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Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
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 La mort nous va si bien...

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Sissi

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Date d'inscription : 03/04/2011
Age : 36

MessageSujet: La mort nous va si bien...    Lun 29 Juil - 11:13

Avaient-ils enfin trouvé la terre promise ? Même en atterrissant aussi brutalement avec toutes les conséquences dramatiques suivantes, Sissi se sentait très heureuse à la cour du grand-père de Louis, hormis les intrigues bien sûr.
Achille, celui que tous ne semblaient considérer que comme une machine de guerre, était un tout autre homme dans leur alcôve privée. Ils jouaient aux échecs, elle lisait des poèmes, chantait, pianotait ; elle aurait fait n’importe quoi pour que leurs heures en tête-à-tête soient des fêtes. Non qu’elle redoute un seul instant une infidélité de la part de son mari ! Juste pour le plaisir de lui partager avec lui des moments de quiétude.
Les occupations de jour ne manquaient pas, surtout depuis que l’Ayerling s’était pointé. Avec lui revint Isabel, ce qui enchanta l’impératrice d’Autriche. Revint également la réfection du ballon, sujet si controversé déjà.
L’humeur générale aurait pu paraître bonne si des incidents n’étaient pas survenus. Accidents de chantiers ? À d’autres !
Son chéri ne commenta pas la flèche qui faillit lui rappeler sa 1ère fin mais la suspicion d’Elisabeth couvrit l’ensemble de la cour.
La perfidie de Claire ne fit aucun doute aux yeux de Sissi quand Achille lui eût rapporté la vaine tentative de séduction de la reine. Néanmoins, nul n’aurait pu prévoir banquet d’adieu plus dramatique.
Un grand trou se produisit entre coupe levée et réveil par un baquet d’eau glacée suivi d’une dénudation outrageuse.
Le premier émoi passé, Sissi avait ramené tant bien que mal sur elle les pans de son corsage déchiré :


Malheur à vous ! Tu es folle de braver Achille, Claire. Quand il saura…

Mais la souillure la plus immonde semblait au menu.
Elle, Hélène et Isabel, étaient à bord du ballon restauré. Hurler, menacer, ne servirait pas à grand-chose, hélas.
Le choix laissé par une Isabel remontée n’en était pas vraiment un : vivre la honte ou mourir dignement.
Sans hésiter, Sissi agrippa la main de l’Américaine qui prononça des mots étonnants :


Ayez confiance, la mort n’est pas une fin !

Une fin ou une autre ? Au moins Sissi bascula-t-elle dans le vide avec un seul cri :

Achiiiiiiiiiiile !!

Aucune douleur d’écrasement. La quiétude totale. Puis :

Merci, merci !

I… Isabel ? Oh mon Dieu, nous vivons ! Hélène, nous sommes vivantes !

L’envie de danser les saisit sauf qu’en tenue d’Ève, cela ne se faisait pas à leurs époques.
Par une chance extraordinaire, une Pierre à souhaits se dressait non loin. En un clin d’œil, les jeunes femmes obtinrent les objets désirés. Très excitées, elles parcoururent leur environnement immédiat. Tout ressemblait à un havre de paix, isolé et confortable. Cependant la solitude leur tomba dessus en imaginant dans quel état devaient se trouver leurs époux en ayant constaté leur perte. Isabel, pratique, ne laissa pas l’abattement s’installer. Mieux valait s’installer elles-mêmes.
Trois petites tentes, quelques ustensiles basiques, des provisions de départ, elles furent satisfaites.
Bien que n’ayant constaté aucune présence humaine dans le secteur, la prudence les obligea à fabriquer arcs et flèches.
Hélène posa la question que brûlait de poser Sissi. La réponse fut claire quoique assez effrayante.


Ainsi, tu n’étais sûre de rien ? tiqua Sissi. N’empêche que je te remercie pour ta foi, sans cela… Mais dis-moi, étudier ainsi as dû te demander… des nuits complètes, je me trompe ?

D’après Isabel, à la mort de son Artémis le sommeil l’avait fuie. Elle assurait aussi que l’hybride reviendrait les guider vers leurs maris.

Puisses-tu dire vrai, soupira Sissi. Je crois que nous pouvons être certaines que si nos hommes ont vent des résurrections multiples, ils remueront ciel et terre à notre recherche
.

Des jours à la fois tristes et heureux s’écoulèrent dans l’attente d’un signe quelconque. On chassait, pêchait au lac, cueillait des fruits, priait aussi son Dieu ou la PIerre.
Souvent, sous la toile de son abri, Sissi pensait à son époux :


Que n’ai-je le même don envers toi qu’envers la Houle. Dommage que le fleuve soit éloigné. Je demanderais à mes amis de t’avertir, de te ramener vers moi…

Sur les conseils de Miss Kittredge, on se prépara à un éventuel hiver. Puisque les saisons étaient parfois folles, Sissi n’y vit aucun inconvénient sauf que tuer un animal juste pour sa fourrure ne lui plaisait pas. La Pierre lui octroya un chaud manteau doublé d’hermine et des skis. Mais Hélène ne reçut qu’un parasol ce qui les fit beaucoup rigoler.

Puis il eut ce jour mémorable où un hybride apparut non loin d’elles alors qu’elles relevaient leurs pièges. D’abord, toutes pensèrent à la belle Artémis enfin de retour des limbes. Lé déception d’Isabel fut marquante mais moins que la joie incompréhensible d’Hélène.


Hélène, non ! Il va te dévorer !!


Courant à la rencontre du gros chat, la reine de Sparte leur interdisait de viser au risque de la blesser.
Lorsqu’Hélène évoqua le nom d’Hermès, Sissi eut des sortes de flashe lui rappelant :


*Bagheera…*


On en discuta longuement plus tard et Sissi dut avouer :

Achille et moi possédions aussi un hybride. Et, à l’envol du ballon, si je n’ai pas vomi c’est… c’est parce que j’avais déjà connu ça…

La conclusion d’Isabel fut tranchante :

Vous n’en êtes pas à votre 1ère résurrection !

Nous aurions déjà ressuscité dans ce monde-ci ? Pourquoi ne se souvient-on pas de cette mort-là ?...

Cela expliquait des choses tout en ouvrant d’autres questions. Bref, un vrai casse-tête.

Au matin, en compagnie d’Hélène et d’Hermès, Sissi livra un peu de son débat intérieur :


Au fond de moi, je sens que c’est vrai cette histoire… Je ne sais pas pourquoi ni comment mais il est clair que nous savons des choses que d’autres, comme Isabel, ignorent.
Cette nuit j’ai rêvé d’un endroit merveilleux, très… moderne… Ah, cela t’es déjà arrivé ?? On devra faire une analyse groupée… à condition qu’on se regroupe bien sûr. Tu penses qu’il est bon de rester ici ?


Hélène tanguait, hésitait à trancher. Elle n’avait pas tort : elles disposaient de plus que nécessaire, là.

Elles se séparèrent pour vaquer à leurs occupations devenues routinières.
Sissi se rapprochait des buissons bordant le lac. Les petites baies qui y poussaient étaient un vrai délice. Son panier à moitié rempli, elle écarquilla les yeux. À croire que l’herbe devenait floue à proximité. Sa vision s’ajusta, un cri fusa :


AU SECOURS ! PAR ICI !

Quoique fût ce machin, cela se condensait, révélant peu à peu une forme... humaine.
Les autres accoururent et Isabel fut la première à capter :


Une résurrection !

Le temps de le dire, elle avait armé et décoché son trait sur l’homme nu qui se redressait en titubant.

Oh, merde ! C’est… Richard ! Ô mon Dieu, pardon !


*Richard ? *

Oui, c’était lui. Même en ce simple appareil inédit, cela lui correspondait. Pleine d’espoir, Sissi reluqua les alentours. Hélas, aucune autre résurrection ne semblait devoir avoir lieu en cet endroit.
Elle suivit le mouvement en se portant au secours du blessé.
Au son de son rire, Richard n’allait pas trop mal.
Toutes ayant acquis des notions de soins au cours de leurs périples, les femmes s‘organisèrent rapidement. Tandis qu’une jupe pudique vêtait sommairement le nouveau venu, Sissi examina la blessure. Il s’en était fallu de très peu pour qu’un poumon, voire le cœur ne soit transpercé.
Très solide, Richard se laissa conduire au campement et plaisanta en chemin malgré le trait fiché de part en part dans son épaule gauche. Il semblait ravi de constater les raisons de sa dernière action et n’en voulait à personne de l’accueil reçu.

Plus tard, bien pansé, revigoré par une potion façon Léontine, il narra l’après kidnapping.
Savoir comment son Achille l’avait vengée fit néanmoins sourire Sissi. Lui en vouloir ? C’était sa façon bien à lui de lui témoigner son amour au-delà de la mort.
La suite la fit sursauter :


… tu t’es suicidé pour nous rejoindre ? Tu risquais de disparaître à jamais en offensant Dieu ainsi !


Manifestement, c’était le cadet de ses soucis. Il avait élaboré une théorie qui se vérifiait pleinement.
Tour à tour, les femmes l’interrogèrent non sans le surveiller du coin de l’œil. Il avait beau avoir été lardé plus sévèrement à plusieurs reprises, il n’était que de chair et sang après tout.
Il répondit à tout non sans pâlir au fil du temps.


… donc, vous vous êtes mis à notre recherche en espérant nous retracer grâce à un bidule d’Alpha et tu as pris un… raccourcis.


Hélène posa LA question par excellence ; Richard se montra plus qu’évasif cette fois.

*Pas possible ! Il n’est venu que pour prouver une théorie mais n’a pas le moindre plan de sortie ?*
*

Les filles émirent plusieurs possibilités mais Burton croulait doucement.
Hélène mit fin sagement au débat. Une tente avait été préparée pour le blessé, elles se relaieraient à son chevet jusqu’au matin.

Deux volatiles rôtissant sur le feu, Sissi et Hélène entrèrent en grande discussion :


C’est incroyable, non ? Il dit que nos faits et gestes sont surveillés depuis le début, confirme que nous avons ressuscité avant… Oui, nous nous en doutions mais… J’ai remarqué aussi son intérêt pour Hermès ; il semblait dépité... Moi ? Euh… S’il dit « on bouge », je le suis. Je ferais comme toi pour rejoindre ton Louis : N’importe quoi pour Achille !... Bien sûr qu’Isabel en sera.

Son tour de garde auprès du blessé se passa sans accrocs. À part un petit délire fiévreux pendant lequel il réclama Amelia, Richard ronfla comme un ours heureux. Elle ne tenta pas de lui extorquer des réponses dont elle connaissait déjà la teneur.

On tint conseil au matin. Ordre fut donné de demander à la Pierre autant que possible car nul ne pouvait prédire quand on en croiserait une autre.
Hélène fut chargée de converser avec son Hybride : à lui de les conduire au fleuve.

Trois longues journées furent nécessaires pour y parvenir. Chaleur écrasante, moustiques à gogo, le groupe connut plusieurs petites mésaventures notamment la rencontre de sables mouvants.
Hermès disparaissait parfois, créant une quasi panique générale. Mais, enfin, les méandres familiers se profilèrent. Malheureusement, Hermès indiqua clairement que l’autre rive était favorable.


*Eh Zut !*


La berge actuelle était occupée par des sortes de Néandertaliens, pour autant que Sissi se souvienne de leurs représentations à son époque. D’abord, elle crut Burton devenu complètement fou car il désirait envoyer Hélène en ambassadrice.

Elle va se faire massacrer ! Ce sont des barbares, ils mangent cru !

Par précaution, on banda les arcs. Hermès veillait. Mais la blondeur éthérée d’Hélène joua en leur faveur. Divinisée aussitôt, elle put réclamer ce qu’elle désirait.

Hey, n’en profite pas trop, ma belle ! rigola Sissi au détours d’une requête.

Des trocs s’effectuèrent pour sceller l’amitié et, bientôt, les quatre aventuriers purent énoncer leur désir de traverser.

*M’étonne pas qu’ils ne veuillent pas ! *


Leur terreur traduisait pour eux leur refus.

Je vais leur montrer, dit Sissi.

Plonger la rafraîchirait. Elle avait l’habitude depuis le temps, mais…
Une certaine angoisse l’envahit en mettant les orteils dans le fleuve. Richard avait évoqué une période où elle avait été sirène, ce qui expliquait son « pouvoir » sur la faune locale.


*Ça fait longtemps… depuis j’ai ressuscité… *

Cela fonctionnerait-il encore ?

Lorsqu’un immense remous se produisit à ses côtés, Sissi eut très peur. Tous la virent couler…
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Hélène, la belle de Troie

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MessageSujet: Re: La mort nous va si bien...    Mer 31 Juil - 22:03

Normalité ? Routine ? Cela dépendait de la façon de voir les choses ! Et Hélène ne voyait rien de cela, alors là…pas du tout !

D’abord le réveil d’Amelia, entretemps le retour de l’Ayerling, plus tard celui d’Isabel. Réunis de nouveau, tout semblait voué à ressembler à ce genre de bonheur quasi parfait que tout être sensé apprécie si volontiers. Hélas, il n’en était rien ! Si elle devait s’arranger pour échapper aux sollicitudes de ce cher Henri, son Louis adoré mettait en branle-bas de combat diplomatie et astuce pour évader les « douces » attentions de la belle Claire. Il n’était certes pas le seul dans cette impasse de séduction éhontée, la « chasse à l’homme » semblait être les sport favori de Sa Majesté la Reine. Que les quatre nouveaux, chacun à sa façon, la désenchante rudement attisa une véhémente soif de vengeance…

Soif avide qui finit en tragédie…
 
Ayez confiance, la mort n’est pas une fin !
 
Pas trop le temps d’y penser. Quelque part, ces mots avaient un sens pour Hélène…elle savait, sans trop savoir quoi mais, quoiqu’il en fut, se lancer dans le vide était mille fois préférable à subir l’opprobre que Claire avait préparé pour elles.

Louis me vengera !, cracha t’elle au minois royal avant de saisir la main d’Isabel et ensemble basculer dans ce vide effrayant.
 
Herbe douce, air tiède et embaumé, ciel d’un bleu incomparable. Paix totale, ineffable. Pendant un instant, elle se crut seule mais déjà la voix d’Isabel se chargea de l’informer du contraire. L’américaine criait sa joie en se découvrant en vie et Sissi ne tarda pas à se joindre à la liesse.

Oh mon Dieu, nous vivons ! Hélène, nous sommes vivantes !
 
M’en suis rendue compte…c’est quand même quelque chose…On est ensemble !
 
Ses compagnes ne prêtèrent aucune importance à cette constatation, elle y pensait pourtant. Un souvenir imprécis luttait pour surgir…mais taisant cela, Hélène se leva d’un bond et se joignit à la ronde joyeuse qui fut de très courte durée. Danser nues, comme des nymphes des bois ne leur ressemblait pas trop et pour leur bonheur une Pierre s’élevait à proximité.

*Tiens, gentil coin…tout parfait, calme et sans voisins, dirait-on !*
 
Profitant de l’aubaine, elles firent leurs demandes qui furent octroyées avec grande générosité, rien ne leur manquerait, matériellement parlant. Pour le reste, on y repasserait.

*Mon Louis…mon amour…si tu pouvais savoir !*
 
Femme pratique, Isabel conseilla de ne pas trop penser à leurs maris et de s’adonner au mieux à leur installation. Hélène suivit le train, le cœur lourd.

*Si elle peut ne pas penser à son Glaçon, son affaire…moi, je ne peux pas vivre sans mon Louis !*
 
Elle essaya néanmoins de ne pas trop renifler et refoula autant que possible ses larmes. Dresser sa tente, accommoder les dons de la Pierre, bâtir un petit campement, réunir les provisions et pour si jamais, se munir d’armes basiques. Arcs et flèches de manufacture très domestique mais assez performants pour les rassurer, même si après une première exploration des alentours, il fut clair qu’il n’y avait âme qui vive à part elles.
 
Dis, Isabel…tu savais qu’on allait…revenir ?
 
Miss Kittredge n’hésita pas à leur livrer le pourquoi du comment de sa décision.
 
Ben… j’avoue m’en être convaincue d’après mes lectures à la bibliothèque au château et les dires du gardien de ces lieux. Anselme Quinquempoix a étudié, relevé certaines choses tendant à prouver qu’ici, de quelque façon que l’on meure, on renait systématiquement ailleurs. C’était un pari mais, reconnaissez que cela valait le coup, non ? j’ai entendu Claire ordonner de me balancer par-dessus bord dès que ses favoris nous auraient fait subir… ce que vous savez !
 
Mais dis-moi, étudier ainsi a dû te demander… des nuits complètes, je me trompe ?, s’ahurit Sissi.
 
Isabel soupira en avouant que le sommeil l’avait fuie depuis la mort de son chat avec lequel elle avait toujours partagé une très singulière symbiose. Artémis avait bien abandonné l’Ayerling pour aller la chercher après sa supposée mort par exécution et l’avait bel et bien trouvée.


Je ne me l’explique pas mais j’ai encaissé ce coup dur car, déjà à ce moment, j’avais l’intime conviction que rien ne disparaît entièrement dans ce monde ci. Elle est quelque part et… je compte sur son retour pour nous guider vers ceux que nous aimons.

 
Hélène émit un profond soupir.
 
J’espère qu’elle ne tardera pas…Louis doit être au désespoir, nouveau soupir, avant de se hâter d’ajouter, Achille et Alpha aussi, bien entendu !
 
*Tant que je retrouve Louis…m’en fiche du reste !*
 
Elle avait toujours eu tendance à être un peu égoïste et pour le moment, était trop abattue par sa misère toute personnelle pour envisager de changer. D’autres pensées la taraudèrent alors que le sommeil semblait ne pas vouloir venir. À force d’entendre Achille jurer contre les Dieux, chose qu’elle avait jugé blasphème au début, la belle de Troie commençait à prêter foi à l’idée.
 
*Pour ce que cela m’a servi être la fille du grand Zeus…vaillant père que celui-là qui permet pareil opprobre…à moins que depuis le temps on lui ai sauté sur le râble, réglé son compte et pris sa place…et s’IL n’est plus celui qui détient les rênes du pouvoir…qui alors !?*

Cette pensée la tarauda un peu avant d’enfin s’endormir.
 
Et faute de mieux, elles s’organisèrent de leur mieux pour leur nouvelle vie. Ce n’était pas bien difficile. L’endroit était paisible, giboyeux à souhait, les ruisseaux bons pour la pêche, les fruits les plus divers ne manquaient pas et ce que la nature prodigue ne fournissait pas, était donné par la Pierre.
 
*C’est trop parfait…trop… !*
 
Si Hélène prévoyait quelque surprise désagréable à leur tomber dessus au moment le moins attendu, elle se garda bien de faire part de son pessimisme. La vie se poursuivit tranquillement, en harmonie parfaite entre elles et avec la nature. Isabel s’entendait à merveille avec toute bête de poil ou plume, alors que Sissi avec tout habitant du monde aquatique. Faute d’entente avec la faune, la blonde Hélène pouvait reconnaître une baie comestible d’une qui ne l’était pas, il en allait de même avec herbes et champignons. Elle aurait su, sans doute, s’adonner aux délices du jardinage et créer un joli potager mais rien que d’y penser, elle se souvenait de Louis si doué pour cela et finissait en pleurs.

Se réunir, le soir venu, autour d’un feu pour partager le repas, amenait souvenirs, anecdotes de l’une ou l’autre. Elles essayaient de s’y prendre avec humour et ce n’était pas étonnant que cela finisse en bonne crise de fous rires. Mais parfois, toute la bonne volonté du monde ne suffisait pas pour éviter des éclats de chagrin. Alors, en bonnes amies, elles pleuraient de concert, se consolant à l’avenant.
 
À ton avis Isabel…cela leur prendra combien de temps, nous trouver ?
 
C’était sans aucun doute une question assez idiote mais Hélène ressentait le vif besoin d’avoir quelque chose à quoi s’accrocher. Il lui semblait qu’une éternité s’était écoulée depuis leur résurrection et jusque là, aucun signe prémonitoire, de ceux prévus par Miss Kittredge n’avait eu lieu.
 
Combien de temps ? Qu’en sais-je Hélène ?, et pour adoucir un peu dévia un peu le thème, je suis persuadée que rester sur place est notre meilleur atout…

*Ah bon ?*
 
Parce que cela va aider à nous trouver…au cas de nous chercher, bien sûr !
 
M’enfin, bien sûr que oui, ils nous cherchent ! Vous les connaissez, non ?
 
Sûr qu’on les connait…mais peut être qu’on est très loin…ou tout simplement…ailleurs !, soupir dépité, excusez moi, c’est plus fort que moi…je désespère…mais enfin…que croyez vous qu’il soit advenu de…Claire et ses complices ?
 
Isabel, si douce et pieuse eut l’heur de les surprendre avec son vœu si peu charitable :
 
Ben, j’espère qu’elle aura eu ce qu’elle méritait et ressuscitera dans un endroit épouvantable plein de sadiques, na !
 
Mais avant, j’espère qu’on l’aura taillée en pièces !
 
Penser à un possible hiver ? Drôle d’idée, à l’avis d’Hélène qui n’en avait vécu qu’un à l’abri du château du roi Henri, donc pas connu les rigueurs d’un climat extrême car même les hivers de sa vie « d’avant » avaient su être doux, en rien comparables à celui que décrivait Isabel. Force fut, par conseil de cette dernière, de se prémunir contre le possible assaut de neige et glace. Pour ces dames au cœur tendre, tuer des animaux de fourrure résultait déplaisant et puisque Pierre à souhaits il y avait, rien de plus logique que lui adresser des demandes précises.  Si Isabel et Sissi furent dûment parées, Hélène n’aurait su dire pourquoi la Pierre crut bon de lui faire don d’un parasol.
 
J’ai mal formulé mon vœu, supposa t’elle, un poil vexée des rires de ses compagnes, quoique la situation était assez hilarante pour qu’elle finisse par rire aussi.
 
À son deuxième essai, elle reçut une tenue hivernale digne de ce nom. Le parasol s’avéra toutefois de belle utilité et mettait une note de couleur à leur campement.

Elles relevaient les pièges quand l’exclamation surprise de Miss Kittredge leur fit relever la tête. À une vingtaine de mètres, à l’orée du bois se tenait un fauve splendide, très semblable à l’hybride d’Isabel.

Non, ce n’est pas Artémis, dit Hélène soudain le cœur en joie, ce n’est pas elle…Je ne peux presque pas le croire…

Ses compagnes la crurent folle lorsqu’elle s’élança à la rencontre de l’animal qui n’avait pas bougé. Elles tendirent leurs arcs, prêtes à la défendre de sa bêtise.

Non…ne tirez pas…ne le blessez pas…c’est Hermès…c’est lui !!!, arrivée tout près de la majestueuse bête, elle tendit ses bras, c’est toi, n’est-ce pas, mon beau ?...C’est toi qui es revenu…après si longtemps…
 
En caressant l’épaisse fourrure, enfouissant le visage dans le cou puissant les pensées d’Hélène dérivaient vers un autre temps…une autre vie…Elle se releva, confuse mais ravie et revint vers ses amies flanquée du superbe fauve.

Je ne saurais pas l’expliquer…en le voyant, j’ai su…c’est revenu tout à coup…Il nous protégeait Louis et moi…avant…C’est confus…j’ai des souvenirs plein la tête…des visions ?...Non…ce sont des souvenirs, je sais…Sissi…tu dois savoir aussi…tu étais là…nous étions tous là…

Sissi finit par reconnaître avoir elle aussi des souvenirs semblables, ce qui ne fit qu’augmenter leur saisissement.
 
Achille et moi possédions aussi un hybride. Et, à l’envol du ballon, si je n’ai pas vomi c’est… c’est parce que j’avais déjà connu ça…

Vous n’en êtes pas à votre 1ère résurrection !, assura Isabel, très sûre de ses mots.
 
Nous aurions déjà ressuscité dans ce monde ci ? Pourquoi ne se souvient-on pas de cette mort-là ?...

Question plus que valable !

Peut-être…la mort nous a-t-elle fauchés, tous ensemble…sans nous donner le temps de rien sentir ou savoir…
 
On pouvait se perdre en toute sorte d’hypothèses. Isabel avait sans doute vu clair mais on n’alla pas plus loin ce jour-là, mais le lendemain, en tête à tête avec Sissi, elles s’entretinrent de leurs étranges réminiscences.

Au fond de moi, je sens que c’est vrai cette histoire… Je ne sais pas pourquoi ni comment mais il est clair que nous savons des choses que d’autres, comme Isabel, ignorent.

Elle a sans doute raison en disant qu’on n’en est pas à notre première…renaissance.

Soupir.
 
Cette nuit j’ai rêvé d’un endroit merveilleux, très… moderne…
 
Oui…une espèce de village…avec des jolies petites maisons et…la mer…je vois souvent la mer, dans mes rêves.

Ah, cela t’es déjà arrivé ?? On devra faire une analyse groupée… à condition qu’on se regroupe bien sûr. Tu penses qu’il est bon de rester ici ?

Je n’en sais rien, Sissi…Ici on a tout ce dont on a besoin…mais pressens qu’Hermès est revenu pour nous guider même si pour le moment, il a l’air de s’y plaire aussi…peut-être attend t’il aussi…quelque chose…
 
En attendant quelque manifestation de part de l’hybride, chacune alla vaquer à ses occupations. Hélène cueillait certaines herbes pour la cuisine et les préparations d’Isabel quand un cri fusa dans l’air calme. C’était Sissi  appelant au secours. Suivie d’Hermès, elle fila à la rescousse. Arrivée en même temps qu’Isabel elles assistèrent à un spectacle inédit que l’américaine fut prompte à interpréter  au temps d’armer son arc et tirer sur la forme titubante qui se redressait. Un homme nu que toutes reconnurent… un peu tard, la flèche avait fait mouche.

Bon sang…c’est Richard !!!
 
Heureusement qu’Isabel avait marqué une hésitation au moment de décocher son trait et celui-ci n’avait pas occis le revenant, seulement blessé à l’épaule, pas trop gravement si on tenait compte de son rire. Cela lui ressemblait bien, rigoler de cet accueil si peu…accueillant.

*Elle aurait pu attendre à savoir quelles étaient ses intentions…*
 
Mais pour le moment, le plus important était prendre soin de ce cher homme qui même blessé gardait toute sa belle humeur, comme s’il n’y avait rien de plus amusant que se faire larder de flèches.
 
Bon, au moins tu ne nous en veux pas, déjà ça de gagné…mais dis-nous, Richard…comment ça se fait que tu sois ici…de la sorte !?
 
La réponse ne pouvait être plus simple : il était mort et revenu à la vie, semblant très satisfait d ce dernier fait. Sissi et Isabel se chargèrent de le raccommoder de la mésaventure. Une fois remis d’aplomb, il raconta ce qui s’était passé après leur enlèvement. Son Louis si paisible, aimant et drôle à ses heures  avait participé très activement à l’immédiate vengeance en trucidant quelques de ces misérables. Elle en pleura de gratitude alors que son pauvre cœur se déchirait de douleur  en le sachant si irrémédiablement loin.  Elle revint d’au-delà ses réflexions en entendant l’exclamation de Sissi :

Tu t’es suicidé pour nous rejoindre ? Tu risquais de disparaître à jamais en offensant Dieu ainsi !
 
*Offenser Dieu…c’est sans doute la seule raison pour laquelle mon Louis n’a pas aussi envisagé de le suivre…*

Les questions les plus diverses se bousculaient. Elles voulaient connaître tout fait et geste de leurs « veufs ». Apparemment, une fois surmontée  la douleur abrutissante des premiers moments, ces braves avaient pris la décision de se lancer à leur recherche. Avec l’aide d’une invention moderne, apport d’Alpha.
 
*Et parlant de celui-là…à quoi pensait donc Richard en laissant sa Meeley seule là-bas ? Il a toujours été jaloux du Glaçon…et de son entente avec  Amelia…S’il se trouve…deux veufs…la solitude…le chagrin…*
 
Elle écarta ces pensées de son esprit en voyant le pauvre Richard pâlir un peu plus. Solide peut-être mais là, il arrivait doucement au bout de ses forces mais tiendrait encore un moment pour répondre à une dernière question :

Bon, ton plan a marché…le suicide a été la voie rapide pour nous trouver…que devons-nous faire pour nous réunir tous ?
 
Il suffit de voir son expression mitigée pour deviner que cette partie du plan n’était pas encore à point…si toutefois point il y avait.
S’en suivit une folle foire aux questions-réponses mais il fut très vite évident que l’anglais ne tiendrait plus longtemps.
 
Viens plutôt t’allonger, tu as besoin de repos pour reprendre tes forces…Demain tu iras mieux et on continuera à parler !
 
Il ne joua pas les têtus et se laissa border gentiment avant de tomber dans un sommeil lourd, proche à l’inconscience.  Isabel resta veiller le blessé.  Elle alla rejoindre Sissi près du feu. Les dires de Richard confirmaient ce qu’elles pensaient depuis un certain temps.
 
Et oui…Achille n’a jamais eu tort en assurant que les Dieux se jouent de nous…
 
Oui, nous nous en doutions mais…
 
Quel mais, Sissi ? Tout ce qui se passe…cette confusion, ces situations inexplicables…ces rêves ! Richard semble avoir pigé plein de choses qui nous échappaient encore…maintenant, il est là et je suis sûre que c’est un bon signe…Tu as vu sa façon de regarder mon chat ?
 
J’ai remarqué aussi son intérêt pour Hermès ; il semblait dépité...
 
Et pour cause, reprit Hélène avec un sourire entendu, il pensait aux autres…Sage, Noble et ta Bagheera…oui, je m’en suis souvenue, cela m’est venu d’un coup…Peut-être reviendront-ils aussi ? Ou peut-être, ils iront à la rencontre de Louis et Achille pour les conduire à nous…Que ferais-tu si Richard décidait qu’il faut partir ?...Parce que pour moi, c’est logique que ce soit lui le chef…Sais pas…peut être la vilaine habitude de voir les hommes en meneurs…
 
Sissi ne douta pas un instant. Elle était prête à suivre le mouvement pour retrouver son bien-aimé.

Et Isabel, à ton avis ?
 
Sa question sembla un peu surprendre Sissi qui riposta vigoureusement :
 
Bien sûr qu’Isabel en sera.
 
*Ma foi…et si le ressuscité avait été son Alpha…pareil, elle l’aurait descendu  sans ciller…*
 
Richard passa une nuit tranquille et le lendemain il avait l’air bien plus en forme. Assez pour tenir conseil et conclure que se mettre en mouvement était le plus indiqué. On redoubla les demandes à la Pierre, en prévision d’un voyage à la destination incertaine. On lui confia la mission de se communiquer avec Hermès et lui faire part du besoin de retrouver le Fleuve. Un feulement satisfait fut interprété comme un acquiescement.  

Quelle virée d’enfer. Jamais auparavant  Hélène n’avait connu contrée plus inhospitalière ni conditions plus affreuses. Chaleur, insectes, sables mouvants, disparitions à répétition de l’hybride, sans qui ils étaient passablement perdus, nerfs à fleur de peau. Et quand ils furent en vue du Fleuve, Gros Minet s’arrangea pour leur faire comprendre qu’il fallait aller sur la rive voisine.  Hélène pesta sur tous les tons, rien n’y fit, il fallait traverser.

Laids, poilus, puants et pas précisément ce qu’on pourrait dire…civilisés. Les habitants de ce coin peu charmant faisaient un fameux obstacle entre eux et…l’autre côté.

On pourrait faire un petit détour…en aval…en amont…
 
Pas question. C’était là qu’ils devaient traverser. Et puis la proposition la plus saugrenue qui soit.

Non mais…tu as encore les idées en place !? Moi ? Pourquoi ce doit être moi qui aille à leur rencontre ?, tempêta t’elle à l’adresse de Richard qui avait émis l’idée.

Le tout avec la rassurante conviction de Sissi :
 
Elle va se faire massacrer ! Ce sont des barbares, ils mangent cru !
 
L’explorateur se lança dans une explication sur les peuplades primitives qu’il avait jadis fréquentées, selon quoi ces êtres élémentaires n’étaient pas mauvais mais craintifs, à peine différents des animaux.
 
Et quoi ? Je vais arriver et leur faire des grimaces pour qu’ils aient la trouille et déguerpissent !?...Vas-y, toi…tu es plus moche que moi…
 
Rien à faire. Elle avait un atour significatif : sa blondeur dorée. Sa beauté unique et éthérée, ils la prendraient pour quelque divinité foulant la Terre.
 
S’ils me bouffent toute crue…tu auras ça sur ta conscience !
 
Mais Sir Richard Burton savait ce qu’il faisait ou avait une chance inouïe, cela restait à voir. Comme prédit, son apparition déclencha bien d’émois parmi ces braves gens qui ne trouvèrent rien de mieux que tomber à genoux à ses pieds en émettant des sons gutturaux à interpréter comme on voudrait.  Elle sourit de son mieux et parla de sa plus douce voix. Au paroxysme de leur joie, les primitifs voulurent regarder de plus près, toujours avec craintif respect, absolument fascinés par sa chevelure éclatante sous le soleil.

Le reste fut tout un poème. Hélène joua à la perfection son rôle divin et obtint l’exécution immédiate de tous ses désirs, à savoir usage de leur Pierre sacrée, le tout accompagné de la musique des tam-tams primitifs et « chants » à sa gloire et honneur. Elle profita de tant de gentillesses et égards pour présenter ses amis et communiquer son souhait le plus ardent : traverser le Fleuve.

Primitifs mais pas idiots. Arrêt sur image, musique et chants cessèrent illico remplacés par des longues complaintes de désespoir. Il ne fallait pas être un esprit supérieur pour comprendre que la simple idée de s’approcher de l’eau épouvantait ces braves gens, le motif était prévisible : la Houle sévissait.
 
Je vais leur montrer, dit Sissi.
 
Silence horrifié. Comme qui va tranquillement à la baignade,  la femme d’Achille entra dans l’eau et commença à nager. Quand l’eau bouillonna, Hélène étouffa un cri affolé, en voyant son amie couler, elle hurla pour de bon et se serait de peu précipitée à sa suite si Richard ne l’avait pas retenue.  Une complainte funèbre s’élevait déjà quand, comme Venus surgissant de l’onde, Sissi refit gracieusement surface. Mutisme incrédule d’abord, suivi d’un spontané éclat d’allégresse générale.

Populace convaincue. Sissi élevée aussitôt au rang de nouvelle déité au même rang  où l’avaient mise ses blondes boucles. Les autres eurent droit aux honneurs de dieux mineurs et ce fut de très belle humeur qu’on aborda les festivités conséquentes.

Il ne fallait pas s’attendre à trop de raffinement de la part de ces êtres surgis des confins de l’histoire humaine mais la bonne volonté devrait suffire.  Contrairement à ce qu’avait supposé Sissi, ils avaient découvert le feu mais étaient des piètres cuistots. On dut faire avec et démontrer la meilleure bonne foi possible pour avaler les mets présentés.

Vais être malade le reste de ma vie !, souffla Hélène à l’oreille de Richard qui mastiquait placidement un morceau d’origine suspect, je suis une Déesse, non ?...Si je ne veux plus manger, quoi ?
 
Sans cesser sa laborieuse mastication, il assura qu’elle était en liberté de le faire mais que cela ruinerait le bonheur de ces gens simples et généreux qui interpréteraient son geste comme désagrément divin et promesse de très mauvais temps à venir.  Hélène ne pipa mot et fit honneur aux mets présentés. Sissi et Isabel se forçaient à faire de même.

Contre toute attente, personne ne fut malade après ce festin préhistorique et le lendemain, le peuple, galvanisé par la présence de Miss Soleil en toute sa splendeur dorée, suivit les instructions d’un Richard, patient comme un père face à ses enfants bornés,  et aida à la confection d’un radeau élémentaire.  Sans trop y penser, Sir Richard venait de propulser ces êtres  primitifs au degré suivant de la civilisation : celui de l’habilité manuelle.
Après une dernière prière à la Pierre et divers cadeaux à leurs nouveaux amis, les explorateurs embarquèrent sur leur radeau et traversèrent le Fleuve sans encombres, le courant les avait fait dériver en aval et en parvenant à la rive opposée, ils avaient perdu de vue les Néandertaliens.

Hermès fut le premier à sauter à terre et se perdit entre les arbres qui croissaient à même la berge. Force fut de s’engager à sa suite.  Bois somptueux, en rien ressemblant à celui connu jusque-là. Végétation exubérante, arbres gigantesques dont les branches s’élevaient très haut formant une sorte de voûte dense, laissant à peine passer l’éclat du soleil. Un sous monde ombragé et humide, grouillant de vie. Ils avançaient lentement, guettant le retour du fauve. Un feulement puissant les mit sur avis, suivi d’un autre plus doux. Ils débouchèrent soudain dans une petite clairière, miracle de clarté après l’ombre du sous-bois. Hermès s’y trouvait et il n’était pas seul…

Enjouée comme un petit chat content, Artémis gambada vers eux.
 
Isabel…je crois que tu vas pouvoir dormir cette nuit…
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: La mort nous va si bien...    Jeu 8 Aoû - 20:43


Rarement Burton avait eu décision si capitale à prendre. S’il se trompait plus jamais l’éclat cuivré d’une magnifique jeune femme ne l’éclairerait le matin, son rire ne l’atteindrait plus. Que ses os retournent en poussière, Richard s’en foutait mais se séparer de Meeley était presque au-dessus du tolérable. Il avait pu sentir, quasi palper la douleur de ses amis devenus subitement veufs. Imposer un tel régime à Amelia semblait cruel sauf qu’il la connaissait. Forte et intelligente, elle comprendrait le pourquoi de son geste.

Après son saut, le suicidé s’attendait à tout. Néanmoins pas à un tel accueil. Un poil plus à droite, il serait reparti dans les bulles de reconstruction ! La flèche en travers son épaule ne représentait rien comparé à la joie d’avoir parfaitement réussi son coup. Il éclata de rire :

Merci de la bienvenue ! Isabel, la prochaine fois que tu assistes à une résurrection, identifie quand même avant de tirer.

Elles étaient là, toutes les trois, parfaitement en forme et le gâtèrent pour atténuer leur culpabilité.
Ramené à leur campement, il fut lardé d’une autre façon : les questions.


Disons que j’ai parié et ai gagné. J’avais déjà comme des flashes d’une vie antérieure, puis le bibliothécaire du château a confirmé mes soupçons. Quand on meurt dans ce monde, on ressuscite peu après ailleurs. Vos époux étaient si désespérés que tout valait mieux que se morfondre sur place. On s’est mis à votre recherche une part en ballon, l’autre à dos d’éléphant… Pas marrant pour eux. Malgré le bidule traçant d’ADN installé par Alf, j’avais l’impression de tourner en rond. Alors, j’ai sauté en espérant que ceux qui veillent sur nous nous réunissent… Le suicide ne n’effraie pas, je n’ai pas épousé la foi de ma première femme.


Encore des questions. Il fatiguait là !

Après avoir occis et torturé les responsables, Louis ne mange plus, Achille est plus hargneux que jamais et Alpha.. reste Alpha… sauf que je lui ai vu des yeux bouffis inédits…

Tout guerrier a ses limites. Saigné à peine ressuscité, Richard croulait gentiment sous la fatigue. Hélène insista :

Bon, ton plan a marché…le suicide a été la voie rapide pour nous trouver…que devons-nous faire pour nous réunir tous ?

Que te dire ? Espérer en ceux qui nous retapent ? Sincèrement, j’en sais rien…

Il avait de plus en plus de mal à tenir les yeux ouverts. On prit pitié et alla le border.
Ces rêves… ! Bulles, tubes, êtres de lumière, Meeley encore et toujours. Un hybride, non quatre ! Sage, où était Sage ?


Une main fraîche se posa sur son front moite. Il l’attrapa :

… Isabel, tu ne dors jamais depuis la disparition d’Artémis, n’est-ce pas ?... Nous en avions un Amelia et moi… avant… Je n’ai pas eu le temps de tout piger, on était proches, très près du but…

Tout devint flou, il dormit pour de bon.
Le lendemain, cicatrisation en bonne voie, Burton se sentit paré à décider les femmes à quitter leur nid douillet. Pas facile ! N’avaient-elles pas à disposition tout ce qu’un « immortel » puisse rêver ? Lui, en tout cas, voulait rejoindre sa Meeley
.

Ceux qui ont organisé votre réveil ont bien choisi ce lieu, non ? Vous y étiez à l’abri des dangers. N’empêche que si vous tenez à vos époux, va falloir se remuer le train. Hermès sera très utile pour nous guider au fleuve… Qui marche ?


Tous !
Le « chat » en tête, la longue marche débuta.

Si l’endroit où ils avaient ressuscité ressemblait à un petit paradis, les espaces traversés ensuite leur parurent affreux dans la diversité des végétaux et bestioles. Buron souffrit peu de ces conditions. Il se rassurait en pensant avoir traversé bien pire dans sa 1ère vie terrestre. Cependant, il se torturait l’esprit en pensant à Meeley et ses compagnons.

*Si ça tombe, elle trouvera un lot de consolation…*

Il jugeait ces pensées absurdes mais ne pouvait entièrement les chasser. Se concentrer sur le chemin, aider les femmes, étaient priorité.
Hermès fut d’un grand secours sauf que le facétieux animal courait facilement la prétentaine. Parfois perdus ou en plein combat avec les insectes, le quatuor soupira d’aise en voyant miroiter le serpent liquide bien connu.
L’hybride voulait hélas que tous traversent. Écueil de taille : une tribu très primitive occupait la rive.


Hélène, montre-toi à eux, c’est l’unique solution.

Bon, d’accord, ces gars – observés de loin- ne rechignaient pas au cannibalisme, ne connaissaient pas le feu. Selon ce qu’il avait pu déduire de ses expériences antérieures, ce genre de peuple velu et noiraud serait paf en découvrant une femme très blonde au teint de lait.


Aie confiance Hélène ! Ils vont t’adorer telle une déesse venue du soleil ! Suffit de les regarder et de... TE regarder… Ils ont une Pierre, on en a besoin. Je ne te demande pas de te dépoiler devant eux, juste d’apparaître…


Ouf, elle accepta et tout se déroula à la perfection... Hormis ce qui concernait la traversée en ce point précis. Déni total, de quoi leur donner des cheveux blancs. Sans l’intervention risquée de Sissi…

*Génial ! On conserve ses capacités même après plusieurs retours à la vie... *

La Houle amadouée, tribu convaincue, l’affaire fut conclue. Il ne leur resta qu’à avaler un brouet innommable que Richard trouva cependant goûteux pour avoir « savouré » plus abject.
Il taquina Hélène prête à vomir tripes et boyaux en assurant :


Refuser serait un affront. Pense à du veau… *pense à Loulou…*

Il leva le pouce vers ses hôtes et se frotta le ventre avec l‘autre main, ce qui lui valut une autre portion conséquente.


*Demain, je prierai pour des raviolis en boîte…*

Fameux boulot que la matinée ! Convaincre ces types, leur montrer l’usage des cordages, des techniques de taille du bois, lui donna beaucoup de sueurs. Néanmoins un radeau assez solide pour 4 personnes et un - très gros – chat, fut bâti et mis à l’eau.
Se quitter n’était pas facile. Les prières à la Pierre comblèrent la perte de nouveaux amis par allumettes, miroirs et savon…


On toucha l’autre rive après des aléas mineurs puis Hermès s’échappa à nouveau.
Ils ne furent pas long à le retrouver en bonne compagnie
.

Isabel…je crois que tu vas pouvoir dormir cette nuit…

La rencontre entre la joyeuse Artémis et sa « destinée » fut épique. Du coup, Miss Kittredge s’écroula. On se précipita pour constater un endormissement profond.

J’ai comme l’impression qu’elle va roupiller plus d’une nuit,
soupira Burton.

Les deux autres pensaient sûrement la même chose que lui : pourvu que cela ne dure pas aussi longtemps que son manque réel de sommeil qui avait duré près d’un mois.
Que faire sinon s’organiser ? Un campement s’établit, la belle au bois fut déplacée en douceur sous une tente puis on veilla autour d’un feu en dégustant les proies capturées sur place afin de ne pas entamer les dons de la Pierre.
Encore des questions ! Ces femmes… Et comment était Louis, et Achille, où étaient-ils, blabla…
Ne pouvant qu’estimer les états d’âmes des « veufs », il ne s’enlisa pas dans des détails :

Ils vont aussi bien qu’on peut l’être après avoir perdu celle que l’on aime !

Il était un peu rogue mais m***e ! Il aussi avait perdu Amelia, volontairement qui plus est. Si elle n’adhérait pas à sa théorie et le croyait vraiment mort, avec l’Ayerling si proche… Il préféra leur souhaiter un bonsoir sec et aller nager un peu avant de fumer un cigare tout en contemplant les étoiles étranges du ciel. Un léger craquement retentit à proximité de l’arbre contre lequel il s’était appuyé en lançant sa fumée à la lune. Il se tourna aussitôt vers cette source sonore
:

Ah, c’est vous, dit-il en allongeant la main vers les dos qui se frottaient contre ses hanches. Suis content de te revoir Artémis ! Toi aussi, bien sûr Hermès. Et vos… copains, ils sont où ?

Depuis qu’il avait revu les fauves, Richard ne pouvait détacher son esprit d’autres chats du même acabit que ceux-ci. Amelia avait baptisé le leur « Sage » Cela confirmait, voire amplifiait, ce sentiment d’avoir déjà vécu analogue.

*On décide pour nous, impossible autrement…*

Qui pouvait être assez puissant et cruel pour jouer ainsi avec la destinée de l’humanité ?

*Je n’aurai de cesse que de trouver la réponse !*

Alors qu’il s’amusait à jeter des bâtons aux hybrides joueurs qui les rapportaient mieux que des chiens joyeux, il découvrit Hélène l’observant en retrait :

Approche, je ne mords pas mes amis ! Comment va Isabel ? … Aucune idée, moi ! Comment savoir ? Chaque réponse entraîne dix autres questions !... Cesse de te faire de la bile pour loulou, il ne te remplacera pas de sitôt ! Il a pris la mesure des erreurs passées… A… Amelia ? Que penses-tu qui puisses arriver ? Si c’est vis-à-vis d’Alpha, je t’arrête de suite.

Ouf, elle dévia de sujet parlant futur immédiat.

Une fois Isabel réveillée *Dieu sait quand* suivre les chats sera obligé.

On se souhaita bonne nuit et alla chacun rêvasser à tour de rôle près du feu de camp ou sous sa tente.
Par veine, il ne fallut que trois jours de repos total à Isabel pour qu’elle soit sur pieds. En attendant, les compagnons avaient largement bénéficié des bienfaits de la Pierre. Un équipement assez peaufiné n’attendait que le signal du départ qui fut rapidement donné dès les coutelas, machettes et autres lames affûtés.


Comme supposé, les hybrides menèrent le train. On ne s’amusa pas beaucoup durant la traversée d’un bois dense peuplé d’animaux étranges, mais les chats veillaient et leur évitèrent maintes rencontres dérangeantes. Il y eut bien cette attaque surprise d’une nuée de chauve-souris géantes, celle d’un sanglier furieux et l’autre encore avec des hannetons sanguinaires ; à part des égratignures, tous s’en sortirent sans mal.
Leur errance les fit peu à peu s’éloigner des sinuosités du fleuve. Les cours d’eau abondant, pas de souci pour la soif. Pas de Pierre croisée le 1er jour ni le second… Le froid n’était pas à redouter, au contraire. On aurait dit qu’un vent chaud s’insinuait, raréfiant végétation. Hélène se marra vraiment en déployant son parasol sous lequel elle les convia à se rafraîchir pendant les haltes.

Avalez, dit Richard lors de l’une d’elles. Ce sont des pilules de sel fournies par la dernière pierre... Oui, ça garde l’eau dans le corps… j’ai remarqué Sissi… La boussole indique plein sud Hélène… Non Isabel, sais pas où l’on va…

Béni soit le temps des longs silences en compagnie de Meeley ! Pas que les questions de ces dames soient idiotes mais… ça le soulait copieusement.
Toutes avaient remarqué les végétaux desséchés, la diminution des rivières puis des ruisseaux, la montée de la chaleur, et s’inquiétaient.


… Je l’ignore… Peut-être un désert ? Je me fie aux hybrides, faites de même.


Quand le quatrième jour une Pierre se profila, ils y coururent malgré le sable qui s’accumulait dans les chaussures à chaque foulée. Vraie ferveur que la leur, les provisions d’eau étaient à sec, comme eux du reste. Étancher leur soif fut un bonheur.
Ils bivouaquèrent en toute paix près de ce havre tant désiré. Chose qu’avait particulièrement Burton jusqu’alors malgré l’inconfort du trajet : les innombrables interrogations des dames s’étaient taries à mesure de l’assèchement des gosiers. Maintenant… Désaltérées, ses compagnes remettaient le couvert :


… Un jour, dix, 365, comment voulez-vous que je le sache?

Son aboiement leur fit ravaler leur salive, ouf !

Reposez-vous, on se remet en marche dans quatre heures !

Elles râlèrent mais se rallièrent à son point de vue : marcher un maximum sous le clair de lune, quand la température était tolérable.

Le soleil se levait à nouveau qu’ils avaient déjà parcouru des kilomètres dans un paysage digne du Sahara. Le zénith approchait qu’ils étaient crevés.
Soudain, Isabel ameuta son monde, prétendant mordicus que son Alpha venait d’apparaître à une centaine de mètres. Elle le voyait ! Eux cherchèrent du regard… en vain. Artémis freina sa maîtresse en délire en la plaquant dans le sable alors qu’elle courait vers le mirage.


*Manquait que des larmes !*

Regroupés autour de la jeune femme en pleurs, chacun tenta de lui apporter son réconfort. Burton haïssait ces situations. Il tapota l’épaule de l’éplorée en soupirant :

Je connais les traitrises des déserts... Non, tu n’es pas folle ! Tu as subi la projection d’une image venue… d’ailleurs… Faut s’attendre tous à en voir… Allez, on monte les abris !

La dune contre le flanc de laquelle ils bâtirent les tentes ne tarda à leur projeter l’ombre attendue.
Les chats étaient calmes, on s’assoupit.
Richard rêvait. Il imaginait une mer calme aux reflets dansant sous la lune, un dais sur la plage, une promesse… Cela s’évanouit en un instant sous un cri perçant ; il bondit arme au poing.

Pourquoi Sissi avait-elle l’air si joyeux ? Vers quoi courait-elle ainsi ? La révélation le cloua sur place.

*Achille ???*

Pas de mirage possible dans les conditions atmosphériques actuelles. Le Grec était donc bel et bien là ! Quelques mètres séparaient encore les époux retrouvés, aussi rayonnants l’un que l’autre. Puis… le cauchemar. Surgissant du sable, un scorpion gigantesque s’interposa…
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Isabel Kittredge

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MessageSujet: Re: La mort nous va si bien...    Jeu 22 Aoû - 23:00

Tirer sur Richard ? Seigneur quelle gaffe ! Fallait qu’elle soit à cran pour commettre cette bourde. Par veine, Burton était solide et en réchappa. Isabel, elle, ne savait plus où se mettre ni comment se faire pardonner. Mais l’explorateur n’était pas rancunier, heureusement ! Il alla même jusqu’à répondre à la foule de questions que les femmes posèrent. Ainsi il les avait imitées en choisissant la voie du suicide express. Ce risque énorme avait porté ses fruits et prouvé bien des choses tout en leur donnant de quoi gamberger encore et encore. Nul ne mourait donc vraiment dans ce monde, c’était une bonne chose. On les rafistolait puis les renvoyait. Qui était ce « ON » ? Le « hasard » de leurs retrouvailles communes était tellement énorme qu’il en était, sans aucun doute, impossible. Donc…
Laissant les dames sur leur soif de réponses, Burton alla récupérer des forces. À trois, elles discutèrent longuement autour du feu.


Je ne sais pas pour vous mais il me semble, comme Richard et comme l’a toujours supposé Achille, qu’il y a des êtres puissants au-dessus de nos têtes, sauf qu’ils jouent avec… Non, je n’aime pas cela non plus… désolée, mais ma foi en prend un sale coup et cela m’énerve !


L’une après l’autre, Sissi et Hélène exposèrent leurs idées mais la fatigue ajoutée aux bouleversements ne valait rien
.

… Très bien, allez dormir *veinardes !* Je veille, pas de souci.


Assise seule près du foyer, Isabel pensa énormément. Les pourquoi furent légions, les solutions rares.
En vis-à-vis avec elle-même, elle tenta d’analyser ce méli-mélo de sentiments bizarres. En choisissant la voie du suicide, elle savait ne pas déroger aux préceptes de sa religion car celle-ci n’avait plus ses bases ici. Un peu, à peine… Plus exactement celle prônée, en tout cas. Ce qui rassurait à moitié Miss Kittredge était que son époux la recherchait.


*Il est donc « normal »…*


Il lui manquait beaucoup plus qu’elle ne l’avouerait à quiconque. Dans le fond qu’en aurait-elle eu à cirer d’un époux baveux lui offrant des fleurs en pardon… ?

*N’empêche que ça fait toujours plaisir…*

Ce geste, elle serait chenue et édentée quand il arriverait…

*Autant pisser dans un violon, ça servirait au même effet…*

Pour tuer le temps et compenser sa culpabilité, Isabel se rendit plusieurs fois au chevet de Burton. Un peu fiévreux, il ne les remarqua pas toutes. Il laissa cependant échapper des bribes de « souvenirs » personnels.


*Des tubes de restaurations… des êtres de lumière… Amelia, encore et toujours…*

En semi-conscience, il la reconnut, lui parla des hybrides. Tiens, chaque couple en aurait un dédié ? Quoiqu’il en soit son Artémis avait fondu, et son sommeil avec elle…

Le lendemain l’explorateur était en forme. Qu’il les incite à quitter leur nid ne les étonna pas. Comment retrouver leurs époux autrement ? Jamais Alpha, pas plus que Louis, n’oserait le suicide. Pouvait-on être certain que les êtres qui « veillaient » sur eux ne seraient pas occupés ailleurs ? On marcha donc à la suite d’Hermès.
Lorsqu’il apparut évident qu’ils devaient traverser le fleuve à un point précis, on s’interrogea un peu. Une tribu très primitive, probablement cannibale, occupait les lieux. Hélène rechigna bien un poil à exposer sa blondeur à ce peuple mais finalement tout se déroula au mieux hormis un repas des plus indigestes. Quand il fut question de traverser, les indigènes refusèrent carrément. La trouille de la Houle les tenaillait. On craignit un peu pour Sissi et ses pouvoirs de sirène. Néanmoins, avec deux « déesses » les primates furent convaincus.

Où était passé Hermès ? À peine accostés, l’hybride avait foncé vers…

*Oh mon Dieu… !*

Muette de saisissement, Isabel ouvrit et ferma la bouche telle une carpe hors de l’eau. Son Artémis était à nouveau là, pleine de vigueur et santé. Le temps de la chouchouter, sa maîtresse connut une défaillance inédite qui dura trois jours selon les dires rapportés.


… Oui Hélène, ça va, merci. Il s’est passé quoi ? Vous avez fait quoi ?


Des provisions surtout en attendant son réveil. Du coup Isabel s’en voulut d’avoir si copieusement roupillé pour récupérer le sommeil en retard.
Si des rêves l’avaient hantée, Miss Kittredge n’en causa pas. On se remit en route.

Pour une équipée, c’en fut une ! Entre être bouffée par des hannetons, éventrée par un sanglier et meurtrie par des chauves-souris, Isabel n’était pas loin de la crise de nerf. Cependant, ils n’étaient pas au bout de leurs peines. Le fleuve s’éloigna faisant place à un désert tel que ne l’avait vu Miss Kittredge qu’en illustrations. Pas d’autre eau que le peu de leurs gourdes, une chaleur à faire cuire des œufs à même le sable.

*Artémis, j’espère que tu sais où l’on va…*


Un jour, Isabel crut le miracle accompli car, magnifique, Alpha se dressa à quelques mètres d’elle seulement.

MON AMOUR !!


Mieux qu’une gazelle, légère soudain, elle piqua le sprint du siècle. Le désenchantement fut rude. Son hybride la plaqua au sol et Richard fut implacable :

Je connais les traitrises des déserts... Non, tu n’es pas folle ! Tu as subi la projection d’une image venue… d’ailleurs… Faut s’attendre tous à en voir… Allez, on monte les abris !


Pleurer ne servait à rien sinon à se dessécher davantage. Elle avait mal de lui, mal de tout, marre !
Sans la présence de son chat, sans doute aurait-elle succombé à l’affreuse tentation de se suicider à nouveau. Mais il était là, comme un gage d’un futur meilleur, aussi temporisa-t-elle cet acte de désespoir.

Bien qu’Artémis lui ait apporté le sommeil fui, Isabel l’avait léger. Même si c’était à Sissi de garder le campement, au premier cri elle bondit. Dans la clarté à peine naissante, impossible de rater la scène. Achille, dans toute sa splendeur d’Adam, – rougeur -, courait vers son épouse délirante. Hélène et Richard étaient aussi sur le pied de guerre. Néanmoins, attendris par ce tableau de réunion imminente, aucun ne vit le danger se profiler.

*UN MONSTRE !*

Tout se figea face à l’horreur. Les chats eux-mêmes eurent à peine le temps d’hérisser leurs poils que l’immense scorpion jailli du sable faucha Sissi de son dard.


NOOOONNN !!!

Cri vain. L’impératrice regarda le dard géant qui lui perçait l’épaule puis son époux et s’enfuma instantanément.

Écroulée les genoux dans le sable, Isabel pleura encore longuement. Elle ne fut pas la seule mais ne s’en rendit compte que plus tard. Tous étaient effondrés à des degrés divers. Achille se fichait que l’une ou l’autre lui ait tendu des frusques, il frappa le sable en maudissant copieusement ce monde et ses absurdités. Richard, toujours pratique, avait réorganisé les abris les y conviant l’un après l’autre.

… Cette matinée commence mal en effet ! Art, viens !

Avec les deux hybrides collés à elles, Hélène et Isabel ne trouvèrent cependant pas de suite la paix menant au sommeil. Une pause silencieuse s’acheva avec :

Qu’en penses-tu, Hélène ? Quand même curieux que pile quand ils se rejoignent, ils s’éloignent, « ON » les éloigne... NE ME PARLE PAS DES DIEUX à moins que tu ne saches des choses que j’ignore…


Par bribes, la belle de Troie se souvenait de « choses »… incroyables.


… Toi et Louis, déjà un… avant ? Richard a dit quelque chose de similaire ! Tout aurait déjà été vécu ?? … Sissi sirène, ça ne m’étonnerait pas, non ; mais pas d’Alpha ? Jamais ?... Non, je n’ai aucun rêve pareil et te jure que lui non plus.

L’affreuse scène lui resta en tête une bonne partie de la pause. Lorsque Richard la réveilla en s’enquérant de sa disponibilité au tour de garde, Isabel ne refusa pas. Elle devait partager sa veille avec Achille, ce qui lui convenait. Quand elle le rejoignit dans la clarté baissante, il contemplait les dunes, l’air égaré :


Je sais, dit-elle en prémisse, combien il est dur de perdre ceux qui nous sont chers... Ne te rebiffe pas, j’ai connu ça deux fois, moi… Je ne sais pas du tout où ça veut aller mais suis confiante… Naïve ? Peut-être, mais avoue que nous avons de bons anges gardiens sinon comment expliquerais-tu que tu nous aies retrouvés pile là où nous étions ?

Lui expliquer ce qu’elle entendait pas anges gardiens fut ardu.
Tout en sirotant un thé – beurk – elle admit certaines de ses idées en en réfutant beaucoup. Néanmoins, elle s’intéressa surtout aux réactions d’Alpha
.

… *Il a changé, vraiment changé… et je l’aime plus que jamais... *

Ce qui l’intriguait le plus était la façon inattendue dont Achille était mort. Il n’avait pas désiré sa perte, ne l’avait pas provoquée en tout cas. Le désert qu’ils traversaient avec Amelia, Alpha et Louis, s’était révélé traître.

… Ici, rien de pareil pour le moment…


Elle s’abîma dans des pensées que n’étudia pas le Grec trop perturbé encore.
À Achille succéda Hélène alors que la nuit glaciale régnait. Hermès et Artémis leur offrirent de somptueuses couvertures chauffantes devant le feu de camp.


… Tout est bizarre... Ce que je trouve dément c’est cet « échange »… J’ai dit à Achille ce que je pensais sur les anges mais n’ai pas mentionné tout le fond de mes pensées… Oui, on en a des bons qui veillent sur nous, cherchent à aider mais un ou plusieurs autres nous mettent de bâtons dans les roues, telle est ma conviction.

De conjectures en suppositions, Isabel se sentit fatiguée et accepta volontiers de passer le relai à Richard.

Marcher la nuit au clair de lune dans un froid gelant n’a rien de marrant. Par prudence, ils adoptèrent un rythme de marche saccadé. Raison ou pas, nul ver ne se pointa dans le secteur.
De fil en aiguille des palabres, il était apparu un fait incontournable : tous, à pied ou en ballon, pouvaient à présent se balader loin des méandres du fleuve. Si seulement leurs anges pouvaient leur apporter un signe ! Hélas, rien ne vint.

Trois parcours nocturnes plus tard, ils tiraient une langue desséchée. Pas une Pierre, que des dunes et pas de point d’eau. Achille fut soudain en proie à une espèce de révélation.


Qu’est-ce que tu as ? T’es fou ?

Il agrippait le cou d’Hélène avec une telle violence que le pire était à craindre.

… Sourcière ? Achille tu dérailles, Hélène n’a jamais démontré que…


Eh si ! Sans baguette fourchue, la belle de Troie leur dénicha de l’eau. Tous les espoirs furent permis alors... Sauf que les provisions de bouche se réduisaient hélas. Ce n’était pas avec les sortes de suricates abattus qu’ils survivraient même si l’eau, à présent, n’était plus un souci majeur.
Rompue de fatigue, la faim la tenaillant, Isabel eut une idée :


On devrait rester un moment près de cette source… Oui Richard, c’est à ça que je pense.

Vu la tête des autres, elle semblait atteinte d’insolation. Attendre et laisser l’eau couler ?
Burton se traita d’imbécile et développa le projet. Même dans les plus arides déserts, l’eau apparue faisait éclore une flore incroyable tout en attirant également des animaux.


… Vous voyez les perspectives ? D’habitude on part sitôt les gourdes pleines. En patientant nous verrons sûrement du gibier accourir… Je sais Achille, ça peut être des sales bestioles dangereuses mais, en général, les petites précèdent les grosses…

Trois votes contre un, Achille se rallia même si très contraire.

Quelle merveille de voir sous leurs yeux la nature renaître ! D’abord les timides pousses vertes se transformèrent vite en tapis. Suivirent des fleurs incroyables de couleurs exubérantes. Des insectes surgirent d’on ne sait où pour les butiner puis des batraciens, oiseaux et enfin mammifères. Manger ou être mangé était de règle universelle…

Ils n’abattirent que le nécessaire pour deux jours, se promettant de récidiver ainsi lorsque l’eau manquerait à nouveau.


Une entente cordiale régnait. Les hybrides s’entendaient à merveille, leurs maîtres aussi.
Lors d’une nouvelle halte de chasse, des éclairs étranges montèrent du sable. Achille fut pris d’une sorte de frénésie incontrôlable. Puisqu’il leur avait conté ses mésaventures, tous le crurent immédiatement : un ver géant approchait !
Panique et débandade garantie! Où étaient les rochers salvateurs? Ils eurent beau scruter l’horizon, ils n’en virent point.


*On est foutus pour renaître…*


Soudain, à un endroit où Isabel était certaine qu’il n’y avait rien l’instant d’avant, un beau monticule se dressa.

COUREZ !


La bouche énorme et dentue se cassa la figure sur les rocs, puis s’éloigna.


C’est magnifique ! explosa Isabel prise d’un accès d’hilarité incontrôlable… Non, non ! Suis pas folle ! Vous ne pigez pas ? Nous sommes maintenant dans le même territoire que ceux que nous cherchons !...



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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: La mort nous va si bien...    Lun 4 Nov - 17:26

La vie avait perdu tout attrait depuis ce matin fatidique où Sissi était morte.  Il n’était pas le seul à souffrir, soit, mais ce fait ne changeait rien pour lui. Misère partagée n’est pas moins misère pour ça !

Achille essayait bien de mettre du sien pour ne pas rendre l’ambiance encore plus pesante et il faut dire qu’elle l’était. Avancer en contrée inconnue, à dos d’éléphant n’avait rien de trop réjouissant et les trois veufs qui formaient la cohorte terrestre ne se trouvaient pas l’esprit à la rigolade. Louis était affreusement abattu même si sa foi le soutenait dans l’espoir de retrouver son Hélène. Le Roi ne parlait presque pas, c’était déjà tout dire. Compter sur Alpha pour égayer quoique ce soit était peine perdue et lui…qu’on le damne s’il avait envie d’ouvrir la bouche !

Le suicide de Richard les avait tous pris de court mais prenant exemple sur le stoïcisme démontré par Amelia, on s’efforça pour trouver un peu d’entrain. La disparition du Fleuve les mit face à un nouveau défi : le désert.  Comme d’habitude, le seul qui semblait familiarisé avec ce genre de situations extrêmes était l’Ayerling. Après son exploration aérienne qui faillit tourner au nouveau drame, on sut au moins à quoi s’en tenir : à moins de quelques miracles à répétition, ils étaient fichus pour de bon !

Un oasis par ci, un autre par là. Une Pierre de temps à autre. Des journées d’enfer sous un soleil de plomb qui les obligeaient à se tapir comme des rats jusqu’à la tombée du jour pour avancer le soir venu.
                                                                                                                  
Ce fut le grand mâle qui donna la première alarme et Louis le premier à voir quelque chose d’inédit.
 
Là-bas ! cria-t'il en pointant l’horizon. J’ai vu des éclairs !...
 
Des éclairs ?...Tu rêves, Louis !
 
Mais l’homme était têtu et insistait :
 
Non, j’invente pas. D’ailleurs, regarde !
 
Force fut de reconnaître le singulier phénomène, une espèce de nuage d’orage d’où jaillissaient des éclairs avançait rapidement vers eux. Guidés par leur instinct, les éléphants détalèrent vers des rochers proches où ils se mirent à l’abri. Nuage et éclairs s’arrêtèrent  à quelques mètres.

Tu penses que c’était quoi, ces trucs ??
 
Je n’en sais rien !, reconnut Achille, néanmoins très intrigué.
 
Louis n’en savait pas plus mais essaya de soutirer de l’information aux pachydermes. Il était marrant avec les sons émis.
 
M’est avis que tu es en train de leur raconter n’importe quoi…et qu’est-ce qu’ils répondent, Majesté ?

 
Cela faisait du bien de rire un peu, mais le Quatorzième du nom n’entendait pas en faire les frais.
 
Vas-y toi qui es si malin !... tout ce que je pige c’est une histoire de ver et qu’ils veulent continuer...
 
Achille haussa les épaules, ronchon. Il n’avait pas envie de discuter. Ils continuèrent donc, sans autres surprises. Les aéronautes les attendaient déjà au point d’eau. On établit le campement et on s’apprêta à survivre un autre jour en enfer.

Au soir, on reprit le même train et puis…ÇA arriva ! Les éléphants s’arrêtèrent soudain, avant de sembler complètement affolés. Snow se cabra si brusquement qu’Achille se retrouva à terre alors que les animaux détalaient à toute. Il ne lui resta qu’à leur courir après.  Louis gesticulait comme un fou. Il ne saisit pas ses mots…Trop tard, sous ses pieds, le sol s’ouvrit sur une vision démente surgie tout droit de l’Averne…

 

Mort ! Impossible autrement. Achilee n’avait pas eu le temps d’avoir peur ou encore moins mal. Ce fut instantané. Déjà ça de gagné. Et voilà que,  dans une aube glorieuse, il revenait à la vie, nu et seul, allongé sur le sable chaud. Le temps de reprendre un peu ses esprits, le guerrier se redressa, scrutant les alentours. Sa surprise n’eut pas de limites en découvrant non loin de là, un campement très semblable à celui quitté peu avant que la mort ne le cueille…et comme si pour une fois les Dieux s’étaient mis d’accord pour bien faire les choses, Sissi courait vers lui, transportée de bonheur.

 
Je les ai retrouvés…enfin…ma Sissi !!!

 
Ils étaient si près déjà, il tendit ses bras vers elle quand, jaillissant du sable, une aberrante chimère, la transperça de son dard énorme…
 
NOOON !...Sissi !!! NOOOOOOOOOOOOOOON !
 
Deux secondes plus tard, elle avait disparu tout comme le monstre assassin.  Une colère sans nom s’empara de lui, au-dessus de tout chagrin. Il maudit ces Dieux fourbes qui se jouaient si cruellement d’eux. Bien sûr, ce n’était pas cela qui allait changer quoi que ce soit. Personne n’eut l’heur de venir le consoler. Tous et chacun étaient aussi choqués que lui. On se borna à lui donner des vêtements et le conduire  sous la tente. Abattu ou pas, Achille ne put ne pas remarquer la similitude entre ces lieux et ceux qu’il venait de quitter de façon si…mordante.
 
Quelque chose m’a gobé, informa t’il aux autres, qui attendaient visiblement d’être mis au courant, sais pas…pas eu le temps d’en prendre conscience…
 
On ne tira rien de plus de lui et personne n’essaya de le faire, non plus. Richard, avait la situation sous contrôle et ces dames se montraient braves comme des petits soldats. Hélène voulut tout de même savoir  que devenait son Louis chéri.
 
Il tient le coup…comme tous !, grommela-t’il, rogue, bien sûr que tu lui manques…suffit d’entendre ses soupirs…Non, Hélène…il  y croit, dur comme fer, qu’on finira par se réunir.

 
Plus tard, ce fut le tour d’Isabel. Les questions furent à peu près les mêmes, les réponses idem.  Elle fit une variation sur le thème en parlant d’anges, ce à quoi il ne comprit pas grand-chose, sans chercher non plus à l’approfondir. Selon elle, d’uns se foutaient de leur tête, d’autres cherchaient à les aider.
 
Ouais…nous aider ! Si c’est comme ça qu’ils s’y prenant, veux pas savoir ce qui ça donnerait autrement !
 
Il était d’ailleurs sûr qu’Alpha prêtait autant foi à ses idées de bonne femme que lui, mais bien entendu se tut. Elle semblait si heureuse de savoir que l’homme du futur souffrait de son absence comme tout être humain normal.
 
Avec Richard, c’était autrement. Mine de rien les deux hommes se ressemblaient beaucoup. Il aimait son Amelia autant que lui Sissi, mais ne faisaient pas état de leur chagrin. Ils affrontaient les faits, pratiques, dans leur laconisme.

 

Voyager dans ces conditions précaires devenait de plus en plus éprouvant. Lassante routine que celle d’avancer la nuit, avec un froid à vous caler l’os pour se tapir le jour sous un soleil incandescent. Personne ne protestait. Les hybrides les guidaient mais on ne voyait pas la fin du cauchemar. Le manque d’eau devenait plus que préoccupant. Sans le liquide vital, ils étaient condamnés à périr. Soif, désespoir, vieilles réminiscences ? En tout cas, la pauvre Hélène dut croire sa dernière heure venue quand Achille la rudoya un peu.

 
Tu sais chercher de l’eau…souviens-toi, bon sang !...C’est toi qui nous a tirés de l’impasse…comment que tu ne sais rien !...Allez ! Fais l’effort…
 
On le crut fou, mais la blonde finit par admettre que peut-être il disait vrai et s’attela à la tâche. Ça marcha ! Les gourdes remplies, la soif rassasiée, ils auraient poursuivi leur avance si Isabel n’avait étrangement insisté sur le besoin de rester sur place. Bien leur en prit. La source élargie par leurs efforts, rendit vie à la nature engourdie de soleil. Attirés par cette oasis inattendue, des animaux apparurent de toutes parts pour se désaltérer. Profitant de l’aubaine, les hommes chassèrent et les femmes s’occupèrent de la cuisine. Achille faillit soupirer en pensant aux mets délicieux que concoctait Louis, parce que là, personne n’était vraiment doué comme cuistot. On se tirait juste d’affaire.

Après cette pause, qui leur fit grand bien, forces reprises, ils reprirent le chemin. Le paysage, lassant de sable, ne résultait pourtant pas tout à fait inconnu pour Achille. Ces formations rocheuses…et ces éclairs inexplicables qui avançaient si vite.

 
AUX ROCHERS…VITE !
 
Agrippant Hélène de la main, il la tracta à sa suite, en courant comme dératé. Les autres suivaient au même train. Les chats y arrivèrent en premiers, eux presque de justesse.  La gueule monstrueuse s’ouvrit, jaillissant du sable, sous leurs yeux terrifiés.
 

C’est…le ver…pareil à celui qui m’a avalé…Non, on reste ici…pour le moment !
 
Ce fut le rire fou d’Isabel qui les fit tomber sur d’autres considérations. Les similitudes ne mentaient pas.  Ils étaient dans le terrain du ver géant, c’est-à-dire dans le même territoire où devaient évoluer les autres.
 
De formation rocheuse en formation rocheuse, ils avancèrent, poussés par l’espoir d’être enfin proches de leurs amis. Le soleil commençait à s’élever à l’horizon, révélant  la forme sombre de falaises de pierre, s’interposant face à eux comme un mur infranchissable…sauf peut-être, cette espèce de faille qui brisait la continuité de la paroi.
 
C’est le seul chemin possible…avançons…on s’en tape du soleil, Hélène…Par Zeus…REGARDEZ ÇA !
 
Ça, s’était le Liberty, entamant la descente dans la clarté matinale.
 
On se retrouve…ILS SONT LÀ !
 
Et de courir comme si la vie en dépendait. Un bruit sourd et un énorme nuage de poussière dans la crevasse entrevue, laissa pressentir un éboulement mais ils n’arrêtèrent pas leur course, d’autant que jaillissant de la falaise un convoi en folie avançait à un train de diable…vers eux.

Tout se passa très vite. Le ballon atterrit et Sissi sautait à terre. Que pouvait importer le reste du monde ! Il n’avait d’yeux que pour elle.
 
Mon amour…enfin !, il la serrait dans ses bras, sans se soucier d’être en train de pleurer de pur soulagementma chérie…Oui, je vais bien…tout va bien…tu es là !
 
Il serait resté a, à l’embrasser comme un fou si la situation n’avait pas demandé d’autres considérations. Louis était mal en point à cause d’un coup à la tête et les nerfs ébranlés. Les raisons ne manquaient pas ! Alpha et son loup n’avaient pas survécu à l’effondrement de la paroi de pierre. De quoi avoir presque honte de tant de bonheur en voyant le semblant décomposé d’Isabel.

 
ILS ne nous foutront jamais la paix, ces Maudits !
 
Le campement s’établit rapidement.  Hélène s’occupait de son Louis, toujours dans les vapes. Tsang s’échinait à distribuer ses potions bonnes pour tout mal. On essayait de réconforter Isabel avec la ritournelle de mise : on finira bien par le retrouver. On ne meurt pas vraiment…etc…etc…
 
Il reviendra quand ILS voudront…pas avant !, assura t’il à Sissi, fermentent retenue au creux de ses bras, en attendant…faudra continuer…Où ? Je n’en sais rien, mon amour…peut-être devrions nous retrouver le Fleuve…mais n’y pensons pas…pas maintenant…je suis si heureux en ce moment…la vie, sans toi, ne mérite pas d’être vécue…
 
 L’absence de l’Ayerling  se laissait tristement sentir. Ils attendirent deux jours, à l’ombre de la Falaise, en attendant son retour, qui n’eut pas lieu.
 
ILS l’auront fait revenir ailleurs…On s’est retrouvés une fois…deux même…vois pas pourquoi ça changerait…Mais on peut  pas stagner ici…Non, Isabel…Alpha est un guerrier, plus dégourdi que ça, difficile…suis sûr que où qu’il soit…il te cherche déjà !
 
Bon an, mal an, on se remit en route, suivant le profil de la muraille naturelle.  Encore une fois, ils s’étaient repartis en deux groupes. Achille ne vouant aucune confiance à l’idée de voler comme les oiseaux, avait retrouvé la croupe d’un éléphant, sauf que cette fois, c’était Théo, sa monture. Sissi avait préféré voyager avec lui, ce qui rendait le périple plus plaisant. Elle assurait se sentir parfaitement à l’aise et il n’en était que plus heureux. Hélène ne voulant pas lâcher son roi , Snow dut s’accommoder de deux passagers au lieu d’un.  Isabel allait seule, sur Noy, guidant le convoi  en étroite collaboration avec les quatre hybrides.

Dès le Liberty, Amelia et Richard, en compagnie de Tsang et Léontine, exploraient amplement les alentours. Les nouvelles rapportées étaient rassurantes. Le désert cédait rapidement place à une contrée verdoyante, où l’eau ne manquait plus et la chasse s’avérait bonne.

 
Cela ne peut que dire, que le Fleuve n’est plus trop loin…
 
Tout portait à y croire. L’humeur était presque au beau fixe, même Isabel, soutenue par sa foi inébranlable, faisait de son mieux pour ne dépareiller. Louis les régalait de ses mets choisis, très réussis vu les moyens à bord, tout à son bonheur, retrouvait ses vieilles habitudes et son babil joyeux. Achille s’amusait, chose inédite, à le taquiner, suscitant des discussions sans fin.

 
Il me manquait, le gars…sais pas comment il s’arrange, étant donné qu’il peut être insupportable quand ça lui prend…Non, ma chérie…celui-là…c’est plus qu’un copain…c’est presque un frère, mais va pas le lui dire…
 
Le Liberty  annonça la découverte du Fleuve. L’équipe de terre parvint sur place un peu plus tard. Un spectacle saisissant s’offrit à leurs yeux…Une fastueuse étendue liquide, sans doute un lac, se précipitait dans une suite de magnifiques cascades, élevant une brume rafraichissante qui les enveloppa comme une promesse mais leur posant un fameux nouveau défi…
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