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Sommes-nous les jouets des dieux ?
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entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
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 Le Paradis?

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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Le Paradis?    Dim 13 Mar - 13:16

Mourir ! Combien de fois Richard n’avait-i-il pas cru y passer ? N’avait-il pas participé à de nombreux combats quand il fréquentait l’armée, franchi des contrées hostiles à maintes reprises en tant qu’explorateur ? Et voilà que, sans crier gare, alors qu’il goûtait un repos bien mérité aux côtés de son épouse, sa poitrine se déchirait.
Il avait souvent pensé finir au champ d’honneur et non pas ainsi, bêtement en train d’écrire un nième recueil. Lui qui avait gravi des montagnes, vu tant de paysages époustouflants, crispa la main sur son torse. Appeler ? À quoi bon ? La douleur intense le crucifiait. Il s’effondra d’une masse sur son bureau, reversant encrier et éparpillant ses documents.

Le Paradis, il n’y croyait pas. Bien qu’Isabel soit catholique, lui demeurait agnostique. Dans sa vie aventureuse, il avait eu l’occasion de frayer avec des gens de toutes les cultures et en avait tiré ses conclusions toutes personnelles. Aussi, quand Richard ouvrit un œil, la vision d’abord floue d’un ciel obscur, le perturba. Faisait-il nuit au paradis ? Avait-il rêvé sa crise cardiaque ?
Il se redressa un peu et se cogna le crâne sur une sorte de voûte transparente.


*Un cercueil de verre ?*


Il faillit rigoler avec ce rappel d’un conte des frères Grimm. Autant qu’il sache, Richard n’avait rien d’une jeune fille attendant le réveil de son prince. Son début d’hilarité fut freiné avec la vue du panorama le plus hallucinant qu’il ait put contempler. Partout, en haut, en bas, sur les côtés, des corps nus enfermés dans des cylindres translucides flottaient… dans le vide !
Effrayé, il voulut soulever le couvercle du cercueil en y posant les deux mains. Rien ne se produisit sauf qu’un point lumineux s’approcha dans sa direction, grossissant à vue d’œil. Richard aurait voulu soutenir cette clarté et observer jusqu’au bout mais l’éclat lui brûlait les yeux. Il les referma, tout redevint noir.

Lorsqu’il rouvrit les paupières, Richard ne gardait qu’un très vague souvenir de cette « transition ». Chose certaine, c’est que cette fois son corps était libre de ses mouvements. Mu par un vieux réflexe, il boula sur le ventre et détailla les environs. Il n’était pas seul sur cette « pelouse ». Autour de lui, de nombreuses personnes se réveillaient aussi. Des gens affolés criaient, d’autres louaient leur dieu ou couraient dans tous les sens. Lui resta sur place, tentant d’ordonner ses idées.


*Pas marrant d’être à poil… dans ces conditions !*

La nudité ne le culpabilisait pas. Cela paraissait « logique » de renaître dans cette tenue. Néanmoins, tous ne s’en fichaient pas, les dames surtout. Beau spectacle, en vérité !
Ce qui le frappa le plus fut de constater que tous ces gens, absolument tous, devaient avoir un âge identique de plus ou moins trente ans et pas une once de graisse en excédant.
Toute sa vie Richard avait été svelte, voire famélique à certains moments de privations intenses. Là, il regarda ses bras et sourit en les retrouvant musclés et… jeunes !
La position allongée lui sied longtemps. Il resta sur place, le temps que le grand tumulte s’apaise. Ça et là des bagarres éclataient déjà. Il ne se demanda même pas pourquoi. L’homme étant ce qui l’est, il ne s’en étonnait pas.
Quand, enfin, les alentours se calmèrent, il redressa sa puissante carcasse.
Des feuillages lui fournirent de quoi couvrir sa virilité. Pas besoin d’être un artiste en la matière, le simple conviendrait. Ce genre de travail, il l’avait si fréquemment étudié dans des tribus primitives qu’il se fit l’effet d’un professionnel dans l’assemblage des tiges et feuilles.
Dommage d’être si démuni. Un couteau l’aurait agréé. Qui sait s’il n’en dénicherait pas un dans le coin ? Son ouvrage achevé, il se mit en marche avec prudence.

Flair, instinct, les pas le dirigèrent à travers les buissons vers un espace dégagé.
Immense, majestueux, le plus long fleuve jamais entrevu s’écoulait, paisible, en contrebas.
Attiré par ce serpent liquide – comme beaucoup, apparemment – Burton entreprit d’y descendre.
Son agilité l’émerveillait. Pas de faux pas, pas de douleurs plantaires, il arriva à mi-parcours lorsque des rires et des jurons dévièrent son attention.
Curieux, il s’approcha de la source sonore et le spectacle aperçu le navra. Ils étaient trois brutes à cerner une jeune femme. Leurs intentions vis-à-vis d’elle étaient claires.
Le bon sens de Richard lui cria de ne pas s’en mêler.


*Passe ton chemin, tu ne changeras jamais les hommes !*

Quelque chose le retint pourtant sur ces lieux. Loin d’être d’accord de se laisser malmener par les brutes, la demoiselle ripostait tant verbalement que physiquement. Pas effrayée pour un penny, la donzelle ruait dans les brancards avec fougue.

*Elle n’aura pas le dessus… Ils sont trop forts !*


Chevaleresque ? Peut-être. Toujours est-il qu’il ne supporterait pas plus longtemps de voir massacrer une si tendre chair.

Eh, Messieurs. On ne vous a donc pas appris les bonnes manières ?


Faisant fi des quolibets et invitations à partager leur proie, Richard leur rentra dans le lard.
Les réflexes revinrent sans efforts, il en avait décousu avec plus forte partie. La demoiselle s’y mettant aussi avec entrain, l’affaire fut vite réglée.
Les malandrins assommés, Richard se tourna vers la fille :


Faites ce que vous voulez à présent. Je vais regarder ce fleuve de plus près. Bonne journée !

Il la planta là et lui tourna le dos.
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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Le Paradis?    Dim 13 Mar - 21:07

Le dernier message émis, elle s‘était tournée vers Fred. Sans besoin de paroles. Ils savaient que la fin était là, inéludable. L’océan sombre les engloutirait. Fin du challenge. Ce dernier défi, elle ne l’aurait pas remporté. Peur ? Oui, elle avait peur. La crainte n’est elle pas la mesure de ce qu’on ne sait dominer ? Amelia aimait dominer la situation. Hélas, cette fois…

Quelle sensation délicieuse. Avec un peu d’imagination, sans ouvrir les yeux, Amelia se serait crue à la plage. Brise tiède, le soleil caressant sa peau…Sent on quand on est mort !? Cela ne l’avait jamais préoccupée mais là…Elle ouvrit finalement les yeux et les referma aussitôt, incrédule, pour les rouvrir la seconde d’après…Quel beau ciel bleu ! Bougeant à peine, elle réalisa être allongée sur l’herbe. S’agissait il donc d’un de ces verts pâturages promis au Paradis ? Se redressant, elle constata, avec une certaine gêne, être nue. Mais en y pensant bien, si elle était au Paradis quoi de plus normal qu’être en tenue d’Eve.

*Sauf que depuis le temps…on aura surmonté le genre biblique !

Mais ce n’était pas tout. Être nue, va et passe, mais ne pas être la seule…quand même ! Et il y en avait, du monde !

*Tu ne peux pas prétendre à être la seule au Paradis, ma fille !*

En tout cas, impossible demeurer là, si exposée à la vue des autres, même si personne ne semblait lui prêter grande attention. Dans divers degrés d’émoi, tout le monde n’avait apparemment qu’une idée en tête : se couvrir. La nudité intégrale n’était plus de mise au Paradis. Avec Pidge, enfants, elles avaient tressé des charmantes couronnes de fleurs mais Amélia, esprit pratique, sut que cette délicieuse habileté ne lui serait pas de grande aide en ce moment. Se levant, elle s’élança vers le premier buisson en vue et y plongea. À couvert, elle pouvait mieux réfléchir. Une feuille par ci, une autre par là, quelques herbes et les doigts écorchés, au bout d’un bon moment, elle avait confectionné un très succinct vêtement…mais c’était déjà toujours mieux que rien. Ainsi parée, Amelia décida de quitter son abri et aller se renseigner de l’ordre du jour.

Malheureusement pour elle, il n’y avait aucun guichet d’information dans le coin et personne, de ceux qu’elle put interroger, ne sut lui dire de quoi tenait cette histoire.


*Mais c’est de la vraie pagaille, ce Paradis !*

Elle trouverait bien, en attendant son attention fut attirée par le fleuve immense qui coulait paresseusement si près de là et y dirigea ses pas, comme tant d’autres. Si jusque là personne n’avait fait attention à elle, à mi chemin, trois types à la mine pas trop engageante, crûrent bon changer les données. S’en suivit un échange coloré, qui laissa clairement établi que leurs intentions n’étaient pas angéliques du tout. Amélia n’était pas prête à se laisser faire comme une innocente colombe. Sa vie assez aventureuse lui avait bien appris à se servir de ses poings. Mais une contre trois…franchement, l’espoir était mince.

Eh, Messieurs. On ne vous a donc pas appris les bonnes manières ?


Serait ce possible ? Un galant homme qui se portait à son secours !? Les autres qui n’entendaient que leur propre idée, l’invitèrent même à partager le festin mais il déclina, de façon assez rude. Le secondant à la tache, elle fut satisfaite de voir le dernier des mécréants mordre la poussière.

Faites ce que vous voulez à présent. Je vais regarder ce fleuve de plus près. Bonne journée !

Et de faire demi-tour. Il venait de lui sauver la mise, le moins à faire était le remercier, qu’il le veuille ou pas.

Hey…attendez donc un moment.

Fallut lui courir après parce qu’il n’avait pas la moindre intention de s’arrêter.

C’est très gentil ce que vous avez fait pour moi tantôt…Pourriez vous vous arrêter un instant ?

Ben non ! Elle trottina à sa suite. C’était injuste, il marchait vite et avait les jambes plus longues.

Mais c’est le comble…c’est quoi ça comme Paradis ? On est morts…ça ne devrait pas nous rendre plus humbles…ou …je ne sais plus quoi ?

Et l’autre comme si ce n’était pas avec lui. Amelia souffla, pas résignée pour autant et sans cesser de marcher, poursuivit, l’air de rien.

Le fleuve m’intéresse aussi, j’espère que vous ne le prendrez pas comme une intrusion à votre sphère privée…C’est si large…et cette forêt…et ces montagnes au-delà…que n’ai-je pas mon avion pour les survoler…ce doit être magnifique !

Tiens ! Enfin elle avait retenu son attention…


Dernière édition par Amelia Earhart le Jeu 17 Mar - 16:30, édité 1 fois
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Le Paradis?    Lun 14 Mar - 23:26

Des situations étranges ou dramatiques, Richard Burton en avait connues dans son existence.
Celle-ci était de loin inédite mais il n’était pas homme à se faire de la bile pour ça.
S’adapter avait toujours été une seconde nature chez lui. Alors… il ferait avec, voilà tout.
Casser la figure à trois barbares, bah ! Ça l’avait défoulé. Histoire close. C’est du moins ce qu’il croyait jusqu’à ce que la délivrée ne se mette dans l’idée de lui coller aux basques.
Mieux qu’une tique –elles étaient silencieuses, elles, ces bestioles –l’ex-demoiselle en détresse le suivait en piaillant :


Mais c’est le comble…c’est quoi ça comme Paradis ? On est morts…ça ne devrait pas nous rendre plus humbles…ou …je ne sais plus quoi ?

*On s’en tape !*

À moitié sourd à tout ce qu’elle pouvait dégoiser, Richard continua à foncer en direction du fleuve.
Bien sûr, elle avait sa petite idée sur le but envisagé :


Le fleuve m’intéresse aussi, j’espère que vous ne le prendrez pas comme une intrusion à votre sphère privée…C’est si large…et cette forêt…et ces montagnes au-delà…que n’ai-je pas mon avion pour les survoler…ce doit être magnifique !

Il pila net, incrédule. Avait-elle dit avion ? S’il y avait bien une chose à laquelle Burton n’avait pas tâté c’était l’aviation. On en parlait de plus en plus alors qu’il terminait ses jours à Trieste. Les possibilités semblaient immenses, fantastiques ! Certes, les femmes prenaient aussi de plus en plus de libertés dans tous les domaines à l’approche du 20ème siècle mais de là à imaginer que l’une d’elle ait pu piloter un plus lourd que l’air, il y avait une marge !
D’un bloc, Burton se retourna pour toiser la demoiselle un peu essoufflée par la course :


Un avion ? Rien que ça ? À vous, de surcroit ? Je crains hélas qu’une de ces brutes ne vous ait fêlé le crâne. Oserai-je m’enquérir de votre date de naissance, Miss… ?

Sans faux-fuyants, elle le renseigna, l’interrogeant en retour. Il se troubla :

Ah… vous êtes donc née après ma mort… Ceci explique cela. Il doit s’en être passé des choses. Excusez mon manque de civilité, les circonstances ne se prêtent guère aux mondanités.

Elle avait répondu à sa question, lui non. Déterminée, Miss Earhart insista, il se soumit de mauvaise grâce :

Richard Francis Burton... Oui, l’explorateur… entre autre. Vous avez entendu parler de moi ? Ce ne devait pas être flatteur, ça m’est complètement égal. Ne tirez pas cette tête, Miss. Je crois que l’on aura plus d’une occasion d’être surpris ici. D’ailleurs, regardez là-bas !

En contrebas, le fleuve montra une part de quoi il était peuplé. Un massacre instantané se produisit en un clin d’œil, de quoi éloigner du rivage les plus téméraires. Amélia retint un cri effrayé. Il soupira :

Pas de trempette ce soir, je crains !

Du coup embarrassé, Richard gratta sa courte tignasse. Bizarre impression d’être aussi peu velu lui qui avait aimé porter barbe et moustache.
Le spectacle entrevu en bas, l’algarade subie plus haut donnait à réfléchir. Personnellement, il se savait capable de résister à bien pire. Mais là… la Miss lui sembla si démunie. Que faire ? L’abandonner aux sauvages ? Il ne lui devait rien, rien d’autre qu’une compassion mue par une frénétique curiosité. Parler avec Amélia représentait une occasion unique : connaître l’après sa vie ! Comment y résister ?


Bon ! On va pas rester là. Si vous voulez mon avis, il serait sage de se trouver un abri quelconque. Je ne tiens pas à m’imposer à vous et ne vous retiens pas si vous pensez avoir mieux à faire.

La façon dont elle lui répondit lui arracha un sourire. Elle ne manquait pas d’humour ni de culot, l’aviatrice !
Un accord tacite se conclut. On se mit en quête d’un toit.
Si d’aucuns délogèrent de plus débrouillards à coups de poing ou de bâton, Richard préféra confectionner leur gîte de ses propres mains. Les pierres ne manquaient pas. Il en trouva de tranchantes pour abattre des branchages qui, rapidement, dressèrent une petite hutte. Amélia ne resta pas inactive. Elle dénicha des baies nutritives qu’ils mangèrent en silenc
e.

Il fait doux. Pas besoin de feu pour le moment, assura-t-il. La fumée risque d’attirer les rapaces incultes qui voudront nous le voler. Je vais veiller. Tâchez de dormir.

Assis en tailleur, une sorte de gourdin à portée de main, Richard contempla les étoiles.

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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Le Paradis?    Mar 15 Mar - 23:20

Le grand bonhomme se retourna et la toisa, sans trop d’aménité, il faut le dire.

Un avion ? Rien que ça ? À vous, de surcroît ?


Encore un de ces moralistes qui prétendent que les femmes ne servent pas à grand-chose.

Pourtant, c’est bien le cas !, riposta t’elle, un rien pétulante.

Il était définitivement ce qu’on définirait comme un véritable homme de monde.

Je crains hélas qu’une de ces brutes ne vous ait fêlé le crâne. Oserai-je m’enquérir de votre date de naissance, Miss… ?

Amelia Earhart, je suis née le 24 Juillet 1897. Et vous? Puisqu’on est sur le thème …

C’était, pas à dire, une étrange conversation.

Ah… vous êtes donc née après ma mort… Ceci explique cela. Il doit s’en être passé des choses. Excusez mon manque de civilité, les circonstances ne se prêtent guère aux mondanités.

Elle soupira, gracieusement, sans cesser de le dévisager.


Sans doute, n’ayez crainte, je ne pense pas vous inviter prendre le thé…mais je ne sais toujours pas qui vous êtes, ce n’est pas une mondanité…juste un peu d’information.

Cela ne semblait pas le combler de joie, décliner son identité. Que pensait-il ? Vivre au Paradis d’incognito ? En supposant, bien entendu, que ce soit là qu’ils se trouvaient. Mais il finit par grommeler :

Richard Francis Burton.

Elle ne put s’empêcher de sourire, ravie.


L’explorateur !?

Tiens, ça ne semblait pas le satisfaire trop, qu’elle le connaisse. Un vrai grognon, cet homme.

Oui, l’explorateur… entre autre. Vous avez entendu parler de moi ? Ce ne devait pas être flatteur, ça m’est complètement égal. Ne tirez pas cette tête, Miss. Je crois que l’on aura plus d’une occasion d’être surpris ici. D’ailleurs, regardez là-bas !

À quoi venait donc ce discours ? Allez savoir à quoi pensait ce cher homme, peut être supposait-il être encore mal jugé à cause de ses différends avec le tel Speke ou peut être à cause de sa vie…euh…un peu extravagante. Amelia, elle, la trouvait fascinante mais ses considérations furent interrompues par le spectacle terrifiant qui se jouait au fleuve. Un monstre affreux venait de décimer un groupe de braves pêcheurs.

C’est…épouvantable !, s’écria la jeune femme, malgré elle.

Sir Richard se montra lapidaire.


Pas de trempette ce soir, je crains !


L’idée ne lui croiserait plus l’esprit avant longtemps, de survivre assez longtemps dans ce singulier endroit. Mais en y pensant bien, elle était déjà morte. Mourait-on deux fois ? En tout cas, elle n’avait pas trop envie d’en faire l’expérience. C’est vrai qu’elle en avait vu et vécu des choses pendant sa vie mais jamais affronté un monstre, ni avoir été près de se faire violer, ni avoir eu à courir une nature hostile en solitaire. Certes, les affres d’un vol sans compagnie, en pleine tempête…mais c’était différent…L’illustre explorateur semblait réfléchir, lui aussi, positivement, sembla t’il, puisqu’il dit :

Bon ! On va pas rester là. Si vous voulez mon avis, il serait sage de se trouver un abri quelconque. Je ne tiens pas à m’imposer à vous et ne vous retiens pas si vous pensez avoir mieux à faire.

Mais non voyons, dîner à la Maison Blanche ne me dit rien, en comparaison à courir ces alentours extraordinaires en si intéressante compagnie !

Tiens, il souriait. Bel effet, tout de même. Sans rien dire d’autre, elle le devinait peu ami de la conversation et sans doute encore moins du badinage, Amelia opta pour lui emboîter le pas, sans s’essouffler en vain en essayant d’égaler ses longues enjambées énergiques.

L’endroit où établir un campement de fortune fut assez vite trouvé, il s’attela à la tâche de confectionner un abri, chose en laquelle il savait s’y connaître mieux qu’elle. Ne voulant pas rester de bras croisés, attendant de le laisser tout faire, elle se mit plutôt en quête de quelque chose à manger. Celui-ci n’était certainement le Paradis tant prôné dans la Bible, point d’arbres gorgés de fruits, interdits ou pas…quelques baies sylvestres devraient faire l’affaire pour ce premier repas. De retour au « campement », elle trouva une petite hutte assez précaire mais hutte enfin et Sir Richard assis à l’entrée. Elle lui présenta son maigre butin.

Désolée de ne pas avoir trouvé rien de plus…représentatif, ces alentours sont plutôt…rachitiques. Peut être que demain en s’aventurant un peu plus dans la forêt…mais enfin. Bon appétit !

Repas très vite expédié. On s’était passé de conversation et pour après ça n’allait pas changer, si on en croyait à sa subtile façon de la renvoyer.

Il fait doux. Pas besoin de feu pour le moment. La fumée risque d’attirer les rapaces incultes qui voudront nous le voler. Je vais veiller. Tâchez de dormir.

C’était gentil tout plein de sa part, sauf un petit détail…elle n’avait pas sommeil mais se voulant discrète rampa quand même dans le sommaire abri et se roula en boule dans un coin. Ce n’était pas matière à réflexion qui lui manquait là. Elle venait de…renaître ? Ressusciter ? Enfin, ce que cela voulut bien être, le fait demeurait, elle était, de nouveau, bel et bien vivante, presque nue, tapie dans un abri primitif et avec Sir Richard Francis Burton, officier militaire, escrimeur, explorateur, écrivain, linguiste, orientaliste, ethnologue, diplomate et expérimentateur passionné de la plupart des perversions humaines, à l'entrée de cette humble demeure. Cette dernière partie des ses larges connaissances, loin de trop la gêner, éveillait une curiosité certainement digne de blâme, mais sa propre connaissance de la nature humaine était assez pauvre…la seule chose qui avait occupé grande partie de sa vie était voler, son mariage avec Georges avait obéi à quelques facteurs marquants mais de sa part, elle n’avait jamais senti un trop profond attachement pour ce cher homme, l’abandonnant sans arrière pensée chaque fois qu’il y avait un nouveau défi à relever. Soupir. L’envie de sortir de son coin et aller lui poser mille questions la taraudait. Logiquement elle n’aborderait pas directement le thème des perversions…Dieu l’en délivre, une femme bien née ne parle jamais de cela…mais il y avait tant de chose de quoi parler avec un homme comme celui là…

Tant pis s’il l’envoyait au diable. À quoi pensait-il, le visage levé vers les étoiles ?

Silencieuse comme une souris, elle se glissa jusqu’à parvenir à ses côtés et lever à son tour le nez vers le firmament.

C’est curieux…je connais bien les étoiles…mais là je ne puis en reconnaître aucune…et vous ?...Euh, désolée d’interrompre vos réflexions mais je n’arrive pas à dormir.

Elle ramena les genoux contre la poitrine et les serra avec force, se sentant un peu moins dénudée.

Je sais…je suis bavarde et ça peut résulter énervant…mais je suis un peu nerveuse…Tout ceci me déroute et s’il y aune chose que je n’aime pas est ne pas savoir à quoi m’en tenir…Où sommes nous tombés ? Plus j’y pense et moins je crois que c’est le Paradis…du moins comme on me l’a dépeint à moi…Ben oui, que voulez vous…j’ai peur…pas une trouille affreuse mais peur quand même…vous savez, j’avais peur en décollant…quitter la terre à la que j’appartenais par loi de gravité me sembler défier les Dieux…mais une fois que j’étais en l’air…tout était si merveilleusement paisible…vous ne pouvez pas vous imaginer cette sensation unique…grisante…vous auriez été fou des avions, de les avoir connus…mais enfin…j’aurais voulu connaître la moitié de ces lieux que vous avez parcourus…

Elle sourit en coin en se tournant pour le regarder.


Non…on n’est jamais satisfaits…sitôt une frontière conquise, il faut en trouver une autre…j’ai parcouru les cieux mais j’aurais voulu aller…là haut…Mais non…pourquoi pas ? Qui sait…peut être…Il semblerait qu’on est ici dans un lieu sans temps…Vous y êtes…j’y suis…pourquoi pas quelqu’un qui viendrait du…futur ?

Son regard était grave…elle se demanda si le moment de battre en retraite n’était pas venu ?...
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Le Paradis?    Mer 16 Mar - 11:29

Une aviatrice ? Après tout pourquoi pas ? Richard n’avait pas d’idées préconçues sur l’égalité des sexes. De par ses multiples explorations, il avait rencontré de nombreuses peuplades où les femmes jouaient un rôle prépondérant. Pas seulement vouées à la tambouille et à l’éducation des mioches, elles prenaient part aux décisions importantes, dirigeaient aussi. Certaines chassaient mieux que leurs hommes et pouvaient être de redoutables combattantes. Alors…
Celle-ci lui paraissait quand même bien fluette pour ce genre de métier mais… voler ! Wow, il l’enviait.
S’il l’avait contrainte à aller dormir, c’est juste qu’il pensait qu’elle serait fatiguée.
Assis en tailleur, nez en l’air, il rêvassait.


*Ce serait chouette d’avoir un avion ! On survolerait tous ces bois, trouverait un lieu plus hospitalier… *

Des nuits sans lune, sans feu, n’était pas une première. Pourtant quelque chose clochait gravement dans le ciel étoilé. Par ses contacts en Arabie, il avait appris à déchiffrer la voûte céleste. Or là… il ne reconnaissait rien.
Un bruit furtif mit ses sens en alerte. Prêt à saisir son gourdin, il se détendit en constatant l’intrusion d’Amélia. Sans gêne apparente, elle se glissa à proximité, fixant à son tour les étoiles :


C’est curieux…je connais bien les étoiles…mais là je ne puis en reconnaître aucune…et vous ?...Euh, désolée d’interrompre vos réflexions mais je n’arrive pas à dormir.

Normal, grogna-t-il. C’est tellement… inattendu.


Manifestement, la Miss désirait faire la causette. Qu’elle s’interroge était somme toute naturel.
Il la laissa donc vider son sac sans l’interrompre. Elle avoua ses peurs mais quand elle parla de ses expériences aériennes, il devina à son ton qu’elle rayonnait de joie.


Vous auriez été fou des avions, de les avoir connus…mais enfin…j’aurais voulu connaître la moitié de ces lieux que vous avez parcourus…

Ça m’étonnerait beaucoup que vous ayez apprécié ce que j’ai vécu. À moins que se retrouver à moitié mort de soif en plein désert, être pourchassée par une meute de bédouins enragés, subir infections et dysenterie au milieu de la jungle ne vous agrée.

Pas du tout effrayée par ce tableau peu flatteur de ses expériences, elle poursuivit :

Non…on n’est jamais satisfaits…sitôt une frontière conquise, il faut en trouver une autre…j’ai parcouru les cieux mais j’aurais voulu aller…là haut…

Là haut ? à quoi faisait-elle allusion ?

Pas dans les étoiles quand même ? ne put-il s’empêcher de demander.

Pourquoi pas ? Qui sait…peut être…Il semblerait qu’on est ici dans un lieu sans temps…Vous y êtes…j’y suis…pourquoi pas quelqu’un qui viendrait du…futur ?

N’importe quoi ! Quoique, réflexion faite…

Vous venez déjà de mon futur. Ça ne vous suffit pas ? Qui espérez-vous donc rencontrer, des êtres venus d’ailleurs ? On verra bien. De mon temps, on riait un peu des écrits de Jules Verne. J’ai eu l’occasion de lire son « de la Terre à la lune ». Qui sait ? Après nous les hommes ont peut-être réussi à aller dessus ? Les avions étaient un beau début, je pense.
Comment était le vôtre ?


Avec enthousiasme, elle lui livra les détails espérés. Son débit était précis, sans emphases inutiles même si sa passion transparaissait nettement.
En retour, il lui narra les parties les moins cruelles de son exploration aux grands lacs africains.


Vous auriez aimé survoler cette immensité liquide. Tous ces oiseaux, les eaux bleutées… Je me suis cru au Paradis, là ! Pas comme ici, pas comme maintenant ! On verra de quoi demain sera fait.

La discussion était terminée pour ce soir.
Ayant réussi à fermer un œil une paire d’heure, à son réveil Burton ressentit la nécessité des besoins élémentaires. Les quelques fruits de la veille étaient loin, sa carcasse réclamait sa pitance.
Prêt à aborder une autre journée dans cet endroit inconnu, il réveilla doucement sa compagne d’infortune. La laisser en plan ne lui paraissait pas judicieux. Il dit simplement :


Je n’ai pas vu de source dans ce coin. Allons au fleuve.

Le boire est plus important que le manger. Il en savait quelque chose ! Tels des primitifs, le couple descendit la petite colline où il avait niché. L’aube pointait à peine, on voyait juste où poser ses orteils. Un spectacle inédit les freina. Que faisaient ces gens ? Placés en files autour d’un amas de pierres, ils semblaient le prier. Le résultat valait le détour.

On dirait la distribution des prix ! On y va ?

Trop curieux pour résister – elle aussi dirait-on – Burton se faufila à la suite des individus. En quelques questions il sut de quoi il retournait. La pierre semblait donner ce que l’on désirait mais en quantité chiche.

Sans vous commander, Miss Earhart priez pratique !

Pour sa part, il réclama bottes, pantalon, veste, chapeau et gourde. Point de couteau de chasse disponible, apparemment. Fil à pêche crocheté et couverture par contre furent accordés.
Chacun se trouva un endroit où se changer, il fallut ensuite penser à l’essentiel.
Le fleuve ! Tout le monde s’y désaltérait… avec prudence. Pas question d’y engager plus qu’un pied au risque de se faire happer par ses monstres.
Désaltéré, gourde pleine, Richard n’eut pas loin à chercher pour reconnaître Amélia qui dépareillait assez des autres femmes dans un costume très masculin qu’il apprécia. Il s’approcha :


Avez-vous obtenu ce que vous vouliez ? Pas trouvé d’anciennes connaissances ?... Non, je ne chercherai personne... Ma femme ? On se tombera dessus ou pas… pour autant qu’elle soit ici.

Isabel ! Peut-être était-elle perdue dans un coin ? Elle avait si souvent vécu sans lui qu’un peu plus ou moins ne ferait pas grande différence.


On essaye de pêcher ? Je suis d’avis de nous éloigner des autres. Si mon truc fonctionne, ça fera des jaloux !

Docile, elle l’accompagna jusqu’à un méandre désert. Sacrifiant un bouton de sa veste, en fit un flotteur. Le fil enroulé sur une branche dénudée à la pierre réalisa une canne rudimentaire. En amorce, Richard trouva des sortes de larves sous un caillou. Il appâta.
Ça mordit presque instantanément. Ferrant la proie d’une poigne solide, Burton l’éleva puis l’écrasa sur les galets de la berge. Un coup de bâton, l’étrange poisson cessa de gigoter.
Il en préleva ainsi plus qu’il ne leur en fallait pour un repas.


Pourquoi tant ? À votre avis ? C’est toujours bon à prendre. On pourra troquer au besoin.


Dans le fond, la situation n’était pas si grave. Un gîte, boire, manger et une belle femme à ses côtés, que demander de plus ?

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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Le Paradis?    Jeu 17 Mar - 18:47

Mais non, le capitaine Burton ne semblait pas trop pressé de la voir disparaître, sans rien perdre de sa gravité, il résuma en peu de mots ce qu’elle-même se demandait.

Vous venez déjà de mon futur. Ça ne vous suffit pas ? Qui espérez-vous donc rencontrer, des êtres venus d’ailleurs ?

L’idée occupait son esprit depuis un moment, souriant, songeuse, Amelia répliqua :

Et pourquoi pas ? Vous-même le dites, je viens de votre futur…pourquoi n’y aurait il pas quelqu’un du mien ? Après tout, c’est moi qui ai disparu, à supposer que le monde n’est pas fini pour autant.

Il sembla considérer cela sans pourtant y adhérer tout à fait.

On verra bien. De mon temps, on riait un peu des écrits de Jules Verne. J’ai eu l’occasion de lire son « de la Terre à la lune ». Qui sait ? Après nous les hommes ont peut-être réussi à aller dessus ? Les avions étaient un beau début, je pense.

Un magnifique début, soupira t’elle.

Comment était le vôtre ?


Aucune autre question n’aurait pu la mettre plus à l’aise. Sans se perdre dans des détails qu’il ne pourrait peut être pas saisir complètement, elle parla, en toute joie de cœur de ses avions, surtout du dernier, le Lockheed Electra qui l’avait fait tant rêver et qu’elle avait fini par obtenir pour accomplir celui qui devait être son dernier voyage. Si elle s’était montrée enthousiaste en parlant de ses aventures, il se montra moins émotif en évoquant certaines des siennes. Avec une délicatesse dont Amelia lui fut gré, il omit certaines parties qu’il devait trouver peu aptes pour un public féminin, sans savoir qu’elle en avait lu la plupart. Une certaine mélancolie transparut dans son évocation des lacs africains.

Vous auriez aimé survoler cette immensité liquide. Tous ces oiseaux, les eaux bleutées… Je me suis cru au Paradis, là ! Pas comme ici, pas comme maintenant ! On verra de quoi demain sera fait.

Oui. On verra bien. Merci et…bonne nuit, capitaine !

Pourquoi l’appela t’elle ainsi au lieu de lui octroyer le titre qui lui revenait de juste droit ? Tout simplement parce qu’elle jugea qu’un homme comme lui n’était certainement pas de ceux à s’encombrer des futilités protocolaires. Elle non plus, donc…

Les premières lueurs de l’aube coloraient l’horizon quand il la réveilla.

Je n’ai pas vu de source dans ce coin. Allons au fleuve.

Sans faire de commentaire, elle se leva prestement, s’étira comme un chat et se disposa à la le suivre. Marchant avec attention, on ne voyait pas encore grand-chose dans la pâleur tenue du jour naissant, ils descendirent la colline, pour se diriger au fleuve mais chemin faisant, ce singulier endroit livra à leurs yeux un spectacle inattendu. Nombre de personnes semblaient rendre culte ou quelque chose dans le genre à un curieux assemblement de pierres, qui à leur énorme surprise semblait accorder des présents à ses adorateurs.

On dirait la distribution des prix ! On y va ?

*Et rater ça !? Jamais de la vie !*


À la suite de l’explorateur, Amelia se mêla à la petite foule. Ils ne furent pas longs à savoir de quoi il allait. C’était simple. On demandait, la pierre donnait, pas de largesse mais donnait enfin. La remarque, si judicieuse, de Burton la fit sourire.

Sans vous commander, Miss Earhart priez pratique !

Elle le fit. Quel soulagement avoir de quoi se vêtir décemment. Outre ses vêtements habituels, masculins et pratiques, elle demanda une gourde, une boussole, une couverture pour la nuit et un chapeau, rien d’élégant, simplement pour se parer du soleil. Elle trouva un endroit calme pour se changer puis, absolument réconfortée de se sentir à nouveau civilisée, quitta son abri et se mit en quête de Burton. Il ne tarda guère à la trouver. Lui aussi avait un air bien plus civilisé qu’à trois quarts nu. Marrant, au détail près, leurs tenues étaient presque pareilles.

Avez-vous obtenu ce que vous vouliez ? Pas trouvé d’anciennes connaissances ?

Euh, non…à vrai dire je n’y ai même pas pensé. Et vous ? Cherchez-vous quelqu’un ?

Lui non plus ne cherchait personne, même pas sa femme, préférant laisser toute possible rencontre au hasard. Amelia admira son esprit résolu qui s’encombrait si peu de sentimentalismes, tout compte fait, inutiles en ces circonstances si particulières. Il fut de l’idée d’aller pêcher, à l’écart des autres. Elle le suivit et le regarda apprêter ligne et appât avec la dextérité que donne la pratique. Son « truc » ne tarda pas à donner les résultats voulus et au bout d’un moment, il avait capturé plus de poissons qu’ils n’en mangeraient.

Pas que je pense que ça laissera sans rien aux autres mais…vous ne croyez pas que c’est un peu trop ?

Sa réponse, comme tout ce qu’il disait ou faisait, était empreinte de sage bon sens.

C’est toujours bon à prendre. On pourra troquer au besoin.


Pas à dire, vous pensez à tout.

Rafraîchie, désaltérée, la gourde remplie, Amelia tira sa boussole pour se situer un peu dans ce décor inconnu. Ses appréciations la laissèrent pensive un moment.

Le fleuve coule de Sud à Nord, à l’ouest nous avons les montagnes qui semblent faire une espèce de demi cercle vers le sud, vers l’est…on dirait qu’il n’y a que des bois…allez savoir, il faut trouver un promontoire plus élevé pour pouvoir se situer honorablement dans ce coin mais, en attendant d’aller explorer, ouvrons notre étal de poisson frais…

Elle faisait une piètre marchande par contre Burton excellait dans l’art, ses nombreux séjours dans le monde arabe lui avait donné la suffisance d’un habitué aux souks. Les poissons disparurent avec incroyable vitesse et les enrichirent de la monnaie de change qui s’avéra en un petit butin de grande utilité. Un seau rudimentaire, une belle pierre plate, une espèce de marmite, des cuillères en bois, un joli caillou bien effilé et des allumettes. De quoi améliorer leur quotidien. De retour à leur abri, Amélia détailla leurs avoirs.

Je ne me suis jamais trop fait de bile pour les affaires domestiques, avoua t’elle, en riant, mais là…je sens que ceci est le rêvé comblé de toute femme d’intérieur…j’adore ces cuillères…et ce seau…ce qui me fait penser à aller chercher un peu d’eau…Pas de souci, je ne me laisserai pas faire chemin faisant, vous ne m’avez jamais vue avec un seau à la main…

Et elle s’éloigna en balançant le seau, fredonnant un petit air. Mais tout n’était pas si placide ni tout le monde honnête. Il suffit d’une seconde d’inattention, le temps de nouer le lacet de sa botte pour qu’un malotru, qui n’avait sûrement rien fait d’utile de sa vie, lui piqua le seau et détala comme léopard dans la savane. Elle eut beau lui courir après en le traitant de tous les noms, l’autre se perdit par là. Retour auprès de Burton qui avait pour alors dépecé le poisson du repas. Sa mine contrite valait mille mots, elle en aurait pleuré, presque.

Je…me suis fait voler le seau…désolée…Je n’ai vu que les plumes de son chapeau…parce qu’il était joli son couvre chef…quel panache…vous savez, vu de loin, on aurait dit un mousquetaire…Je le trouverai et lui ferai cracher ses dents, parole d’Amelia Earhart…et je la tiens, ma parole !

Sir Richard Francis Burton la rassura…ils s’arrangeraient sans seau, pour le moment…
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Le Paradis?    Sam 19 Mar - 10:46

Pas à dire, vous pensez à tout.

Marrante cette Amelia Earhart ! Dieu sait si Richard aurait souhaité qu’elle dise vrai.
Penser était devenu l’occupation favorite de Burton… avec le temps, mais… Il était loin d’imaginer être une sommité en la matière. Seules ses expériences antérieures lui avaient enseigné ce qu’il savait. Il tenait à en tirer parti, surtout ici !


Miss Earhart était tout aussi pratique que lui. Elle avait demandé une boussole et en usait avec adresse. Ses déductions lui parurent logique quoique… fantaisistes.

*Si nous étions sur Terre, je vous donnerais 10 sur 10, mais…*

L’observation du ciel nocturne avait convaincu Sir Richard que quelque chose clochait grave. Si le ciel lui-même mentait, des instruments issus de l’ancien monde le pouvaient aussi. Il garda ses réflexions pour lui d’autant que l’aviatrice changeait de thème en désirant utiliser de suite l’excédent de poissons péchés.
Du troc, Richard en avait souvent fait. « Vendre » des poissons, jamais. Tout à un début, non ?
Tel un maraicher marseillais, il clama :


Il est beau mon poisson ! Tout frais, tout beau ! Tu as quoi, toi ? Un seau ? Tu en veux combien ? Trois poissons ? T’es fou dans ta tête, ça en vaut un demi !

Palabres, marchandages futiles. Il détestait ça. N’empêche que, très vite, des échanges s’effectuèrent pour la satisfaction des parties. Un seau, des cuillères, une pierre plate, des allumettes, les voilà ravis, Amelia surtout.

*Des allumettes… C’est idiot ! Je sais faire du feu avec de la pyrite et un silex ou même avec deux bois compatibles !*


Il lui avait passé cette lubie. Les femmes modernes semblaient avoir une vision différente des réalités de l’existence. Et puis… Amelia avait un sourire tellement charmant quand elle était satisfaite.
Gaie comme un pinson, elle désira les approvisionner en eau grâce à son nouveau seau.
Seulement… Elle revint la mine attristée, prête à pleurer :


Je…me suis fait voler le seau…désolée…Je n’ai vu que les plumes de son chapeau…parce qu’il était joli son couvre chef…quel panache…vous savez, vu de loin, on aurait dit un mousquetaire…Je le trouverai et lui ferai cracher ses dents, parole d’Amelia Earhart…et je la tiens, ma parole !

Un seau de perdu, dix de retrouvé ! Aucune importance. Et puis… on devrait cesser ce vouvoiement stupide. Je… appelle-moi Dick. C’est le diminutif que me donnaient mes amis. Nous le sommes, non ? Te bile pas pour ce seau. Si je mets la main sur ce voleur, il lui en cuira.

Un sourire, timide, éclaira ce gentil minois. Richard regarda aussitôt ailleurs.

N’en faisons pas un plat. Organisons-nous... Meeley.

Pourquoi ce surnom ? C’était venu tout seul. Entre Amelia, Melly, Meeley… L’effet le sidéra, elle fondit en larmes. Bon dieu que ces bonnes femmes étaient compliquées ! Les réflexes voulaient qu’il lui entoure les épaules d’un mouvement consolateur. NON ! Burton s’y refusa. Grognon, il déclara :

Observons les alentours. On a de quoi bouffer pour au moins deux jours. Dieu ou pas, faut voir ce que cette Pierre a dans le ventre !

Guère disert, l’explorateur s’occupa en diverses tâches afin d’éviter de songer à autre chose qu’aux nécessités premières. Grâce à son fil, il pourrait pêcher autant que voulu et assurer subsistance.
Amelia vaquant à leur « confort », il s’occupa de consolider leur abri et, sans allumettes, bâtit un feu. Ici ou là, des volutes de fumées s’élevaient. Ce serait bien le diable qu’un démuni s’intéresse au leur. Elle avait chassé. Une sorte de perdrix contenta leur estomac. Il crut de bon augure de l’en féliciter :


Délicieux ! Bien meilleur qu’untel serpent que j’ai bouffé cru au Brésil. Ça t’étonne ? Si tu savais ce que j’ai dû boire ou manger dans mes expéditions… Oui, on me payait pour mais… même sans cela je l’aurais fait ! ( rire étouffé) L’aventure, c’est ma vie… c’était ma vie. Demain (rire accentué) je demanderai du bourbon. Suis pas ivrogne mais ça me manque… *entre autre*

L’excitation de sa compagne l’obligea à d’autres considérations. La pierre fonctionnait à nouveau ? Impossible d’y résister.

Ensemble, groupant leurs désirs, l’ex-diplomate et l’ancienne aventurière parvinrent à soutirer du dieu local des objets de première nécessité. La nourriture, Dick s’en foutait. Jamais il ne lui serait venu à l’idée de réclamer des choses qu’il ne saurait se procurer autrement que par son chef. Il avait de quoi pêcher, saurait chasser au besoin, pourquoi se contenter de ça ?
Corde, billes plombées, racloir affuté, cuir : tout lui fut accordé avec parcimonie.


*Toujours pas de couteaux… Sont prudents ces dieux. Ils connaissent la nature humaine !*

Hobbes et Plaute avaient dit : « l’homme est un loup pour l’homme »
Dans les conditions actuelles cette maxime prenait sa vraie dimension. Ils allaient devoir se battre pour survivre, pour conserver leurs acquis.
La prière du soir effectuée, Richard ne rechigna pas à mettre Amelia au courant de ses projets :


Je pressens une guerre proche. Tôt ou tard, l’un ou l’autre se croira le roi du monde et voudra nous plier sous son joug. Il faut nous tenir prêt à riposter… Non ! (rire étouffé) je ne prendrai pas le pouvoir. Si ça se gâte trop dans ce coin, on ira ailleurs… J’ai la bougeotte ? Peut-être. On ne connait rien de ce monde… bien sûr ce serait stupide de s’embarquer sans bonbon. J’espère que la pierre nous donnera de quoi amorcer une expédition plus lointaine. À mon humble avis, faut pas rester dépendant d’un tas de caillou !

Dick entra son amorce de sourire quand Meeley abonda dans son sens.
La nuit s’annonçait. Un tour de garde s’instaura.

Il réveilla très tôt sa compagne. Autant profiter de la pierre tant qu’elle distribuait.
Malheureusement quand ils y parvinrent, une petite troupe était déjà en place. Pire, des gars bizarres revendiquaient une prise de pouvoir.


*Ah, non !ça va pas recommencer !*

Il en avait trop vu de ce genre de profiteurs, d’esclavagistes. Rien foutre et récolter en menaçant ? Par pour Sir Richard Francis Burton !
Le meneur s’écroula soudain. Le gars audacieux responsable de cet attentat fut aussitôt le point de mire de ses complices. Le fil de pêche pouvait être une arme très efficace. Le poisson qu’il étrangla serait indigeste, et alors ?
Sitôt son méfait accompli, Richard cru bon de vouloir calmer la foule. Quel meilleur endroit que le somment de la pierre ? Elle allait le foudroyer pour son blasphème ? Il n’y songea même pas en l’escaladant à toute vitesse. Tiens ? Un autre gars, celui au coup de javelot meurtrier à peine entrevu, avait la même idée.
Ils se rencontrèrent sur le promontoire improvisé. Regard dans regard, ils se jaugèrent brièvement.


Burton ! se présenta-t-il sommairement. Faut calmer le peuple, non ?

Le blond baraqué accorda d’un signe de tête lui signifiant qu’il lui déléguait cet « honneur »
Devant un auditoire de confrères, Richard était sûr du résultat. Là… ?
Il toussota avant de prendre la parole avec des gestes d’apaisement
:

Ecoutez ! ECOUTEZ-MOI ! On est tous dans la même galère ! Personne n’a le droit de vous imposer quoique ce soit sous quelque prétexte que ce soit. La pierre donne ? Alors prenez ce qu’elle vous accordera si… elle y consent encore après avoir été souillée !

Que raconter de plus ? Il n’était pas orateur, après tout. Descendant de son perchoir, Richard fit amende honorable au caillou.
Mince, ça valait le coup de défendre certaines valeurs. De sa couverture, il dissimula ses « cadeaux » et tenta de repérer Amelia dans la foule pressée d’obtenir ses faveurs.
Mais qu’est-ce qu’elle foutait ?
Toutes griffes dehors, elle massacrait le gars qui avait occis le meneur.


Meeley, une dame ne se comporte pas ainsi… C’est ton voleur de seau ? Ah…

Un poing franc s’abattit sur le fin tarin. Un autre aurait suivit s’il n’avait été retenu par le grand blond roi du javelot.

C’est ton copain ? Alors je te laisse le corriger. Faut pas voler, ça n’entraine que des ennuis. Compris Loulou ?


Loulou, drôle de nom. Richard laissa les « amis » régler leurs comptes. Il sourit à Amelia en lui désignant la pierre.
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