Gods Games

Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
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 La routine

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Walker Luke

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MessageSujet: La routine   Dim 14 Juil - 10:33

Le temps était aboli.

Lieu étrange pour un non-averti, la forteresse était devenue tellement familière à Luke Walker qu’il avait perdu le décompte des jours depuis son « arrivée ». Peut-être, d’ailleurs, y résidait-il depuis des années ? Il ne savait même plus dans quelles conditions il avait atterri là.  Seul un vague, très vague souvenir flottait dans le tréfonds de se mémoire. Comme dans un rêve flou, il se revoyait debout dans une salle éblouissante. Des voix avaient résonné puis, la routine s’était installée...

Son boulot, il devait l’effectuer convenablement puisque jamais reproche ou sanction ne vinrent  troubler ce domaine aux allures futuristes. S’il avait été un humain, sans doute se serait-il posé des questions. À quoi bon ? Elles étaient inutiles, personne ne lui aurait répondu, de ça il était persuadé.

Ses tâches ne manquaient pas. Surveiller les résurrections était du plein temps. À croire que les gens ne pensaient qu’à s’entretuer, là-bas ! Heureusement la fatigue n’existait pas non plus, de même que rire, musique, amitié ou amour. Quand les tubes de régénération étaient en place, Luke pianotait sur ses ordinateurs ou les commandait vocalement. Il pouvait alors balayer les tranches de la vie des occupants. Si certains n’évoluaient que peu après leur réveil, d’autres se montraient ingénieux et débrouillards. Luke s’en étonnait, sans plus.

La solitude ne lui pesait pas, il y avait trop de boulot pour ça. Pourtant, lorsqu’il regagnait sa cellule de repos, il fallait nécessairement que quelqu’un prenne la relève. Or, il n’avait jamais croisé quiconque à part les robots de ménage.  

Pas besoin d’horloge ou de montre, telle une marionnette bien huilée, le jeune homme savait quand il devait quitter le laboratoire. Faisait-il jour ou nuit ? Quelle importance ? Son cycle de sommeil achevé, il repartait à son travail. Pour s’alimenter, les robots servaient des plateaux de mets plus ou moins variés en temps utiles, immuablement précis.

Ce « jour »-là ressemblait aux autres. Un voyant rouge s’éclairait= un mort. Parfois une vérification s’imposait. Luke quittait alors ses ordinateurs et se penchait sur la victime. En général les blessures étaient affreuses sauf les cas de noyade avant passage de la Houle.

Il pensait avoir tout vu, des blessures par flèches ou glaive aux écorchements savants. L’art de torturer son prochain semblait sport commun.

Dix tubes étaient passés au vert, Luke réexpédia les corps au hasard de la « chance » ou de l’infortune. Puis, trois voyants rouges s’éclairèrent en même temps.

*Une rixe massive* pensa-t-il de prime abord.

Histoire d’estimer la durée de la régénération, Luke demanda aux machines :

Où, comment ?  

La voix synthétique répondit :

Nord-Ouest, à 30000 kilomètres. Chute libre de 200 mètres d’altitude.  

Une chute de cette hauteur ? Luke, pour la première fois depuis son « arrivée », fut incrédule.

Les coordonnées vérifiées, il s’étonna davantage : pas de sommets de cette hauteur dans les environs.

*Ces gens volaient ? *

C’était tellement extraordinaire que la curiosité le saisit :

Luke à contrôle : identification des victimes !

Des numérateurs défilèrent puis se stabilisèrent :

Femme 1 tube 323250: Kittredge Isabel 1882- 1927 ; femme 2 tube 323251: Elisabeth Wittelbach : 1837- 1898 ; femme 3 tube 323252 : Hélène de Troie : -3500 à – 3460.

Luke resta pétrifié face aux écrans. Pourquoi connut-il cette sensation dérangeante, absolument inédite ? Les jambes bizarrement molles, il se leva et, non sans négliger d’allumer l’automatisme, il alla voir.

L’immense salle de machineries ronronnait en sourdine. Rouge et vert s’alternaient près d’espèces de cylindres de verre où des corps parfois en bouillie se réparaient avec soin avant d’être réinjectés plus loin.

Pour se rendre au niveau des 323000, Luke utilisa les élévateurs, des plaques qui répondaient aux impulsions cérébrales en vous transportant dans la seconde à l’endroit pensé.

Luke ne se sentait pas mieux, que du contraire, en approchant de l’allée envisagée. Si le nom de Kittredge n’évoquait rien, les deux autres le mettaient mal à l’aise.

Arrivé à destination, il s’immobilisa, espira profondément quelques coups puis osa se pencher sur le tube 323252. Le visage intact de la dormeuse le fit chanceler. Son cœur s’affola. La voisine d’Hélène conservait également une splendeur inoubliable :

*Sissi…*

Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, il connaissait ces deux femmes ! La tête lui tourna, il dut s’asseoir pour reprendre ses esprits. Des questions refoulées firent une sarabande endiablée sous son crâne.

*Sissi… Hélène… où sont Louis et Achille… ? Pourquoi ces noms me sont-ils familiers ? Où sommes-nous ? Qui suis-je… ?*

D’autres interrogations le crucifièrent. Suspendre l’éjection de ces femmes était horriblement tentant. Mais cela romprait la chaîne, éveillerait la suspicion… De qui ? Il l’ignorait sauf que l’idée déclenchait en lui quelque chose proche de la terreur.

Pourtant, des vérifications s’imposaient. Il n’était pas rare qu’il doive consulter certaines archives pour le bien des ressuscités… Un dernier coup d’œil aux tubes, il redescendit au poste de commandes.      

Luke à contrôle : Nombre d’actions sur les tubes précités ?

Seconde pour le 323250, troisième pour 323251 et 323252.    

Troisième ??? Il avait dû en rater une.

Luke à contrôle : durée inter-reconstruction ?  

Je ne comprends pas la question, reformulez.  

Que c’était agaçant. Au fait pourquoi était-il agacé ? Décidément, plus rien ne tournait rond chez lui.

Luke à contrôle : en durée terrestre, combien de temps sépare le second événement du suivant.

Durée terrestre enregistrée : 20 ans, 166 jours, 38 minutes, 15 secondes.

Luke à contrôle : précisions sur circonstances du second événement.

Négatif, accès refusé. Négatif accès refusé. Négatif…

Las de la dizaine de répétitions, Luke changea la transmission. En mode manuel, il vérifia la « durée » estimée avant éjection. Le bilan le satisfit plus ou moins. Si les visages des victimes n’avaient pas soufferts du choc, aucun os n’avait résisté en entier. La reconstruction nécessiterait deux cycles complets de sommeil.  

Deux cycles… le premier allait débuter…

Ses paupières s’alourdissaient fortement. Bientôt l’inévitable torpeur le prendrait. Il avait trop de questions en tête.  

Jamais, allez savoir pourquoi, il n’avait essayé de rencontrer son alter-égo, celui ou celle qui le remplaçait quand il se déconnectait. S’il avait reconnu Hélène et Sissi, peut-être que… ? Si pas, tant pis, il se débrouillerait sans lui ou elle pour tirer ça au clair.

Les cellules privées n’étaient pas nombreuses. Il les explora systématiquement et, le quatrième panneau lui révéla un corps féminin en sommeil. Son cœur se broya. Douleur, joie ? Impossible à départager.  

*Elle est très belle… Elle me rappelle… *

Il buta sur un nom, comme si un écueil infranchissable lui barrait la route.  

*J… J…*

Il se tortura les méninges en vain. Tous les signes annonçaient la déconnexion imminente.

Il avisa un écran d’ordinateur y pianotant en vitesse :

J… C’est le début… C’est moi, Luke, l’autre gardien. Faut que l’on cause…

Il n’eut que le temps de regagner sa couche en suspension pour s’y écrouler.
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Jennifer Blakely

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MessageSujet: Re: La routine   Mar 16 Juil - 19:09

Son devoir était précis : surveillance.  Résurrection, régénération, situation, vérification.
 
Les ordinateurs se chargeaient de presque tout mais elle avait le privilège de la Décision. Cette liberté d’action lui avait été adjugée en compensation. Jenny ignorait les détails de cet arrangement mais en faisait le meilleur usage possible.
 
Ses souvenirs  commençaient le Premier Jour  et couvraient des années ? Des siècles ? Ou qui sait si l’éternité même…Le temps en soi n’avait aucune importance. Existait-il, au fait ? Laquelle aurait-il pu avoir en ces hauts-lieux de perpétuel recommencement ? 
 
Sa propre existence était réglée avec  minutieuse précision mais cela ne la dérangeait pas. Elle ne manquait de rien et ne devait pas se préoccuper des menus détails de la vie quotidienne, ce qui lui laissait une marge de temps pour ce qu’elle appelait, avec une certaine ironie, ses loisirs.
L’aire holographique lui offrait le seul vrai loisir. L’illusion était parfaite. Elle pouvait alors sentir les embruns lui fouettant le visage, le vent emmêlant sa chevelure. Humer l’arôme de la végétation, écouter le chant des oiseaux ou le soir contempler le firmament étoilé. En solitaire, mais son esprit s’apaisait et elle pouvait reprendre son travail avec la sérénité requise.  Elle se posait rarement des questions, sachant que de le faire, elle devrait se passer de réponse ou essayer de la trouver toute seule.
Sa cellule de repos ne manquait pas de confort, sa garde-robe s’adaptait à son choix, qui dépendait de son humeur du jour. Oui, elle avait la liberté d’avoir des sautes d’humeur, ce qui arrivait rarement, la laissant se douter que Ceux qui l’avaient placée là, ne mésestimaient pas un certain reliquat d’humanité, peut-être pour rendre la Routine plus supportable. Il en allait de même pour ses repas, qu’elle pouvait commander au générateur d’alimentation à son bon plaisir. Le tout devait se dérouler dans le laps de temps estimé à la seconde près mais cela ne lui posait aucun problème. Son appétit et son besoin de repos se manifestaient à  l’heure stipulée.
 
Au Laboratoire, endroit parfaitement clos,  l’illusion de grandes baies vitrées avec vue, de jour ou de nuit, créée par l’ordinateur principal atténuait la sensation de claustrophobie.  Là aussi, elle pouvait choisir le paysage environnant, l’adapter à toutes les variations météorologiques imaginables, quand sa journée terminait, tout redevenait à la normalité, prêt  à accueillir l’autre Gardien qui prenait le relais. Ils ne s’étaient jamais rencontrés et sans doute jamais ressenti le besoin de le faire, cela contreviendrait la régularité si exacte de leurs horaires respectifs.
C’est bien pour cette raison qu’elle fut très surprise en trouvant le message affiché sur son écran.
 

« J… C’est le début… C’est moi, Luke, l’autre gardien. Faut que l’on cause… »
 
*Luke…*
 
Ce nom remua son esprit, sans savoir pourquoi. Pourquoi ce soudain bouleversement à La Routine ? Il devait avoir une puissante raison pour que l’Autre exprime le besoin de la rencontrer. Elle ne chercha pas à percer ce mystère et s’adonna à ses labeurs du « jour ».
Tout se déroulait à rythme normal. La procédure s’enclenchait automatiquement. Clignotants rouges et verts, en parfait concert. Aucune alarme de dysfonction. Ce serait un jour comme tant d’autres, pensa t’elle.
Jusqu’au moment où, suivant le schéma, elle en vint à la vérification de routine sur les faits correspondants  au tour précédent.  Un cas assez notoire attira son attention d’immédiat. Trois morts simultanées. Trois femmes. Elles se trouvaient déjà sur leurs plaques de régénération.
L’autre Gardien n’avait pas laissé de particulière remarque sur le cas mais en révisant ses actions, elle constata qu’il s’y était beaucoup intéressé. L’Identification des « victimes » fut requise. Les données s’affichèrent à l’instant  lui produisant un étrange émoi.

 
Femme 1 tube 323250: Kittredge Isabel 1882- 1927 ; femme 2 tube 323251: Elisabeth Wittelbach : 1837- 1898 ; femme 3 tube 323252 : Hélène de Troie : -3500 à – 3460.
 
La cause des décès résulta encore plus troublante. Le visionnement  des dernières tranches de ces existences-là,  la plongea dans une stupeur sans nom.
 
Elles ont sauté…d’un ballon ? Mais…que se passe t’il là ?...Ordinateur, visionnement complet des deux journées précédant…l’accident.
 
La jeune femme se redressa, haletant d’angoisse.  Un bourdonnement d’alarme se laissa entendre. Elle perdait du temps. D’un geste résolu, Jenny passa en mode manuel, annulant la surveillance de l’ordinateur secondaire. Il s’agissait là d’une situation extraordinaire. Sans précédents. Quelques vérifications supplémentaires plus tard, elle se ruait au niveau où étaient placées les plaques de régénération correspondant aux sujets analysés.
L’angoisse allait en croissant à mesure qu’elle approchait de son but. Une fois face aux cylindres transparents contenant les corps en régénération, une plainte endolorie lui échappa.
 

Sissi…Hélène…
 
La troisième lui était inconnue mais le visionnement lui avait permis de comprendre que les défuntes avaient été amies et qu’elles avaient choisi leur fin pour échapper à un avilissement ignoble.
Une autre vérification de données l’informa que le premier cycle venait de commencer. À la fin du second, elles seraient  « éjectées » de nouveau, chacune de son côté, obéissant l’Ordre conçu pour les « recommencements ». Séparées sans doute à jamais. Tout autant que perdues pour leurs compagnons de vie. Cette constatation lui broya le cœur, éveillant une autre douleur longtemps endormie en elle. La douleur du manque, de la perte de quelqu’un de tellement important qu’après rien n’avait eu raison d’être.
 

Les souvenirs lui faisaient défaut mais comment expliquer ce chagrin énorme qui la secouait toute ? Dans sa tête, les idées les plus erratiques se bousculaient chassant irrémédiablement tout essai de raisonnement logique.
 
Je dois savoir…il doit avoir un moyen de savoir…
 
Retour à sa place. Le panneau de contrôle fut soumis à toute classe de manipulations. Le risque était énorme. Elle le savait mais ne pouvait éviter ce germe de rébellion qui l’investissait. Sensation absurde, compte tenu que rien n’avait été dit en ce sens-là…ni en aucun autre.
 
Ordinateur, je veux voir une fiche spécifique : la mienne.
 
L’accès lui fut refusé ce qui ne l’étonna pas. Elle insista par tous les moyens à sa portée. La réponse demeura toujours la même. Consciente d’être en train de perdre un temps précieux, Jenny délaissa l’idée et poursuivit ses manipulations dans un autre sens. L’information réunie apporta peu de clarté à ses doutes.  Elle visionna les faits attentivement mais aucun ne détenait la réponse voulue.
Ce ne serait pas ce jour-là qu’elle aurait des explications mais il fallait agir, la Gardienne en avait l’intime conviction et pour cela, elle avait besoin d’aide.

 
Bien, Gardien Luke…tu voulais causer…et bien on va causer !
 
Qu’elle intervienne dans le programme de l’ordinateur-régulateur ne provoqua aucune alarme, aucun signal inédit. Le programme accepta ses manipulations et acte suivi un clignotant passa  du rouge-pause à l’orange-début d’activité. Le signal ne tarderait pas à virer au vert, ce qui signifierait qu’elle venait de mettre fin, avec succès, au temps de repos de son collègue inconnu.
 
Il ne tarda pas à apparaître, l’air chiffonné de qui a été privé de quelques précieuses heures de sommeil bien méritées. Pendant un instant, elle demeura en silence, le détaillant sans gêne avec  le résultat attendu : il était un parfait inconnu. Plaisant à voir mais inconnu tout de même.
Sans sourire, elle avança vers le jeune homme qui avait tiqué en la voyant.
 

Je suis Jenny.  Les tubes 323250,323251 et 323252 sont en cause. Je sais que tu les as observés avec beaucoup d’attention.  J’ai  à mon tour fait des visionnages et suis arrivée à une conclusion : nous devons freiner la procédure d’éjection et la programmer en sorte que leur retour ne soit pas laissé au hasard.
 

Cette idée ne sembla pas trop emballer sa contre part en surveillance. En fait cela sembla plutôt l’épouvanter, si on tenait bon compte de son expression.
 
Je jouis d’une certaine liberté d’action, crut-elle bon de l’informer, tu n’as rien à craindre, cela restera sous ma responsabilité…même si j’ignore à qui on devrait rendre comptes.
 
Sans attendre une réaction de sa part, Jenny se dirigea vers sa place, mais juste avant de se mettre à pianoter des ordres sur son clavier, elle le regarda de nouveau. Cette fois l’esquisse d’un sourire releva le coin de sa bouche.
 
Au fait, désolée de t’avoir réveillé avant l’heure !
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Walker Luke

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MessageSujet: Re: La routine   Mar 16 Juil - 22:51

Invariablement depuis… des lustres ( ?) le repos des gardiens était programmé de façon à ne durer que sept heures. Luke était déconnecté à 5h et se réveillait fonctionnel à 12. Qui avait établi cela, pourquoi ? Jamais il ne s’était posé de questions à ce sujet et aucune variation n’avait entamé cette routine permanente. Pourquoi aurait-il lutté contre ? Tout était parfait dans sa continuité. Sauf que là…
Pour la 1ère fois de souvenance, il avait éprouvé un sentiment inédit : celui de la reconnaissance d’êtres en reconstruction. Ces femmes, deux d’entre elles au moins, il les avait vues, fréquentées, ou Dieu sait quoi mais il les connaissait, et cela avait détraqué quelque chose en lui. Contacter l’autre gardien, ou plutôt gardienne, n’avait fait qu’accroître son malaise, lui conférant des sensations encore plus étranges au point de ne pas hésiter à enfreindre une règle informelle quoiqu’absolue : le contact.


Il écrasait du sommeil du parfait robot quand son système de mise en repos s’activa à une heure indue.

Luke à contrôle : vérification instructions !

Normalité totale !

*Hein ?*

De qui se moquait-on ? Fallait pas être devin pour se rendre compte qu’il n’avait pas roupillé son content !
Dans un état second, il dirigea ses pas incertains vers l’unité de rafraîchissement corporel. Débarrassé de son uniforme immaculé, il se laissa doucher par des rayons aussi éblouissants que désinfectants, n’y puisant, hélas, pas la remise en forme ordinaire.
Le robot ménager ayant remplacé sa tenue traditionnelle, il put gagner le laboratoire et tiqua face à celle qu’il identifia comme étant son alter égo. Le « J » qui était venu le turlupiner en la contemplant en sommeil trouva son complément :


Je suis Jenny. Les tubes 323250,323251 et 323252 sont en cause. Je sais que tu les as observés avec beaucoup d’attention. J’ai à mon tour fait des visionnages et suis arrivée à une conclusion : nous devons freiner la procédure d’éjection et la programmer en sorte que leur retour ne soit pas laissé au hasard.

Il ne put qu’ouvrir des yeux ronds :

*Elle est complètement folle ! Belle mais tarée !*

Au tréfonds de son être, un frein avait été implanté. S’il avait commencé à se fissurer à lisant les noms des récentes défuntes, il en restait cependant assez pour lui faire redouter d’éventuelles conséquences à l’insubordination.


La règle ne supporte aucune dérogation…

Pire qu’un iceberg, la belle lui plaqua :

Je jouis d’une certaine liberté d’action, tu n’as rien à craindre, cela restera sous ma responsabilité… même si j’ignore à qui on devrait rendre comptes.

Là-dessus, elle alla fièrement pianoter on ne sait quoi au clavier des opérations puis lui jeta une ombre de sourire :

Au fait, désolée de t’avoir réveillé avant l’heure !

Il soutint le regard amusé, narquois :

Tout se paye ici, l’ignores-tu ? Les heures que tu m’as soustraites vont t’être imputées avant peu.

Il ne doutait pas qu’elle puisse jouir effectivement de certains privilèges, il suffisait de voir sa tenue pour s’en convaincre. Son habillement – très seyant, il est vrai – ne correspondait en rien au sien propre. Il s’en foutait, de ces détails. La fissure de son frein interne s’élargit :

Dans quelques minutes, tu ne seras plus opérationnelles… D’où je tiens ça ? De la raison ! Avant qu’il ne soit trop tard, permets-moi de te demander le pourquoi de ton intérêt pour ces tubes-là ?

Sa réponse l’amena, lui aussi, à sourire en coin :

… Tout comme moi ! Hasard ou pas, nous connaissons les mêmes personnes, Jenny… Jen…

Ce raccourci familier lui fit un drôle d’effet, à elle aussi, apparemment. Il passa outre et demanda à la vitesse grand V :

Ralentir le procédé ne suffira pas. Dis-moi comment les réinjecter ensemble, c’est nécessaire, je crois !

Comme il l’avait prévu, sa belle co-équipière donna vite des signes évidents de faiblesses.
Oui, elle savait des choses ou était exemptée de certaines. Les quelques bribes émises se mémorisèrent avant que la belle ne s’écroule d’une pièce.
Que faire d’autre que de la mener à sa couchette ? Drôle d’effet que de l’emporter dans les bras et de la déposer en douceur sur le matelas synthétique.

*J’ai déjà fait ça… Dans une autre vie… ailleurs… Fichue mémoire !*

Sitôt son colis en place, il répondit aux suggestions de sa « complice », manipula tel ou tel bouton, réglage puis reprit la normalité.
Néanmoins, souvent son esprit – chose inédite – revint sur les récents événements. Il vérifia les constantes de tous les futurs régénérés, les coordonnées des destinations, les emplacements des frais éjectés puis s’attarda sur la console permettant les vues extérieures.


Contrôle : Zoom sur Achille, héros de Troie !

Ups, Achille venait de tordre le cou à un homme. Un voyant s’éclaira aussitôt à la suite d’un autre puis d’une troisième que rejoignit un quatrième.
Ces exécutions massives lui… plurent assez. Un coup d’arme blanche= trois heures de tube. Un cou brisé= 5 heures… Crâne défoncé= 6 heures. Ces gens seraient bientôt libres mais dispersés à tout azimut sans grand espoir de se revoir un jour.

Pourquoi ??? Cette cassure dans la routine provenait-elle de cette rencontre inopinée avec des gens connus ? Y avait-il une autre raison ? Sa main au feu, il connaissait ces gens et aussi… Jenny ! Chaque évocation de ce prénom le rendait quasi malade. Il aurait souhaité discuter plus avant avec elle. Les indications données et exécutées allaient ralentir un procédé qu’ils ne maîtrisaient pas vraiment, ni l’un ni l’autre. Cela aurait-il des conséquences ?
Elle lui avait indiqué comment agir pour se réveiller-elle-même plus tôt. En s’y prenant bien, à petites doses, ils finiraient par partager de longues heures en tête-à-tête. En attendant, les trois femmes étaient presque complètes. Il assouvit les besoins naturels de son corps, passa à l’unité de nettoyage et, sur un tabouret, la fixa en attendant le réveil imminent de Jenn…
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Jennifer Blakely

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MessageSujet: Re: La routine   Ven 19 Juil - 9:28

Tout se paye ici, l’ignores-tu ? Les heures que tu m’as soustraites vont t’être imputées avant peu.
 
Elle leva la main en signe d’apaisement et sans cesser de sourire, continua son pianotage accéléré.
 
Je sais comment ça se passe. Aucun besoin de te tracasser.
 
Ce n’était pas seulement du tracas. Il y avait de la surprise, de la crainte mais aussi pas mal de curiosité.  En assurant qu’elle ne serait plus opérationnelle avant peu, il n’avait pas tort. Il fallait parer au plus pressant.

…permets-moi de te demander le pourquoi de ton intérêt pour ces tubes-là ?
 
Sans lever le nez de son clavier, elle émit un soupir.
 
Curieusement, je sais connaître deux d’entre elles…Sissi et Hélène. Absurde ? Peut-être pas…Enfin, on n’a pas le temps d’analyser ça maintenant.
 
Hasard ou pas, nous connaissons les mêmes personnes, Jenny… Jen…
 
Arrêt subit sur image. Jen ? Déclic d’alarme ? Émoi ? Elle en sut pas le définir en ce moment mais décidément cette abréviation de son déjà raccourci prénom ne lui résulta pas désagréable.

Tout pouvait être, on y penserait après. Il était crucial se mettre d’accord avant que le sommeil ne la prenne ineffablement.   Il avait sa petite idée, elle la sienne. Tout en écoutant la demande de son collègue, Jenny ordonna à l’ordinateur-régulateur  de programmer sa pause-sommeil au minimum indispensable. Trois heures devraient suffire en cette situation émergente.

Dis-moi comment les réinjecter ensemble, c’est nécessaire, je crois !
 
Réveil programmé. 180 minutes. Je me débrouille après. Compris ?
 
Il acquiesça mais restait dubitatif.

Ses réflexes s’amenuisaient rapidement. Faisant un effort, elle parvint  à énumérer les pas à faire pour la réussite de la réinjection conjointe.
 
Coordonnées fixées…ordre direct manuel…Cherche bon endroit…Seules…Attention  désert…
 
Ce fut comme si on la déconnectait. Elle ne sentit plus rien, plongée dans un profond sommeil induit avant même de toucher le sol.

Tout comme le sommeil, le réveil fut quasi instantané quand l’ordinateur émit le signal. Pendant un instant, elle se sentit un peu perdue mais réagit en découvrant Luke qui  juché sur un tabouret la fixait attentivement.
 
Pourquoi tu me regardes de la sorte ?  Tu ne devrais pas être au laboratoire ?

Il assura que le processus était enclenché et que le reste tournait rond, sans demander sa présence constante. Jenny faillit soupirer puis sans perte de temps, sauta vivement de sa couche, pianota quelques ordres brefs dans l’ordinateur mural à son chevet et disparut dans l’espace réservé à la salle de bains et garde-robe, hors des yeux observateurs de son singulier collègue.

Cinq minutes plus tard, elle réapparaissait, fraîche comme un gardon, les cheveux encore humides après sa douche éclair. S’il y avait une chose à laquelle elle s’était refusée depuis le début, était le stérile passage sous rayons désinfectants. Ne se considérant pas une espèce infectieuse, Jenny avait exigé, pour peu qu’on puisse considérer ainsi son simple désir, d’avoir droit à une douche performante et basta !

Il continuait perché sur son tabouret. Elle lui trouva un air un peu paumé mais ne pipa mot à ce respect, se contentant de le précéder vers la sortie.

De retour au laboratoire, ils procédèrent aux vérifications de routine.

Il semblerait que l’incident des trois femmes a eu des répercutions, remarqua-t’elle en consultant le taux de décès  enregistrés.
 
Luke crut bon la mettre au courant des actions de représailles prises par les compagnons des infortunées.
 
Louis et Achille…je pense, Luke, que notre cercle de connaissances en commun s’élargit. As-tu une explication logique à ça ?
 
Pas exactement, quoiqu’une certaine idée l’occupait depuis un moment. Il était plus préoccupé par le procédé de ralentir l’éjection et d’intervenir dans la réinjection des trois sujets.
 
C’est vrai que nous ne  connaissons pas le procédé à fond…mais il n’y a aucun motif de s’alarmer, si l’ordinateur n’a pas émis de signal de dysfonction, cela signifie que nos agissements sont corrects. Il ne reste à espérer que le résultat le sera aussi….Non, je n’ai jamais fait quelque chose de semblable auparavant, faute d’en ressentir le besoin.
 
Il ne départait pas de ses craintes. Définitivement ce gars était un véritable automate bien  programmé pour ne pas s’écarter de la bonne vieille routine. Ils étaient très différents en ce point. Elle ne se demanda pas pourquoi. Ça viendrait sûrement plus tard…ou peut-être jamais. En tout cas travailler avec un autre être humain lui sembla une bonne expérience. Dommage que cela ne puisse pas durer. 
 
La Réinjection ne tarde plus trop…Elles sont prêtes !, annonça Jen en vérifiant les données apparaissant sur les écrans individuels de chaque tubeles coordonnées sont parfaites…bien vu, là elles seront…tranquilles.
 
C’était du chagrin ce qui lui nouait la gorge, en regardant les « endormies ». Parfaitement régénérées, elles reviendraient à la vie. Encore une fois, loin de tout ce qui leur était connu et pire encore, loin de ceux qu’elles aimaient. Parce que renaître n’entraînait pas obligatoirement l’oubli, à moins que celui-ci soit explicitement programmé. Jenny trouvait ce procédé  très cruel. Sans pouvoir l’éviter, elle éclata soudain en sanglots ce qui  prit de court son collègue gardien.

Sais pas ce qui me prend…suis pas sentimentale…mais là…ça me touche, me fait mal…Elles seront ensemble…mais et eux ?...C’est à en devenir fou, perdre l’être qu’on aime…c’est…déchirant…
 
Il hésitait quant à l’attitude à prendre mais Jenny ne lui laissa pas le temps de se décider, d’un geste résolu, elle s’essuya le visage d’un revers de la main, respira un bon coup et fixa les clignotants passés unanimement au vert.
 
Ça y est !
 
Deux secondes plus tard, les tubes étaient vides. Sans échanger un mot, ils regagnèrent leurs places.

Ordinateur, visionnement de la présente situation pour les sujets 323250,323251 et 323252.
 
Le procédé s’était déroulé à la perfection. Les trois femmes s’éveillaient. Jenny coupa l’image.  La vérification des coordonnées choisies situait les  « ressuscitées » dans un endroit idéal, solitaire à souhait, sans dangers apparents, non loin d’une Pierre.
 
Un robot-domestique fit son apparition en portant un grand plateau bien garni qu’il déposa sur une table près d’eux. Luke sembla trouver cela étrange.

Je sais que tu es habitué aux horaires fixés par l’ordinateur-régulateur mais j’ai pensé que nous restaurer un peu serait agréable. J’ai annulé le programme automatique… Oui, on peut le faire, n’ai crainte…en fait on peut faire beaucoup de choses…mais si tu préfères, je réinitialise ton programme…moi je veux, d’ores en avant, décider par moi-même quand et comment agir…je pense que tant qu’on fait notre travail à conscience, personne ne trouvera rien à redire…après tout, t’es-tu demandé pour qui on travaille ?

En toute évidence, non. Elle sourit, maligne et se servit un croissant.

Quelque chose de très étrange s’est passé…Tu l’as senti…je l’ai senti.  Une cassure de la Routine. Sans alarme, sans dysfonctionnement…Je crois, Luke qu’il est temps d’en parler…Oui, bien sûr…après que tu ais récupéré tes heures de sommeil…Tu es très automatisé, toi…Tu ne te dévies jamais du Schéma ?...C’est juste un guide, tu sais…pas la Loi écrite…Ok, fais comme tu le sens…
 
Elle eut envie de rire de son air passablement scandalisé. Il semblait la prendre pour une réactionnaire dangereuse ou  peut-être tout simplement pour un esprit dérangé. Malicieuse, elle aventura une dernière remarque :
 
J’ai remarqué que L’Ordinateur s’arrange très bien sans qu’on y soit dessus tout le temps…J’ai fait quelques petites expériences…Suffit de déconnecter les secondaires pour qu’ils fichent la paix, comme ça pas de petites alarmes de perte de temps…c’est bon pour les robots-ménagers, nous on est humains…t’es bien humain, non ? Euh…je demandais, d’à coup tu agis comme androïde programmé… Qu’est-ce que j’en sais, moi, pourquoi je suis comme ça ?...Y avait pas de petit mot explicatif…Suis là…tu es là…C’est tout…

Idées dérangeantes ? Le fait est que le cycle-sommeil de Monsieur mit fin à l’entretien.
 
Zut !
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Walker Luke

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MessageSujet: Re: La routine   Sam 20 Juil - 10:32

Jamais jusque-là Luke ne s’était intéressé aux raisons de ses actes. Il devait les faire point barre. Maintenant tout était différent. D’abord, il parlait avec son homologue féminine qui, il fallait l’avouer, était beaucoup plus agréable à regarder que claviers et écrans. Sa voix aussi était plaisante même si les émotions véhiculées ne s’avéraient pas particulièrement flatteuses à son égard.
Cette femelle commettait bien des bizarreries. Ainsi elle gaspillait de l’eau pour se laver et ne portait pas l’uniforme imposé. Lui, sa garde-robe ne comportait aucune fantaisie vestimentaire, et il ne s’en sentait pas plus mal pour autant.
Le travail reprit avec priorité aux futures ressuscitées. Jenny visionna les enregistrements concernant les victimes fraîches. Elle aussi reconnut les principaux protagonistes des récents massacres:


Louis et Achille…je pense, Luke, que notre cercle de connaissances en commun s’élargit. As-tu une explication logique à ça ?

Le plus logique est de penser que nous avons déjà croisé ces personnes quelque part… à un moment donné. *Et ça doit être pareil pour nous…* Es-tu certaine que nos manipulations au processus passeront inaperçues ?

Elle l’affirmait, avouant pourtant n’avoir jamais entrepris une telle infraction.

*On est fins…*

Si aucune alarme n’avait retenti dans le laboratoire, il y en avait une qui lui vrillait le crâne et ça faisait mal. Il ne se confia pas, assez curieux de voir jusqu’où les mènerait cette « rébellion »

J’ai balayé plusieurs secteurs avant de découvrir celui-ci.

Il enclencha les caméras de surveillance et éprouva de la satisfaction quand Jenny décréta :


Les coordonnées sont parfaites…bien vu, là elles seront…tranquilles.

Le coin est vraiment désert, à part quelques animaux sans dangers. Elles auront de l’eau et une pierre. Mais qu’est-ce tu as ?

Traits chiffonnés, bouche tordue, respiration difficile, Jenny éclata en sanglots.

*Pleurs= réaction humaine à chagrin. Chagrin= sentiment de tristesse suite à un événement*

Quel que soit ce sentiment, il n’était pas plaisant vu la tête de Jenn. D’autant que la voir ainsi lui rendit gorge et poitrine douloureuses. Elle se reprit très vite en lâcha un semblant d’explications :

Elles seront ensemble…mais et eux ?...C’est à en devenir fou, perdre l’être qu’on aime…c’est…déchirant…

*Conclusion : elle a perdu quelqu’un… *

Sans doute en parlerait-elle, ou pas… Pas son problème.
L’éjection eut lieu sans souci. Les vérifications effectuées, Jenn coupa les images de la résurrection, et un robot domestique arriva avec un plateau garni de victuailles. Son estomac ne réclamait rien. Il tiqua. Avec une assurance teintée d’ironie, lui donnant un petit air affreusement suffisant, la demoiselle déballa un joli discours comme quoi elle avait annulé les rythmes initiaux mais, plus surprenant encore :


… moi je veux, d’ores en avant, décider par moi-même quand et comment agir… je pense que tant qu’on fait notre travail à conscience, personne ne trouvera rien à redire…après tout, t’es-tu demandé pour qui on travaille ?

Jamais ! rétorqua-t-il aussi sec. La douleur sous son crâne augmenta de deux crans.

Elle parla beaucoup ensuite, il répondit comme il put. Selon elle, ils pouvaient toucher à tout sans éveiller les soupçons de qui que ce soit, allant même jusqu’à – narquoise – sous-entendre qu’il n’était pas humain. Il la laissa dire et faire, la douleur était trop forte…

Pour la première fois depuis Dieu sait quand, Luke rêva, ou plutôt cauchemarda.

TU AS FAUTÉ ! Nous avions confiance et tu nous as trahis, le tançait une voix grave.

Ça valait le coup, je vous jure, rigolait-il alors qu’enchaîné à un siège en suspension au-dessus du vide.

Vu les services néanmoins rendus, nous allons t’accorder un… répit.

Et Jenn ? Et mon fils, qu’allez-vous… ?

… jamais tu ne les reverras… Enfreins nos règles, tu seras effacé… définitivement.

Définitivement, définitivement, définitivement… Telle une boucle infernale ce mot défila. Des images distordues surgirent, le rendant fou avant de s’achever dans un grand cri.

En nage, il s’éveilla. Son cycle perturbé, sans les chiffres muraux il n’aurait su ni heure ni jour.
Il passa sous les rayons purifiants, la tête lourde, les idées en pagailles.
Jenny était déjà en poste. Elle eut un sourire moqueur en le voyant si mal fichu :


… Non, pas la forme ! Quoi de neuf ? …

Ah ! En toute joie de cœur, elle s’était arrangée pour modifier des paramètres afin de pouvoir communiquer plus longuement avec lui.

As-tu eu accès à nos dossiers personnels ?

La réponse négative ne le surprit pas. Il soupira :

ON ne veut pas que nous sachions… On s’arrangera pour le savoir car moi, je veux savoir !

La douleur fut telle qu’il verdit brusquement.

Pas grave, haleta-t-il, ça me prend parfois… un circuit mal graissé, sans doute… Normal pour un robot, non ?

Qu’elle pense ce qu’elle voulait, lui il avait pris sa décision.
Jenny connaissait des manipulations que lui ignorait quoique, chemin faisant, des bribes surgissaient ici ou là. Ainsi, ils purent « impunément » observer les amis supposés. Les femmes s’en tiraient bien, leurs hommes moins…

On aurait dû les ressusciter à proximité les uns des autres. Dommage qu’aucun ne veuille se suicider à nouveau…

Faire de la déviation tout en respectant un certain protocole leur demanda des ruses que, trop souvent, Jenny jugea idiotes :

… Pense de moi ce que tu veux, Jennifer Blackely… Ouais, c’est ton nom ou du moins celui qui me vient à l’esprit quand après bien des efforts je te regarde… JE N’EN SAIS RIEN !

Il s’énervait car la pression intracrânienne devenait à la limite du supportable au point qu’il dut s’appuyer contre une paroi :

Toi qui prétends tout savoir, t’as pas un cocktail de derrière les fagots pour retaper un Droïde ?

Il l’avala et se sentit à peine mieux.
Y avait-il de l’inquiétude dans ses merveilleux iris d’eaux claires ou seulement du dépit ?
Leurs cycles ne coïncidant pas encore, elle finit par aller s’allonger.
Curieusement, son absence ramena des forces chez Luke qui en profita pour étudier de près divers réglages auxquels il ne se serait pas intéressé avant la fêlure du frein interne.
Plus il avait avancé dans la journée, plus des failles étaient apparues. Outre les maux, il en gardait la conviction d’avoir déjà séjourné là, longtemps auparavant. Il n’utilisa pas l’ordi central, préférant fouiller les archives transcrites manuellement. Ce qu’il y lut aurait donné des sueurs froides à n’importe qui.
Il ne restait qu’à convaincre Jenny.
Elle s’éveilla en forme, gaspilla l’eau, insouciante. Son air de déterré l’alarma pourtant :


… Jenn, vais te demander un truc qui semble fou… non, je ne suis pas mentalement atteint ou plutôt si mais pas comme tu le penses. Va falloir que tu… m’électrocutes… C’est la seule façon pour me libérer de tout ça. Tu crois que l’on joue ici librement ? Tu te trompes ! Je vais mourir... et ne reviendrai pas dans un tube si tu n’agis pas !

Qu’allait-elle décider ? …
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Jennifer Blakely

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MessageSujet: Re: La routine   Dim 21 Juil - 11:24

Décidément  quelque chose ne tournait pas rond ! Certes elle était habituée à enfreindre un peu les règles mais là, poussée Dieu sait par quel démon espiègle, elle faisait à peu près n’importe quoi. 
 
*Depuis le temps que tu ne parlais à personne…ça affecte, ma pauvre !*
 
Ce devait bien être ça ! En attendant le retour du gardien au repos, elle s’acquitta des tâches routinières sans arrêter de réfléchir. Si bien elle se prêtait à ce changement en toute joie, cela n’empêchait pas le fait d’être complètement hors-norme et par conséquent étrange.

L’Immuable Routine était rompue ! Elle s’attendait à entendre quelque alarme se déclencher, ou voir des signaux en folie, mais comme elle avait eu la grâce de faire remarquer à Luke, rien ne se passait.

*Autant en profiter !*
 
Et avant toute autre chose, très expéditivement, elle changea encore quelques paramètres  pour faire coïncider son temps de veille avec celui de Luke.
 
*Fera…fera pas, on verra bien !*
 
Les taux de mortalité étaient revenus à la normalité. Pas de surprises de ce côté-là. Laissant l’Ordinateur s’occuper  de cela, elle s’appliqua à faire des vérifications en passant en mode manuel.  Elle accéda visuellement  à l’endroit où ils avaient « déposé » les trois femmes. Comme prévu, un certain temps s’était écoulé dans le monde du Fleuve. Les trois femmes n’avaient pas lambiné et avaient à présent un petit campement fort bien agencé avec les moyens de bord.

Pas à dire, ce sont des débrouillardes. L’endroit leur convient, pas besoin de bouger de là. Bien vu, mesdames…Elles se reprennent…mais ça leur fait mal encore… Elles pensent toujours à …eux…

Soupir. Énorme soupir. Un pincement au cœur, comme un vieux chagrin qui revient.  Encore un autre soupir avant de poursuivre le visionnement. Elle voulait s’assurer que rien ne menacerait  leurs protégées. Leur situation s’avérait presque idyllique. Fin de la séance.

Jenny poursuivit ses manipulations et se concentra cette fois sur l’autre groupe qui retenait son attention.  Ceux-là  n’avaient pas perdu leur temps.  Elle se réjouit en constatant qu’ils avaient mis le doigt sur la possibilité de retrouver leurs femmes.  Partis en exploration, ils déployaient des moyens inusités.

*Technologie avancée. Bravo. Leur chance…*
 
Tout n’était pas facile pour eux mais bon an, mal an, ils persévéraient. Elle se promit de leur filer un coup de main au besoin et finit le visionnement. Juste à  temps pour voir arriver son collègue. Il avait la mine de qui n’a pas vraiment joui à fond de sa pause-repos.
 
Ça ne va pas trop bien, hein ?, elle aurait pu se passer du sourire en coin mais ne put s’en empêcher.
 
Non, pas la forme ! Quoi de neuf ? …
 
J’ai ajusté les paramètres, on pourra parler plus longtemps !, et cette fois son sourire s’élargit. Il n’y eut pas de commentaires à ce respect. Tant mieux. Sa suivant question la surprit un peu mais pas tant que ça, après tout elle y avait pensé aussi. Leurs dossiers personnels.
 
Non. Impossible. L’accès est refusé.
 
Cela ne sembla pas le surprendre outre mesure, par contre son soupir la prit de court.
 
ON ne veut pas que nous sachions… On s’arrangera pour le savoir car moi, je veux savoir !
 
Suis d’accord, je veux savoir aussi mais…hey ! Tu te sens bien…tu es vert, là !

Pas grave, haleta-t-il, ça me prend parfois… un circuit mal graissé, sans doute… Normal pour un robot, non ?
 
*Oh là…il est vexé…*
 
Il voulut, lui aussi, observer ce que faisaient leurs « amis ». Elle se garda bien de l’informer l’avoir déjà fait et reprit ses manipulations, attentive à l’opinion de son collègue.

On aurait dû les ressusciter à proximité les uns des autres. Dommage qu’aucun ne veuille se suicider à nouveau…
 
Quoi ?...Mais on sait bien que…Oui, bien sûr…des déviations…c’est risqué, tu devrais le savoir…Ok, si tu veux, on essaye mais si ça rate…Non, je ne dis pas que ce soit idiot…mais que tu as des drôles de façons de t’y prendre…

Sa réaction la prit au dépourvu :
 
Pense de moi ce que tu veux, Jennifer Blakely…
 
Qu’est ce tu me chantes là ? D’où tu sors ça !? Blakely…c’est quoi ?
 
Ouais, c’est ton nom ou du moins celui qui me vient à l’esprit quand après bien des efforts je te regarde…
 
Mais…comment tu peux savoir ça ?, s’ahurit-elle en le dévisageant très attentivement.
 
JE N’EN SAIS RIEN !
 
C’est bon…t’énerve surtout pas…Bon sang, tu ne vas pas bien du tout, toi…
 
Plus pâle, si possible, il semblait À point de s’effondrer mais se trouva encore la force de faire de l’esprit. Curieux bonhomme.
 
Toi qui prétends tout savoir, t’as pas un cocktail de derrière les fagots pour retaper un Droïde ?

Impossible que tu en sois un, tu es trop idiot !, grommela t’elle mais pianota énergique sur le panneau pour demander un analgésique, qui apparut à l’instant sur la tablette du générateur. Cela ne sembla pas lui faire un grand effet. Elle s’en voulut de l’avoir fait s’énerver.

 
*Manquait que ça…il est sensible…trop…ça sent le surmenage, là…*
 
Mais se garda de faire une quelconque remarque en espérant que ça passerait tout seul. Et puis ce fut son tour d’aller prendre sa pause-sommeil.  Ce qu’il fit ou pas en son absence ne la regardait pas, en tout cas, n’allait pas se risquer à le voir péter un câble en posant des questions inconvenantes.  Le sommeil la prit, lui accordant un bien mérité repos.

Fini son cycle, elle prit une douche revigorante, choisit une toilette seyante et alla rejoindre Luke.  Le médicament d’heures auparavant ne semblait avoir fait le moindre effet, il avait une mine à faire peur mais pas autant que les propos qu’il lui tint, une lueur fébrile et un peu folle au fond de ses yeux si bleus.
 
Jenn, vais te demander un truc qui semble fou…
 
Alors me le demande pas…tu ne serais pas un peu…, son index à la tempe voulait tout dire.

Non, je ne suis pas mentalement atteint ou plutôt si mais pas comme tu le penses. Va falloir que tu… m’électrocutes…
 
Elle le regarda, les yeux ronds.
 
Non mais…ça va vraiment plus chez toi…Tu es complètement dingue…tu pètes pas un câble, là…mais tout le circuit. Non ! Je ne ferai jamais pareille chose…

Sa riposte enragée la secoua.
 
C’est la seule façon pour me libérer de tout ça. Tu crois que l’on joue ici librement ? Tu te trompes ! Je vais mourir... et ne reviendrai pas dans un tube si tu n’agis pas !

*Hein ? Il est fou…complètement fou…Mourir ? On ne meurt pas…ou oui ?*
 
C’était une question qu’elle ne s’était jamais posée. Il n’y avait eu raison de le faire. Pourtant là, Jenny devait reconnaitre qu’il allait de mal en pire.

Mais…je…Je ne veux pas que tu meures…mais si je t’électrocute, ça ne risque pas de…Tu es sûr d ce que tu dis ?
 
Il l’était. Plus que ça, il savait exactement comment devoir s’y prendre, assurant que celle-là était l’unique alternative.

Je dois être aussi folle que toi…et si meurs…veux pas savoir ce qui va se passer ensuite…en tout cas, si ça marche…je veux une explication très approfondie…une ÉNORME explication…
 
Il se chargea même de mettre tout à point pour préparer l’événement. Jenny tremblait intérieurement en suivant ses gestes, de moins en moins assurés. Il souffrait, c’était clair. Finalement, il s’allongea sur une table et lui sourit. Ce sourire la remua à plus d’un titre.

Ne me laisse pas seule ici, Luke…
 
Voir son corps bondir sous l’assaut du courant, s’arquer, se tordre en convulsions atroces la fit hurler puis pleurer, sans pour autant oublier les instructions précises qu’il avait fournies.  Courant coupé, il retomba inerte.  Jenny se rua sur lui, le secouant de son mieux, en criant comme une folle :
 
TU M’AS PROMIS !!!
 
Il n’avait rien promis mais ça revenait du tout au même. Elle ne supportait pas l’idée de l’avoir tué en croyant ses balivernes.

TU DOIS REVENIR !!!
 
Qu’il ouvre soudain les yeux, la fit  crier de joie… Son regard pétillant, soupirer bruyamment…
 
Ben dis donc, toi…
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Walker Luke

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MessageSujet: Re: La routine   Mer 24 Juil - 20:10

Ces flashes, cette douleur intolérable !
Il se sentait au bout du rouleau.
Quelque part, des certitudes étaient apparues. D’où provenaient-elles ? Il n’aurait su le dire mais savait.
La réaction de Jenny quant à son électrocution indispensable lui plut beaucoup :


Mais…je…Je ne veux pas que tu meures… mais si je t’électrocute, ça ne risque pas de… Tu es sûr de ce que tu dis ?

En vérité, non mais il fit comme si.

Pas de souci. Je vais te montrer. Je connais la procédure sans savoir d’où elle vient. Tu dois le faire, s’il te plaît… Aie pitié.

Je dois être aussi folle que toi… et si meurs… veux pas savoir ce qui va se passer ensuite… en tout cas, si ça marche… je veux une explication très approfondie… une ÉNORME explication…

Au point où il en était Luke aurait agréé n’importe quelle proposition, supplice ou autre.
D’où ces gestes lui venaient-il ? Bien malin qui répondrait. Pas lui, mais il s’en foutait tant que la douleur cesse. Les machines réglées, il s’allongea sur la table avec un sourire las :


Attache-moi, maintenant !


Sa réponse le ravit :

Ne me laisse pas seule ici, Luke…

C’est pour… *te retrouver, toi, toi, toi…*

Peut-on réellement revoir son existence en quelques secondes ? En tout cas, quand la décharge se produisit à l’intensité voulue, Luke revit… une vie ignorée ou perdue. Là, de gosse de rue, il passait à étudiant en psychologie pour arriver sur un paquebot de luxe en temps que barman puis, en pêchant il ôtait son dessus de bikini à la créature la plus exquise qui soit. Exploitation agricole, usé par le travail… Unique constante : Jennifer Blakely. Des voix… des voix contraires… les contrarier jubilatoire. L’extase… Encore Jenn. Des cellules ? Des hommes en blanc… Nick ! Oh Nicky…
Sauver les meubles, sauver tout le monde… Nick et…


Ben dis donc, toi…

Elle était là, avait toujours été là. Cœur dilaté, il emplit son regard du sien.

Jenn, MA Jenn !

Psychologue réputé, mentaliste à l’occasion, Luke Walker savait prévoir les coups.
Si son 1er réflexe de réveil fut d’embrasser fougueusement celle qu’il aimait, il connaissait d’avance sa réaction. Il bloqua la main vengeresse avant qu’elle n’atteigne sa joue.


Tu n’as pas vraiment envie de faire ça, n’est-ce pas ?

Il passa outre la signification des prunelles assombries et sourit de plus belle :

En tout cas merci ! Grâce à toi, la douleur a cessé… Tu voulais une explication, non ? Je suis prêt maintenant…

Sans se départir d’une sorte de colère hésitante, Lind recula dès qu’il la lâcha.
En faisant jouer tous ses muscles, Luke se leva.


Que dirais-tu d’un verre ? On en a besoin, je crois. Tu viens ?

Pas à dire, la Miss n’était pas très heureuse. Elle le contemplait comme si, par son action, elle avait donné naissance à un monstre capable de tout.
Sans cesser de sourire, même si une certaine raideur de nuque subsistait, le jeune homme n’appela pas le domestique robotisé. Il guida son homologue vers son unité privée où il manipula un panneau qui s’ouvrit en silence. Se révélèrent des bouteilles de liquide colorés ou translucides. En quelques gestes, deux Margarita parfaits se confectionnèrent. Il lui tendit un verre, but une gorgée du sien, claqua la langue et s’installa dans un des sièges de cuir blanc.


Prends place, n’aie crainte, je ne te veux aucun mal… bien au contraire… goûte donc, ce n’est pas du poison, normalement tu adores ça.

Elle se posa mais l’abreuva de questions somme toute normales :

…Tu viens de me rendre ma vie, Jenn… peut-être la nôtre, c’est de toi que cela dépend… Ne t’énerve pas, s’il te plaît, laisse-moi te montrer quelque chose.

Un doigt précis pianota sur l’accoudoir déclenchant un spectacle audio-visuel holographique.

Prise de curiosité, Jenny observa des scènes qui, vu son air de plus en plus ahuri, ne manquaient pas de raviver ses souvenirs. Là, près d’un bois, avec Luke, elle élevait des lapins géants. Dans des champs de blé doré, ils couraient main dans la main flanqués de deux bergers allemands. Malgré lui, Luke retint sa respiration et lui jeta des coups d’œil discrets, histoire de jauger de ses réactions.
Les scènes suivantes les montraient en harmonie, très amoureux, travaillant durement mais heureux. Puis Jenny, le ventre très rebondi, accouchait dans un hôpital. Son sourire éclatait de bonheur en tenant dans ses bras un magnifique poupon aux cheveux blonds. Ensuite, quelques tableaux illustrèrent une vie familiale simple, gaie, à laquelle, parfois des personnes se mêlaient.
Un grand silence régna quand la vidéo s’arrêta.

Luke était terriblement tendu. Il alla de nouveau au bar où il refit son mélange. Le cocktail versé, il s’agenouilla près de la jeune femme en plein débat intérieur et lui baisa la main libre :

Tu as vu… on se connait depuis très… très longtemps. Tu as court-circuité ma punition pour avoir enfreins leurs règles idiotes… Si tu te souviens bien, j’ai été absent, un bon moment. J’étais ici et j’ai tout préparé, au cas où. Même après mon retour près de toi, les caméras ont tourné…

Elle ne disait toujours rien, de quoi l’affoler.

C’est un choc, m’en doute. Peut-être qu’il vaudrait mieux que tu dormes un peu, puis…

La console à proximité émit un bruit. Un voyant s’éclaira.

Merde ! L’un de nôtres ! Viens !

Il ne lui laissa que le temps de poser son verre pour lui prendre la main et l’entraîner dans les couloirs.
Quand, exactement, avait-il bidouillé les circuits ? Il n’en était pas sûr. Mais cela fonctionnait apparemment.


Identification ne tarda pas : Sir Richard Francis Burton.

Circonstance décès ! demanda-t-il au contrôle.

Chute de 200 m ? Brave gars, il a pigé ! On va s’arranger pour coordonner l’éjection près de nos amies. Tu… tu te sens bien, Jenny ? Ma chérie, ça va… ?
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Jennifer Blakely

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MessageSujet: Re: La routine   Mer 24 Juil - 23:15

Son regard aurait dû l’alerter mais non ! Elle resta là, comme oisillon hypnotisé.

Jenn, MA Jenn !
 
Cet homme était complètement fou ! Que lui prenait-il de l’embrasser de la sorte ? De l’appeler  SA Jenn ? Son premier réflexe fut de le gifler. Ça ne passa pas de l’intention, avec une aisance étourdissante, il para le coup et eut en plus le toupet de demander :

Tu n’as pas vraiment envie de faire ça, n’est-ce pas ?
 
Elle ouvrit la bouche pour riposter mais suffoquée comme étant ne parvint à articuler un traître mot, devant se contenter de le trucider de son regard le plus meurtrier…qu’il ignora allègrement.
 
En tout cas merci ! Grâce à toi, la douleur a cessé… Tu voulais une explication, non ? Je suis prêt maintenant…
 
Non mais…c’est… c’est…stupéfiant !  Lâche-moi !
 
Il obéit et se leva.
 
*Dire qu’il était mourant il y a trois minutes !*
 
La suite la laissa encore plus pantoise. Il l’invitait à prendre un verre ! Comme si c’était la chose la plus normale du monde…se faire électrocuter, l’embrasser et…boire un verre !
 
*Bon Dieu….quelques voltas et ça mue en fou extravagant !*
 
Mais pour si jamais, elle le suivit. Plus curieuse que craintive, malgré tout. Ils aboutirent à sa cellule-repos où  après une rapide manipulation il fit coulisser un panneau qui livra à ses yeux  ébahis…un bar très bien agencé.  Pour elle qui se croyait au détour de tout, Jenny fit plutôt estomaquée.  Il fit quelque mélange savant, le servit dans une coupe préparée d’avance avec bord de sel, la lui présenta  avant de s’asseoir. Elle n’avait pas pipé mot pendant toute la séance.

Prends place, n’aie crainte, je ne te veux aucun mal… bien au contraire… goûte donc, ce n’est pas du poison, normalement tu adores ça.
 
Trop, c’était trop. Elle consentit à prendre place dans un siège similaire au sien.
 
Cette situation est anormale…ton comportement est hors ’norme…à quoi joue-t’on là ? C’est quoi tout ce cirque ?...Le courant était destiné à soulager tes maux…mais là, on dirait que tu es devenu complètement fou…Où veux-tu en venir ?
 
Il souriait. Un sourire placide, amusé mais aussi empreint de…tendresse ? Jenny se risqua à goûter son cocktail, tout compte fait, s’il en voulait à sa peau, il ne se serait pas donné autant de mal. Surprise, elle le trouva très à son goût.

Tu viens de me rendre ma vie, Jenn… peut-être la nôtre, c’est de toi que cela dépend…

Ici, il n’y a qu’un toi et un moi…pas un nôtre !, émit-elle avec tout l’aplomb qu’il lui fut possible de trouver.
 
Ne t’énerve pas, s’il te plaît, laisse-moi te montrer quelque chose.
 
Et avant qu’elle puisse placer un mot de plus avait mis en marche un visionnage holographique. Jenn étouffa une exclamation…

Elle apparaissait en premier plan…sur tous les plans. Parfois seule. La plupart du temps avec lui. Ensemble, riant, unis, yeux dans les yeux…heureux !  Des champs magnifiques, des lapins géants, une basse-cour extraordinaire.  Deux magnifiques chiens de berger…
 
Mia…Rex…, balbutia t’elle, transcendée.
 
Son image arrondie lui tira un cri assourdi par sa main. Un bébé…Blond, adorable…et puis ces personnes qui apparaissaient… Elle se sentit étouffer, la tête lui tournait, une irrépressible envie de pleurer la tenaillait mais les larmes refusaient de couler…

Jenny fut pas consciente d’avoir vidé sa coupe et de l’avoir de nouveau pleine. Elle était tétanisée d’horreur, de peur…de chagrin, d’amour…de manque. Avec un effort, elle parvint à faire une longue inspiration dans l’espoir de pouvoir calmer un peu le chaos bouleversant qui l’assommait.

Tu as vu… on se connait depuis très… très longtemps. Tu as court-circuité ma punition pour avoir enfreint leurs règles idiotes… Si tu te souviens bien, j’ai été absent, un bon moment. J’étais ici et j’ai tout préparé, au cas où. Même après mon retour près de toi, les caméras ont tourné…
 
Il tenait sa main, y déposait un baiser. Elle se sentait privée de tout. Ses sens paralysés. Il parlait, parlait…et lui conseillait de dormir un peu.

Ce fut l’alarme subtile de la console qui la tira de cet état quasi catatonique. Luke se redressait vivement.

Merde ! L’un de nôtres ! Viens !
 
Il la tracta à sa suite jusqu’au laboratoire. Pianotage rapide. Un nouveau décès s’affichait. Pas n’importe lequel :
 
Sir Richard Francis Burton, énonça la voix synthétique de l’ordinateur.

Chute de 200 m ? Brave gars, il a pigé ! On va s’arranger pour coordonner l’éjection près de nos amies. Tu… tu te sens bien, Jenny ? Ma chérie, ça va… ?
 
Chérie s’ébroua lentement, comme qui revient d’un rêve et le fixa d’un regard endolori.
 
Me sentir bien ? Quelle question idiote…bien sûr que je ne me sens pas bien…Comment veux-tu que je me sente après…tout ça !?...Dis-moi que c’est une vidéo trafiquée …dis-moi que tu as mis en scène toute cette…histoire débile…C’est une épreuve, non ? C’est ça, hein ? Tu es…un Vérificateur…Ça doit exister, non ? Il y a toujours un Vérificateur…

Elle aurait inventé n’importe quoi pour évader ce qui l’ankylosait, la torturait mais malgré ses efforts, Jenn savait que tout était vrai…Ce devait l’être.  Cela expliquerait tant de choses…tant de sentiments qui sommeillaient, revenant d’à petits coups épars sous forme de ce qu’elle croyait rêves…

Luke la regardait, comme s’il voulait s’emplir les yeux d’elle. Sans vouloir s’en empêcher, Jenny se laissa aller contre lui et ferma les yeux.
 
Je suis si fatiguée…
 
Elle se réveilla brusquement, sans besoin du signal. Elle reposait sur sa couche en suspension et était parfaitement seule dans sa cellule plongée dans une douce demi-pénombre réglée par l’ordinateur -ambiance. Un soupçon de migraine lui martelait les tempes. S’obligeant à se lever, la jeune femme passa sous la douche où l’eau froide à pression chassa tout reste de torpeur. Vêtue d’un tunique simple, elle se pressa vers le laboratoire.

Il travaillait, concentré sans sembler remarquer son arrivée mais à peine était-elle à quelques pas de lui, il tendit sa main, sans même se retourner. Son cœur fit un bond en avançant pour la prendre et se laisser rapprocher de lui. C’était bon, c’était rassurant, c’était bienheureux…

Des nouveautés ?, souffla t’elle, qu’en est-il de Richard ?...Oui, je dois y penser…C’est toujours notre travail…Oui, je vais bien…autant qu’on puisse l’être…mais on en parle après…occupons-nous de notre petit problème…Ok, il a entamé son deuxième cycle ?...Seigneur, combien de temps m’as-tu laissée dormir…
 
Elle lui sourit et d’une main un peu timide caressa ses cheveux blonds.
 
J’ai…eu peur que ce ne soit qu’un rêve…Tu as vérifié les coordonnées pour la Réinjection ?...J’espère que ça ne poser aucun problème…Non, Luke, je ne t’en veux pas…pas du tout…Ça m’a remuée…Oui, je pense qu’on devrait envoyer un signal aux autres…sans ça…ils risquent de tourner en rond ou de perdre la tête…Excuse-moi de passer d’une chose à l’autre mais…suis encore un peu…enfin, tu me comprends…que dirais-tu de leur permettre de quitter le  cours du Fleuve ?...Non, je ne me fous pas de toi…Si tu me connais si bien, tu devrais savoir que je suis capable de gérer deux situations difficiles sans perdre la boule...enfin, oui…cette fois ça a été…un peu hors de mes limites habituelles…
 
S’écartant un peu de lui, elle se pencha vers le clavier et y pianota compulsivement, laissant s’afficher une longue liste de données qui semblaient l’intéresser follement. En fait, elle ne voyait rien, ses yeux étaient embués de larmes  et son cœur lui faisait mal. Quand très doucement, il la tourna, l’obligeant à le regarder, elle renifla, sans essayer de sécher ses larmes.
 
Où est Nicky, Luke ? Où est mon bébé !?...Je veux mon fils…
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Walker Luke

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MessageSujet: Re: La routine   Ven 2 Aoû - 17:43

Jeu cruel. Luke aurait donné n’importe quoi pour éviter à Jenny d’être confrontée aussi brutalement à la réalité. Un électrochoc comme celui qu’il venait de subir aurait-il mieux valu ? Il en doutait. Mais les dires de celle qui avait été son épouse l’atteignirent :

Comment veux-tu que je me sente après…tout ça !?...Dis-moi que c’est une vidéo trafiquée …dis-moi que tu as mis en scène toute cette…histoire débile…C’est une épreuve, non ? C’est ça, hein ? Tu es…un Vérificateur…Ça doit exister, non ? Il y a toujours un Vérificateur…

Parfois l’hypnose aidait ces cas de déni profond. Il y recourut non sans culpabilité :

Au fond de toi, tu sais, Jenn… tu sais tout. Laisse-toi aller… Dors ma chérie, dors…

Elle s’effondra dans ses bras.
Il aurait souhaité rester à son chevet, la veiller, la couver mais il avait une urgence sur le feu avec l’apparition de sir Richard dans un tube.


Burton était réduit en miettes, comme les femmes avant lui. Sa reconstruction avant éjection leur laissait 48 h pour tromper les vérificateurs. Car Jenny n’avait pas tort : il y en avait. Luke était bien placé pour le savoir en en ayant subi les conséquences directes. Que sa femme ait été « épargnée » de sévices régulateurs n’était pas à négliger. Il y penserait plus tard. Sans ordi, il pouvait veiller aussi longtemps que son physique le lui permettait. Il en usa et abusa afin que rien ne soit laissé au hasard.

Il la sut dans son dos dès son entrée ténue. Geste d’antan, il tendit une main en arrière et reçut la pression de la sienne :


Tout baigne, n’aie crainte... Tu as dormi plus de 24 heures, ma douce.

Miracle, elle lui caressait les boucles blondes. Avec hésitation mais déjà ça !
Elle hésitait, s’interrogeait mais participa activement à la prochaine résurrection de Burton avant de renifler. Luke eut le cœur brisé devant le minois chiffonné qui lui débita, étranglé :


Où est Nicky, Luke ? Où est mon bébé !?...Je veux mon fils…

Il la tint contre lui, s’enivrant du parfum de sa chevelure, de la chaleur du corps collé au sien. Il n’eut pas la force de mentir :

Je le voudrais aussi, de toute mon âme. Mais… je ne sais pas du tout ce qu’il est advenu de lui, sauf que… S’il vit… En expression terrestre, il devrait avoir plus de 20 ans aujourd’hui !

Oh, là, là ! Si expression révoltée pouvait être incarnée, Jenny aurait reçu l’Oscar du rôle.

Hey, hey ! J’y suis pour rien, moi. Arrête de me taper dessus, veux-tu ? On se penchera ensemble sur ce qu’est devenu… NOTRE fils ! Tu te rappelles de sa conception ?

C’était son tour d’être ému. Pouvoir aimer Jenny sans surveillance lui avait demandé tant de ruse ! Le résultat l’avait à la fois surpris et émerveillé. Le ventre de Jenn s’était arrondi à la vitesse grand V alors qu’elle était perdue du côté du fleuve éternel. Et le bébé était né au centre médical du village où sa croissance s’était – fort heureusement - déroulée normalement ensuite.
Les souvenirs de Walker étaient très flous encore sur ce qui s’était passé peu après les deux ans de Nicky. Il se rappelait ce qui ressemblait à une explosion atomique… un grand flashe aveuglant… des gens disparaissant…
Jenny étant au bord des larmes à nouveau. Il déclara :

Et si nous nous passions des robots-serv et nous servions nous-mêmes ? Richard en a encore pour des heures avant de retrouver les filles…

Oui, il connaissait les cuisines sauf que leur accès n’était pas aisé. Luke se cassa les dents sur un panneau qui refusait son bidouillage.

ILS ont modifiés les codes d’accès, les salauds ! Comme si se faire à bouffer soi-même était un crime odieux !

Assez amusée – ouf – Jenny fit sauter les codes de sécurité aussi facilement qu’un bouchon de champagne. D’où détenait-elle ces capacités ?

*Ils pensaient qu’elle n’y songerait pas… lui octroyant ça, en compensation… Vont être déçus !*

Il connaissait sa Jenny. Dieu ou diable, si une idée lui trottait en tête, nul ne l’arrêterait !
Les cuistots de service furent bloqués, un petit coin de paradis n’exista que pour eux.
Retrouver des gestes simples d’une autre époque, le plaisir de confectionner ensemble des plats hautement savoureux, les rapprocha davantage.
Cet espace aseptisé disposait de tout ce qu’un grand chef peut rêver, mieux qu’une Pierre à souhait.
Ils l’explorèrent et en tirèrent beaucoup avec satisfaction.
En fond d’ambiance, Luke choisit de projeter sur les murs du réfectoire un décor très bucolique évoquant tapis herbeux, ruisseau, frondaison et chants d’oiseaux sans le soleil couchant.
Etrangement, aucun des deux n’avait faim. Sur la nappe dressée à même le sol virtuel, les préparations refroidirent en silence.
Las de l’absence de communication, Luke soupira en saisissant un pilon de poulet qu’il entama sans conviction :


Blâme-moi, insulte-moi, frappe-moi si tu veux Jenn Mais ne sois pas si... distante please ! ILS m’ont bien couillonné, et toi avec !

L’alarme discrète résonna : l’éjection de Burton était prête. Ils y répondirent…
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Jennifer Blakely

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MessageSujet: Re: La routine   Sam 17 Aoû - 22:09

S’il vit… En expression terrestre, il devrait avoir plus de 20 ans aujourd’hui !
 
Brutale réalité. Ces paroles lui firent l’effet d’un coup de poing au plexus. La respiration lui manqua, ses idées chavirèrent dans une spirale d’angoisse intolérable qui céda très vite place à une colère révoltée. S’écartant de Luke comme s’il représentait l’incarnation même du mal, Jenny le frappa, hors d’elle.

20 ans !!! , hurla t’elle démenée, c’est…monstrueux…inconcevable…et…
 
Hey, hey ! J’y suis pour rien, moi. Arrête de me taper dessus, veux-tu ?

Elle secoua la tête, abasourdie de douleur, d’incompréhension. 
 
Pourquoi ?, ce ne fut qu’un souffle alors que sa voix s’étranglait de larmes.
 
Ses souvenirs erratiques, affolants  revenaient par bribes  et s’assemblaient laborieusement pour former un puzzle d’indicible horreur. Ils avaient eu une vie heureuse, un enfant merveilleux, des amis  et tout cela avait disparu, sans explication, en l’espace d’un instant aveuglant qu’elle se refusait à admettre. La suite faisait sans doute partie d’un Plan Supérieur duquel ON n’avait pas jugé nécessaire la mettre au courant. Pion  manipulé, déplacé à souhait.

Luke était doux, prévenant, consolateur. Elle aurait voulu fermer les yeux, se laisser aller contre lui et pleurer tout son soûl mais savait sciemment que cela ne mènerait à rien, ce dont elle avait besoin était une explication, des réponses  qui ne viendraient sans doute jamais.
 
On se penchera ensemble sur ce qu’est devenu… NOTRE fils ! Tu te rappelles de sa conception ?

Jen pinça les lèvres, faisant un effort pour ne pas pleurer et acquiesça lentement. À quoi bon en parler ? Ces instants magiques, uniques et volés avaient eu un lourd prix.  Il comprit ça et préféra, radicalement, passer à autre chose.
 
Et si nous nous passions des robots-serv et nous servions nous-mêmes ? Richard en a encore pour des heures avant de retrouver les filles…
 
Cette virevolte délicate la fit sourire en ravalant ses larmes. Il voulait la distraire à tout prix et l’idée résultait rafraîchissante.

Oui, pourquoi pas ! Ça nous changera un peu !
 
Elle le suivit en silence s’amusant un peu à le voir batailler avec les codes d’accès aux cuisines, il pestait de plus belle, sans que cela change quelque chose.
 
Laisse-moi  faire, soupira t’elle en l’écartant et pianotant à son tour.
 
Bingo ! Au quart de tour l’accès leur fut permis. À croire qu’elle jouissait de plus de liberté de mouvement que son compagnon.  Pourquoi ? Jenny n’en savait trop rien mais après les dernières révélations de Luke, elle commençait à se faire pas mal d’idées. Et aucune ne lui plaisait.
Les robots-serv furent annulés et ils purent s’adonner aux préparatifs d’un repas à la bonne vieille façon d’antan.  Cet antan avait-il réellement existé ? Ou était-ce encore une vision erronée de ce qui aurait pu être…sans l’être jamais ? En ce cas, Jen trouvait ce jeun assez débile, vint il de qui que ce soit. Luke semblait trouver beaucoup de plaisir à l'activité entreprise, elle suivit le mouvement sans pouvoir sentir de véritable enthousiasme. Ses idées étaient focalisées ailleurs…
Il avait le don du détail. Ce fond de décor était merveilleux, si romantique et réconfortant.  N’était-il pas en train de reprendre, presqu’avec exactitude, le décor des lieux magiques qui avaient accueilli leur fugue ?
 
*Joli mais inutile…ce n’est qu’un mirage…ces temps-là ne bous appartiennent plus…passé…fini…effacé…mon bébé n’est plus…je ne suis plus…Luke n’est plus…nous ne sommes rien…ou si peu…quel jeu abominable…qui  peut faire une chose pareille ? Qui ose jouer à Dieu ?...pas Dieu quand même…*

Perdue dans ces réflexions peu réjouissantes, elle oubliait même la présence de Luke.
 
Blâme-moi, insulte-moi, frappe-moi si tu veux Jenn Mais ne sois pas si... distante please ! ILS m’ont bien couillonné, et toi avec !

La virulence de cette proteste la fit sursauter et revenir à la réalité du moment. Pendant un instant, la jeune femme songea à une repartie bien sentie mais déjà l’alarme d’éjection requérait leur présence ailleurs.

De retour au laboratoire, elle s’adonna aux vérifications de dernière minute. Burton était prêt, les coordonnées de sa résurrection aussi. Luke s’activait de son côté. Aucune alarme parallèle. Tout allait bien.
 
Parti !, dit-elle, simplement en voyant le signal passer au vert. Le corps avait disparu du tube et cinq secondes plus tard les premières données d’arrivée s’affichèrent. La suite les laissa pantois. A peine matérialisé dans son nouvel habitat Richard se prenait une flèche à l’épaule. Visionnage instantané demandé, ils purent faire un balayage rapide de la situation.

Kittredge ne manque pas de réflexes, commenta Jenny d’une voix monocorde, mais ça ira… aucun organe vital du sujet n’est touché…Non, je ne suis pas fâchée…ça va aller aussi, t’en fais pas Luke. Regardons plutôt ce qui se passe chez les autres.
 
Les Autres. Achille et Louis. Ils avaient été leurs amis. Les siens, surtout. Des images en kaléidoscope ahurissant défilaient dans son esprit. La rencontre, l’arbre, la vie dans l’arbre, sa grossesse et…

Il y en avait d’autres, qui n’appartiennent pas à ce groupe !, dit-elle soudain, je peux m’en souvenir, maintenant…tu le sais, non ? Tu sais beaucoup de choses que j’ignore encore, Luke et je veux tout savoir !
 
Le cher homme ne sembla même pas surpris de sa requête, c’était comme s’il lisait en elle comme en livre ouvert. Faudrait s’y faire et pour quelque curieuse raison, Jenny ne lui en voulut pas le moins du monde. Il la rassurait, rassérénait son esprit, elle pressentait qu’avec lui à proximité rien ne pourrait aller mal. Était-ce trop d’optimisme ? Ou peut-être seulement une aveugle confiance ?

L’affaire Burton était réglée, pour le moment.  Ils effectuèrent tout ce que leur dictait leur routine coutumière avant de,  un bon moment plus tard, prendre une pause. Jenny se donna alors le loisir de s’ébrouer, respirer à fond et regarder Luke droit dans les yeux.

Je suis perdue, confuse et fâchée. Il me faut des faits et la vérité au cas de la connaître. Qui est au-dessus de nous ? Tu les connais ?...Ah…deux hommes…Les Vérificateurs ? Ah bon ? Tu ne crois pas ? Et alors…à ton avis ?
 
Il n’en savait pas grand-chose et s’il le faisait, le cachait adroitement.  Jenny opta pour cette seconde explication. La suspicion était de mise. Le Luke qui lui avait été livré avec ses « souvenirs » pouvait-être ami ou ennemi. Elle n’avait rien pour prouver tort ou raison. Il pouvait aussi bien être ce mari adoré dont elle sentait le manque affreux  autant qu’un  pion X mis en jeu pour prouver son effectivité ? ILS, qui qu’ILS soient pouvaient avoir implanté ces idées dans son esprit tout aussi bien qu’ILS pouvaient se donner le mal de soutenir cette espèce de jeu barbare dont elle n’était que la Surveillante.

J’ai un début de migraine, tout se déroule avec normalité ici, il vaudrait mieux reprendre notre routine normale…Quoi ?...Oui, tantôt, cela m’a semblé une bonne idée mais en y pensant bien, il vaudrait mieux ne pas trop contrevenir…Je t’en prie, Luke …lâche-moi…
 
Angoisse atroce lui serrant la gorge, elle se sentit incapable de poursuivre. Seul comptait l’éclat de ces yeux si bleus qui l’anéantissait. Il avait un pouvoir immense sur elle auquel il lui était si difficile résister.

Je veux te croire…C’est confus…ma tête fait mal…Non…ce n’est pas une fuite...comprends moi…
 
Il ne voulait pas lâcher prise si facilement. D’un geste décidé, elle se défit de son étreinte, pourtant si douce et recula de deux pas, sans le quitter des yeux.

Si tu es vraiment mon Luke…tu sais…

Il sut. Si peu et pourtant tout.  Elle se força à croire, à rebâtir toute entière sa foi ! Il serait son salut, car sans lui rien n’avait lieu d’être.  D’un seul coup, migraine et doute furent effacés et un regain d’énergie la secoua.
 
Ok…puisqu’on en est là…la question est…que vient après ? Qu’attendent-ILS que nous fassions…ou pas ?...Merde, c’est minable ne pas savoir à quoi s’en tenir…Pourquoi diables sommes-nous là ?...Que veulent-ILS de nous !?...Pas d’alarmes, pas de signaux contraires…pourtant je suis sûre qu’ON sait exactement ce qu’on fait, nous deux…ILS ont permis notre rencontre…ILS permettent qu’on soit là à parler et nous souvenirs…c’est débile…à moins que…

D’un bond, elle fut de retour face aux écrans en pianotant furieusement sur le clavier. On lui refusa plusieurs accès, elle s’en moqua et poursuivit avec ses manœuvres détournées. Un signal passa à l’orange, elle ricana, sa suivante manipulation fit hurler une sirène d’alarme, qu’elle fit taire d’un doigt rageur.
 
Alarme de rigueur…on obtient la même en grillant du pain sans le code correct…VOILÀ ! ILS centrent notre attention sur ceux qu’on connait…je ne peux visionner que ce que fait ce groupe là…pour les autres, à peine si la routine suffit…morts, ressuscités… un petit jeu à la con…mais ce sont CEUX LÀ qu’ils …Bon sang, Luke Walker…c’est quoi le nom de ce jeu  débile !?

 
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