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 L'éveil[fe Achille]

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Louis XIV

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MessageSujet: L'éveil[fe Achille]   Sam 12 Mar - 11:20

Je m'en vais mais l'État demeurera toujours !

*Ai-je dis cela ? Je rêvais, sûrement !*

Il avait bien dormi, en tout cas mieux que ces derniers jours à être cloué sur un lit de souffrance. On le disait perdu, qu’une gangrène sournoise le rongeait depuis la jambe gauche. Pourtant, là, Louis se sentait magnifiquement bien. D’ici un moment son 1er valet allait lui souffler à l’oreille son traditionnel « Sire, voilà l’heure » et Louis pourrait ouvrir les yeux pour que commence le petit lever du grand roi.
Patient - comment ne pas l’être à près de 77 ans – le monarque attendit les mots du valet. Chose très inhabituelle, rien ne se produisit. De plus, Versailles, son cher palais, aurait dû être d’un silence… mortel. Tous savaient le 14ème du nom prêt à trépasser.


*Ils pourraient au moins me respecter une ultime fois !*

Une sorte de rumeur, des voix inconnues résonnaient autour de lui. Intrigué, Louis souleva une paupière. L’effarement total se peignit sur ses nobles traits :

*Où est mon ciel-de-lit ?*

Au lieu du brocart ordinaire qu’il fixait chaque matin, il n’y avait que le bleu d’un ciel pur.
Se redressant sur un coude, Louis regarda autour de lui. Partout des corps, nus comme au jour de naissance, se relevaient. Un œil effaré découvrit son propre corps. Où étaient passé putréfaction des chairs, graisses flaques, articulations nouées ?


*Je rêve encore ! Je me revois en pleine jeunesse et santé !*


Il prit le parti d’en rire tandis qu’autour de lui, cela s’animait beaucoup. Des exclamations de toute nature fusaient. Des gens riaient, d’autres pleuraient. Certains s’agenouillaient louant Dieu, d’autres couraient vers les buissons y cacher leur nudité.
Un rappel du crédo le frappa :


*À la résurrection de la chair, à la vie éternelle…*

Terrifié d’abord, il cria :


Je suis mort !

C’était donc ça le Paradis tant espéré des croyants ? À moins que la fin des temps ne soit arrivée ?
Peu importait pour le moment ! Un roi ne peut se commettre devant le peuple dans un si simple appareil ! Réflexe conditionné, il appela :


Bontemps ! Mes habits, une perruque, vite !

Nul ne l’écouta ni même ne fit attention à lui. Dépité, l’altesse se leva. Autant faire comme les autres et… courir !
Pieds nus ? Quelle horreur ! Quoique… cela faisait des années que Louis n’avait mis ses nobles orteils dans l’herbe humide de rosée. Cela lui rappela sa folle jeunesse et de joyeuses parties à courtiser le jupon. Sensation étrange où se mêlaient étonnement, peur et… joie.
Son corps répondait à des sollicitations depuis longtemps impossible. Lui qui ne se déplaçait plus que difficilement depuis longtemps retrouvait une énergie quasi oubliée.


*C’est merveilleux !*

Du coup, il osa un entrechat puis une pirouette. Il rit aux éclats.
Malheureusement, un caillou eut la mauvaise idée de se placer sous son auguste voûte plantaire, le faisant trébucher. Double malchance, le type qu’il percuta dans sa chute était un malabar à la mâchoire proéminente qui n’apprécia pas. Sans un mot de l’énergumène, un poing s’abattit sur la royale épine nasale.


En voilà des manières ! dit Louis en plaquant ses mains sur son tarin pissant.

Il devait avoir l’air fin, assis dans l’herbe, narines sanglantes. L’autre ne s’attendrit pas et fila arracher du feuillage afin d’en couvrir ses attributs mâles.
Peut-être Louis devait-il faire de même ?
Lui que l’on servait, pomponnait à longueur de temps, ne savait pas comment agir. Il n’allait quand même pas s’abaisser à s’égratigner les mains ?
Redressé, il gagna les buissons où d’autres s’affairaient. Il visa une jeune femme aux rondeurs appréciables qui oeuvrait dans un tissage très intéressant :


Puis-je me permettre de requérir votre aide, gente demoiselle. Vos doigts habiles sont un enchantement pour les yeux. Me confectionnerez-vous un pagne ou deux ?

Ce que répliqua vertement la fille dépassa l’entendement de Louis. Jamais, à moins d’être issu du fossé, on ne dégoisait autant d’insanité !
Choqué, le monarque en resta sans voix. Plusieurs mâles commencèrent à le railler :


T’as qu’à t’y mettre comme tous !

T’as peur de t’enfoncer une écharde dans le doigt ?

Bouge tes fesses tout seul, mon mignon !

Ecoutez, il doit s’agir d’un malentendu. Moi, Louis-Dieudonné, ne puis tolérer un tel irrespect. Savez-vous, manants, que je suis Louis le XIVème, roi de France ?

Des rires éclatèrent.

Tu sais ce qu’on leur a fait aux rois de France ? Couic !

Les gestes étaient assez éloquents pour que Louis comprenne que des têtes étaient tombées. C’était impossible, aberrant.

Vous… Vous n’avez quand même pas osé attenter aux jours de…

Tu me donnes envie de récidiver !

Le malabar se mit à haranguer ses voisins :

Ça vous dirait de se payer la tête d’un de ces despotes qui nous ont fait crever ?

Oh, oh… La situation s’envenimait. Louis tenta l’esquive :


Inutile d’en venir aux mains ! Gardes ! Où sont mes gardes ?

Riant grassement, ils furent cinq à lui tomber dessus à bras raccourcis.
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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: L'éveil[fe Achille]   Dim 13 Mar - 12:41

Les flèches meurtrières de Pâris l’avaient atteint, guidées par le courroux rancunier d’Apollon. Troie déjouée par la ruse, était vaincue…et comme lui avait prédit sa mère, il ne rentrerait pas à Larissa. Il avait jadis choisi une vie courte et semée de gloire qui le perpétuerait dans la mémoire des hommes, ainsi avait été fait. En un instant, il avait eu la vision totale de la mortalité, lui, celui que tous voyaient comme demi-dieu invincible. Les Muses chanteraient ses louanges, les poètes immortaliseraient sa légende et lui, le grand Achille, paierait son dû au batelier des Enfers…

C’était donc ça aller aux Enfers ? Il avait toujours pensé que l’expérience serait plus sombre, lugubre même…mais non ! Voilà qu’il venait d’ouvrir les yeux et contemplait un ciel de bleu incomparable alors qu’une brise tiède, très agréable, caressait sa peau meurtrie de tant de batailles.

*Pas si mal que ça…l’Au-Delà !*

Force fut de constater qu’il était allongé sur l’herbe douce, en état de nudité tel le jour de sa naissance. Vite redressé, il promena un regard suspicieux aux alentours. Un fleuve. Il était aux berges d’un fleuve immense, dont les eaux s’écoulaient lentes…et il y avait du monde. Voilà de quoi déroger l’idée d’arriver aux Enfer avec quelques prémices d’exclusivité. Vu la quantité appréciable de gens là assemblés, à croire qu’il faudrait se mettre à la queue.

*On raconte n’importe quoi quand on sait pas de quoi il en va !*

En plus tout ce monde, aussi nu que lui, ne semblait pas s’affairer à circonvenir un batelier quelconque, ce qui est plus, personne ne s’occupait d’aller vers le fleuve mais plutôt dans l’autre sens. Curieux, il finit par se lever et aller aux nouvelles. L’occupation générale, aux premières impressions, était…se couvrir pudiquement, le tout avec précipitation affolée. En fait, tout le monde, dans cet endroit inédit, semblait en proie d’un grand émoi. Tant qu’à faire, il suivit le mouvement, sans se presser. On s’affairait partout à la confection de quelque habit de fortune. Les plus habiles tressaient du feuillage et de l’herbe, les autres s’arrangeaient à la comme on peut. N’ayant aucune habilité de tisseur, ni patience non plus, Achille fit ce qu’il faisait le mieux: prendre l’ennemi au dépourvu, le soumettre et s’emparer de ses biens. Bien grand nom celui d’ennemi pour ce petit bonhomme chauve, qui ne présenta même pas de résistance et céda son curieux pagne au guerrier. Affaire close. Mais il était clair que pas tout le monde n’avait pas sa chance ou force de persuasion. Non loin de là, un gars, aux longs cheveux bouclés et au nez saignant, palabrait avec cinq brutes qui ne lui vouaient, à la première impression, aucun respect ni sympathie. Il disait se nommer Louis, être le XIVème du nom ,roi de France, ce qui ne lui fit pas gagner des points. Et voilà qu’il appelait sa garde personnelle. Rigolade générale avant de lui tomber dessus comme canards sur hanneton.

Il n’aimait pas trop se mêler aux affaires des autres mais voir ce pauvre gars, qui se battait bravement, malgré l’inégalité, se faire réduire en charpie, lui fit tourner les sangs.

Étrange bravoure que la vôtre, s’en prendre au faible de la sorte !

Arrêt sur image. Les coups cessèrent et d’un bloc, les cinq firent face au nouvel intrus qui n’avait pas l’allure d’un timide gringalet, loin de là !

Te mêle pas, toi !

Je tolère mal ce genre d’impair !

On s’enfiche de ton…

Ça faisait déjà trop de conversation. L’affaire fut expédiée en deux temps trois mouvements, les malotrus mis hors combat, il se tourna vers celui qui se disait le XIVème du nom et restait là, à le regarder, les yeux ronds.

M’est avis qu’on devrait se bouger d’ici, ils pourraient avoir des renforts et ta garde, d’en avoir une, tarde trop !

L’autre ne bougeait pas pour autant. Sans plus de manières, Achille, qui n’aimait pas perdre le temps, arracha le pagne à un des malabars tombés et le tendit au jeune homme.

Mets ça puisque c’est ce que tu voulais …Oui, j’ai entendu que tu es Louis, roi de…France, même si je n’ai pas idée d’où ça se trouve…Moi ?...Je suis Achille, prince des Myrmidons !

S'il avait avoué être Zeus en personne, l'autre ne serait pas resté plus ébaubi.

Allez ! Tu penses rester là ?...Oui, ça me fait bizarre aussi…Où est on ?...Je me faisais aux Enfers…Toi, au Paradis ?...Je suis mort à Troie….Ah bon, dans ton lit ? Confortable, ça…non, moi je me suis fait farcir de flèches…Mon talon ? Qu’est ce qu’il a à voir mon talon !?!?

Il se demandait comment le tel Louis savait ça, mais entendre parler de son point faible le mettait en rogne.

On n’en parle plus !...Qu’est ce qu’on fait ?...On, c’est beaucoup de monde !

Mais bien entendu, celui là était son avis tout à lui…
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: L'éveil[fe Achille]   Dim 13 Mar - 14:47

Était-ce l’enfer ou le paradis ?
Franchement Louis ne comprenait rien. Ce qui était sûr c’est que les ressuscités n’étaient pas commodes.
Il pensait s’être exprimé correctement en réclamant son dû et s’était retrouvé en butte avec cinq individus mal luné. Sa garde s’était évaporée… Il se sentit affreusement seul.
Que ne possédait-il une épée ? Il aurait pourfendu ces rustres en en clin d’œil ! Hélas…
Le corps à corps n’était pas son fort mais son extrême souplesse lui permit d’éviter maintes baffes. Il en rendit, retrouvant sa fougue de lion d’antan. Quitte à être transformé en pâtée pour chien, autant l’être avec panache !
Quelques badauds observèrent la lutte comme à la foire. Inutile d’escompter de l’aide de quiconque, Louis s’en rendit vite compte. Souhaiter un noble règlement tenait du rêve. Il allait se faire raplatir en moins de deux, tant pis.
Contre toute attente, une voix forte s’éleva :


Étrange bravoure que la vôtre, s’en prendre au faible de la sorte !

Il couina envers l’intrus bien baraqué :

Point de faible en ces lieux, passez votre…

Son chemin lui resta en travers du gosier avec la mandale prise en pleine figure. Les chandelles étaient belles. Louis perdit un peu la notion des événements. Sauf qu’il entrevit une empoignade épique au bout de laquelle ses adversaires allèrent brouter le gazon. L’opposition cessa.
Le musclé à qui il devait la sauvegarde de son profil s’adressa à lui :


M’est avis qu’on devrait se bouger d’ici, ils pourraient avoir des renforts et ta garde, d’en avoir une, tarde trop !

Retrouvant sa superbe, Louis se redressa tel un coq :

Mille grâces Monsieur pour votre généreuse intervention. Ma garde semble… en déroute pour le moment. Si vous êtes disponible, je chargerai le capitaine de mes mousquetaires de vous enrôler sur le champ. Je ne puis, cependant, me déplacer dans un tel appareil qui…

L’autre ne l’écouta qu’à moitié, arrachant son pagne à un de leurs adversaires :

Mets ça puisque c’est ce que tu voulais …Oui, j’ai entendu que tu es Louis, roi de…France, même si je n’ai pas idée d’où ça se trouve…

Faisant fi de cette familiarité malvenue, Louis s’offusqua :

Comment diantre une telle chose est-elle possible ? Méconnaître la France ? Qui diable êtes-vous ?

Le baraqué releva à peine :

Moi ?...Je suis Achille, prince des Myrmidons !

De quoi clouer le bec à plus endurci. Louis resta bouche bée, les idées en pagailles. À peine parvint-il à articuler :

A… Ach… Achille ?

S’en suivit un bref intermède pendant lequel, complètement ahuri, Louis entendit un résumé succinct de la part du héros. Il se croyait aux enfers, lui au paradis. Achille se déclara mort à Troie, Louis avoua être décédé dans son lit.

Moi je me suis fait farcir de flèches.


Au talon, je parie !

L’autre le prit assez mal. Louis afficha profil bas. Puisque le héros ne voulait pas s’étendre là-dessus mais plutôt vider les lieux au plus vite, le 14ème du nom s’enquit :

Et où comptez-vous vous déplacer ? J’avoue que cette promiscuité populaire est dérangeante.

Le musclé agréa. Ils étaient assez nombreux dans le coin. Rixes, prises de bec étaient à craindre.
Maintenant qu’il était couvert, Louis se sentait un peu plus digne :


J’oserai proposer de nous retrancher, nous écarter de cette populace batailleuse. Si nous devons survivre ou… revivre en ces lieux, ne serait-il point judicieux de trouver un gîte ? Un couvert aussi, tant qu’à faire. Le fleuve là-bas est peut-être poissonneux. Sauriez-vous pêcher ? Mon appétit d’antan semble revenu... avec le reste.

Haussement d’épaules d’Achille. D’un pas gaillard, il se dirigea vers le serpent liquide.
Ne le quittant pas d’un talon- of course- Louis le suivit en veillant aux arrières.
Le fleuve ! De mémoire Louis n’en avait jamais contemplé d’aussi immense. Même les récits de son époque n’avaient fait état d’un tel flot.
Regardant les eaux sombres s’écouler placides, Louis saliva :


Dans mes étangs, les carpes étaient énormes ! J’ai des souvenirs de banquets qui émoustillent mes papilles. Comment appâterons-nous les proies ?

L’œil d’Achille le fit blêmir. Sans rire, ce costaud semblait prêt à le balancer à la flotte.
Heureusement pour son auguste personne Louis n’eut pas à prendre de bain. D’autres prétendants à la pêche s’y destinaient.
Armés de perches aiguisées à coups de cailloux, de valeureux s’avancèrent dans le flux calme.
Monstrueuse, dentée, une créature surgit des flots et en happa la moitié, d’un bond.
Stupéfaits, les deux hommes s’entreregardèrent. Louis déglutit :


Euh… Tout compte fait, si on cherchait plutôt des fruits ?

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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: L'éveil[fe Achille]   Dim 13 Mar - 22:50

Ignorant d’emblée son désir de continuer seul son chemin le 14ème du nom se colla à sa suite sans arrêter de parler. Il voulait savoir où il comptait se rendre et décidément les manières de l’entourage le dérangeaient. Il n’avait pas tort, ça faisait du bruit et le désordre régnait.Ça ne menait pas large, cette vie aux Enfers. Il avait imaginé tout autre chose du repos éternel, surtout après s’être décarcassé de la sorte en étant en vie. Quoique, s’il suivait bien les dires de ce compagnon d’infortune, ils ne seraient pas morts mais plutôt de retour Zeus seul saurait où. Intéressante théorie, faudrait y penser, d’en avoir l’occasion, mais le tel Louis parlait…parlait…

J’oserai proposer de nous retrancher, nous écarter de cette populace batailleuse. Si nous devons survivre ou… revivre en ces lieux, ne serait-il point judicieux de trouver un gîte ?

Cet homme était, décidément, un génie militaire, un as de la stratégie.

Oui, l’idée est bonne, je dirais que tu te mettes en chemin.

La même chose que parler à un tas de vieilles pierres. Louis pérorait et avait faim, ce qui est plus.

Le fleuve là-bas est peut-être poissonneux. Sauriez-vous pêcher ? Mon appétit d’antan semble revenu... avec le reste.

*Ignore le !*

Facile à dire. Il était pire qu’une malédiction divine. Il opta pour poursuivre son chemin comme si rien, l’autre trottinant à sa suite. Ils arrivèrent ainsi au fleuve. De son vivant, Achille n’avait rien contemplé de semblable. Il avait eu ses démêlés avec le Scamandre et préférait ne pas s’en souvenir, mais là, ce long flot tranquille, ne semblait pas bien menaçant.

Louis parlait de carpes, de banquets et insistait sur la pêche, s’enquérant sur quel serait le appât. Suffirait d’un mot de plus et il se ferait un plaisir de le balancer comme tel, roi ou pas d’où qu’il voulut l’être. D’ailleurs ils n’étaient pas les seuls à avoir eu la même idée. Des pêcheurs improvisés s’aventuraient déjà dans le courant paisible quand, surgissant des profondeurs, une gueule énorme, criblée d’une triple rangée de dents, goba la moitié des pêcheurs et sema la panique parmi le reste.

Il se tourna vers son « ombre », le message avait été clair : pas de poisson au menu du jour !

Euh… Tout compte fait, si on cherchait plutôt des fruits ?

Sa mère lui avait souvent parlé des vertus de la patience, lui, en avait retenu la moitié, de ces enseignements. Posant sa main, avec une certaine brusquerie, faut le dire, sur l’épaule du cher Louis, il crut bon s’expliquer.

J’ai dit, il y a un moment que « ON » ça faisait trop de monde. Ce qui veut dire en simple que tu vas de ton côté et moi du mien. Compris !?

Avez-vous eu à expliquer à un agneau que vous comptez le sacrifier? Les boucles aidant, Louis commençait à en avoir l’allure. Achille le devinait brave mais il ne donnait pas la taille à survivre une nuit dans ce coupe gorge infâme que semblait être l’Enfer.

C’est bon…mais ferme la un moment !

Ça ne lui plut pas trop mais il n’avait qu’à se tenir. Un rapide parcours dans les environs, peu prodigues, fournirent quelques fruits malingres à se mettre sous la dent avant de poursuivre avec une prospection plus poussée à la recherche d’un abri digne pour Sa Majesté. De peu et ce bonhomme singulier croyait l’avoir promu au rang de son serviteur particulier. Sans faire trop d’histoires, il délogea trois individus de leur tente et estima que leur laisser la vie sauve était assez de récompense.

Accroupi face au feu, il crut bon laisser les choses au clair.


Peu m’importe que tu sois roi, je n’obéis à personne. Je suis mon propre maître et entends continuer à l’être, même dans ce monde étrange, ce soit l’Enfer ou ce que tu nommes Paradis. N’ose plus jamais me donner un ordre ni supposer que je suis ton gardien.

Sur ce, il se redressa et le laissa digérer l’information. Éveillé de très bonne heure, question d’habitude, en quittant la tente, Achille assista à un étrange rituel. Quelques gens se rendaient, silencieuses, vers une étrange pierre en forme de champignon, s’y prosternant, elles semblaient adresser quelque requête…et se retiraient avec l’objet de leur demande…

Réveille toi, Louis…Ils ont un Dieu !!! Faut demander faveur…bouge toi !!!


Sa cuirasse, son casque et son bouclier, d’armes point, mais ça faisait déjà la différence à courir à trois quarts nu…Mais rien n’égalait le spectacle offert par Louis, 14ème du nom. De sa vie et encore moins de sa mort, Achille n’avait tant ri…
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: L'éveil[fe Achille]   Mar 15 Mar - 20:42

La vision d’horreur au bord du fleuve avait fortement ébranlé Louis. Avec un athlète tel Achille à ses côtés, il se sentit néanmoins rassuré. L’ennui c’est que le Grec ne semblait nullement disposé à s’encombrer de sa maigre carcasse. Il le signifia assez brutalement en lui posant la patte sur l’épaule :

J’ai dit, il y a un moment que « ON » ça faisait trop de monde. Ce qui veut dire en simple que tu vas de ton côté et moi du mien. Compris !?


Plus clair que ça…
La fierté naturelle de Louis l’empêcha de supplier ou d’argumenter contre cette décision. Il résista à l’envie de lui balancer une réplique accusatrice mais la pensa :


*Vous aurez ma seconde mort sur la conscience !*


Au lieu de quoi, Il soupira simplement :

Soit !

Louis le grand n’était pas un couard mais… jamais de sa vie il n’avait été seul. Que ce soit de domestiques, courtisans, maîtresses, gens d’armes, il avait toujours été très entouré.
La précarité de sa situation lui tomba dessus, provoquant un abattement assez perceptible puisque le héros changea d’avis :


C’est bon…mais ferme la un moment !

Ah, bon ? Il parlait trop ? Louis ne s’en était pas aperçu. Quoiqu’il en soit, une bouffée de gratitude l’investit envers le Grec qu’il accompagna aussi docilement que possible.
Visitant des buissons, à l’instar d’autres ressuscités, le duo singulier dénicha une maigre provende.
Prudent, Louis observa les réactions d’Achille avant d’oser lui-même grignoter les quelques fruits trouvés. Bien qu’il n’osât pas comparer le Grec à son goûteur attitré… le roi en tira profit. Déjà que son palais n’agréait pas ces mets, pas question de risquer la dysenterie!
Très prévenant ce héros antique ! Plutôt que d’abîmer les blanches mains de son compagnon dans la confection d’un abri, il délogea les trois occupants d’une espèce de tente montée de branches et feuillages. Il y avait même un feu tout allumé !


Ça c’est un vrai luxe ! admira Louis. Mes courtisans se plaignaient sans cesse de l’absence de flammes dans leur chambre. Pour chauffer tout Versailles convenablement, j’aurais dû raser je ne sais combien de forêts ! Mon rayonnement aurait dû leur suffire, pourtant ! Si on avait une source potable à côté, ce serait encore mieux. Attendez que je vous parle des fastes de ma cour…

L’autre ne voulut rien entendre, au contraire :

Peu m’importe que tu sois roi, je n’obéis à personne. Je suis mon propre maître et entends continuer à l’être, même dans ce monde étrange, ce soit l’Enfer ou ce que tu nommes Paradis. N’ose plus jamais me donner un ordre ni supposer que je suis ton gardien.

Louis en resta pantois. Il n’avait pas donné d’ordres à Achille, jamais de la vie ! Juste suggéré l’une ou l’autre amélioration à leur condition.

*Ce prince est décidément un pédant personnage. Pour qui se prend-il à la fin ? Il n’est que demi-dieu, après tout ! Tandis que… le roi : c’est MOI !*

Malgré tout, impressionné par la stature imposante de fils de Pélée, Louis se tint coi.
Nuit agitée s’il en fut. Il est des tempéraments qui ne changent pas. Louis ne dormait jamais beaucoup. N’ayant pas de plans de bataille à dresser, de correctif financier à établir, il s’occupa à alimenter le feu et se laissa dériver dans son glorieux passé. Victoires, défaites, luttes armées ou beaucoup plus douces, il revécu les grands moments de son existence mouvementée avant d’enfin goûter quelques heures de repos. Brutal réveil ! Point de Bontemps à son oreille mais une bourrade et un aboiement :


Réveille toi, Louis…Ils ont un Dieu !!! Faut demander faveur…bouge toi !!!

Quoi ? Comment ? Un dieu ?

Grommelant, le monarque s’était levé sans que nul ne se soucie de lui apporter perruque et chemise. Point de médecin non plus pour s’enquérir de sa santé. Autant aller voir ce que l’athlète voulait dire par un dieu.
Le spectacle ne manqua pas de se révéler… spectaculaire. De loin, un amas singulier de pierres formait une silhouette étrange. D’aucun des curieux la traitèrent de champignon, Louis lui trouva l’allure d’un profil de chevalier chapeauté. Que devait-on faire ? Prier ce truc ?
À en juger par l’attitude des autres, cela semblait bien être le cas. Cet état de chose braqua Louis qui refusa d’aller se prosterner devant la pierre :


Je suis catholique ! Je ne reconnais qu’un seul Dieu !


Un quidam qui revenait de ses dévotions lui rit au nez :

J’ai souvent prié mais jamais je n’ai reçu si vite ce que je demandais. Si t’es pas content, laisse la place aux autres ! Il n’y en aura p’être pas pour tout le monde !

Ooohhh ! Voilà qui demandait réflexion. Si des vœux s’exhaussaient, la rumeur se répandrait vite, autant profiter de l’heure matinale et du peu de peuple ambiant. Faisant fi de ses croyances, non sans demander à Jésus le pardon pour son futur blasphème, le 14ème observa avec attention comment procédaient les adorateurs et… ce qu’il advenait. Le procédé semblait simple. Debout ou à genoux, il suffisait d’implorer avec… humilité.
Louis en vit des heureux ! Des dames pleuraient de bonheur en serrant une robe contre elles, des chevaliers se retrouvèrent en armure, d’autres arborèrent bientôt des atours étonnants.
Dans la file menant à la pierre magique, Louis réfléchit beaucoup. Certes, il aurait été fou de joie de se vêtir de son costume d’or favori, mais… Brodequins et fanfreluches lui parurent très mal adaptés. Aussi, quand vint son tour de se prosterner, il n’hésita pas :


Noble caillou, dans ton infinie bonté, puis-je oser demander…

Le voilà satisfait. À ses pieds, issus de nulle part, les vêtements espérés se matérialisèrent. Emerveillement ! Rarement Louis s’était senti si heureux. Tout fier, il rentra à la tente où déjà Achille avait revêtu cuirasse, tunique de cuir et métal. Pourquoi diable éclata-t-il de rire en regardant Louis sapé tel un prince ? Sa culotte bouffait-elle un peu trop, ou alors jabot et manchettes de sa chemise ne froufroutaient pas assez ?

Au moins ai-je une cape de chaude laine et… des bottes, moi ! Votre mollet est bien tourné, mais les miens, eux, seront protégés, na !... Quoi ma coiffure ? Plume pour plume, mon feutre cache plus que mes boucles, ne vous en déplaise !

Tel un bateleur de foire, Louis se décoiffa et sortit du couvre-chef… une belle volaille vidée et plumée. Le déjeuner du roi se rôtit joyeusement.
Rassasiés pour un moment, les deux hommes tinrent conseil. Ils étaient au moins d’accord sur un point : bouger. Leur abri ne méritait pas de s’y attarder. D’ailleurs, sitôt abandonné, l’un ou l’autre des ressuscités l’occuperait ; le plus probable. Monter la garde pour si peu…


J’ai essayé de demander une lame au caillou, j’ai rien eu. Pensez-vous qu’elle nous accordera plus au fil des jours ?

Même s’il l’espérait, Louis en doutait. Il n’était pas le seul.
Le reste de la journée s’écoula à observer les abords du fleuve et de la pierre sacrée en alternance. Des courageux avaient encore tenté de pêcher. Tantôt ils eurent la chance de manger, tantôt… ce fut eux qui servirent de repas aux créatures aquatiques. La pierre avait cessé ses dons peu après le soleil au zénith.
Quand Louis guettait, Achille ratissait les bois et vice versa. On fit le bilan à la tombée du jour, près de l’abri dont personne n’avait voulu. Il y avait du lièvre au menu ainsi que des tubercules terreux.


Jolis coups de lance, Achille ! J’ai pas trouvé d’autre point d’eau que le fleuve, hélas. Mais j’ai réussi à en ramener assez pour ce soir dans ce seau de bois que quelqu’un avait... oublié.

En fait Louis l’avait volé et s’était découvert des qualités de coureur de fond pour échapper au délesté fâché.

C’est quand même pitié de disposer de si peu de moyens et de n’avoir pour voisins que tant de gens prêts à vous dépouiller… Demain, je demanderai au dieu un récipient qui tient le feu et, qui sait, un peu de sel ou autres épices… Mon bon Vatel n’avait pas son pareil pour accommoder… D’accord, si tu y tiens, je la boucle !


Il valait mieux ! Sans cela, Achille risquait de réclamer une muselière et ça, jamais Louis ne l’aurait toléré.
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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: L'éveil[fe Achille]   Mer 16 Mar - 21:57

Après avoir rigolé un bon coup aux dépends de son compagnon d’infortune et de sa tenue inédite, pour lui, Achille reconsidéra un peu les choses quand le cher homme, très théâtralement d’ailleurs, tira une belle volaille de son couvre chef . Au moins ils auraient quelque chose à se mettre sous la dent. Quoiqu’un poulet pour eux deux s’avérait un bien maigre festin. Le 14ème du nom n’était ni trop grand ni bien gros mais avait un appétit appréciable, Achille lui, était grand, bâti en athlète et son appétit allait de la main avec l’apparence. Ils restèrent sur leur faim mais n’en dirent rien, au lieu de cela, valait mieux s’occuper à planifier la journée. Achille s’était résigné, ce n’était pas de sitôt qu’il allait se défaire de Louis.

Inutile rester ici. Il faut aller voir ce qu’on trouve plus loin!

Il ne fut pas sans remarquer la satisfaction mesurée de l’autre de ne pas être congédié sans façons, en attendant faudrait faire avec.

J’ai essayé de demander une lame au caillou, j’ai rien eu. Pensez-vous qu’elle nous accordera plus au fil des jours ?

J’en doute fort. La Pierre n’a rien voulu entendre quand j’ai réclamé mes armes, je pense qu’il en va de même pour tous…Ici, c’est au plus fort et débrouillard de s’en tirer.

Et ce disant, se leva et se mit en quête d’une hampe bien droite avec laquelle se tailler un javelot, ce serait déjà mieux que rien. Le travail d’affûter sa trouvaille l’occupa un moment alors que Louis observait les abords du fleuve, en guettant quelque changement. Il n’en eut aucun, les monstres qui l’habitaient continuèrent de se repaître des audacieux qui s’y aventurèrent. Laissant le Roi à sa vigile, il préféra s’interner un peu dans les bois pour tenter sa chance à la chasse. Les Dieux ne furent pas trop cléments et il ne put que se faire d’un lièvre…vaillant trophée. Mais enfin, après tout lui, prince des Myrmidons était un guerrier entraîné pour la bataille pas pour la chasse au lapin sauvage. À son retour à l’abri dont la minable apparence n’avait éveillé la convoitise de quiconque, il trouva Louis tout content avec un seau de bois, selon ses dires, déniché par là. Comme si dans cette disette de tout quelqu’un allait abandonner quoique ce soit. Achille n’en fit pas de commentaire, après tout lui-même ne se gênait pas pour prendre aux autres ce dont il avait besoin.

C’est quand même pitié de disposer de si peu de moyens et de n’avoir pour voisins que tant de gens prêts à vous dépouiller…

Ce qui résumait très bien la situation générale, dans ce curieux monde où ils s’étaient éveillés, personne ne ferait d’aumône, on était pour survivre de la façon qui soit. Tout en vidant, à la comme on peut, le fameux lièvre, Achille observait son nouveau camarade d’armes du coin de l’œil. Tout un personnage, celui là. Avec ses manières, sa verve si bien tournée, son petit air guindé, parfois si marrant ou insupportable de tant babiller mais plein de digne majesté, malgré tout. Sans aucun besoin de l’entendre l’avouer, Achille le devina effrayé, si loin des fastes qu’il contait avec nostalgie, de ses serviteurs, qui tout comme sa Garde appartenaient au souvenir, autant que ses myrmidons si aguerris et prêts à la bataille. Étrange endroit, celui là, c’était le moindre à dire, qui réunissait êtres de toute condition et s’il commençait à bien comprendre de différentes époques…très différentes, cela commençait à aller de soi.

Le verbiage de Sa Majesté le ramena à des considérations plus terre à terre.


Demain, je demanderai au dieu un récipient qui tient le feu et, qui sait, un peu de sel ou autres épices… Mon bon Vatel n’avait pas son pareil pour accommoder…

Il avait quand même des bonnes idées, le cher homme. Il n’y aurait pas pensé lui, à une marmite encore moins à sel et épices, de là à supposer que le bon Vatel évoqué, presque avec tendresse, était le cuistot de service, ce qui le fit regarder le jeune roi en se demandant comment pourrait se débrouiller un gars comme lui, dans un monde de brutes comme celui là. Et le voilà qui interprétait son regard pensif.

D’accord, si tu y tiens, je la boucle !

Il le faisait sourire, malgré lui. Roi ou pas, il n’était qu’un homme dépassé par les circonstances, sans doute affolé et assez inutile.

Pas de souci, Loulou…c’est intéressant, ce que tu racontes, parfois !

Oh la ! L’illustre monarque ne sembla pas du tout apprécier cette sublimation de son prénom, même s’il était déjà le 14ème en cause.

Allez, sois pas si douillet…on est tous dans la même galère et si tu tiens à te coller à mes basques vaut mieux que tu descendes de ta majesté. Suis un type assez simple, j’aime pas m’encombrer de protocoles…Oui, je suis tout aussi prince que toi roi…mais dis moi, tu vois par là quelque royaume ? J’ai pas mes guerriers, toi-même pas ta Garde…on a même pas un fichu couteau.

Le nouveau baptisé Loulou baissa le nez sur les tubercules d’aspect immangeable qu’il essayait de rendre à une apparence moins rébarbative.

Tire pas la gueule…regarde, la Pierre a recommencé son manège !

Le soleil venait de disparaître à l’horizon. Comme quoi, ça marchait de bon matin et au tomber du soir. Sans le penser deux fois, les deux compères par la force des choses, allèrent présenter leur requête.

Ils mangèrent très convenablement ce soir là. Achille laissa à Louis le choix des mets à demander. Lui préféra se montrer pratique et demander de quoi se bâtir un abri plus décent.

Tu t’occupes du repas, moi de mettre debout…ça !

Ça était quelque chose de ressemblant à une tente. Mettant en exercice ses connaissances en la matière, ils ne purent pas trop se plaindre du produit de ses efforts, ce qui, au bout d’un moment ne manqua pas d’éveiller la convoitise de certains. Louis défendait sa marmite…Achille…Louis, la marmite, le repas du soir et la tente octroyée.

Pas à dire, faut se décarcasser dans le coin pour le gîte et le repas…Tire pas cette tête, Loulou…les Troyens m’ont tanné le cuir…on viendra à bout de ceux là !

Cette nuit, il monta la garde, face au feu, javelot en main…Quand Louis vint prendre son quart, ce qu’il fit après un notable discours, Achille s’effondra sur la couverture qui lui tenait lieu de couche.

Pitié, Dieux, si je vous ai offensés…qu’il soit muet demain !

Mais il y a vœu…et vœu…
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MessageSujet: Re: L'éveil[fe Achille]   Ven 18 Mar - 22:02

Pas de souci, Loulou…c’est intéressant, ce que tu racontes, parfois !

La surprise faillit étouffer Louis. Certes, entendre Achille reconnaître l’intérêt de ses propos était un compliment assez inattendu. Cela adoucissait un peu, mais alors très peu, le crime de lèse majesté prononcé juste avant. Comment ce Grec osait-il ramener son illustre patronyme à un diminutif aussi ridicule ?

*Un des chiens d’Athénaïs s’appelait loulou !* s’insurgea-t-il intérieurement.

Puis… Une vérité insoupçonnée pendant des lustres fit jour dans son esprit. Se pourrait-il que pendant des années, sa torride maîtresse ait appelé ainsi son chien pour se moquer… de lui ?
Il la revit comme un songe en train de donner des ordres au cabot ! Dire qu’il n’avait jamais imaginé que…
Être rabaissé de la sorte emplit le 14ème d’un profond abattement. Le héros dut mal interpréter la dépression de Louis qui, sans les voir, massacrait ses tubercules infâmes.


Tire pas la gueule…regarde, la Pierre a recommencé son manège !

De gratitude, Louis en eut presque les larmes aux yeux. Achille semblait faire son possible pour le distraire de son marasme. Il avait raison cet athlète : au diable le passé !
Il fallut refaire la file et recommencer les doléances.
C’est vrai que devant la pierre Louis pensa surtout à… son estomac.
Joyeux à nouveau parce que possédant une marmite en belle fonte, une dinde farcie et plus d’épice qu’il n’en fallait, Louis se rappela le temps où il regardait parfois Vatel exercer son art.
Il ne l’égalerait sans doute jamais mais se débrouilla à la comme on peut.
Chichille – à tout seigneur tout honneur – « commanda » de quoi bâtir une belle niche au toutou…
Niche-tente, tente-niche, ça pouvait passer. C’était tellement attrayant qu’ils furent plusieurs à vouloir les en déposséder. Achille les tint à distance. Mais on ne pouvait décemment pas exiger de lui de monter la garde non stop.
L’heure arriva où Louis dut prendre son quart de veille. Il ne put s’empêcher de s’épancher un peu face au feu :


Je sais ce que tu penses de moi… Tu me juges aussi futile qu’inutile. J’ai pas trop écouté ce que tu disais tantôt après m’avoir rebaptisé… mais je m’en moque de m’appeler Loulou ou Louis ou quoique ce soit d’autre *Chichille* J’ai passé ma vie terrestre à faire de rayonner mon pays dans tous les domaines. Je suis dépassé, je l’avoue. M’en veux pas trop *Chichille*Ici, plus de prince * de mirliton tontaine* ni de roi. C’est bouffer ou être bouffé ; j’ai compris ça *au moins*T’inquiète pas, j’assumerai nos arrières… *dire ça à un Grec, t’es fou !*Tu peux dormir tranquille.

Vu la tête du mirliton, celui-là n’était pas entièrement convaincu. Qu’importe ! Louis, tel un certain de Nevers, avait sa botte secrète. Tôt ou tard, l’athlète devrait reconnaître qu’un roi sans royaume n’était pas si idiot que ça.

Pas la joie quand même de monter la garde. D’ordinaire, Louis ne se mêlait pas de ces tâches subalternes. Il commandait, on exécutait.
Devant ce feu, Louis rêvassa un moment. Le javelot n’était pas son arme favorite. Il la laissait volontiers au héros. Lui s’était montré habile, entre autre, au jeu de paume. Sa raquette était rudimentaire ? Son efficacité démontra le contraire. Lorsqu’un malotru eut l’outrecuidance de vouloir voler sa marmite, Louis en joua. Des balles de plomb ? Ben oui, Il avait osé en demander au dieu et en avait obtenu en prétendant requérir du lest pour filet de pêche.
Vlam ! Coup fatal ! Le gars se la prit entre les deux yeux.


*Je prie Dieu de me pardonner. Je ne voulais pas tuer !*

Le gars agonisait, saisi de tremblements jamais vus. Paniqué, Louis ne put que courir secouer Achille :

J’ai… j’ai tué quelqu’un !

De mauvais poil… peu dire… Achille le saisit par le collet et le força à aller sur les lieux du crime.
Pourtant…
Point de cadavre, rien… sauf une esquisse cendrée de ce qui aurait pu être un corps.


Je te jure, j’ai occis notre voleur avec cette raquette et une de ces balles… il s’est… enfumé. Peut-on mourir deux fois ici ?

Bonne question !
Achille, en apparence, se soucia peu que Louis ait ou non abattu quelqu’un. Les balles de plomb l’intéressaient beaucoup plus. Peut-être songeait-il à un futur usage ? Le 14ème lui savait très bien qu’en faire.
De nouveau seul près du feu, incapable de rester inactif, il s’attaqua à la peau du lièvre dégusté la veille. Le mot d’ordre était : on garde tout ce que l’on trouve !
Il en connaissait assez en tannerie pour préparer la fourrure du rongeur de façon à la rendre imputrescible et souple. Dès que l’animal avait été écorché, Louis avait gratté aux doigts toute trace de chair et de graisse. Maintenant qu’il possédait une marmite, il devait lui donner un bain tiède salé. Elle y resterait 4 jours puis serait mise à sécher sur un cadre. Confectionnant celui-ci avec des morceaux de bois reliés par des fils prélevés à ses dentelles de poignets, il réfléchit :


*Demain, je demanderai de la corde à la pierre et un beau morceau de cuir… Faire une fronde serait utile.*


L’évocation de l’ustensile lui rappela une autre Fronde. Celle-là l’avait fait souffrir, il préféra ne plus l’évoquer.
Son quart était passé, il s’en moqua. Le feu alimenté, il resta un moment à ressasser de meilleurs souvenirs. Sa dernière Françoise hantait-elle ces lieux. Elle, si prude, parvenait-elle à se débrouiller dans ce monde de brute ? Ses enfants, les croiserait-il ? Avant de sombrer dans la déprime totale, il fallait occuper esprits et mains. Un arc et ses traits s’élaborèrent. Le panache de son feutre subit un pillage, tant pis.
L’aube attendue arriva.

D’un commun accord, les deux hommes décidèrent de se séparer pour aller prier. Pas question d’abandonner le campement. Pas encore très nanti, ce dernier pouvait néanmoins attirer des convoitises. Louis partit avec sa raquette et quelques balles en poche.
Plusieurs files se formaient déjà mais le monarque estima être dans les premiers pèlerins. La pierre serait-elle généreuse ?
Soudain, contre toute attente, une dizaine d’individus – hommes et femmes mêlés – s’interposèrent entre les adorateurs et leur dieu. Le plus grand de la bande avait une tournure étrange avec son vêtement de cuir noir et ses tatouages. Ses cheveux tressés bizarrement lui donnaient l’allure d’un curieux palmier…
La comparaison s’arrêtait là. Prenant la parole en agitant un gourdin, il harangua les présents :


L’ordre des choses a disparu ! Mes copains et moi allons le rétablir. Vous voulez des cadeaux de la pierre ? On vous laissera l’adorer à l’unique condition que vous nous donniez… la moitié de vos recettes ! Tirez pas cette tête ! La moitié c’est mieux que rien. Il va sans dire que toute opposition recevra correction.

Le sang de Louis bouillit. Il ne fut pas le seul à ressentir frustration ! Plusieurs voix courroucées s’élevèrent :

De quel droit osez-vous nous soumettre à vos ordres ?

Ne vous en déplaise gentlemen, nous sommes plus nombreux que vous !

Comme des moustiques, nous vous écraserons, foi de moi !

C’est alors qu’arcs et flèches parlèrent ainsi que coups de massue. Les dissidents furent abattus sans merci. Une belle débandade s’en suivit. Mue pas un réflexe vieux comme le monde, la « raquette » de Louis frappa à son tour. Tel le voleur de la nuit, touché entre les deux yeux, le « chef » s’écroula.

*Oh, oh… j’aurais peut-être pas dû…*

Une fraction de seconde, Louis pensa que son compte était bon vu que les complices du meneur se retournaient contre lui. Une ultime prière ? À quoi bon.
Un cri, énorme, sonore jaillit en même temps qu’un javelot transperçait l'un des assaillants. Quelque chose siffla et en étrangla un autre.
Quel pugilat, quelle pagaille !
Bientôt le silence se fit quand, à l’étonnement général, deux hommes se dressèrent au sommet de la pierre sacrée.
Bondissant de joie, Louis donna un coup de coude à son voisin direct en souriant :


Tu vois le grand blond? C’est mon ami : Achille de Troie !
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MessageSujet: Re: L'éveil[fe Achille]   Sam 19 Mar - 23:05

J’ai… j’ai tué quelqu’un !

Et ça en le secouant avec entrain. Il semblait affolé. Achille, qui pour une fois faisait des beaux rêves, se redressa, fâché.

Et quoi ? Moi, j’en ai tué des douzaines et fais pas de foin !!!


Ça le mettait de mauvaise humeur tant d’émoi juste pour si chiche raison, empoignant le royal personnage du collet, il l’entraîna vers la scène du crime.

Et alors…il est où ton mort !?...J’en vois aucun, moi !!!

Mais Louis s’entêtait.

Je te jure, j’ai occis notre voleur avec cette raquette et une de ces balles… il s’est… enfumé. Peut-on mourir deux fois ici ?

Cela le préoccupait si peu ! Par contre l’arme employée retint toute son attention. Il examina la raquette et les balles de plomb en demandant des explications sur leur usage, que Louis lui fournit très gracieusement, lui donnant de quoi penser.

Bon, intéressant tout ça mais de ton mort il ne reste rien…même pas trace. Et pour répondre à ta question…j’en ai pas la moindre idée, t’occupe pas de ça…on aura la réponse tôt ou tard !

Et le plantant là retourna essayer de reprendre son beau rêve. Impossible, il resta là, les yeux ouverts, scrutant le noir des alentours, la tête pleine de doutes et questions.

*Les Dieux se jouent de nous…*


Ce qui, tout compte fait, n’avait rien de rassurant. Inédit pour lui se trouver dans une situation sans parvenir à la cerner. Ils étaient là, attrapés dans ce monde étrange, ce fut Enfer ou Paradis, sans explications, confrontés avec des faits extraordinaires comme si se retrouver en vie parmi des inconnus d’autres temps, ne suffisait pas. Tout cela le ramenait à penser à son singulier compagnon d’aventures. Louis, 14ème du nom, roi de France qui se plaisait à se nommer lui-même : Roi-Soleil. Achille en avait connu, des prétentieux s’affublant de titres pompeux sans les mériter ni leur faire honneur. Celui qu’il avait, si irrespectueusement, baptisé Loulou, n’était, il en était sûr, pas de ceux là. Sur cette pensée, il s’endormit enfin.

Le lendemain en se réveillant, il découvrit que Louis n’avait rien trouvé de mieux à faire que confectionner un arc et des flèches, ce qui ne lui rapportait aucun souvenir joyeux. Achille jura se tenir sus ses gardes. La Pierre étant de nouveau en service, il laissa aller Louis en premier, pas question d’abandonner leur abri, qui avait déjà si bien éveillé la convoitise de leurs voisins.

Il affûtait son javelot, faute de mieux, quand une rumeur suspecte s’éleva du côté de la Pierre. Ce n’étaient pas précisément des chants de louange. S’imaginant n’importe quoi, il prit son arme et alla aux nouvelles. Le spectacle était navrant. Cela devait bien arriver tôt ou tard. La nature humaine demeurait immuable. Il y aurait toujours quelques uns qui voudraient dominer la situation au détriment des autres. Un groupe de gens assez étranges régalait le public là massé d’un discours assez concret. En peu de mots, ils s’instituaient comme les nouveaux gardiens de l’ordre et les autres devraient se plier à leurs ordres ou crever en conséquence. Des proteste outrées s’élevèrent, vite mises au silence par l’emploi expéditif de flèches et gourdins. De là où il se trouvait, Achille pouvait voir Louis, blême de rage, préparer son arme. Il ne put qu’admirer sa précision de tir. Le chef des nouveaux gardiens, s’effondra, frappé de mort. Les autres se tournaient déjà vers Louis avec la claire intention de le réduire en bouillie. Avec un grondement rageur, il brandit son javelot.

L’homme visé tomba, transpercé de part et part, alors qu’un autre était étranglé par un filin s’enroulant autour de sa gorge. Pas de temps aux questions, s’en suivit une belle mêlée en issue de laquelle, les agitateurs restèrent réduits au silence. Il n’avait pas été seul dans cette lutte. Un homme de haute taille, au regard serein, lui faisait face et se présentait :

Burton. Faut calmer le peuple, non ?

À vous l’honneur. Je suis Achille !

Ils étaient là faisant face à la population massée et en émoi, le nommé Burton parla peu et sans détours :

On est tous dans la même galère ! Personne n’a le droit de vous imposer quoique ce soit sous quelque prétexte que ce soit. La pierre donne ? Alors prenez ce qu’elle vous accordera si… elle y consent encore après avoir été souillée !

Tout le monde obtempéra rapidement. Pas de grande ovation pour les redresseurs de torts. Le fameux tas de cailloux ne semblait pas avoir une quelconque sensibilité et produisait ses dons sans encombre.

À croire que ces morts ne sont pas souillure pour « Ça »…plutôt un sacrifice qui lui agrée.

En effet la Pierre accordait généreusement faveur à ceux qui s’y prosternaient. Par contre, à quelques pas de là se jouait une scène inattendue. Ce cher Louis se faisait fameusement enguirlander par…une femme, même si vêtue comme un homme. Il n’en menait pas large, le monarque et la demoiselle s’en donnait à cœur joie. Burton, qui semblait la connaître s’interposa mais elle dit quelque chose qui fit tourner la situation et voilà que Loulou s’en prenait plein la poire, cette fois, de part du gars.

Achille retint sans peine le poing qui repartait vers le nez, déjà assez esquinté du 14ème.

Ça suffit ! À quoi vient tout cela ? Pourquoi t’en prends-tu à Loulou ?

C’est ton copain ? Alors je te laisse le corriger. Faut pas voler, ça n’entraîne que des ennuis.

Burton parti avec la fille, Achille se tourna vers Louis, qui s’essuyait le nez, l’air penaud.

C’est quoi cette histoire de vol ?...Ne me dis pas que…C’est le seau, non ? Tu as volé à une fille ? On est en posture assez précaire mais de là à s’en prendre aux femmes…Ah bon, tu savais pas que s’en était une ? Remarque, habillée comme ça…Qu’est ce qu’on va faire ?...On, rien. Toi, tu devrais aller lui rendre son seau.

Louis protesta.

Écoute, Louis…on va pas se faire des ennemis pour un seau. Le gars qui l’accompagne sait se battre fameusement bien et j’ai pas envie de l’avoir comme adversaire…Peur !? Tu veux rire…mais j’ai pas envie de tuer un homme de bien…assez avec ceux qui me pèsent sur la conscience !...Oui, imagine toi, j’en ai une…

Louis ronchonnait. Sans y faire trop attention, Achille le poussa vers la Pierre et ils firent leur requête du matin. Généreusement pourvus ils retournèrent à leur campement, juste pour le trouver squatté par un petit groupe d’individus malingres qui jurèrent avoir crû l’endroit désert.

Bien sûr, avec le feu allumé et la marmite pleine…Achille n’était pas assez patient pour entendre leurs misères mais pas assez mauvais pour les chasser comme si rien. Il laissa à Louis le soin de leur larguer un sermon, après tout, il savait s’y prendre avec les mots et lui se contenta, bonne âme, de ne pas leur taper dessus et s’en alla prospecter les alentours.
Il ne lui fallut pas trop de temps pour découvrir l’abri de Burton et la demoiselle du seau. Ils savaient bien se débrouiller, ces deux là. Leur campement était bien nanti même si les mets qui mijotaient sur le feu ne sentaient pas la moitié de bien de ceux que Louis, plein de nostalgie, concoctait si bien. Une idée pratique lui vint à l’esprit, tout en regagnant ses quartiers.

Prends la marmite et le seau…on va convenir une alliance !

Louis le regarda comme s’il était tombé sur la tête.

Pas de souci…je sais bien ce que je fais…C’est bon, je la prends, la marmite !

C’est ainsi que peu après, ils se présentaient face au dénommé Burton et sa jolie compagne.

Louis vient rendre le seau et moi vous proposer de former une alliance. Nous ne savons ce que nous dépare ce monde étrange, faire front commun serait profitable pour tous…

Les effluves appétissants émanant de la marmite donnaient foi de son offre. On la posa sur le feu, pour continuer avec les palabres mais d’abord, une présentation décente s’imposait.

Mon ami est Louis, 14ème de son nom, roi de France. Moi, je suis Achille, prince des Myrmidons.

Il resta bien établi que tous savaient exactement qui il était, par contre lui…n’avait pas la moindre idée de ce que racontaient les autres…

*Pas à dire…ça va être une fameuse mise à jour, la tienne !*
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