Gods Games

Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
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 Courant d'air.

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Sissi

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Lun 25 Avr - 23:02

Arracher un sourire au héros Grec était une petite victoire. Se montrer frivole en parlant coiffure ? Pourquoi pas ? Souvent on avait traité Sissi d’enfant gâtée. Disons qu’elle connaissait parfaitement
atouts et limites. Renaître était… inédit, inattendu, déstabilisant. Rencontrer Hélène lui avait redonné du courage. Bien sûr, se faire capturer par une bande de gnomes irascibles n’était pas au programme, encore moins que de croiser la route d’autres historiques et non des moindres.
Où avait-elle été pêcher son culot en s’opposant au héros ? Le fait est que là, près du feu, en parlant coiffure, il lui parut… abordable.


Je suivrai tes conseils, Achille. J’en coupe la moitié, je tresse le reste. Je vais dormir. Veille bien.

Le ballon, bien gonflé, la narguait. C’est ce qu’ILS avaient décidé sans trop requérir leur avis.
D’un côté, Sissi leur en était reconnaissante, d’un autre…
Galant, Louis les y fit monter avant de s’épancher contre son copain.


*Faudra les marier ceux-là ! Avec ce que l’on dit sur les Grecs…*


Elle ne voulait pas penser aux mœurs et coutumes. S’envoler était déjà en soi toute une aventure.
Pas trop à son aise, elle adora pourtant. Qu’Hélène soit si malade la désenchanta. Louis fit ce qu’il put, Amelia aussi… On vola au gré des vents.
Fichu temps, malédiction ? Bientôt ils furent pris dans une situation incontrôlable. Elisabeth, incapable d’agir dans ces conditions, ne put que s’accrocher à Hélène :


On va casser du bois… s’écraser mais je suis là, mon amie. On s’en sortira.

Elle ne vit pas trop la suite mais courut telle une dératée quand il le fallut.
Un trou sec les recueillit. Louis était tout bizarre, Sissi sut pourquoi un peu après. Elle faillit hurler quand, jaillis de nulle part, Achille et Richard reprirent la situation en main… L’épaule de Louis aussi.
Douce Hélène. Elle le soutint bien, son roi.
Un bivouac de plus s’amorça.
Burton en tête, on se mit en route.
Attendre… Deux coups sur la corde, ils pourraient suivre. Dieu que Louis avait une sale tête. Il se mordait la chique et dégustait en silence. Amelia bouillait d’une impatience somme toute très naturelle. Ça ne rata pas, elle voulut accompagner Richard dans les méandres souterrains obligés.
Au moins Achille ne grognait pas. Aux petits soins pour Louis, il ne le quitta pas de l’œil.


Deux coups ! On peut y aller.

À la suite l’un de l’autre, ils s’engouffrèrent dans les roches. Brusquement ça freina en tête.


*Un coup ? Un seul ?* Que leur arrive-t-il ? Achille, je suis plus fine, laisse-moi passer.


Autant parler à un caillou. Il refusa tout net et s’obstina à forcer le passage. Menues, elle et Hélène n’eurent aucun mal à franchir le boyau de roche. Louis ne dit rien mais sa tête valait un poème.
Le héros dégagé, Sissi surgit. Beau tableau, pas à dire. Cernés par quatre bestioles peu commodes, Richard et Amelia semblaient « soudés »( ?)


Nous n’avons pas bougé de notre place, tant qu’elles ne se sentent pas menacées, ces créatures sont plutôt…paisibles.

Chat ? Tigre ? Des bestioles, Sissi en avait matées. Clair et net, son ordre jaillit avec un index pointé:


Assis !

Qu’au quart de tour elles lui obéissent la laissa pantoise la 1ère.
Ne les quittant pas de l’œil, elle s’informa :


Il n’y a rien que ces chats ? On était morts de trouille… enfin, moi, je l’étais. Faites du feu ! Louis, non ! Ne nous fait pas ça !


Il tournait de l’œil. L’agitation ne plaisait pas aux bestioles qui rugirent, mauvaises. Glaive en main, Achille était prêt à en découdre.

Fais pas ça !

Une main sur le poignet du héros, elle reprit :

Couchés !

Pourquoi, comment les contrôlait-elle ? Aucune idée mais ça fonctionnait.
Les minets étant dociles, on improvisa un campement. Louis requérait des soins urgents :

Amelia, tu lui as donné un truc utile tantôt, tu en as encore ? Donne-le-lui, s’il te plait.

Elle était très énervée cette grande bringue si maigre. Avec Hélène, elle veilla Louis tout en assurant la tambouille. Un bon feu se bâtit, les provisions cuisirent. Après un repas succinct, Amelia et Richard s’écartèrent… Sissi resta fidèle au poste. Trop marrant, ces minets ! L’un d’eux, une- vint vers elle.

J’ai pu lire les histoires de Kipling. Le tigre, Shere Khan, n’avait pas la cote, le pauvre. Toi, t’es une belle fille. Je te baptise Bagheera.


La langue râpeuse du félin lui donna des frissons. Fouiller cette fourrure composée était… étrange.
Elle le savait attentif à tout mouvement, le glaive au poing :


Elle ne me fera aucun mal. Tu peux dormir tranquille Achille. Merci !

Pourquoi ces larmes ? C’était plus fort qu’elle. Sa vie avait été une belle tromperie, tout du long.
La bestiole lui fournit un très chaud coussin. Elisabeth respira le pelage avec délectation, sans s’endormir pour autant. La main d’Achille sur son épaule la réconforta, un peu, beaucoup( ?).


J’ai tout raté, tout. On m’a vendue au plus offrant. J’ai essayé d’aimer, mais ça n’a pas marché. J’ai tant à déplorer, à racheter. Erreurs, duperies, confusion… Qu’est la vie ? Qu’est la mort ? On était là hier, on est là aujourd’hui… je ne sais pas où je suis. Reste près de moi, Achille, s’il te plait. Bagheera nous protègera.


La fourrure du tigre-lion sous elle, la patte d’Achille sur elle, Sissi se calma.
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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Mer 11 Mai - 0:21

Ce ne serait pas ce jour là qu’ils viendraient à bout de leurs peines. Au contraire, Achille était convaincu qu’elles ne faisaient que vraiment commencer, leurs peines. Derniers détails parés, il fallut prendre congé de ceux qui voleraient. Il ne voulait même pas penser ce que donnerait Louis comme escorte de ces dames mais confiait pleinement au bon sens d’Amelia, qui, soit dit en passant n’avait l’air guère ravie de se séparer de Burton pas plus que celui-ci d’elle. Et voilà que Louis s’amenait avec une tête de circonstance. Ému, préoccupé…triste ?

Ça va faire bizarre sans toi…

*Sûr, il aura pas qui lui crie dessus !*

On se retrouve au soir, Louis…pas de bile !


Mais le 14ème du nom avait plus sur le cœur.


Qu’importe ce qui arrivera. Je serai toujours très fier d’avoir pu compter parmi tes connaissances. Prends soin de toi… et de Richard, bien sûr ! ...

Les atermoiements et Achille, ça faisait deux, peu démonstratif par nature il dut néanmoins s’avouer un peu ému par la solennité du roi de France à l’heure des adieux.

Tu parles comme si on allait jamais se revoir, mon vieux…mais enfin, disons que je suis aussi contente de t’avoir rencontré…maintenant vas y et ne fais pas de folies !

Une bonne accolade mit terme aux émotions du moment.

Ouais, t'inquiète, il n'arrivera rien à personne!

C’est l’idée ! À tantôt !

Demi-tour, barda au dos, il était prêt à partir sans plus de délai. Richard, lui, tint à assister au décollage de l’aérostat. Finalement, ils prirent leur chemin, en silence, ce qu’Achille agréait énormément. Ils étaient deux explorateurs avec une mission à accomplir, pas deux commères de village à échanger des potins. Tous deux étaient des soldats ayant connu des situations bien plus dures. On avançait en silence, plongés chacun dans ses propres réflexions, repérant de temps à autre l’avance du ballon, sans faire de commentaires inutiles. Un immense méandre de la rivière mit fin à leur avance et fit rompre leur mutisme, enfin celui de Burton qui s’enquit :

On se la risque à la nage ?

*Et quoi, sinon ?*

Sans le penser deux fois, il entra dans l’eau. Bravant le courant sans pourtant échanger un mot, ils atteignirent l’autre berge sans problèmes. Peu après, ils durent recommencer la manœuvre pour enfin retrouver un chemin plus régulier. Sans aucun doute, Burton était plus attentif au déplacement du ballon que lui.

Tu vois ce que je vois ?

Oui, ils reviennent. Le courant a changé ce qui ne veut pas dire qu’il ne le fera pas de nouveau !

Très rassurant. Ils continuèrent, le ballon les dépassa peu après et poursuivit son cours normal. Jusqu’à midi où ils décidèrent faire une courte pause pour se désaltérer et croquer un bout sans pourtant entrer en conversation pour autant, ce qui convenait parfaitement à Achille qui n’était pas trop ami du bavardage. Son esprit vaquait ailleurs, très loin de là, à un autre temps…Curieusement, il pensait à sa mère. Résignée à le voir affronter sa destinée, elle n’avait pas moins essayé de changer les données de l’enjeu, comptant avec l’appui de certains Dieux, elle avait voulu déjouer la volonté d’autres. Manque de chance, les « autres » l’avaient remporté. La suite était connue de tous ! Selon lui, les choses n’avaient pas trop changé avec le temps. Dès leur Olympe, les Dieux continuaient leur constante surveillance…leur jeu ? Parce qu’après tout, il ne s’agissait que de cela…

*Parti pris…Qui joue contre qui ? Qui nous favorise ? Qui nous est contraire ?*

Un regard du coin de l’œil vers son compagnon d’aventures lui laissa deviner un peu le décours de ses pensées : Amelia. Il n’avait pas tort de s’en préoccuper, seule là haut avec Louis et les deux reines, l’aviatrice devait maudire sa chance.

Ils finissaient leur pause quand le temps changea brusquement, sans préavis des lourds nuages sombres s’accumulèrent, le vent se leva et le tonnerre se laissa entendre.

Suis pas expert, mais c’est pas bon signe. Vont être secoués là-haut.

Tu peux le dire !

Cela faisait un bon moment qu’ils avaient perdu de vue le ballon. Achille aurait voulu croire que les aéronautes avaient réussi à éviter ce front de tourmente mais en son for intérieur savait qu’il n’en était rien. La confirmation ne tarda guère. Un déluge de fin de monde s’abattait sur la nature et sur eux, le vent se déchaînait en bourrasques de plus en plus violentes, les éclairs zébraient sauvagement le ciel d’ardoise quand soudain la montgolfière fut de nouveau à portée de leurs yeux…et ça ne menait pas large. Un fétu de paille dans la tempête.

Sans besoin de parler, les deux hommes partageaient la même idée. Ils coururent comme des dératés sans se soucier des obstacles du chemin. Ils étaient encore loin quand le ballon s’abattit comme oiseau blessé à mort. Ils accélèrent, au possible le pas ! En arrivant sur les lieux, Achille craignit se trouver face à un spectacle sinistre mais à part l’épave étripée du ballon, il n’y avait point de cadavres ensanglantés en vue.

*Ils auront cherché refuge…Zeus soit loué !*

Richard se posait la même question. Regard avisé aux alentours noyés de pluie. Une ouverture dans la falaise lui sembla une possibilité acceptable.

Là bas, Richard !!!

Ils foncèrent. Juste à temps, Louis, trop près de la pente, s’effondrait. Achille le rattrapa en dernière instance. Le Roi, blême comme un cadavre était inconscient. Hélène, aussi pâle que le 14ème balbutia :

Il…il…son épaule…son…son bras !

En effet le bras gauche de Louis pendait lamentablement. Il le releva et l’amena plus à l’abri. Un examen rapide confirma ce qu’il avait craint. Un coup très fort avait demis l’épaule royale.

C’est pas grave mais ça fera mal ! Soutiens sa tête, Hélène…Richard…cloue le sur place, faut pas qu’il bouge.

Ce n’était pas la première fois qu’il remettait en place un membre démis et savait que cela faisait un mal de tous les diables mais à la guerre comme à la guerre. Genou contre la poitrine de Louis, il tira avec force du bras blessé, l’épaule se remboîta avec un bruit sinistre suivi d’un hurlement de douleur que laissa échapper le roi avant de retomber dans une inconscience plus profonde.

Ça ira.

Il croisa le regard de biche affolée de la reine de Sparte et pour une raison qu’il ne voulut pas approfondir, sa hargne contre elle tomba en point mort.

*Peut être est elle plutôt digne de pitié !*

Reste avec lui…

Richard était du même avis. Les deux reines furent déléguées à veiller sur le bien être de Sa Majesté, ce que, comme bien l’assura Burton, Louis apprécierait, sans doute, énormément. Le feu crépitait gentiment, y laissant le trio installé au chaud, il ressortit à la suite de Richard et Amelia pour inspecter les restes de la catastrophe aérienne. À part provisions et équipement, il ne restait rien à sauver. Toujours sous une pluie diluvienne, les trois rentrèrent à leur campement de fortune où, selon les dires du chef d’expédition, ils passeraient la nuit. De toute façon ce n’était pas avec Louis dans cet état qu’ils iraient bien loin. Les femmes préparèrent le repas qu’ils prirent sans chercher à tenir une conversation. Ils étaient vannés après leurs mésaventures de la journée. Louis demeurait inconscient ou peut être pas tellement mais tirant profit au maximum des soins si tendrement prodigués par une Hélène émue sur les genoux de qui reposait la royale tête.

*Brave gars…il l’aura mérité, d’être dorloté de la sorte !*

Au moins connaissait-il une douce paix, ce qui n’était pas du tout le cas pour tout le monde. Richard et Amelia explorèrent le fond de la caverne. Lui, il resta face au feu à se demander en quoi finirait cette aventure incertaine. À moment donné, il fut tenté de s’approcher de l’impératrice mais la voyant bavarder à voix basse avec Hélène préféra s’abstenir. Au retour de Burton, on se partagea les quarts de veille. Il prit le premier. Que Richard le rejoigne après un moment n’étonna pas trop le héros grec, il devinait aisément que l’explorateur avait trop en tête comme pour concilier le sommeil.

Salut !...

Un peu de repos ne te ferait pas de mal.

Non, sais pas dormir. Louis va bien ?

Un coup d’œil vers le 14ème, royalement installé.

Tout aussi bien qu’on peut l’être dans sa situation, assura t’il, laconique.

Ouais, m’en doute, il va pas rigoler les prochains jours. Meeley lui donnera un de ses médocs, on verra… Il pleut toujours ?

Des cordes. Mais c’est pas la fin du monde.

*Décidément il a pas sommeil, celui là !*

J’ai connu pire.

*Que dirais je ?*

Tantôt je pense que nous irons sous terre, toi et moi, histoire de voir si c’est praticable.

Tu as aussi remarqué le courant d’air. Suis de la même idée, cela nous mènera peut être vers une autre sortie.

*Ou en enfer !*

Tu as fait la paix avec Hélène ?

*C’est quoi comme question, ça ?*

Ne pas lui tordre le cou d’emblée m’a semblé suffisant, si tu veux voir ça comme faire la paix…alors oui.

C’est le mieux. Beau brin de fille, soit dit en passant…

Chose rare chez Burton, il semblait avoir besoin de s’épancher un peu, autant faire l’essai de socialiser un peu.

Fait impossible de démentir, c’était et est encore une femme…éblouissante. Non, pas de celles qui attirent mon attention…la tienne ?

Son rire triste rappela à Achille qu’il n’était pas trop heureux non plus…mais préféra faire abstraction sur le thème. Louis n’aurait pas d’adversaire pour les beaux yeux de la reine de Sparte.

Et l’impératrice ? Elle est de ton temps ou presque.

Sissi ? Intéressante, j’en conviens. Courageuse, pour le peu que je puisse en juger…

Oui, une femme assez étonnante. Mais c’est avec Amelia que tu t’entends le mieux.

Il faillit rire de la tête que tira Burton, son expression était tout un aveu en soi et comme il l’avait supposé, l’anglais n’avait guère envie de s’appesantir sur le sujet et l’envoya dormir, sans plus, ce qu’il agréa sans protester non sans avant avoir jeté un coup d’œil sur Louis qui s’agitait dans son lourd sommeil, toujours soutenu par la plus belle femme qu’ait connu l’Antiquité. Plus loin, Elisabeth, Impératrice d’Autriche et reine de Hongrie faisait semblant de dormir mais on soupir étouffé l’informa du contraire. Amelia reposait un peu plus loin, au calme ? Sans vouloir se soucier plus de son prochain, Achille s’allongea et s’endormit de sitôt.

Il pleuvait toujours le lendemain, les limitant à explorer le fond de la grotte. Impossible s’aventurer à l’extérieur dans ces piètres conditions, surtout en compagnie de Louis qui, même s’il clamait le contraire n’était, décidément pas au top de la forme.

Arrête de dire des bêtises, Louis…C’est pas demain que tu pourras te servir décemment de ton bras !

Le 14ème du nom rouspétait bellement mais on ne voulut rien entendre à son plaidoyer.

Achille et moi allons voir ce qui se passe là-dessous. La corde est longue. Si c’est en ordre, on vous fera venir. Deux coups secs : ça va. Un coup : ça va pas.

Clair et succinct. Louis tenta encore sa chance, Burton le fit taire en lui recommandant de veiller sur les femmes de l’expédition, ce qui, normalement, ne serait pas pour lui déplaire. Sans plus de commentaires, Achille et Richard, munis de torches et du rouleau de corde, s’enfoncèrent dans les entrailles souterraines. Si au début ils purent avancer debout cela ne tarda pas à se corser. Les deux étant de bonne taille, il leur fallut bientôt se courber et peu après ramper. L’étroit couloir finit par ressembler à un sinistre boyau qui les enserrait de toute parts, provoquant l’angoissante sensation de se trouver quasiment emmurés. Cette reptation infernale les mena jusqu’à un élargissement et un trou béant qui tombait à pic. Richard qui allait en tête, emporté par son élan faillit y basculer, seul un réflexe rapide du guerrier lui évita une vilaine chute.

Ça va, merci ! Attends, je regarde.

La lueur de la torche révéla une poche dans l’étroite cavité, suffisamment large pour les accueillir tous les six.

Tire deux coups. C’est bon !

Achille obtempéra sans commentaires et s’adossant à la paroi rocheuse ferma les yeux, essayant d’enrayer l’oppression qui lui serrait la poitrine. Il n’aimait pas les endroits étroits et celui-ci l’était par excellence mais ce n’était pas le moment de démontrer une faiblesse quelconque et encore moins de défaillir alors que les autres comptaient sur lui. Si Burton remarqua quelque chose, il se garda très diplomatiquement d’en parler. Parfois un compagnon silencieux est une bénédiction du ciel et en cela, les deux hommes s’accordaient à la perfection. Le reste du groupe ne fut pas trop long à les rejoindre. En les voyant débouler du boyau, Achille devina que Louis avait cruellement souffert de la dernière étape mais se taisait gaillardement. Pour rien au monde il ne démontrerait souffrir…pas face à trois jolies femmes. Le temps de détailler un peu les lieux, guère accueillants, Amelia réclamait le droit d’accompagner Richard le reste de l’exploration. La miss ne manquait pas de bons motifs pour sa demande.

Je prends ta place, Achille…Pas la peine de protester…

Ai pas ouvert la bouche !, grommela t’il en refrénant l’envie de sourire.

Les autres trouvant leur mot à dire, elle poursuivit avec son argument

Ça devient étroit, si je ne me méprends pas…je suis quand même un peu plus étroite d’épaules qu’Achille, non ? Imaginez vous qu’on arrive à un point où…il faut quelqu’un de plus mince pour continuer…

Ce en quoi elle n’avait pas tort même si Achille se doutait bien que tant de bienveillance n’avait rien à voir avec la largeur de ses épaules. Si c’était le cas, il voulait bien savoir comment se dépatouillerait Richard à l’heure de rester coincé quelque part, mais bien entendu, il se garda bien d’en discuter. Louis, comme toujours voulut avoir le dernier mot mais un bon coup de coude bien placé le fit taire avant de dégâts majeurs.

On attend votre signal.

Ils contournèrent la crevasse et se perdirent dans ce qui était sans doute la continuation du boyau. Restés seuls, ils s’accommodèrent le mieux possible en attendant qu’on les appelle. Il aurait voulu pouvoir s’octroyer un petit roupillon mais dans un endroit inconnu il valait mieux se maintenir alerte et de toute façon, impossible de fermer l’œil avec le babil incessant de Sa Majesté le roi de France, qui avait une histoire à point pour chaque situation. Au moins cela distrayait un peu ces dames, les faisant oublier un peu la précarité de leur situation. Hélène restait suspendue à ses lèvres, comme une enfant ébahie à qui on promet la lune. Elisabeth souriait, faisait de temps à autre un commentaire avisé et personne ne sembla attendre qu’il fasse un apport quelconque à la conversation.

Combien de temps se passa t’il ? Il n’en avait pas la moindre idée, cela lui avait semblé des siècles mais quand la corde tressauta deux fois, Achille réagit au quart de tour.

Je passe le premier. Louis, tu fermes la marche. Mesdames…

Sans se faire aucune illusion, il pénétra dans le boyau, dix pas plus loin ca commençait à s’étrécir désagréablement quand un autre et unique coup de corde les mit en alerte.

Que leur arrive-t-il ? Achille, je suis plus fine, laisse-moi passer.

Il se tourna vers Elisabeth qui venait de parler et la considéra, grave.

Non. Je reste en tête, on ne sait pas ce qui peut nous attendre. Vous restez derrière moi, Majesté.

Ainsi fut fait. La reptation fut très bientôt de mise et ca s’étrécissait de plus en plus. La progression se fit lente et douloureuse. Les arêtes vives de la pierre l’écorchaient méchamment. A moment donné, une plainte échappa à Louis malgré ses efforts de bravoure. Inutile de leur demander de se dépêcher, impossible de faire plus vite vu les circonstances. Bon an, mal an, ils parvinrent au bout de leurs peines immédiates et sortirent du boyau pour se retrouver dans une ample cavité illuminée par …des champignons lumineux ? Il n’avait rien vu de semblable de sa vie et savait ne pas être au bout des surprises.

Richard et Amelia , très près l’un de l’autre se trouvaient là…accompagnés de quatre créatures étranges qui ne se montrèrent pas trop amicales à leur apparition. L’aviatrice crût bon donner une petite explication.

Nous n’avons pas bougé de notre place, tant qu’elles ne se sentent pas menacées, ces créatures sont plutôt…paisibles.

En tout cas là, elles ne semblaient pas ravies de les voir, les bestioles. Leur grondement se fit menaçant alors se produisit l’inattendu, d’un ton péremptoire Elisabeth d’Autriche ordonna aux bêtes…de s’asseoir, ce qu’elles firent à l’instant.

Comme des braves toutous !

Mais le moment n’était pas à se réjouir de sitôt, trop d’efforts avaient éreinté Louis qui sans plus tourna de l’œil ce qui déclencha une nouvelle vague de rugissement et attitudes menaçantes. Cette fois Achille se munit de son glaive prêt à se battre au besoin.

Fais pas ça !

De mémoire d’Achille aucune femme n’avait osé lui donner un ordre mais sa main douce retenant son poignet arrêta son geste aussi sûr que son regard puis d’une voix ferme elle ordonna aux « chats » de se coucher, ce qu’ils firent.

*Étonnante femme…elle a le pouvoir d’apaiser les bêtes !*

Il poserait des questions plus tard, pour le moment, Louis requérait toute leur attention. Amelia lui donna de ses médicaments et on l’accommoda près du feu, le plus confortablement possible. Achille resta un moment auprès de son ami souffrant puis céda la place à Hélène. Ils avaient mangé en silence, sans quitter les bêtes des yeux mais celles-ci se montraient d’une docilité inexplicable puis chacun prit ses quartiers pour la nuit sans avoir la moindre intention de dormir. Voir une des bêtes s’approcher de l’impératrice le mit sur avis, il fit de même, sans lâcher son arme. Mais au lieu d’une attaque sournoise, l’animal se comportait comme un chat domestique en quête de câlins.

Elle ne me fera aucun mal. Tu peux dormir tranquille Achille. Merci !

Je n’ai pas sommeil, on ne sait jamais comment ça peut tourner.

Si l’attitude du « chat » l’avait surpris, celle de la jeune femme éclatant en sanglots le prit de court.

Du calme…tout va aller bien !

Il n’y croyait rien mais n’avait jamais su comment s’y prendre face à une femme éplorée, à part se mettre en colère mais cette fois ce serait complètement déplacé. Sans cesser de sangloter, elle avait posé la tête sur le flanc de l’animal et parlait. Une douloureuse confession, des doutes, des craintes.

Il posa sa main sur son épaule, cela sembla la calmer un peu.

J’ai tant à déplorer, à racheter. Erreurs, duperies, confusion… Qu’est la vie ? Qu’est la mort ? On était là hier, on est là aujourd’hui… je ne sais pas où je suis.

Sourire amer.


Il en va de même pour nous tous… Je pense que, qui que nous soyons ou d’où que nous venions, celle-ci est une espèce de…nouvelle opportunité…recommencement peut être ? Amendement de nos fautes ? Expiation de nos pêchés ? Je n’arrive pas à cerner la raison de notre présence ici…est ce une récompense…ou une punition ?...Mais on n’est pas près d’avoir une réponse…mieux pas torturer ton esprit avec tout cela…On est là, c’est ce qui compte pour le moment…maintenant, essaye de dormir, il faut se reposer !

Reste près de moi, Achille, s’il te plaît. Bagheera nous protégera.

Cette requête sans ambages le surprit, agréablement. Cela faisait combien de temps déjà depuis qu’une femme avait exprimé le désir de le savoir proche ? Sûrement quelques dizaines de siècles mais il savait bien ou voulait l’imaginer ainsi, qu’Elisabeth d’Autriche ne demandait pas cela mue par quelque obscur et soudain désir, seulement parce qu’elle avait besoin de sentir la présence d’un autre être humain…après tout, sa réputation n’était pas celle d’être rassurant…loin de là.

Je ne bougerai pas, dors…

Si elle ne se méfiait pas du minet et ses compagnons ce n’était pas pour autant qu’il ferait de même. La digne Impératrice s’était calmée mais à sa respiration, il devina qu’elle ne dormait pas.

Parle moi de toi…de ton temps. Je suis curieux de savoir ce qui a pu se passer après Troie…même si ce doit être trop demander…Je me doute bien qu’il ne reste pas grand-chose de la gloire de la Grèce que j’ai connue…Trop de division, trop d’ambition…Ah bon ! Tant que ça ?...Au moins on aura laissé un bon souvenir…ou presque !

Les révélations que faisait Elisabeth de sa voix douce le laissaient pantois. Il s’en était passé des choses depuis…son temps mais même si le progrès de l’humanité était déjà impressionnant du temps de la jeune femme, l’essence de l’être humain demeurait immuable. Rien de trop réjouissant, après tout. Philosopher sur le thème ne menant à rien et la fatigue se laissant sentir de plus en plus, ils se turent. Autour d’eux, tous dormaient, les étranges bêtes aussi.

Je ne crois pas qu’un Cyclope roublard vienne nous égorger si on dort un peu…

Elle rit doucement le faisant sourire...attendri ? En tout cas, c’était une agréable sensation celle qui l’envahit, l’engourdissant presque. Il lutta encore contre le sommeil mais celui-ci finit par avoir le dessus…À quel moment s’allongea t’il près d’elle ? Il n’aurait su le dire mais si sa proximité la rassurait, la sienne apaisa ses rêves…
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Ven 13 Mai - 11:41

Ah, ce second vol, Louis s’en souviendrait ! Autant qu’il sache, il n’avait commis aucune gaffe. Qui aurait pu prévoir un tel déchaînement des éléments ? Ses prières n’y avaient rien changé, ils avaient cassé du bois selon l’expression d’Amélia. Son bras était-il le bois en question ?
La douleur lui avait fait tourner de l’œil. Il n’eut qu’un bref moment de lucidité quand une autre vague de douleur l’avait fait crier. Louis le grand n’était pourtant pas une mauviette. Sa santé en avait vu de toutes les couleurs pendant son long règne mais jamais il ne s’était brisé de membre. Dans son éclair de conscience, il avait entrevu Achille : c’était lui qui le torturait. Sûrement un mal pour un bien. Mais il avait aussi aperçu Hélène et son air affolé avait adouci bien des choses.

Apaisé, sa tête reposant sur le plus doux des coussins, Louis rêva.
La clairière était recouverte d’herbes tendres, il s’y promenait en tenant la reine de Sparte par la main. Hélène souriait, tout était bien. Au détour d’un sentier, il eut un sursaut. Embarrassé, il vit arriver vers eux Melle de La Vallière… sa première maîtresse officielle, sa 1ère Françoise. (même si tous l’appelaient Louise)


Bonjour Louis ! Pas besoin de moi pour jouer les paravents, dirait-on ! Tu es incorrigible.

Euh… Louise, comment vas-tu ?

Ben, toujours morte ! Comme toi.

Je t’ai beaucoup aimée Louise… nous avons eu de si beaux enfants. Tu n’as jamais voulu revenir, et…

Dieu est plus grand que toi, Louis et… moins exigeant. Bon courage pour le supporter Mademoiselle !

Louise passa son chemin en saluant Hélène qui ne sembla pas troublée par cette rencontre.
Un peu plus loin, là Louis paniqua. Fonçait sur le couple une Athénaïs passablement furieuse.
Chevaleresque, Louis se mit devant Hélène. Sa seconde Françoise avait toujours eu un tempérament de feu et des colères fracassantes.


Pas de rogne, point de grogne, Athénaïs. Tu as obtenu, plus que toutes les autres !

Tu crois tirer ainsi, Loulou ? Et puis c’est qui, celle-là ? Je croyais que Mme Scarron t’avait guéri ?

Je… Oui, mais… On est morts, là ! Ça change tout, non ?

Que tu crois, Louis ! Jamais je ne te pardonnerai d’avoir fait d’elle ta reine, et pas moi !

Ouf, elle quitta le sentier à grands pas énergique. Par bonheur, Hélène ne dit toujours rien.

*Si ma chère Françoise se pointe, je suis bon pour l’asile ou la baffe !*

La cerise sur le gâteau déboula bientôt. Belle, humble, souriante, sa 3ème Françoise marcha vers eux.

Bonjour Louis, mon ami. En charmante compagnie, je vois…

Françoise, ma mie… je suis désolé mais…

Ne t’inquiète pas Louis. J’ai été parfaitement heureuse avec toi. Sois-le aussi, si tu peux. Tu as fait un bon choix ! Un excellent choix !

Dans un éclair, il aperçut le doux sourire d’Hélène mais tout bascula.
Louis volait au-dessus des nuages. Normal après ses récentes aventures sauf qu’il volait sans ballon, tel un oiseau. Il se serait senti très heureux s’il n’avait soudain vu les murs d’une forteresse se dresser non loin. Quoiqu’il tentât pour dévier sa direction, Louis fonçait dessus comme si elle l’aspirait.


*Je veux pas y aller ! Je veux pas !*

Au même moment, il chut mieux qu’un caillou. L’écrasement était inévitable. Paniqué, il se débattit fortement et parvint à placer une prière, paupières crispées. Miracle ? Il lui sembla que sa chute ralentissait. Lorsqu’il ouvrit les yeux, une vive lumière l’environnait, chaleureuse. Il sourit :

Hélène…

Sa nuit se passa ainsi, en alternance d’inconscience et flashes de lucidité. À chaque fois qu’il ouvrait les yeux, elle était là.
Matin vaseux, douloureux et… honteux. Etait-ce là l’attitude d’un roi que de s’évanouir telle une jouvencelle effarouchée ? Hélène devait avoir une bien piètre opinion de lui. Toutes les femmes étaient aux petits soins pourtant.
Richard semblait avoir décidé d’un plan d’exploration souterraine, plan dont il était évidemment exclu, de quoi le mettre en joie. En d’autres temps, il aurait clamé au crime de lèse majesté, là il se contenta de protester et bouder :


Pourquoi vous voulez pas de moi ? Je ne suis peut-être pas en état de grimper les rochers mais suis pas si mal en point que ça !

Bravache, il amorça un geste du bras qui le fit blêmir. Amélia lui sauva la mise en déclarant :

Louis, calme toi…tu ne gagnes rien à te mettre dans pareil état…Laisse moi plutôt voir ton bras…et avale ça !

Les cachets sentaient mauvais, Louis fit la grimace en les avalant avec l’eau donnée. Puis il fallut suivre la corde tendue entre les deux équipes. Avec des sac-à-dos, marcher dans ces galeries à la lueur de torches n’était guère aisé. De plus quand il vous manque un bras pour garder l’équilibre… Louis pesta plusieurs fois quand il choppa sur un caillou où l’autre surtout que, malgré les médicaments de Miss Earhart, il crevait de mal. Sans la sollicitude sans faille d’Hélène derrière lui, sûr que Louis n’aurait pas si bien tenu le coup d’autant qu’il leur fallut ramper pendant un moment.
Enfin, ils rejoignirent les éclaireurs. Achille et Richard semblaient satisfaits de leur trajet. Chose qui ne surprit personne – sauf peut-être le principal intéressé – Amélia décida de prendre la place du héros grec en tête de la cordée. Le sourire entendu d’Achille fit rigoler Louis qui ne put s’empêcher d’imiter un roucoulement de pigeons amoureux.
Dès que le couple fut éloigné, les quatre réservistes s’installèrent au mieux. Il fallait meubler le temps mort, n’est-ce pas ? Louis se dévoua.


Cette caverne m’en rappelle une autre que j’avais fait aménager dans les jardins de mon palais. Celle-ci est beaucoup plus rudimentaire, évidemment. La mienne possédait un bassin d’eau vive et était entièrement décorée de coquillage près de la fontaine du même nom… un bijou. J’y ai passé des heures splendides à… euh…¨trousser Melle de Fontange* rêvasser et écrire des poèmes. Parfois j’y donnais des concerts privés, l’acoustique y était extraordinaire… Mon Versailles… ma plus belle conquête !

Il s’étala joyeusement sur son sujet favori en évitant de trop penser à la cuisine perdue que son royal appétit regrettait amèrement.
Enfin, les deux secousses attendues se produisirent. Aussitôt Achille réagit :


Je passe le premier. Louis, tu fermes la marche. Mesdames…

On se remit donc en route à la suite du prince des Myrmidons. Le rétrécissement notable devait affreusement gêner Achille. Soudain, tous perçurent une secousse sèche sur la corde.

Aïe ! Ils ont des ennuis ! Qu’est-ce que l’on fait ?

Question idiote : il fallait accélérer et leur prêter main forte au besoin. L’impératrice d’Autriche souhaita passer en tête.

*Elle sait pas à quel entêté elle a affaire*

Il fallait encore ramper. Louis était au supplice. Vous avez déjà essayé de faire ça avec un seul bras et l’autre amoché ? La sueur l’aveuglait presque quand il déboucha sur un spectacle surprenant dont il rata les trois quarts en voyant les lumières des champignons phosphorescents papillonner devant ses yeux.


*Et merde !*

On lui donna quelques claques, lui fourra les horribles cachets en bouche et de l’eau. Obligé d’avaler, Louis faillit s’étrangler. Entrevoyant Achille penché sur lui, il murmura :

Je veux crever au soleil ! Tu m’y conduiras, hein ?

Le délire le reprit.

Louis se vit seul à une grande table identique à celles de jadis. Vaisselle d’or et d’argent, cristaux, tout scintillait. Le service débuta. Les valets se succédèrent apportant les potages. Grand amateur et affamé, Louis en dégusta plusieurs assiettes différentes. Le second service de rôtis et salades l’enchantèrent. Il goûta de tout avec appétit. Entremets et fruits succédèrent, le roi était comblé et repu. Une main se posa sur son épaule lui arrachant un cri. Derrière lui Achille ordonna :


Encore un tour, votre majesté !

La ronde des plats recommença. Louis cala.

J’en peux plus, je vais éclater !

Richard et Amélia s’en mêlèrent, lui fourrant des cuillères en bouche :

Une cuillère pour Achille ; une cuillère pour Hélène…

Hélène, sauve-moi !

Loin de l’aider, la belle lui força un verre de vin dans les lèvres. Il but, but, à croire que ce verre n’en finissait plus. Elle voulait le noyer ou quoi ?
En fait oui, il se noyait. Emporté par un fleuve de vin ressemblant à du sang, Louis y montait et descendait sans pouvoir rien faire d’autre que de respirer par intermittence. Le fort courant l’empêchait de lutter, Louis se laissa dériver. Soudain, il heurta un obstacle et but la tasse. Un réflexe lui permit de s’accrocher à cette chose solide ; il remonta à la surface. Ayant fermé les yeux une grande partie de son périple aquatique, le roi s’ébahit face au spectacle devant lui : le ciel ! Là-bas, en aval, le fleuve débouchait de la roche par une ouverture lumineuse donnant sur un décor splendide de forêt tropicale.


*C’est le paradis !*

Une joie immense l’habita. Il voulut se décrocher de son soutient mais ce fut celui-ci qui bougea.
Ce n’était donc pas un rocher ? Paniqué, Louis constata qu’il était sur le dos d’une bestiole qui partit dans un rodéo furieux pour se débarrasser de lui.

Louis s’éveilla en nage.


*Bon Dieu quel cauchemar*

Autour de lui, dans la lueur des champignons phosphorescents, le monarque reprit pied dans la réalité. Ils étaient tous endormis, même les drôles de tigres. Hélène n’avait pas quitté son chevet. Achille semblait veiller sur l’impératrice tandis qu’un peu à l’écart, Richard et Amélia, tendrement enlacés, faisaient sans doute de doux rêves.
Assez péniblement, Louis se releva. La douleur bien présente dans son épaule lui parut néanmoins plus supportable. Un des hybrides redressa l’échine, Louis déglutit :


Tout doux ! Je veux juste aller voir un peu plus loin. Euh… tu viens ?
*Louis, tu deviens chèvre de demander à un animal de t’accompagner*


Pourtant, à sa grande surprise, l’animal accepta.
Regardant mieux la cavité où ils se trouvaient, Louis y constata plusieurs ouvertures. Laquelle choisir ?
Prudent, il s’avança vers l’une d’entre elles, ce qui provoqua un feulement du fauve.


Ah, murmura Louis, perplexe. Pas par là ? Par où alors ?

L’animal dans sa démarche souple, roula des épaules vers l’homme.


Gentil, gentil, le matou…

L’épaisse fourrure le frôla, Louis ne trembla pas. Puisque le félin semblait savoir où aller, Louis lui emboîta le pas. La galerie dans laquelle ils cheminèrent était praticable sans peine, éclairée ça et là par des champignons, en plus.

*Louis tu devrais prévenir les autres ou tu vas encore te faire engueuler !*


La curiosité était trop forte. Il suivait l’animal sur une bonne centaine de mètres quand il perçut des bruits inédits.

*De l’eau ! Il y a une rivière souterraine !*

Le sentier longé devint glissant par la forte humidité régnante. Impassible, l’hybride avança encore puis stoppa et se retourna.
Pas trop sûr de lui, Louis le rejoignit et dut secouer la tête histoire d’être éveillé. Là, devant lui, s’écoulait une rivière rouge sang.
Tout à sa contemplation ébahie, il ne remarqua pas que l’on se glissait dans son dos. Quand une main se posa sur son épaule saine, Louis hurla puis soupira :


Achille ! Préviens moi, la prochaine fois ! Tu m’as flanqué la trouille… quoi ? Ouais, je sais que j’aurais dû prévenir mais tu vois, ça valait le coup… Ben, parce que c’est par là que l’on doit aller… Je le sais parce que je venais d’en rêver… Non, c’est pas idiot, c’est vrai… ça débouchera à l’air libre, tu m’entends Achille : j’ai vu le soleil, je le jure !

Mitigé, le prince observa les remous du courant puis ordonna le repli.
Comme Hélène avait l’air soulagé de le voir reparaître ! Louis en fut tout réchauffé.


J’ai trouvé un passage, claironna-t-il à l’entourage. Je vais nous touiller un plat puis on ira, hein Achille ?

La délibération serait ardue…

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Hélène, la belle de Troie

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Sam 21 Mai - 14:31

Le Destin leur jouait des drôles de tours. Cette nouvelle existence se révélait pleine de sursauts et contretemps mais Hélène commençait à croire qu’elle pourrait s’en sortir…après tout, elle avait survécu à la brève captivité des « tout petits », Achille ne l’avait pas égorgée, même en sentant les affres de l’agonie l’étreindre, mêlées à une terreur sans nom, elle avait surmonté son premier vol en ballon et la conséquente chute catastrophique, tout en restant d’une seule pièce. Ce tout résultait quand même assez encourageant. Elle se sentait rassérénée et bien plus maîtresse de ses émotions en prenant soin de ce cher roi souffrant. L’écho de son dernier hurlement lui serrait encore l’âme, il avait dû souffrir l’indicible pour crier de la sorte. Elle le devinait brave sous son apparence joyeuse si pleine de charme. Il était si plein de délicates déférences et sa façon de s’adresser à elle était un baume miraculeux pour son cœur meurtri et craintif.

Achille avait veillé à ce que Louis soit accommodé le plus confortablement possible. Il se faisait vraiment de la bile pour son ami et Hélène se dit que sous ses dehors inflexibles et durs, le guerrier semblait cacher un bon cœur…chose qu’elle n’avait songé à envisager auparavant. Sissi lui tenait compagnie et elles bavardèrent à voix basse, alors que presque sans en être consciente, elle caressait les boucles brunes du roi endormi ou à demi inconscient. Amelia et Richard avaient disparu faire un tour de leur restreint horizon puis chacun se retira pour un repos bien mérité, sauf Achille qui resta face au feu, montant la garde. Hélène s’appuya contre quelques fardeaux que l’impératrice avait accommodé de sorte à qu’ils lui servent de dossier, moins dur que la pierre nue. Elle ne voulait pas s’endormir mais veiller Louis qui semblait bien inquiet. À plusieurs reprises il sembla émerger de quelque songe angoissé alors elle avait caressé son front moite en lui souriant. À moment donné, il avait murmuré son nom avec un soulagement si évident qu’elle s’en était sentie toute émue.

Je suis là…dors, Louis…tout va bien…dors !

Le sommeil eut tout de même le dessus, après tout cette journée n’avait été exempte d’émotions et soubresauts de tout genre. Le petit matin glauque accueillit le réveil du groupe. Il pleuvait toujours et aux dires du chef d’expédition, il serait impossible d’entreprendre autre chose que l’exploration de l’intérieur de l’endroit qui les avait accueillis, surtout dans l’état du Quatorzième du nom qui n’était pas en forme pour aller courir par monts et par vaux, même si un peu ragaillardi, il se trouva l’esprit de protester.

Pourquoi vous voulez pas de moi ? Je ne suis peut-être pas en état de grimper les rochers mais suis pas si mal en point que ça !

Elle aurait voulu intervenir mais la rousse la devança et fit taire Louis en lui donnant quelque chose qui l’aiderait avec la douleur et lui recommandant de se tenir tranquille.

Amelia a raison, Louis…vous devez récupérer vos forces, tout ira bien après !

Il ne sembla pas agréer cette passivité imposée mais un peu plus tard, quand ils durent suivre le même chemin pris par Richard et Achille, elle ne fut pas dupe des souffrances qu’endurait le roi et le soutint de son mieux mais quand il fut question de ramper, il dut se débrouiller seul. En avançant dans cet embout étroit aux arêtes mordantes, Hélène remerciait le ciel d’être petite et menue, ce qui lui permettait d’y passer sans grand mal, devinant que cela n’avait été guère aisé pour ceux qui les avaient précédés. Ils aboutirent enfin à un endroit plus large où les attendaient Achille et Richard. Qu’Amelia décide remplacer le prince des Myrmidons et accompagner Richard pour la suite de la prospection ne surprit presque personne, en tout cas Achille semblait s’en amuser tout autant que Louis qui se permit même d’émettre des roucoulements illustratifs.

*On dirait deux gamins !*

Restés seuls, il ne resta aux quatre que s’accommoder de leur mieux et attendre. Louis, comme on pouvait s’y attendre, sembla oublier ses misères et meubla allègrement le silence d’une de ses innombrables anecdotes sur son Versailles bien aimé.

*Tant de fastes, tant de pouvoir…et se retrouver réduit à ceci…quel cœur noble et courageux, pas une plainte…au contraire, quelle humeur !*

Mais la suite fut loin d’être confortable. Il y avait urgence et malgré les multiples embûches de ce chemin étroit, le petit groupe rejoignit Richard et Amelia dans une salle plus vaste, mystérieusement éclairée par des champignons lumineux…et ils n’y étaient pas seuls. Quatre créatures magnifiques, inimaginables, montaient une garde suspicieuse, menaçante mais furent vite calmés par Elisabeth de façon spectaculaire.

*Les bêtes lui obéissent comme si elle était leur maîtresse !*

Sauf qu’elle n’eut aucun temps de prêter attention à d’autres détails, éprouvé par tant d’efforts, Louis s’évanouissait. Elle ne put le retenir dans sa chute, à peine si l’amortir.

Louis…Louis…ne nous faites pas ça !!!

Achille s’occupa de l’aider à étendre confortablement le roi, Amelia de lui faire avaler encore ces cachets miraculeux. Fiévreux, exténué, Louis, partait dans les limbes du délire. Elle aurait pu en pleurer mais resta en retrait, laissant Achille auprès de son ami jusqu’à ce que celui-ci lui demande de reprendre sa place. Toute animosité semblait avoir disparu chez le guerrier. Revenue auprès du malade, Hélène n’eut qu’yeux et ouïes pour lui, se désintéressant totalement de son entourage. Ce qui put se dire ou se passer lui échappa, seul comptait Louis agité par Zeus sait quels rêves.

*Tu songes à ta vie splendide, mon pauvre roi…égaré comme nous tous dans ce monde inconnu…puissent tes rêves être plaisants…*

Mais si on tenait en compte son agitation, ils ne devaient pas être trop joyeux…ou du moins pas trop placides, ses rêves !

Hélène se réveilla en sursaut. Horrifiée, elle découvrit l’absence de Louis. À quel moment le sommeil l’avait il vaincue ? Depuis quand était parti Louis ? Où était il allé ? Se relevant d’un bond, elle promena un regard angoissé sur les alentours immédiats. Le calme régnait sur leur campement. Tous dormaient, fauves compris. Richard et Amelia serrés l’un contre l’autre…et Achille près de l’impératrice, veillant jalousement son sommeil même s’il dormait aussi comme un bienheureux. Bienheureux qu’il fallut réveiller au risque de se faire étrangler.

Achille…Louis a disparu !!!

Cela suffit amplement pour que le grec oublie un grief quelconque érigé à son encontre.

Je…je me suis endormie et…en ouvrant les yeux…il était parti !!!

De façon surprenante il lui demanda de se calmer et de rester là pendant qu’il allait le chercher. Elle le vit s’éloigner en maudissant la curiosité de Louis et son peu de jugeote. Tant de remous avaient fini par éveiller le reste.

Louis…a disparu…et Achille est allé le chercher…

Force fut de se rendre compte qu’une des créatures avait aussi déserté le camp. En plein désespoir, Hélène se laissa choir prés de Sissi, en pleurant à chaudes larmes.

Si cette créature l’a entraîné…il est peut être mort, elle l’aura dévoré…Louis ! Mon pauvre Louis…

Sissi la consola de son mieux, lui assurant que les créatures ne songeaient pas à les attaquer, qu’elles étaient amicales et comme pour le prouver appela celle qui l’avait accompagnée toute la nuit. L'animal s’approcha, confiant, en ronronnant comme un petit chat content et laissa même qu’Hélène flatte son pelage, ce qui eut l’heur de la calmer un peu. Richard lui assura que le Roi était assez enclin à se fourrer dans des pépins impossibles mais que jusque là Achille avait toujours réussi à l’en tirer. Ils en eurent la preuve un moment plus tard quand un Louis tout guilleret déboula d’une des ouvertures adjacentes suivi d’un Achille au semblant réfléchi et de la docile créature.

J’ai trouvé un passage. Je vais nous touiller un plat puis on ira, hein Achille ?

Elle était si heureuse de le voir que levée d’un bond, courut vers lui, radieuse.

Oh Louis…bénis soient les Dieux…tu es vivant…j’ai eu si peur !!!


Le sourire goguenard du guerrier la freina dans son élan de sauter au royal cou, reprenant un peu de contenance elle s’offrit plutôt à aider Louis dans la confection du repas promis, sans pour autant pouvoir taire ses reproches.

Comment avez-vous pu faire cela ? J’ai pensé les plus horribles choses en découvrant votre absence…Quoi ?...Que pourquoi je passe du « tu » au « vous » et à l’inverse ?...Excusez moi…je me laisse emporter…Ah bon…si cela ne…te gêne pas…Oui, en vérité, vu les circonstances on n’a que faire du protocole…ce qui de toutes façons n’excuse en rien cette manière si cavalière de disparaître et nous mettre tous en émoi !...Bien sûr que j’étais préoccupée…folle d’angoisse à dire vrai…

Il sembla ravi de l’apprendre et mit tout son enthousiasme à leur concocter un gentil repas qui savait merveilleusement bien. Puis vint le moment des explications. Guidé par la créature, Louis avait découvert un passage menant à une rivière, qui selon ses dires, aboutissait à l’extérieur, dans une forêt magnifique…sous le soleil.

Mais voyons, Louis…tu as vu la forêt ? Achille n’en dit rien, lui…

Contrit, le monarque reconnut n’en avoir que rêvé mais qu’il était sûr de ses affirmations. La rivière était leur unique façon de quitter ce monde souterrain. Après maintes délibérations, on décida d’aller tous voir de quoi s’agissait la fameuse trouvaille. Achille crut bon recommander de déménager leur campement, les berges de la rivière lui semblant plus plaisantes que cette caverne et ses champignons fluorescents. Ainsi fut fait, corps et biens transportés et toujours accompagnés des singuliers félins, ils découvrirent le cours d’eau…aux flots rouges comme le sang.

*Comme l’ont été les eaux du Scamandre…*

Elle devina qu’Achille avait eu la même pensée, qui dans son cas, n’avait rien de trop agréable puisqu’il avait failli y périr aux prises avec le dieu-fleuve, vengeur des Troyens qu’il avait massacrés.

Pendant que les autres, installés autour du feu, discutaient la meilleure façon de suivre la rivière, Hélène s’approchait de la berge, attirée par l’éclat de quelques cailloux colorés. Comme en songes il lui sembla entendre la voix d’Achille, lançant un avertissement…trop tard, le bord de l’eau devenait glissant…elle perdit sottement pied et tomba `dans les flots écarlates, avec un cri…


Battant de bras et jambes, Hélène paniqua avant de pouvoir ressortir à la surface en toussant et crachant l’eau avalée juste pour voir Louis qui plongeait vaillamment à sa rescousse alors qu’Achille lâchait un juron et se lançait à sa suite. Sa Majesté, le roi Soleil ne manquait pas d’excellentes intentions mais n’était pas un bon nageur avec son bras amoché, Hélène, assez affolée s’accrocha pourtant à lui et là, ils furent à deux prêts à la noyade mais de la rive on lançait une corde et Achille les rejoignait…en les abreuvant d’imprécations.

Ruisselante et honteuse, Hélène fut hissée sur le rivage par la main secourable de Richard, alors que le guerrier s’occupait de Louis qui crachait de l’eau comme chat après une baignade forcée.

Je…je suis désolée…je ne…voulais pas causer tant d’ennuis…c’est que…ces…cailloux si beaux…

Piètre excuse, digne d’un enfant sot et curieux…mais qui leur permit d’établir certaines conditions favorables. Le courant n’était pas fort, l’eau était à une température agréable qui leur permettrait de s’y aventurer à la nage. Elle et Louis eurent droit à un petit sermon bien senti sur prendre des risques insensés et il fallut promettre faire attention, suivre les indications et surtout ne pas se laisser aller à la curiosité, ce qui dans leur cas, semblait être un handicap de taille…

Mais quoiqu’il en soit, Hélène était heureuse, comme jamais auparavant…S’asseyant auprès d’un Louis contrit mais souriant, elle glissa timidement sa main dans la sienne :

Tu es fou de courir pareil risque pour moi…mais merci…merci mille fois…mon héros !

Par là se laissa entendre un profond soupir résigné…avant que ne fusent des ordres précis. Si la rivière pouvait les mener vers l'extérieur, on n'allait pas lambiner en chemin ni épargner d'effort pour y parvenir. Si eux pouvaient nager ou flotter au moins, il fallait encore transporter l'équipement. L'idée était simple: construire une espèce de radeau et pour cela trouver les matériaux nécessaires. La journée se passa à confectionner l’embarcation de fortune.

Après quelques heures de sommeil, les expéditionnaires se mirent...à l'eau. Le radeau flottait convenablement. Ils se laissèrent porter par le placide courant...sans trop s'étonner d’être suivis par leurs nouveaux compagnons à quatre pattes qui ne semblaient pas se plaindre de la baignade. On aurait pu jurer qu'ils s’instauraient comme leurs protecteurs, surtout quand l'un d'eux prit en charge Louis, le laissant agripper sa fourrure, le maintenant ainsi parfaitement à flot. Les autres aidèrent chacune des femmes laissant que Richard et Achille s'arrangent tous seuls.

Et soudain...les rapides et puis...la cascade...
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Dim 22 Mai - 11:03

La mort, Burton l’avait frôlée à maintes reprises lors de sa vie tumultueuse. Que ce soit en plein désert, aux fins fonds de la jungle ou sur un champ de bataille, toujours il avait fait face, presque en s’en moquant. Il était prêt à en découdre avec les hybrides en sachant l’issue fatale. Mais avant, juste avant, il devait se libérer l’âme. Dans un baiser désespéré, il laissa son cœur parler. Inattendue, enchanteresse la réponse d’Amélia dépassa ses espérances les plus folles. S’imprégnant de son parfum, des délices de cette bouche convoitée, il en oublia la précarité de leur position. Retour un peu brutal à la réalité avec l’intrusion de leurs compagnons. Achille en tête, l’air fâché, un massacre s’annonçait sauf que…
Incrédule, sans lâcher Miss Earhart, il assista au domptage le plus inimaginable qu’il lui fût donné de voir. Qui aurait pu croire que la fine impératrice d’Autriche ait autant d’ascendant sur des fauves ? Pourtant le résultat fut notable. Non seulement Achille se calma mais les hybrides aussi.
Trouble fête, Louis déboula à la suite d’Hélène pour tourner de l’œil dans la seconde suivante.
Puisqu’aucun danger ne menaçait plus son groupe, que Louis était entre de bonnes mains, Richard consentit à une pause repas. Il évita soigneusement de trop regarder Amélia, par peur de…


*Peur de quoi, idiot ? Tu n’as plus à avoir peur !*


Ils feraient la vaisselle plus tard, quand ils trouveraient de l’eau. Lorsque chacun s’accommoda comme il pouvait pour un repos mérité, Richard ne résista pas à l’envie de s’isoler un peu en agréable compagnie.

Allons par là ! murmura-t-il à l’aviatrice qui le suivit.

Au premier détour hors de la vue des autres, l’explorateur enlaça Amélia dans une étreinte puissante :

Meeley… Meeley, je suis si heureux : tu es sauve.


Il n’avait donc pas rêvé, elle lui répondait avec la même passion. Moments ineffables, sensations enivrantes oubliées depuis longtemps.

J’aurais dû te le dire bien plus tôt… ben que je t’aime Meeley ! Je suis dingue de toi depuis… quasi le début de notre rencontre… Ouais, c’est vrai : au début tu m’emmerdais ! Je craignais que tu sois un boulet à traîner comme toutes les bonnes femmes rencontrées… Euh, oui, beaucoup. ça te dérange ?

Il rigola quand elle lui avoua ses premières pensées gaillardes à son sujet au su de sa biographie.

On a exagéré, tu sais. J’ai toujours été très, disons curieux. Mais je ne me suis jamais impliqué plus loin qu’il ne le fallait... Oui, j’aimais Isabel, ma femme. Une sainte femme… que je n’ai jamais trompée, jusqu’ici... ça t’étonne on dirait… Qu’est-ce qu’un corps ? Une enveloppe, non ? C’est ce qu’il y a dedans qui compte pour moi. J’ai fait des expériences mais mon cœur et ma tête n’appartenaient qu’à elle et , quand on m’a retiré des explorations, j’ai été un époux on ne peut plus respectable.

Leurs sens étaient très enflammés, pas à dire. Il aurait été facile de prouver à Miss Earhart quelles étaient les sortes expériences possédées. Mais Richard préféra rompre ces prémices ardentes en réclamant :

Tout doux, ma belle. Là, il serait sage d’aller dormir un peu. Je veux te connaître entièrement et me donner à toi mais… pas comme ça, pas dans une caverne sans confort aucun. Viens et… je ne veux plus passer une seule nuit sans toi près de moi !

Ils retournèrent vers les autres, s’allongèrent ensemble sur une paillasse de fortune.
Avec Amélia dans ses bras, Richard se sentait mieux qu’un roi et pour la 1ère fois depuis longtemps il put écraser en toute paix.

Ce fut une certaine agitation dans la cavité aux champignons qui le sortit des limbes. Hélène semblait affolée : Louis avait disparu. Et, évidemment, Achille lui courait après. Un des « chats » avait aussi disparu ce qui intrigua plus fortement Richard que la disparition du roi de France. Il souffla à Miss Earhart :


Un est parti avec Louis, un reste collé à Sissi… Tu crois que l’un des deux autres nous obéirait ?


Ça avait l’air tellement dingue qu’il ne pouvait s’empêcher d’y penser. Il allait en siffler un quand le fanfaron de service rentra en scène. D’une pièce, l’air joyeux, suivi d’Achille, Louis s’attribua le mérite d’avoir trouvé une issue à leur errance souterraine.
Marrant de voir combien Hélène était soulagée de ce retour triomphal. Prêt à tancer Louis pour son étourderie à disparaître sans prévenir, Richard laissa tomber. Il préféra laisser le 14ème et Achille leur raconter de quoi il retournait. Leur récit ne concordait pas. Louis affirmait qu’un domaine magnifique s’ouvrait après la rivière tandis que le héros ne parlait que d’une rivière rouge. Il en ressortit que le roi avait rêvé de la suite…
Laissant Louis se faire cajoler par Hélène, le repas fini, Richard prit Achille à part avec Amélia
:

Qu’est-ce que tu en penses vraiment ? Peut-on se fier à de simples… affabulations aussi royales soient-elles ? Et les chats ? T’en dis quoi ?

Manifestement, Achille avait des doutes et aucune explication logique aux phénomènes. Il suggéra d’aller voir sur place et d’emporter leur barda avec eux.
On déménagea donc ensemble, félins compris, pour s’établir sur la berge d’un fleuve étrangement rouge. Des eaux sanglantes, Richard en avait vue lors des massacres auxquels il avait participé. Il connaissait aussi certains phénomènes naturels pouvant colorer ou donner l’illusion de cette coloration rubiconde.


*Sans doute des algues…*

Un feu se bâtit. Ils y prenaient place quand la belle de Troie ne trouva rien de mieux que de se casser la figure et tomber à l’eau.

Louis, non !


Richard dressé d’un bond voulut empêcher le monarque de se jeter à la suite de la reine de Sparte.
Trop tard ! Louis était déjà au bain.


Quel empoté ! Avec son bras, il…

Rageant, Richard attrapa la corde qu’il débita rapidement alors qu’Achille plongeait vers le couple en train de boire le bouillon. Ah, elles étaient belles ces altesses dégoulinantes. Tout ça pour de jolis cailloux ! On en était quittes pour la frousse mais Burton se crut en devoir de les tancer :

Ecoutez, vous deux ! Y en a marre de vos conneries ! Ce que je dis s’adresse aussi aux autres : plus d’initiatives individuelles ! Si vous remarquez quelque chose, signalez-le. Si vous vous éloignez, signalez-le, compris !

Les mouillés se séchèrent puis on discuta sur la meilleure façon de procéder pour descendre le fleuve rouge. Selon les baigneurs occasionnels, l’eau était agréable et le courant paraissait faible. Autant s’y jeter en fabriquant un radeau qui soutiendrait au sec l’équipement.
Nul ne s’étonna de voir les tigres-lions s’élancer au bain avec eux. Mieux, ils permirent à Louis et les femmes de s’accrocher à eux.
Etrange promenade s’il en fut ! Aux aguets malgré l’apparence calme des lieux, Burton et Achille menaient le train dans ce tunnel sinueux ou rectiligne creusé par l’érosion de la roche.
Bientôt, il fallut se rendre à l’évidence, le courant augmentait.


On ferait mieux d’accoster,
souffla Richard au héros.

Il devenait de plus en plus difficile de se diriger, le flux les entraînait.

ROCHERS ! beugla Burton.

Commença un fameux slalom entre les récifs.

*Pour que ça augmente ainsi, c’est qu’il y a…*

Aux bruits répercutés sur les parois, plus de doute à avoir, un saut en aval était plus que probable.

La berge ! Gagnez la berge !

Le radeau partait en toupille. Se maintenir à flot et diriger l’engin s’avérait impossible.

Lâche le ! cria Burton à Achille.

Le grondement de plus en plus puissant couvrait tous les autres sons. Le radeau lui passa devant en coup de vent. Pour l’éviter, Burton battit bras et jambes ce qui le projeta contre une saillie aiguë. Impossible de saisir quoique ce soit ni de voir comment se débrouillaient les autres.

*Cette fois, t’es bon ! Adieu Meeley…*

Balloté tel un bouchon, il ne contrôlait plus rien. Une « grâce » divine ? Sa tête heurta violemment un récif, tout se brouilla.

Pouah, quelle odeur ! Battant des paupières, Richard ouvrit des yeux incertains. Des voix amicales, dont une très tendre, chantèrent à ses oreilles.


Ouais, ça va ! Mal au crâne… Ah, un rocher… Comment vous m’avez sorti de là ? Suis tombé ?

Non, il n’avait pas fait le plongeon. Un des hybrides l’avait ramené par son col et déposé à leurs pieds.

Braves bêtes, finalement ! Suis resté combien de temps dans le cirage ?... tant que ça ? Je suppose qu’on a perdu l’équipement ? Il est peut-être en bas. Ah, on est en bas. Pourquoi personne n’a allumé de feu, de torche ?

Un silence gêné l’entoura.

Qu’est-ce qui se passe ? J’ai l’impression d’avoir dit une connerie.


Des mains douces lui encadrèrent le visage, des lèvres se posèrent sur les siennes, elles étaient salées.

Pourquoi pleurer, Meeley ?...

La vérité le scia. Il faisait plein jour et lui… ne voyait strictement plus rien.


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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Mer 1 Juin - 22:21

Faire le point ! Voilà qui devenait impératif. Ce soudain revirement de la situation avec Richard l’avait surprise mais le bonheur qui en dérivait la faisait flotter sur un petit nuage merveilleux. Flottement qui fut de courte durée. Femme pratique secondée par un homme qui ne l’était pas moins, Amelia remisa un peu ses sentiments pour s’occuper de choses plus urgentes. Feu, repas, campement, fauves domptés, être coincés dans ce singulier endroit mais pour elle, si Richard était là, tout irait bien. Elle le savait. Sa confiance en lui, allait au-delà des embûches.

S’isoler avec lui, une fois l’heure du repos venue, lui sembla merveilleusement normal. Sentir ses bras forts l’enserrer dans une étreinte chaleureuse, la rassura, l’entendre déclarer son bonheur en la sachant sauve, l’émut mais pas plus que ses baisers et les aveux, à la façon de Sir Richard Burton, qui s’en suivirent. Il ne serait jamais ami du badinage de salon ni de la mièvrerie qui accompagne, si sottement, parfois l’amour.

J’aurais dû te le dire bien plus tôt…

Quoi donc ?, voulut elle savoir, sans le quitter des yeux.

Ben que je t’aime Meeley ! Je suis dingue de toi depuis… quasi le début de notre rencontre…

Elle ne retint pas un petit sourire en coin et un regard amusé.

Hum ! Tu dissimulais très bien alors…

Petit sourire contrit.

Ouais, c’est vrai : au début tu m’emmerdais ! Je craignais que tu sois un boulet à traîner comme toutes les bonnes femmes rencontrées…

Là, elle ne se retint pas de rire.

Ah bon ! Et ça a dû faire une gentille petite foule, s’il faut en croire à ce que raconte ta biographie…

Il baissa le nez, penaud ?
Non, pas lui!

Euh, oui, beaucoup. Ça te dérange ?

Je ne vois pas pourquoi…Tu as eu une vie très aventureuse, normal que tu ais eu accès à d’expériences …euh…inédites…Je l’ai consciencieusement lue, tu sais, ta bio…Pas que j’ai des penchants douteux sur les perversions humaines mais, pour une fille du Kansas…ça éveille la curiosité…inutile mentir, je me faisais des idées…

Cela sembla beaucoup l’amuser mais crut bon se défendre un peu.

On a exagéré, tu sais. J’ai toujours été très, disons curieux. Mais je ne me suis jamais impliqué plus loin qu’il ne le fallait...

*Ben, nettement scientifique…on peut lui mettre le nom qu’on voudra !*

Elle en rigolait en douce mais lui, poursuivait, gravement.

Oui, j’aimais Isabel, ma femme. Une sainte femme… que je n’ai jamais trompée, jusqu’ici... ça t’étonne on dirait…

Amelia secoua la tête et sans pouvoir s’en empêcher, flatta doucement sa joue râpeuse. Jusqu'ici? C'était sa façon, très à lui de dire, qu'elle était...aussi spéciale pour lui que son Isabel dans le passé. Elle sentit son cœur se gonfler d'amour.

Non, pas trop…en plus, je suis sûre que tu as une explication tout à fait valable....et même si non...je t'aime aussi, Dick...

Elle adorait son sourire et l’éclat de ses yeux. Et il avait sa petite explication qui en théorie devait avoir très bien marché, surtout si on tenait en compte que Mrs. Burton semblerait avoir été en odeur de sainteté, sa vie durant…ou tout simplement folle amoureuse de son explorateur de mari et franchement résignée à sa condition de femme trompée au nom de …l’insatiable curiosité?

J’ai fait des expériences mais mon cœur et ma tête n’appartenaient qu’à elle et, quand on m’a retiré des explorations, j’ai été un époux on ne peut plus respectable.

Ça laisse un petit espoir...alors...,
souffla t'elle. à même sa bouche, en riant tous deux.


Tout avait changé. Leurs vies retrouvées n’étaient plus les mêmes. Cette nouvelle opportunité effaçait le passé, leur donnait un nouveau présent et si possible, un nouveau futur…Elle aimait Richard et il l’aimait…à quoi bon penser à Isabel…ou à George. Tout était nouveau, merveilleux. C’était comme découvrir, pour la première fois, ces plaisir longtemps ignorés parce qu’on avait la tête à d’autres choses…là, il n’y avait qu’eux qui comptaient…eux qui perdaient un peu la tête avec ces baisers savants, ces caresses qui échauffaient les sens…c’était sans compter avec la sagesse de ce cher homme.

Tout doux, ma belle. Là, il serait sage d’aller dormir un peu. Je veux te connaître entièrement et me donner à toi mais… pas comme ça, pas dans une caverne sans confort aucun. Viens et… je ne veux plus passer une seule nuit sans toi près de moi !

Jamais homme ne serait si doux et prévenant qu’il l’était. Elle ne l’en aima que plus pour cela et le suivit jusqu’à leur couche improvisée. Pas de grand confort mais qu’est ce que cela pouvait bien faire si c’était dans ses bras qu’elle se trouvait. Cœur en joie, esprit au calme, un dernier baiser, ils s’endormirent.

Le beau réveil ! Hélène, affolée, mettait tout le monde sur le qui vive. Louis avait disparu…et un des gros minets aussi. La pauvre reine de Troie semblait croire que le fauve avait entraîné l’illustre pour en faire son festin mais en voyant le comportement affiché par les trois autres, surtout par celui qui restait près de Sissi comme un doux matou, Amelia douta trop que le roi de France ait fini ses jours de si tragique manière. Achille, comme d’habitude était allé chercher son copain…

Pas le temps de se faire grand tracas, voilà que ce cher Roi Soleil, tout guilleret et sans qu’il lui manque un morceau faisait son apparition ravi, suivi d’un guerrier grec pas si content que ça. Sans détours, Louis avoua avoir trouvé le moyen de se tirer de là et si ce n’avait été que cela…dehors, à ses dires, les attendait un magnifique endroit…L’unique anicroche à cet enthousiasme royal fut qu’Achille avoua, sans fioritures n’avoir vu qu’une rivière…rien de plus. Force fut au Roi, de reconnaître n’avoir que rêvé la deuxième partie…On entendit quelques soupirs assez dépités.

Repas fini en écoutant le glorieux récit de Sa Majesté, Richard crut bon faire un petit aparté avec elle et Achille, à qui il demanda :

Qu’est-ce que tu en penses vraiment ? Peut-on se fier à de simples… affabulations aussi royales soient-elles ? Et les chats ? T’en dis quoi ?

Comme il se doit à un homme sensé, le prince des Myrmidons avait ses doutes sur les visions de Louis. Quant aux minets, comment expliquer ça !?

Je ne peux que concorder avec ce que dit Achille…c’est bien joli que Louis rêve d’un monde meilleur mais de là à prendre ça comme vérité immuable…on repasse. Pour ce qui touche aux gros chats…ils ont, jusque là, prouvé leur bonne foi…même si je ne comprends pas pourquoi…mais enfin, allons plutôt voir la fameuse rivière…

Et pour fameuse, il faut dire qu’elle l’était, avec ses eaux écarlates, comme si un peuple entier y avait déversé son sang. Amelia sentit un frisson lui courir l’échine. Des explications scientifiques, il y en aurait pour éclaircir ce phénomène…ce qui ne le rendait moins...rouge ! Ce, bien entendu, n’évita pas…ce qui suivit…

Hélène, comme si rien, venait de tomber dans l’onde pourpre. Louis, tout comme il faut, homme héroïque, plongea au sauvetage, oubliant son bras amoché qui ne servirait de rien à l’heure de nager. Comme il était de mise dans pareille situation, Achille maudit sa chance, le roi et la blonde mais se lança à l’eau. Royalement en soupe, ils avaient l’air bien penauds, ces deux là, en se faisant réprimander comme des gosses fautifs. Richard n’y alla pas par quatre chemins.

Écoutez, vous deux ! Y en a marre de vos conneries ! Ce que je dis s’adresse aussi aux autres : plus d’initiatives individuelles ! Si vous remarquez quelque chose, signalez-le. Si vous vous éloignez, signalez-le, compris !

Impossible autrement. La suite fut un édifiant exemple de travail de groupe. On allait descendre la rivière.

*Et on trouvera Shangri la !*

L’équipement emballé le mieux qu’ils purent, fut hissé sur le radeau confectionné à la hâte. Ça flottait, ça servait. L’eau était à bonne température, on ne risquait pas l’hypothermie. Richard et Achille prirent la tête de l’opération Navigation et on se laissa porter par le doux courant…aidés par les quatre chats qui se joignirent, sans hésitation, à l’aventure.

Aventure sans mésaventure ? Autant rêver. Le courant, devenu de plus en plus fort, les entraînait, menant Richard à prendre la décision d’accoster, sauf que ça résultait plus facile de le dire que de le faire. Amelia était peu encline à céder à la panique, elle s’efforça pour maintenir le calme même si la situation tournait hors contrôle. Le radeau fila soudain, comme torpille. Le courant devenu intraitable, semblait faire succion sur eux, qui pauvres épaves, ne pouvaient rien pour l’éviter.

DICK !!!...

Affolée elle vit sa tête disparaître au gré du flot démené. Il ne lui resta aucun doute, vu le vacarme assourdissant qui s’amplifiait, qu’ils allaient tout droit vers une chute d’eau.

Oh non…pas ça ! Pas ça !!!


Elle eut beau hurler et se débattre, le tigron de service l’entraîna, ferme et sûrement vers la berge, où s’étaient déjà hissés Louis, sa reine et l’impératrice d’Autriche. Achille, essayait d’atteindre Richard mais un des fauves le devança…et ramena vers eux l’explorateur inerte, visage en sang.

Mon Dieu…DICK !!!

Sissi la calma de son mieux. Le prince des Myrmidons examina Richard et déclara qu’il vivait mais avait reçu, sans doute, un sévère coup au crâne. On nettoya le mieux qu’on put la blessure à la tempe, mais tout essai de réanimation s’avéra vain. Amelia désespérait.

Le salut vint encore des fauves, qui les menèrent vers un étroit sentier, bordant la rivière. Achille, avait relevé Richard, sans piper mot et marchait d’un pas assuré, comme si le poids de son compagnon ne le gênait pas. Comme prévu, ils côtoyaient bientôt la cascade. Le chemin devint périlleusement scabreux. Amelia entama une autre prière en voyant le grec commencer à descendre, sans vacillation, chacun de ses pas guidés par un instinct sûr. Louis ne cessait de parler, de s’exclamer, de faire ses petits commentaires ponctuels. Hélène, peu habituée sans doute à ce genre d’exercice semblait assez épouvantée, non ainsi Sissi qui, agile et tranquille, se débrouillait avec la grâce d’une vraie montagnarde.

Finie la descente, ils aboutirent à une vaste caverne éclairée, cette fois pas par des champignons phosphorescents mais pas la lumière du jour. Achille déposa son précieux fardeau et s’en alla en prospection. Amelia se pencha sur son bien aimé qui, peu à peu, donnait des signes de réveil…Cela prenait son temps, elle désespérait…Au moins eut on la bonne nouvelle, que leur équipement avait échoué un peu plus loin, n’ayant, apparemment , pas trop souffert de l’aventure.
Amelia retrouva sa trousse médicale et la première chose qu’elle fit, fut faire respirer des sels à Richard qui émergea de son inconscience.

Enfin…enfin, tu nous en as fait, une peur…Comment te sens tu ?


Question assez risible si on tenait en compte par ce qu’il venait de passer. Richard avoua avoir mal à la tête, ce qui n’avait rien d’étonnant vu le coup qui lui avait fendu la tempe.

Ben, c’est ce qui arrive quand on rencontre un rocher, la tête la première…tu t’es un peu fêlé le crâne avec un rocher, Dick…Ne bouge pas…reste tranquille.

Mais bien entendu, il avait des questions.

Ah, un rocher… Comment vous m’avez sorti de là ? Suis tombé ?

Amelia sourit en lui caressant doucement les cheveux.


Non, tu n’es pas tombé dans la cascade, Dieu merci…un des gros minets t’a pris du collet et t’a ramené sur la berge. On a tous eu une frousse folle…on a tous cru que…mais enfin, ça ne fait rien, tu es là, éveillé, c’est ce qui importe…

Braves bêtes, finalement ! Suis resté combien de temps dans le cirage ?...

Un très long moment !, assura-t-elle, au temps d’échanger un regard préoccupé avec les autres qui gardaient silence.

Tant que ça ? Je suppose qu’on a perdu l’équipement ? Il est peut-être en bas.

D’une voix enrouée Louis se chargea de l’informer qu’ils étaient en bas depuis un bail. Ce qui suivit, les consterna tous au plus haut point.

Ah, on est en bas. Pourquoi personne n’a allumé de feu, de torche ?

*Dieu, ce que j’avais craint…ses pupilles n’ont pas réagi à la lumière…*


Un sanglot amer lui monta à la gorge, sans pouvoir les retenir des larmes lui échappaient. Avec toute la douceur dont elle se sentait capable, elle encadra ce visage tant aimé et baisa ses lèvres. Un silence de mort plana.

Qu’est-ce qui se passe ? J’ai l’impression d’avoir dit une connerie. Pourquoi pleurer, Meeley ?...

Dick…nous sommes dehors, à l’orée du bois, tel que l’a décrit Louis…et…il fait plein jour. Non, ne bouge pas…pas encore…ce ne doit être que le coup…ce sera temporaire, cela doit l’être…quand l’inflammation cédera…tout sera comme avant.

Les autres le rassurèrent, sur tous les tons et enfin Achille, prenant Louis du collet, avant qu’il n’empire les choses avec quelque anecdote à point, l’entraîna au dehors de la grotte. Sissi et Hélène s’éloignèrent aussi, s’occupant à préparer le repas du soir même s’il était encore tôt.

Homme unique. Au lieu de se plaindre de sa triste condition, il se trouva encore la force de la consoler alors que sans pouvoir l’éviter, elle pleurait à chaudes larmes, le front appuyé sur son torse. Cela ne lui ressemblait guère céder ainsi face aux vicissitudes de la vie mais le poids de sa propre impuissance l’accablait.


Je t’aime tant, Dick… je veillerai sur toi, je serai tes yeux…le temps qu’il faudra…

Un homme d’action, habitué à bouger librement, à être son seul maître, réduit à tâtonner, à suivre une voix, à être soutenu du coude pour lui éviter quelque malencontreuse chute. Quelle issue douloureuse, mais comme pour tout, Richard démontra ne pas se laisser facilement abattre. Il assurait en avoir survécu à pire.

Vu les circonstances, le plus sensé fut qu’Achille prenne le commandement du groupe. Plein de considération pour ses amis mal en point, il décréta qu’ils resteraient sur place le temps qu’ils se reprennent, du moins que Louis le fasse. Entreprendre une marche à travers un territoire inconnu avec deux hommes incapacités et trois femmes, tenait du suicide.

Nous attendrons que le bras de Louis aille mieux et nous continuerons. Dick n’accepterait jamais qu’on reste là, à cause de lui…je le guiderai, il suivra, je le sais !

Achille avait fait la moue mais Amelia se montra irréductible. Elle connaissait bien Richard comme pour savoir que cette passivité forcée lui ferait plus de mal que de bien.

Il est comme toi, Achille…fort et déterminé. Ce n’est pas être aveugle qui freinera son élan…ou juste si peu. Je pense que deux jours suffiront pour que Louis retrouve sa totale mobilité…il a déjà l’air bien plus gaillard.

Sans doute, voir Hélène se dévouer à lui de la sorte devait l’avoir remis d’aplomb !

Dès le lendemain, quand il fut sur pied, sans avoir des vertiges, Amelia passa son bras sous le sien et le conduisit à la sortie de leur abri, face au magnifique spectacle qui s’étendait sous leurs yeux.

Louis a bien rêvé…c’est juste comme il l’a décrit…C’est une forêt un peu étrange…mais sens là ! perçois tu ces senteurs ?...Enivrantes et fraîches, le tout mêlé…comme les couleurs qui s’étalent…La végétation est sublime…unique. Des arbres très, très hauts…énormes…avec des troncs si larges qu’on pourrait bâtir un abri à leur base…on dirait qu’ils peuvent toucher les nuages…et puis, des fleurs, étranges, j’en ai jamais vues de pareilles…tu entends les oiseaux ? Là, vers ta gauche, un groupe de perroquets vient de s’envoler…ils sont merveilleux…la rivière continue de couler, elle se perd dans la forêt…on va la suivre, ce sera notre constante….notre guide, comme dit Achille…cela doit aboutir à la mer…on ira vers la mer…

Ils partageaient jours et nuits. Chaque instant, Amelia était près de lui, voyant pour lui, guidant ses pas, décrivant chaque détail de ce qu’ils découvraient…chaque fois plus près, équipe parfaite, symbiose totale…

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Sissi

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Sam 4 Juin - 10:27

Il fallait bien avouer que cela faisait longtemps, très, très longtemps que Sissi n’avait pas dormi aussi bien. Comment cela aurait-il pu être autrement alors qu’elle reposait entre le chaud coussin du félin protecteur et la rassurante présence du héros grec ? Achille… Etrange homme que ce dernier, pas à dire. Pour la consoler de ses craintes, il l’avait fait parler un long moment. C’était assez normal que cette antique personne s’interroge sur l’avenir de son pays.

Je… je ne sais pas par quoi commencer… La Grèce a évolué au cours des siècles et le rayonnement de sa civilisation a marqué profondément l’Histoire de l’humanité.

Ah bon ! Tant que ça ?...Au moins on aura laissé un bon souvenir…ou presque !

Les petits peuples que vous formiez à ton époque ont fini par s’unir. Spartes et Athènes rivalisèrent encore longtemps mais Athènes a fini par l’emporter c’est d’ailleurs encore la capitale de ce pays... du moins à mon époque.


Elle lui parla de la démocratie instaurée, du développement de la culture et des arts, du raffinement de la société.

Tout n’était pas parfait, évidemment. Et, comme toutes les grandes civilisations, la puissance grecque a connu la décadence et fini par céder le pas à l’Empire de Rome. Même eux, vous ont copiés, jusque dans vos dieux. Leur panthéon est très similaire. Chez eux, Zeus est devenu Jupiter ; Athéna, Minerve ; Aphrodite, Vénus, et j’en passe… Comme quoi, tout est un éternel recommencement au fil des siècles.
Beaucoup de remous ont encore agité ta patrie, mais elle a fini par acquérir sa réelle indépendance.
C’est très résumé, mais je n’ai pas mes livres avec moi (petit rire)


Achille encaissa plutôt bien ses discours. On aurait dit que la voix de l’impératrice le berçait, l’apaisait.


*Du moment que je ne le barbe pas trop…*

Je ne crois pas qu’un Cyclope roublard vienne nous égorger si on dort un peu…

Pas de danger, souffla-t-elle en pouffant. On dit qu’Ulysse s’est chargé du dernier. Beaux rêves, Achille…

Les siens furent très plaisants, peut-être un peu trop aux yeux des dieux puisqu’Hélène l’en tira assez abruptement en réveillant Achille et fatalement les autres.
Quel émoi chez la reine de Spartes : Louis avait disparu. En pleurs, elle s’abattit contre son amie :


Si cette créature l’a entraîné…il est peut être mort, elle l’aura dévoré…Louis ! Mon pauvre Louis…

Ne dramatise pas, Hélène. Je suis certaine que les « chats » sont plus nos protecteurs que nos ennemis. Si l’un d’eux l’accompagne : Louis est en sécurité, crois-moi. Regarde !

Un petit sifflement, sa « Bagheera » s’approcha en ronronnant. Hélène s’enhardit au point de fourrager le pelage fourni de l’animal docile.

Voilà, tu te sens mieux ? Et puis si Achille veut retrouver ton Louis, on n’a pas à s’en faire.

Comme de juste, cela ne tarda pas et, l’air très satisfait, Louis annonça la bonne nouvelle : il pensait avoir trouvé une issue.
Riant sous cape, Sissi assista aux retrouvailles entre Hélène et le roi de France.


*Ils sont mignons tout plein.*

Son regard croisa celui d’Achille ; lui aussi rigolait en douce. Tout était bien, sauf que…

*Se fier à un rêve ? C’est dément !*

Malheureusement, l’impératrice n’eut pas un mot à dire. Contrainte à suivre le mouvement, dès le repas achevé, le groupe changea de camp.
La vue du fleuve tranquille d’un rouge affreux, troubla beaucoup Sissi et quand, après la baignade induite par une bourde d’Hélène, il fut décidé de tous s’immerger, il fallut beaucoup de courage à Elisabeth pour entrer là-dedans.
Au départ, elle le reconnut, ce bain fut plutôt agréable. L’hybride immergé avec elle ne la quitta pas, ce qui confirmait ce qu’elle pensait :


*Ils nous protègent !*


Certes, pourquoi le nier, elle aurait hautement souhaité qu’Achille soit plus près d’elle et enviait un peu Hélène que soutenaient deux compagnons.
Puis l’équipée tourna au cauchemar avec un renforcement du courant et du bruit alentour. Richard leur hurla d’accoster, Sissi ne demandait pas mieux. Aidée de Bagheera, elle y parvint sans difficulté ainsi que les autres. Il ne restait que Burton au jus et… Achille ! Le héros tentait d’atteindre l’explorateur que le fichu courant entraînait à vive allure vers une chute d’eau.


ACHILLE, NON !!!!

Avec le bruit, on pouvait gueuler n’importe quoi, nul n’entendait. Alors, elle fixa son hybride et pointa le fleuve.

Va le chercher !

Le tigre-lion plongea en même temps qu’un de ses congénères. Les deux hommes furent ramenés au sec. Si Achille était en forme, ce n’était pas le cas de Burton. La pauvre Miss Earhart en était aux quatre cents coups.

Amelia, tu es forte. Il a pris un coup sur la tête, c’est pas la mort !


Achille confirma ce diagnostic sommaire laissant le blessé à leurs bons soins. Richard ne reprit pas connaissance avant plusieurs heures que le groupe occupa à descendre la dénivellation guidé par les fauves. Achille porta le blessé tout du long, sans se plaindre.
Quel bonheur que de voir le soleil briller dans un ciel serein ! Une fois Burton installé au sol, le Grec voulut jeter un œil aux environs de cette caverne précédant l’extérieur.
L’hybride trottant sur ses talons, l’impératrice le suivit.


Comme c’est beau ici ! On jurerait les tropiques !... Le monde est vaste, Achille. Burton a dû t’en parler. Avancer là-dedans ne sera pas facile car… on va avancer, je suppose ?... Oh, tu as vu, là-bas ?

Elle pointa du doigt un petit tas de bois surmonté d’une bâche colorée, reliquat de l’enveloppe du ballon premier. Pas de doute, il s’agissait de leur équipement.
Vite, ils allèrent constater les dégâts qui s’avérèrent mineurs pour leur grande satisfaction. En prélevant une part, ils retournèrent donner la bonne nouvelle aux quatre autres.
C’est ce moment que choisit Burton pour émerger de son coma. D’abord soulagée de le voir reprendre vie, Sissi déchanta vite, comme tous, quand il apparut clairement que Richard n’y voyait goutte. Des larmes silencieuses lui baignèrent les joues, à l’avenant de celles d’Amelia.
Tableau touchant s’il en est. Mais sérieux problèmes en perspective.
Pour se remettre des émotions, autant s’occuper. Faire la tambouille fut une distraction comme une autre. Louis et Hélène roucoulaient en badinant, Amelia couvait Richard… Achille réfléchissait dans son coin. La veillée autour du feu se déroula assez sobrement malgré les tentatives de Louis pour les amuser. Selon Achille, on resterait sur place le temps de récupérer des forces. Avec Burton handicapé sérieusement et le roi encore peu valide… on pouvait rêver mieux. Néanmoins, Amelia défendit bec et ongles son Richard, affirmant qu’il suivrait envers et contre tout…


*C’est beau, l’amour !*


Le reste de la journée s’écoula en divers inventaires de leurs ressources. Si le principal matériel était sauf, il n’en demeurait pas moins que les vivres s’épuisaient. En cela, Sissi se sentit coupable. Les aéronautes n’avaient fatalement pas prévus d’avoir deux bouches de plus à nourrir et les deux reines n’avaient apporté que peu de contribution au pot commun. Il était temps que ça change.
Dans l’attirail récupéré, Sissi avisa l’arc de Louis. Le pauvre n’en aurait pas besoin avant encore un moment. L’impératrice trouva également de quoi bâtir des collets et un filet. En règle générale, elle détestait la chasse mais là… À la guerre comme à la guerre !
Flanquée de Bagherra, elle prospecta en douce les alentours et posa ses pièges aux endroits jugés stratégiques.


*Des animaux viendront boire, peut-être la nuit… On verra bien !*

Elle immergea sa nasse lestée en espérant qu’un poisson où l’autre viendrait s’y perdre.
Peu après, elle s’avança dans l’épaisse forêt qui bordait la rivière redevenue limpide après sa sortie souterraine. Son pas ténu se déplaça sans bruit, celui du tigre-lion aussi. Prêtant l’oreille, Sissi perçut quelques cris d’animaux à faible distance. Se dirigeant vers eux, elle en découvrit la source. Là, à un endroit où le cours d’eau formait une boucle, se formait une sorte de lagune où barbotaient de curieux volatiles au plumage multicolore.


*Disons que ce sont des, euh… des canards !*

Dans l’ensemble, ils y ressemblaient. Transformée en Diane chasseresse, Sissi banda son arc. Le trait fila droit vers la cible qu’il ne rata pas. Alors, tel un chien de chasse, l’hybride protecteur bondit ramasser le trophée et, mieux, dans une détente incroyable, il en attrapa un au vol.
De celui-là, il s’occupa immédiatement, n’en faisant qu’une bouchée.


*Après tout, ils doivent aussi se nourrir, ces chats !*

L’oiseau abattu lui fut rapporté intact. Sissi récupéra sa flèche, flatta son compagnon et rebroussa chemin. Jurons et imprécations la guidèrent mieux qu’un phare. Elle en connut vite l’origine : Achille !
Empêtré dans ses pièges, le héros bataillait avec. La situation aurait été hilarante si elle n’avait pas atteint Achille dans sa fierté.


Attends ! cria-t-elle en se précipitant. Plus tu te débats, pire c’est !

Parvenue à son niveau, elle se baissa et, du petit couteau qui ne la quittait pas, elle trancha les filins tout en se confondant en excuses :

Je suis désolée… arrête de gigoter… Oui, je suis une idiote de n’avoir prévenu personne pour ses pièges !... Avec Bagheera, je ne risquais rien, voyons !

Enfin libéré, le héros n’en demeurait pas moins râleur. Elle se redressa confuse et un poil énervée :

… Je sais que tu as autre chose à te soucier que de moi ! Je ne t’ai rien demandé, du reste… J’ai juste voulu apporter ma contribution au repas, na !

Assez fièrement, elle lui brandit sa capture sous le nez puis la lui fourra dans les mains :

Tu peux aller la donner à Louis, si tu veux. Je vais réparer les pièges. Le chat reste avec moi, bien sûr.

Elle se pencha vivement sur ses fils pour qu’Achille ne voie pas ses larmes. Son pas fâché s’éloigna, Sissi renifla :

Manquait que ça : il m’en veut.

Son travail achevé, elle rentra au camp après avoir vérifié la nasse. Trois poissons y frétillaient. Elle en donna un à son copain poilu, assomma les deux autres, remit le filet à l’eau et rentra au camp.
Louis s’occupait déjà de la volaille tout en faisant le pitre avec les plumes pour amuser Hélène. Richard, bien réveillé, la main dans celle d’Amelia, discutait avec Achille. Elle ne s’en mêla pas, écoutant de loin leurs dires. Selon ce qu’elle comprit, ils suivraient le cours d’eau devant mener à la mer ; Achille devenait chef d’expédition.
Après le repas, assez joyeux avec l’animation de Louis, on répartit les tours de garde quoique, avec quatre hybrides protecteurs, ils pouvaient s’en passer. Pauvre Richard, en être écarté l’affectait !
Sissi et Louis furent délégués au 1er tour, Amelia et Achille au second. Hélène, couvée par le roi en serait exemptée. Bavarder avec le 14ème était toujours un plaisir mais l’entendre vanter sans arrêt les mérites de la reine de Spartes pouvait être rasoir. Il lui fit pourtant une remarque au sujet d’Achille :


… fâchés ? Non, je ne crois pas, mentit-elle… passé quelque chose ? Que veux-tu qu’il se soit passé ?

Selon lui, Achille boudait. Ce que le roi émit comme motif amena des rougeurs aux joues de l’impératrice :

Non Louis, ce n’est pas ça du tout ! Il est très respectueux, je t’assure !

Elle le laissa imaginer ce qu’il voulait mais ne lui dirait pas qu’en fait elle avait piégé le Grec dans un fouillis de liens où il s’était débattu, en vain. Heureusement, Louis n’insista pas. On parla cuisine : terrain neutre par excellence.
Lors du changement de tour, elle fila droit vers sa couche sans lever les yeux sur le héros de Troie.
Nuit tortueuse, peuplée de rêves étranges. Pas à dire, l’absence du Grec à ses côtés lui pesait.

Au matin, la randonnée s’organisa.
Un peu avant le départ, Sissi déclara haut et fort :


Je vais vérifier mes pièges ! Je n’en ai pas pour longtemps !

Elle se fit rabrouer. Selon Achille, ils allaient passer devant, inutile de perdre du temps.
Décidément, ses excuses n’avaient pas servi à grand-chose pour calmer l’humeur du chef.
Au moins recueillirent-ils de quoi assurer quelques repas futurs. Parfaitement étranglés, deux gros ragondins(ou supposés tels) furent saignés et emportés, de même que les poissons.

À la file indienne, le groupe se déplaça le long de la berge, ce qui valait mieux que de s’enfoncer dans ce fouillis d’arbres gigantesques. Louis fermait la marche, Sissi suivait le dos d’Achille pouvant ainsi en détailler à loisir le jeu des muscles puissants. Beau spectacle, s’il en est ! Néanmoins, on le sentait tendu, aux aguets.


*Il doit en avoir marre de toujours m’avoir sur ses talons… d’autant que c’est un endroit sensible chez lui…*

Parfois serpentant sous une voûte naturelle de végétation dense, le fleuve amenait une relative fraîcheur dans la touffeur environnante. Ils furent bientôt tous en nage. Au passage, Sissi rafla une large feuille d’une plante et s’en servit d’éventail. Amelia jugea le procédé valable et s’en confectionna un aussi.

*Inutile d’en proposer un à Achille ! Il préférera crever que d’avouer avoir trop chaud !*

Il les menait à un train d’enfer. Qu’attendait-il pour ordonner une halte ? Des plaintes ? Il n’en reçut pas.
Lorsque le chemin s’élargit, le soleil était haut dans le ciel. Achille pila net. Distraite, Sissi le percuta :


Pardon, je… Ah, on s’arrête ? Tant mieux.

Tous accueillirent avec soulagement le repos proposé.
Les gestes habituels recommencèrent. Bâtir un feu, cuire les aliments, s’accommoder pour une sieste méritée.
Ce furent les chats qui donnèrent à Sissi l’envie irrésistible d’un bain. Quand elle caressa le pelage trempé de Bagheera, elle lui demanda de l’amener à l’endroit choisi pour se mouiller ainsi.
Allait-elle prévenir Achille de son escapade ? Il le fallait, hélas. Sinon, gare aux retombées. Elle osa se glisser près de lui et lui souffla dans l’oreille :


Je vais me baigner, j’emmène le chat, et…

Déjà il se levait, maussade.

T’es pas obligé de venir, suis pas un bébé…

Rien à faire, il n’en démordit pas.
Guidés par l’hybride vers l’intérieur de la forêt, ils atteignirent une sorte de petit lac très sympathique. Alimentées sans doute par une source, ses eaux claires et fraîches les attirèrent.
Déchaussée, Sissi trempa un orteil et frissonna de plaisir. Un instant plus tard, elle se glissait entièrement à l’eau. En quelques brasses, elle gagna le milieu du bassin et y barbota joyeusement.
Sur la berge, Achille tournait en rond, pareil au chat. Elle l’appela :


Tu devrais essayer, c’est délicieux !

En réponse, un haussement d’épaules.

*Tant pis, idiot !*

Mais alors qu’elle faisait la planche en regardant le ciel, il se produisit un grand « plouf »
Etonnée, Sissi se ramassa et se tourna vers la rive. L’air plus amusé que fâché, Achille engueulait le chat qui, apparemment, avait poussé le héros au bouillon.


Il a bien fait, assura Elisabeth quand Achille parvint à sa hauteur. Ça débarrasse des sueurs et odeurs… Mais non, j’ai pas dit que tu puais (rire) je parlais pour moi !

Il lui enfonça la tête sous l’eau mais la relâcha vite. La vengeance ne tarda pas. Le chat, retourné se sécher sur le bord, observa de loin ces ébats enfantins… Jeux innocents ? Oui... et non.
Troublée par le regard assez ardent du guerrier, Sissi s’ébroua :


On ferait mieux de sortir. J’ai peur d’attraper des écailles, et puis les autres vont…

Ho, là, là… Il la retenait. Aveux rentrés, tendresse infinie, désir enflammé, il en passait des sentiments dans ces mirettes azurées. Se sauver ? Se débattre ? À quoi bon. Il est des choses plus puissantes que la raison. Elle lui effleura la joue, il agrippa sa nuque. Soudain, un rugissement puissant brisa le silence prometteur.
Sur le bord, poils hérissés, Bagheera donnait tous les signes de fureur. Les autres chats accoururent en renfort tandis qu’Achille tirait rapidement Sissi au sec. La forêt, non loin s’agitait. Des oiseaux s’envolaient.
Filer rejoindre les autres. Main dans la main, ils coururent vers le camp déjà sur le pied de guerre.
Personne ne savait de quelle menace il s’agissait sauf que maintenant le sol vibrait.
Pas le temps de prendre tous les paquets. On s’arma de bois enflammés et chercha un abri…

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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Dim 12 Juin - 0:19

Et dire que pour une fois il faisait des beaux rêves. On le secouait, doucement d’abord, avec plus de force ensuite.

Achille…Louis a disparu !!!


De quoi le faire revenir rapidement à la réalité. Hélène devait être affolée pour se risquer à l’approcher, ne disons pas à le secouer de la sorte.

QUOI !!!???...Mais quand ? Comment !?

La pauvre reine de Sparte en plein émoi aurait ravi plus d’un cœur mais le moment se prêtait mal à ce genre de considérations. Il se leva prestement, fâché d’avoir à abandonner sa confortable position auprès de l’impératrice d’Autriche. Hélène pleurnichait.

Je…je me suis endormie et…en ouvrant les yeux…il était parti !!!

Achille se massa le cou, agacé, en grommelant :


Il aura eu encore une de ses idées à dormir debout…ce bougre finira mal à force de faire des bêtises. Il pense jamais avant d’agir…Toi, reste là…vais le chercher…avec un peu de chance, tarderai pas à tomber sur lui…

*Ou sur sa dépouille étripée !*


Mais bien sûr il se garda pour lui cette pensée si peu engageante.

*Où diables a pu aller, cet idiot ?*

Il se trouvait face à une bifurcation d’où partaient divers possibles chemins. Lequel prendre ? Il n’eut pas à perdre trop de temps en réflexions tortueuses. Un des étranges félins qui hantaient l’endroit s’approchait. Tranquille et confiant comme un gros chat en quête de câlins, il lui donna un coup de sa belle grosse tête à la jambe, par pur réflexe, le héros grec lui gratta l’oreille, ce qui sembla beaucoup plaire à la bestiole qui émit un puissant ronronnement avant de le devancer sur un des chemins, juste pour s’arrêter un peu plus loin et se retourner pour le regarder.

*Je deviens dingue ou celui là veut que je le suive !*


N’ayant rien à perdre, il emboîta le pas à l’hybride. Le singulier couple se mit en route. Le sentier était glissant, les parois humides mais de ci de là, des champignons lumineux éclairaient assez le chemin pour bien voir où on posait les pieds. Au moins jusque là il ne relevait aucune trace sanglante ni de morceaux humains, faudrait croire que Louis serait par là, au moins d’une pièce.

Sa royale Majesté n’était pas allée bien loin et, par la grâce d’un dieu clément, était parfaitement vivant, même si éperdue dans la contemplation d’un extraordinaire cours d’eau, dont la seule vue donna de désagréables frissons au prince des Myrmidons. Des eaux rouges comme le sang, coulaient paisiblement…Il en avait fait rougir des eaux, lui…et le souvenir du Scamandre, déchaîné de fureur par ce fait, lui revint. Pas le meilleur des souvenirs, alors là…pas du tout ! Faisant cas omis de cette lugubre réminiscence, il s’approcha du roi ébahi et, sans trop de douceur, lui posa la main sur son épaule saine, à point de rigoler pour de bon quand l’autre lâcha un cri de véritable épouvante avant de respirer soulagé en le voyant.

Achille ! Préviens moi, la prochaine fois ! Tu m’as flanqué la trouille…

Ce que je devrais te flanquer est une bonne raclée, voir si tu piges…Hélène a foutu une belle pagaille en découvrant que tu avais filé…

Quoi !?

Joue pas les étonnés…elle te perd de vue...et pique la crise. Quelle sale habitude que la tienne, de disparaître sans rien dire.

Il prit à peine un petit air contrit...très à peine !

Ouais, je sais que j’aurais dû prévenir mais tu vois, ça valait le coup…

Quoi ? Un peu de flotte rouge ? Vois pas en quoi ça nous avance !

Mais comme toujours, le Quatorzième du nom était plein de bon sens et idées surprenantes, quoique moins que ce qu’il osa avouer, sans même tiquer :

Ben, parce que c’est par là que l’on doit aller… Je le sais parce que je venais d’en rêver…

Le guerrier secoua la tête en émettant un grognement facile à interpréter.

Tu te prends pour l’oracle de Delphes, ma parole…c’est la chose la plus idiote que j’ai entendu…et faut dire que tu en débites sans gêne, toi…

Le Roi se défendit, outré.

Non, c’est pas idiot, c’est vrai… ça débouchera à l’air libre, tu m’entends Achille : j’ai vu le soleil, je le jure !

Et bien sûr, je dois te croire sur parole…allez, on retourne avec les autres avant qu’ils ne pensent le pire !

Refrénant l’envie de le prendre du collet, il se limita à suivre Louis qui babillait sans arrêt. À peine s’il l’écouta, ses pensées étaient ailleurs, remémorant la conversation de la dernière nuit avec Elisabeth. Elle l’attirait, mais pas de la même façon qu’avaient pu le faire d’autres femmes, dans sa vie d’avant. Sissi représentait presque une énigme pour lui. Douce, délicate, délicieusement féminine à la fois que brave, décidée et un peu farouche. Elle mélangeait sagesse et bonne humeur avec adroite aisance, sans badinages ridicules. Sa conversation le fascinait. Sans détours ni fioritures inutiles, sans ôter ni rajouter, elle lui livrait une vision claire du monde qui avait suivi à son temps, ce qu’il n’était pas trop sûr d’aimer, mais le cas étant, les choix étaient restreints. Parfois ses aveux étaient bouleversants, à d’autres si inattendus ne pouvaient que le surprendre et l’amuser. Les mœurs avaient bien changé, depuis…

La vision d’Hélène se lançant presque dans les bras de Louis, le fit revenir sur terre et il se trouva à chercher Elisabeth du regard, un peu en retrait, elle souriait…lui souriait, il aurait voulu lui rendre la pareille mais déjà Louis accaparait l’attention générale en assurant qu’il avait trouvé un passage de sortie.

Je vais nous touiller un plat puis on ira, hein Achille ?

D’une calme bourrade il l’envoya rejoindre les casseroles et alla s’occuper ailleurs, même s’il aurait très volontiers rejoint l’impératrice. Affûtant son glaive, il suivait néanmoins chaque parole qu’elle pouvait dire. La chaude intonation de sa voix l’enjôlait, l’entraînait dans une spirale de pensées assez insensées…ou peut être pas si insensées que cela. La dernière fois qu’une femme avait su retenir son attention était bien loin…beaucoup trop loin…au-delà de tout. Pour un instant le doux souvenir de Briseis, la troyenne, traversa son esprit pour s’enfumer aussitôt. La réalité était autre, si différente…
Ils mangèrent le repas préparé par un Louis, définitivement en meilleure forme, dont le babil endiablé ne cessa un instant. Enfin, la dernière bouchée expédiée, Richard crut bon le prendre à part avec Amelia, bien entendu.

Qu’est-ce que tu en penses vraiment ? Peut-on se fier à de simples… affabulations aussi royales soient-elles ? Et les chats ? T’en dis quoi ?

Achille haussa les épaules.

Avec Louis, on peut s’attendre à n’importe quoi. Il n’est que bonne foi mais enclin au délire… Quant aux bestioles…que dire ? J’en sais autant ou encore moins que toi…de mon temps on aurait voulu voir en tout cela une manifestation divine…je sais que depuis l’explication tient mal le chemin…mais enfin, on n’a rien à perdre. On ne va pas retourner en arrière. Une rivière qui s’écoule mène forcement quelque part…normalement vers la mer…ou un grand lac. Comment le savoir ? Ce monde est si…étrange.

Force fut de se charger de leur barda et aller voir si la vie était plus agréable au bord de l’eau, même si la couleur de cette dernière mettait Achille quelque peu mal à l’aise.

Mais bien entendu, rien ne pouvait se passer sans anicroches. La belle de Troie ne trouva rien de mieux que tomber dans l’onde écarlate et comme on pouvait s’y attendre, l’héroïque Louis se lança à la rescousse, oubliant son bras malade. Le résultat fut évident : ils se noieraient si on ne les sortait pas de là. Ami dévoué et héros par excellence, Achille n’hésita pas, quoique cela alla non sans quelques malédictions ponctuelles qui visaient exclusivement son royal pote.

Les étourdis de service dûment tancés par un chef d’expédition assez hors de lui, on se tourna vers la possibilité d’emprunter la voie des eaux pour se tirer de ce trou. Chose dite, chose faite. Ils confectionnèrent un radeau avec les rares moyens à bord et sans s’attarder plus, s’immergèrent.
Singulière balade que celle là. Entraînés doucement par le flot rouge, ils purent bercer des illusions sur un aboutissement agréable mais cela ne tarda pas trop à changer. Le courant s’intensifia. Les hybrides, qui étaient volontairement de la partie, avaient pris parti de protéger les femmes et Louis. Loués soient les Dieux ! Richard ordonna d’accoster, ce qui ne s’avérait pas une mince affaire. Le radeau, hors contrôle, leur échappa des mains et alla se perdre dans la houle grandissante, qu’accompagnait un grondement suspect…

*Une chute d’eau, sans doute !*


Sans être expert en fleuves, Achille pressentit le pire. Essayant de se maintenir à flot, il chercha Elisabeth du regard. Bagheera, comme elle avait baptisé son chat, l’entraînait ferme et sûrement vers le rivage. Il la vit ouvrir la bouche et hurler son nom…une seconde plus tard le courant traître l’aspirait follement.

*Quel plan foireux!*

Mais déjà un des braves félins se dévouait à sa cause, le rejoignant d’un puissant élan , l’entraîna vers la berge sûre sur laquelle il se hissa sans trop de mal, le temps de voir qu’un autre minet faisait de même avec Richard, sauf que celui-ci était inconscient et saignait profusément d’une blessure à la tête. Et dire qu’il aurait aimé se blottir près de l’impératrice et se laisser cajoler un peu comme Louis par Hélène. Quoiqu’en y pensant bien, Elisabeth n’aurait peut être pas envie de le traiter de la sorte.
Comment le savoir ? Il fallait s’occuper de l’explorateur mal en point.


Agglutinés sur la rive étroite, il fut clair qu’il fallait bouger de là, surtout que les chats semblaient très décidés à continuer leur chemin.

Tant qu’à faire, suivons les…Calme toi, Amelia...Richard est assommé… On va descendre ! Pas de souci, je le porte !

Richard n’était pas un freluquet mais il avait vu pire. Serrant les dents et faisant cas omis de sa propre fatigue, il mit l’anglais en travers l’épaule et s’engagea dans le périlleux sentier bordant e cours d’eau. La lumière du jour, un peu plus en avant, ne le surprit pas trop. Siphonné ou pas, Louis avait eu raison. La sortie était là, face à eux, sauf que pour y parvenir, il fallut s’engager dans une descente scabreuse qui demanda pas mal de sang froid et savoir faire. Richard arriva en bas d’une pièce…la caverne où ils avaient abouti était vaste et inondée par la clarté d’un jour splendide. Ils avaient trouvé une sortie. Vers où ? Ça, ils le sauraient sans doute sous peu. Installant l’évanoui sur le sol et le laissant aux bons soins d'une Amelia empressée, le guerrier n’hésita pas à se lancer à une petite prospection. On le suivit. Sans se retourner, il sut qu’il ne s’agissait pas de Louis mais de la belle impératrice. Arrivé sur le seuil de leur nouveau gîte, Achille ne retint pas une exclamation étouffée, face à eux s’étendait une forêt extraordinaire, comme il n’en avait jamais vue.

Elisabeth s’extasiait.

Comme c’est beau ici ! On jurerait les tropiques !

Si tu le dis. Moi je n’ai jamais vu quelque chose de semblable, admit il en maudissant son ignorance.

Le monde est vaste, Achille. Burton a dû t’en parler.

Sourire en coin tout en admirant son profil. Elle semblait ravie, excitée par cette nouvelle aventure. D’après ce qu’elle avait voulu lui raconter de sa vie antérieure, ceci représentait un drôle de changement. Achille devina qu’elle jouissait pleinement de ce dont les rigueurs de la cour impériale l’avaient privée : sa liberté.

Oui, Richard a cru bon élargir mes horizons qui étaient très limités…même si je croyais tout avoir vu de ce qu’il y avait à voir…de ce temps là, ce qui évidemment…Mais enfin, il faudra aller y jeter un coup d’œil de plus près !

Il se doutait bien que cette mer de dense verdure devait receler plus d’un danger sous cet aspect d’inoffensive magnificence. Elisabeth avait eu la même idée.

Avancer là-dedans ne sera pas facile car… on va avancer, je suppose ?

Bien sûr qu’on va le faire mais comme tu dis bien…ce ne sera sans doute pas si facile que ça !

Oh, tu as vu, là-bas ?

Du doigt elle signalait un tas multicolore qui ne pouvait être autre chose que l’épave de leur équipement, qui à présent reposait pris entre deux rochers, au bord du courant qui avait, de façon surprenante, perdu sa désagréable couleur pourpre.

Viens, allons voir !


Agiles comme des cabris, ils descendirent le talus pierreux. Au-delà de tout espoir, leur précieux barda était presque intact. Ils récupérèrent l’essentiel et filèrent donner la nouvelle aux autres. Leur retour coïncidant avec celui de Richard au monde des vivants mais la joie fut de courte durée. Si Burton était conscient, il était aussi aveugle, suite au coup traître qui lui avait si bien fêlé le crâne. Consternation générale. Amelia pleurait. L’impératrice fut près de l’imiter mais se retint. Louis sembla abattu par ce nouveau malheur mais reprit vite ses esprits et se voulant rassurant, jura avoir connu des cas pareils qui

Ferme la, pour une fois…Ce qui devra être, sera…pas besoin d’en rajouter…Viens plutôt avec moi. Elisabeth, Hélène, vous aussi, on va monter l’équipement puis bâtir le campement !

Occuper les mains était toujours le meilleur dérivatif face aux misères de la vie, autant s’y mettre avec entrain. Vu les sommaires conditions, ce fut vite fait et on se retrouva autour d’un bon feu en mangeant, sans trop d’appétit. Par la force des choses, il devenait le chef de l’expédition, impossible autrement, d’ailleurs personne n’y trouva rien à redire.

Nous resterons ici le temps qu’il faudra jusqu’à ce que Richard aille mieux et que Louis puisse se servir de son bras. L’extérieur est un monde inconnu pour nous tous, on va pas s’y risquer comme des moineaux étourdis.

C’était sans compter avec Amelia, qui défendit sa cause, tout feu et flamme.

Il est comme toi, Achille…fort et déterminé. Ce n’est pas être aveugle qui freinera son élan…ou juste si peu. Je pense que deux jours suffiront pour que Louis retrouve sa totale mobilité…il a déjà l’air bien plus gaillard.

Il se tourna vers Richard, qui bien accommodé, dormait d’un bon sommeil réparateur. Elle voyait juste, cette rousse demoiselle. On ne pouvait pas condamner un homme comme Richard à l’inutilité. Si ses yeux ne voyaient plus ce n’était pas pour autant que ses autres sens ne servaient à rien, ils se seraient décuplés s’il y a lieu. Sa perspicacité et sens inné pour contrer les avatars de l’existence demeuraient intacts.

Je te l’accorde, Amelia…on se reposera deux jours puis on verra que faire.

L’américaine agréa pleinement sa décision. Louis bougonna un peu, pour la forme, mais au fond était ravi de compter avec un peu de calme pour roucouler avec sa reine. Chacun sa façon de passer le temps, il s’occupa à passer en revue les armes et faire un rapide inventaire de leurs possessions. Il ne fallait pas être un génie pour se rendre compte que leurs provisions ne tiendraient pas bien longtemps. La jeune impératrice d’Autriche qui l’accompagnait avait l’air bien mitigé et il crut savoir pourquoi.

Te fais pas des idées, c’est pas à cause de vous deux…rien ne dure éternellement, c’est tout, on y pourvoira !

La seule alternative qu’il voyait étaient chasse et pêche. Faudrait s’y faire. Il avait un talent certain pour tuer, cette fois, la proie serait autre. Curieux, il vit la jeune femme prélever certaines choses du barda. Il se demanda ce qu’elle comptait faire avec cordes et ficelles mais d’autres choses occupaient son esprit et ne posa pas la question.

Il avançait, silencieux, javelot au poing . Le petit porc sauvage n’était pas loin et il était sûr de son coup. L’animal, trop jeune pour avoir l’instinct bien aiguisé, ne l’avait pas senti et paissait tranquillement sans se douter être une cible de choix. Tout aurait été parfait si tout à coup il ne s’était pas vu pris dans un fouillis de cordes, bien dissimulées sous le feuillage. Ses jurons scandèrent le silence, faisant filer aux abris tout animal se trouvant dans les parages. Il était tombé en plein piège et quel piège, s’il vous plaît, plus il se débattait et plus y il emmêlait, ce qui eut pour résultat le mettre en une colère noire, qui ne varia pas d’un poil en découvrant qui se portait à son secours : Elisabeth. Son orgueil de guerrier invincible en prit un sale coup.

Attends ! cria-t-elle en se précipitant. Plus tu te débats, pire c’est !

Elle tirait un petit couteau de sa poche et tranchait rapidement les liens alors qu’il marmonnait des jurons et essayait de se tirer de là avec la fierté assez émoussée.

Je suis désolée…

Grognement.

Arrête de gigoter !

Comme à un gosse empoté.

C’est stupide de ta part de poser des pièges et n’en rien dire !, grommela t’il, enragé.

Oui, je suis une idiote de n’avoir prévenu personne pour ses pièges !
, riposta t’elle, hautaine.

Mais il s’en fichait de ses états d’âme.

En plus quitter le campement seule, t’aventurant ici, c’est de la folie, on ne sait quels dangers nous guettent.

Avec Bagheera, je ne risquais rien, voyons !


Tu as réponse à tout, non ? Je ne veux pas savoir que tu quittes le campement, compris ? Assez de soucis comme ça comme pour avoir à s’occuper de Madame !

Elle se redressa, un peu confuse mais surtout assez énervée. Il venait de la vexer.

Je sais que tu as autre chose à te soucier que de moi ! Je ne t’ai rien demandé, du reste… J’ai juste voulu apporter ma contribution au repas, na !

Et de lui ficher dans les mains un gros volatile mort.

J’allais chasser un porcelet !, grogna t’il, c’est raté maintenant…qu’est ce que tu veux que je fasse avec cet oiseau !?

Tu peux aller la donner à Louis, si tu veux. Je vais réparer les pièges. Le chat reste avec moi, bien sûr.

Un instant ils se jaugèrent comme deux adversaires têtus. Il fut tenté d lui rendre l’oiseau et lui ordonner de rentrer au campement illico mais quelque chose dans son regard le fit déchanter de l’idée.

Fais ce que tu voudras !

Il lui en voulait mais surtout s’en voulait lui-même d’être si brute. S’éloignant à grandes enjambées énergiques, Achille se maudissait furieusement. Son humeur n’avait en rien amélioré en arrivant au camp.

Tiens, ça c’est pour toi !
, marmonna t’il, rogue en tendant la volaille à Louis qui ne se priva de faire son petit commentaire sur sa chiche prise, assurant qu’il s’était attendu à ce qu’un guerrier de sa trempe ramène au moins un sanglier, etc.

Avant de céder à l’envie de tordre le royal gosier, il alla rejoindre Richard et Amelia pour discuter sur la stratégie pour la suite de l’aventure. Il exposa ses idées, Richard les siennes. Ils coïncidaient sur tous les points.

On suivra donc le cours de la rivière, évitant au possible trop s’interner dans la forêt, ce sera plus sûr pour tous. On verra où cela nous mène. Louis va beaucoup mieux, tu n’as qu’à l’entendre faire le pitre…et toi, comme te sens-tu, Richard ?

L’explorateur assura qu’à part n’y voir goutte, il se portait comme un charme et décidé à reprendre le chemin.

Alors, nous partons demain de bonne heure !

Sissi était rentrée en rapportant des poissons. Elle ne lui dirigea ni la parole ni lui fit aumône d’un regard, préférant se joindre à Louis et Hélène. Après le repas, on se repartit les tours de garde. Elisabeth avec Louis. Lui avec Amelia, au second tour. Il ne ferma pas l’œil, songer à dormir s’avérait impossible, pas par manque de fatigue, c’était la tension flagrante qui s’était établie entre lui et Elizabeth qui l’empêchait de trouver le sommeil. Après leur rencontre dans la forêt, elle l’ignorait, tout comme elle avait dû le faire avec un sujet indésirable dans sa cour, jadis. Il essayait de s’imaginer à quoi avait pu ressembler la vie d’Elizabeth alors. Elle encaissait très mal dans l’image d’une femme lointaine et froide, inaccessible, entourée de fastes. Attrapée dans son impérial piège, où se débattre pour se libérer n’avait servi de rien…Le croyant endormi, Amelia vint le secouer pour prendre leur quart. Sa longue mine et son regard ombrageux n’étaient pas follement engageants pour une conversation, pour quiconque d’autre que l’aviatrice. Tout occupée qu’elle fut avec Richard, la jeune femme semblait pourtant se rendre compte de tout se qui se passait avec les autres, elle voulut savoir ce qui clochait avec Sissi.

Il se limita à hausser les épaules mais elle insista, l’obligeant à dire quelque chose.

Rien !

Et ce fut plutôt un grognement.

Amelia comprit au quart de tour que ce thème n’était pas de mise et passa à parler sur leurs plans. Mieux ainsi.

Il n’y a pas beaucoup que je puisse dire, nous sommes sur terrain inconnu. Impossible envoyer des éclaireurs, on en a pas. Faudra découvrir ensemble ce que nous déparera chaque jour, en restant toujours sur nos gardes. J’ai un peu exploré dans le coin, à première vue, rien de suspect, ce qui ne veut pas dire que ce soit sans danger. Retourne auprès de Richard…il se passera rien cette nuit…regarde les chats…ils dorment tranquillement, je suis sûr que d’avoir un danger…ils nous avertiraient !

Il préférait rester seul. Ce quart de garde lui sembla éternel.


Les premières lueurs de l’aube coloraient l’horizon quand il réveilla les autres, sans aucune contemplation. Après cette longue nuit de mornes réflexions il ne voulait que se mettre en mouvement, s’occuper à donner des ordres, à faire ce qu’il était habitué à faire, ce qui lui éviterait plus de pénibles pensées.

Je vais vérifier mes pièges ! Je n’en ai pas pour longtemps !


Retourné d’un bloc, Achille lança un regard noir l’impératrice qui venait de faire cette singulière annonce.

Tu vas nulle part ! On y passera tout prés, pas la peine de perdre du temps !

Juste ce qu’il fallait pour remettre les pendules à l’heure et regagner la sympathie de la jeune femme. Faisant abstraction de ses misérables états d’âme, il donna le signal du départ, après avoir vérifié le barda de tous et chacun. Impossible de traîner l’équipement à leur suite, donc chacun, en mesure de sa capacité, portait quelque chose. Richard insista pour porter le sien comme si rien n’était. Louis ne voulut pas rester en moins. Les femmes porteraient ce qu’il y avait de plus léger. Achille, lui, se serait fiché d’avoir à porter le monde sur ses épaules…

On récupéra les proies tombées dans les savants pièges d’Elisabeth, ça leur assurait leurs repas pour au moins deux jours, en y allant mollo avec les rations. L’eau ne manquait pas. Il marqua le pas. On n’allait pas s’ennuyer. De temps à autre, il jetait un coup d’œil par dessus son épaule et voyait que les autres suivaient bravement. En bonne petite file indienne, à pas de fantassin. Ces dames munies de larges feuilles en guise d’éventail, Louis fermant la marche, bavard comme toujours. Richard, guidé par Amelia, maintenait la démarche sûre de celui qui perçoit les choses sans les voir.

Le soleil au zénith. La chaleur devenait écrasante. Temps de s’arrêter. Il n’avait pas escompté qu’Elisabeth le suivrait de si près. Sa halte la surprit, elle le percuta.

Pardon, je…

Pas de mal. On va faire une pause, jusqu’à e que le soleil baisse un peu.

Ah, on s’arrête ? Tant mieux.

Routine. On établit le camp. On mangea. On songea à se reposer. Évidemment, pas tous ! Elle se glissa près de lui et murmura qu’elle allait prendre un bain et que Bagheera l’accompagnait.

Vais avec toi !

T’es pas obligé de venir, suis pas un bébé !


Comme s’il ne le savait pas. Avec vingt ans de moins elle n’aurait pas si bien troublé ses idées. Guidée par l’hybride, la jeune femme ne tarda pas à parvenir à un petit lac paisible aux eaux claires. Elle enleva ses chaussures et toucha l’eau de l’orteil en assurant que c’était parfait et acte suivi y plongea. Femme folle et inconsciente des ravages causés. Ses vêtements mouillés épousaient ses courbes avec douloureuse précision, le mettant à la torture.

Tu devrais essayer, c’est délicieux !

Valait mieux pas. Définitivement pas. Mais pas tout le monde n’était d’accord avec lui, d’un soudain bond, en guise de jeu, gros minet sauta sur lui, lui faisant perdre l’équilibre. Il se retrouva dans l’eau avec un chat qui barbotait allègrement.

Ça t’amuse peut être, sale bête…Va t’en…fiche le camp !


Que faire d’autre qui la rejoindre. Elle semblait beaucoup s’amuser, ce qui le laissa supposer que leur petite discussion était oubliée, en tout cas elle souriait.

Il a bien fait. Ça débarrasse des sueurs et odeurs !

Tu vas dires que je pue maintenant !?

Mais non, j’ai pas dit que tu puais (rire)je parlais pour moi !

Vraiment !? Je en dirais pas ça...pas du tout!


C’était beau la vie, tout à coup. Son rire rassérénait son âme. Sans le penser, il riait aussi en lui enfonçant la tête sous l’eau pour la relâcher presque aussitôt. La douce revanche ne tarda pas. Ils s’amusaient comme des enfants insouciants, chose qu’ils étaient très loin d’être. Elle fichait son bon sens en l’air et il pouvait ni voulait l’éviter. Elle le faisait se sentir vraiment vivant…heureux ? Il ne connaissait pas la signification de ce mot. Le plus proche au bonheur qu’il avait pu connaître avait été de si courte durée…juste un aperçu. Restait la satisfaction des batailles gagnées mais cela avait si peu à voir avec ce sentiment délirant qui parvenait presque à lui nouer les tripes et faisait battre son cœur à coups redoublés.

On ferait mieux de sortir. J’ai peur d’attraper des écailles, et puis les autres vont…

On s’en passe, des autres !, se trouva t’il en train de dire en la retenant.

Il manquait du verbe fleuri de Louis mais à quoi bon parler quand tout est devenu si clair, si évident. Il se noyait dans ce regard velouté et son unique désir en cet instant était de la tenir contre lui, de sentir l’odeur de sa peau, de ses cheveux, goûter à ses lèvres…la fondre en lui…Elle caressa sa joue…elle était si près, délicieuse tentation…

Le rugissement féroce de l’hybride rompit l’enchantement du moment. L’animal semblait en proie d’une grande agitation, ses feulements à répétition avaient alerté ses congénères qui arrivaient à la rescousse.

On retourne au camp…VITE !!!


Ils sortirent de l’eau et filèrent à toute vitesse. Autour d’eau, la forêt s’agitait en plein émoi. Envols d’oiseaux paniqués, d’autres petits animaux couraient, éperdus. Le sol se mit à vibrer comme si un géant s’approchait au pas de course.

Au camp régnait aussi l’agitation.


Ramassez ce que vous pourrez….des torches…vers les rochers ! Courons vers les rochers !!! Oublie les casseroles, Louis…COUREZ !!!!

Il n’avait jamais ordonné la retraite à ses Myrmidons mais là, face à un danger inconnu, jouer les braves aurait été absurde. Tractant toujours Elisabeth à sa suite et houspillant les autres de son mieux, Achille arriva aux grands rochers les plus proches.

Par Zeus ! C’est quoi…ÇA !?

La clairière qui leur avait servi de camp était devenu le scénario d’un spectacle inédit. Un animal énorme, en pleine panique venait d’y débouler. Immense, trapu, poilu, grosse tête, longue trompe et défenses démesurées. Achille n’était pas pour le savoir mais il venait de voir son premier mammouth. Ce fut Amelia qui identifia la bête, à sa description énervée, Richard corrobora. Louis assura que cette espère avait déjà disparu à son époque.

Et évidemment de la mienne aussi !, assura Achille sans lâcher sa compagne qui tremblait, on le pourchasse…regardez !!!

Un groupe d’individus hirsutes, vêtus de fourrures d’animaux venaient d’entrer en scène armes de rudimentaires javelots de bois aux pointes de pierre taillée. En découvrant l’animal traqué, acculé contre les rochers, les mit dans un état d’excitation extrême. Leurs cris redoublèrent et ils lancèrent leurs armes, atteignant cruellement leur proie qui poussa un puissant cri de douleur et rage avant de se tourner vers ses attaquants. Elisabeth blottit sa tête contre son épaule, incapable d’assister au macabre spectacle. Lui, suivait ce combat irrégulier avec morbide fascination. La douleur redoublait la fureur de l’animal blessé qui fonça dans le tas, décimant les rangs des chasseurs, les piétinant sans pitié, les propulsant en l’air du bout de ses longues défenses.

Un garçon était à terre, son cri de terreur surmonta le brouhaha. L’animal allait le réduire en bouillie. Avec un cri de guerrier vengeur Louis venait de bondir de son abri, suivi de deux des hybrides.

Bon sang, Louis…pas ÇA !!!!

Lâchant Elisabeth, Achille s’élança derrière le roi, juste quand, attiré par ses hurlements, l’animal se tournait vers lui.

Si on s’en tire…te fais la peau !!!

Attirés par les cris du garçon, les hurlements de Louis et les imprécations d’Achille quelques chasseurs rebroussaient chemin et lançaient, faute de mieux des pierres à l’animal qui au paroxysme de la fureur se dressait sur ses pattes arrières, offrant un spectacle assez terrifiant…Le javelot fendit l’air, certain…Le glaive de Louis acheva le géant agonisant…Le cercle des chasseurs se resserra autour d’eux et ils n’avaient pas l’air particulièrement amicaux mais tenus en respect par les chats aux babines retroussés et les crocs étincelants.

Ils pensent qu’on veut leur proie…sois gentil, Loulou…souris et explique leur de quoi il s’agit…suis crevé, moi !

Oubliant leurs détracteurs le Quatorzième du nom protesta vertement, à grand renfort d’exclamations et larges gestes, ce qui finit par décider aux autres expéditionnaires à quitter leur abri et venir à la rescousse avant qu’Achille ne s’en prenne pour de bon à Louis. Les chasseurs, eux, demeuraient là, sidérés par ce cirque incompréhensible mené par des êtres jamais vus auparavant.

Il se fallut de l’intervention de ce fin diplomate qu’était Richard, qui même aveugle, sut s’y prendre à merveille pour calmer l’ardeur des uns et des autres. Les chasseurs d’un autre âge rassurés sur leurs intentions en vinrent à reconnaître, force grognements et bruits inintelligibles, leur reconnaissance d’avoir sauvé le garçon et avoir tué le mammouth. Nos historiques y gagnèrent une belle portion de viande fraîche découpée habilement sur place et le droit de retourner aux décombres de leur camp piétiné dans la lutte. Louis se lamentait de sa belle casserole désormais réduite à état de bouclier.

Te plains pas, c’est toi qui pourrais être plat comme galette si la bestiole t’avais mis la patte dessus…quelque coups de pierre la remettront d’allure, ta casserole…T’es un brave, Louis…un brave stupide mais brave quand même…suis orgueilleux de t’avoir dans mes rangs…mais la prochaine fois, pense d’abord et fonce après…

On rebattit le campement à l’abri des rochers (sait on jamais !) et tous purent enfin songer à prendre un peu de repos après tant de sursauts. Sissi reposait dans son coin, en compagnie de Bagheera qui ne la lâchait plus d’une semelle. Sans en demander la permission, le guerrier se laissa tomber à côté de l’impératrice avec un grognement satisfait. Ils ne parlèrent pas pendant un bon moment, se contentant d’être près l’un de l’autre. Ce fut lui qui rompit le silence.

Je n’étais jamais tombé si bêtement dans un piège…dans aucun piège…tu m’as eu…Ah bon, tu aurais préféré une autre classe d’animal , peux comprendre ça…Je ne suis pas un type facile à vivre, mes manières sont déplorables, je ne sais pas de jolis mots…ai pas de patience et suis juste bon à égorger mes ennemis…j’ai jamais eu le temps ou si peu…et toi tu es si…délicate et raffinée…tu sais que je te veux…je veux que tu sois près de moi…tout le temps…je n’ai jamais eu autant besoin de quelqu’un…Laisse moi rester près de toi…Non, je ne suis pas noble…mes intentions sont basses et humaines…tu devrais le savoir…je ne suis qu’un guerrier …

Il lui suffit de se pencher un peu pour atteindre sa bouche qui ne se déroba pas…Plus qu’un simple baiser celui-ci était un aveu passionné, désespéré, assoiffé de tendresse, de douceurs inconnues…
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Mer 15 Juin - 10:50

Prendre Louis pour un parfait idiot serait une grossière erreur. Ses défauts étaient marqués et remarqués, m’enfin… Toujours, il pensait agir pour la bonne cause.
Personne ne semblait croire vraiment dans sa vision de l’issue vers le soleil, pourtant Achille lui-même décida les autres à aller constater de leurs yeux la réalité du fleuve rouge.
Douce Hélène, si troublante, si… maladroite !
La voir quasi noyée déclencha chez Louis un réflexe de sauvegarde. Sans y réfléchir à deux fois, il avait plongé et tenté de la sauver. L’ennui c’est qu’il avait complètement oublié qu’il était inapte à la nage en raison de son épaule à peine rafistolée. Sans Chichille, Dieu sait ce qu’il serait arrivé… valait mieux penser à autre chose. Au regard d’Hélène, par exemple, à sa main dans la sienne…
Rien que ça méritait toutes les imprudences, les remontrances.
Hormis cette gratification, le bain royal prouva des choses : l’eau n’était ni toxique ni glacée.
Avec les moyens du bord, un radeau se bâtit. Il aurait été très difficile de nager avec l’équipement sur le dos. Les minets contribuèrent beaucoup à soulager les voyageurs dans leur périple nautique.
Même s’il râlait un peu d’être « relégué » avec les femmes, Louis ne s’en formalisa pas trop puisqu’il pouvait ainsi aider la belle de Troie.
Pourquoi les choses n’étaient-elles jamais simples ? Voilà que le courant se mit à augmenter fortement. En tête, Richard leur hurla un ordre que tous auraient compris sans son intervention.


Rallions la berge, dit-il à Hélène en la forçant à lâcher le radeau devenu support trop précaire.

Le « chat » favorisa la manœuvre et ils montèrent au sec sans encombre.

Trop affairé à s’occuper de la reine de Sparte, Louis réalisa un peu tard qu’un drame se jouait dans l’eau. Amelia et Siss avaient l’air complètement affolé. Il y avait de quoi. Un des hybrides ramena Richard dans un triste état. Tous étaient sous le choc mais suivirent leurs protecteurs vers… l’air libre.


Tu vois que mon rêve n’était pas si farfelu, se réjouit le roi.

Joie de courte durée lorsqu’il apparut que Burton avait pris un vrai sale coup : il était aveugle.
Qu’Achille prenne le commandement allait de soi. Jamais Louis ne lui briguerait ce poste, surtout dans son état actuel. Les récents efforts avaient, hélas, ravivé ses maux mais il se les gardait pour lui… Bon, peut-être aussi un poil pour Hélène dont les douces mains savaient si bien le soulager.

Un campement de fortune s’établit près de l’embouchure du fleuve souterrain. L’équipement était sauf, ce qui ne gêna personne. Cependant, en examinant les réserves de nourriture, le roi ne fut pas à la fête.


*À moins de se prendre pour Dieu et de multiplier les pains, on va crever de faim avant peu*

Que n’aurait-il pas donné pour être en meilleure forme et partir en chasse ?
Inutile d’inquiéter les autres, on se débrouillerait.
Amelia s’occupant parfaitement de Richard, le 14ème se laissa cajoler par Hélène :


Je vous assure, douce amie, que je vais bien… Ce pli soucieux ne vous sied guère, qu’inventer pour l’effacer ?... Vous conter les fastes de ma demeure ?

Rien de mieux pour la dérider, selon elle. Il s’y adonna avec entrain mais quand elle évoqua le sujet de sa famille, Louis devint évasif.

Je… on s’entendait, euh… assez bien. J’ai été forgé pour prendre le pouvoir suprême… J’ai pas eu trop le choix… non, c’est vrai, je ne suis pas très fier de tout ce que j’ai dû effectuer… si c’était à refaire, avec ce que je sais maintenant… Crois-tu en la rédemption des péchés ?... Je veux dire en la rémission, le pardon total des fautes passées ?... J’y ai consacré les dernières années de ma vie… J’ai tellement fauté… Ah, toi aussi ? Ben, nous sommes deux, alors !

Un baiser sur les doigts déliés voulait dire beaucoup. Rougissait-elle ? Louis s’émut presque.
Prêt à s’enhardir, Louis fut interrompu sous la présentation d’un étrange volatile sous le nez. Un Achille, assez grognon, lui délégua la bestiole sans un mot.


Un… canard ? Abattu par flèche ? J’attendais mieux de ta part, un sanglier, une grosse bébête ? Mais t’as fait des progrès, Chichille !

Oups, son compliment ne récolta qu’un autre grognement. Se tournant vers Hélène, le roi ricana :

Cette proie ne vient pas de lui, ma main à couper. Où est l’impératrice ?... Tu penses comme moi, je vois !

Ils rigolèrent en douce tandis que Louis entamait le plumage de la bestiole. Peu après, une Sissi pensive leur donna des poissons à vider alors que Louis s’ingéniait à garnir son chapeau avec les plumes de l’animal. Il fronça les sourcils en se mettant au nouvel ouvrage :

Toi qui connais Achille mieux que personne, il n’est pas normal. Que se passe-t-il selon toi ?...

Sa réponse, mitigée, le laissa intrigué, amusé :

Amoureux ? Achille ? J’y crois pas, quoique… Elisabeth est une belle prise. Aïe ! Pourquoi tu me pinces ? Tu sais bien que je n’ai d’yeux que pour toi, Hélène… Si je possédais encore mon royaume, je le mettrais à tes pieds, séance tenante… seulement, je ne suis plus rien. Rien qu’un ex-roi bouffon à ses heures, cuistot de service.

Dieu que ses lèvres étaient douces ! De quoi effacer tout doute.
Louis aurait sûrement raté sa cuisine si la cruauté des réalités ne s’était marquée.
On désigna les tours de garde.
Louis ne s’étonna pas qu’on le flanque avec l’impératrice. Voulait-on écarter les tentations ?
Pour passer le temps autour du feu, il tenta de distraire Sissi en lui vantant ses réussites administratives. Décidément, la « sage » avait la tête ailleurs. Il n’y tint plus :


Achille et toi… vous êtes fâchés ? Il s’est passé quelque chose entre vous deux, j’en suis sûr !

Elle se défendit… mollement :

Que veux-tu qu’il se soit passé ?

Moi, je veux rien, je constate. Je veux pas me gausser, paraître pour, mais je pense cerner Chichille : tu lui plais. Il est fier, très fier et orgueilleux. Là, il présente tous les signes d’une bouderie profonde. T’aurait-il manqué de respect ? Forcée à…

Non Louis, ce n’est pas ça du tout ! Il est très respectueux, je t’assure !

Belle défense, trop rapide selon son goût. Le monarque laissa couler changeant de sujet. On changea de quart. Louis s’endormit.

Dure journée suivante. La chaleur était de four ou d’enfer. Sissi et Hélène s’éventèrent de feuilles larges, lui de son feutre emplumé fraîchement.
Halte ?


¨Bénie soit-elle !*

Les gestes rituels se répétèrent.
Le repas achevé, une sieste s’imposait.


Hélène, repose près de moi, je t’en prie. Je… Je ne goûte rien sans toi.

La belle au creux de son bras, Louis roupilla, heureux comme… un roi.

Qui gardait le camp quand il sursauta ?
Le fait est qu’il se redressa avec Hélène dans les bras tandis qu’un Burton beuglait.
Rassembler le matériel, s’attendre au pire ?
En état second, Louis cumula leurs avoirs à la va comme on peut avant de voir Achille et Sissi, trempés, débouler.


Ramassez ce que vous pourrez….des torches…vers les rochers ! Courons vers les rochers !!! Oublie les casseroles, Louis…COUREZ !!!!

Mais que se passait-il ? Deux pensées cohérentes étant impossibles, le roi fit de son mieux.
Saisissant l’essentiel – Hélène – il chopa l’un ou l’autre truc et obtempéra.
Courir, et vite. Amelia tirait un Richard réticent qui réclamait des informations. Lui, ne pensant qu’à Hélène, oublia maints objets dans la retraite forcée.
Que dire de ce qui suivit ?


Par Zeus ! C’est quoi…ÇA !?

En effet, "ça" signifiait tout… et rien.
À peine réfugiés dans une cavité, se dressa la créature la plus improbable qui soit. Louis s’était beaucoup intéressé aux bizarreries de la nature, entre autres, mais là…
L’animal aux poils roux, défenses démesurées recourbées, le laissait sans voix.


Un mammouth ? Mais, euh… ça n’existait pas à mon époque, ça ! s’étrangla-t-il.

Apparemment, à celle d’Achille non plus. Les autres semblaient en savoir plus long. Mais ce fut la suite qui retint leur attention. L’éléphantidé n’était pas énervé pour rien. Surgissant à leur tour, des individus singuliers manifestèrent leur joie de voir l’animal acculé.

Ils pensent l’avoir avec ces lances rudimentaires ? Ils sont fous.

Du sang gicla des blessures infligées. Rage et douleurs mêlées, le géant fonça sur ses agresseurs. Le carnage était total, la lutte trop inégale. Un gosse tomba. Pourquoi Louis sentit-il monter en lui une de ses colères noires pareille à celles piquées jadis quand on le contrariait ? Le fait est qu’il ne tolérerait pas de regarder se faire aplatir ce jeune guerrier comme une vulgaire casserole. Quelque chose s’imposait à son esprit, le dominant.
Sans même s’en rendre compte, il saisit son glaive et se rua en avant.


Montjoie ! Saint-Denis !

Ça n’avait aucun rapport direct mais ressortir ce vieux cri de ralliement faisait un bien fou.
Sourd aux alarmes d’Achille, le roi força la bête à se tourner vers lui. Hurlements et barrissements redoublés firent réagir quelques-uns des chasseurs en déroute.
Louis se sentit soudain minuscule quand les tonnes de chair se dressèrent sur ses pattes arrière. Un javelot puissant frappa, l’animal s’écroula offrant au roi de sonner l’hallali. Épais, le cuir du cou ne résista pourtant pas au coup fatal.
Assez sonné, néanmoins, Louis resta pantelant, l’arme dégoulinante. Point de hourrahs ni vivats pour saluer la mort du monstre. Au contraire, les barbus semblaient renfrognés.


Ils pourraient dire merci, au moins ! On vient de sauver l’un des leurs.

Ils pensent qu’on veut leur proie…sois gentil, Loulou…souris et explique leur de quoi il s’agit…suis crevé, moi !

C’était trop fort ! Non, mais pour qui Achille le prenait-il en définitive ? Un pitre ?

Crevé de quoi ? D’avoir été nager et lancé un javelot ? Et pourquoi c’est toujours à moi d’amuser la galerie ? Suis bon qu’à ça ? Dis-le tout de suite !

Oui, il était remonté, déchainé même. Peu importait qu’Achille se fâche en retour. S’il voulait en découdre, le 14ème était prêt.
De leur côté, les « visiteurs » palabrèrent dans un baragouin incompréhensible. Sans l’intervention diplomatique de Richard, peut-être les copains en seraient-ils venus aux mains.
Tout se calma. Les tueurs de mammouth reçurent une large part du butin.
Le retour aux débris du camp ne fut pas gai. Les trois quarts de l’équipement étaient raplatis.


Comment voulez-vous que je cuisine avec ça ?

Sa marmite en cuivre ressemblait à un plateau… Quel gâchis.

Te plains pas, c’est toi qui pourrais être plat comme galette si la bestiole t’avais mis la patte dessus…quelque coups de pierre la remettront d’allure, ta casserole…

Ça m’étonnerait ! répondit le roi, maussade. On n’a quasi plus rien. On a des kilos de viande et… plus rien.

La suite le surpris dans Achille dit :

T’es un brave, Louis…un brave stupide mais brave quand même…suis orgueilleux de t’avoir dans mes rangs…mais la prochaine fois, pense d’abord et fonce après…

Mon action t’a peut-être semblé irrationnelle mais un roi de France agit rarement sur un coup de tête. Ne me prends pas encore pour ta voyante de Delphes, mais sache que je savais qu’il fallait sauver le gamin… on verra ça demain. Aide-moi plutôt à découper puis à suspendre ce cuissot dans un arbre. Je ne voudrais pas que nos minets ne nous en laisse que l’os à ronger.

Quand la tâche fut effectuée, alors que des morceaux cuisaient et d’autres séchaient, Louis osa :


Dis-moi… J’ai remarqué que Sissi et toi vous… étiez très propres malgré votre panique *et la nôtre* Où vous êtes-vous... lavés ?

Renseigné, sans s’alourdir sur les motivations d’un bain commun entre Achille et l’impératrice, Louis mijota plat et plans.
Volontairement, il prolongea sa veille au coin du feu près d’Hélène.


Achille ne pige rien à rien, soupira-t-il. Il me prend pour un bouffon… Je sais bien comment il est, va ! Toi, tu me crois hein, si je te dis qu’il fallait sauver le gosse… Tu es merveilleuse Hélène. Je pourrais chanter tes louanges, des heures durant mais là, je… je pue pire que les hirsutes de tantôt. Ça, euh… te dirait de te rafraîchir ? On ne serait pas seuls, on prendrait notre chat ! Faudra lui donner un nom, tu as une idée ?

Elle en avait une qu’il adopta de suite avant de l’entraîner à la lueur d’une torche vers le petit lac naturel désigné par son copain.
L’eau était très bonne, se débarrasser des traces de cette journée un plaisir… partagé.
En d’autres temps, autres lieux, Louis aurait sans doute troussé la belle illico. Il en avait relevé tant de jupons ! Seulement… Hélène méritait mieux qu’une simple culbute, beaucoup mieux.
Très doux, attentif, il ne força rien, se contentant du plaisir pur de la serrer un peu plus qu’en ami. Quand ils en eurent assez de barboter dans l’eau paisible, ils s’allongèrent côte à côte sur la berge en regardant les étoiles.


Amelia m’a montré le ciel, un soir. Elle était perdue, ne reconnaissait rien. Selon elle, à son époque, des savants avaient donné à ces amas lumineux des noms prestigieux. J’en connaissais certains, les Arabes ont toujours eu des coudées d’avance sur nous en astronomie, calculs et médecine… Tu n’as pas froid, au moins ?

Qu’elle se blottisse contre lui était si naturel… Sentir une pointe contre sa gorge, beaucoup moins !
La torche enflammée piquée au sol lui permit de visualiser son agresseur : un des sauvages de tantôt.


Tout doux ! Nous, amis… Miam, miam mammouth, toi comprendre ?

Idiot ? Bon, fallait bien se risquer au dialogue. Une chose rassurait Louis : le calme du chat.
D’un geste protecteur, il passa son bras autour des épaules frissonnantes d’Hélène qu’il aida à se relever. Les Néandertaliens, comme les nommaient Richard et Amelia, étaient cinq et ne manifestaient aucune hostilité.

J’ai l’impression qu’ils veulent simplement que nous les suivions.

Avec gestes et baragouin, le roi tenta de faire passer un message :

Aller camp à nous ! Chercher Achille, vous savez, le grand type musclé ! Et l’autre aussi, celui qui voit rien.

Ses mimiques amenèrent de grands sourires sur les faces crasseuses qui parurent capter l’essentiel. Avec leur curieuse escorte, le coupe rentra au camp y provoquant un certain émoi.

Non, Achille ! Rentre ton glaive. Ils sont pas venus reprendre la bouffe. Je pense qu’ils veulent faire ami-ami.

Ils laissèrent la viande suspendue, n’emportant que leurs maigres ressources et suivirent le train.
Selon Richard qui en connaissait long sur les mœurs primitives, il ne serait pas anormal qu’on les convie à une cérémonie quelconque en récompense de leur aide dans l’abattage du bestiau.
Le village de huttes n’était pas très loin de la rivière. Ils le rejoignirent en coupant à travers bois.
De hauts rochers cernaient une petite plaine rase où tous les habitants festoyaient déjà près d’un feu bâti devant…


Mince ! Une pierre !

Les Néandertaliens possédaient donc aussi un caillou magique. L’esprit de Louis évalua rapidement les possibilités qui s’offraient. Néanmoins, il y avait fort à parier que ces gens considèrent la pierre comme sacrée. Pour l’utiliser, il faudrait sans doute parlementer.
On se leva à leur approche et une forte ovation retentit. Déjà Louis salivait en humant les arômes de cuisson des viandes. S’il imaginait prendre place directement au banquet, il fut déçu.
Un type plus grand que les autres s’avança. Richard se fit interprète. On leur demandait encore de suivre.
La case où ils entrèrent était occupée par deux femmes penchées sur un corps allongé.


Mais c’est le petit gars de tantôt ! s’exclama Louis.

Il ne fallait pas être devin pour capter la situation. Le jeune était le fils du grand et le père réclamait des soins pour l’enfant.
Amelia sortit sa trousse après que Richard eut traduit ses futurs actes pour ne pas effrayer les primitifs. Ils n’avaient rien à perdre mais se montrèrent suspicieux au possible.
Amelia, Sissi et Hélène purent rester au chevet du blessé tandis que les hommes furent écartés.


Si le gosse meurt, notre compte est bon !

Achille se montra rassurant. Il est vrai que voir six visages pâles accompagnés de quatre hybrides dociles devait jouer en leur faveur. Effectivement, traités en hôtes d’honneur, les explorateurs participèrent aux agapes. Regardant le cercle joyeux, Louis eut l’attention attirée par un personnage en retrait. Peaux de bête sur le dos, cheveux broussailleux, l’homme affichait un profil très bas.


Tu crois que c’est un paria ? souffla Louis au héros grec.

Ça y ressemblait car personne ne l’invitait près du feu, des femmes lui jetaient de temps à autre un os déjà rongé à sucer, tel un chien. Cela arrivait fréquemment dans les sociétés. Quand un membre désobéissait ou était trop différent, on le banissait ou l'utilisait comme un esclave.
Le fixant davantage, Louis se décomposa progressivement. Quand son regard croisa celui de l’individu, Louis parut frappé par la foudre.


Ce… c’est impossible !

Dressé soudain, il prit son écuelle et se dirigea vers l’homme figé dans sa position accroupie.
Achille lui criait dessus, Richard aussi, il s’en moquait.
Tombant à genoux près du rejeté, il posa la nourriture et s’étrangla d’émotion :


Dieu est bon ! J’y crois pas mais c’est toi, hein Philippe ! Dis-moi que je ne rêve pas ! Dis-moi !

Aucun doute après l’étreinte reçue : Philippe de France, son frère cadet, était revenu.
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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Mer 15 Juin - 21:09

Je suis né et je n'ai vécu que pour demeurer dans l'ombre de mon frère, le Roi Soleil, en effet, tel le Soleil il éclipsait quiconque s'aventurait auprès de lui. Je n'ai jamais regretté cette situation, je n'aurais pas voulu avoir la tâche de diriger un pays, toutefois je n'aurais pas été contre le fait d'avoir un commandement dans les armées de Louis. Cela a toujours été un de nos sujet de discorde, si ce n'est le sujet de discorde par excellence, chaque fois que mon frère voulait éviter la dispute, soit il ne me répondait pas ou alors il éludait la question comme il avait coûtume de faire lorsque quelque chose l'ennuyait. Ceci étant, je n'ai pas à me plaindre, Louis m'autorisait beaucoup de choses, beaucoup de folies, selon ses propres termes. Un exemple entre autre, mon cher Chevalier de Lorraine, tous les courtisans étaient au courant de notre relation, une relation qui, si je n'avais été le frère du Roi nous aurait conduit à la mort. Bien sûr, Louis n'aimait pas Philippe de Lorraine, il l'a même exilé mais il l'a rappelé auprès de moi un an après, sans doute pour me "récompenser" d'avoir épousé Elisabeth-Charlotte après la mort de ma première épouse. Et puis songez que lorsque j'arrivais déguisé en femme à l'une des nombreuses fêtes données au chateau, même s'il devait très certainement s'en offusquer, Louis ne laissait rien paraître et ne m'excluait pas non plus de la fête.

Oui, ma vie aurait dû continuer ainsi, dans l'oppulence, dans un tourbillon de fêtes, seulement voilà, l'affront que j'avais supporté pour moi pendant tant d'années, je ne pouvais le souffrir pour mon fils alors je suis allé trouver mon frère pour lui exprimer mon désaccord quand à sa décision d'éloigner mon fils de tout commandement. Rapidement le ton est monté et nous nous sommes dit des horreurs, je suis parti fâché en mon domaine de Saint Cloud et c'est là-bas que je suis mort avant même d'avoir pu dire à Louis combien je regrettais mes paroles. Mais... attendez un instant, je suis mort alors comment se fait-il que...j'entends des voix autour de moi. Prudemment, j'ouvre les yeux et... Grands Dieux, où suis-je ? Il y a des hommes autour de moi vêtu de peaux d'animaux, ils s'expriment dans une langue que je ne connais pas et... ils pointent sur moi des lances mais...j'ai froid soudainement je... Ciel, je suis ainsi que le jour de ma naissance, nu comme un ver.


- Pardonnez-moi mais... où suis-je ?

Ouch, j'aurais dû me douter qu'ils ne me comprendraient pas. A propos, il y a encore une étrangeté, mis à part le fait que je sois en vie, mon corps, il n'est plus aussi épais qu'avant, j'ai retrouvé le physique de ma jeunesse. Il y a au moins une bonne chose dans ma situation. Je pense que je ne devrais pas tenter quoi que ce soit d'insensé, premièrement ils sont plus nombreux que moi et ensuite, ils sont armés. Je tente de dissimuler à leurs regards ce qui fait de moi un homme et ils semblent se rendre compte de mon malaise puisqu'ils me lancent une peau de bête, je la regarde avec méfiance mais la lance pointé sur moi me convainc de me vêtir prestement. J'enfile donc cette peau puis ils me relève vivement. Ils marchent vers une destination dont j'ignore tout, la seule chose que je sache c'est qu'aucune fuite n'est possible, je suis... leur prisonnier. Finalement je n'ai peut-être pas tant de valeur que cela.

Je les suis en baissant la tête, j'ai l'impression d'un poids immense s'abattant sur mes épaules, je ne comprends pas ce qu'il s'est passé ni pourquoi j'ai mystérieusement réssucité, toutefois il aurait mieux valu que je reste mort. Je continue à avancer. Nous arrivons dans une sorte de campement, je suis indifférent à ce qui m'entoure, de toute façon ce n'était pas comme si je connaissais quelqu'un. J'entendais les membres du camp faire une ovation à de nouveaux venus, je ne levais même pas la tête, je restais en retrait. Une des... femmes, oui appelons-là ainsi me jetais de temps en temps un os avec un reste de viande dessus. J'étais tombé bien bas. Pour un peu j'en pleurerais et que dire de mon allure, moi qui me vantait d'être toujours bien mis, propre et bien coiffé, là mes cheveux partaient dans tous les sens et la peau que j'avais sur moi... pouah, elle me rendait malade. Tandis que les membres du camp étaient près du feu, je restais éloigné, je commençais à avoir un peu froid alors je me réchauffais en frottant mes bras, recroquevillé sur moi-même... Ah il était beau le prince de France.


Alors que je tentais tant bien que mal de me réchauffer, j'entendis des pas qui s'approchaient de moi, qu'allait-on inventer pour m'humilier plus avant ? Pour la première fois depuis mon arrivée chez ces sauvages, je levais la tête et là... mon souffle se bloqua dans ma gorge, non, je ne pouvais y croire... mon frère se trouvait devant moi. Cela ne se pouvait, ce n'était qu'une illusion, qu'un rêve. Louis tomba à genoux devant moi

- Dieu est bon ! J’y crois pas mais c’est toi, hein Philippe ! Dis-moi que je ne rêve pas ! Dis-moi !

J'avançais doucement ma main sur la joue de mon frère pour m'assurer que c'était bien lui, je posais ma main délicatement, comme si j'avais peur que l'image que j'avais devant moi ne s'évanouisse à l'instant. Mais non, il était là, bien réel devant moi. Je m'exprimais alors, d'une voix brisée par l'émotion.

- Louis... le Ciel soit loué, c'est bien vous.

Faisant fi du protocole, je serrais mon frère dans mes bras, Dieu que c'était bon de le retrouver. Mais j'étais quelqu'un qui se targuait d'être à cheval sur l'étiquette, en toute circonstance, aussi je me détachais des bras de mon frère pour prendre ses mains et incliner ma tête.

- Louis, mon frère, mon Roi... j'ai eu si peur... je ne sais ce qui se passe ici et... ces gens ils... ils m'ont surpris alors que j'étais auprès d'un lac... Pourquoi sommes-nous ici ? Le savez-vous ?
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MessageSujet: Re: Courant d'air.   

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Courant d'air.
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