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 Projet: Désastre.

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Amelia Earhart

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Messages : 578
Date d'inscription : 12/03/2011

MessageSujet: Projet: Désastre.   Dim 9 Juin - 17:54

À la vie, à la mort ! Avec lui, pour lui. Rien ne pourrait être comme avant, rien ne serait jamais comme avant ! Seule comptait cette merveilleuse communion d’esprits, cette entente parfaite. Sans romantismes inutiles et autres fariboles du genre. Ce qui comptait était le résultat final : elle était amoureuse. Pour la première fois de cette vie et de l’autre, Amelia pouvait l’avouer sans retenue. Elle avait trouvé l’homme parfait, le compagnon idéal, le complice inconditionnel et elle était heureuse…

Bonheur extatique de très courte durée. Ils étaient sortis sous la pluie diluvienne. Un feu vorace dévorait l’énorme hangar…et son projet, son illusion, sa vie presque. Elle resta là, sans réaction. Muette, livide, tétanisée d’horreur face à l’innommable. L’échéance de son rêve. Son projet qui partait en fumée. Tout se déroulait comme dans un mauvais rêve dans lequel elle ne pouvait intervenir. Courses éperdues, cris, appels au secours, ordres gueulés à tout azimut et elle, sous la pluie, vidée de toute essence, s’emplissant les yeux de l’épouvante de cette nuit.
Personne ne prit garde à elle, pas une âme dévouée ne vint la consoler. On alla même jusqu’à la bousculer sans égard pour passer, elle tomba assise dans une flaque boueuse en laissant échapper un hoquet enragé…et revenir à la réalité.

Et merde…

Faisant abstraction de ce qui la chamboulait, Amelia se joignit aux secours. La pluie se chargeait d’éteindre l’incendie mais il y avait des travailleurs du tour de nuit attrapés dans les décombres. Une chaleur terrible se dégageait de l’endroit où subsistaient, malgré le déluge, quelques foyers d’incendie. Elle travailla d’arrache-pied, sans souci de s’écorcher les mains et l’âme. Découvrir deux cadavres calcinés faillit la faire hurler d’horreur mais déjà une survivante réclamait son aide pour en dégager un autre de sous une poutre brûlante. Combien de temps dura le cauchemar ? Elle n’en su rien. L’aube grise éclairait l’horizon quand on put prendre un répit et faire le bilan de la tragédie.

20 morts. 147 blessés, quelques-uns de gravité. Les pertes matérielles étaient incalculables. Le visage couvert de suie, Amelia contempla les ruines de ce qui avait été jusque la veille au soir le chantier le plus prometteur du monde du Fleuve. Son chantier.


C’est fini…, murmura t’elle d’une voix enrouée, mon rêve est ruine et cendres…

Si Richard essaya de la consoler, la jeune femme n’en tint pas compte, dans le brouhaha régnant une nouvelle perçait : l’incendie aurait été provoqué par une main criminelle et on tenait le coupable.

Quoi ? Quelqu’un a mis le feu intentionnellement… tu as entendu ça Richard… mais comment est-ce possible ? Pourquoi !?

C’était sans doute une question stupide. Logiquement pas tout le monde n’appréciait pas ce projet. Il ne fallait pas aller bien loin pour les trouver, ces détracteurs silencieux. Richard lui-même ne parvenait pas à se faire à l’idée du dirigeable. Sissi n’en raffolait pas, Achille s’y pliait car c’était le seul moyen rapide de vider les lieux. Hélène avait la trouille mais suivait aveuglement Louis. Le seul à comprendre et à être positivement voué au projet était l’homme du futur or là, d’après la croissante rumeur qui agitait l’endroit, la coupable de l’atroce méfait n’était autre que sa femme : Isabel.

Maudite garce ! Qu’on la juge, qu’on la pende s’il le faut…Criminelle ! C’est ça qu’elle est…une assassine sans scrupules…

Amelia se fichait comme d’une guigne que ses amis et Richard cherchent à disculper la coupable. Pour elle, tout était clair, si Isabel Kittredge avait commis pareil crime, elle devrait assumer sa faute et se rédimer face à la société.

Mais voyons, Dick…c’est inadmissible que tu la défendes de la sorte…elle a ruiné MON projet et causé la mort de 20 innocents…Elle a même reconnu son crime, non ?

Burton restait calme mais le connaissant Amelia pouvait deviner qu’il était à deux pas de l’envoyer se faire farcir en enfer. Elle soutenait mordicus sa position, consciente de laisser sa hargne et ressentiment prendre le dessus. Qu’on parle des tortures endurées par Isabel fut néanmoins loin de la laisser indifférente. Elle croyait en la justice, la vraie. Celle qui démontrerait la culpabilité de l’accusé avec des moyens légaux. Lesquels ? Elle n’en avait la moindre idée mais supposait que cela devait exister. Lors de son jugement, face à un tribunal partialisé alors qu’on aurait dû compter avec le contraire, Isabel ne payait pas de mine. La part de l’accusation se montra brillant…trop, peut-être. Le peuple, encore en grand deuil, n’écouta que ce qu’on voulut lui raconter. Richard et Louis n’y purent rien. Le verdict de culpabilité, la condamnation à mort, la secouèrent mais elle se trouva incapable de plaider miséricorde.

Richard l’obligea à assister à l’exécution alors qu’elle aurait voulu se tapir dans un coin sombre pour ressasser ses propres amertumes et chercher à se convaincre de ne pas avoir tort. L’affreux spectacle terminé, elle aurait voulu disparaître aussitôt, non seulement une espèce de remords obscur lui nouait tripes et cœur il fallait encore subir la tête des autres qui semblaient la juger d’une cruelle indifférence. Ils n’étaient pas trop loin du compte mais de quel droit la mettraient-ils sur la sellette ? Après tout ce projet les incombait tous. C’était aussi LEUR projet. La seule solution à leurs problèmes d’horizons étroits. Ils voulaient tous partir de là, elle leur avait fourni le moyen. Enfin, cherché à le faire jusqu’à ce que la folle de service mette le tout en échec.
Le coup de grâce vint de la main de Louis. Il prouva de maitresse façon que Miss Kittredge n’avait pu être l’artifice de tant de malheur. Elle était innocente et avait payé de sa vie l’aveuglement de leur ignorance, rancœur et autres.

Soit, j’en suis désolée…ça arrange quelque chose ? Elle est morte et nous encore ici… Non, Dick, je ne vais pas aller jusqu’à dire que je m’en fiche mais le moment est venu de passer à autre chose…Je veux autant que toi quitter cet endroit…Achille, Sissi, Louis et Hélène aussi…Non, je ne veux plus discuter de l’affaire !...Je t’en prie, Dick…n’y revenons plus…c’est fini…mal fini mais fini enfin !...J’ai là les esquisses d’un nouveau projet…

En fait, dès que les ruines du hangar incendié se furent refroidies, Amelia s’y était rendue. L’énorme structure du dirigeable avait été entièrement consumée par les flammes, par contre partie de l’équipement encore non assemblé avait été épargnée. Les fameux panneaux solaires d’Alpha étaient intacts ainsi que bonne part du matériau de l’enveloppe. Certains artefacts n’avaient été que modérément endommagés. Des quatre moteurs électriques, seulement deux subsistaient. Les appareils de navigation qui n’avaient même pas été déballés se trouvaient encore rangés dans l’annexe que le feu n’avait pas touché.

Non, Dick…je ne suis pas obsédée…enfin, peut-être un peu…mais je veux partir…nous serons mieux ailleurs…loin de tout ceci, des mauvais souvenirs…

Elle aurait voulu croire qu’en s’éloignant, les souvenirs s’estomperaient comme par magie mais savaient sciemment qu’ils la poursuivraient. Il lui arrivait de pleurer, penchée sur les esquisses du nouveau projet. Amertume, désarroi, remords, impuissance, impatience, fatigue, tout s’alliait pour la rendre sensible tout autant qu’irascible. Le seul qui parvenait à apporter un peu de paix à ses états d’âme était Richard. Sans lui, Amelia se serait irrémédiablement perdue dans les méandres enchevêtrés de sa nature.

Le nouveau projet fut soumis aux intéressés. On débattit peu sur le sujet et Amelia eut l’impression qu’on l’acceptait comme qui assume les incontournables de l’existence : sans aucun enthousiasme. Achille était d’humeur terne. Sissi, sèche. Hélène distraite. Louis poli mais distant. Richard, indifférent. Le sage Tsang était sans doute le seul à garder son humeur incomparable. Mais ce n’était pas d’humeurs qu’était fait son projet, elle misait sur des faits concrets, pratiques, réels et vérifiables. C’était une question de physique élémentaire et non de coup de cœur. Ça s’élevait on partait, ça restait à terre, on pourrissait sur place.

Le fait que l’homme du futur ait été mis au ban de la société la privait d’un co-pilote expert, le seul à connaître à la perfection tous les instruments de navigation. Amelia avait horreur de l’improvisation de dernier moment mais dut faire avec. Essayer d’instruire Richard sur les rudiments de la navigation aérienne s’avéra ardu, surtout parce que l’élève n’avait pas le cœur à l’ouvrage et dissimulait mal sa mauvaise humeur. Imaginer Louis aux commandes lui donnait des frissons. Penser qu’Achille put s’intéresser à cela tenait du rêve. Sissi et Hélène restaient exclues d’emblée, selon ses critères de sélection. Tsang, curieux comme un chat et d’esprit éclairé restait son meilleur, pour ne pas dire unique, candidat.
Mais bien entendu, celui-là n’était pas son seul souci. Si les gens étaient retournés travailler à ce qu’ils appelaient « la lubie de la rouquine » c’était bien parce qu’il n’y avait pas grand-chose à faire d’autre et qu’ils aimaient bien se réunir en s’occupant leurs mains. Les ragots allaient plein pot, elle s’en fichait. Sans s’en rendre compte, Amelia devenait un tyran exigeant…à tout niveau.

Elle vivait à cran, jour et nuit. Il n’y avait plus de dirigeable mais un ballon. Une conception très « sui generis » de la montgolfière traditionnelle. Amelia devenait audacieuse dans ses concepts. Certes l’allure basique était celle d’un ballon normal mais la ressemblance s’arrêtait au premier coup d’œil…au tout premier, fait en vitesse! Elle avait renoncé au rond attendu et opté pour l’allongé, sans doute loyale au souvenir de son dirigeable, que Richard avait ironiquement nommé : Cigare volant.

Tu peux rire si tu veux…vous pouvez tous rire...ça m’est égal …Je ne suis pas d’humeur pour discuter, Richard...ça plait, ça plait pas…montrez-moi un autre moyen de quitter ce bled !

Elle ne gagna que le voir déserter leur tente en assurant n’avoir rien à faire avec une virago despotique. Le temps de se remettre de la surprise de cette désertion, Amelia piqua une vraie crise de fureur solitaire et après une nuit affreuse qui commença en maudissant son prochain, du premier au dernier pour céder place à un accablement sournois noyé de larmes amères.

*Tu as tout foutu en l’air, idiote…tout…perdus amis…perdu Dick…lui…oh non ! Pas lui…pas lui, mon Dieu…sans lui…je ne suis rien…*

Mais malgré tout, fierté à l’appui, la miss tint bon une semaine, en attendant, pauvre optimiste, que Richard céderait et reviendrait de son propre gré. Il n’en fut rien. Force fut de revoir à fond son schéma d’action. Déboulant au chantier, elle fit arrêter les travaux et renvoya tout le monde prendre deux jours libres…trois même, s’ils voulaient. Restée seule, elle s’appliqua à coller les jointures de l’enveloppe, à peaufiner un détail ci, un autre là, reconnaissant la dure tâche imposée aux autres pour atteindre SON rêve. Parcourant l’endroit désert, elle eut tout le temps pour méditer sur ses méfaits, par omission, des derniers temps.

*Mauvaise, injuste, cruelle, bornée, aveugle et absolument stupide… *

Se racheter aux yeux de son prochain ne la préoccupait pas autant que le faire à ceux de Richard. Un autre homme, dans son plus légitime droit, lui aurait jeté au visage ses mille manquements, lui s’était remis à la quitter, prenant de la distance.

Il pêchait tranquillement à sa crique préférée, celle qu’elle connaissait si bien. Assis sur un rocher plat, à l’ombre d’un des arbres si touffus de la berge, il fumait en tenant sa ligne, le regard perdu, les idées sans doute très loin de là. S’approchent sans faire de bruit, elle se hissa près de lui et s’assit à ses côtés.

T’aurais une clope pour moi ?...Ça fait des jours que je ne fume pas…

Depuis qu’il était parti. Sans broncher, il sortit une cigarette et l’allumant, la lui passa. Geste intime tant de fois partagé. Amelia eut chaud au cœur.

Dick…tu me manques trop !

Elle n’était pas habituée à ce genre de situation mais cela appartenait à une autre vie. Après tout, quel était le but de renaître ? Sans doute pas celui de perdre son temps à répéter les bêtises d’ « avant ».

Je me suis trompée…de bout à bout…j’ai été si bornée, obtuse…mauvaise, égoïste…enfin, j’en passe….J’ai tout fait de travers…et je ferai sans doute pas mal de bêtises encore…mais sans toi…je ne pourrai pas aller en avant…Dick…je t’aime…ma vie boîte sans toi…Mais dis-moi quelque chose…noie moi, si tu veux…étrangle moi, tant qu’à faire MAIS PARLE MOI !!!

Il ne semblait pas trop disposé à se lancer dans un discours éclairé, pour ne pas dire que pas de discours du tout. Ses yeux gris restaient insondables. Amelia soupira et finit de fumer sa clope sans rien ajouter, mais son cœur se serrait de plus en plus, au point de lui faire presque mal.

J’ai donné quartier libre aux travailleurs…Il manque peu pour que tout soit prêt. Au besoin je m’y mettrai seule…je ne veux rien imposer aux autres…j’ai eu tort de penser que celui-là était MON projet alors que c’est le NÔTRE...c’est notre salut qui est en jeu…pas le mien…et si tu ne veux pas continuer…il ne m’intéresse pas le salut…Suis désolée…mais cette situation m’a larguée…suis dépassée…j’ai peur…peur d’avoir tout bâclé… Avant…c’était autrement…j’étais en quelque sorte la petite chérie d’Amérique…suffisait de dire pour avoir le vœu exaucé…Reconnais, Dick…c’est dur de se refaire…

Il suffit d’un simple geste. Son bras sur ses épaules. Quel besoin de paroles ? Absolution ? Pas tant que ça, Amelia le savait. Ses intentions étaient bonnes mais parler et espérer que l’ardoise de ses fautes s’effacerait magiquement tenait de l’optimisme le plus ridicule. Il fallait encore prouver pas mal de choses…

Décollage parfait. Exactement comme prévu. Tout fonctionnait à merveille à bord du « Liberty ». Passagers crispés, mais c’était absolument normal. Richard la secondait à merveille même si, suivant sa vilaine habitude, Amelia déléguait peu. En partant, alors que le ballon s’élevait dans le ciel clair d’une matinée parfaite, elle se refusa de regarder vers le bas ou vers l’arrière. Le regard fixé sur l’horizon, elle voulait croire à la promesse d’un monde meilleur…

Ce ballon me plait bien plus que l’autre…

Ce commentaire, lâché, alors qu’elles remplissaient les outres, la fit tiquer, Certes Sissi arborait un air de totale innocence mais elle ne pouvait pas se méprendre quant à l’implicite.

Vraiment !? Ne me dis pas que mine de rien tu es du même avis que la folle de Kittredge !

Oui, Isabel a volé du matériel, ralenti la construction, et alors ? Moi non plus je n’aimais pas ce projet !

Amelia tordit le geste, elle avait beau essayer de se refreiner et sembler ravie mais ce genre d’aveux spontanés lui viraient le foie.

Mais voyons…ça commence à en faire, du monde !

D’accord, je n’ai rien fait contre mais…

Mais quoi !? Tu aimais pas…elle n’aimait pas…elle a saboté le projet. C’est du joli tout plein. Merveilleux ! Tout le monde le déteste, mon projet…t’es à bord, non ? Vais pas te mentir…ça ne me fait ni chaud ni froid qu’elle ait payé pour son fichu fanatisme…ou sa trouille…elle a même privé son mari du droit de venir avec nous…

Eh bien moi, j’espère qu’elle s’en est sortie, que la Houle m’a obéie !... Bien sûr que je l’ai appelée !

Arrêt sur image.

Tu as …tu as fait ça !?

Bien sûr que je l’ai appelée !

Amelia n’eut pas conscience que ses mots suivants. Ils avaient dû être hors lieu, blessants ou absolument stupides, le fait est qu’elle ne put qu’entendre les paroles de Sissi, somme toute, plus que ce qu’elle méritait.

Tu es fatiguée Amelia, à cran depuis des mois ! Essaye de te décharger sur plusieurs d’entre nous au lieu de vouloir tout diriger toi-même. Tu en as besoin, crois-moi !

Sissi ne manquait pas de raison. À ce train-là, elle deviendrait folle avant la fin du voyage, quelque fut sa durée, mais Amelia n’était pas du genre de femme à reconnaître facilement ses torts. Apprendre que Miss Kittredge avait eu une chance de s’en sortir allégeait quelque peu ses remords mais ne la fit pas se sentir pas d’aplomb pour autant. Le fait demeurait : elle s’était presque réjouie quand justice avait été faite et cela ne semblait pas du tout cadrer dans les idées des autres.

*J’ai l’âme mesquine…je suis un monstre !*

Ce soir, ils bivouaquèrent sans sursauts. Les alentours étaient paisibles mais ce n’est pas pour autant qu’elle put dormir tranquillement. Si rejoindre Richard pendant son tour de garde la tarauda, elle sut refréner l’élan. Le lendemain, aux premières lueurs de l’aube, elle était levée et distribuait des ordres ponctuels.

Dick…je pense que le moment est venu que tu saches comment fonctionne la navigation…Ce n’est pas compliqué…euh, non…excuse-moi de ne pas l’avoir fait auparavant…Oui, je suis coincée !...

Elle fit de son mieux pour expliquer l’usage de cet équipement issu d’une technologie de pointe ayant vu le jour plus de cinq siècles après sa propre mort. Elle s’était brûlée les cils à lire les instructions fournies avec, regrettant toujours l’absence d’Alpha. Avec lui tout aurait été si facile. Bien sûr, elle se garda bien de piper mot sur cela. Auparavant, Miss Earhart avait déjà décelé une certaine animosité de Richard envers l’homme du futur avec qui, selon lui, elle passait trop de temps.

Il faut juste être attentif…tout est automatique…si quelque chose cloche, il y aura un signal d’alarme…

Élémentaire, à son avis. Laissant Richard aux commandes, elle s’écarta. Louis et Achille, curieux, voulurent avoir eux aussi un aperçu. Se rongeant les sangs, Amelia laissa à Tsang et Richard le loisir de les mettre au parfum et faisant un dernier effort de relâchement, alla s’allonger dans sa couchette. Elle se serait crue incapable de trouver un instant de vrai repos pourtant, à peine posée la tête sur l’oreiller, Amelia sombra dans un sommeil si profond qu’on aurait presque pu le prendre pour un état comateux.

Esprit en déroute, corps affaibli…Repos il faut…Tsang veille !

Combien de temps avait-elle sombré ? Elle ne le sut pas exactement mais en émergeant, les cris de ses compagnons d’aventure l’avertirent de l’urgence. Elle fonça ! Tel un essaim meurtrier, des monstres au long bec dentu, menaçait de collisionner avec eux. Leurs armes ne purent les disperser, changer de cap n’avait rien donné, depuis le début de leur envol il restait établi qu’un étrange jeu de courants superposés les empêchaient de quitter le cours du fleuve. Ils étaient pris au piège. Elle se rua sur les précieux instruments, essayant de les régler mais déjà l’impact avec « l’essaim » provoquait des dégâts insurmontables. Percée, l’enveloppe laissait échapper l’air chaud, sustentateur et la chute devenait imparable. Hurlant des ordres à tout azimut, actionnant les manettes, jouant des boutons de commande, Amelia parvint à actionner la sustentation d’urgence, encore une idée d’Alpha. Cela freina la chute et leur sauva la vie. Les moteurs réussirent à dévier légèrement l’angle d’atterrissage mais le mal était fait…

La rencontre avec le sol fut assez brutale quoique amortie par la végétation touffue de cette berge inconnue. Le choc final les propulsa de tous les côtés.


Sonnée, Amelia se releva sur un coude pour regarder le spectacle navrant du ballon dégonflé entre les branches d’un énorme chêne. La grande nacelle gisait, éventrée, à quelques mètres.

DICK !!!...


Apparemment indemne, Sir Richard Burton se frayait passage jusqu’à elle.

Dick…mon amour…tu vas bien ?...Les autres…que…

Émergeant tour à tour d’entre la végétation elle put voir leurs compagnons, plus ou moins en forme. Personne ne semblait gravement atteint.

Dieu merci vous êtes tous là…je m’en serais voulue la vie entière si quelque chose…Oui, je sais…personne ne pouvait prévoir ça…Sans vous…nous serions tous morts… Dick…je dormais…je n’ai rien fait d’autre que parer au plus vite…et activé un truc ou l’autre…Vous avez tous réagi en évitant le gros de l’attaque…Nous sommes une équipe…

Heureusement que Richard la soutenait, elle se sentait toute drôle, ayant l’impression d’être tout en coton, la tête lui tournait et les voix de ses compagnons semblaient lui parvenir de très loin. Quelque chose n’allait pas précisément bien, elle en était presque certaine mais se trouva encore la force de dire :

Pardon…pour tout…je ne voulais pas…je suis si bête…trop bornée…sans vous…pardon…

Le goût du sang coulant de sa narine et atteignant sa bouche la prit au dépourvu avant que tout ne s’engouffre dans un quadrillage de couleurs démentes avant de céder place à un flou étrange qui sembla l’engloutir toute entière alors qu’elle se sentait tomber. La dernière sensation perçue fut celle d’être retenue par les bras forts de Richard.

*Je t’aime tant…pardon…*
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Projet: Désastre.   Dim 16 Juin - 19:04

L’expression « voir partir ses rêves en fumée » ne pouvait pas mieux s’appliquer qu’à Amelia. Alors que tout baignait, une terrible catastrophe avait anéanti le « bébé » de sa chérie. De quoi râler ferme… Une enquête pointue avait été déclenchée immédiatement par Sven – futur chef de village – et ses sbires. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’affaire était éclaircie : tout désignait Isabel Kittredge comme coupable. Là, Richard tiqua fortement. Isabel détestait le projet, il le savait, elle le lui avait dit. Trop timide pour s’en ouvrir à son étrange mari, elle avait néanmoins beaucoup contribué au projet du dirigeable, notamment en aidant à la fourniture de bois grâce à l’éléphant que lui avait confié Burton. Aussi ce dernier n’admettait pas, malgré les preuves – soi-disant flagrantes – la culpabilité de la jeune femme. Quand il sut à quelles mains on avait confié la prisonnière, il verdit.  Plusieurs fois, il essaya d’ouvrir le dialogue, de démontrer à sa compagne l’injustice de la situation. Ce qui lui valut cette remarque outrée :
 
Mais voyons, Dick…c’est inadmissible que tu la défendes de la sorte…elle a ruiné MON projet et causé la mort de 20 innocents…Elle a même reconnu son crime, non ?
 
Avouer sous la torture n’est pas avouer, avait-il grondé.  
 
Toute cette situation lui virait le foie. Le pire est qu’il s’en sentait plus ou moins responsable en n’ayant pas mieux surveillé le recrutement opéré par Sven. Tout ce qu’il put faire fut de parlementer avec les autres – Louis, Sissi et Hélène – les rallier à la cause d’Isabel même si son sort était couru d’avance.  Que faire à quatre contre la soif de vengeance obtuse des autres ?

Le verdict final le crucifia mais moins que l’attitude du « mari » d’Isabel ainsi que celle de sa compagne.  Affronter l’Ayerling étant exclu, Richard se rabattit sur Amelia. Pas question qu’elle n’assiste pas à la mise à mort de la victime de circonstances qui dépassaient tout le monde. Croire que voir Isabel se jeter au fleuve volontairement allait améliorer les états d’âme de Miss Earhart fut un échec amer.
 
*Cette femme n’avait pas l’air glaçon pourtant…*
 
Il pouvait comprendre bien des choses mais pas ça.

Le retour d’Achille au camp l’obligea à reconnaître ses fautes. Il ne s’en prit pas plein la gueule, mais presque. D’un autre côté, Meeley s’était trouvé un nouveau dada : un ballon. Moins énorme que le cigare volant, mais très perfectionné, avec un peu d’huile de coude et de cervelle il serait viable, ou plutôt volable.

Puisqu’elle y tenait… Richard suivit. N’empêche que quand, sans équivoque, Loulou prouva  l’innocence de Miss Kittredge dans l’incendie ravageur et que sa « douce » Amelia s’en ficha, Burton serra des dents :
 
*Elle est du même acabit qu’Alf… de la glace… *
 
Il en avait ras-le-bol des sautes d’humeur de la miss qui plongeait à nouveau à corps éperdu dans l’aventure. Après un sempiternel éclat, il déménagea ses pénates, sans se démonter.

Les habitations voisines, leurs hôtesses avenantes, ne le tentaient pas. Il voulait la paix, réfléchir dans son coin. S’il n’avait pas eu un penchant certain pour l’aviatrice en mal de vol il aurait bouclé son sac et quitté ces lieux aussitôt.  Un homme seul vaut parfois mieux qu’un groupe. Cette idée le hanta longuement.  Amelia se consolerait avec Alpha, ils se ressemblaient tant !  Les pitreries de Louis lui manqueraient peut-être, la franchise d’Achille aussi, pour le reste…

Un de ses pieds prenait le départ ; l’autre s’enracinait, en attente de Dieu sait quoi.
 
Dans l’ensemble, on respecta sa retraite forcée. Louis vint piailler, il l’écouta, distrait. Achille en rajouta une couche entre deux occupations :

… suis encore là, non ? Si j’avais déserté, nous ne causerions pas... J’en sais rien ( soupir) Ouais, le ballon est valable, j’en suis sûr mais je ne lèverai plus le petit doigt, tu te doutes pourquoi.
 
Sissi ajouta un grain de sel et des provisions, Hélène aussi :
 
… Isabel te manque ? On aura tout essayé… faut oublier, si l’on peut… Ah… Tu suis Louis( il rigola) vous devriez causer car je crois que lui te suivras où tu voudras !... Oui, c’est ce que je dis : si tu veux rester, il fera de même !  
 
Une semaine s’écoula avant que ne se pointe Amelia alors qu’il pêchait nonchalamment.

Elle s’assit à ses côtés :
 
T’aurais une clope pour moi ?...Ça fait des jours que je ne fume pas…
 
Il ne posa pas de question, se contentant d’assouvir son manque de nicotine en lui allumant la cigarette et la lui passant.  

Malgré ses airs d’indifférence totale, Richard se sentit un peu bizarre. Ce moment, il l’avait – conscient ou pas - beaucoup attendu. Ce qui était sûr c’est qu’il ne faciliterait en rien les repentirs éventuels de la miss.  
 
 Dick…tu me manques trop !
 
*Bon début…*  
 
C’était remuant mais insuffisant pour quelqu’un de blessé à plus d’un titre.  

L’acte de contrition qui suivit était criant de sincérité. Elle y décrivit certaines erreurs, peines, douleurs, peurs. Bref, l’ensemble de ce qu’il escomptait sauf qu’à aucun moment, elle ne parla du sort infligé à Isabel Kittredge.  Bien que ce fût un cruel manquement, Richard éprouva une profonde compassion pour celle qu’il aimait et se livrait ainsi. Elle lui sembla si démunie, si faible, qu’un bras consolateur lui entoura les épaules. Pour le reste, on verrait…  

Il vit…

Meeley, si elle accordait un peu de loisirs aux ouvriers, se dépensait sans compter pour faire aboutir son ballon allongé. Mangeant à peine, dormant encore moins, elle reluquait fréquemment vers l’homme du futur que tous avaient rejeté en raison de son incompréhensible désaveu vis-à-vis de son épouse. En principe, le mariage entraînait un concordat « à la vie à la mort » Là, ce fut plutôt « tu trahis, tu meurs et je m’en tape ». Quoique, vu sa tête des derniers jours…

*Tant pis pour lui !*
 
Richard avait d’autres chats à fouetter. Avec Amelia, il se montra aussi conciliant qu’il put mais n’arriva pas à franchir le rempart établi par ses soins. Tant qu’elle ne reconnaîtrait pas s’être montrée injuste envers Isabel, il resterait de marbre. Elle pouvait compter sur lui pour la seconder dans son nouveau projet, discuter à ce sujet, fumer la nuit puis s’allonger chacun de son côté sous le même toit, puis basta. Elle lui manquait mais n’entrait pas en ligne de compte.  
 
Grand jour s’il en est quand le ballon décolla enfin. À son bord, Richard l’aurait juré, à part Amelia, que des gens anxieux. Ravis de s’évader, certes ! Lui, surtout…  
 
Les premiers émois d’un envol en douceur passé, on effectua les tâches prévues. Inutile de réclamer une xième fois « comment ça marche », à part des miettes Amelia ne partageait ses secrets qu’avec le moine bouddhiste embarqué.
 
*Elle te croit trop con pour piger… T’es foutu, Dick !*
 
Loulou se montra très sage. Sans doute parce qu’il devait lutter entre la panique d’Hélène et des considérations domestiques. Beaucoup de détails techniques avaient été résolus, n’empêche que pour le côté pratique, on repasserait. Afin de satisfaire les urgences de la nature, on ne disposait que d’un paravent et d’un pot à vider au gré du vent. Pourquoi avait-on laissé ce soin à Loulou en sachant qu’à son époque on se soulageait quasi ouvertement que ce soit dans les églises, les ruelles ou même au fameux Versailles ! Les dames préférèrent se retenir en attendant l’atterrissage. Meeley, stoïque, avait sans doute connu de plus longues heures d’abstinence pendant ses vols solitaires.  Cependant, la pose au sol fit grand bien à tous.  

Un camp rudimentaire fut bâti. Commodes à cet effet, de petites tentes étaient destinées aux couples. Sans avoir rien commenté avec sa compagne, Richard ronfla allègrement jusqu’au matin.  

Chasser avec Achille plaisait à Burton. Pas besoin de grands discours, ils se comprenaient. Ils pistèrent rapidement un mammifère genre porcin que leurs traits abattirent, secs.
 
Vidons-le ici pour ménager nos dames et nos épaules, dit Richard.
 
Tout à leur tâche, ils échangèrent quelques mots :
 
Faudra rapporter les tripes ou Loulou va nous étriper, nous…  Excuse de demander, tu l’as trouvé comment, ce vol ? … Ouais, c’était bizarre mais au moins personne n’a dégueulé ! … prendre les commandes ? Tu rêves ! Suis trop nul, je pense… Ok, Amelia le pense… Non, je pige pas trop qu’elle fasse plus confiance à ce bridé antique plutôt qu’à nous *Du moins à moi…* Froid ? Non, tiède. C’est… complexe.  
 
Même la plus sincère des camaraderies n’aurait pu pousser Burton à livrer le fond de ses pensées. Il n’aimait pas cette situation ambigüe avec Meeley mais n’allait pas s’en ouvrir ainsi.  

Retour au camp, on prépara les victuailles puis on prépara les repas pendant une courte pause d’approvisionnement en eau.

Au retour de cette tâche partagée avec Sissi, Amelia avait drôle d’air.  

Il partagea son tour de garde avec Hélène. Lui fuma, elle contempla le feu, distraite.
 
Tu n’apprécies pas trop ça, non ?... Oui, j’y pense souvent aussi. C’est tellement moche… Je sais, moi aussi j’ai du mal à accepter… Mais non, ou si ? Je ne sais plus trop quoi mais j’essaye de me mettre à sa place sauf que Meeley a encore du chemin à faire quoique je croie comprendre… ça ira, faudra juste du temps.
 
Il avait espéré que Miss Earhart se pointe... en vain.

Néanmoins, dès le décollage, elle le sollicita :
 
Dick…je pense que le moment est venu que tu saches comment fonctionne la navigation…Ce n’est pas compliqué…
 
Tu me croyais trop idiot pour avoir tant tardé ? ne put-il s’empêcher de rétorquer.

Euh, non…excuse-moi de ne pas l’avoir fait auparavant…Oui, je suis coincée !
 
Faute avouée est à moitié pardonnée ! Dis-moi tout.  
 
Pour une fois, il eut droit à de vraies explications. Claire, précise, Amelia dévoila tout ce qu’elle pensait avoir capté de la technologie hautement futuriste livrée par Alpha.  Richard ne pipa mot mais grinça des dents car, pas de doute, Meeley regrettait l’absence de l’Ayerling.  

Il dut répéter sa leçon nouvellement apprise aux curieux de service. Après tout, quoi de plus normal ? En cas de pépin, si les connaissances manquaient, ils seraient fins !  

Ce fut assez marrant, somme toute. Achille, l’air réprobateur, enregistrait mais refusait de mettre un doigt sur les manettes. Loulou, au contraire, voulait en jouer comme d’un clavecin. Tout cela prit un temps certain. Laissant les néophytes faire un joujou prudent, Richard s’inquiéta soudain de ne pas distinguer une chevelure rousse dans les têtes féminines debout. Il remarqua, celle chauve, du moine penché sur un corps avachi dans un coin. Freinant l’élan de Burton, il dit :

 Esprit en déroute, corps affaibli…Repos il faut…Tsang veille !
 
Que faire d’autre sinon que de plier en deux pour lui déposer un baiser sur les lèvres ?

Récupère, ma chérie. Tu en as tant besoin !  

Jetant de temps à autre un regard à celle qu’il aimait, Burton n’en surveilla pas moins les manœuvres effectuées à tour de rôle. Même les reines voulurent tâter des manettes sous la houlette de leur époux.

Loulou qui manipulait avec joie des jumelles futuristes pointa un doigt innocent dans la direction de laquelle tous se tournèrent. Lui piquant son joujou, Richard puis Achille confirmèrent une énormité en approche.  

Faut dévier le cap ! Montons !

Monter, descendre, inverser ceci, cela, rien ne changeait : ça leur fonçait dessus.

Aux armes ! Tirez dans le tas, recommanda-t-il, assez dépassé devant l’ampleur du futur désastre.   

Alertée sans doute par leurs cris, Amelia émergea de sa torpeur. Elle essaya toutes les manœuvres de sa cervelle mais ne changea rien au cours des choses.

L’impact fut terrible.  S’en suivit une chute incontrôlable. Réflexe ? Sûrement. Le bras de Richard se tendit vers la belle de Troie qui passait par-dessus bord mais fut devancé par celui de Loulou.

Malgré les tangages désordonnés de la nacelle, Burton essaya de joindre Amelia qui bataillait avec des manettes. Comme par magie, la chute ralentit. Tout le monde se cramponna avant l’impact inévitable.  

 DICK !!!...

Ce cri, mieux que tous les clairons perçus à la guerre jusqu’avant, l’orienta malgré le flou qu’il ne parvenait pas à chasser après le rude contact avec la terre.   
Il la soutint alors qu’elle débitait des propos vaseux où elle se réjouit de les voir tous vivants et faire, à nouveau, un mea culpa :
 
Pardon…pour tout…je ne voulais pas…je suis si bête…trop bornée…sans vous…pardon…
 
Les yeux agrandis d’horreur, il vit les siens se révulser alors que du sang lui coulait des narines et des oreilles. Un Tsang pas trop assuré sur ses guiboles lui appliqua une vilaine pincette à la nuque qui l’obligea à lâcher son aimée. Si Achille ne l’avait pas empêché de réagir, il serait intervenu. Mais il ne put qu’assister à distance, comme tous, à l’auscultation du moine.
 
Fêlé crâne est…
 
Un coup au plexus solaire ne l’aurait pas mieux coupé en deux.
 
Science et repos, beaucoup faudra si feu réchauffe…
 
Que vous faut-il Tsang ? s’étrangla-t-il presque.
 
Si toi ne le sais, nul ne le sait, répliqua le moine en caressant le front d’Amelia. Tine préparera infusions. Œuvrez, je veille.

Que faire d’autre ?

Un à un, les aéronautes en herbe sortirent de la stupeur dans laquelle les avait plongé l’accident. Hélène et Sissi, trop faibles sur leurs jambes, se serraient l’une contre l’autre non loin des débris de l’épave du fier « liberty ». On para d’abord au plus pressé : faire du feu. Las, et endoloris de partout, les deux costauds de la bande s’y mirent en chœur. Ils bâtirent deux foyers assez distants. Amelia étant prioritaire, elle bénéficia du premier, à l’endroit même où elle s’était écroulée.

Aidé d’Achille, Richard glana tout ce qui pouvait être utile à la blessée. Couvertures, trousse médicale, divers objets s’entassèrent près d’elle, et les hommes se débrouillèrent pour construire un abri autour sans avoir à la déplacer. Ces activités silencieuses soulagèrent un peu Burton de ses tracas, lui évitant de trop penser aux conséquences du désastre, de torturer sa conscience.  

Dès que les femmes furent d’aplomb, elles prêtèrent main forte à leurs compagnons d’infortune en débutant l’inventaire de leurs avoirs. La majorité des provisions était intacte ; ils avaient des toits pour les nuits à venir, déjà ça.

Ce n’est qu’après s’être rendu une xième fois, et fait remballer autant, au chevet d’Amelia que Richard, alors qu’Hélène lui servait un vin chaud, que Richard tiqua :
 
Où est Loulou ?
 
La belle de Troie cilla copieusement, perdue. Tous s’entreregardèrent, muets d’incompréhension.
 
Personnellement, dit Burton, je ne me souviens que de l’avoir vu te réconforter Hélène ! Puis…
 
Chacun émit ses derniers souvenirs dans un malaise grandissant : cela faisait des heures que l’ex-roi avait déserté.  Déjà Hélène paniquait.
 
T’en fais pas trop. Puisque Achille l’a vu prendre une arbalète, il est sûrement parti chasser...
 
Néanmoins, soir tombé, le monarque n’avait pas reparu. Tous, à des degrés divers, culpabilisèrent.
 
Il fait trop noir pour entamer des recherches à présent, soupira Dick. Si à l’aube il n’est pas de retour, on ira le chercher.  
 
L’état de Meeley était stationnaire, au moins ça.

La veillée autour du feu fut assez lugubre. Nul n’osa émettre des perspectives d’avenir dans les conditions actuelles. Le fameux ballon était terriblement amoché - peut-être irrécupérable - et la seule qui aurait été capable de faire un vrai bilan était très amochée elle-même.  

Achille qui devait bien retourner ses frustrations envers quelqu’un les porta sur Loulou.

Le ton risquait de monter car Hélène ne prétendait pas laisser son mari traité de la sorte. Sec, Richard gronda :
 
On n’en a rien à battre de vos prises de bec ! Silence !
 
Il se sentait vidé mais surtout affreusement inquiet du sort d’Amelia.  Si bien qu’il déserta la réunion et alla, de nouveau, affronter Tsang :
 
Je passe la nuit ici, déclara-t-il fermé prêt à mordre en cas de refus.
 
Ok, répondit Tsang pouce en l’air avec un de ses sourires énigmatiques.  
 
Si menue, si pâle… Amelia, yeux clos, respirait certes, mais…

Il s’allongea à ses côtés veillant à le provoquer aucun mouvement nocif, se contentant de lui prendre une main qu’il baisa avec chaleur :
 
Meeley, suis là ! Pardon, pardonne-moi mes manquements idiots… Reviens, reviens-moi... Je t’aime Meeley. Sans toi rien n’a d’importance… Même pas Loulou. Sais-tu que cet idiot s’est perdu dans la nature ?
 
Par le menu, pour meubler,  il lui raconta par le menu leurs faits et gestes depuis l’accident. Cela servait-il à quelque chose ? Peu importe. Au moins, il eut l’impression de partager ses craintes et aspirations mieux qu’il ne l’avait fait du conscient d’Amelia.  
 
La fatigue eut raison de ses discours. La tête lourde, des muscles dont il ignorait l’existence jusque-là se réveillant, il se leva péniblement. Meeley n’avait pas bougé un cil... Dommage.

Léontine le délogea gentiment en apportant un breuvage à la blessée qu’il embrassa furtivement avant de la laisser aux soins de ses infirmiers.


Pas de louis à l’horizon, cela devenait angoissant. Hélène, pâle de nature, lui sembla cadavérique. Achille et Sissi qui avaient préparé de petit-déjeuner s’informèrent d’Amelia. Il se contenta de secouer négativement la tête :

Pas de changement. Et Loulou ?
 
Leur tête en disait long.

Un regard triste envers la dépouille du »Liberty », Burton soupira :
 
Léontine et Tsang veilleront. Hélène, tu viens avec moi. Vous deux, de l’autre côté. Si l’on a une piste, on se siffle !
 
La belle de Troie était inquiète, il y avait de quoi. Richard tenta de se montrer rassurant :

Tu le connais, il est débrouillard. Armé, il...
 
Elle laissa sous-entendre certaines faiblesses du monarque ; il haussa les épaules :
 
Louis a ses défauts ; cependant… retrouvons-le avant tout !   
 
Ils ne tombèrent pas dessus. Des coups de sifflets les obligèrent à changer d’orientation. En courant, ils déboulèrent sur une scène inédite : Loulou évanoui dans les bras d’Achille.

Sissi, raide comme un piquet, tenait en joue trois individus vêtus de toges.

Richard brandit aussi son arc ; les autres sourirent :

Pas donc si dingue, le pseudo-roi ! dit l’un.  
 
Qui êtes-vous ? Qu’avez-vous fait à Louis ?
 
Excusez-nous, mais la question devrait être inversée. Que nous a-t-il fait pour nous convaincre de le suivre !  
 
Achille grogna quelque chose en soulevant Loulou tel un fétu de paille. Il se fichait du pourquoi du comment, jugeant que le roi nécessitait des soins.
 
Sa jambe gauche est brisée mais la tête doit l’être aussi puisqu’il a refusé notre aide, dit un autre.
 
Il s’est échappé, nous l’avons suivi par curiosité, rejoint puis accompagné.
 
Il ne mentait apparemment pas, conclut le troisième. Il avait des compagnons.  
 
Rentrons, déclara Burton. Venez ou pas, on vous tient à l’œil.
 
Hélène s’était jetée sur un Louis couleur linceul que porta le héros de Troie jusqu’au camp, dents serrées.


Des éclisses sur ses fractures, ranimé, Loulou livra une étrange aventure tout en baisant la main d’Hélène.  

Meeley voguait toujours ailleurs...    
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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Projet: Désastre.   Mar 16 Juil - 10:35

Perdue. Elle était perdue dans un dédale étrange fait de bribes du passé, éclats du présent. Voix, présences devinées. Mais tout demeurait inconsistant, flou, lointain. Elle était là sans l’être ou si peu. Sensation dérangeante.

Mais c’était surtout SA voix qui la retenait encore, l’attachant à cette réalité quasi tangible de laquelle elle sentait s’éloigner :

Meeley, suis là ! Pardon, pardonne-moi mes manquements idiots…
 
*Ne me laisse pas…Dick…ne me laisse pas…*
 
 Reviens, reviens-moi... Je t’aime Meeley. Sans toi rien n’a d’importance…
 
Son esprit en déroute s’accrochait à ses mots. Ils étaient sa planche de salut. IL était sa seule et unique raison de lutter pour ne pas se diluer dans ce flou angoissant, d’où parfois, en éclats soudains, lui parvenait la voix enjouée de Pidges l’appelant.
 
*Je ne peux pas…ne veux pas, Pidges…pas encore…Ne lâche pas ma main, Dick…je ne veux pas partir…*

Il restait là. Ses paroles lui parvenaient, des fois confuses, des fois très claires. Richard n’avait jamais été très bavard et cela ressemblait fort à une confession, venue des tréfonds de son âme. Amelia désirait alors le rassurer, lui dire qu’elle était là, qu’elle l’aimait au-delà de tout. Mais son esprit demeurait muet, emprisonné dans son corps inerte.
 
Combien de temps dura cette lutte incertaine contre les ténèbres qui voulaient l’emporter ? Amelia ne le savait pas mais peu à peu, tout sembla  se stabiliser, le flou cédait. Elle commença à avoir une certaine conscience de ce qui l’entourait. On coiffait ses cheveux avec infinie douceur. Faisant un grand effort, elle parvint à relever un peu les paupières. Aussitôt, une voix émue l’enjoignit :

 A… Amelia ! Amelia, ouvre les yeux, regarde-moi ! C’est moi, Sissi !
 
Elle parvint à le faire et à distinguer d’abord des contours flous puis plus nettement le visage de son amie penchée sur elle.
 
Dick…où…

Richard ? Oui, bien sûr ! Il était là il y a un quart d’heure ! Je cours le chercher, et Tsang aussi ! Ne te rendors pas, hein ! Pas de blague !

 *Pas de blague…non !*
 
Ce fut au tour de Léontine, aussi très émue, de s’approcher pour lui passer un linge frais sur le visage avant de la relever avec des prévenances de mère pour lui faire boire quelque chose de doux et chaud.
 
Doucement, mon petit ange…doucement…là, tout va aller bien. Tu es de retour…enfin, nous avons tant craint…mais tu es là…Non, n’essaye pas de parler encore…ça reviendra très vite maintenant que tu es réveillée…Du calme, il vient !
 
Et il fut là.
 
Dick…je…je ne voulais pas…je…je t’aime …je t’aime  tellement !
 
Elle caressa son visage encore incrédule de pouvoir le sentir si proche, cherchant sa bouche, pour s’affirmer  dans la réalité. La retrouvant, émue, bouleversée d’amour, d’espoir, de bonheur.  Tsang exigea un peu de mesure et voulut l’examiner.
 
Retour en beauté…cœur en joie, esprit présent.  Tout bien mais faut calme tout de même…D’un long voyage, tu reviens…marcher d’abord, courir après !
 
Je me sens un peu…faible mais à part ça…Mon Dieu, je crois que j’ai très faim !
 
Un éclat de rire ravi accueillit cette déclaration. Ils étaient tous là, Achille, Sissi, Louis, Hélène et son Richard adoré. Heureux de l’avoir de nouveau parmi eux. Qu’elle parle d’appétit fit que Louis se mette en action d’immédiat et peu après lui présentait un bol fumant aux effluves très appétissants.

De la soupe !?...J’ai vraiment faim !, protesta t’elle.
 
Mais Tsang demeura intransigeant. Il ne fallait pas forcer la nature et laisser l’organisme se réadapter peu à peu.
 
Enfin, j’espère que ça ne prendra pas trop de temps…au fait, où sommes-nous ?
 
L’aviatrice venait de réaliser se trouver dans une chambre très confortable, entourée d’un confort jamais vu depuis sa renaissance.  Richard la mit au courant de leurs aventures depuis l’accident alors que les uns et les autres ajoutaient de ci, de-là.
 
La cour du Roi Henri…rien que ça ?...Seigneur…dur à croire…mais depuis combien de temps que…je suis dans les vapes ?
 
Sans lâcher sa main, Richard assurait que déjà longtemps.
 
La mise à jour dut en rester là car un domestique se présentait pour convoquer les présents à se rendre chez le Roi. À leur place resta un monsieur à barbiche distinguée qui souriant agréablement se présenta comme étant le Dr. Lacroix, de l’institut de Genève.
 
Je ne peux que constater votre superbe rétablissement, Miss Earhart. J’avoue avoir eu mes doutes sur cela mais l’éminent Tsang a toujours soutenu le contraire. Je me réjouis de m’être trompé.
 
Et moi donc !...Excusez-moi la question mais…de quel siècle ?
 
1863-1934, répondit le Dr. Lacroix en souriant, bienveillant, j’étais déjà un vieil homme quand vous avez entrepris votre voyage sans retour…en fait  je lisais la nouvelle de votre disparition quand une voiture m’a renversé, tout bêtement.
 
Oh, mon Dieu…j’en suis désolée…mais enfin, reconnut-elle, pratique, maintenant vous savez la fin de l’histoire…mais parlez-moi de ces lieux, Dr. Lacroix.
 
Il aurait préféré qu’elle se repose tranquillement au lieu de bavarder comme si rien n’était mais Amelia assura se sentir parfaitement en forme et insista pour savoir tout sur l’endroit qui les avait accueillis elle et ses compagnons d’infortune. Le cher homme s’étendit à souhait sur le thème jusqu’au retour de Richard.
 
Je suis sûr que Sir Richard se fera une joie de vous donner plus de détails, ma chère Miss Earhart. Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance, nous aurons sans doute l’opportunité de nous rencontrer de nouveau.
 
Une fois qu’il ait quitté les lieux après une inclination de tête très cérémonieuse, Amelia soupira.
 
Quel homme charmant !...Si tout le monde est comme lui ici, ce sera un plaisant séjour !
 
L’expression de son cher et tendre se chargea de la désenchanter sur ce point. On était au sein d’une cour royale et l’intrigue bouillait dans tous les coins, plus ou moins évidente.
 
Et le Liberty ?...Est-il perdu ?
 
Il la rassura. Les restes du ballon se trouvaient au château et dès que le temps le permettrait, on pourrait s’adonner à la reconstruction. L’annonce d’être en plein hiver, avec des mètres et des mètres de neige dehors, la déconcerta.

En pleine tempête ?...C’est quand même quelque chose d’inédit…on a toujours eu un climat très agréable…Ah, c’est venu tout à coup…Au fait, que vous voulait le Roi pour vous appeler avec tant d’urgence ?
 
La nouvelle qu’il lui donna la prit fameusement de court. Alpha avait lui aussi trouvé le chemin de ce château.  Elle essaya de ne pas démontrer un enthousiasme excessif  se souvenant très bien que Richard n’avait jamais trop accepté  sa relation avec l’Ayerling. Pas de leur faute s’ils s’entendaient si bien. Elle avait toujours beaucoup apprécié les hommes pragmatiques, et en cela l’homme du futur excellait.

Ah !...Curieux comme nos chemins se croisent de nouveau.
 
On en resta là pour ce thème en particulier. Peu après Tsang fut de retour, avec ses conseils de repos qu’Amelia ne voulut pas entendre.

Je crois avoir suffisamment dormi…Je promets de ne pas me lever, de rester sagement au lit…mais j’ai tellement envie de parler…de vous entendre tous…de savoir que je suis de nouveau vivante…

On lui fit gentiment plaisir en se réunissant autour de son lit. Il ne se passa pas beaucoup de temps avant qu’elle ne commence à dodeliner. En retrait, Tsang sourit à Léontine.
 
Repos essentiel…Amelia de retour, demain encore mieux !
 
Elle se réveilla au petit matin, émerveillée de découvrir Richard endormi à ses côtés.  Se sentant observé, il ne fut pas long à ouvrir les yeux et lui sourire.

Dis-moi je ne rêve pas…
 
Non. Elle ne rêvait plus. L’homme qu’elle adorait le lui prouva le plus tendrement du monde.

Retour à la vie. Tsang l’autorisa à se lever et à faire quelques pas dûment soutenue par Richard. Ses jambes peu affermies, flageolaient mais elle s’efforça jusqu’à pouvoir faire quelques pas toute seule.
 
Il me faut de l’exercice…je me sens aussi molle qu’une poupée de son !
 
Richard riait de son impatience mais Amelia était têtue. Le lendemain, elle était capable de se déplacer, seule  même s’il y avait toujours quelqu’un à ses côtés. En compagnie de Sissi et Hélène, elle faisait une petite reconnaissance des alentours. Elles lui racontaient par le menu la vie à cette cour bigarrée, ses us et coutumes assez hauts en couleur.
 
Je n’ai aucune hâte de le connaître alors, le Roi…quoique je suis si maigre et moche qu’il ne lèvera pas un regard en ma direction.

Elles riaient en assurant que les mets concoctés entre Louis et son nouvel ami, insigne cuistot royal ne tarderaient pas à la remplumer et que les soins de Léontine la remettraient en beauté en un rien de temps.
 
Le seul homme que je veux qui me regarde est Dick…et il s’en fout, du moins je crois, que j’ai ou pas l’air d’un épouvantail !

Ses amies la rassurèrent sur ce fait, amaigrie et affaiblie, elle n’était pas moins leur Amelia de toujours. Elles étaient là, joyeuses à leur bavardage quand des clameurs venant de l’extérieur les poussèrent à pointer leur nez à une des fenêtres. La tempête de neige avait cessé pendant la nuit et le ciel apparaissait pour la première fois en pas mal de temps dégagé et bleu. Mais ce n’étaient pas les variations climatiques qui attiraient l’attention générale.

Bonté divine…regardez-moi ça !!!
 
Un singulier cortège avançait vers l’entrée.  Trois éléphants et cinq cavaliers. Hélène et Sissi, ravies, reconnurent leurs maris. Amelia ressentit une profonde gratitude en reconnaissant Isabel, souriante et son homme du futur, juchés chacun sur un pachyderme splendide.

*Dieu merci, elle s’en est sortie…et il l’a retrouvée…m’en voudra t’elle ?...Si oui, tu l’auras bien mérité….enfin…*
 
Sa Majesté le Roi Henri voulait célébrer  le retour de son cher petit fils et ses compagnons d’aventure qui avaient beaucoup à raconter selon ce qu’ entendit Amelia alors que Léontine, très loquace, la pomponnait pour le dîner royal.
 
Ne te donne pas autant de mal, Léo…on ne tirera rien de mieux…
 
La brave sorcière lui tapota le crâne avec le dos de la brosse et continua ses efforts de coiffure. Elle connaissait bien son art. La séance terminée, elle lui fit enfiler une longue robe de soie verte qui seyait à merveille à la rousseur de sa chevelure et au vert pétillant de ses yeux.
 
Bon si le grigou royal me court après…ce sera de ta faute !, rigola t’elle en tournoyant allègrement au point de perdre presque l’équilibre.

L’entrée providentielle de Richard la sauva de se retrouver par terre. Elle s’accrocha à son bras et ainsi escortée entra au salon pour être présentée au Roi. Sissi l’avait instruite un peu sur le protocole à suivre et la façon de s’y prendre face au royal personnage. En tout cas, elle s’avoua déçue.  Habituée à la prestance de Louis, cet aïeul manquait de grâce à ses yeux. D’entrée sa façon de la regarder  la mit mal à l’aise et lui fit oublier ses leçons de savoir-faire. Droite comme un piquet, elle ne baissa pas humblement les yeux et tendit, très démocratiquement, sa dextre.

Enchantée de vous connaître, Majesté !
 
Il y eut quelques soupir dépités ou amusés mais le Roi  ne s’en formalisa pas le moins du monde et scella les présentations avec un vigoureux shake-hand.

*Ouf !*
 
Quel bonheur de vous voir récupérée de vos maux, vous êtes une autre précieuse fleur pour orner ma cour, gente Amelia.
 
*Ouais…cours toujours, mon pote…précieuse fleur ? On va rigoler si tu penses m’ajouter au bouquet !*

Mais elle oublia de sitôt le Roi en se retrouvant face à face avec l’Ayerling.

Alpha…Quelle surprise te retrouver ici…Je suis très heureuse de…savoir qu’Isabel va bien…et…toi aussi, bien entendu… Oui, je vais bien maintenant…Un vilain accident…mais enfin, à quoi bon revenir là-dessus…Le ballon ?...Partiellement détruit. Il faudra faire beaucoup de réparations…Non, je ne l’ai pas vu encore…peut-être demain ou qui sait quand…Tu voudrais nous donner un coup de main ?

Il voulait. Elle ne put éviter de sourire ravie. Sans plus. Il rejoignit sa femme et elle Richard dont l’expression demeurait indéchiffrable.

La coutume de la cour voulait que les assistants au banquet se mêlent entre eux.  Ainsi Amelia se trouva placée entre deux dignitaires très bavards, l’un, gentilhomme  français du 18ème siècle, qui se défit en compliment désuets. L’autre, français aussi, du 20ème, moins enjôleur et  plus intéressant vu qu’il avait été ingénieur aéronautique. Le pauvre gentilhomme en resta pour ses frais et elle s’en donna à cœur joie en comparant connaissances sur son thème favori.

Richard était aussi à l’autre bout de la table, imperméable aux œillades charmeuses de sa voisine mais quand son regard croisa le sien, il sourit et pour Amelia le monde était en ordre. Malgré sa prenante conversation, elle ne fut pas dupe du manège de certains, en commençant par celui de la Reine et qui n’avait rien à voir avec le Roi, qui de toute façon semblait très occupé à regarder ailleurs avec grande insistance.

*Tiens donc…on s’amuse à la Cour, dirait-on !*
 
De retour à leurs appartements, elle fit part à Richard de ses appréciations.

Il me semble que cette cour a des mœurs un peu légères…ou c’est mon idée ?
 
Apparemment, elle n’avait rien imaginé.  La nature humaine avide de plaisir cherchait son exutoire de toute manière possible,  cette cour ne faisait pas l’exception. Sir Richard semblait accepter cela le plus tranquillement du monde,  en assurant d’un ton paisible et amusé n’avoir aucun intérêt  à part la savoir heureuse et en bonne santé.
 
J’adore ta façon de dire les choses, Dick…mais ce serait merveilleux pouvoir s’en aller au plus vite…Oui, j’ai beaucoup bavardé avec  cet ingénieur français…je pense qu’il nous serait de grande aide…et oui, j’en ai aussi parlé avec Alpha, tu le sais bien…Il va nous donner un coup de pouce…Ce qu’en pense Isabel ? Comment vais-je le savoir ? Je n’ai pas eu l’occasion de lui parler…j’ignore d’ailleurs si elle voudra le faire…, soupir, elle aura ses raisons pour me détester et je ne l’aurai que mérité…on verra après !
 
Se promener dans les couloirs d’un château inconnu n’était pas dans ses habitudes, mais le sommeil la fuyait, elle avait trop de choses lui tournant dans la tête. Amelia  se leva, laissant Richard dormir tranquille, et s’en alla gamberger en toute paix tout en admirant les lieux.

Et puis ça ! Sans doute aussi insomniaque qu’elle, Isabel Kittredge avait aussi choisi l’alternative petite balade nocturne. N’empêche que son escorte avait de quoi faire tiquer : un énorme loup gris, en version charmant toutou mais tout de même.
 
Pendant un instant qui ressembla à une éternité, elles restèrent là, à se regarder sans savoir quelle attitude prendre. Une poigne de remords serra le cœur d’Amelia. En quelque sorte son indifférence haineuse, son mépris, sa rage, sa rancœur amère avaient en beaucoup contribué aux misères de la miss.

Un soupir, un hoquet, un geste de dépit chagriné. Amelia  et les grands épanchements, ça avait toujours fait deux mais là, ce fut irrépressible. Sans trop savoir comment, elle se retrouva à serrer Isabel dans ses bras, en pleurant, toutes deux, à chaudes larmes.

Je…je suis désolée…j’ai été…si bête…si butée…
 
Je n’aurais jamais dû saboter…
 
Ça ne fait rien…tu avais tes raisons…tu aurais dû m’en parler…mais comment ? J’étais un monstre d’iniquité…je tenais tant à mon projet…
 
Isabel comprenait et ne rejetait aucune faute sur elle, au contraire, se sentait coupable. Tant de bons sentiments  faillirent la mettre mal à l’aise. Se dégageant, elle renifla en essuyant ses larmes.

Ne dis pas des sottises, Isabel…on sait bien à qui la faute…n’en parlons plus. Si un jour tu pouvais me pardonner…
 
Elle voulait et le fit. Amelia fut investie d’un profond soulagement. Avec Miss Kittredge ça allait bon train, l’allégement de conscience, autant en profiter. Délaissant tout thème épineux, comme des bonnes vieilles amies enfin réconciliées, elles firent ce que font toutes les femmes du monde : une mise à jour de leurs existences autour d’une tasse de chocolat fumant. Réconfortant.

Des aventures, elles en avaient vécues. Miss Kittredge l’avait eue à la dure,  mais tout semblait aller bien pour elle. Son homme du futur n’avait-il pas remué ciel et terre pour la retrouver ? Il avait dû faire ses preuves avant de mériter pardon pour ses manquements flagrants et là, le regard adouci, soupir aux lèvres, Isabel reconnaissait qu’il avait changé et qu’elle n’avait jamais cessé de l’aimer.
 
*Sacré veinard, il est tombé sur la dernière sainte en service, celui-là*
 
Amelia se garda le commentaire en se disant qu’à sa place, elle aurait tiré à vue. Forcément, la conversation porta sur le fameux ballon et sur un  quelconque projet de reconstruction.
 
Oui, Isabel…c’est le moyen le plus rapide de voyager. Tu te doutes bien que j’ai demandé de l’aide à Alpha…je suis mal fichue avec mon égoïsme obstiné mais sa collaboration m’est précieuse…bien sûr, je comprendrais parfaitement que tu ne veuilles rien savoir…

Mais non. La miss ne s’y opposait pas, menant sa grandeur d’âme jusqu’à  vouloir aussi donner un coup de main et être du voyage, si on en arrivait là. Le conciliabule nocturne fini, Amelia regagna ses appartements, le cœur léger et cette fois, n’eut aucun problème pour concilier le sommeil auprès de son Richard qui n’avait pas bronché et ronflait comme un bienheureux.
 
L’hiver prit fin aussi abruptement qu’il n’avait commencé, aux dires de tout le monde.  Pour Amelia cela ne signifiait qu’une chose : les travaux pour remettre le Liberty d’aplomb pouvaient commencer. Son tour d’inspection pour constater les dégâts faillit la faire pleurer de dépit.
 
L’enveloppe est terriblement endommagée…la nacelle est en miettes…l’équipement  est…Bon sang, on aurait pu le préserver un peu mieux…Dick, regarde-moi ça… les intempéries, ça te dit !?...Non, non…je me calme, on va trouver une solution…

Le roi Henri semblait très émoustillé par le projet et mit tous ses moyens à leur disposition.

Quelle générosité…pas de quoi s’étonner s’il nous sort demain vouloir faire partie de l’expédition !, grommela Amelia, pince sans rire.
 
Mais aux dires royaux, aucune intention de quitter son fief, seule une simple et saine curiosité. Il trouvait que cette aventure moderne stimulait les esprits.
 
*Pourvu que ça aille dans le bon sens !*
 
Logiquement, ça allait dans le sens que voudrait Sa Majesté. La  technologie moderne pouvait l’intéresser mais jamais autant que suivre les impulsions de sa nature de coureur du jupon invétéré.  Amelia, comme toute femme au château, eut à subir de ces ardeurs. La royale main caressa, comme si rien, son postérieur alors qu’elle se penchait pour recueillir un boulon. Plus vive qu’un serpent, elle s’était redressée et sans le penser deux fois avait écrasé son poing sur le nez de Sa Majesté.

Sorry, Henry…mais chez moi, les hommes savent se tenir ou doivent s’en tenir, aux conséquences!
 
Heureusement, le bon roi Henri avait un sens de l’humour bien placé. Se massant le pif ensanglanté, il avait rigolé de bon cœur en prenant note : pas avec les américaines ! Son expérience avec l’autre s’était soldée par un coup de poêle. Temps d’aller voir ailleurs.

Bon an, mal an, on arriva à trouver un semblant de bonne organisation. Les travaux débutèrent sous des bons augures et ce ne fut pas la main d’œuvre qui manqua. Amelia s’efforçait pour  garder le calme, être agréable avec tout le monde et ne pas laisser surgir son côté tyran au travail. Bien sûr la plupart de ces volontaires si sympathiques prenaient l’affaire comme un passetemps amusant bon à meubler leurs heures mortes. Ils étaient curieux de savoir ce que ça donnerait à la fin et s’ils avaient trouvé mieux à faire, laisser tomber le chantier du Liberty ne leur aurait posé aucun problème. Amelia  enrageait en son for interne mais chaque fois qu’elle était à point de perdre la tête,  certains souvenirs pénibles l’assaillaient.

Le jour arriva enfin où elle put respirer à l’aise en admirant la nouvelle nacelle, bien plus performante et fonctionnelle que la précédente.  Encore là, la technologie du futur avait joué le grand rôle. Certes, elle passait plus de temps avec Alpha qu’avec n’importe qui d’autre mais il suffisait de les observer pour se rendre compte qu’ils n’étaient que deux très efficients bourreaux du travail qu’aucune idée pendable parviendrait à distraire. Richard ne faisait pas de commentaire, Isabel aidait de bon cœur. Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes…sauf que ce n’était qu’une impression !

Sous ce vernis  si civilisé de conviviale hospitalité, se tapissaient sournoisement des basses passions. Le Roi aimait les jolies femmes. La reine Claire, les hommes. Il y en avait peu qui échappaient à ses assiduités. D’uns parce qu’ils ne méritaient pas son attention, d’autres parce qu’ils n’étaient pas du tout intéressés de les mériter. Et ce fut là que les choses commencèrent à se corser car la belle Claire n’entendait pas l’affaire de cette oreille là. Pour elle, jeter son dévolu sur un homme était une démonstration de sa faveur. Peu étaient disposés à s’en passer, de ses charmantes faveurs. Louis, Richard, Achille et Alpha jouaient les irréductibles avec plus ou moins de diplomatie. Si le héros de Troie avait été capable de lui rire au nez, Louis, lui sut évader la chose avec sa subtilité coutumière. Richard l’ignora carrément  et Alpha ne varia pas d’un poil son attitude de glaçon. Affaire réglée ? À d’autres. Des étranges accidents se suscitèrent, visant uniquement ces quatre là.
Tout recours semblait bon pour se venger. Claire n’eut que l’embarras du choix. Eux, beaucoup de chance. La patience de tous s’effritait.

Dick, cette femme finira par faire un malheur…trop c’est trop !
 
La solution, en soi, était d’un simplisme écœurant mais aucun des élus dédaigneux n’était disposé à se sacrifier. On redoubla d’ardeur au travail. Cette fois, Amelia n’eut pas à demander qu’on fasse des bouchées doubles, tous étaient plus que décidés à vider les lieux dans les délais les plus brefs possibles.
 
Et ceci, Majesté est le panneau de contrôle. Je sais, cela semble très compliqué, elle sourit en voyant la mine dubitative du Roi mais ne ratant pas celle fortement intéressée de sa femme, s’empressa d’ajouter, ça l’est, en effet. Il m’a fallu beaucoup d’heures d’instruction de la part d’Alpha pour saisir les particularités de cette technologie…le 25ème siècle était de loin beaucoup plus avancé que…tout ce que nous pouvons avoir connu…

Pour distraire leur attention, elle les guida vers des installations qui ne demandaient pas grande explication. Cuisine, installations sanitaires, aire de repos.
 
Mais c’est…vraiment petit !, remarqua la belle Claire, minuscule, en fait…comment tiendrez vous tous là dedans ?

L’idée n’est pas de nous y trouver tous en même temps, Madame…Nous ne voyageons que pendant la journée, le soir venu, le ballon se pose et on bivouaque. Un ballons ne peut transporter trop de poids. Celui-ci a été conçu de sorte que nous ne manquions de rien tout en restant…basiques et élémentaires. L’expédition que nous entreprenons n’est pas un voyage de plaisir…nous sommes des explorateurs !
 
Et ainsi de suite. Claire était beaucoup plus curieuse que son royal époux. Elle réclamait beaucoup de détails et elle ne fut pas la seule à le faire. Sous prétexte d’intérêt général, la moitié de la cour passa en revue le Liberty.

Ils posaient des questions incroyables…n’importe quoi ! J’ai passé presque toute la journée à débiter mon laïus…je parie qu’ils n’ont pas pigé la moitié du quart, rigolait-elle, mais enfin…dès que Louis aura terminé avec ses provisions, on peaufine les derniers détails et dès que le temps est favorable…on s’en va…j’ai tellement hâte, Dick…hâte de sortir d’ici…
 
La veille du départ, réunion au sommet des expéditionnaires. Tout était prêt pour l’envol, le lendemain au lever du soleil. Dernière révision. Avant de quitter la nacelle, Amelia activa le dernier gadget installé à bord, avec un sourire complice envers l’Ayerling.

Maintenant, nous pouvons nous joindre au banquet d’adieu…

C’était un cauchemar. Un affreux rêve dément et cruel. Mais le vent lui fouettant le visage était trop réel pour s’y méprendre et la vision terrible du Liberty s’élevant à toute vitesse sans qu’elle soit à bord, trop douloureuse pour penser à autre chose qu’à une réalité inacceptable et ce n’était pas tout…

Les hurlements de Louis lui déchiraient l’âme. L’expression d’Achille et Alpha, autant. Leurs femmes étaient  à bord. En tant qu’otages des voleurs en fugue.

Ce n’est pas possible…ce n’est pas possible…, gémissait-elle, accrochée à Richard qui tremblait de rage, c’est…trop horrible !
 
Il la secoua avec assez de rudesse pour la faire se taire, affolée et réaliser l’inutilité de ses plaintes.
 
Tu as raison…pas le moment de geindre…faut agir !...Je dois retourner à notre chambre…Le dispositif…je l’ai caché…

Et de filer comme une exhalation, oubliant tout autre chose. Ce qu’elle cherchait se trouvait exactement où laissé la veille au soir.

Vous n’irez pas loin, maudits !, soliloqua t’elle en serrant le boîtier contre son cœur, je vous jure que vous n’irez pas loin !
 
À la tour, il y avait du monde quand elle déboula avec le précieux boîtier. Le Roi Henri, ranimé braillait, furieux, menaçant du poing l’engin qui s’éloignait.

Maudite femelle…maudite sois tu ! je et retrouverai, je t’écorcherai vive…
 
Richard la mit au courant des faits. Amelia ne fut pas trop surprise d’apprendre que la reine en personne était l’artifice de cette intrigue tordue. Elle avait fui avec plusieurs de ses favoris et sans doute pensé qu’en prenant Sissi. Hélène et Isabel en otages lui laisserait un marge de négociation pour s’en tirer sans problèmes, du moins celle-là était l’idée de son époux courroucé qui après l’avoir émise continua de maudire l’infidèle avec ferveur.

Délaissant le roi, Amelia remit le boîtier à un Ayerling  en apparence impassible, qui actionna le mécanisme avec précision. Louis voulut savoir ce qu’ils faisaient.
 
Le Liberty est doté d’un système anti-vol, pour l’expliquer ainsi. Personne ne le savait, à part Alpha et moi…en fait, il l’a installé hier soir. D’ici un moment, le ballon commencera à perdre altitude et se posera…bien sûr, la distance à laquelle il le fera dépendra des courants…Nous savons quelle direction ils ont pris…en tenant compte du vent…
 
Le Liberty s’était posé en douceur. Les efforts déployés par son équipage pour le faire s’élever de nouveau, s’avéraient vains quand la patrouille lancée à leurs trousses arriva à leur hauteur. Amelia avait ténu à être de la partie, menant comme les autres, sa monture à un train de diable.

Claire et sa suite ne faisaient pas le nombre pour affronter leurs poursuivants même si seulement trois d’entre eux auraient suffi à les réduire en quelques instants.

Restée en arrière sur ordre explicite, Amelia allongeait le cou, essayant de distinguer ses amies. Elle ne les vit pas. Un affreux pressentiment lui noua la gorge…

Quand elle vit l’Ayerling abattre le premier homme, Amelia sut que le cauchemar ne faisait que commencer…

 

 

 
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Projet: Désastre.   Sam 20 Juil - 23:12

Pour avoir fréquenté beaucoup d’indigènes de multiples contrées, Sir Richard Francis Burton avait ses opinions quant à la nature humaine. Chaque peuplade avait établi ses codes, règles, afin de pouvoir vivre en communauté. Le choc des mélanges entraînait alors le pire ou le meilleur.
La cour du roi Henri ne faisait pas exception. Un certain équilibre y régnait mais si l’on se donnait la peine de gratter la surface courtoise, on risquait de tomber sur du pas joli-joli.
Enfin rassuré sur le sort d’Amelia, Richard n’eut de cesse que de foutre le camp le plus rapidement possible. Hélas, un hiver aussi rude qu’inattendu, leur était tombé dessus.
Autre chose inattendue : l’arrivée de l’Ayerling en compagnie d’un loup gris.
On ne peut pas dire qu’il fut chaleureusement accueilli sauf peut-être par Henri qui parut ravi de ce divertissement formidable constitué par un homme d’un très lointain futur.
Quoiqu’il en soit, Alpha apportait une nouvelle qui, si elle s’avérait juste, était très bonne. Isabel Kittredge avait survécu, ils s’étaient retrouvés et voyageaient à nouveau ensemble.


*Elle a le pardon trop facile…*

Néanmoins, suite au froid glacial extérieur, la jeune femme se trouvait en posture précaire dans une grotte à plusieurs kilomètres du château. Il fut décidé qu’au matin, Achille, Louis et quelques hommes de la garde royale accompagneraient l’Ayerling dans sa quête.
Amelia venant à peine de se réveiller de son long coma, Richard refusa d’accompagner ce groupe assez suffisant.
Pendant cette discussion, son épouse avait été mise un peu au parfum de leur nouvelle situation par le Dr Lacroix, et commenta ses révélations :


Quel homme charmant !...Si tout le monde est comme lui ici, ce sera un plaisant séjour !


L’arbre cache souvent la forêt, ma belle ! Ne te fie pas à ces manières doucereuses, tu serais déçue.

À sa façon directe, Richard la désenchanta carrément lui détaillant les dessous du tableau : intrigues, hypocrisie, sournoiserie, etc.
Elle prit des nouvelles de son cher ballon puis des raisons pour lesquelles le roi l’avait soustrait à son chevet. Presque à contre cœur, guettant ses réactions, il dut lui parler d’Alpha. Malgré tout le contrôle qu’elle tenta d’ exercer sur elle-même, Miss Earhart ne put dissimuler entièrement sa surprise »émerveillée » :


Ah !...Curieux comme nos chemins se croisent de nouveau.

*Ouais… On est reparti pour un tour, là…*

La santé d’Amelia progressa rapidement et, bientôt elle put se promener avec ses royales amies, même participer au banquet destiné à fêter le retour des survivants. Comme elle resplendissait dans cette toilette émeraude qui lui seyait à la perfection tout comme cette tournure inédite de coiffure.
Intérieurement, Richard se marra des tentatives de séduction – à peine voilées – du souverain qui en révérence eut droit à un franc shake-hand mais son hilarité cessa avec la confrontation Amelia-Alpha.


*De bons amis… ravis de se retrouver… ouais, ouais…*

Retirés dans leur chambre, les conjoints échangèrent leurs impressions, Amelia surtout.

Te bile pas pour ces jeux de chat et souris. J’espère que l’on sera parti avant que cela devienne insupportable.

Elle était d’accord et projetait déjà de se remettre au boulot avec un ingénieur français et… l’incontournable Alpha.

Et Isabel, là-dedans ?


Je n’ai pas eu l’occasion de lui parler…j’ignore d’ailleurs si elle voudra le faire…, soupir, elle aura ses raisons pour me détester et je ne l’aurai que mérité…on verra après !

En son for intérieur, Richard souhaita participer à cette entrevue indispensable entre les deux jeunes femmes.

Qu’est-ce que l’on s’ennuyait ! Pas étonnant que la cour entière se cherchait des embrouilles à défaut de mieux. Richard lut beaucoup, eut des conversations très intéressantes avec plusieurs érudits du cru ainsi qu’avec ses compagnons de toujours. Achille lui narra par le menu sa virée hivernale pour rechercher Isabel.

… Tu es certain que ce garde a détruit volontairement les jumelles ? … J’avoue que les deux autres laissent Louis pour mort ne m’a pas semblé très catholique non plus…

Difficile de prouver quoique ce soit mais les graines du doute germaient : on souhaitait les éliminer. Preuves en furent les divers incidents qui échelonnèrent leur parcours.
Lui, alors qu’il vérifiait l’assemblage des câbles du chantier de réparation, il n’eut la vie sauve que grâce à un avertissement intempestif qui permit à son crâne d’éviter le défoncement par une poulie « détachée »… Voir Achille si près de revivre sa 1ère mort via une flèche « maladroite » donnait de quoi penser. Le pourquoi de ces « accidents » demeurait incertain. Fort à parier que ces manigances émanaient de la reine Claire qui devait râler ferme du peu d’intérêt que ses charmes éveillaient chez les invités. Une fois, une seule, Richard avait bénéficié de ses œuvres. La reine avait dû guetter son passage dans le couloir car, brusquement une porte s’ouvrit, une main délicate l’avait agrippé et entraîné à l’intérieur d’une chambre. La soubrette, son méfait accompli, avait filé à toutes jambes, le laissant découvrir un fort beau spectacle : dans une posture sans équivoque, une Claire dénudée s’offrait. Et Richard avait cédé… au rire le plus irrévérencieux de sa panoplie. Il riait encore en reprenant son chemin.
Malgré ses occupations, Amelia n’avait pas raté de remarquer les agissements de cette folle créature, ni les incidents. Un soir, à bout, elle lui dit :


Dick, cette femme finira par faire un malheur…trop c’est trop !


Si tu veux, je peux me dévouer à calmer ses chaleurs, avait-il déclaré très sérieux.

Le vase qu’il faillit se prendre en pleine poire l’enchanta.
Cependant, tous s’accordaient sur un point : partir.


Enfin, il ne resta plus qu’une nuit à passer au château. Tout était paré à l’envol, les provisions stockées, il ne manquait plus que les passagers dont les bagages étaient déjà à bord.

*On devrait filer en douce…*


Son beau projet tomba à l’eau. On triquait, se souhaitait mille bons vœux quand Richard remarqua l’attitude étrange de ses amis attablés ainsi que celle d’Henri et de nombreux courtisans.
Dans la 1ère vie, Burton avait touché à quasi toutes les drogues possibles et imaginables. Son organisme s’en souvenait-il ? Sans doute est-là la raison qu’il fut nettement moins affecté que les autres. Amelia piqua du nez dans son plat, il la redressa et beuglant furieux :


Qu’est-ce qui se passe ici ?

Deux gardes voulurent s’emparer de lui, il riposta avec les seules armes disponibles : ses poings.
Hélas, le nombre d’opposants grandissant, il succomba sous leurs coups.

Encore groggy, il ne put qu’assister à la catastrophe : on leur piquait leur ballon !
La perte était cruelle, et n’aurait été qu’un simple incident si trois des leurs n’avaient été à bord. Jamais de leur plein gré, ni Hélène, Sissi ou Isabel ne leur auraient joué un tour pareil.
Amelia semblait sur le point de craquer :


Ce n’est pas possible…ce n’est pas possible…, c’est…trop horrible !

Secrètement, il espéra qu’elle déplorait plus l’envol de ses amies plus que celui de son « bébé »

Meeley, il suffit ! On va les récupérer. Où est ton… bidule ?

Elle fila chercher le dispositif antivol créé par Alpha et elle, en grand secret, du moins le croyait-elle. Comme s’il ignorait le moindre truc qu’elle fabriquait avec ce grand type qui avait l’air si… con ( ?) en cet instant dramatique. Le boîtier transmis, les questions fusèrent. Amelia expliqua qu’avec ce truc, le ballon n’irait pas loin. Il se poserait quoique les voleurs tentent.
La suite fut épouvantable. Ballon trouvé, on apprit l’effroyable nouvelle. Plutôt que de se laisser malmener par leurs ravisseurs, les trois femmes avaient sauté dans le vide.
S’il n’avait tenu qu’à l’Ayerling, aucun des forbans n’aurait survécu au massacre qui suivit. La meneuse – Claire – fut occise de la main-même de son illustre époux. Louis avait embroché le premier venu et Achille avait fait pareil. C’était leur droit de se venger.
Le retour au château fut déprimant au possible. Ensuite, chacun combattit son chagrin comme il le pouvait : colère rentrée, larmes, renfrognement.
Pour sa part, Richard s’estimait « chanceux » Les mécréants avaient épargné sa Meeley. Non qu’elle ne soit pas appétissante mais surtout parce qu’elle leur aurait très probablement créé bien des soucis avec l’engin qu’elle connaissait par cœur. N’empêche qu’il compatissait sincèrement à la douleur de ses amis. L’Ayerling, décidément à part des autres, ne manifesta pas grand-chose. Du coin de l’œil, Richard surveilla son épouse qu’il jugeait vraiment trop attentive envers ce glaçon du futur. Celui qui le faisait le plus pitié était sans conteste Louis. Toute sa joie de vivre semblait s’être envolée. Qu’Achille déserte tôt la veillée n’étonna personne. Richard plaignit le gibier qui ne tarderait pas à se faire massacrer.

Va te reposer, Meeley chérie. On ne peut rien faire de plus pour eux.

Elle refusa poliment son offre, préférant changer d’air et d’idées.

Allons récupérer le ballon *Au moins, ça te déridera…*

Ils s’y rendirent à pied, histoire de se défouler un bon coup.

Nous partirons demain, je suppose, dit-il pour meubler le silence.

Rien ne les retenait, juste l'exécution des ravisseurs survivants. La vie à la cour reprendrait bientôt avec ses sempiternelles intrigues stupides. Très peu pour eux !
Tout était intact à bord. L’engin répondant parfaitement aux sollicitations de ses pilotes, il se posa avec précision dans l’enceinte.
La nuit tomba, on grignota à peine les plats servis puis alla se coucher.
Consoler Amelia ne fut pas une mince affaire. Elle culpabilisait à plein tube.


Tu n’as aucun reproche à te faire Meeley… non, personne, pas même toi, n’aurait pu prévoir une telle issue. Tu vas me faire le plaisir de cesser ces idées noires, bois ça ! C’est une potion calmante de Léontine !

Il la berça ensuite telle une enfant chagrinée et, quand elle s’endormit enfin, il se rhabilla en douce. Direction : la prison.
Aux cris qui en émanaient, il sut qu’il n’était pas le seul à avoir eu cette idée. Rien d’étonnant à ce qu’Achille interroge les rescapés, à sa… façon. Le garde s’effaça à son entrée dans la salle de torture. Pendu à un chevalet, un des complices de Claire était en piteux états.


Salut Achille !... Tu obtiens des résultats ? … tu sais, sans vouloir t’empêcher de le massacrer, s’il meurt, on ne sera pas plus avancé… Laisse-le se remettre, on pourrait s’occuper de l’autre, non ?

Déjà, le Grec le sortait de sa cage. Avoir assisté au traitement de son « pote », donnait à penser au prisonnier.

STOP ! Ne l’assomme pas d’entrée de « jeu » ce serait moins drôle…


Il s’empara du courtisan effrayé et le propulsa sur un siège où il fut menotté aux chevilles, les mains à plat sur la table.


Ton sort sera de toute façon réglé demain. Si tu es gentil, on fera en sorte que ton supplice soit bref, ok ? Je pose les questions, tu réponds. Si j’ai l’impression que tu mens, tu vois ces bouts de bois ? Je te les enflammerai sous tes ongles, un à un. Crois-moi, ta langue se déliera toute seule ! Alors, dis-nous si nos femmes ont été souillées ?

Un qui se souillait c’était ce baronnet. Il jura :


Non, non ! On n’en a pas eu le temps !


Achille fais pas l’idiot ! Comment causera-t-il avec la mâchoire en miette ?

JE VEUX DES DÉTAILS sur les derniers instants de nos femmes ! N’omet rien, aucune de leurs paroles, sinon…

La baguette de bois dansa devant les yeux fous du type qui, pour causer, causa. Des détails sordides fusèrent. Difficile de contenir un Achille rouge de rage. Puis :

La… la roturière a bravé notre souveraine ! Elle a dit…

QUOI ? Qu’a-t-elle dit ?

Derrière ton masque, tu crèves de trouilles avec raison, Claire. Tu crèveras bientôt, nous non !
Et elle a relevé les autres et s’est jetée dans le vide en disant : Ayez confiance, la mort n’est pas une fin !

C’était exactement ce qu’espérait Burton.

Brave gars, merci ! Achille, si tu veux te faire plaisir, je n’y vois aucun inconvénient.

Autour d’une chope de vin, les deux amis conversèrent longuement ensuite. Richard exposa de long en large sa théorie :

Je suis persuadé qu’Isabel savait parfaitement ce qu’elle faisait en agissant ainsi. Bien sûr, je n’ai pas de preuves pour étayer mes dires sauf qu’il n’y a aucune raison de croire le contraire non plus. Si nous avons ressuscité une fois, pourquoi pas plusieurs ?


Ils devraient en causer à Louis.
Après quelques heures de repos, bien décidés à vider les lieux au plus vite – normalement après l’exécution publique des ravisseurs rescapés, politesse envers Henri obligée – ils mangeaient du bout des dents le petit-déjeuner quand un Ayerling excité déboula :


Nous devons partir…là, de suite…

Impossible… la bienséance veut que… tenta Richard.

Alpha lui cloua le bec, narrant des faits incroyables qui, sans qu’il en ait conscience, apportaient de l’eau à son propre moulin. Il échangea un sourire complice à Achille et vidèrent leur sac quant aux derniers mots d’Isabel.
Louis ne tenait plus en place, il fallut discuter le coup.

Tu as raison Alpha, on fiche le camp. Une idée de l’endroit où elles seront ?

Il y avait très peu de chance de les retrouver ensemble et on n’allait pas risquer de se séparer non plus.
Henri approuva leur future expédition même s’il la jugeait farfelue.
Il leur fallut néanmoins trois jours pour compléter leur équipement. Alpha avait pondu grâce à des éléments fournis par la Pierre, un objet bizarre qui, affirmait-il, permettrait aux aéronautes de repérer d’en haut les femmes grâce à leur ADN. Il va sans dire que seule Amelia avait déjà entendu parler de ce truc invisible à l’œil nu mais qui était propre à chaque individu.


N’empêche que ça reste à rechercher une aiguille dans une botte de foin,
dit-il à Amelia une fois en altitude.

Comme direction, ce fut Noy, l’éléphante amie d’Isabel qui la donna. Pouvait-on se fier à un instinct animal ? On risqua le tout pour le tout.
Vol monotone, à se casser les yeux à tenter de repérer un signal. Tsang et Léontine soutirent le couple du mieux possible, le déridant parfois en racontant ce qu’ils observaient en bas.
Louis et Achille connurent bien des tracas à maîtriser leurs énormes montures. Théo, le grand mâle, ne facilitait pas la tâche à son cornac non plus. Bon an mal an, le ballon avait balayé un vaste périmètre, mais sans succès, hélas.


Ton copain doit râler d’être cloué au sol, releva Richard l’air de rien… à ton avis ? Bien sûr que je le préfère là-bas plutôt qu’ici ! … Tu n’as absolument pas besoin de lui pour faire voler ce truc, et moi… j’ai besoin de toi Meeley !

Oui, c’était sans doute maladroit de lui redire ainsi sa flamme mais elle eut la bonne grâce de sourire.
Comme il était prévu, les deux groupes se réunirent à la tombée du jour. Le bivouac installé, on fit un bilan sommaire, pas trop réjouissant. Richard, qui s’était aussi informé auprès d’Anselme Quinquempoix, releva le moral des troupes :


On ne peut pas s’attendre à leur tomber dessus, droit comme ça le 1er jour. Le bibliothécaire rapporte des résurrections produites à des centaines, voire des milliers du point de mort. Allez Louis, tu as bien emporté ta flûte, joue s’il te plaît !


Au moins, pendant qu’il soufflait, il ne causait pas !


Le second jour fut à peu près identique sauf qu’un groupe hostile fut repéré grâce aux jumelles.

Meeley, avertis-les, ils vont dessus !


Le système de communication futuriste fonctionna à merveille et les éléphants furent déviés adroitement.

Au bout de cinq jours, une tempête subite obligea l’atterrissage en catastrophe. Ils furent cloués sur place trois nouvelles journées mais aucun dommage ne fut causé.
L’obligation « magnétique » à rester près du fleuve entravait-elle le balayage ? On n’y pouvait rien de toute façon.


*Si ça tombe, aucune fille n’est en bordure… Les zones forestières sont si larges*

Plus Richard gambergeait, plus son idée se renforçait. Les femmes étaient vivantes… Apprendre où elles avaient été recrée demanderait des années, surtout si elles se déplaçaient aussi.
Les souvenirs de sa première résurrection étaient revenus le hanter. « ON » lui avait permis de s’éveiller avant… Tous avaient des réminiscences d’événements antérieurs qui prouvaient leur fréquentation antérieure de cet endroit…


*Cela expliquerait tellement de choses…*


Sissi parlait aux créatures aquatiques… Hélène était très débrouillarde… Meeley savait les plans du ballon comme si elle l’avait fait avant…


*Tout se tient… on nous manipule…*


En douce, il consulta Tsang avec qui il eut une longue discussion.

Y –a-t-il un moyen, potion, incantation, pour récupérer la mémoire enfuie ?

Tsang hésita à la lui accorder. Ils procédèrent en secret, ayant sédaté tous les autres.
La « séance » d’hypnose rétrograde confirma davantage de choses à Richard que son plan insensé épouvantait lui-même. Il pouvait se tromper du tout au tout. Tant pis…
Il passa son reste de nuit à rédiger une lettre :


Mon amour… Je pense que c’est la seule solution pour récupérer Sissi, Hélène et Isabel rapidement. Si je me trompe, n’aie aucune crainte : même depuis l’enfer je reviendrai vers toi.
Ne pleure pas. Poursuivez vos recherches de nos amies sans penser à moi.
S’il m’a été donné de croire en quelqu’un c’est en toi, toujours, uniquement en toi !
Je t’aime.

Dick
.


Au matin, l’air de rien, ils décollèrent. Dès que l’altitude lui sembla correcte, il eut un sourire ému vers les sorciers puis enlaça Meeley, très surprise de cette démonstration « publique ».

Jamais femme n’aura compté autant que toi, mon cœur. À bientôt !

Le temps de lui fourrer son message en main, de s'imprégner d'elle une dernière fois, il sourit et sauta dans le vide. Un long cri accompagna sa chute.
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Projet: Désastre.
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