ que ce gars valait la peine ǃ Je vois qu'une chiffe molle inutile, une merde à évacuer, et vite ǃ
 
Tiens ! Ce Reardon semblait être quelqu’un d’important. Tremayne écumait à sa mention, Firth insistait et tenait tête au flic. Le débat prenait de l’envergure et allait finir en règlement de comptes, à l’avis de Lind. Le clin d’œil de Neil suffit pour passer à l’action. Elle saisit la première chose à portée de main et la brandit sous le nez d’un des spectateurs alors que Neil s’en prenait à Tremayne en lui fichant le couteau suisse à la gorge et tant qu’à faire posant ses conditions d’une voix enrouée de colère : ils ne parleraient qu’à Reardon et en attendaient reprendraient leur vie normale. Elle adora son exigence de ne pas la voir retourner à la pêcherie. Qu’il énonce avec exactitude leur  véritable position laissa les autres bouche-bée, sans se trouver l’esprit de les empêcher de rentrer tranquillement chez eux.  Enfin, tranquillement, façon de dire, ils coururent tout le long. En arrivant chez eux, avant de dire quoique ce soit, ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre, s’embrassant comme si le monde devait finir l’instant suivant. Le souffle court, Lind se s’écarta, à peine, pour le regarder droit aux yeux.

Tu as été merveilleux, Neil, tu sais…je suis si heureuse d’être Mrs. Chesterfield…ta femme, après tout…peu importe que ce soit un pieux mensonge…pour moi, c’est vrai !
 
Et elle ne mentait ni exagérait.  Il était sa vérité, sa vie, son présent, futur et sans doute aussi son passé même si leur histoire tenait de l’extraordinaire. Question de se calmer un peu, Neil servit des boissons pour aller s’installer dans leur confortable séjour et faire le point.
 
Quelle soirée épouvantable…j’avoue  qu’à moment donné j’ai eu une de ces trouilles…et après ce type, Tremayne…pas commode, le mec…

Là, le ton de Neil se fit contrit, piteux presque.

Je suis désolé de ne pas...
 
De ne pas quoi ?, l’interrompit-elle en lui picorant le visage de baisers fous, de ne pas t’être laissé mener par le bout du nez ? De lui avoir tenu tête ?...Tu t’y es pris de la meilleure façon…tu as été magnifique, mon amour…parfait et je t’adore…pour ça et beaucoup d’autres choses !
 
Et de prouver fougueusement ses paroles mais même s’ils se perdirent longtemps dans les savants labyrinthes de l’amour, Neil ne cessait de réfléchir à leur « problème ».
 
On ne sait plus à qui se fier ici ǃ Qui nous dit que Tremayne ne sera pas pire qu'Higgins ou Müller réunis dès qu'il aura accès à la zone 51?
 
Lovée dans ses bras, Lind suivait attentivement ces réflexions.
 
La zone…c’est de cette plaque qu’il est question…
 
Ben oui... je l'ai découverte ce matin...
 
Elle se redressa, l’air chiffonné.

Ils parlaient donc d’une autre plaque quand Tremayne a assuré en avoir trouvé une…C’est vague dans mes souvenirs, il y en a plusieurs, si je ne me trompe…et tu ne vas pas leur parler de la tienne, n’est-ce pas ?
 
Il n’allait pas le faire, se méfiant des intentions de ces, toute somme faite, inconnus. Firth était leur contact et semblait honnête mais Neil assura qu’il n’en parlerait qu’au fameux colonel .

Sens de patrie et devoir doivent l'habiter, non? En tout cas que ce flic te menace a bien failli me faire...
 
N’y pense plus…suis sûre qu’il n’osera plus recommencer…enfin, j’espère…Tout va aller bien, mon chéri…tu es avec moi, ça me suffit !
 
Le lendemain, ils eurent la preuve que la houleuse rencontre de la veille au soir avait porté ses fruits.
 
Regarde-moi ça…on m’offre le poste que Maya a laissé vacant…Chouette et toi ?...QUOI ? La Milice ?

C'est du Firth pur, une idée pareille ǃ

 
Il doit bien avoir sa petite idée derrière la tête, soupira Lind sans vouloir s’imaginer ce que son chéri devrait endurer.
 
Timothy Firth l’attendait à son arrivée à la maison communale.

J’espère, Lind, que ce travail sera plus agréable que celui de la pêcherie.
 
Elle le considéra, un brin narquoise.
 
Allez savoir…ferai de mon mieux une fois que vous m’aurez indiqué mes tâches !
 
Il fut très vite clair qu’il n’y avait pas grand-chose à faire à part taper quelques memos à la machine, faire une paire de copies de ceci ou cela et avoir beaucoup de liberté pour se familiariser avec les lieux.
 
En étant employée ici, vous avez accès à quasiment tout, laissa tomber Firth avec un clin d’œil, mais soyez discrète, question de ne pas éveiller de suspicions.
 
Que voulez-vous que je découvre que vous n’ayez pas découvert vous-même, Tim ?…vous êtes dans le bain depuis le début.
 
Personne ne veut que vous découvriez quoi que ce soit, Lind…il suffira d’être attentive, écouter, consigner certains détails qui m’échapperaient…Il vous arrivera d’être quelque part où je ne serai pas…et d’entendre certaines choses qu’on ne dirait pas face à moi…Müller est méfiant mais a un faible pour les jolies femmes et vous avez l’air merveilleusement innocent.

 
Génial…secrétaire-appât…gentil poste celui-là !
 
Sitôt en place, Lindsay avait mis en exécution les conseils de M. le premier adjoint du maire. Sa première tâche fut celle de servir café au maire en personne. Elle ne l’avait, jusque-là,  que vu de loin. De près, le bonhomme lui résulta encore moins agréable. Cheveux ras, teint rougeaud, assez court de pattes et tendance à l’embonpoint, Gerd Müller était loin d’être le prototype du bel homme mais jouissait d’assez de pouvoir comme pour s’en ficher, il était le maître du bled et s’assurait d’en profiter amplement.
 
Voilà donc Mrs. Chesterfield…on m’avait dit que vous étiez mignonne …quel manque d’imagination, vous êtes magnifique !
 
Euh…merci !...Voici votre café, Herr Müller.
 
Il sourit, enjôleur.

Oublions le protocole, ma chère, ces lieux ne s’y prêtent guère, nous sommes tous, plus ou moins dans la même galère !
 
*Ouais…tu vogues et d’autres rament !*
 
Mais bien entendu, c’était son avis très personnel. Müller continua de débiter des compliments hors lieu, supposant, faudrait y croire, que toute femme à son service devait se pâmer de plaisir en écoutant ses niaiseries. Lind se contenta, faute de mieux, d’écouter sans piper mot.

J’espère, poursuivait-il, que vous serez très heureuse parmi nous, Lindsay…je serai ravi de vous accueillir à nos réunions hebdomadaires…
 
Merci, Herr Müller…mon mari et moi serons très honorés !

Ah, votre mari…je l’oubliais, celui-là !, grommela t’il, on l’a enrôlé dans la Milice, si je ne me trompe pas.
 
Soupir. Regard empreint de totale innocence.
 
Ben oui…sais pas ce qu’ils pourront en tirer…Neil est homme d’affaires pas soldat !
 
Müller se  caressa le menton, pensif, tout en souriant comme le chat qui a trouvé le pot de crème. Lind n’attendit pas à savoir ce qu’il pensait, faisant demi-tour, elle quitta le bureau. Sous ses boucles brunes, les idées entamaient une belle sarabande.
 
*Celui-là, il mijote quelque chose…rien de bon, sans doute…*
 
Le reste de la journée s’annonçait d’un ennui  total. Revenue à sa place après avoir gentiment fureté par-là, Lind fit le bilan. À part connaître Müller, elle avait croisé quelques-uns des employés municipaux qui la regardèrent d’un air suspicieux, se montrant à peine polis. Il ne fut pas difficile à déduire qu’elle n’était pas exactement bienvenue au sein du clan.

Tu as intérêt à faire ton boulot, sans poser des questions…on aime pas les curieux bons à rien ici !
 
LInd se contenta de dévisager la jeune femme qui venait de proférer ces mots de « chaleureux » accueil. Amanda Westlake,  longue, mince, la trentaine bien sonnée, aspect soigné jusqu’au bout de ses ongles parfaitement manucurés.
 
J’espère m’être fait comprendre !, insista la femme.
 
Reçu 5/5.
 
*Wow…ma première copine*
 
Elle commençait à penser aux poissons avec sincère affection.
 
Retrouver Neil en fin de journée tint du paradis. Si elle s’était ennuyée comme une huître, son beau mari semblait ne pas en avoir eu le temps. Il avait bel et bien été embauché dans la Milice où on ne traînait pas.
 
Ils me prennent pour Rambo ou que sais-je, et toi? ...  
 
Soupir.
 
Rien d’aussi héroïque…j’ai rencontré Müller . Il semble ravi de m’avoir dans le service municipal…les autres ? Euh…que dire ? Pas trop ravis…suis une intruse, la suspicion reste de mise mais Firth s’arrange pour que j’ai la liberté d’aller et venir à ma guise.

Vais terminer jaloux si ton idylle continue...
 
Aucun besoin, Mr. Chesterfield…je n’ai d’yeux que pour vous !
 
Qu’il faisait bon vivre avec lui à ses côtés.
 
Les jours passèrent, sans changement. Lindsay s’ennuyait poliment ou faisait semblant, tout en vaquant de-ci, de-là, compulsant des archives, lisant des chroniques, glanant toute possible information. Firth évitait de s’entretenir avec elle mais ne manquait jamais de sourire, rassurant, chaque fois qu’ils se croisaient.

Puis arriva le fameux matin.
 
Lindsay…On nous attend au bureau du boss.
 
Tiens. Timothy Firth avait l’air très énervé.
 
Quoi ? Réunion au sommet ?
 
Venez, Lind. Surtout gardez profil bas et ne dites rien.
 
Elle le suivit. Dans le bureau de Müller se trouvaient déjà trois autres employés plus un type qu’elle n’avait vu qu’en passant : le chef de la Milice, un certain Sternfeld qui prit la parole.

Vous cinq avez été choisis pour un exercice de sécurité. Vous suivez les indications au pied de la lettre et il ne vous arrivera rien de fâcheux.

Firth ne semblait pas plus rassuré pour autant, Lind commençait à se faire des idées aussi, passant outre les recommandations, elle voulut en savoir plus.

Quel genre d’exercice ?
 
Sans questions, petite dame, beugla  Sternfeld.
 
Ben non, quand même, suis dans mon droit de savoir ce qu’on attend de moi, tempêta t’elle, au grand désarroi des autres, on est libres de nos choix…ou non ?

Ici, ma belle, tu fais ce qu’on te dit, quand on te le dit de faire !
 
Charmant…et quoi si je veux pas ?
 
Le Milicien ricana, Müller sourit bêtement. Firth roula des yeux, au désespoir.
 
On te fera comprendre, si tu vois ce que je veux dire…Faites ce qu’on vous dit et vous serez récompensés !
 
Cinq minutes après, ils quittaient la maison communale, escortés par trois miliciens armés avec Sternfeld en tête de groupe.  Arrivés à la sortie du village on leur distribua des cagoules et ordonna de marcher droit devant. Le regard échangé entre les cinq « volontaires » fut de totale panique.
 
On vous a en mire, assura Sternfeld, un faux pas, un geste et vous êtes foutus.

*Seigneur…ils sont capables de nous abattre comme à des chiens…*
 
Restez près de moi, Lind, souffla Firth, on va s’en sortir.
 
Le coup de feu claqua, la glaçant sur place mais déjà le premier adjoint du Maire l’obligeait à se plaquer à terre alors qu'un ordre gueulé par mégaphone retentissait.

RENDEZ-VOUS ! NUL N’A LE DROIT DE QUITTER LE VILLAGE SANS PERMISSION. IDENTIFIEZ-VOUS, IL NE VOUS SERA FAIT AUCUN MAL !

*C’est un cauchemar…c’est un cauchemar !*
 
Se redressant, ils ôtèrent tous leur cagoule. Lindsay tremblait comme une feuille. Firth la soutint même s’il ne valait pas mieux.

Vont nous tuer…, gémit-elle.
 
Non, ça va aller…ce n’était qu’un exercice…, mais Firth tremblait de plus belle.
 
On les reconduisit à la case départ, oubliant mystérieusement la soi-disant récompense, personne ne songea à l’exiger.

Je…veux rentrer chez moi…
 
On n’y vit pas d’inconvénient. Aussitôt dans la sécurité relative de ses quatre murs, Lindsay se mit à pleurer convulsivement, affolée comme elle ne l’avait jamais été.

*C’est une histoire de fous…Pourquoi ils font ça ? Mon Dieu, Neil où es-tu ?*
 
Elle s’était à peine calmée quand il revint, en début de soirée. En tombant dans ses bras, elle réalisa que son mari tremblait en la serrant contre lui avec force.

J’ai peur Neil…si affreusement peur…si tu savais ce qui s’est passé ce matin…
 
Non seulement il savait mais avoua avoir été le tireur embusqué.
 
Quelle bande de salauds ! Si je n’avais pas vu ton bracelet…
 
C’est…mons…monstrueux…et si tu ne l’avais pas…vu…tu aurais… ?
 
NON, bien sûr que non, même sans toi là-dedans je n’aurais pas tiré…
 
Ils nous ont obligés…sinon…ils ont pas dit quoi…mais sans doute pas du joli à voir. Ils sont tous fous, Neil…Müller et les autres…

On se taille dès que possible, ma douce. C’est pire que sous notre Higgins !
 
S’il n’avait tenu qu’à elle, Lind aurait pris ses cliques et ses claques et fichu le camp illico mais le bon sens primant, ils attendirent. Pas bien longtemps, le soir suivant, ils furent de nouveau « enlevés » par les Rebelles et menés à une autre réunion secrète. Pas trace de Tremayne par contre, un couple très connu se tenait au bout de la table.

Josh ! Maya !
 
Ils n’étaient pas seuls. Un homme d’allure martiale, cheveux gris et regard perçant les accompagnait. Le colonel Reardon, en personne.

Excusez-nous pour ces mesures Mr. et Mrs. Chesterfield…J’ai été mis au courant de certains… désagréments vous concernant. Nous n’attendons que votre entière collaboration pour que cesse la suspicion. Jusqu’ici, vous n’avez pas paru particulièrement désireux de coopérer, je me trompe ?

Coup d’œil de biais vers Firth qui semblait dans ses petits souliers. Neil ne se priva pas de donner la réplique. Elle prit le relais avec vigueur :

La faute à qui ?...Le flic rencontré l’autre soir n’était pas exactement le meilleur agent recruteur que je connaisse…une brute. Mais enfin…espérons que vous serez un peu plus convainquant…

Le colonel eut un sourire en coin, d’autant plus que la brute en question venait de sortir de l’ombre et avait sans doute tout entendu. Lind l’ignora, olympienne, prêtant toute attention aux paroles du chef. L’homme fit étal de sagesse, reconnaissant leur droit à suspicion , assurant pouvoir les convaincre de la légitimité de sa croisade mais laissant cette mission en main de Josh et Maya qui eux, semblaient très impliqués dans l’affaire.

Ceci dit, on les laissa remonter chez les Jeffrey en compagnie du couple. Volets clos, conciliabules à voix basse. Maya exposa tranquillement la situation, les surprenant avec  un aveu de capitale importance, comme quoi le cher colonel ne serait autre que son parrain bien-aimé et digne de son absolue confiance.
 
*Et pour ça…on doit suivre gentiment le mouvement…au moins le mec me semble plus fiable que cette ordure de Müller… Zut, elle va où avec Neil, Blondie ?*

Pas bien loin. Déjà Josh s’approchait, sourire aux lèvres, avec son air de prédateur plein de charme.
 
Ça va sœurette ?

 
Mais voyons…on se marre comme des fous, c’est le paradis de mes rêves…Josh, ces gens sont dingues mais ça, tu le sais déjà…et toi, ça va bien ?

Il esquissa un sourire las.
 
Ouais, tu vois, ça baigne quoique je ne l’ai pas eu trop rose…
 
Vraiment ? Toi, le grand débrouillard ? Ne me dis pas que Maya joue les irréductibles…
 
Apparemment c’était justement de cela qu’il s’agissait.
 
Par contre, toi et Chest, on dirait que…
 
C’est une autre histoire, coupa t’elle vivement. Il obtempéra mais voulut en savoir plus long sur les supposées prémonitions auxquelles serait sujet Neil.

D’abord, ce ne sont pas idioties…ça, tu as commencé à le confirmer avec le naufrage et si tu étais resté un peu plus au village au lieu de filer, tu en saurais plus…En quelque sorte, l’histoire que nous avons vécue… « avant » se répète avec certains changements…et en plus moche…Müller est un tyran de la pire espèce…et sans doute, il veut étendre son pouvoir…heureusement qu’il semble ne pas encore avoir découvert la Plaque principale…en tout cas, on doit l’en empêcher parce que s’il le fait…on est tous fichus pour de bon…

Neil a donc des… « souvenirs » d’ici ?... Il y a une autre plaque ? Elle va où ?..
 
Oui, il a des souvenirs…moi aussi mais pas trop clairs. Quant à l’autre Plaque…je laisse plutôt à Neil le loisir de t’expliquer, la seule chose que je sais est que ça mènerait à un arsenal très sophistiqué et Dieu sait quoi d’autre…
 
Ils étaient en plein dans les explications quand, sans préavis, porte et fenêtres volèrent en éclats. La Milice les prenait d’assaut.

TOUT LE MONDE EST EN ÉTAT D’ARRESTATION !, gueula le chef de l’assaut en tirant une rafale en l’air à mode dissuasif. 
 
*On est cuits !*
 
La suite fut confuse. Ordres, coups de feu et puis cette douleur fulgurante qui la plaqua au sol alors que Neil voulait l’entraîner à l’abri. Encore plus de cris alors qu’elle se sentait dériver loin de là. Puis on la releva. Course éperdue.  Ils fuyaient. En un sursaut de conscience, Lindsay ouvrit les yeux et reconnut son sauveur. Josh la portait, serrée contre lui. Il y avait du sang sur son visage.
 
Neil…où est Neil ?, souffla t’elle avec effort.
 
Il suivait. Tout allait bien. Elle s’évanouit pour de bon.

À son retour des limbes, elle se trouva allongée dans un lit de camp, Neil penché sur elle, l’air torturé d’angoisse.
 
Tu es là…j’ai…eu si peur…que s’est-il passé ?
 
Neil la mit succinctement au courant des derniers évènements en caressant doucement ses cheveux, l’embrassant tendrement.  Elle avait reçu une balle dans l’épaule,  douloureux mais sans trop de gravité. Ils se trouvaient en sécurité au campement rebelle. L’attaque de la Milice avait été efficacement repoussée par les hommes de Reardon venus à la rescousse dès les premiers échanges de feu.
 
Je ne me souviens que de Josh…il me portait !
 
Neil émit un grognement inintelligible, signe indubitable de son mécontentement.
 
Tu es fâché…Mais Neil…Josh  est comme mon grand frère… 
 
Apparemment, cette idée ne tenait pas trop le chemin et fut confortée quand « grand-frère » vint prendre de ses nouvelles se montrant adorable et prévenant, s’enquérant sur un quelconque vœu qu’elle put avoir, feignant ne pas remarquer les œillades furieuses de Neil et plus tard celles de Maya venue aussi aux nouvelles.
 
Arrête d’être si …comme ça…veux pas de crime passionnel par ma faute !
 
Il se contenta de lui cligner un œil et poursuivre joyeusement avec son manège tout en discutant avec  les autres sur la possibilité d’avoir un traître dans leurs rangs.

On lui avait tiré dessus, ils étaient en fuite,  avaient pris le maquis avec un groupe d’inconnus dont l’un était sûrement un traître et la Milice serait sans doute lancée à leurs trousses.

Les perspectives pour un nouveau commencement n’étaient, certainement , pas les meilleures…
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Neil Chesterfield

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MessageSujet: Re: Sauvés?    Sam 29 Juin - 10:04

Odeurs de sang et de poudre, détonations puis vision d’horreur :

LIND !!

 À moitié sourd par les coups de feu, la bousculade qui s’en suivit, Neil refusait de croire à ce qu’il voyait.  Ce n’était pas possible ! Lind blessée ? Trop chamboulé il ne se posa pas de question en suivant la débandade du repli.

L’unique issue de secours était via la cave. Béni soit les organisateurs de la réunion !

 On y redescendit à toutes jambes tandis que ça canardait ferme en haut. Josh portait Lind…

De sa folle course, Neil ne se souvint que de bribes. Maya avait tenté des mots de réconforts mais il n’avait rien entendu. 

Comme dans un état second, il s’était contenté de suivre le train d’enfer imposé dehors par Reardon et ses hommes. S’il enregistra des détails de cette fuite en avant, il ne chercha pas à les analyser, focalisé sur les maux de sa femme.

En vrac, passé supposé et présent très actuel s’embrouillaient, l’embrouillaient.

Avaient-ils vraiment passé les portes et caves de la maison commune pour se retrouver en plein bois ? Il y penserait plus tard. 

Lind fut confiée aux soins du toubib local. Un bref instant, Neil espéra :

*Dan… ?*

Des flashes intenses s’imposèrent à lui dans l’état de choc où il demeura le temps de l’examen du praticien. Souvenirs réels ou hallucinations ?

Là, Lindsay l’embrassait dans leur villa puis c’était Dan qu’elle enlaçait… Bagarre dans une piscine… une mine de diamants… Lind enlevée par des sauvages à cheval…

Hey ! Vous pouvez y aller !

Groggy, Neil alla au chevet de sa femme qui, heureusement, ne souffrait que d’une blessure légère. La balle lui avait traversé l’épaule. Longue et douloureuse serait la récupération. Il la veilla longuement, guettant le moindre signe d’éveil, lui caressant le front moite en lui pressant sa main valide. Quand enfin il se manifesta, Neil dit, étranglé d’émotions :

Mon amour…


 Tu es là… j’ai… eu si peur… que s’est-il passé ?

Il l’embrassa avec une douceur infinie et lui fit un très bref topo.  Il ne put s’empêcher d’allonger la mine lorsqu’elle avoua ne se souvenir que de ce damné Cromwell qui la transportait. Elle le remarqua : 

 Tu es fâché… Mais Neil… Josh  est comme mon grand frère…


*et je suis le père Noël…* 

Histoire de démontrer son prétendu « rôle » ledit frangin rappliqua et l’éjecta presque de son siège pour prendre le relai au chevet de Lind. Il ne voyait que le dos du rebelle mais l’expression sur les traits de Lindsay lui fit un mal de chien. Il suivit de loin leurs échanges qu’interrompit Maya venue aux nouvelles. 

Ouf, elle réclamait que Josh la suive ! Enfin seuls…

Lui tirer la gueule était exclu, il était trop content de la revoir consciente.  Il effaça ses rides soucieuses, s’enquérant :

As-tu faim ? Manger te fera du bien, j’en suis sûr…

Elle avait soif, il l’aida à boire en douceur. Apaisée, elle retomba sur son oreiller :

Repose-toi ! Je ne suis pas loin… 

Elle s’endormit ; il s’étira, endolori de partout. Les heures passées sur un siège inconfortable dans un esprit en éveil angoissé le marquaient. Il basculait en arrière quand on le secoua :

Mr. Chesterfield, murmura un des hommes du camp, le colonel souhaiterait…

Ok, grogna-t-il, crevé par sa nuit blanche.

Une « assistante » prit le relai près de Lind. Il suivit le maquisard inconnu, en s’étonnant du dédale de tunnels empruntés. Quel était donc cet endroit ? Il ne conservait aucun « souvenir » d’installations pareilles. 

Dans ses quartiers, genre état-major de brousse, Reardon faisait les cents pas près d’une table sur laquelle s’étalait une carte topographique. Assis non loin, Cromwell, Maya et deux autres « soldats » gardaient le silence en regardant le chef soucieux. 

Les visages se tournant  vers lui à son entrée, il grimaça un sourire :

Elle va bien !


Nous sommes ravis de l’entendre, dit le colonel. Pardonnez-moi de vous soustraire à un repos mérité mais l’heure est grave : on nous a vendus à Müller !

*M’en serais pas douté…*

Timothy Firth n’étant pas rentré, nous ne savons que penser…

Vous n’êtes pas sérieux, hein ? Lui, un traître ? Il se sera fait chopper, le pauvre…

Asseyez-vous, Neil.  Il est très important que vous nous détailliez tous vos entretiens avec Timothy.

En somme, nul ne croyait vraiment Tim coupable mais il était primordial, pour la sécurité de tous, de déterminer jusqu’où s’étendaient ses connaissances.

Remonté par du café fort et des biscuits, Chesterfield narra sans rien omettre. 

… Donc, selon vous, il ignore complètement l’existence de ces lieux, c’est ça ?

Je les découvre aussi, avoua Neil au soulagement évident du chef. À mon humble avis, la taupe est bien issue du village mais pas de votre cercle intime sinon on serait déjà investi par la milice, non ?

Explosifs et détonateurs sont prêts à boucher ce passage, au besoin.

Ses amis et lui sursautèrent, choqués. Tour à tour ils prirent la parole s’accordant sur un fait : c’était folie de vivre près d’une poudrière. Reardon agita les mains en apaisement :

Inutile de vous énerver. Tout est calculé.

Parce que vous avez un ingénieur civil dans vos rangs ? Mon œil ! Dès que Lind est en forme, on remonte ! 

Maya abonda avec vigueur. Josh émit une remarque ironique où il était question de froussard mais aussi, mettant en exergue la blessure de Lindsay, la collaboration.   

… J’appelle ça de la manipulation, moi ! Vous voulez l’arsenal, n’est-ce pas ? Avec quelques pétards vous êtes déjà prêts à tout faire sauter et vous croyez que je vais vous montrer comment accéder à bien pire ? Vous n’avez aucune idée de ce qu’il y a là-dedans ! J’en ai pas compris la moitié !

La grande gueule de Josh risqua de s’en prendre en plein sans l’intervention de Miss Clairborne qu’emboîta son parrain :

 La paix, les jeunes ! Vous vous méprenez sur nos intentions, Neil ! Vous nous ferez part ou non de vos « souvenirs » quand vous le jugerez bon mais songeons d’abord à Tim. S’il est aux mains de Müller, je ne donne pas cher de sa peau…  Nous savons le sort réservé aux traîtres vrais ou… supposés tels !

Chesterfield sentit un frisson d’horreur lui parcourir l’échine. D’après ce qu’il avait pu constater lui-même Müller était possédé d’un soupçon de folie et il ne reculerait devant rien pour faire avouer n’importe quoi à n’importe qui.

Posément, comme s’il lisait les pensées de l’ex-PDG, Reardon exposa ses idées :

Autant que je sache, nos partisans du village ignorent effectivement tout de ce passage via la maison commune… à moins que l’un de nous n’ait cafté, ce dont je doute.

Il regarda avec intérêt Josh et Maya qui approuvèrent en silence. 

Nous avons un avantage stratégique incomparable avec ce passage direct et, je sais que cela ne va pas vous plaire, je crains qu’il ne nous faille abandonner Tim à son sort… C’est une question de survie pour nous tous !

Seul Josh la boucla. Maya, tout comme Neil s’outrèrent vertement mais Readon demeura inflexible :

Il ne s’agit pas de cruauté Maya, ni d’un dommage collatéral. C’est juste une question de bon sens. Si Müller était un imbécile, je tenterais bien le coup. C’est sans doute ce qu’il attend : que l’on y aille. Cependant, je ne risquerai pas de dévoiler un atout majeur, ni de perdre des vies pour un seul homme. Tim est un brave. Il connaissait les risques.  


Même si au fond de lui Neil comprenait, il en resta passablement écoeuré. Il obtint l’autorisation de vider les lieux pour se rendre immédiatement au chevet de Lindsay qu’il trouva plus alerte sur ses coussins :

Ça va ? Pas trop mal ? … Parfait alors !

Elle avait avalé du bouillon de viande, se sentait assez en forme. D’ailleurs, elle ne rata pas  l’abattement de son mari :

… Tim n’a pas suivi… non, on n’y va pas… T’énerve pas ! C’est révoltant, je sais… Bien que je n’approuve pas, je comprends Reardon. 

Ils débattirent un peu, aussi las l’un que l’autre. Chère Lind… Elle l’envoya se reposer avec ferme douceur.

Un peu de sommeil ne lui ferait pas de mal, en effet. Il en profita durant trois heures pleines avant d’en être tiré par les cheveux.

Aïe ! se débattit-il à grands gestes contre un ennemi inconnu. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?


La petite boule de poils couina fortement puis s’enfuit non sans lui avoir montré la langue en sortant.

Il n’avait pas rêvé, il avait bel et bien été « attaqué » par un singe qui, comme par hasard, était le grand copain de Cromwell. Maya le mit au parfum lors du déjeuner pris en communauté à l’extérieur.

Qui se ressemble s’assemble, grogna Neil rancunier envers le facétieux animal. Il s’est passé des choses pendant ma déconnexion ?

Il disait cela pour la forme car le campement n’avait rien d’un club de vacances. La surveillance des alentours avait été renforcée. La nervosité était palpable. On redoutait manifestement une invasion ennemie.

Miss Clairborne ne fit aucun mystère sur son ralliement à la résistance, ne se gênant pas d’encenser son parrain à l’occasion.

Il en eut un peu ras le bol au bout d’un moment :

Avoue que l’on t’a chargée de me convaincre de rallier votre cause !

D’une franchise extraordinaire, elle ne dissimula rien. La situation était on ne peu plus claire : sans renforts armés, ils étaient condamnés à plus ou moins court terme à subir le joug de Müller et ses sbires.

Tout en l’écoutant, Neil se demanda où était passé Cromwell. Il le sut bientôt en le voyant, radieux, en train de guider une Lindsay pâlotte vers eux. Neil bondit à leur rencontre, non sans rouscailler :

Quelle est cette folie ? ( regard noir vers  Josh) Tu ne serais pas mieux dans ton lit, ma chérie ? ( attendri)

Le chien qui traînait dans leur sillage faillit le faire trébucher, au plus grand amusement du grand blond.  Lind se voulut rassurante, elle se sentait très bien, en avait marre d’être sous terre, avait besoin d’air.

La fin du repas fut maussade pour Neil qui ne digérait pas les attentions perpétuelles de Cromwell envers sa « sœur ». Maya semblait en rire intérieurement, comme si elle était au courant de choses qu’il ignorait.

*Un de ces 4 je lui renterai dedans !*

Il avait beau se persuader que Cromwell ne faisait que « jouer » avec ses nerfs, ce gars méritait une correction. N’avait-il pas tenté de l’empoisonner sur le bateau ? Il avait totale confiance en sa femme mais… 

La ration de midi était légère, heureusement… Car sitôt la dernière bouchée avalée, on passa à l’entraînement physique. On avait signifié un choix aux nouveaux arrivants : entretien, c’est-à-dire cuisine, lessives, latrines, ou soldat. Lind était dispensée d’office en raison de sa blessure. Lui… Il n’allait quand même pas récurer des casseroles pendant que Cromwell paraderait aux exercices, non ? 

Un duel sans merci se déroula alors. L’ennui est que les rivaux pétaient tous les deux la forme.

Course d’obstacles, pompes, tir à l’arc les opposa en parfaite égalité du score virtuel qu’ils s’imposèrent.

*Vais me tuer à ce rythme !* songea Neil, un poil essoufflé.

Pour rien au monde, il n’aurait abandonné et, apparemment Josh ne désarmait pas non plus. 

Les uns après les autres, tous les soldats avaient jeté l’éponge. Ils constituaient à présent un public attentif à cette joute somme toute distrayante.

Reardon, probablement mis au courant, arriva sur le terrain. S’il sourit en coin, nul ne le vit. Il beugla :

Messieurs, si vous avez un oeuf à peler, j’autorise… la lutte libre !

Il se campa sur ses jambes écartées, mains derrière le dos, prêt à assister au combat.

Déjà les futurs jouteurs se débarrassaient de leur lourd équipement quand, dans un parfait duo, Lind et Maya intervinrent verbalement, leur promettant un sort peu enviable s’ils ne cessaient pas de faire les imbéciles. Neil ne savait pas ce que Josh pouvait ressentir mais lui fut frustré et… soulagé à la fois.

Plus tard, lorsqu’ils se retrouvèrent dans leur cellule personnelle, il devait avouer à son épouse :

Je sais que c’était idiot. Je n’ai pas pu m’en empêcher. Comment supportes-tu ce mec ?

Elle rigola, en lui racontant sûrement du n’importe quoi.

Des questions bien plus sérieuses se posaient cependant. Reardon et Josh avaient « travaillé » Lind pour qu’elle fasse pencher la balance en leur faveur.  Dans le fond, leurs points de vue se rejoignaient quant à la finalité :

… tu as raison ; je pense pareil. Je vais leur montrer la plaque…  mais j’aimerais que, d’abord, ils me montrent la leur, celle qui ne fonctionne pas… Je ne sais pas si celle découverte marche, non. Je ne l’ai pas testée.

Intérieurement, Neil espéra que rien ne fonctionnerait.  

La plaque des rebelles était en plein bois, sur leur versant. Terne, elle ne ressemblait pas aux souvenirs de Neil. Tous l’essayèrent pourtant… en vain.

Elle doit être défectueuse, soupira Neil faussement contrit. La mienne, malheureusement, est située complètement à l’opposé, sur l’autre colline… va falloir des jours pour s’y rendre sans se faire repérer…


Ce en quoi, il se trompait. Reardon expliqua que l’ingénieur du cru – un certain Vandame- avait mené une exploration pointue du réseau souterrain qui s’était avéré beaucoup plus étendu que prévu.  Un tunnel passait non loin de la zone indiquée par Neil sur la carte d’état-major.    

Avant de se mettre en route, Neil embrassa son épouse restée en arrière :

On fera aussi vite que possible, mon amour ! Ne fais pas d’excès, je t’en conjure !

Elle le rassura du mieux possible, confiante puisque le plus gros des « troupes » restait en alerte à ses côtés. 

C’était fou ces raccourcis ! En une heure de trajet souterrain, ils arrivèrent au point le plus proche désigné. Évidemment, personne n’avait d’idée quant à l’épaisseur à creuser vers la surface.

Tous s’y mirent à tour de rôle dans la sueur et la poussière.  Étançons, ventilation, tout baigna et, cinq mètres plus tard, de l’herbe tomba dans le puits ainsi qu’une lumière aveuglante.

Pas joli le groupe qui émergea au soleil ! 

Crasseux, épuisés, ils s’affalèrent dans la clairière non loin de laquelle coulait vivement une petite rivière. Ils ‘y abreuvèrent avec bonheur un petit moment puis Neil s’ébaubit :

C’est dingue !

En deux jours la nature s’était transformée. Les étendues stériles entrevues alors verdissaient gaiment.

Ramené à l’ordre par Reardon, le jeune homme mena ses compagnons à la fameuse plaque dégagée antérieurement.

Celle-là rayonnait d’une clarté intense. Josh s’y précipita et, pour la plus grande joie de Neil, y resta planté comme un navet.

Ce n’est pas drôle, réprimanda le colonel. Elle est pourtant différente de la nôtre. Connolly,  essayez !

Au bout de cinq essais, les mines s’allongèrent. Maya barra le chemin au nouveau candidat en plaisantant sur un éventuel sexisme de la plaque. Tonton n’approuva pas mais ne sut retenir son impétueuse nièce qui dès le second pied posé, brusquement, disparut.

NdD c’est quoi ce Bordel ? cria Reardon qui eut beau sauter à pieds joints sur la plaque pour rejoindre sa filleule disparue.

Neil réfléchissait à toute pompe. Soit Maya avait raison et la plaque était sexiste, soit…

Je m’avance peut-être, dit-il en hésitant. Si je ne m’abuse, elle est la seule de ce groupe à avoir été embauchée par le maire, non ? 

Où veux-tu en venir, Neil ? s’énerva le colonel.

Ça a l’air dingue mais je pense que tout est relié, les plaques, en tout cas, à la fonction occupée au village.

Josh l’aurait bouffé tout cru si Reardon ne s’était pas interposé :

Il suffit ! Poursuivez, Neil.

Les plaques ne s’ouvrent qu’aux employés de la mairie et à leur chef ! Je le répète, c’est dingue, mais…

Josh poussa un juron, l’invectiva et, sans plus, le propulsa sur la plaque.
En un clin d’œil, il rejoignit Maya…  
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Lindsay Fairchild

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MessageSujet: Re: Sauvés?    Mar 9 Juil - 0:33

Je suis en train de rêver !, décida-t’elle, dans un essai, assez mal réussi, de se libérer de ce chamboulement extrême.

Cela aurait été très accommodant.  Elle se réveillerait de ce rêve farfelu, resterait songeuse un moment jusqu’à ce que Nana Bell, toujours impérieusement ponctuelle ne vienne tirer les rideaux de sa chambre en l’enjoignant de bien vouloir arrêter de paresser. Nana encenserait les bontés du climat, ce serait en été et une merveilleuse lumière déferlerait dans sa chambre. Une nouvelle journée commencerait alors et la vie serait comme avant. Elle prendrait une douche rapide et rejoindrait ses parents pour le petit déjeuner. Tout serait en ordre. Maman discuterait sur le planning du jour et Papa ferait semblant de l’écouter en buvant son café, la tête ailleurs, brûlant d’envie de prendre son journal et réviser le cours de la Bourse ou les résultats sportifs.

Mais non. Elle gisait dans un lit de camp, à l’infirmerie d’un campement rebelle régenté par un marine caractériel au milieu d’un mouvement de sédition contre un tyran joufflu. Absurde. Mais réel. Il fallait avouer que ses réalités à elle, avaient viré de cap d’une manière abrupte et surprenante. Miss Lindsay Fairchild, enfant chérie et fleur de la fine société new-yorkaise, était devenue comploteuse en pleine intrigue, s’était pris une balle et par la force des choses, pris le maquis. Pas exactement ce que Maman aurait envisagé pour son futur. La souffrance entraîne réflexion, paraît-il, et la réflexion a l’incommodante habitude d’obliger à une substantielle révision de schémas établis et principes rabâchés la vie durant.

Lind n’aimait pas ce genre de révision. Du coup, elle se découvrait coupable de bien de fautes, toutes entorses innommables aux stricts principes inculqués. Bien sûr, elle pouvait tourner en sa faveur le fait d’avoir dû procéder ainsi par strict besoin de survie. Oui, un mensonge par-ci et un autre par-là sont parfois très nécessaires pour se tirer d’affaire. La faute était moindre. Mais quand on s’y englue en toute joie de cœur et on maintient jusqu’aux dernières conséquences, ça devient grave. Quand on en est parfaite conscient, digne de blâme. Certes, elle avait un complice. Qu’elle avait poussé pratiquement à le devenir.

Soupir. Le pire de tout est qu’au lieu de se morfondre dans le remords, Lind jouissait de chaque seconde de son mensonge. Mrs. Chesterfield. Quelle peu orthodoxe manière de se trouver un mari. Et pas des moindres. Les yeux mi-clos elle le regarda, à demi écroulé à sa place, perclus de fatigue de l’avoir veillée.  Maman pousserait des hauts cris, Papa secouerait la tête mais ils finiraient par accepter qu’elle ne pourrait avoir trouvé meilleur homme au monde. Tout cela, si un jour ils revenaient à leur vie d’avant…

Elle avait dû s’endormir. En ouvrant les yeux de nouveau, une jeune femme souriante s’enquit sur son état.

Je pense que mieux, merci…Il me semble avoir dormi des siècles !
 
C’est très bien comme ça ! Mon nom est Cheryl, suis infirmière-auxiliaire. Tu n’as pas de fièvre, la blessure cicatrise bien et tu as bonne mine, j’ai là un peu de bouillon qui te fera reprendre un peu les forces…Je t’aide à t’accommoder pour pouvoir manger, c’est bon ?
 
C’est gentil, merci…dis-moi…tu sais ce qui s’est passé ?
 
Cheryl secoua la tête. Elle ne savait pas grand-chose ou ne voulait pas en parler. Lind n’insista pas et but le bouillon présenté qui la revigora tant et si bien qu’elle se trouva à demander à Cheryl de l’aider à faire un brin de toilette. Juste à temps pour recevoir la visite de son chéri qui lui arborait une mine plus que chiffonnée. Elle ne tarda pas à en connaitre la raison.
 
Tim n’a pas suivi…
 
C’est affreux…mais on va aller le chercher, bien sûr !
 
Non, on n’y va pas…
 
Même si ça lui tira une grimace de douleur, elle se redressa, abasourdie.
 
Comment ça qu’on ne va pas le chercher ? On va le laisser en main de ce porc de Müller !? C’est le condamner…c’est…
 
C’est révoltant, je sais… Bien que je n’approuve pas, je comprends Reardon. 
 
Ah !? Tu le comprends maintenant…et bien moi non ! C’est répugnant…je pensais que les Marines ne laissaient jamais un des leurs en arrière…
 
Mais celle-ci n’était pas une histoire de Marines. C’était nettement une affaire de lutte et survie. Oppresseurs et opprimés. Faibles et forts.  Discerner juste de faux devenait ardu, il fallait juste décider de quel côté on se rangeait. Celui-là semblait le bon mais ce pouvait être aussi le mauvais. Les prétentions des deux camps se ressemblaient ou du moins ça en avait tout l’air. Ce n’était qu’une simple joute pour le pouvoir. Müller était un tyran, cela ne restait plus à prouver. Qui assurait que Reardon n’en deviendrait pas autant une fois l’adversaire vaincu ?

Soupir.
 
Ma mère a toujours assuré que je suis une impulsive mais au fond, bonne juge de caractères…Reardon a tout de l’homme intègre à qui on sent pouvoir confier sa vie…Si on se goure, on est foutus…mais si on y pense bien, mon amour…on n’a plus grand-chose à perdre, non ?

Le débat aurait pu être prenant mais les circonstances s’y prêtaient mal. Elle était encore sonnée par les évènements de la veille et lui claqué pour la même raison.

On aura tout le temps d’en parler, mon chéri, ce que tu devrais faire maintenant est dormir un peu…tu as l’air d’en avoir rudement besoin…je vais dormir aussi…les médocs, tu sais…Je t’aime, Neil !

Lui aussi. Son petit monde était en ordre et cela lui suffisait. Deux minutes plus tard, elle dormait profondément, un sourire heureux aux lèvres. Sommeil sans rêves d’où elle émergea doucement en entendant que quelqu’un entrait. Adorable et prévenant, Josh Cromwell s’enquit sur sa santé avant de lui proposer un petit déjeuner au lit. Son estomac gargouilla d’enthousiasme.
 
Quelle idée fantastique…je meurs de faim !
 
Peu après, elle se délectait de ses œufs au plat et son café tout en prenant des nouvelles.
 
Neil m’a raconté pour Firth…c’est terrible, j’espère que…enfin...tu sais. Mais et du reste ? Ça marche ?
 
La situation, en général, semblait contrôlée pour autant qu’on puisse le faire.
 
Reardon est très prudent et efficace, crois-moi !
 
Je ne l’aurais jamais mis en doute. Et Maya ? Tout va bien entre vous deux ?
 
Selon lui, oui. Ils avaient, à ses dires, trouvé un compromis. Josh ne s’étendit pas en détails et Lind n’en demanda pas non plus, d’ailleurs la miss en question ne tarda pas à pointer son joli nez et après s’être poliment enquise sur son état, emmena Josh.

Cheryl, bonne âme se dévoua pour l’aider à se rafraîchir comme il se doit et s’habiller décemment.
 
Dès qu’on m’en donne l’opportunité, je monte, déclara t’elle, je me demande où est passé Neil ?
 
Lequel des deux grands blonds ?, s’enquit Cheryl, amusée, parce qu’ils sont deux à être aux petits soins…tu en as de la chance, deux gars superbes…et moi, pas un seul !

Euh…mais non voyons…enfin, normal qu’ils s’occupent de moi…l’un est…mon frère et l’autre mon mari !, assura t’elle, angélique.
 
*Menteuse consommée...premier prix*
 
La matinée traîna en longueur, tout le monde avait son occupation et pas de temps à perdre. Et ce fut encore Josh qui vint la sauver de tant d’ennui.

Tu es un régal pour les yeux, ma chérie ! Tu vas mieux, vrai ?
 
Elle sourit, ravie.
 
Pas à dire, tu sais t’y prendre pour remonter le moral d’une fille ! Mais raconte…où on en est ? Des nouvelles de Tim ?

Il n’y en avait pas. Selon Josh, Firth ne cafterait pas même sous torture. Elle souhaita que cela ne fût pas nécessaire. Josh fit un peu le pitre, question alléger la tension puis passa à plus sérieux.
 
Dis, on a vraiment besoin de cet arsenal. D’après ce que j’ai pu lire une partie du journal de McIntosh, c’est énorme… dur à avaler mais puisque toi et Neil…
 
Ah, tu as lu ça !  Oui, pas facile à croire mais c’est bien comme ça…J’ai des souvenirs, oui…mais c’est flou. Ce sont des flashes…des bribes. La seule chose qui est très claire est que Neil et moi on était alors ensemble…C’est le premier souvenir qui m’a frappée, encore à bord du bateau, quand je l’ai vu la première fois…C’était partagé…on n’a fait que suivre cette espèce d’instinct qui nous poussait l’un vers l’autre…tu connais la suite… mais revenons à nos moutons…Oui, je crois connaître la fameuse zone 51 mais ne peux pas te dire ce qu’on peut y trouver…c’est trouble, je te dis…Je me souviens vaguement de choses bizarres…une attaque de pirates…un conquistador puis un voyage extraordinaire avec Dan…je ne saurais dire rien de concret…en tout cas, il se passait des choses très étranges ici…
 
Il écouta sans l’interrompre mais quand elle finit , il eut un de ses sourires en coin en lui tapotant la main.
 
Veux pas être sadique, mais tu aurais dû choisir le toubib…
 
Tu es un affreux bonhomme, Joshua Cromwell !, pouffa t’elle en lui appliquant une petite claque sur la joue, j’aime Neil….et tu n’as rien à redire.

Il aurait été, sans aucun doute, un merveilleux grand frère. Pour se faire pardonner, il ne trouva rien de mieux que l’emmener prendre de l’air en assurant qu’on devait déjà servir le déjeuner à la cantine. Elle accepta sans se faire prier et peu après sortait au grand jour, dûment soutenue  par son providentiel frangin.

Impossible de rater l’expression outrée de son mari en les voyant approcher.

Tu l’as fait exprès pour le faire enrager…tu es impossible, Josh !
 
L’autre se contenta de rigoler alors que Neil fonçait sur eux.
 
Quelle est cette folie ? (regard noir vers  Josh) Tu ne serais pas mieux dans ton lit, ma chérie ? (attendri).
 
Elle fourra gentiment son coude dans les côtes de Josh et passa illico aux bras aimants de son chéri.
 
Je me sens beaucoup mieux, mon amour…rester enfermée en bas me laissait périr d’ennui…l’air frais, c’est bon pour la santé !

À table, Josh poursuivit son cirque sous l’œil enragé de Neil et celui amusé de Maya. Il la traitait vraiment comme si elle était sa petite sœur handicapée et malade. Il prenait un malin plaisir à casser les pieds de Neil. Certes il avait ses raisons mais elle avait cru qu’avec le naufrage et tout ce qui leur tombait dessus Cromwell trouverait un exutoire à ses vieilles rancœurs, ce qui apparemment n’était pas le cas et son mari chéri réagissait exactement comme l’autre s’y attendait.

*Des vrais gosses, ces deux-là !*
 
Un regard échangé avec la blonde Maya l’informa ne pas être la seule à penser ce que la suite prouva largement.  À la fin du repas, l’instructeur de service crut bon les informer sur ce qu’on attendait d’eux. On n’était pas là pour se la couler en douce et chacun avait une tâche à accomplir. Le choix était simple : passif ou actif. Soit on faisait ménage et cuisine, soit on s’entraînait dur. Impossible supposer que Neil préférait jouer la parfaite ménagère alors que Josh brillerait comme guerrier endurci.  Pour le moment, elle était dispensée de choix mais ça viendrait.

Le spectacle  valait le détour.  Sous la houlette de l’instructeur, le groupe entreprit les exercices d’entraînement. Au début rien de bien méchant, de la pure routine d’échauffement, selon ce qu’expliquait Maya. Vint le parcours d’obstacles. Un petit tour de deux kilomètres en courant, chargés du barda conséquent. La moitié ne tint pas le coup. En tête de parcours, crottés jusqu’aux sourcils, les acharnés de service. Franchir le mur, grimper à la corde, petit parcours sur passerelles suspendues entre les arbres. Tels des singes enragés, ces deux messieurs s’éclataient alors que leurs camarades de combat tombaient comme des fruits mûrs.
 
Soutenue par Maya, Lind avait tenu à suivre les péripéties du plus près possible ou sinon munie des jumelles fournies par miss Clairborne.
 
Où en veulent ils venir, ces deux-là !?...Bon sang, ils sont dingues…mais pas à dire, ils sont en forme…
 
À la fin même l’instructeur était à bout de souffle, Cromwell et Chesterfield animés par quelque fougue meurtrière ne demandaient qu’à continuer jusqu’aux dernières conséquences. Le colonel Reardon qui avait lui aussi suivi ce singulier duel crut bon mettre fin au cirque en grondant :

Messieurs, si vous avez un œuf à peler, j’autorise… la lutte libre !
 
Maya…ils vont s’entre-tuer, ces  deux cons…faut les arrêter !
 
La blonde était tout à fait d’accord. Les adversaires débarrassés de leur barda se jaugeaient avant de se sauter dessus.

Arrête tout de suite, Neil Chesterfield ou c’est la dernière fois de ta vie que je te regarde…C’est quoi, ce cirque débile ? Vous pouvez pas mettre au clair vos trucs autrement que comme des hommes des cavernes ?
 
Maya tenait des propos semblables à son blond. Le résultat fut l’escompté. Pas de combat à mort. Inutile de leur demander de serrer la main et se faire amis, ça viendrait ou pas, le temps dirait.

Tu as besoin d’un récurage à fond…pas de souci, j’y arrive toute seule…tu t’es vu ? Tu es crotté de boue…Fâchée ? Mais non, voyons…suis ravie de voir mon mari se conduire comme le dernier des idiots…tu as prouvé quoi, finalement ?

Je sais que c’était idiot. Je n’ai pas pu m’en empêcher. Comment supportes-tu ce mec ?

Elle lui rit au nez en le poussant vers la salle d’eau.
 
Décrasse toi d’abord…et puis je supporte Josh parce que je l’aime bien…comme à un frère, combien de fois devrai-je te le dire ?...Si tu es jaloux, t’est fichu, mon chéri…vais pas tirer la gueule à Josh juste pour te faire plaisir…on a dépassé ces temps-là…allez…sous la douche !
 
Malgré la casse qui le couvrait, elle l’embrassa, câline.

Je t’aime, toi, grand sot !
 
Il prit son temps pour se rendre présentable. En la rejoignant, propre comme un sou neuf, ils passèrent à discuter le fond de l’affaire qui les avait menés là. On débattit principes et autres questions morales, révisant les alternatives présentées. Il n’y en avait pas 35 et ils le savaient très bien.
 
On peut tourner indéfiniment autour du pot, assura Lind, sentencieuse, mais ça ne nous avancera en rien…on sait bien que c’est une simple question de temps que ce fourbe de Müller mette le doigt dessus  et tu sais bien ce qui se passerait alors.
 
Tu as raison ; je pense pareil. Je vais leur montrer la plaque…  mais j’aimerais que, d’abord, ils me montrent la leur, celle qui ne fonctionne pas…

Lindsay soupira. Il n’avait pas testé la Plaque découverte dans les champs mais elle savait que ça ne tarderait pas.
 
Quoiqu’il en soit, Neil…je sais que tu feras ce qui est correct…et que Dieu nous assiste !

Ce fut pour le lendemain. De bonne heure, Neil rejoignit Reardon et son état-major. Lindsay aurait pleuré de dépit quand on lui annonça qu’elle ne serait pas de la partie.
 
Mais je me sens bien…Ça ne me fait même plus mal !, petit mensonge que personne ne voulut croire, et zut ! Le grand moment et je le rate…pas juste !...Prends soin de toi, mon amour…Fais attention !

Jamais matinée ne lui sembla plus longue et ennuyeuse. Livrée à elle-même, la jeune femme vaqua dans le campement « d’en-haut », essayant de se distraire en suivant les exercices de routine ou pointant son nez aux cuisines dans l’espoir de donner un coup de main. On la congédia poliment au moins lui resta t’il la compagnie du chien de Maya qui, comme s’il devinait son désarroi, s’arrangea pour la convaincre de jouer avec lui. Au bout d’un moment de courir après le toutou, de lui lancer le bâton à répétition et subir ses câlins effusifs, elle dut s’avouer crevée et regagna volontairement sa petite cellule déserte. Allongée sur sa couchette, Lindsay fixa longuement le plafond. Cette inutilité forcée lui pesait. Sa place était aux côtés de Neil et nulle part ailleurs…
 
*Comme avant…on était partout ensemble…toujours…À deux, on était une équipe imbattable…*
 
Peu à peu, elle se laissa submerger par une torpeur soyeuse, qu’elle associa simplement à la fatigue.

Ensemble. Toujours. Équipe…Souvenirs ? Rêve ?...Peu importait.  Emportée dans une semi-conscience quasi-hypnotique, Lind faisait tomber les dernières barrières qui la séparaient de ce hier étrange. Peu à peu, la digue du rationnel céda place à un kaléidoscope effréné de faits et situations.

La Zone.  L’invasion. Le départ. Ils cherchaient quelqu’un…et puis le blessé mené sous l’arche de la Pierre…

Aristide…son bras…ça l’a guéri !
 
Tally, qui l’avait gentiment suivie jusque-là, jappa, surpris en la voyant bondir de sa couchette avec une grimace de douleur. Pour si jamais, il la suivit.

J’ai trouvé, mon beau…La Pierre !
 
Ceux qui la virent filer vers la sortie durent la croire folle mais Lind s’en fichait. Elle était sûre de ce qui restait à faire. Une fois dehors, Mrs. Chesterfield se dirigea sans hésitation vers la Pierre, déserte à cette heure. Sa prière fut brève mais vint du fond du cœur.  Penaud, Tally s’approcha avec un bâton et attira son attention d’un coup de museau.  Sans le penser, Lind prit le bâton et le lança au loin, en employant pour cela son bras droit…inutile jusqu’à deux minutes auparavant.

Bonté divine…ça marche !...Je dois trouver Neil…je sais la suite…
 
Mais tout avait changé ne cette version de l’histoire. La Plaque ne se trouvait pas où elle avait été mais si les explications de Neil étaient vraies, Lind pouvait la situer dans ceux qui avaient été les champs de l’exploitation Blakely-Walker…sauf que pour les effets, cela se trouvait de l’autre côté du village, vers le Nord.
 
*Impossible qu’ils soient allés par là…trop risqué…*
 
Tally trouva la solution tout seul. Il se contenta, tout guilleret, ravi de pouvoir aider, en flairant la piste de sa maîtresse.  Il la conduisit par un dédale de tunnels souterrains. Ils y rencontrèrent peu de vigiles auxquelles le fait de s’identifier sembla suffire. S’extraire au bout du périple à travers d’un étroit embout creusé vers l’air libre la laissa dans un état lamentable. Tally resta en bas, déconfit, jappant à fendre l’âme.

En toute apparence, la Plaque avait fonctionné. Elle se secouait de la poussière  avant de rejoindre le groupe quand face aux yeux ébahis de tout le monde d’abord Maya puis Neil faisaient leur apparition armés jusqu’aux dents, en version Rambo futuriste.
 
Et bien, bravo…vous avez bien trouvé, finalement…je sais à quoi sert l’autre…c’est une sortie d’urgence, on ne peut que l’activer de l’extérieur…mais pas de celui-là…
 
Reardon, Josh, Maya et les autres la regardaient comme si elle venait de descendre d’une soucoupe volante. Neil lui, ouvrit les bras et elle s’y coula sans plus.

Sorry…je ne devais pas débouler de la sorte…mais tout été si clair du coup…Non, je vais bien…la Pierre m’a guérie…comme à Aristide… tu t’en souviens, non ?
 
Le colonel coupa court ces émouvantes retrouvailles et le reste de ses aveux en demandant, somme toute très légitimement, des explications.

Excusez-moi, colonel, de chambouler votre opération sécrète mais…je pense savoir une paire de trucs au-delà de vos connaissances…Des souvenirs…des flashes…l’autre plaque…c’est une sortie…pas une entrée…Une sorte de communication entre deux…réalités parallèles…Non, je sais…ça sonne débile mais ce ne l’est pas…je le sais maintenant…Tout a changé…en restant pareil…certaines donnes ont varié mais le principe demeure…croyez-moi…Ne me demandez pas de détails…je sais, un point c’est tout…Neil a ses souvenirs…moi, les miens…ceci est un énorme puzzle…nous ne sommes que des pièces et partie du fond de décor…
 
Et ce n’était que le début…mais ça, ils ne le savaient pas encore !
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