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Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
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 Objectif: rencontre

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Alpha 247

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Messages : 433
Date d'inscription : 28/01/2013

MessageSujet: Objectif: rencontre   Jeu 8 Aoû - 21:13

Richard était mort. Toujours secret, l’homme n’avait dit mot de son projet et l’avait mené à exécution sans préavis.  Achille semblait y voir clair, son assertion sur une transition nécessaire pour aboutir à un plan supérieur, avait trouvé l’accord du sage bouddhiste et du reste de la troupe, Amelia inclus. L’Ayerling, lui, s’exempta de donner son avis, préférant s’occuper à amarrer le Liberty, laissant aux autres le loisir de démêler  ces affaires hautement spirituelles, pour lesquelles il ne se sentait pas trop qualifié.

Sa logique était déjà assez bouleversée avec les histoires de Quinquempoix, mais pour une fois, il en avait fait abstraction, s’était laissé guider par ce sentiment primitif nommé instinct et s’était accroché avec acharnement à ce que les autres appelaient espoir. 

Leur mission, puisque mission il y avait, résultait extraordinairement ardue. Sans ordres, but incertain, l’absurde au rendez-vous, surprises indésirables à la clé, le tout avec un chef d’expédition singulier. Noy, femelle de la famille des éléphantidés, Elephas Maximus, 2.75 tonnes,  2.5 mètres au garrot, 5.4 mètres de longueur.  Imposante, intelligente, subtile et de caractère doux, elle menait bon train le petit cortège, sans trop tenir en compte les éclats caractériels de Théo,  qui finissait tout de même par se soumettre au pouvoir matriarcal qui prime dans leur espèce.

Délestant les éléphants de leur charge, Alpha, suivi de Jack, les mena au Fleuve, les laissant s’y désaltérer  et se rafraîchir alors qu’il se livrait à toute sorte de réflexions, plus ou moins sombres.

Sa manœuvre de téléguidage avait fait descendre le Liberty en douceur.  Son premier réflexe avait été de se lancer secourir Amelia en état de choc, mais Achille l’avait devancé et pris l’aviatrice sous son aile protectrice. Par la suite, tous s’étaient réunis autour de la veuve qui avait rapidement repris le poil de la bête. Pour la raison qui soit, l’Ayerling eut la sensation d’être devenu invisible et préféra aller vaquer ailleurs, sans que personne ne songe à le retenir.

Théo, enjoué, essaya de le tirer de sa morosité en l’arrosant copieusement, sans grand succès. Jack faisait le fou, sans doute avec la même intention mais Alpha prêta très peu d’attention, il essayait de défaire le nœud gordien de sentiments et sensations. Il avait beau avoir fait, aux dires d’Isabel, quelques progrès en matière sentiments humains,  le seul qu’il pouvait reconnaître pleinement était le chagrin. Cette affreuse sensation de vide douloureux ne le quittait plus depuis la disparition d’Isabel, s’accentuant de jour en jour. À cela s’ajoutait la fatigue, le manque de sommeil, d’appétit, de tout.

Une main sur son épaule le fit presque sursauter, il tourna à peine la tête pour voir de qui il s’agissait et dut s’avouer très surpris en se trouvant face à face avec Amelia. Sans rien dire, elle s’assit près de lui et suivit les cabrioles de Jack et la baignade des éléphants.

Je suis désolé pour Richard, dit-il, enfinça…a été un coup dur pour tous…pour toi surtout !
 
Elle hocha la tête avec un soupir avant d’assurer avoir été choquée par la radicale action de Burton mais avait confiance aveugle en la réussite de cette mission qu’il s’était imposée.
 
Supposons qu’il les trouve…tu t’es demandé en quoi ça nous avance ? On avait trois de perdues, on en a quatre à présent …tu as raison, je ne comprends rien …C’est difficile pour moi de le faire…Tu devrais le savoir…mon côté logique est très perturbé…
 
Nouvel hochement de tête avant de changer de thème et poser une question qu’il jugea  très personnelle et un peu indiscrète.
 
Isabel m’a pardonné…enfin, c’est ce qu’elle dit…Pardonner ne signifie pas oublier, Amelia et je lui ai fait un mal énorme…tu le sais aussi bien que moi…à quoi bon revenir sur cela ?...Je ne te savais pas si curieuse…ah, tu te fais de la bile pour moi ?...Vois pas pourquoi…je suis malheureux, comme nous le sommes tous…sauf qu’il semblerait que je ne sais pas souffrir comme tout le monde…Maintenant, rentrons !

Il se leva et siffla Jack qui gambada joyeusement vers eux.  D’un court barrissement Noy mit fin à la séance baignade et les trois éléphants s’ébrouèrent à leur suite. Au campement, personne ne fit de commentaire en le voyant rentrer avec Amelia.  Louis s’affairait, mine rien, à préparer le repas, Achille affirmait les tentes aidé de Tsang et Léontine vaquait sans doute à la recherche de quelque herbe pour ses préparations. Sans rien dire, il alla remplacer Tsang. 

Une conversation avec Achille tenait plus de l’échange laconique qu’autre chose mais ils firent un effort. Que le grec s’intéresse aux éléphants fut un début.
 
Les éléphants vont bien…ils aiment  prendre un bon bain. Les alimenter ne pose aucun problème, tant qu’il y ait des feuilles aux arbres.
 
La suite de leur virée les occupa un moment. Leurs idées coïncidaient et aucun des deux n’avait envie de monter à bord du Liberty.
 
Amelia s’arrange très bien, tu sais aussi bien que moi qu’elle n’a jamais eu besoin d’aide pour  le guider…Tsang s’entend assez bien pour lui filer un coup de main et observer notre avance…

Sujet épuisé. Que Louis appelle pour le repas les sauva de plus d’efforts de communication.

Le lendemain, Amelia assurant se sentir parfaitement d’aplomb et n’avoir aucune envie de perdre plus de temps, on leva le campement, la miss fit s’élever le Liberty avec son équipage réduit.  À la suite de Noy, le convoi s’ébranla. Rien ne changeait, ils suivaient indéfectiblement le cours du Fleuve.

Tour de garde en solitaire, dans le silence de la nuit, sous ces étoiles qu’il ne connaissait pas, Alpha prenait son temps pour réfléchir.  Cela ne changeait rien, n’apportait aucun soulagement ni éclairait, tant soit un peu, la confusion perpétuelle  dans laquelle il pataugeait, sans espoir de s’en sortir.  À sa façon, Isabel avait été le guide, l’unique repère, le seul phare. Sans elle, il était perdu.  Et cela amenait d’autres questions.

Était-ce celle-là la raison de son attachement envers elle ? Quel était vraiment le lien qui les unissait ? Existait-il vraiment un lien ou était-ce simplement une espèce de dépendance ?  Amour ? Qu’en savait-il sur ce sentiment si intrinsèque ? Isabel n’en savait pas beaucoup plus, de ça, il en était presque sûr. Pas du genre d’amour dont il était question. Son amour,  à elle, était charitable, généreux, universel…ses semblables, la nature, les animaux et par-dessus tout son Dieu. Lui, il n’était rien d’autre qu’une espèce singulière de prochain, pas du tout du genre qu’elle attendait mais essayer de rédimer son âme obtuse, au cas d’en avoir une avait représenté un défi irrésistible. Elle avait essuyé une énorme défaite et conséquente déception.

Et lui ? Alpha n’en savait trop  rien. La seule différence était que là, sans inhibiteur dans sa tête, il pouvait mieux comprendre la teneur de ses carences et par conséquence mesurer l’étendue de sa misère. Ce qui, finalement, n’arrangeait en rien ses houleux soubresauts d’esprit. La seule façon, assez piètre, de se prémunir contre plus de souffrance, était de reprendre le seul rôle qu’il connaissait par cœur, celui de l’Ayerling  logique, mesuré, indifférent à tout autre chose que la Cause en jeu. Cela lui valait le surnom de Glaçon. Tant pis, tant mieux, il s’en fichait…ou pas ?

La voix de Tsang grésilla dans son casque de communication. Sans départir de son calme habituel, le moine bouddhiste annonçait  leur descente imminente et demandait au groupe terrestre de ne plus avancer. L’ordre fut transmis à Noy et le petit convoi s’arrêta. Louis et Achille réclamèrent des explications.

On aura toute l’information quand ils seront là !, assura t’il, sec.
 
Effectivement, ils ne tardèrent pas à connaître les raison de cet arrêt impromptu.  Amelia était très énervée et laissa au moine le loisir de décrire ce qu’ils avaient pu apprécier dès le ballon.

Tsang  a mal à croire ce que ses yeux ont vu…Fleuve disparait plus loin…Crevasse énorme l’avale…Désert infini commence…Finie la forêt…

Divers avis et questions fusèrent. Amelia confirma les dires de son co-pilote alors que Léontine se signait en assurant être arrivés à la fin du monde ou aux portes mêmes de l’enfer.

C'est un désert de sable ou simplement une zone désertique ?, s’enquit calmement l’Ayerling.
 
Aride, très aride…végétation morte…pierres…Tsang connait désert, Tsang sait de quoi il parle…

Le soleil commençait sa courbe descendante. Un calcul rapide plus tard, Alpha donna son avis.
 
Il ne nous reste que quatre heures de lumière. On n’ira pas plus loin pour aujourd’hui. Établissons le campement, demain j’irai faire un survol de la zone pour savoir à quoi s’en tenir.
 
Si Achille et Louis ne trouvèrent rien à redire sur sa décision, Amelia se rebiffa en assurant que personne ne savait voler le Liberty mieux qu’elle. 

Je connais très bien les instruments de vol, Amelia. J’irai seul et c’est mon dernier mot. Personne d’autre ne courra de risque. Je pense qu’avec la disparition du Fleuve, la force magnétique qui  nous retenait sur son cours aura aussi disparu. Le vol du ballon sera livré à des courants que nous ne connaissons pas…ce qui veut dire que cela peut dériver vers n’importe où et d’autant que je sache, je suis le seul à avoir reçu un entraînement qui me qualifie pour affronter ce genre d’échéance.
 
Tsang sauva la situation en informant avoir aperçu une Pierre non loin de là. La moitié du groupe s’y dirigea, le reste s’occupa de bâtir le campement.  Pendant le repas autour du feu, on discuta sur la nouvelle situation et ses  possibles répercussions.  

Impossible de le dire avant de savoir exactement à quoi nous devons faire face !
 
Il prit le premier tour de garde et ne fut pas trop surpris en voyant Louis le rejoindre.  Bavardant comme si rien, Sa Majesté allait droit au but et voulait savoir pourquoi ce besoin d’entreprendre une aventure pareille en solitaire.

Il n’y a aucun motif secret, Louis, tout simplement celui exposé. Je suis un Ayerling, suis fait pour ça…c’est la seule chose pour laquelle je suis bon…pas besoin de revenir sur le thème, on le sait bien, toi, moi et le reste…je ne serai jamais comme vous…Non, Louis, ce n’est pas du défaitisme mais du conditionnement…Tu es né roi, moi j’ai été créé pour être ce que je suis…que ça serve donc à quelque chose…Non, je n’ai pas l’intention de me suicider en affronta le désert tout seul…ce même conditionnement m’interdit de mettre volontairement fin à ma vie… Tu as ton Dieu, moi j’ai eu la Fédération…à croire que tous deux savent bien faire les choses…Va dormir…T’en fais pas…on va les retrouver…sais pas comment mais on le fera…

Le petit matin le trouva à faire une dernière check-list des instruments. Eau, provisions, armes et Jack. Sans adieux émotifs, il partit avant que le campement ne s’éveille. Le seul témoin de son décollage fut Tsang. Les premiers rayons de soleil éclairaient l’horizon quand l’altitude voulue fut atteinte.  Sans s’atermoyer sur la magnificence du spectacle, Alpha procéda à une observation  exhaustive des alentours.

Comme rapporté par Tsang et Amelia, à 10.4km en aval du fleuve, celui-ci se précipitait dans le vide, en un série de cataractes impressionnantes au-dessus desquelles s’élevait un rideau de brume qui sitôt franchi, sans encombre, livra à ses yeux un décor hallucinant. Le grand fleuve avait disparu, laissant place à une mer de sable s’étendant à perte de vue, rompue à peine, en sa monotonie, par des dunes ondulantes, des monolithes de pierre rouge et un triste soupçon de végétation rachitique. La température était de 18°C mais dès que le soleil  commença à s’élever, elle grimpa à des vitesses effarantes à 32°. Et la journée ne faisait que commencer.  Et comme prévu, il put manœuvrer le ballon dans n’importe quelle direction sans qu’aucune force invisible ne le retienne dans un cours déterminé.

À midi, la température au sol avait atteint  55°C. Il découvrit le premier oasis trois heures plus tard. Ombre et eau. Que demander de plus au milieu de cet enfer de sable ? Pas de signes de présence humaine, à peine si quelques  bestioles, capables de résister ces conditions extrêmes.  Il préleva un échantillon de l’eau présente qui se révéla potable et décida de rester là pour la nuit.  La communication avec le campement de base fonctionnant, Alpha put donner de ses nouvelles  en assurant être, sauf contretemps, de retour le lendemain. Bref, concis, sans émotion. Un Ayerling au rapport.

Faute de mieux, Jack et lui profitèrent de l’aubaine et prirent un long bain insouciant avant de dîner frugalement près du feu. La nuit venue, la température, comme on pouvait s’y attendre dans une zone aussi désertique, avait chuté à des degrés invraisemblables.   Le loup, endormi  près de lui, Alpha s’installa de son mieux pour une longue garde. Que faisait Isabel ? Dans quelles conditions se déroulait sa nouvelle vie ? Ressentait-elle le besoin de l’avoir à ses côtés autant que lui ? L’attendait-elle ? La connaissant, il pouvait presque assurer qu’elle savait que tôt ou tard, il arriverait à la trouver, comme il l’avait déjà fait auparavant, même si la donne était tout autre…

*J’y arriverai, ma belle…à n’importe quel prix !*
 
Une piqûre brûlante le réveilla sans se souvenir de quand il avait pu s’endormir. C’était absurde. Mais là, en toute évidence, la fatigue avait eu le dessus et dans ce parage oublié du temps et de tous,  il avait tout bêtement baissé la garde, comme tout être humain normal. Tout à fait réveillé, l’Ayerling examina son bras. Rien de bien grave à première vue. Une simple piqûre.  Sans doute un insecte.  Il désinfecta la minuscule plaie, appliqua une pommade et oublia l’affaire. Le lever du jour ne tarderait pas, autant  se préparer pour le retour.  À mi- matinée un vent contraire le dévia de son cours mais l’équipement de pointe du Liberty répondit efficacement à toutes ses attentes.  Pour alors, il avait du mal à se servir de son bras gauche, un bref examen le renseigna sur la source du mal. Autour de l’infime piqûre détectée au matin, la peau était boursouflée, tendue et brûlante. Pour mieux faire, vers midi, la fièvre fit son apparition accompagnée d’un malaise abrutissant. Entre deux frissons exténuants,  il parvint à se communiquer avec  Amelia.
 
Coordonnées fixées…pilote automatique…vais pas bien…piqûre infectieuse…tu dois descendre Liberty…
 
Il hurlait à n’en plus pouvoir,  l’appelant, mais elle s’éloignait…se perdait…le fuyait. Spirale damnée de cauchemars sans fin.  Isabel…Isabel…la vie, la mort, la peur, la solitude, le remords. Elle devait revenir pour le pardonner…pour le pardonner vraiment…Elle ne pouvait pas revenir, elle était morte…Il n’avait pas pu le prévoir, il n’avait pas su la défendre…

Une main forte le retenait alors que le gouffre l’engloutissait de nouveau.  L’Ayerling s’y accrocha, frénétique, sûr que c’était son seul salut et ouvrit enfin les yeux…Louis souriait en lui tapotant la joue alors qu’Amelia lui bassinait le front d’eau fraîche. Selon les dires de tous, il avait été très près d’y passer.

Toi vouloir partir…pas solution…devoir rester ici…reste venir tout seul. Bois !, ordonna Tsang, avec une de ses sourires de perpétuel bonheur.

Et de lui faire avaler une mixture épouvantable qui lui souleva le cœur mais le tira finalement du marasme  où il s’engluait. Louis ne rata pas l’occasion, en le voyant de retour des limbes pour l’interroger à fond sur son vol en solitaire.

Faute de mieux, Alpha déballa son compte rendu, sans leur épargner détail.  Une nouvelle potion, façon Léontine,  mit fin à la confession  et l’envoya, sans rémission, dans un profond sommeil sans rêves.

À son réveil,  tout était prêt. Au soir du deuxième jour, ils foulèrent le sable du désert…Il faisait froid…
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Objectif: rencontre   Sam 10 Aoû - 22:18

Son trésor, son amour, sa vie s’étaient envolés dans un ballon pris traîtreusement par la nouvelle épouse de son grand-père ! Louis n’avait rien pu faire d’autre que d’assister, impuissant, au rapt de sa belle. Que Sissi et Isabel soient parmi les captives ne le consolait pas, loin de là. Les traîtres savaient ce qu’ils faisaient. Avec de tels otages à bord, nul n’oserait leur tirer dessus.
À l’affreuse perte succéda un espoir fou. En secret, Amelia et l’Ayerling avaient fabriqué un dispositif antivol, dans tous les sens du terme. Une fois actionné, l’aéronef serait privé d’élévation et finirait par se poser. Une folle poursuite s’en suivit.
Tous les participants se réjouissaient à l’avance des retrouvailles avec leurs aimées, de la capture des ravisseurs. Mais, une fois sur place, une épouvantable vérité éclata : les femmes avaient sauté dans le vide. La soif de vengeance fut plus forte que la raison. Les veufs eurent tôt fait de réduire à néant les ignobles malfaiteurs. Pour l’affront subi, Henri trucida de sa propre main sa catin d’épouse. Maigre satisfaction que ce sang versé ! Au moins, on pouvait espérer que les deux rescapés du massacre subiraient d’atroces souffrances avant de s’enfumer. En attendant, Louis devait encaisser la fin cruelle de celle qui lui avait ravi son âme.
Le réconfort de la prière ? Où était Dieu dans cet enfer ? Quelle sorte de Dieu était-ce là pour torturer ainsi ses créatures ? Incapable de pensées cohérentes, l’ex-roi de France se laissa dériver vers un marasme profond. À quoi bon s’intéresser à la peine des autres alors que lui-même souffrait tant. Il avait beau se ressasser de beaux clichés tels que : elle vivra éternellement, son souvenir illuminera le reste de ma vie, elle est en paix… Rien ne lui ramènerait le rire d’Hélène, l’éclat de sa beauté rayonnante, sa douceur volontaire, et tant et tant de choses.
Son grand-père insista pour une veillée funèbre dont tous se seraient bien passés. Dire que lui ne rêvait qu’à se mettre en boule dans un coin pour y hurler sa douleur. Mais non ! Un roi digne de ce titre ne pouvait se laisser aller en public à ses sentiments, voyons !
Enfin seul !
Louis ne s’effondra pas. Il parcourut sa chambre, cette pièce qui fut leur chambre, comme on fait un pèlerinage en lieux Saints. Là, Hélène s’était assise et brossé sa chevelure dorée ; ici, elle avait contemplé leurs reflets dans le miroir… Il crut l’y voir encore, si radieuse, si heureuse… Son parfum embaumait l’atmosphère, créant si fort l’illusion de sa présence proche que Louis eut du mal à se retenir de la chercher des yeux. Son regard pourtant s’attarda sur le grand lit où…
Il ne ferma pas l’œil de la nuit, s’enivrant à souhait des senteurs de l’oreiller de SA femme.
Pauvre de lui ! Au matin, son appétit féroce l’avait déserté, tout avait goût de cendre. C’est à peine s’il remarquait des œillades entre Achille et Richard quand un Ayerling inédit se présenta à eux en réclamant de préparer le ballon et les éléphants pour un départ imminent.


*A pas dormi non plus celui-là…*

N’empêche que ses dires valaient le détour. Très assuré, Alpha leur déclara être persuadé, témoins à l’appui, que nul ne mourrait vraiment dans ce monde, on était « simplement » déplacé de lieu.

*S’il dit vrai, oh mon Dieu !*

Il apparut qu’Achille et Richard tenaient des discours assez semblables, ce qui l’agaça :


Vous alliez m’en parler ou pas ? Je sais encaisser au cas où vous ne le sauriez pas ! …Mais dis-moi Alf, quelle est la probabilité que des résurrections d’êtres disparus en même temps se produisent au même endroit ?

Peut-être même qu’on ne trouvera aucune des trois mais que veux-tu…rester ici et moisir en attendant ou te suicider pour tenter ta chance ?...Tout sera préférable à rester ici…

Se suicider ? Comme tout bon catholique, jamais telle idée ne lui serait venue à l’esprit !

On se rallia à ses vœux et, dès que ce fut possible, on quitta le château après des au revoir assez émouvants entre parents.


Pour les avoir vu entrer au château en plein hiver et en avoir combattu dans une attaque, Louis ne connaissait les éléphants que de loin. Monter sur ces géants ? Bah, en se prenant pour un maharadja indien pourquoi pas ? En tout cas il eut la chance d’ »hériter » de la vaillante Noy qui ne requit pas beaucoup de science pour l’accepter sur son dos, juste quelques paroles aimables :


Tu es la plus jolie des éléphantes grises que j’ai croisées. Si tu m’aides à monter et me garder sans ruer, tu auras plus de fourrage que tu n’en désires !

Figurez-vous que cela fonctionna et que Louis une fois juché put sourire des efforts des autres cornacs à en faire autant.
Somme toute c’était marrant ce genre de véhicule pour peu que l’on s’habitue à la démarche des pachydermes. Pendant que la favorite d’Isabel Kittredge menait le train à travers les bois en longeant le fleuve, le groupe fut en permanence survolé par le Liberty. Chacun ses préférences en transports…
À chaque halte Louis veilla au bon nourrissage des bêtes qui, de toute façon, n’avaient pas trop besoin de se services pour cela mais ça lui occupait l’esprit. En cas contraire, son âme se contractait dans des souvenirs éclatés. Qu’il ferme ou pas les yeux, il ne voyait qu’elle, tout le temps elle, sa femme, Hélène. De sa vie, il n’avait jamais eu de difficulté à trouver une compagne. Il est vrai qu’à l’époque, tous étaient prêts à lui lécher les pieds, ou ce qu’il aurait voulu, juste pour bénéficier des rayons de son Pouvoir. Combien de fois avait-il espéré un attachement réel, impartial, dénué d’arrière-pensées ! Louis était certain de l’avoir découvert en Hélène. Elle seule l’avait agréé tel qu’il était, démuni, sans ors ni fastes. Déjà rien que pour cela, il la vénérerait jusqu’à son dernier souffle, et même au-delà vu les circonstances actuelles...


La nuit presque tombée, ceux d’en haut rejoignirent ceux d’en bas. Ambiance étrange, loin de leurs soirées habituelles d’avant drame. Chose extraordinaire, Achille le sollicita :


Raconte n’importe quoi, Louis…

*Pour en arriver à me demander ça, il est très malheureux… *

Le moulin intarissable qu’était d’ordinaire Louis grippa aux engrenages. Il n’avait pas le cœur à jouer les amuseurs publics, que diable ! Bon an mal an, il sortit quelques anecdotes de temps révolus :
Figurez-vous que, sur son lit de mort, Paul Scarron - un vieux poète qui avait épousé ma dernière épouse – a eu une excellente saillie : « Je lègue tous mes biens à mon épouse, à condition qu’elle se remarie. Ainsi, il y aura tout de même un homme qui regrettera ma mort. » Il était plus pauvre que Job et n’ai fait que le remercier d’avoir libéré Françoise du joug imposé !
C’était assez maladroit de la part de Louis d’évoquer des décès mais qu’y pouvait-il ? Une chose en entraînant une autre, les tristes convives évoquèrent des souvenirs, rêves, réminiscences de faits nettement et étrangement… antérieurs.


Je crois me rappeler d’une époque où Sissi avait une très belle queue de poisson ( Achille banda ses muscles, Louis afficha profil bas) et Hélène voulait me larder de flèches !

On tenta de rire… en vain.

Le lendemain, tout se déroulait normalement. Les éléphants dociles suivaient Noy, ce qui ne déplaisait qu’à moitié à Louis. Mener le train était, en quelque sorte, sublimant sauf que se prendre des branches dans la figure l’était beaucoup moins.
Le ballon les surplombait, lié à eux par une sorte de magnétisme infranchissable qui les obligeait à suivre le fleuve. Le terrain franchi par les éléphants était plus dégagé, Louis put lever le nez sans risque de le voir écrasé. Il n’en crut pas ses yeux : un point se détachait de la nacelle et tombait à grande vitesse.


*Dieu ait pitié !*

Aucun doute : Richard s’était suicidé ! On débattit, tenta de réconforter la fraîche veuve… Louis ne trouva que :

C’EST un homme de principes, Amelia. Il vit ailleurs, mais il est vivant et, mes cheveux à couper qu’il renversera des montagnes pour revenir te chercher !

Le crut-elle ou non ? Il avait foi en cela sinon lui aussi aurait été se baigner pour narguer la Houle en espérant se faire croquer au passage. Somme toute, un accident était toujours possible sans risquer d’offenser Dieu non ? En attendant, il remarqua Achille renfermé dans son coin.

Bon passe-temps que tu as là ! Excuse-moi mais ce bout de bois n’a pas mérité pareil traitement !... Mes oignons vont très bien si tu veux le savoir !... Non, je ne pleure pas ! Pourquoi le ferais-je avec la conviction d’une jonction prochaine… Arrête avec tes dieux, s’il te plait ! Ceux qui gouvernent ici n’ont rien à voir avec ceux connus, ou suspectés connaître… Pas du tout ! Je ne blasphème pas puisque ce monde n’est pas le nôtre. Qui a dit que mon Dieu était le maître des Univers ? Pas moi !

Ah, l’idée qu’il puisse y avoir d’autres mondes hormis dieux et enfers n’avait jamais intéressé le Grec.

… Je n’en sais rien, n’affirme rien, moi ! Je constate seulement que rien de ce que nous subissons n’est… humain au sens où nous l’entendons... au lieu des dieux, forces dominantes me sied mieux, oui ! Sinon, comment vas-tu, toi ?

Il ne fallait pas s’attendre à grand déballage. Achille était du genre à souffrir en silence. Aussi, se turent-ils, l’un massacrant un bout de bois, l’autre fixant les étoiles dans le ciel.
Le campement s’anima un peu avec le retour du loup d’Alpha, bientôt suivi de son maître et de la fraîche veuve. Déjà un changement de programme entre ceux-là ?
Louis préféra taire en lui les intrigues de la cour quittée longtemps avant. Néanmoins, il ne put s’empêcher une pensée vagabonde d’errer dans son esprit :

*Si on ne se retrouve pas, Hélène se donnera-t-elle à Richard ? *

Mieux valait ne penser à rien d’autre qu’à la tambouille du soir. Bien que ni cœur ni tête n’en soient, Louis assuma.

Noy, la brave fille, poursuivait son but imprécis en les guidant. Pourtant, le convoi dut s’arrêter car du ballon vint un ordre strict : stop ! La cause ? Un désert insondable s’étendait devant eux. Le fleuve semblait disparaître à sa frontière.
Rien n’y fit, l’Ayerling s’imposa en explorateur aérien exclusif, les clouant au sol à n’attendre que de ses nouvelles.
Amelia restant accrochée aux écouteurs Louis n’eut d’autres partages verbaux qu’avec le couple moine-sorcière et Achille.
Le premier assurait :

Fleuve comme vie, va et vient…

Le dernier, toujours très sombre, serrait poings et dents. Dialoguer dans ces conditions s’avéra ardu.

Achille, j’ai des obligations envers Noy et les siens… Pourquoi crois-tu qu’elle m’accepte, J’ai passé un marché, bien sûr !

Couper des branchages, de l’herbe, les occupa. Depuis le temps que cela le taraudait, Louis dit :

J’imagine que toi aussi tu aimerais rejoindre Sissi autant que moi Hélène. Alpha n’est pas un rigolo, je crois ses assertions : elles vivent ! … Qu’importe l’endroit où elles sont, on veille sur nous !

Il fallut relayer Amelia au récepteur tout en poursuivant la surveillance du campement.

Tu as assez donné pour aujourd’hui, va te reposer… Mais oui, m’en sortirai, suis pas si idiot !

Pourquoi, les trois quarts du temps, pensait-on qu’il était inapte au modernisme ?

Va, dors bien… Oui, je te réveille s’il se passe quelque chose. ( regard profond) Amelia… il est avec elles !

Jusqu’au matin, on se succéda aux écouteurs avant qu’enfin un message ne se capte par Amelia revenue à l’appareil.

Cordonnées fixées…pilote automatique…vais pas bien…piqûre infectieuse…tu dois descendre Liberty…

L’alerte donnée, on réceptionna un ballon intact avec à son bord un Ayerling délirant.
Dès qu’il avait eu vent des mots piqûre infectieuse, le couple de sorciers s’était préparé en hâte. Achille et Louis soutinrent la grande carcasse du blessé jusqu’à la tente infirmerie où ils le laissèrent en très bonnes mains. Un bref examen fronça les fins sourcils du moine :


Pas bon ! Dard dans plaie. Pus beaucoup ! Fièvre énorme. Tsang et femme essayent. Allez !

L’attente fut longue. Pour la tromper, Louis cuisina tandis que ses compagnons tournaient en rond. Il osa :

Sans vous commandez, j’ai besoin d’oignons ! Il y en a des sauvages délicieux près de la Pierre. Amelia, je pense qu’il serait temps que tu apprennes à cuire autre chose que des œufs durs ! À son retour Richard serait content si tu lui réussissais la sauce aux airelles ! Tiens, en passant Chichille, cueilles-en s’il te plait !

C’était du sauve-qui-peut contre l’angoisse navrante qui les menaçait tous. Si l’Ayerling trépassait, leurs chances de rejoindre les autres seraient réduites de beaucoup car, même si ouvertement ils en voulaient toujours à Alpha, il fallait reconnaître que ses aides étaient inestimables.
Enfin la volaille cuite, le moine pointa son nez plat hors de la toile :


Dard ôté, fièvre tombe. Lui ira bien ! Compagnie, peut-être ?


Amelia en tête, ils foncèrent. Louis accrocha la dextre de l’Ayerling encore fiévreux pendant que l’aviatrice mouillait un linge.

*Un mieux, ça ? *


Il lui semblait qu’en quelques heures Alpha avait perdu 10 kilos. Yeux clos dans des orbites creusées, la tête blonde roulait encore sur l’oreiller. Les lèvres parcheminées ne soufflaient qu’un prénom.


Alpha, tu m’entends ? Alf c’est louis ! Ouhou, coucou !

Lui tapoter la joue fut efficace. Un regard bleu accrocha le sien.

Tu reviens de loin mon vieux ! Accroche-toi, Isabel a besoin de toi.

Tsang intervint avec une mixture qui sembla épouvantable au goût mais rudement efficace. Une gorge d’eau plus tard, les sens du malade revenus, Louis ne le lâcha pas :

On s’est beaucoup inquiété. Où étais-tu passé ?... Ah, si loin… Une oasis, c’est bien, ça ! Des Pierres ?... T’en fais pas, on a de quoi survivre. On n’ira nulle part sans toi. J’ai préparé un régal qui n’attend que toi.


Léontine eut le dernier mot en l’obligeant à avaler une potion de sommeil.

Lui fort, lui se remettre bien ce soir !

Longue journée s’il en fut. On chassa un peu, pêcha au fleuve, s’occupa des bêtes, en essayant de ne pas trop gamberger.
Le soir tomba les trouvant autour d’un beau feu achevant la cuisson d’un cuissot de sanglier. Tous sursautèrent quand la haute silhouette de l’homme du futur se découpa hors de l’infirmerie improvisée. Amelia accourut le soutenir et l’amener près d’eux.
Louis, dont l’appétit légendaire n’était pas à prouver, eut du mal à suivre le remplissage de l’écuelle du revenant que l’on n’interrompit pas dans sa ripaille.


*À moins de vouloir rivaliser avec Gargantua, ce type est mort de faim…*

Enfin repu, l’Ayerling consentit à préciser plusieurs points de son rapport.

… Ah ? Se mettre en route dans l’heure, en ballon… euh, tous ? Et les éléphants ?


Longuement Alpha expliqua que les conditions extrêmes à aborder ne permettraient que vol de nuit et que, vu le peu de végétation présente dans le désert torride, les bêtes n’y résisteraient pas.

Isabel ne laisserait pas sa Noy en arrière ! ergota Louis. On n’a qu’à mettre tout le matériel dans la nacelle et charger les éléphants avec du fourrage au cas où il en manquerait!... oui, je me doute ! On n’a aucune idée de la longueur du voyage mais ces animaux sont nos amis maintenant ! Je ne sais pas… euh… On pourrait concocter un concentré alimentaire, de quoi tenir des jours ?

Le débat se prolongea avec ses pour et contre. À têtu, têtu et demi, Louis obtint une journée de grâce. D’ailleurs, vu l’état d’Alpha, un repos supplémentaire ne nuirait pas.

Le soir-même Louis pria beaucoup, obtint et cuisina à en être éreinté. Trois heures de sommeil plus tard, il récidiva. Les sorciers et Achille, curieux de ce déploiement de force, l’aidèrent à confectionner ses drôles de pâtées. L’eau serait essentielle mais puisqu’une oasis n’était pas si éloignée…

… Je me fie à leur instinct ! S’ils sentent que rien n’est bon pour eux, ils feront machine arrière ! répliqua-t-il, mordant.

Oui, Louis s’était attaché aux éléphants, et alors ? Alpha avait consenti à lui enseigner quelques clics et clacs appris d’Isabel. Depuis, il pouvait se vanter de communiquer aussi avec eux.
Le soir tombé le Liberty s’envola avec les sorciers, et les aéronautes patentés. Achille tint à rester avec Louis même si ce dernier jugea que le poids de son ami équivalait à 100kg de fourrage en moins


Misère quel brouillard ! Sous les reflets lunaires voir le fleuve disparaître dans une chute insondable était impressionnant. La fidèle Noy mena le convoi vaillamment à travers la purée de pois, puis vinrent les dunes. Les pattes des éléphants soulevèrent des nuages denses derrière eux. Il faisait glacial. Alpha leur avait « commandé » des combinaisons thermiques qui les protégeaient aussi bien du froid que du chaud. Aussi supportèrent-ils la diminution de chaleur sans mal. Les animaux ne renâclèrent pas ; tout baignait.
Ce fut Théo qui trompeta le premier, bientôt suivi des femelles. Quelque chose n’allait pas mais quoi ?


Là-bas ! cria Louis en pointant l’horizon. J’ai vu des éclairs !... Non, j’invente pas. D’ailleurs, regarde !

Qu’est-ce que c’était que ça ? Une sorte de mini orage semblait se mouvoir dans leur direction. Les éléphants, barrissements cessés, s’affolaient. Louis eut beau user de tous les clics calmants connus, rien n’y fit. Belle débandade ! Impossible à freiner, les trois bêtes paniquées foncèrent vers un groupe de rochers qu’elles montèrent sur plusieurs mètres.
En arrière les éclairs stationnèrent puis, enfin, s’éloignèrent.


Tu penses que c’était quoi, ces trucs ??... Aucune idée non plus mais c’est dangereux. Quoique ce soit, Noy l’a flairé…

Bonne question ! Fallait-il oser poursuivre par voie terrestre ? Maintenant, les animaux étaient calmes. Louis en profita pour descendre les alimenter et les abreuver. Que n’aurait-il pas donné pour percer à jour la langue des pachydermes ! Il entama un dialogue qui les fit tous marrer sauf lui. Énervé, il passa le relais à Achille :


Vas-y toi qui es si malin !... tout ce que je pige c’est une histoire de ver et qu’ils veulent continuer...

Remonté sur le large dos, se laissant guider vers le point d’eau le plus proche, Louis rêvassa son gré.
Quelque chose dans l’allure des éléphants avait changé. Quoi ? Il était trop perdu pour y songer.
Toujours est-il que l’oasis se pointa et qu’un ballon posé les y attendait.


… Ouais, ça a été un peu laborieux, désolé du retard…

Alpha annonça que ne les voyant pas dans le secteur, ils avaient exploré les alentours. Une Pierre avait été repérée à une nuit de marche.

On ira voir demain. Là, désolé mais pour bouffer on entame les provisions.

Pas un ne rouspéta. Tours de garde établis, la fournaise les rattrapa tous.
Grâce à un écran conçu par Alpha, ils ne souffrirent pas trop et purent attendre le retour de températures acceptables pour reprendre la route.
La démarche inhabituelle des pachydermes intriguait beaucoup Louis. Étaient-ils désolidarisés ?
On avança sur le sable tout en visant – il le remarqua – non loin d’élévations solides.
D’après les relevés des aéronautes, la Pierre se trouvait encore 500 mètres en amont quand soudain le train s’arrêta comme désorienté.


*Pas bon ça !*

Pas d’éclairs suspects à l’horizon, tout paraissait calme.

Avance ma belle ! Noy, obéis ! commanda Louis.

Snow que chevauchait Achille leva soudain les antérieurs, éjectant aussitôt cornac et charge.

Pas besoin des jumelles d’Alf pour remarquer l’anomalie.

*Les raz-de-marée existent dans le désert ? *

Qu’importe ! Ce qui arrivait sur eux y ressemblait trop ! Il voulut saisir Achille en croupe mais Noy détalait.

LES ROCHERS ! lui hurla Louis. VA AUX ROCHERS !

Les éléphants, eux, couraient s’y réfugier. Tourné en arrière, Louis vit son ami courir mieux qu’un compatriote de Marathon. Mais… Les éclairs bizarres de la veille revinrent. Dans la tête de Louis, un rythme bizarre s’imposait. Todom, todom, todom... Serait-il possible que… ?

CHANGE DE RYTHME ! Change la cadence des pas
! s’époumona-t-il.

Ou Achille ne l’entendait pas ou il ne captait pas la teneur de l’alarme. Il poursuivit son sprint vers les rochers sans rien varier. Les éclairs étaient sur lui. Du sable jaillit alors la gueule la plus monstrueuse jamais vue. Telle une corole éclatée, sous le Grec surgirent des pétales dentus. Ils se refermèrent soudain cédant la place à une avalanche de sable inouïe.

Protégé par trois mastodontes placides, Louis ne subit aucun dommage. Dieu qu’il chercha quand tout fut calmé. Il eut beau réclamer l’aide des éléphants, puis celle de son Dieu, le résultat fut identique : Achille avait été avalé cru. Même la mort dans l’âme, force fut de poursuivre.
Le campement établi par les aéronautes avait peu souffert. Dans l’aube naissante, Louis se laissa choir au sol :


Achille n’est plus… Rien pu faire… Un ver géant… affreux.

Les réactions furent diverses, il s’en ficha. Sa femme puis son meilleur ami n’étaient plus. Il refusa boissons et réconforts, songeant insidieusement à une issue fatale jusqu’alors reniée.

*Je vais appeler un ver… suffit de marcher en rythme… Je retrouverai Hélène, Achille, et…*

Quels étaient ces cris ? Quelque chose lui bondit soudain dessus, le faisant quasi hurler. Puis une langue râpeuse lui balaya la face :

Bag... Bagheera ?

L’hybride ronronna en s’écrasant sur lui…
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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Objectif: rencontre   Sam 7 Sep - 23:54

Elle n’avait rien vu venir.  Ce sixième sens dont on dit est exclusif aux femmes lui avait fait défaut jusqu’à la seconde précédant la tragédie quand Richard l’avait étreinte avec force en disant :

Jamais femme n’aura compté autant que toi, mon cœur. À bientôt !
 
L’horreur l’avait saisie comme griffe monstrueuse mais déjà il basculait dans le vide.
 
DIIIIIIIIIIIIIIIIICK !
 
Tsang et Léontine avaient essayé de la retirer du bord mais elle resta là, fixant le vide d’un regard halluciné en froissant dans sa main le message que Richard y avait fourré. Elle ne fut pas consciente de la descente en douce du ballon ni de l’atterrissage impeccable. La suite fut confuse, elle ne sentait qu’un vide affreux s’emparant de son âme.
 
*Je veux mourir…je veux mourir !*
 
Ce ne fut qu’après, alors qu’un Achille, prévenant comme une mère, l’eut installée face au feu bâti à la hâte, que Louis ait tenté de la conforter  avec des mots pleins de sens et que Léontine, en larmes lui ait fait boire quelque chose de chaud, que la jeune femme sembla émerger de la stupéfaction qui l’avait figée  en dépliant soigneusement le dernier message :
 
Mon amour… Je pense que c’est la seule solution pour récupérer Sissi, Hélène et Isabel rapidement. Si je me trompe, n’aie aucune crainte : même depuis l’enfer je reviendrai vers toi.
Ne pleure pas. Poursuivez vos recherches de nos amies sans penser à moi.
S’il m’a été donné de croire en quelqu’un c’est en toi, toujours, uniquement en toi !
Je t’aime.

Dick.

 
*Tu m’aimes et m’abandonnes…Mon Dieu, Dick…pourquoi dois-tu être si…acharné avec tes vérités !*

Il est allé les chercher, à sa façon, soupira t’elle.
 
C’EST un homme de principes, Amelia. Il vit ailleurs, mais il est vivant et, mes cheveux à couper qu’il renversera des montagnes pour revenir te chercher !
 
Oui, il le fera, Louis…je le sais…je veux y croire, en tout cas ! Il veut que nous continuions …comme si rien…Tout Richard, ça…penser qu’on fera  exactement ce qu’il dit…Et bien, on va lui faire plaisir !
 
D’Alpha, pas un mot. Le cherchant des yeux, elle le vit s’éloigner suivi de son loup et des éléphants. On s’affairait autour d’elle, supposant sans doute, que le chagrin allait prendre le dessus et la faire s’effondrer en pleurant, mais au lieu de cela, Amelia , bonne maîtresse de ses émotions, refoula les larmes, les jugeant inutiles, respira un bon coup et annonça à la cantonade que tout allait bien et qu’on faisait comme d’habitude.
 
*C’est bien ça que tu voulais, non ?...Oh, Dick…je te jure que tu vas me payer ça !...Je t’aime !*
 
Le Liberty subit son contrôle de tous les jours puis ses pas la menèrent vers le Fleuve. L’Ayerling s’y trouvait. Elle soupira en pensant que Richard n’apprécierait certes pas trop qu’à peine disparu, elle cherche la compagnie d’Alpha mais en le voyant là, Amelia réalisa l’énorme solitude du guerrier. Différent à tous, personne n’avait pas songé à lui apporter un réconfort dont il n’avait idée de comment extérioriser le besoin.  Pourtant il avait lui aussi essuyé la pire des pertes. Pas un mot de sa part, elle se limita à prendre place auprès de lui et suivre distraite les ébats du loup et des éléphants. Ce fut l’Ayerling qui rompit le silence.
 
Je suis désolé pour Richard, ça…a été un coup dur pour tous…pour toi surtout !
 
Je mentirais en disant le contraire, il m’a prise de court…je ne pouvais pas prévoir qu’il fasse une chose pareille mais il semble bien savoir ce qu’il fait…Richard sait toujours. Il réussira, tu verras.
 
Mais c’était surtout elle-même qu’Amelia voulait convaincre, Alpha lui, ne semblait pas trop emballé par l’idée et n’en fit, on aurait pu s’y attendre, aucun mystère.
 
Supposons qu’il les trouve…tu t’es demandé en quoi ça nous avance ? On avait trois de perdues, on en a quatre à présent…

Plate constatation, l’homme ne connaissait pas la subtilité des détours.
 
Alpha, excuse-moi de te le dire, mais tu ne piges rien !

 
Cette constatation ne sembla pas le déranger le moins du monde.
 
C’est difficile pour moi de le faire…Tu devrais le savoir…mon côté logique est très perturbé.
 
*Il a un autre côté ?*
 
Parler d’Isabel ne fut peut-être pas la meilleure idée mais la réaction de l’Ayerling laissa supposer que le brave gars avait autre chose en plus d’un imperturbable côté logique.
 
Je ne te savais pas si curieuse.
 
Cela sonna à reproche. Amelia hocha la tête et sourit un peu de travers.
 
Je ne suis pas curieuse, Alpha. Je me fais de la bile pour toi, c’est simple.

Là, il sembla un peu surpris, autant qu’on puisse le surprendre.
 
Vois pas pourquoi…je suis malheureux, comme nous le sommes tous…sauf qu’il semblerait que je ne sais pas souffrir comme tout le monde…Maintenant, rentrons !
 
Allons y…tu sais que tu peux compter avec moi, Alpha…on est amis !
 
Il lui accorda un de ses regards insondables mais ne pipa mot. De retour au campement, elle rejoignit Léontine qui faisait remuait un odorant brouet dans une petite marmite.

Dieu, que ça sent bon…c’est de la soupe ?
 
La sorcière française sourit tristement en secouant la tête.
 
Non, mon ange…c’est une potion pour les nerfs, au train où on va, on finira par en avoir tous besoin. J’ai vu que tu revenais avec…lui…Il ne faut pas se laisser dérouter par le chagrin, Amelia…
 
*Hein ?*
 
Pardon ? Tu veux insinuer que …Pas à dire, ça va vite les idées, ici…On va rester clairs depuis le début, ok ?...Alpha et moi on est…disons associés dans un projet technologique, rien de plus…On n’a jamais été autre chose que ça…Bon sang, Richard vient de…me laisser…quel genre de femme crois-tu que je suis ? Ne va pas chercher midi à quatorze heures, Léontine …en plus, Richard reviendra tôt ou tard.
 
*C’est dingue ce que les gens peuvent avoir de l’imagination !*
 
La soirée ressembla à une veillée funèbre malgré les efforts faits. Achille s’arrangea pour la laisser hors des tours de garde et sans doute la brave Léontine avait glissé une de ses potions dans son repas, à peine se fut elle allongée, elle sombra dans un profond sommeil sans rêves.

La routine reprit dès le lendemain matin et fut rigoureusement observée pendant les jours suivants. Sans grande variation. Le cours du Fleuve indiquait invariablement le vol du Liberty. En bas, les trois hommes et leurs éléphants s’en sortaient bien que mal, ayant droit à quelques obstacles gênants qui parfois les obligeaient à faire des longs détours.

Et puis, cette après-midi-là, filant doucement à vitesse de croisière, les aéronautes eurent droit à un spectacle inédit, qui les laissa sans mots pendant un moment. D’une geste machinal, presque automatique, Amelia réduisit l’impulsion des deux moteurs, les mettant en mode stationnaire.

Dieu tout puissant…c’est incroyable…le Fleuve !
 
L’énorme serpent liquide se précipitait dans une extraordinaire crevasse et disparaissait de la surface dans un nuage de brouillard épais mais c’est ce qui se profilait plus loin qui les ahurit le plus. Dès la hauteur acquise, ils dominaient le paysage jusqu’à l’horizon et ce que leurs yeux découvraient  n’était autre qu’une mer de sable.
 
Un désert ?...C’est bien cela ? Dis-moi que je rêve, Tsang…
 
Le prêtre bouddhiste nanti des jumelles ultra-performantes ne put que confirmer ses craintes.
 
Dis leur de s’arrêter…on descend de suite !
 
Peu après les deux groupes se réunissaient au sol.  Les questions fusaient. Amelia s’avoua dépassée et céda la parole au moine qui, sans perdre le calme, les mit tous au courant des faits. Tous étaient sidérés. Tous sauf Alpha qui se livrait à Dieu sait quels calculs savants avant d’émettre, d’un ton très suffisant, que l’exploration restait pour le lendemain et qu’il irait tout seul.

Non mais…ça ne va pas du tout !, protesta-t’elle, presque outrée qu’il s’octroie le commandement sans demander son avis, personne ne connait mieux que moi  les instruments ! Autrement dit…

Sans se laisser amadouer, l’Ayerling exposa l’affaire et se montra d’un irréductible total, ne voulant absolument rien entendre d’être accompagné.

Je suis le seul à avoir reçu un entraînement qui me qualifie pour affronter ce genre d’échéance.
 
Ouais, bien sûr, grommela Amelia, furieuse, t’as de la chance d’être si grand sinon…je me battrais avec toi  pour faire reconnaître mon bon droit.
 
Il ignora ses mots, olympien, mais elle savait bien qu’il avait entendu.  C’était dur à accepter mais au fond, elle savait que personne ne pourrait s’acquitter de cette mission mieux que lui.

N’empêche qu’au petit matin, en voyant le Liberty s’élever dans l’air clair, elle eut le cœur serré, seule son indéfectible confiance en l’Ayerling parvint à rassurer ses doutes.  Sans le vouloir, la veille au soir, elle avait entendu part de la conversation entre Louis et le guerrier, lors de leur tour de garde. Pour Alpha, ce voyage vers l’inconnu n’était qu’une mission de plus. Il l’accomplirait, envers et contre tout. Il était programmé pour cela.
 
*Ce que ta Fédération n’a  pas prévu est que tu aies un noble cœur…*
 
Elle avait pleuré, en silence. Pour elle, pour lui, pour tous.  Le casque de communication collé à l’oreille, Amelia sembla se débrancher du reste, guettant uniquement une communication avec le ballon. Cela tarda à venir. Alpha n’était pas de ceux qui perdaient du temps à raconter les détails du paysage découvert. Il fallut attendre la fin de la journée pour avoir un rapport précis, clair et succinct. Impossible attendre plus d’un Ayerling. Louis exigea alors, très à sa façon, de prendre le relais :
 
Va, dors bien… Oui, je te réveille s’il se passe quelque chose !, son regard s’adoucit, se faisant en même temps incisif, Amelia…il est avec elles !

Je veux y croire très fort, Louis…c’est ce que je veux le plus au monde…ça et que nous les retrouverons, elles et Richard, très vite !

*Encore un qui me fait passer des messages !*
 
Le lendemain, de bonne heure, elle reprit les écouteurs et capta le message de détresse lancé depuis le Liberty.  Alpha avait des problèmes qui ne devaient pas être des moindres pour demander de l’aide la sorte. Alarme générale. Louis et Achille, aux jumelles, scrutèrent l’horizon alors qu’Amelia s’échinait avec  l’appareil de contrôle à distance. Elle put guider le ballon jusqu’à eux et le faire descendre en douceur. On en débarqua un Ayerling à moitié mort, escorté d’un loup  en émoi.  Tsang prit le malade en charge et suivi de Léontine s’enferma dans sa tente.
 
Calme-toi, Jake…il va se remettre…Non ! Tu ne peux pas y aller, reste ici…sois brave, mon beau…
 
Ce ne fut pas tâche facile que de retenir le loup, qui, à la première distraction se faufila au chevet de son maître. Le diagnostic de Tsang ne fut guère encourageant, la piqûre était plus grave que supposée. Il fallait attendre. Amelia avait toujours été piètre en question attente.  Achille, mine de rien, ne valait pas mieux.  Louis, bien sûr, prit les choses en main et n’eut meilleure idée que leur trouver à faire question de tuer le temps.
 
Sans vous commandez, j’ai besoin d’oignons ! Il y en a des sauvages délicieux près de la Pierre. Amelia, je pense qu’il serait temps que tu apprennes à cuire autre chose que des œufs durs ! À son retour Richard serait content si tu lui réussissais la sauce aux airelles ! Tiens, en passant Chichille, cueilles-en s’il te plait !

Curieusement, le héros de Troie ne trouva pas grand-chose  à redire et alla s’acquitter de cette singulière requête.

Tu n’y vas pas un peu fort, là ? Tu viens d’envoyer Achille, le légendaire, cueillir des baies ?...Et il y va…mine de rien, tu mènes ton mode à la baguette, Louis…Non…je t’adore pour ça !...Allez, instruis moi sur les mystères de la cuisine…entre nous, je doute trop que ça donne grand-chose…mais enfin…

Difficile de percer les entrelacs de la haute gastronomie quand on a la tête ailleurs, et ils les avaient tous ailleurs, leurs têtes. Elle surtout.
 
Et alors, on cuit la bestiole…ça prend combien de temps ?
 
Selon Louis, cela dépendait de la taille du volatile. Comme quoi, une information précise, telle que les aimait Amelia.  En tout cas, cela lui sembla durer une ´éternité à regarder la volaille tourner sur les flammes jusqu’á ce que le 14ème du nom la juge à point.

Pas trop tôt et maintenant ?
 
Ce fut le moment choisi par Tsang de sortir de sa tente :
 
Dard ôté, fièvre tombe. Lui ira bien ! Compagnie, peut-être ?
 
Pas besoin de répéter. Elle fonça. Tant pis si les autres pensaient ce qu’ils voudraient.
 
*Bonté divine… il s’est consumé!*
 
En tout cas, le pauvre gars était encore en plein délire, émacié, amaigri, extenué, n’ayant de force que pour dire un seul nom : Isabel.

*Mon pauvre Alpha…tu es si humain, en fin de compte…*
 
Peu à peu, il revint finalement à lui et livra quelques détails de son odyssée avant que Léontine ne le renvoie aux limbes avec une de ses potions, question de le faire reprendre ses forces.

Voilà, dit-elle en quittant la tente, on n’est pas  trop avancés mais on sait un peu plus qu’hier…le seul mot désert me fout la trouille…à perte du vue, me tétanise d’horreur…sais pas vous, mais il va falloir un plan très bien structuré pour continuer…on attend qu’Alpha se reprenne et on en parle !

Comme on pouvait le prévoir, une fois tiré d’affaire, l’Ayerling se reprit rapidement  et donna les explications pertinentes. De quoi décourager le plus brave. Mais cette fois ses calculs les plus sensés tombèrent au vide face aux arguments de Louis qui refusait d’abandonner les éléphants, comme supposait le guerrier du futur. Achille ne disait pas grand-chose, laconique habituel,  le chagrin n’aidant pas, il se refermait encore plus, si possible.

Louis s’arrangea pour parvenir à ses fins, et ils entreprirent, en deux groupes,  la découverte du désert une fois le soir venu. Impossible de faire autrement. Ils devraient avancer la nuit, le jour cette  mer de sable ondoyante de dunes, devenait une fournaise, capable de les calciner.

Ce premier soir, la lune brillait sur eux.  Enorme, claire, illuminant leur progression.  Elle voulut maintenir le ballon à la même vitesse que ceux  au sol. Ils parvinrent ainsi aux abords de l’énorme cataracte qui se perdait dans un gouffre insondable avec un bruit assourdissant, formant une brume épaisse qui les enveloppa tous comme linceul. Priant pour que les autres puissent s’y retrouver, Amelia fit s’élever le Liberty au-dessus de la nappe de brume.
 
Seigneur tout puissant…regardez ça !
 
Au-delà de la brume s’étendait le désert.  Spectacle d’impressionnante beauté, mystérieuse et magique sous cette clarté laiteuse et l’air était frais…frayant le glacial ! Elle comprit alors pourquoi le besoin de ces combinaisons thermiques du 25ème siècle, qui les feraient aussi bien supporter froid comme chaleur extrêmes.
 
Alpha scrutant les alentours avec l’aide de ses jumelles, annonça que le convoi terrestre était en vue, tout allait bien.

Une fois le Fleuve disparu, la liberté de déplacement fut évidente.  Ils pouvaient manœuvrer dans n’importe quelle direction, le ballon obéissait, se déplaçant dans le sens voulu. La curiosité les poussa  à prospecter les alentours, sans jamais trop se dévier du cours fixé. C’est ainsi qu’ils repérèrent une Pierre au loin, mais l’aube éclairait déjà l’horizon.  Ils exploreraient le lendemain. En attendant, ils établirent leur campement sous l’écran protecteur fourni par Alpha, qui le protégeait de soleil et chaleur. Autour du repas du jour, Louis raconta une histoire étrange où il était question d’un ver, sans plus de précisions, version qu’il tenait de Noy.
 
*On est bien partis là…éléphants au rapport ?*
 
Elle échangea un regard avec Alpha par-dessus la royale tête et curieusement l’Ayerling acquiesça, selon quoi les animaux avaient repéré une anomalie. Achille se contenta d’une minime allusion à un orage ambulant.
 
*Bonté divine…et quoi plus ?*
 
Mais le lendemain, les faits furent concluants. Tragiquement concluants.  La Pierre proche était leur point de ralliement. Ils y atterrirent, comme prévu et en attendant Sa Majesté et le héros de Troie, on bâtit le campement.
 
Ils arrivent, annonça Amelia, mais…Je…ne vois pas Achille…il n’y a que Louis et les éléphants…, elle baissa les jumelles, défaite et se tourna vers l’Ayerling, il s’est passé quelque chose…

Déjà il s’élançait à la rencontre du convoi, arrivant pile pour retenir Louis qui dégringolait au sol.  

Achille n’est plus… Rien pu faire… Un ver géant… affreux.
 
Ce…n’est pas possible !
 
C’était. Alpha soutenait  Sa Majesté  qui semblait à point de s’effondrer en proie du désespoir ultime.

Mon Dieu…c’est…, elle se tut, consciente que n’importe quel commentaire résultait stupide en ce moment et s’approchant de Louis, l’étreignit avec force, sans rien dire. Il tremblait.
 
 *Il a perdu sa femme et son meilleur ami…Qu’il ne flanche pas, mon Dieu…pas lui…*
 
On le porta presque près du feu, on lui offrit à boire, à manger, on essaya de se montrer réconfortants de la façon qui soit, Louis refusait obstinément toute aide, geste ou parole.
 
Tu ne peux pas te laisser aller, Louis…c’est dur, je le sais…j’en souffre moi aussi…mais si ce que dit Richard est vrai…Achille aura rejoint sa Sissi et veillera aussi sur ton Hélène !
 
De peu et il l’envoyait paître, préférant rester seul, à broyer du noir. Alpha, qui pour changer, n’avait pas tiqué, l’entraîna doucement auprès de Tsang et Léontine.

Il ne veut rien savoir…j’ai peur qu’il n’ait des idées…du coup, mourir semble être le moyen du moment !
 
Le regard fermé d’Alpha ne fut guère encourageant, celui de Léontine fut noyé de larmes et celui de Tsang, navré.

Désolée, se défendit-elle, désolée d’avoir des idées si…noires mais vous me direz…on n’assume pas si facilement…du moins moi, vous allez m’excuser…j’essaye de comprendre et accepter…de garder l’espoir…
 
Contre toute attente, la grande main de l’Ayerling serra la sienne, sans un mot, mais venant de lui, ce geste équivalait déjà à tout un discours !

On y arrivera, non ?, demandait elle d’un fil de voix.

Alpha assura, d’un ton uni que tout irait en fonction de la possible suite de leurs aventures. Sans pessimisme ni optimisme, non plus, juste une logique incontournable ni jamais un mot de trop. Il avait le sens du discours objectif et concret.  La conversation languissait tristement quand un hurlement strident de Léontine mit fin à l’ennui du moment :
 
Un fauve…un fauve !!!
 
Ils ne virent qu’une grande ombre sautant sur Louis. Craignant déjà le pire, ils bondirent secourir le roi…sauf que celui-là n’avait aucun besoin d’être secouru.

Bag... Bagheera ?
 
À la lumière du puissant faisceau que tenait Alpha, le spectacle de Louis se roulant à terre avec un chat surdimensionné  était presque hilarant, d’autant plus qu’Amelia identifia rapidement la bestiole.

C’est vrai….c’est Bagheera…le chat de Sissi et Achille…Je me souviens que…
 
Elle resta avec les mots coincés en travers la gorge face à la révélation, si claire, qui éclata dans son esprit. Ses yeux s’embuèrent, le souvenir était tout à coup si net.
 
Il y avait un hybride par couple…Bagheera, Hermès, Sage et…Noble…le dernier était à…enfin, quelle importance…et puis…à la Colline, Isabel a eu Artémis…vous l’avez eue…Ils reviennent…les hybrides reviennent…ça signifie quelque chose !...Non, Alpha…pas la moindre idée…mais ce ne peut pas être mauvais…ils ont été nos guides et sauveurs, parfois…Louis…tu t’en souviens…la rivière…la rivière rouge…
 
Cela sembla faire un déclic chez le roi qui s’anima  aussitôt, tout autant qu’on pouvait l’espérer  en ces circonstances.

Oui, Louis, c’est de ça que je parle…ils étaient là…avant…et sont revenus ! Tout va aller bien…

Une certaine incrédulité flottait en l’air sans que personne ne s’avise à le dire. Tsang était sans doute le seul à y croire pleinement, s’il fallait tenir compte du retour de son expression de perpétuel bonheur. Alpha ne s’exprima pas à ce respect se limitant à communiquer que par la suite, il poursuivrait le voyage en compagnie de Louis. Léontine, elle, oubliait son état de sorcière et priait, ce qui, tout compte fait, ne pourrait pas nuire.
 
Amelia entama la descente du Liberty. L’aube se pointait, à peine le soleil au-dessus de l’horizon la chaleur sévissait. Ils avaient de la chance, un petit oasis s’offrait à eux comme havre de paix. Depuis la disparition d’Achille il n’y avait plus eu de manifestations étranges au ras du sable et leur progression avait  été aisée. Les éléphants enduraient bravement, sans donner de problèmes.  Le loup de l’Ayerling semblait s’adapter à tout et suivait le pas sans rechigner. Son maître de même, plus laconique impossible. Louis acceptait, bien que mal, les faits. L’apparition de l’hybride avait pas mal remonté les esprits.
 
*Oui…on court après une chimère mais on a encore l’espoir de la trouver !*
 
Elle était là en fumant, au fil de leur abri, alors qu’au dehors le soleil déclinait enfin, quand l’Ayerling la rejoignit. Inutile de lui offrir une clope, l’homme était imperméable à tous les vices.
 
Tu sais, Alpha…c’est un peu soûlant qu’on nous tourne en bourriques…
 
Il reconnut que ce n’était pas exactement un schéma logique.

Et à ton avis...il y a un schéma quelconque !?...Sûr, t’en sais rien…et non ! Moi non plus. Que veux-tu ?...Alf…regarde là…à gauche…tu vois quoi ?
 
Elle se leva, aussitôt imitée par l’Ayerling et bien sûr par Louis qui n’était pas loin.
 
Là…regardez bien…, elle pointait du doigt la forme mouvante qui se profilait à la crête de la dune et en entamait la descente, munie des jumelles d’Alpha, elle suivit sa progression, oh mon Dieu…c’est elle…c’est Sissi !
 
Lâchant les jumelles et prenant  au passage une couverture, elle s’élança au dehors.  Nue et splendide, sous les derniers rayons du couchant, venant de renaître au creux des dunes.  Essoufflée et déjà en larmes, Amelia la rejoignit et sans lui lasser le droit de parole l’enveloppa de la couverture tout en l’enserrant dans une étreinte de mère éplorée.

Je suis si heureuse de te revoir, ma belle…oui, on sait…ah bon ? Croisé de justesse ?...Merde, un scorpion ?...Et Richard ?...Il était avec vous…ça veut dire que le truc marche…Mon Dieu, pardon de te chambouler…mais…est ce qu’il va bien ?...Vraiment ?

Il allait bien. Ils étaient ensemble, de leur côté qui, curieusement, selon Sissi, ressemblait à s’y méprendre au leur.

Tous les espoirs sont permis…On va y arriver…
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Alpha 247

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MessageSujet: Re: Objectif: rencontre   Mer 25 Sep - 23:37

Espoir ! Voilà une notion qui commençait à s’avérer difficile à soutenir. La logique de la situation dictait le contraire.  Ça allait de mal en pire. Ils avaient déjà perdu deux membres de leur expédition. Et même si les autres se perdaient en conjectures optimistes, Alpha lui, y croyait de moins en moins. Soit, il avait été pratiquement l’instigateur de cette épopée. Les histoires de Quinquempoix et le désespoir du moment avaient bien fait les choses. Il avait voulu croire que ce serait possible de retrouver Isabel. Achille parlait de Dieux jouant avec leurs destinées, suivant sait-on quel caprice tordu.  Il avait été un Ayerling, manipulé à souhait par l’omnisciente Fédération. Jadis, il avait accepté cet état des faits faute d’avoir matière de comparaison. À présent, l’idée parvenait presque à le révolter, mais bien sûr, ça ne changeait rien, le fait demeurait.

L’apparition de l’hybride avait redonné des ailes à l’espoir des autres. La résurrection de Sissi encore plus. Par un manque de chance cruel, elle avait croisé Achille dans ce jeu tragique de vie et mort. Entourée, réconfortée, l’impératrice put donner certaines informations sur « les autres ». Ils allaient tous bien et se déplaçaient aussi dans le désert. Selon elle, les lieux ressemblaient beaucoup à ceux entrevus dans les ombres du couchant.

*Des dunes et des pierres…ça peut ressembler à n’importe quoi !*
 
Mais il se tut. Sissi donnait à Amelia et Louis des nouvelles de leurs chers disparus. Hélène se languissait de son roi et Richard de son aviatrice. Isabel  se révélait comme une battante, pleine de force et entrain. Avec un sourire attendri, Sissi assura qu’elle pensait à lui. Alpha se força à esquisser un de ses rares sourires et hocha la tête,  en essayant de s’imaginer quelles pensées il pouvait bien inspirer à sa pieuse épouse. Il ne soupira pas, parce que les Ayerlings ne le font pas et laissa les autres à leur mise à jour pour aller s’occuper de l’équipement en prévision de leur prochain départ.  Il ne voyait aucune raison pour interrompre leur périple.  Ses co-équipiers, émoustillés par la possibilité de se trouver près de leur but, furent d’accord avec lui.  Sissi voyagerait à bord du Liberty, avec  Amelia et Léontine, Tsang ayant décidé de se joindre à l’équipée à dos d’éléphant.

Le jour se levait, mettant fin à leur progression. Alpha profita de la clarté naissante pour observer les alentours et fut surpris de découvrir le profil sombre des falaises s’élevant sur celle qui était leur route, barrant, apparemment tout passage.  Amelia corrobora ses appréciations. Louis voulut savoir ce qu’ils feraient.
 
Chercher un passage…les contourner…ou les franchir, dit l’Ayerling, laconique, nous en saurons plus en arrivant plus près…Non, Louis, je ne suis pas pessimiste…je n’en sais rien, c’est tout !...Oui, Amelia pourrait sans doute faire un survol …elle le fera, n’aie crainte…Je sais que tu veux arriver au plus vite, moi aussi…mais on ne gagnera rien en se laissant emporter par l’impatience. On fera ce qui pourra être fait !
 
Lui, il voulait surtout savoir si ces montagnes étaient un repère connu de Sissi. La femme d’Achille s’affairait à l’intérieur de l’abri bâti pour les protéger du soleil.

Vous aussi avez vu ces falaises ? Pas si hautes ?...C’est bon signe, oui…ça veut dire que peut être nous sommes vraiment sur le bon cours…Nous trouverons bien un moyen, Sissi…je suis sûr que de leur côté, Richard et Achille font de même…l’idéal serait, bien sûr, qu’on trouve tous le même…Ah, Isabel pense beaucoup à moi…c’est réconfortant de savoir qu’elle va bien…Bien sûr qu’elle me manque…Terriblement, en fait…Je l’ai retrouvée une fois…grâce à toi…Oui, c’est bon que tu pries pour qu’il y ait une seconde chance…Non, Sissi…sais pas prier…Isabel a voulu m’apprendre mais selon elle, je manque de la foi la plus élémentaire…mais si je la retrouve, c’est sûr qu’elle s’y mettra en force pour y parvenir !

*Si tu la retrouves…ce sera plus facile de croire que ça existe, les miracles !*

Alpha avait accompagné Amelia dans un vol de reconnaissance et ils avaient trouvé la faille. Dès l’air, le sentier sinueux, semé d’éboulis paraissait praticable.

C’est à peine assez large pour les éléphants …Le plus grand danger sera la chute de pierres mais c’est un risque à prendre…S’ils viennent en cette direction, celui-ci sera forcément le chemin qu’ils prendront…Sissi assure qu’ils étaient encore loin…mais nous ne pouvons pas savoir combien de temps s’est passé entre sa mort et son retour…pour elle, cela fait trois jours…pourtant pour nous Achille est mort depuis plus longtemps…Élevons nous pour franchir la cime…le ballon ne passe par ce goulot…

C’était une crevasse irrégulière, s’étendant, comme une cicatrice béante sur la surface d’un plateau aride dont ils ne pouvaient qu’approximativement calculer l’étendue.
 
C’est une faille …et si elle est longue…on n’est, comme dit Louis,  pas encore sortis de l’auberge…c’est le seul chemin…impossible de songer à escalader ça…Louis n’y arriverait pas et il ne voudra rien entendre d’abandonner les éléphants…Retournons au campement !
 
L’annonce de leur trouvaille excita l’imagination de leurs compagnons. Ils pensaient à un joyeux parcours, à franchir un dernier obstacle et à retrouver ceux qu’ils aimaient.

Ce ne sera ni facile, ni joyeux…Nous devrons voyager de jour. S’aventurer là pendant la nuit tiendrait du suicide…Ne sachant pas quand nous trouverons un autre oasis,  nous devrons rationner eau  et provisions.
 
Comme il était presque habituel, ils avaient trouvé un petit oasis, à peine une espèce de puits et une Pierre mais cela suffit à leurs besoins du moment. Ils restèrent une journée entière près de ce dernier relais, sans  savoir quand  en trouver un autre.

Ils étaient mis en route au petit matin. Dès son observatoire aérien, Amelia ne communiqua aucune nouveauté. Le chemin s’avéra presque aisé,  ce premier jour. À  part des petits éboulis sans importance, ils purent avancer à bonne vitesse et le soir venu, trouvèrent un élargissement entre les parois, suffisant pour que le Liberty puisse se poser.

Cette nuit-là, au creux de ces parois de pierre, ils entendirent, à peine perceptible, un bruit sourd suivi d’un très léger tressaillement. Les éléphants étaient énervés. Jack gémissait, en tournant inquiet autour de son  maître. 
 
La terre tremble, dit calmement, celui.ci, comme s’il n’y avait rien de plus normal.
 
Tout le monde l’avait perçu et ce n’était pas pour les rassurer. Ils savaient que cette crevasse pouvait être un piège mortel mais personne n’en parla  et tous ne dormirent que d’un œil, oreille tendue, aux aguets.

Alpha descendit agilement du dos de Théo et avança rapidement sur le sentier rétréci par un glissement de terrain. Jack, ravi d’avoir de la compagnie, gambadait près de lui.  Du Liberty, Amelia informait que l’éboulement s’étendait sur une trentaine de mètres.

Ce n’est trop élevé…les éléphants pourraient passer facilement l’obstacle, assura t’il en inspectant le terrain, c’est stable…QUOI ?...Tu vois…Tu les vois ?...Incroyable…oui, bien sûr…je leur dit…Que…

Il entendit le hurlement d’Amelia en même temps que le grondement sourd. Jack glapit terrorisé. Alpha ne put que murmurer le nom de celle qu’il ne verrait plus. Partie de la paroi de pierre venait de se détacher…
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Objectif: rencontre   Dim 20 Oct - 11:31

Louis avait beau avoir un naturel de récent optimiste, là, il y avait vraiment de quoi broyer gravement du noir. Perdre Hélène avait été terrible. Sans l’espoir insensé des résurrections possibles, il n’aurait jamais eu le punch pour poursuivre. Et là… En quelques jours ils avaient perdu Richard ! Un suicide, apparemment. Puis, Achille aussi était parti, sous ses yeux ! Sans les apparitions – éblouissantes, il est vrai – de Bagheera puis de Sissi, le 14ème du nom aurait bien trouvé l’occasion de se faire avaler par un ver géant, lui aussi.
Amelia avait raison, cela devait bien signifier quelque chose !
La fraîche ressuscitée un peu ébranlée par ses aventures, et aussi assez découragée d’avoir à peine entrevu son mari avant d’être percée d’un dard mortel, consentit néanmoins à donner des nouvelles. Ils allaient bien, ils allaient tous bien ! Et, la meilleure fut de savoir que ce groupe ne devait pas être loin.
On se remit en route, que faire d’autre ?
Selon les indications d’Elisabeth, ils se dirigèrent vers une énorme falaise. Tous en restèrent paf : elle semblait infranchissable. La reconnaissance aérienne détermina la présence d’une faille, mais…

Je ne laisserai pas les éléphants en arrière, c’est hors de question !

Il trouvait avoir déjà beaucoup sacrifié et, franchement, se demandait jusqu’où irait sa résistance.
Alpha semblait être devenu leur chef tactique :

Ce ne sera ni facile, ni joyeux…Nous devrons voyager de jour. S’aventurer là pendant la nuit tiendrait du suicide…Ne sachant pas quand nous trouverons un autre oasis, nous devrons rationner eau et provisions.

*Merde !*

Il n’avait pas tort, pas du tout. Seulement, il semblait oublier que trois éléphants ça représentait un lot considérable de fourrage et d’eau. Louis se débrouilla selon son habitude et personne ne remarqua à quel point, au fond de lui-même, il était abattu. L’avancée du 1er jour s’avéra relativement aisée, heureusement. Vu la hauteur des parois, le soleil ne les dérangea pas trop.
On se réfugia pour la nuit dans un creux naturel qui leur offrait un abri assez sûr. Pourtant, tous perçurent la vibration venant du sol. Louis, qui de sa 1ère vie n’avait jamais connu ce phénomène, le reconnut pourtant. Tous les animaux étaient calmes, on fit semblant de négliger l’affaire.
Au matin, il fallut se rendre compte qu’un glissement de terrain avait eu lieu. Louis vit Alpha descendre du dos de Théo et vérifier la stabilité du parcours. Il surprit des échanges entre l’Ayerling et l’aéronaute :

QUOI ?...Tu vois…Tu les vois ?...Incroyable…oui, bien sûr…je leur dis…Que…

EN ARRIÈRE !


Trop tard, Alpha et son loup fut écrabouillés par le pan qui se détacha.

NOOONNNNNNNNNN !!!

Il resta sur le dos de Noy, trop stupéfait pour la moindre action quelques fractions de seconde.

Louis, Louis, besoin, vite !

La voix du moine lui parvint comme à travers un brouillard épais. Où trouva-t-il force, astuce et courage pour empêcher Théo de défoncer le reste de paroi ? En fait, le grand mâle écouta sa femelle à qui le roi avait ordonné de calmer son mari. On ne pouvait plus rien pour l’Ayerling raplati sous une tonne de rochers.

Aucun contact n’était possible avec le ballon. Le matériel avait disparu avec Alpha.

On continue, cria-t-il à Tsang. Noy, au trot ma belle !

C’était très risqué. Lancer des éléphants à fond de train dans un goulet aussi instable frisait la catastrophe. Mais Louis en avait marre de toute prudence. Hélène et les autres devaient être proches, rien d’autre ne comptait. Si des tremblements de terre naturels se produisirent, il n’en sut rien, ne voulait pas le savoir. En tout cas, les éléphants foncèrent, provoquant eux aussi, des dégâts.

*Tant pis, tant pis, Hélène j’arrive !*


Enfin, l’horizon s’élargit alors que derrière lui grondait le sol malmené. Eclat de roc lui écorcha le crâne, qu’importe.

On se calme, on se calme ! Noy ralentit ma belle !

Ils foulaient du sable. La chaleur les écrasa. Vaguement, Louis distingua le ballon au sol tandis que des poussières soufflaient vers eux. Entre lui et le ballon, Louis entrevit non pas un mais quatre immenses félins. Il devait d’abord s’occuper de mettre les éléphants à l’abri. Tsang avait un beau teint olive mais Louis s’en ficha. Il entrevit un contrefort acceptable, calma les bêtes qu’il y dirigea.

Désolé Tsang, désolé…

Louis fou ! Faut feu et boire !

Après ! Le ballon d’abord…

Il tituba vers le lieu d’atterrissage. Sans doute rêvait-il ? Dans les formes qui avançaient Louis crut reconnaître…

Hélène… Chich…

Ce furent les dernières paroles sensées qu’il put émettre.

Il grelottait. Tiens, non ! Aussitôt une douce chaleur l’apaisa. Il s’énerva :

Hélène, Hélène…

On le rabattit gentiment en arrière de sa couche.
C’était bon de délirer, parfois ! Il imaginait la main fraîche de son adorée sur son front, goûtait le velouté de ses lèvres, oubliait tout, revenait.
Combien de temps cela dura-t-il ? Apparemment rien que le reste de la journée. Il s’éveilla pour de bon dans l’obscurité quasi totale.

… Hélè… Eh merde, je rêve encore…


Ah, ben si ça c’était un rêve, Louis voulut aussitôt en faire un autre plus torride.
On le freina avec tendresse :

… C’est vrai, vraiment toi ? Oh, mon Dieu !

Ce n’était pas une attitude très royale mais Louis pleura son saoul contre l’épaule tant chérie. Il avait été dans une sorte de coma de longues heures. Devait-il avouer avoir donné ses rations d’eau aux éléphants ?

Dis-moi, les autres sont là aussi ?...

Effectivement, ils s’étaient tous réunis… ou presque. Louis pâlit de nouveau, alarmant sa chère et tendre :

Non, je vais bien mais Alpha, où est Alpha ?

Force fut de constater qu’un engrenage grinçait côté résurrections. Ils héritaient d’un nouveau chat mais d’Ayerling point.

… Si, je me lève. J’ai besoin de voir les autres mais toi… oh, toi…

Il lui saisit la nuque et l’embrassa comme un fou jusqu’à demander grâce.

Il n’était pas trop assuré sur ses jambes en gagnant le camp central où tous l’accueillirent avec chaleur, de quoi lui remonter le moral. L’accolade d’Achille faillit l’étouffer, la poignée ferme de Richard lui laisser des doigts en compote mais il parvint à sourire sauf quand il vit le minois décomposé d’Isabel. Que dire, comment expliquer… l’inexplicable ?
Il s’assit lourdement près du petit feu et soupira :

S’il nous fallait des preuves de plus, on les a : ici, on ne meurt plus. T’en fais pas Isabel, Alpha est quelque part et, si on vous a retrouvés, où qu’il soit on ira le chercher !


Là-dessus, histoire de prouver qu’il était quasi redevenu lui-même, il fit la grimace :

Chichille, c’est toi qui as cuisiné ?

Il se chargea de rectifier rapidement les plats.
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