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 Courant d'air.

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Richard Francis Burton

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Date d'inscription : 11/03/2011

MessageSujet: Re: Courant d'air.   Sam 18 Juin - 11:51

Sous des dehors résignés, Burton encaissait très mal sa cécité. Plus que les autres, forcément, il souhaitait que cet état ne soit que temporaire. Le bleu du ciel, les paysages magnifiques ratés allaient lui manquer mais pas autant que le sourire magique d’Amelia. Sans cette intrépide jeune femme et son soutien inconditionnel, Richard aurait sûrement déprimé à fond. Elle avait le chic de lui faire croire qu’il pouvait encore être utile malgré son handicap.
À quoi bon se lamenter, en fait ? Souvent Burton avait dû se déplacer en contrées hostiles en pleine obscurité. Il lui suffisait d’ouvrir ses oreilles pour ressentir le milieu, Meeley s’occupait de lui éviter les pièges sournois du chemin.
La confiance de Richard en ses compagnons était totale. Que le commandement revienne à Achille était le plus logique et personne ne s’en plaignit, même pas Louis, ce qui signifiait beaucoup.

La marche avait repris, dure, impitoyable, menée par le héros grec.
Selon Amelia, la berge longée serpentait dans une forêt équatoriale ou subtropicale.
Malgré un fort mal de crâne, Burton ne gémit pas. Ses sens aiguisés en éveil le renseignaient sur bien des choses que ses yeux taisaient. Ainsi remarqua-t-il les odeurs… Tous transpiraient abondamment mais par-dessus flottaient des effluves d’essences végétales inédites. Quand Amelia lui avait décrit les bestioles capturées pour les repas, Burton ne les identifia pas. Le coin traversé ne ressemblait à rien de ce qu’il connaissait et Dieu sait s’il en avait fréquenté des endroits du monde.
Si ses 5 sens normaux fonctionnaient à la perfection, une sorte de 6ème renseigna aussi Burton sur des aspects plus psychologiques de ce qui se passait autour de lui. Il ne rata donc pas la tension qui régnait entre l’impératrice d’Autriche et le guerrier. Cependant, il ne s’en soucia pas trop. Autre chose le tracassait. Il ne put s’empêcher d’en toucher un mot à Amelia lors de la halte enfin consentie par Achille. Ils montaient la garde près du feu où il subit la douce attention de sa compagne avant de se livrer :


… oui, ça va. J’ai toujours mal au crâne mais ça va. Non, pas besoin de pilule, merci… L’air soucieux ? (il rit) c’est mon air habituel, mais tu as raison. Je ne peux m’empêcher de penser… aux chats... Chacun de nous en a un, attribué… en couple. Comme si tout était, comment dire… prédestiné. Ah… Sissi et Achille s’éloignent avec leur Bagheera. Tu vois, ça prouve ma théorie : ON nous les a octroyés en fonction de, euh… nos sentiments mutuels… Oui, j’ai pensé au 4ème hybride. Il suit les autres mais a l’air, ne ris pas, … malheureux. Il est en retrait, en attente… Je sais que c’est dingue, tout l’est ici, du reste : plantes, faune et odeurs... En parlant d’odeur, qu’est-ce que…

Soudain grave, il s’arrêta, en alerte.

Tu ne sens rien ? Le sol… ça vibre ! Quelque chose approche ! VITE!

Dressé d’un bond, il ameuta Hélène et Louis :

DEBOUT ! Rassemblez le matériel ! Il faut partir. GROUILLEZ-VOUS !

Pour lui qui n’y voyait goutte, ce n’était pas mince affaire. Amelia dut glaner une paire de trucs qui lui tombèrent dans les bras, puis elle allait l’entraîner quand la voix de stentor d’Achille lui confirma ses craintes : il fallait filer.

MEELEY, dis-moi ce que tu vois ! Où m’entraînes-tu ?


Ils couraient vers des rochers. Haletant, il attendit la suite des événements.
Si lui ne voyait rien, les autres parurent assister à un spectacle assez inattendu.


*Enorme ? Trompe, défenses et poils roux ?* UN MAMMOUTH ?


Aussi choquante que cette idée parût, il fallait l’admettre. Des hommes primitifs pourchassaient la bête qui, acculée, se défendait. Un cri retentit :

Montjoie ! Saint-Denis !

Son propre hurlement s’unit à celui d’Achille :

LOUIS, NON !

Pressant Amelia contre lui, Richard réclama :

Qu’est-ce qu’ils foutent ? Dis-moi tout !

Louis s’était rué à l’assaut, aussitôt le pas emboîté par le Grec.

*Vont se faire aplatir !* … Mais non Hélène, mentit-il, Louis ne risque rien. Venez près de nous.

Il saisit la reine de Sparte contre lui sans penser à sa « chance » d’être si bellement entouré.

T’en mêle pas Meeley. Ça va aller.

Lui rageait et pestait de ne pouvoir rien faire d’autre que de jouer au pâle protecteur de service et spectateur par intermédiaire.
La bête vaincue s’écroula. Il le devina aux vibrations du sol. La mort du monstre resta anormalement silencieuse mais des éclats de voix bien connues lui prouvèrent qu’une altercation avait lieu.


C’est pas vrai qu’ils vont s’empoigner ? Allez, venez, on va les séparer avant un drame idiot.

Ces gars-là ne changeraient-ils jamais ? Ils s’adoraient autant que leur fierté envenimait les choses.
Guidé par Amelia près du sujet de discorde, Richard se souvint de situations antérieures. Dans toute société primitive la proie appartenait au tueur. Il était normal que les chasseurs se pensent floués.


Mène-moi au chef… Le plus grand de tous, le plus calme…

Quand Amelia lui donna un petit coup de coude, Burton s’arrêta et baissa humblement la tête, mais pas trop.
La gestuelle aidant au départ, il signifia au chef supposé que l’animal lui appartenait ainsi qu’à ses hommes. Les sons émis par son vis-à-vis prouvèrent un langage rudimentaire semblable à ceux de l’Afrique profonde. De phonèmes en gestes, tous s’apaisèrent.


Achille, Louis, prélevez le morceau que vous voulez. Le reste est pour eux.

Après de telles émotions, un repos mérité s’imposait.
Son mal de crâne avait empiré, Meeley le remarqua sûrement. Elle en redoubla d’attentions, le forçant à avaler un des trucs de sa mallette sauvée du désastre. Le rapport sur l’état du campement était lamentable. Les trois quarts de leur équipement initial étaient en bouillie.
Vu l’odeur près du feu, Louis avait mis de la viande à cuire. On mangea en silence, chacun perdu dans ses pensées.
Trop mal en point pour veiller, Richard se laissa dorloter puis tomba de fatigue.
Point de rêves mais un réveil brutal.


Meeley, c’est quoi ?

Son nez l’avertissait de présences étrangères, mais il était assez paumé. Louis mit les choses au clair :

Non, Achille ! Rentre ton glaive. Ils sont pas venus reprendre la bouffe. Je pense qu’ils veulent faire ami-ami.

Le temps de se réveiller tout à fait, Burton comprit :

C’est notre « récompense » pour avoir abattu le mammouth : partage de frères, gloire des vainqueurs. Bref, ils souhaitent ripailler avec nous.

Logique, en somme, mais… Sans trop savoir quoi, quelque chose turlupinait Burton. Il murmura dans l’oreille d’Amelia :

Le remerciement, on l’a déjà eu avec la cuisse du monstre… Ma main à couper qu’ils veulent autre chose ! Suivons, on verra bien…

Les arômes d’un barbecue géant avertirent Richard de la proximité du campement que lui décrivit Miss Earhart. Louis s’exclama de la présence d’une pierre magique.

*Chouette ! On va pouvoir récupérer du matos…*

Pas de suite !
En effet, on les convia d’abord à entrer dans un abri dont l’odeur avertit Richard :


*Corps en souffrance, sang, infection…*

Mais c’est le petit gars de tantôt !

C‘était donc ça ! On les félicitait tout en les tenant responsables de l’ »accident » du… fils du chef ?
Les palabres engagées le confirmèrent : les femmes soigneraient, eux attendraient dehors.

Entre l’échange, il retint Amelia :


Fais de ton mieux : il ne doit pas mourir ! Je… je t’aime.

Belle affaire que d’être invité à un banquet tandis que celle qu'il aimait aller lutter pour une vie.
Quoique la cuisine des Néandertaliens soit rudimentaire, elle était goûteuse. Faire bonne figure étant indispensable, les hommes reçurent pour consigne de tout accepter sans rechigner.
Burton redoutait surtout les réactions de ce fin gourmet de Louis. Si lui, dans ses périples avait dû consommer des mets inavouables, qu’en serait-il de sa majesté ?
Percevant plus de choses que ses yeux ne lui disaient, Richard sentit un truc anormal du côté de Louis surtout quand il demanda :


Tu crois que c’est un paria ?

Réflexe immédiat, Burton saisit le bras d’Achille :

Arrête-le ! Faut pas qu’il s’approche !

Damné soit ce roi ! Il n’en ferait jamais qu’à sa tête ! Richard le comprit au grondement sourd qui émana de l’assemblée.
Bruits de lances piquées au sol, redressement général, voix d’Achille, propos incroyables du héros dont il s’était rapproché aux sons.


Ils s’embrassent ? C’est… son frère ?

Le tourbillon de ses pensées rendit sa migraine à l’explorateur. Il devait calmer les uns et les autres. Devinant plus que voyant l’agitation du groupe de néandertaliens, Richard se sentit très mal. Toucher un paria d’une société primitive équivalait à un sacrilège passible de la peine capitale.
Il pouvait comprendre Louis mais là, ils étaient dans la m***e jusqu’au cou.


LOUIS, repousse-le ! Joue les idiots, les fous !

Autant parler à un mur. Louis ne céda rien. Son discours éloquent convainquit peut-être Achille et Burton mais les autres s’en fichaient. La situation devint critique, l’hostilité du groupe palpable.

*Un miracle, un petit miracle…*

Il eut lieu.
Quatre rugissements terrifiants déchirèrent le silence pesant. Les tigres-lions défendaient leurs alliés. L’isolé des hybrides donnait plus de voix que les autres, tenant en respect les primitifs sidérés.


ACHILLE, RENGAINE !

Vive la crainte des manifestations spectaculaires. Que des animaux étranges se portent garants des visiteurs devait signifier le respect.
N’empêche que le banquet était terminé.
On les escorta jusqu’à une case où on les boucla tous les quatre. Curieusement, les chats s’évaporèrent, groupés. Leur mission était-elle accomplie ?
Reclus, Richard fit les présentations :


Ainsi, vous êtes Philippe ! Pas à dire, le monde est petit ! Je suis Richard Francis Burton, né en 1821, bien après vous, Monsieur le frère du roi. L’autre est Achille… lui-même, le héros décrit par Homère. On dirait que nous sommes tous des ressuscités, ici. Louis se fera une joie de vous éclairer sur ses aventures. Moi, je déclare forfait pour ce soir.

Avec un mal de crâne épouvantable, Richard se roula en boule dans un coin alors qu’un conciliabule se déroulait entre les frères retrouvés. Le héros grec n’avait pas sommeil, hélas. Il tint à bavarder un peu :

… Louis le reconnait, c’est donc lui… Bien sûr que je me fais du mouron pour les filles, quelle question !... non, pas d’éclats, pas d’évasion. J’ai confiance en Meeley… En cas d‘échec ? Ben… on improvisera.

Richard fut pensif un moment puis eut un sourire en coin :

Demain, si je te demande de me frapper, tu le feras, hein ? Qui sait si un coup de plus au crâne ne me rendra pas la vue… Tu m’excuses, suis crevé !

Prisonniers ! Aucun autre mot ne résumait mieux leur situation. Dans la hutte rudimentaire servant de geôle où il émergea du sommeil, Burton s’informa :

Fait jour ?... Rien que de l’eau ? Déjà ça… Tu connais les habitudes de ces gars, Philippe ? … Loulou, cesse de répondre quand je m’adresse à ton frère !... Manque de respect ? Mille pardon, Monsieur mais les circonstances ont beaucoup changé aujourd’hui. Il n’y a plus rois ni reines ni éminences en ce monde. On est tous dans la même galère, Louis a dû vous le dire.

Des heures passèrent sans interventions extérieures à ruminer ou débattre de possibilités. Richard dut puiser dans ses réserves de patience pour calmer les ardeurs de deux amoureux inquiets :

Vous croyez quoi ? Que je me fiche de leur sort ? Je préférerais rester aveugle le reste de mes jours que de perdre Amelia… j’ai confiance Achille !

Vers… midi( ?) Le pan de fourrure qui servait de porte s’écarta. Meeley se jeta dans ses bras :

… il est sauf ! Bravo, je n’ai jamais douté de toi. On peut s’en aller maintenant ?... Comment ça non ?

Elle affirma que les « autres » désiraient d’abord les remercier. Un rituel s’effectuerait devant la pierre.

On va pouvoir recréer nos réserves. Préparez vous prières !

Belles retrouvailles des couples. Philippe, isolé, devait les regarder s’étreindre avec… envie, abattement, rage ?
Burton savait ce qu’il solliciterait : nourriture et matériel.


Leur sortie de la cabane fut saluée d’ovations, de quoi rassurer tout le monde. Amelia commenta tout ce qui se passa. Le chef primitif inclina la tête devant le groupe de visiteurs qu’il invita à le suivre vers la pierre. C’était un grand honneur que d’y être présenté. Chacun pria et reçut sauf… Philippe vers qui se tournèrent des lances pour l’empêcher d’approcher du caillou.
Stupeur, embarras, silence de mort. Mis au courant, Burton gambergea à haute voix :


… Ils veulent le garder ? Mais pourquoi, ils ont besoin d’un chien ?

Amené à de nouveau jouer les ambassadeurs, Richard ne savait pas trop comment tourner la situation en leur faveur.

Nous amis ! Mammouth partagé… Lui, frère du bouclé… Avec nous.

Que n’aurait-il donné pour voir les expressions de la face barbue d’en face ! Ce que lui expliqua Meeley le laissa pantois. S’il pigeait bien, les Néandertaliens leur accorderaient Philippe en échange… d’une de leur femme !

*Grand Dieu ! Jamais !*
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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Dim 19 Juin - 17:19

Avancer. Avancer. À un train de diable. Comme s’ils avaient vraiment hâte d’arriver quelque part. Elle devinait que cela se devait à l’humeur massacrante de leur chef d’expédition. Achille fonçait, droit devant, à longues enjambées énergiques, sans se soucier, du moins c’était l’impression qu’on avait, de ce que devenaient les autres. La chaleur était à peine atténuée par la proximité de la rivière qui coulait, placide. Sissi et Hélène s’éventaient avec des larges feuilles cueillies au passage. Elle, trop occupée à guider les pas de Richard, n’y avait pas songé.

On dirait qu’Achille nous prend pour ses Myrmidons !, rouspéta t’elle, en retenant de justesse une branche avant qu’elle ne frappe Burton au visage, je devrais lui en toucher deux mots.

Richard assura qu’il n’avait pas de quoi se plaindre mais elle savait sciemment que ce n’était que pour la rassurer. Depuis son accident, une méchante migraine le taraudait, allant et venant, selon les dires, parfois insignifiante pour devenir presque insupportable à d’autres. Amelia ne pouvait que lui donner un de ses comprimés et espérer que cela le soulagerait, sauf que Richard refusait de les prendre la plupart des fois.

Enfin, après ce qui lui avait une éternité, le héros grec donna la halte. Ils se trouvaient dans une clairière, abritée par d’énormes rochers d’un côté, l’orée de la forêt de l’autre et la rivière la longeant. Paisible beauté bucolique. L’endroit rêvé pour prendre un repos bien mérité. Le repas fut vite fait et expédié, sans beaucoup de conversation, tout le monde semblait ne songer qu’à reprendre ses forces, nul ne se doutant qu’Achille, une fois le soleil plus bas, n’hésiterait guère à reprendre la marche forcée.
Assise près de Richard, elle s’inquiéta de son air sombre, celui de qui réfléchi et dont les pensées ne sont pas toutes gaies.

Commente te sens tu ? Et n’essaye pas de me faire croire que comme un charme…c’est ta migraine, n’est ce pas ? Tu devrais prendre un ou deux comprimés.

Peine perdue, elle le savait et ne se trompa pas.

J’ai toujours mal au crâne mais ça va. Non, pas besoin de pilule, merci…

D’un geste plein de tendresse, elle suivit la courbe de ses sourcils froncés.

Mais tu as quand même un petit air bien soucieux…

Il ne put s’empêcher de rire, la faisant sourire, follement attendrie, au temps d’avouer.

C’est mon air habituel, mais tu as raison. Je ne peux m’empêcher de penser… aux chats...

Voilà de quoi la surprendre un peu.

Aux chats ? C’est vrai que ce sont des animaux assez...étonnants, mais je ne vois pas pourquoi cela te ferait du souci.

Son explication fut, on ne peu plus raisonnable.

Chacun de nous en a un, attribué… en couple. Comme si tout était, comment dire… prédestiné.

Et comme pour donner plus de poids à cette assertion, elle vit Achille et Sissi s’éloigner du camp suivis par leur félin particulier.

Elle en fit le commentaire à Richard qui, souriant, d’un petit air entendu, dit :

Tu vois, ça prouve ma théorie : ON nous les a octroyés en fonction de, euh… nos sentiments mutuels…

Il lui suffit de regarder leur hybride, allongé près d’eux et celui qui accompagnait toujours Louis et Hélène, pas loin du couple royal. Amelia se doutait bien que ces merveilleux animaux ne les voyaient pas comme maîtres mais comme disait Richard, plutôt comme leurs protégés.

Il se pourrait que ce soit ainsi…mais nous sommes trois couples et il y a quatre chats…et je ne pense pas qu’il soit le chef du groupe…

Oui, j’ai pensé au 4ème hybride. Il suit les autres mais a l’air, ne ris pas, … malheureux.

*Un chat triste !?*

Elle ne put pas s’empêcher de rigoler mais en regardant bien l’animal en question, allongé plus loin, elle ne put que se demander si Richard n’avait quelque raison. La magnifique bête, noble tête sur ses pattes, semblait bien morose.

Il est en retrait, en attente… Je sais que c’est dingue, tout l’est ici, du reste : plantes, faune et odeurs... En parlant d’odeur, qu’est-ce que…

Quoi donc !? Non..je ne sens rien…de spécial…

Tu ne sens rien ? Le sol… ça vibre ! Quelque chose approche ! VITE!

Il avait raison. C’était une étrange trépidation, accompagnée d’un bruit sourd qui allait en croissant. Richard s’était levé, soudain très alarmé, criant à tout azimut.

DEBOUT ! Rassemblez le matériel ! Il faut partir. GROUILLEZ-VOUS !

Le moment n’était pas aux questions. Happant au vol sa trousse médicale et une gourde, elle accrocha le bras de Richard au moment où Achille déboulait, au pas de course en entraînant l’impératrice à sa suite. Le grec hurlait qu’il fallait se mettre à l’abri et indiqua les rochers proches.

MEELEY, dis-moi ce que tu vois ! Où m’entraînes-tu ?


Cours, Dick…Les rochers…il faut arriver aux rochers !

Elle en savait pas de quoi ils fuyaient mais même ainsi une peur sans nom l’habitait. À bout de souffle, le cœur follement emballé, ils rejoignirent les autres dans l’abri rocheux, juste au moment où une apparition inédite avait lieu. Extraordinaire était peu dire. Ce que ses yeux voyaient était au-delà de tout ce qu’aurait pu imaginer le plus fébrile des esprits.

Mon Dieu…Mon Dieu…je le vois mais ne peux pas le
croire…Dick…c’est…inimaginable…c’est…un énorme animal, un éléphantidé…mais beaucoup plus grand que ceux que nous connaissons…il a des longs poils…roux…et des défenses surdimensionnées…Dick, mon chéri…là…il y a…


UN MAMMOUTH ?

Oui…exactement ça…un énorme mammouth…et des chasseurs…

Elle décrivait de son mieux la scène démente qui se jouait dans la clairière…une scène de chasse préhistorique et elle n’était pas en train de rêver. Sans lâcher le bras de Richard, la jeune femme éberluée assistait à ce combat d’autres temps. Elle se voulait précise dans ses paroles mais sa voix trahissait le choc éprouvé. Celle-ci n’était qu’une preuve de plus sur l’étrangeté de ce monde inexplicable. Le mammouth, acculé, comptait néanmoins vendre très chère sa peau. Blessé et furieux, il venait de riposter à l’attaque balayant les chasseurs les plus proches d’un coup de sa puissante trompe, ou les enlevant en l’air de ses défenses ou encore pire, réduisant en bouillie ceux qui ne se sauvaient pas à temps. Spectacle atroce et fascinant à la fois. Puis le gosse tomba. Sans doute sa première partie de chasse…et la dernière à en juger par les faits.

Le petit…la bête va le…Seigneur tout puissant..Louis s’élance…il est dingue !!!

Le roi lançait son cri de guerre, plein de brio, sourd à tout.

*Folle âme noble…quel vaillant homme !*


Louis criait à tout poumon, attirant sur lui l’attention du colosse. Achille l’avait rejoint, criant à son tour…des imprécations hautes en couleurs, dirigées à Sa valeureuse Majesté. Amelia ferma un instant les yeux, se serrant un peu plus contre Richard, devinant qu’il bouillait, impuissant de ne pas pouvoir rejoindre ses amis.

Qu’est-ce qu’ils foutent ? Dis-moi tout !

Louis détourne l’attention du mammouth….Achille est avec lui…les chasseurs reviennent…mais…ils lancent des pierres contre l’animal…et…oh, mon Dieu…

Hélène, si bien abandonnée par son Roi, venait d’émettre un sanglot déchirant, imitée, plus discrètement par l’impératrice d’Autriche qui suivait avidement la scène, les yeux élargis d’horreur…et d’amour ?

*Je savais bien qu’il se passait quelque chose entre ces deux là !*

Se tançant d’immédiat de la vénalité de ses pensées, elle entoura les épaules tremblantes de Sissi alors qu’Hélène trouvait réconfort dans l’étreinte d’un Richard, rassurant comme un père.

Mais non Hélène, Louis ne risque rien.

*Doux menteur…faudra une chance folle pour que ces deux là ne se fassent pas aplatir comme des galettes ! Peux pas rester là, sans rien faire…*

Prenant le sifflet que lui avait offert Richard avant d’entreprendre leur épopée aérienne, Amelia y souffla de toutes ses forces.

T’en mêle pas Meeley. Ça va aller.

Euh…pas très bien…Diables…cette bête est grande comme une maison…Elle vient de…Dieu…se dresser sur ses pattes…Achille vient de lui envoyer son javelot…quel tir !...

Elle avait l’impression de jouer les locutrices d’un jeu de baseball.

Le mammouth chancelle…Il s’écroule…Louis l’achève de son glaive…et…oups, voilà qu’ils discutent. Qui ? Achille et Louis, tiens…et comment ! Les chasseurs s’approchent…ils n’ont pas l’air ravis.

Se fichant comme d’une guigne d’être entourés de néandertaliens farouches, le héros grec et le Quatorzième du nom, se disaient de tout et n’importe quoi.

*On dirait des gosses !*

C’est pas vrai qu’ils vont s’empoigner ? Allez, venez, on va les séparer avant un drame idiot.

Je ne pense pas qu’ils en arriveraient à ça… Ce sont plutôt les autres qui me préoccupent !

Ayant lu la biographie de Burton en détail, Amelia pouvait se souvenir, entre autres, de ses descriptions détaillées sur les mœurs tribales, qui n’avaient dû, vu les évidences, pas trop changer au cours des temps. À la chasse, celui qui tuait la proie visée, était son propriétaire or là, le groupe de primitifs venait de se faire souffler le mammouth par deux illustres inconnus. Pas quoi les faire sauter de joie, ni lancer des vivats de reconnaissance même si l’intervention de Louis et Achille avait sauvé la vie d’un des leurs.

Richard avait lui aussi saisi la tournure des faits.

Mène-moi au chef… Le plus grand de tous, le plus calme…

Elle obéit, sans discuter, tout à fait convaincue qu’il savait exactement comment s’y prendre. Richard ne la décevrait jamais. À son discret signal, il inclina, humblement, la tête face au plus grand des chasseurs et celui, qui à son avis, avait l’air le moins excité par les circonstances adverses. Fascinée, elle assista à un échange de gestes et sons étranges. Au bout d’un moment, il resta clair que Sir Richard Burton avait trouvé la bonne longueur d’onde pour se communiquer avec le chef des chasseurs. Quels palabres ! La mimique jouant son rôle à fond de train, à cela ajouté les connaissances de Richard sur les peuplades primitives, on parvint à un terrain d’entente. De leur côté, Louis et Achille semblaient avoir oublié leur différends, grâce, le plus sûr, à la douce présence de la reine de Sparte et l’impératrice d’Autriche.

Achille, Louis, prélevez le morceau que vous voulez. Le reste est pour eux.

Ainsi fut fait. La belle cuisse de mammouth fut emportée au camp.

Il n’en reste pas grand-chose… presque tout est piétiné…mis en pièces. Mais enfin, on est sains et sauf, et j’ai ma trousse et toi, mon amour, tu as besoin de prendre quelque chose…

Il avait le teint cendré de fatigue et sans doute de douleur, toutes ces émotions n’auraient pas été de grande aide pour apaiser sa migraine.

Suivant le docte conseil d’Achille, on alla établir un semblant de campement à l’abri des rochers. Elle étala une couverture quasi en loques, non loin du feu que venait d’allumer Louis qui se plaignait de ne plus avoir de casserole pour faire cuire leurs aliment. S’en suivit une sympathique mise à jour entre ces deux là qui finirent quand même par travailler ensemble pour tailler la cuisse démesurée.


Tout va bien maintenant…Prends ça, Dick…Non, je ne veux pas entendre de proteste. Tu vas t’allonger et te reposer…Louis à mis du mammouth sur le grill.

Drôle de barbecue !

Richard mangea à peine, elle savoura du bout des lèvres le morceau de viande présenté puis s’occupa d’accommoder le mieux possible l’homme de sa vie.


Essaye de dormir, Dick…je suis là, tout va bien !

Elle caressa doucement sa tête, déposa un baiser sur ses lèvres meurtries d’intempéries, le berçant presque, sentant que son amour pour lui ne faisait que grandir à chaque instant. Rassurée par sa proximité, elle finit par s’assoupir aussi.

Quel réveil ! Tirée de son sommeil par la voix de Louis qui demandait à Achille de rengainer son glaive, elle pensa soudain à une autre altercation mais fut rapidement tirée de sa bévue en constatant la présence de cinq néandertaliens. Richard émergeait à son tour.

Meeley, c’est quoi ?

Louis est là et avec lui…des chasseurs..

Le roi résuma rapidement les faits.


Ils sont pas venus reprendre la bouffe. Je pense qu’ils veulent faire ami-ami.

Elle ne voyait pas trop comment et préféra ne pas se l’imaginer mais déjà Richard tirait le tout au clair.

C’est notre « récompense » pour avoir abattu le mammouth : partage de frères, gloire des vainqueurs. Bref, ils souhaitent ripailler avec nous.

Elle se voyait mal en train de partager des festivités à la mode Neandertal, mais comme on dit : autres temps, autres mœurs. Ce qui ne finissait pas trop de la rassurer, encore moins quand Burton lui glissa à l’oreille.

Le remerciement, on l’a déjà eu avec la cuisse du monstre… Ma main à couper qu’ils veulent autre chose ! Suivons, on verra bien.

Si tu le dis…on suit !

Et ils le firent, marchant à la suite des cinq primitifs.

Je pensais que ces gens là vivaient dans des cavernes…or là, on arrive à un…village. Oui, c’en est bien un…Des cases …oui, comme celles qu’on trouve en Afrique…Tous semblent être là…il y a des femmes aussi…des enfants…des chiens. C’est du Neandertal évolué , le suivant maillon dans la chaîne de l’évolution…Ce sont des chasseurs-cueilleurs, Dick…ça correspond bien…ils ont déjà des animaux domestiques…à croire qu’on est en plein début du néolithique…et…incroyable, comme vient de remarquer Louis…ils ont une Pierre, ce qui peut signifier qu’ils ont déjà commencé à pressentir l’existence du divin…vu la façon respectueuse dont ils s’inclinent devant… mais là, ils nous mènent vers une des cases...la plus grande, je pense…

En effet on les poussait à l’intérieur. Là, entouré de femmes, gisait un corps frêle, agité de fièvre.

Mais c’est le petit gars de tantôt !

Comprendre le pourquoi de leur présence là ne leur prit pas longtemps. On le tenait pour responsables de « l’accident » subi par le petit chasseur qui, en toute évidence, était le fils du chef.

Accident !?...Mais c’est débile…Louis l’a sauvé de se faire réduire en purée…Et on veut qu’on le soigne !?

Fais de ton mieux : il ne doit pas mourir ! Je… je t’aime.

Je t’aime aussi…j’espère que ça marchera.

Vaudrait mieux. On poussa les hommes dehors, laissant Amelia, Sissi et Hélène, seules face à deux femmes qui les jaugeaient d’un air impénétrable.

Agissons calmement. Qu’elles pensent qu’on sait ce qu’on fait ! Calme toi, Hélène…Sissi, un peu d’eau…il faut d’abord le nettoyer un peu, ce petit gars…Ont pas des idées trop avancées sur l’hygiène, ces gens là…

Elle s’approcha du garçon, au grand dam des autres femmes et surtout de celle qui devait être la mère, dont Amelia se gagna un regard hargneux.

On fera de notre mieux pour ton petit…nous amis…compris ?


Et même si non !

Langage gestuel en renfort, arborant un aplomb, loin d’être senti, les trois femmes s’affairèrent sur le malade. Un examen rapide les renseigna sur la source de tous les maux. Une vilaine blessure béante à la hanche suppurant méchamment.

Allez savoir comment il s’est fait ça…peut être que le mammouth l’a atteint de sa défense…en tout cas…c’est déjà infecté. Le petit a beaucoup de fièvre…on aurait dû pouvoir le soigner de suite…Sissi, passe moi la trousse…

Hélène arracha un morceau de sa tunique pour improviser un torchon adéquat et commença à bassiner doucement l’enfant qui tremblait et gémissait doucement. Sissi et Amelia se penchèrent sur la blessure.

C’est pas du joli…encore une chance que l’os soit intact…mais l’infection va vite…Là, du calme, petit !

Le blessé venait d’ouvrir les yeux et son regard était de pure terreur. Sissi, qui avait été une mère exemplaire, caressa doucement la tête hirsute en murmurant des mots apaisants puis, à la grande surprise de tous, chantonnant à voix basse un doux air de son coin de monde.

Il croira entendre les anges !, souffla Amelia, il se calme…continue comme ça…

Fouillant dans sa trousse, elle se munit de compresses, les imbibant d’alcool, pour procéder à un nettoyage de la blessure, ce qui arracha au petit chasseur un hurlement à faire trembler la case.

Ça y est…tout doux,
elle souffla dessus pour atténuer la sensation cuisante.

Une aspersion de poudres antiseptiques suivit. La mère ne quittait pas Amelia des yeux, sans doute prête à lui sauter dessus au moindre signal de danger mais l’américaine l’ignora, trop occupée à décider que faire par la suite. Sa trousse, fournie par la Pierre, contenait des médicaments encore inconnus à son époque mais en ayant lu soigneusement les instructions, elle avait une idée assez large sur l’usage à donner.

Il faut lui appliquer une grande dose d’antibiotiques…et je dirais qu’on le fasse maintenant, avant de l’endormir un peu…pour recoudre la blessure, là, j’ai besoin de tes mains de fée, Sissi…suis nulle avec une aiguille en main et je sais, de l’avoir lu, que tu étais fort habile à la broderie…

La vue de la seringue alarma les femmes primitives et Hélène qui de sa vie n’avait rien vu de semblable. Amelia bénissait en silence, la science avancée qui emplissait sa trousse, aucun besoin de stériliser seringue et aiguille, le tout, bien emballé dans une pochette isolante garantissant son état antiseptique. Une ampoule choisie, elle en remplit la seringue. Le petit n’aima pas être piqué mais ne hurla pas de nouveau.

Ça devrait suffire…c’est une attaque massive contre l’infection et maintenant…la couture !

Une compresse imbibée d’éther servit comme anesthésique. Trop ? Trop peu ? Comment le savoir ? Amelia se laissa guider par le bon sens et entama une prière.

Ton tour, Sissi…

Hélène continuait de bassiner le front du petit, évitant regarder le labeur de broderie entamée par son amie. Amelia, elle, suivait les gestes précis d’Elisabeth, l’admirant par le calme démontré même si devinant que tout comme elle, la jeune femme devait trembler intérieurement.

Cousu, pansé. Bourré de médicaments, il ne restait qu’à attendre. On leur apporta à manger et un peu d’eau, pour la conversation c’était mort du côté local, il ne leur resta qu’à bavarder en murmures, entre elles.

Je suis sûr qu’ils vont bien…Il n’y a pas de raison pour que ce ne soit pas ainsi.

Amelia voulait rassurer ses compagnes et surtout se rassurer elle-même.

*Sans Dick, la vie n’aurait plus de sens…aucun sens. Qu’on s’en sorte, mon Dieu…fais qu’on s’en sorte !*

Elles passèrent la nuit à veiller le petit chasseur. Le traitement administré donnait des bons résultats. La fièvre remit vers les premières lueurs du jour et le gamin se réveilla. Il avait mal et gémissait. Force fut de lui faire avaler les comprimés si utiles même si ce ne fut pas tâche aisée. Ce ne fut que longtemps après, quand il resta clair que le fils du chef était tiré d’affaire, qu’on les laissa sortir de la case et on les emmena à une autre, non sans avant lui avoir fait comprendre qu’ils auraient droit aux remerciements de rigueur.

*Que diables vont-ils inventer ?...S’ils nous trouvent utiles…*

Chassant ces pensées insidieuses, elle écarta le pan de fourrure tenant lieu de porte. Richard était là avec les autres. Sans plus le penser Amelia se précipita dans ses bras.

Tu es là…tout va bien…J’ai eu si peur. Oui, ça va aussi. Le petit s’en est tiré.

Il est sauf ! Bravo, je n’ai jamais douté de toi. On peut s’en aller maintenant ?

Elle secoua la tête en disant s'en douter.

Comment ça non ?


Soupir.

D’après ce que j’ai cru comprendre…ils tiennent à nous remercier…et je pense qu’ils ont mentionné la Pierre.

L’idée enchanta Richard qui leur recommanda de préparer leurs prières. Mais pour alors l’attention d’Amelia avait été attirée par un inconnu qui demeurait près de Louis. On la renseigna vite fait : il s’agissait de Monsieur, le frère du Roi.

Euh…celui qui…

Un discret raclement de gorge de la part de son chéri suffit pour la faire dévier la conversation. Pas de temps pour mondanités avec la famille royale, déjà on les guidait, cette fois avec la révérence due à des hôtes de marque vers la Pierre, sujet de culte et adoration, vu les manifestations de respect qui s’y déroulèrent.

On les laissa approcher, et tour à tour faire leur demande, exaucée, il faut l’admettre avec largesse mais venu le tour de Monsieur, on lui barra passage avec une hargne évidente. Elle n’y comprenait rien mais le moment n’était pas aux questions, selon Richard, les néandertaliens voudraient garder Monsieur, qu’ils traitaient déjà pire qu’un chien.

Nouvelle tournée de savants palabres avec les aînés du village. Le résultat les laissa tous pantois, outrés, sans mots pour décrire la colère folle qui menaçait de tout emporter : ces singuliers maîtres de céans accordaient de laisser aller Monsieur en échange de…

Mais…ils sont dingues…Jamais de tout jamais l’une de nous ne restera ici…pas plus qu’on ne peut permettre qu’un de nos semblables, encore moins le frère de Louis reste en main de …ces sauvages !!!

Tout bon avoir l’idée, de là à pouvoir la faire effective…Les « sauvages » les dépassaient en nombre, peu importait que Louis et Achille soient des fines lames…les autres les auraient réduits en charpie avant d’avoir pu dire ouf !

Instinctivement, elle avait pris la main de Richard et la serrait avec force tout en priant le ciel pour trouver une solution sensée à cette embrouille démente.

Philippe, prince de France, frère du Roi, semblait déjà accepter sa triste destinée alors que Louis bouillait pour en découdre avec la tribu entière. Achille, pas plus content que lui mais bien plus sage, le retenait fermement, tout en serrant une Sissi épouvantée contre lui. Richard réfléchissait à toute. Les autres perdaient patience et commençaient à frapper le sol de leurs lances, s’approchant, menaçants, du petit groupe.

Un feulement féroce les figea tous sur place. Ce qui s’en suivit encore plus. Tous poils hérissés, crocs étincelants, grognant farouche, le minet solitaire venait de faire une entrée en scène de plus remarquables, suivi de près par les trois autres qui se montraient aussi engageants que lui. Les hybrides se placèrent entre le groupe et les néandertaliens qui roulaient des yeux, affolés. Un des chasseurs leva néanmoins sa lance, mal lui en prit, un des chats lui sauta dessus, le plaquant au sol, canines près de son cou palpitant de panique. Il aurait pu l’achever sa plus, mais ne le fit pas, se contenant de grogner rageusement.

Pour ces êtres primitifs, voir des animaux comme ceux là prendre la défense de ces inconnus à la peau claire, aux étranges mœurs, n’était que l’évidence d’une intervention supérieure. Eux, qui craignaient sans comprendre…

Richard recommandait du calme. Minet avait lâché sa proie et reprenait les rangs…C’est alors qu’un éclair zébra le ciel clair de ce début d’après midi. La foudre tomba sur un des arbres prochains, l’enflammant. Panique générale dans les rangs villageois. Achille se mit à rire en assurant que les Dieux les assistaient. Hélène partagea son avis, une première.


On en parlera plus tard…suis de l’idée qu’on devrait profiter de cette distraction « divine » pour nous tailler en douce.

Un orage se déclenchait. Tonnerre et éclairs accompagnèrent le digne départ des visiteurs, escortés de leurs protecteurs. Ils marchèrent calmement jusqu’à perdre le village de vue et s’assurer que personne ne les suivait. Course d’un trait jusqu’à leur camp, pliant bagage en un rien de temps. Il ne tarderait pas à faire nuit mais peu importait, il fallait mettre de la distance entre eux et les néandertaliens.

Monsieur le frère du Roi, tint à aider à convoyer Richard par le sentier emprunté. Assez incertain dans la pénombre envahissante, semé de cailloux qui roulaient sous leurs pas…

L’un aveugle et l’autre affaibli par les sévices subis, cette alliance ne pouvait donner que ce que ça donna…avec un cri, les deux hommes roulaient à bas du talus…vers la rivière toute proche. Cela n’alla pas sans mal. Louis et Achille se lancèrent à leur secours, suivis des trois femmes, affolées, Amelia en tête.


DICK !!! Mon Dieu, Dick !!!

Elle arriva près de lui, qui se redressait en grommelant quelques gentils jurons et se frottant le crâne avec entrain.

Dis moi quelque chose…Dick, par pitié…où as-tu mal !?

Sa réponse, toute amusée, la laissa sans paroles…Il la regardait et riait doucement en assurant que perdre la tête de la sorte ne lui ressemblait pas.

Tu…Bonté divine, Dick…tu es…es en train…de me voir !!!

Pas trop bien encore…mais il se trouva l’esprit pour assurer que son sourire était le meilleur cadeau jamais reçu…
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Sissi

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Mer 22 Juin - 18:05

Amoureuse ? Sissi l’avait été une fois, juste une fois quand l’empereur s’était penché sur sort.
Trop jeune, naïve, elle ne connaissait rien à la vie. Elle se pensait bénie d’être élue du cœur de François-Joseph et… déchanta très vite. Le pouvoir, voilà tout ce qui intéressait vraiment Franz. Elle, elle n’était qu’un mal nécessaire, une reproductrice en puissance, rien d’autre. Elle avait cru surmonter sa déception avec ses enfants mais… Sophie, sa belle-mère, s’était chargée de lui démontrer sa nullité. Sissi était faite pour la liberté, les grands espaces, pas pour être une poupée de salon juste bonne à donner satisfaction à un trône dont elle se fichait de plus en plus.
Béni soit la tuberculose ! La délivrance ne vint cependant pas. Les Viennois la détestaient, elle le leur rendait bien. La mort aurait été salvatrice… Dieu en décida autrement.
Par ses lectures nombreuses, l’impératrice avait développé un sens aigu de la critique et un romantisme… outrancier. Elle s’était beaucoup passionnée avec les épopées homériques, Iliade et Odyssée.
Rencontrer Hélène dans sa seconde vie fut considéré comme un miracle, un signe. Croiser Achille…
Elle n’en revenait toujours pas. Les sentiments qui l’habitèrent alors, lui donnèrent bien des vapeurs. Nul ne connaîtrait ses tourments, elle s’en fit serment.
Éternelle déçue, que pouvait-elle espérer ? Plus grand, plus beau que dans ses rêves, Achille de chair et de sang accélérait les battements de son cœur, lui donnait des idées pendables.
Qu’attendre ? Rien ! Tant de choses les opposaient… des siècles, en fait.
Avec sa résurrection, Sissi ne faisait pas que revivre, elle renaissait pour de bon. Fini la cour, l’étiquette, la rigueur. Redevenue celle qu’elle aurait toujours dû être, Elisabeth n’hésitait pas à reprendre les attitudes de son enfance sans contraintes.
Que cela éveille l’intérêt de son héros secret la confondit.
Était-il possible qu’Achille ressente quelque chose pour elle ?

Il déclenchait en elle des choses inavouables. Sissi ne voulait pas séduire, juste être elle-même, cette gamine insouciante qu’elle était avant d’être broyée dans les arcanes du pouvoir, du temps.

Sans le vouloir, elle l’avait blessé dans l’orgueil en le faisant tomber dans les pièges destinés à des bestioles locales. Qu’il la déconsidère était très pénible, voire insupportable.
Puis il y avait eu ce bain…
Là, plus aucun doute n’habita l’impératrice, Achille voulait d’elle, et elle de lui. Cela ne dura que quelques secondes, hélas ! La suite tint du pur cauchemar.
Au galop, ils avaient rallié le camp déjà en émoi sous la houlette de Burton.
La vision du monstre poilu faillit la faire hurler de terreur.


*Ce n’est pas possible ! Pas possible…*

Après tout pourquoi pas ? Tenant compte du fait qu’elle-même voyageait en compagnie d’êtres issus d’époques différentes, on pouvait s’attendre à ce que des animaux venus de la nuit des temps soient également présents. D’ailleurs, la bête n’était pas seule. Une bande de types aussi poilus entra bientôt en scène.
Louis n’en fit qu’à sa tête pour changer. Et, comme on pouvait s’y attendre, Achille le suivit. Sissi trembla de plus belle, imitée par une Hélène aux quatre cents coups. Se serrer les uns contre les autres était réconfortant. Amelia commenta la lutte afin que Richard puisse la vivre aussi.
Le jet splendide effectué par son héros amena un sourire d’orgueil aux lèvres de l’impératrice.


*Il est magnifique !*

Par chance, pas un ne fut blessé mais les compères se volèrent gaiement dans les plumes. Louis avait le chic d’énerver Achille, mais jamais ce dernier ne lui ferait la peau, même s’il le répétait régulièrement. Malgré la mort du mammouth, les chasseurs primitifs semblaient amers.
Guidé par Miss Earhart, Burton entama des pourparlers avec le plus grand des chasseurs.
Que faire d’autre que d’aller rejoindre l’élu de son cœur et mettre ainsi fin à l’altercation des amis ?


On cite souvent tes exploits, Achille ! Les faits dépassent les légendes : c’est prouvé.

Un sourire ? Le Grec savait-il à quel point il était craquant quand tombait son masque sévère ?
Trêve de badinage, les débats achevés en leur faveur, les historiques prélevèrent leur part du butin et se réinstallèrent au mieux, vu les circonstances. Achille fit rapidement la paix avec Louis tandis qu’Hélène et Sissi récupéraient les débris encore utilisables du campement. Peu de chose, en fait.


Retapons les paillasses et cherchons couvertures et ustensiles.

Manger du mammouth ? C’était coriace mais personne ne se plaignit. Puisque l’on avait très peu de vaisselle à faire, les tâches ménagères furent vite expédiées. Chacun se retira dans un coin, histoire de se reposer. La veille, Achille l’avait boudée aussi elle s’étonna un peu de le sentir s’allonger près d’elle. Bagheera ronronna plus fort. L’envie de se lover contre le héros était forte, terrible mais elle ne bougea pas. Après un moment de silence, il se jeta à l’eau.

Je n’étais jamais tombé si bêtement dans un piège…dans aucun piège…tu m’as eu…

Double sens ou pas? Elle pencha pour l'affirmative, sans trop s'avancer.

Il est des pièges contre lesquels on ne peut rien. Ceux que j’avais posés ne t’étaient pas destinés.

Ah bon, tu aurais préféré une autre classe d’animal , peux comprendre ça…Je ne suis pas un type facile à vivre, mes manières sont déplorables, je ne sais pas de jolis mots…ai pas de patience et suis juste bon à égorger mes ennemis…j’ai jamais eu le temps ou si peu…et toi tu es si…délicate et raffinée…

Que tu es sot, mon ami. J’ai créé plus d’un scandale à la cour quand je montais à cru mes chevaux, quand je me suis mise à fumer comme les hommes et d’autres trucs du genre. J’étais très… indisciplinée, hormis l’étiquette. Le tout est de savoir ce que l’on veut…

Suivit la plus étrange des déclarations d’amour jamais reçue. Étrange, simple et… émouvante.

Tu sais que je te veux…je veux que tu sois près de moi…tout le temps…je n’ai jamais eu autant besoin de quelqu’un…Laisse moi rester près de toi…Non, je ne suis pas noble…mes intentions sont basses et humaines…tu devrais le savoir…je ne suis qu’un guerrier …

Un guerrier magnifique, beaucoup plus romantique que tu ne crois. J’ai, moi aussi, besoin de toi Achille, de ta force, de ton courage… de ta présence !

Ce premier baiser fut… renversant. Si Elisabeth avait porté son corset, elle en serait tombée évanouie. D’un guerrier, elle aurait pu s’attendre à être rudoyée mais la tendresse infinie, mêlée de douceur de cet échange lui fit vite oublier certains préjugés. Elle répondit de façon similaire malgré une puissante envie d’envoyer au diable les « bons » principes et retenue. Mais… on ne se refait pas en un jour.
Ils en étaient à se murmurer des confidences alternées de petits bécots quand on les interrompt bellement. Déjà sur le pied de guerre, Achille sortait son glaive. Point d’attaque sournoise, cependant. Juste une « invitation » à un banquet primitif. Soit…
Sa main dans celle d’Achille, l’impératrice suivit, docile quoique un peu inquiète.


Tu trouves ça normal ? souffla-t-elle à son compagnon, aussi tendu qu’elle.

Le camp des Néandertaliens leur apparut soudain. Point de cavernes, mais déjà des constructions semi-dures. L’évolution était-elle autre que celle supposée à son époque ? Sissi s’abstint de commentaires à ce sujet d’autant que ça ne lambinait pas chez les primitifs.
L’odeur de la « case » où on les fit entrer fit froncer le joli nez de la jeune femme. Pour avoir fréquenté des hôpitaux militaires, elle reconnut qu’il y avait au moins un malade en souffrance. Effectivement, un jeune imberbe était allongé au sol, l’air très atteint.
Ce que désiraient ces gens était évident : qu’ils soignent le blessé, ou plutôt qu’elles le soignent. On excluait fermement les hommes dans cette habitation. Les yeux posés sur Achille crièrent les peurs de Sissi. Burton parut… résigné, confiant et… il les planta là.


Mince de mince, qu’est-ce que l’on va faire ?

Amelia était la femme de la situation. Hélène semblait aussi confuse qu’elle-même.


Agissons calmement. Qu’elles pensent qu’on sait ce qu’on fait ! Calme toi, Hélène…Sissi, un peu d’eau…il faut d’abord le nettoyer un peu, ce petit gars…Ont pas des idées trop avancées sur l’hygiène, ces gens là…

Sissi regarda autour d’elle, dégoûtée. Elle avisa une sorte d’outre posée dans un coin, et commença à mimer les actions boire puis laver. Une des femmes du chevet du jeune chasseur accorda le récipient. Trouver du linge adéquat était une autre paire de manches ! Chacune y alla d’un morceau de vêtement.
La blessure repérée fut jugée moche. L’infection galopait déjà. Le pauvre enfant souffrait le martyr et sans doute que voir dans sa fièvre trois visages pâles penchés au-dessus de lui accentuait ses peurs. Se rappelant ses veilles auprès de ses enfants malades, Sissi caressa le front du blessé et chantonna des berceuses. Peu importait la langue employée, seules les intonations comptaient et cela fonctionna.
Admirative, Sissi écouta les raisonnements pleins de bon sens de Miss Earhart mais quand cette dernière requit son aide pour recoudre la plaie, l’impératrice fut prête à déclarer forfait.


Il y a une nette différence entre coudre un bout de tissu et faire des points dans… du vif ! Hélène pourrait, peut-être… ?


Espoir vain. Quand le gosse dormit sous éther, Sissi se lança dans la couture. Contrairement à ce qu’elle avait craint, ses doigts ne tremblèrent pas même si une vague nausée lui vrillait les tripes.
Après ses exploits, Sissi ne valait plus une chique. La fatigue les atteignait toutes. Il leur fallait attendre, et… espérer.
Les infirmières improvisées bavardèrent un peu. Si aucune n’ouvrit carrément ses appréhensions, toutes partageaient les mêmes en se morfondant sur le sort de leurs élus. Malgré les paroles voulues apaisantes d’Amelia, Sissi se tracassait :


Je crains qu’Achille ne se fâche si on l’énerve. Richard a du bon sens, mais... Non Hélène, je ne veux pas dire que Louis n’en a aucun, loin de là. Il a le sang chaud, lui aussi et pourrait s’emporter, voilà tout. Je pense que le mieux à faire est de veiller le gamin à tour de rôle et… de prier.

Cela lui fit assez bizarre de se rappeler les prières qui avaient escorté toute sa vie. Humble, elle reconnut intérieurement avoir beaucoup failli à ce sujet depuis ses étranges rencontres. Cela remonta tout seul à sa mémoire en chantonnant des refrains enfantins à l’oreille du blessé.
La température semblait stabilisée, déjà ça. De temps à autre, les jeunes femmes abreuvèrent le gosse, lui fourrant en bouche un des médicaments jugé bon par Miss Earhart.
Un miracle ? Prières exhaussée ? Des hululements étranges sortirent des gorges de leurs gardiennes quand il s’avéra que le cap critique du gamin était passé.

Que de palabres entres ces femmes et les primitifs accourus.


j’aime pas ça, souffla Elisabeth à l’oreille d’Hélène. S'ils nous prennent pour des chamanes, jamais ils ne nous lâcherons !

Les retrouvailles avec leurs compagnons fut épique. Protocole ? Etiquette ? Non alors ! Légère à la vue du héros intact et placide, Sissi vola dans ses bras.

On va bien ! Et vous, ça va ?... je ne sais pas. Je n’ai pas bien compris ce qu’ils veulent, ces hommes. Ils sont contents, c’est sûr.

Ce qu’ils voulaient, les historiques ne tardèrent pas à le savoir. Leur reconnaissance devait passer par un rituel à la pierre sacrée, de quoi les réjouir de prime abord. Toute à la joie de revoir Achille, Sissi n’avait pas remarqué un autre prisonnier qui, bien que vêtu comme leurs geôliers, leur ressemblait beaucoup :

Qui c’est, lui ?... Hein ? Le frère de Louis ? Mais, comment… ?

L’heure ne se prêtait pas aux confidences, on les entraînait vers le caillou. Que réclamer ? Ils n’avaient presque plus rien de l’équipement de base. On improvisa au plus pressé.

*Des épices, des outres, du linge*

Basique mais utile. Chacun reçut son lot et crut s’en tirer ainsi. Hélas… Il sembla que le cas de Philippe posait problème. Les Néandertaliens désiraient le garder avec eux à moins qu’un échange ait lieu. De suite, les amis réagirent. Amelia s’insurgea verbalement :

Mais…ils sont dingues…Jamais de tout jamais l’une de nous ne restera ici…pas plus qu’on ne peut permettre qu’un de nos semblables, encore moins le frère de Louis reste en main de …ces sauvages !!!

C’est impossible, en effet ! Richard dis-le-leur ! Philippe redressez-vous ! Personne ne vous abandonnera ici. Achille, s’il te plait, pas de sang !

La tension montait. Aucun camp ne voulait concéder au chantage abject. Tout alla très vite ensuite. Les hybrides que les femmes avaient perdus de vue depuis leur entrée dans la clairière se ruèrent à l’attaque. L’un d’eux failli croquer un primitif puis le lâcha. Au même moment la foudre s’en mêla, jetant l’effroi parmi les Néandertaliens. Autant en profiter pour jouer la fille de l’air !

Le retour vers le campement ne fut pas sans aléas. Pourquoi Monsieur le frère du roi tint-il à aider Richard dans son déplacement aveugle ? À toute chose malheur est bon, dit-on. Après une chute spectaculaire et l’affolement général, Amelia fondit de bonheur en constatant que Burton en avait recouvré la vue.
Philippe s’en sortit avec quelques égratignures, grâce à Dieu !

Mettre le plus de distance entre eux et les primitifs était impératif. Sait-on jamais quelle idée tordue pouvait émerger de ces crânes allongés ?
Cette fichue nuit tombait si vite dans cet endroit ! On n’eut pourtant aucun mal à revenir au point de départ avec l’aide des chats.

Tant qu’ils sont calmes, on a le temps ! observa l’impératrice.

Louis s’occupa immédiatement de dépendre la viande de mammouth de sa branche avec l’aide de son frère tandis qu’Hélène emplit un sac de ce qu’elle trouva. Satisfaits des dons de la pierre, tous parvinrent à les caser avant de plier bagage, vite fait.

Suivons les chats, ils savent… ont toujours su où nous mener.

Belle confiance que celle-là ! Torches allumées, la file se reforma. Achille resta en tête selon les vœux émis par Richard qui ne se sentait pas encore tout à fait d’aplomb.

Je pense qu’il veut surtout se faire dorloter par Amelia, pas toi ? cligna-t-elle de l’œil vers Achille qu’elle n’aurait lâché pour rien au monde.

Chaque pas devint plus lourd. La fatigue des dernières heures, la tension, tout affaiblissait les organismes. Se plaindre ? Ah, non ! Ce fut Louis qui réclama une halte. Pas pour lui, ni pour Hélène mais pour son frère.
Dans le fond, cela convenait à tout le monde. Les hybrides eux-mêmes s’allongèrent aussitôt la marche stoppée.
Ils étaient arrivés à une courbe assez large du fleuve. L’érosion de la roche avait creusé les roches alentours leur offrant une sorte de cuvette naturelle propice au campement qui se bâtit rapidement. Chacun retrouva son rôle habituel et nul ne s’étonna de voir les deux frères vaquer aux mêmes tâches en bavardant beaucoup. Il sembla à Sissi que son amie la reine de Sparte s’en trouva un peu esseulée.


Viens avec moi, Hélène, trouvons des herbes pour rembourrer les paillasses.

Achille et Richard récoltaient du bois pour le feu ; Amelia faisait l’inventaire de leurs ressources.
Tout à leur ouvrage dans les fourrés proches, les deux reines échangèrent leurs impressions :


… je suis sûre que Louis est bouleversé par cette rencontre inattendue. D’après les livres d’histoire lui et Philippe s’entendaient plutôt bien mais c’est à l’aîné que revenait le pouvoir. Le roi, leur père avait eu des problèmes avec son propre frère, et pour éviter ça, il a fait élever Philippe… comme une fille… N’empêche qu’il a eu six enfants. Je crains que Louis ne se sente responsable de la mort de son cadet… suite à une très vive dispute. Tu devras le soutenir, Hélène. Tes conseils lui seront utiles... Si, il t’écoutera. Il finit toujours pas se rendre aux conseils avisés… moi et Achille ? Euh… Oui, j’avoue, ça dépasse l’amitié… m’en méfier ? Je ne vois pas en quoi… Si tu avais entendu ce qu’il m’a dit, tu en serais convaincue.

Sissi crut déceler amertume, ou crainte voire un peu de jalousie dans les propos d’Hélène. Se pourrait-il qu’à un moment de leur époque ceux-là se soient fréquentés… autrement ? L’impératrice ne voulut pas de détail, à quoi bon ?

Tandis qu’un beau feu réchauffait leur antre, les compagnons firent une sorte de point.
La rencontre avec le groupe de primitifs laissait à présager d’autres dangers.
Mais qu’avaient-ils comme solution autre que de poursuivre leur équipée ?

Blottie contre Achille dont les baisers l’affolaient, Elisabeth tenta de garder la tête froide
:


… Nous avons refait des provisions, Richard a retrouvé la vue, tous les espoirs sont permis, mon ami. J’aimerais te dire que tout va aller bien, mais nous ignorons tant de choses… s’il ne tenait qu’à moi, on resterait là, rien que nous deux et le chat.

Ils partageaient des idées identiques mais le souci des autres leur importait aussi.
Après une nuit paisible – pour une fois – on se remit en route après les ablutions matinales.
Louis parut gai. Avait-il fait la paix avec son cadet ? Plus exubérant que jamais, si possible, son verbe haut rythma le train imposé tour à tour par Achille ou Richard.
Que vit le roi qui lui donna soudain envie de s’arrêter ? Une fleur pour Hélène, une essence pour parfumer ses plats ? Ils marchaient en pleine forêt lorsque cela arriva. La fronde de Louis parla. Le projectile, précis, décrocha la branche visée avant que quiconque n’ait pu l’empêcher.
Un vrombissement assourdissant s’éleva :


Un nid de guêpes ! Il y avait un nid sur la branche ! s’épouvanta Sissi.

Comment lutter contre une myriade d’insectes déchaînés ? Courir ? Tous s’égaillèrent en pleine pagaille pour échapper aux dards des bestioles.
Chacun pour soi et Dieu pour tous ! Cavalant droit devant elle en battant bras et mains en tous sens, Sissi perdit les autres de vue. Soudain le sol se déroba sous elle. Son cri vibra ; elle chut.

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Hélène, la belle de Troie

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Mar 28 Juin - 19:59

Jamais de sa vie, par Zeus, Hélène n’avait imaginé vivre une expérience pareille. Habituée à être manipulée depuis qu’elle était enfant, les mot d’ordre le plus connu était « obéissance » Le beau prince de Troie lui avait fait entrevoir un autre horizon et elle l’avait suivi en toute joie de cœur même en sachant commettre une grave erreur. On n’offense pas les dieux impunément, et un mari jaloux encore moins. Dans sa naïveté, elle avait voulu mettre un terme à cette guerre stupide mais on l’avait fait changer d’avis. Les enjeux étaient plus grands que ceux d’une banale plaie d’orgueil d’un cocu.
Désorientée à sa renaissance, elle avait béni dieux et déesses de lui faire croiser la route de l’impératrice d’Autriche. Sissi n’était pas qu’un moyen de s’en sortir à moindre frais, elle était aussi une amie. Rencontrer ensuite Achille la terrorisa dans un premier temps mais puisqu’il ne l’avait pas expédiée en enfer, tous les espoirs étaient permis. Richard et Amelia copinaient beaucoup et se montraient les têtes pensantes du groupe. Puis, il y avait Louis… Un roi, un de plus, qui la voulait. Mais le XIVème du nom n’était pas aussi lubrique qu’attendu. Il ne la traitait pas comme un objet destiné à son plaisir. D’ailleurs, il ne réclamait rien, rien d’autre que de la satisfaire, elle. Coquette jadis, Hélène avait appris à ses dépens ce que cela pouvait entraîner. Aussi se contenta-t-elle de respecter les autres, tout comme ils la respectaient.

De jour en jour, la reine de Sparte tint à être à la hauteur des événements et au rythme de ses compagnons. Docile, et aussi vaillante que possible, nul ne pourrait dire du mal de sa conduite.
Bien sûr, Louis se serait coupé en quatre pour la soulager de tous tracas. Elle n’en abusait cependant pas, remplissant ses tâches sans rechigner, comme ils s’y attendaient.

Avec Achille en meneur, suite à la cécité de Richard, on fut mené à un train d’enfer. Qu’attendre d’autre d’une telle brute ? Comment Sissi, si douce et raffinée, pouvait-elle supporter ce guerrier ?
Au moins l’impératrice ne l’avait-elle pas questionnée sur lui ! Hélène se voyait mal en train de lui raconter leur liaison, brève mais édifiante pour les deux.

Il s’en passa des choses au fil de l’eau ! On se croyait tranquille lors de la halte enfin consentie, et Louis se montrait si attentionné qu’Hélène en oubliait presque l’endroit où ils étaient lorsque l’horreur frappa sous forme de la créature la plus énorme qui soit.
Trembler étant ce qu’elle savait faire le mieux, Hélène ne s’en priva pas. Elle imaginait que Louis la défendrait de tout mais là… c’était vraiment démesuré de partout. Son protecteur ne resta pas près d’elle, il fila affronter le monstre malgré les protestations générales. Quand elle vit le guerrier grec s’élancer à sa suite, elle pria :


*Achille, sauve-le !*

Et cela se produisit, non sans mal.
Le pourquoi de l’altercation qui survint entre les tueurs de monstre demeura un mystère. Tout rentra plus ou moins dans l’ordre et, le plus naturellement du monde, chacun reprit ses occupations.
Leur tour de garde… Elle qui savait déjà si peu se garder elle-même… Mais en compagnie de Louis, tout était possible. Le roi semblait désappointé, morose :


Achille ne pige rien à rien, il me prend pour un bouffon…

Un peu de fantaisie ne nuit pas, parfois. Je suis certaine qu’il t’apprécie plus que tu ne l’imagines.

Je sais bien comment il est, va ! Toi, tu me crois hein, si je te dis qu’il fallait sauver le gosse.

Sauver un être humain, quel qu’il soit, est une noble et juste cause. Les dieux ne peuvent regarder ces bravoures qu’avec bonté et gratitude.

Tu es merveilleuse Hélène.

Pas tant que ça, je vous assure, Louis.

Je pourrais chanter tes louanges, des heures durant mais là, je… je pue pire que les hirsutes de tantôt. Ça, euh… te dirait de te rafraîchir ? On ne serait pas seuls, on prendrait notre chat ! Faudra lui donner un nom, tu as une idée ?

Donner un nom à leur bestiole ? Il est vrai que cet hybride leur était très attaché. Lui conférer une identité serait l’élever de statut, en quelque sorte. La reine réfléchit un peu.

Notre compagnon à quatre pattes est un mâle… je pense qu’Apollon se vexerait si nous lui attribuons son nom. Que dis-tu d’Hermès ? Après tout, les dieux nous l’ont envoyé… n’en serait-il pas leur messager ?

Louis accorda ce patronyme mais ne démordit pas de son idée d’un bain commun. Ses vues sur sa personne se précisaient-elles, devrait-elle en passer par ses exigeances ? Si Hélène avait consenti un petit baiser ici ou là, elle ne se sentait pas prête au grand saut. En d’autres temps, autres lieux, pour soumettre un homme, il y a belle lurette qu’elle aurait cédé facilement bien plus.
Persuadée que Louis respecterait la décence, elle lui accorda la balade à la relève de la garde.
Le coin était discret et vraiment agréable. Badiner avec Louis : charmant.


*S’il y tient maintenant, je ne résisterai pas… il est si…*

Pas à dire, il y mettait du tact malgré ses intentions assez évidentes. Blottie contre lui, elle ne pensa plus à rien qu’au bonheur tout simple d’être désirée avec douceur.
Au lieu de tendres échanges et un renversement passionné, le couple eut droit à un relèvement musclé. Louis, le cher homme, baragouina avec le groupe de primitifs surgis à point nommé et conclut d’aller quérir les autres.

Comme balade au clair de lune, on pouvait rêver mieux. Selon Burton, les Historiques étaient sollicités pour célébrer la mort du monstre.
En fait de célébration, Hélène se retrouva coincée avec Amelia et Sissi au chevet du gars qu’avait défendu Louis.
L’odeur de la cabane était à vous retourner les tripes. Les femmes devaient rafistoler le jeune homme sous peine de…


*Ils nous tueront si on échoue !*

À part sacrifier des pans de tunique et de bassiner le front du blessé, Hélène se sentit quantité négligeable. Sissi chantait bien, elle au moins. Quant à Amelia, elle paraissait maîtresse de la situation.
Combien de fois la reine de Sparte crut-elle tourner de l’œil ? Souvent, c’est sûr. Qu’y pouvait-elle si on ne lui avait appris qu’à satisfaire les besoins d’un homme ?
Quoiqu’il en soit, le gamin s’en tira.
Éperdue de joie d’être libérée de sa réclusion obligée, Hélène alla se jeter dans les bras de son protecteur. Malgré baisers (discrets) et mots doux, Louis lui sembla… distrait, mal à l’aise ?
La raison, elle la connut très vite avec la présence d’un « étranger » parmi les hommes blancs.


Qui… Qui est-ce ?

La réponse eut de quoi la surprendre : Philippe, le frère de Louis.

Rarement Louis s’était étalé sur ses relations familiales. Autant il adorait narrer sa vie antérieure, ses fastes, autant il était resté discret sur son « moi » profond.
Sans la négliger, il apparut clairement à Hélène que Louis était partagé.
Quand il fut question d’un choix entre une des trois femmes et le frère du roi, Hélène trembla de plus belle. La plus belle des femmes du monde antique pouvait-elle rivaliser avec un prince d’antan ?
Il n’y eut ni querelle, ni hésitation. Les « chats » et les dieux tranchèrent : sauve-qui-peut !
Le ramassage des affaires fut vite expédié et la course se poursuivit longuement.
Point positif à cette rencontre avec des primitifs : Richard avait recouvré la vue après une chute en compagnie de Monsieur.
L’ayant vu vouloir aider Burton avait intrigué Hélène :


*Il veut se faire pardonner d'être cause de notre fuite, ou quoi ?*

D’accord, ses sentiments vis-à-vis du nouveau manquaient d’objectivité. À part qu’il mobilisait l’attention de Louis, on ne savait – elle, du moins – rien de cet homme pour le moins effacé.

L’heure du repos sonna enfin, personne ne s’en plaignit. Repos… jamais de suite quand on exécute ce genre de randonnée.
Sissi l’invita directement à l’ouvrage : le rembourrage des paillasses. Par hygiène et facilité de transport, les sacs de toiles servant de couche étaient vidés au matin pour être garni de frais avant le sommeil.
L’endroit choisi pour bivouaquer était plaisant et offrait assez bien d’opportunités.
Tout en arrachant des herbes sèches, les jeunes femmes bavardèrent. Hélène s’étonna un peu des révélations de l’impératrice au sujet du frère du roi :


… Élevé comme une fille, tu es sûre ?


Selon Elisabeth, cette éducation avait peut-être marqué Philippe mais pas au point de ne pas se montrer un homme, un vrai.

…Je ferai de mon possible pour être bonne conseillère mais je doute qu’il m’écoute. Personne ne s’est donné la peine d’entendre mes suggestions, ou si peu !

Si, il t’écoutera. Il finit toujours pas se rendre aux conseils avisés.

J’espère surtout en avoir à lui donner…

D’autres questions taraudaient Hélène qui ne put s’empêcher de lancer, en essayant de prendre un ton neutre :

Au fait, toi et Achille semblez… en harmonie. C’est sérieux ?

La réponse franche teintée de timidité agaça la reine de Sparte qui répliqua :

Méfie-toi de lui… Il n’a jamais aimé, et n’aimera jamais que lui... Quoique… avant sa fin, il semblait en pincer pour une de ses prises de guerre, c’est tout dire de ses goûts ! Ah, ces hommes !
*Na ! Réfléchis avec ça !*


Non, Hélène ne se sentait pas d’humeur charitable ce soir. Qu’Achille ait préféré une banale vestale – fille de Priam, mais bon - puis maintenant cette Autrichienne à elle, la beauté incarnée, la dépassait. De plus, son doux Louis veillait plus sur son cadet que sur elle !
Assez boudeuse, elle acheva ses tâches et alla s’allonger sitôt le repas absorbé.
Garde achevée, Louis la rejoignit quand même. Feignant de dormir, elle ne put s’empêcher de sourire aux discours que le roi lui murmura en évitant de la déranger.

Le camp replié, on s’avança en forêt. Il valait mieux regarder où l’on mettait les pieds. Tous étaient attentifs au sol sauf Louis qui regarda en l’air, joyeux. Curieuse, la reine chercha des yeux l’objet de l’intérêt du XIVème :


Oui, cette fleur est très belle mais hors de portée, doux ami !

Fanfaron ? Bravache ? Louis exécuta un jet de pierre parfait sur la branche fleurie.
L’extase d’Hélène fut de courte durée avec l’alarme de Sissi :


Un nid de guêpes ! Il y avait un nid sur la branche !

La belle course ! Pas un ne résista à la nécessité de prendre ses jambes à son cou.
La reine de Sparte dut son salut à Monsieur le frère du roi qui avait pris le même chemin qu’elle en pleine débandade. D’une violente poussée, il l’expédia valser dans une marre poisseuse. Rageant de se redresser couverte de limon, Hélène se tempéra néanmoins :


Voilà un stratagème peu galant mais… efficace. Merci, Monsieur.

Il l’aida à sortir de la fange ; elle agréa ses excuses pour ce bain forcé peu agréable.

N’en parlons plus ! Cherchons plutôt les autres !

Les repérer fut facile aux cris de forcené que poussait Achille. Un frisson rétrospectif passa sur l’échine d’Hélène. Glacée, elle se souvenait du héros, seul devant les murailles de Troie, en train de beugler de longues minutes en réclamant Hector. Voilà qu’il remettait ça sauf que ses cris n’avaient rien de belliqueux. Y résonnaient une sorte de… désespoir ?

On dirait qu’il a perdu Sissi. Hâtons-nous !

Beau spectacle que celui du guerrier fou d’angoisse. Nul ne reçut grâce à ses yeux. Il enguirlandait tout le monde, Louis en premier. Philippe et elle foncèrent ; elle intervint :

Achille, Louis n’y est pour rien. J’ai regardé la branche et pas vu le nid non plus ! Cherchons plutôt Elisabeth. Elle ne peut pas être trop loin !

La battue s’organisa. Armés de bâtons, ils fouillèrent la végétation dense environnante. Louis souffrait de multiples piqûres mais refusa les soins tant que Sissi n’aurait pas reparu.
Ce fut Amelia qui découvrit le trou.
Tous se groupèrent autour tandis qu’Achille et criait le nom de l’impératrice. Un bout de la tunique de Sissi accroché à des ronces prouvait son passage.
Sans Richard, Achille se serait jeté dans l’ouverture sombre et peu engageante dont nul son ne leur parvenait.
Corde, flambeaux à l’appui, le Grec descendit en compagnie de Burton.
Hélène demeura au bord, hésitante :


Ça peut paraître idiot mais ne devrait-on pas plutôt se fier aux chats ? Ils n’ont pas l’air de vouloir descendre, eux !

Un beau conciliabule s’en suivit.
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Achille, héros de Troie

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Sam 2 Juil - 13:00

L’amour. Qui n’en avait pas entendu parler ? Même de son temps, chantres et poètes le tournaient de belle façon, encensant ce sublime sentiment. Lui, ne pouvait pas trop en parler, peu porté sur la sensibilité et autres mièvreries, si amour il y avait eu dans sa vie, c’était parce que par quelque détour hasardeux du destin, avait fait que les femmes aient un faible pour sa personne. Elles l’avaient aimé. Tant mieux, il s’en portait pas plus mal, profitait de l’aubaine et sitôt mieux à faire, passait à autre chose sans aucun souci, ne disons pas de remords. Les femmes, êtres vains et futiles, avaient, à son avis, l’ennuyante particularité de penser que quelques ébats fougueux signifiaient un attachement éternel , leur désenchantement menant aux larmes, il ne pouvait que ressentir un profond agacement. Toutes avaient été pareilles…toutes sauf Briseis et encore on pouvait laisser cela au compte de la courte durée de leur relation et du fait qu’il était mort avant d’avoir pu y voir clair.

Elisabeth. Il avait eu beau essayer de n’y pas penser, cela s’avérait impossible. Captivante, sans le désirer, elle ne pouvait qu’attirer son attention…et celle de tout celui qui croiserait son chemin à moins d’être aveugle ou idiot perdu. Il jouissait de toutes ses facultés de perception, les Dieux en étaient témoins et c’était justement cela qui rendait les choses plus difficiles. Même à côté de la belle Hélène, sa beauté sereine ne pouvait pâtir de la comparaison. Rien en elle ne pouvait être comparé. Sa détermination, sa sagesse, son humour, si élégant qui pouvait être enjoué mais aussi cinglant, le raffinement inné de ses manières...

Arriver à la conclusion d’être tombé amoureux de cette femme exquise, troublait Achille bien plus que voulu. La raison était bien simple : il n’avait pas la moindre idée de comment s’y prendre. On le damnerait en Enfer avant de demander conseil à Louis, si versé en la matière ou de toucher tant soit le thème avec Richard.

*C’est ridicule...tu as vaincu tant d’ennemis, remporté tant de victoires, les Muses ont chanté tes louanges et tu es incapable de dire à une femme que tu l’aimes…vaillant imbécile !*

Ce qui n’était pas pour améliorer son humeur, mais comme celle-ci était habituellement rogue pour ne pas dire ombrageuse, les autres semblèrent ne s’en rendre même pas compte. Bien sûr, il n’y avait que lui qui y croyait ! L’épisode du piège n’avait rien arrangé mais quand enfin il avait rejoint l’objet de son ardente convoitise dans les eaux du lac, la décision était prise.

*Tu fais ce que tu peux…on verra ce que ça donne !*

Il avait fallu qu’un mammouth s’en mêle pour ficher ses beaux plans en l’air. Dur retour à la réalité. Bête morte, chasseurs résignés. On était rentrés au campement dévasté pour s’arranger avec ce qui restait…

La suite de cette étrange soirée l’avait émerveillé. Contraire à toutes les idées qu’il avait pu se faire, Elisabeth, qu’il avait fini, enfin, par rejoindre, n’avait pas ri de ses aveux ni l’avait envoyé paître quand il l’avait, enfin, embrassée…

De sa vie, Achille n’aurait songé qu’un simple baiser put produire pareil effet, d’autant qu’il avait été précédé de paroles qui sonnèrent comme musique céleste :

J’ai, moi aussi, besoin de toi Achille, de ta force, de ton courage… de ta présence !

Félicité incomparable. C’était atteindre le paradis. Plénitude merveilleuse. C’était donc cela le bonheur ? L’amour tant vanté ? Sans aucun doute parce qu’il ne pouvait s’imaginer rien de plus sublime.

Elle était merveilleuse mais même si en consentant à cette première étreinte, pleine de fougue partagée, Achille sut (encore heureux !) reconnaître qu’avec elle, les choses seraient très différentes qu’avec toute autre femme connue auparavant. Sans besoin d’en parler, les limites à ne pas dépasser restaient claires. Elisabeth n’était pas une belle prise de guerre, elle était la femme qu’il avait choisi d’aimer et qui, pour sa chance, voulait bien de lui. Elle méritait tout son respect et même en mourant d’envie de l’avoir totale et pleinement, il ne jouerait jamais avec la confiance qu’elle déposait en lui.
Ces moments merveilleux furent interrompus par l’apparition de Louis et Hélène escortés par cinq personnages hirsutes qui méritaient bien qu’on se mette en garde. Il portait déjà la main à son glaive pour trancher l’affaire mais voilà que Louis assurait qu’il ne s’agissait que d’une simple invitation à…manger ?

Tu trouves ça normal ?

Pas trop, à dire vrai. Je ne me fie jamais d’un ennemi que j’ai du mal à comprendre.

Et là, c’était bien le cas mais Richard qui s’y connaissait ouvrait la marche, guidé par Amelia. Lui, ne lâchait pas la main de Sissi. La procession se fit en silence et ils ne tardèrent pas à arriver au village des hommes primitifs. Pas trop le sens de l’urbanisme, ces gens là, mais ça viendrait sûrement avec le temps. En toute évidence, ils étaient bel et bien invités à partager le festin local mais ce qui fit tout de suite tiquer Achille est qu’on ne les conduisit pas directement prendre place « à table » mais vers une hutte où deux femmes, aussi hirsutes que les hommes, veillaient un malade. Le même petit gars que Louis avait si bien sauvé de se faire aplatir par le mammouth. Les intentions des primitifs restèrent très claires au bout d’un court moment : leurs femmes à eux restaient soigner le petit, eux allaient dehors…au festin. Situation qui ne comblait personne, surtout pas les femmes effarées de comprendre ce qu’on attendait d’elles. Il put reconnaître la peur dans les yeux d’Elisabeth mais ne put que la serrer un instant contre lui en essayant de sembler parfaitement tranquille, ce qui était loin d’être vrai.

Je ne serai pas loin !

Il aurait aimé rester à monter la garde à l’entrée de la hutte, tout comme Richard et Louis mais déjà on leur signifiait de suivre le comité de réception.

Si le gosse meurt, notre compte est bon !

Il se serait bien passé du commentaire « optimiste » de Louis et préféra calmer le roi en invoquant que leur allure et la compagnie des chats avaient de quoi éveiller du respect.

*Vaut mieux qu’il y croit, sinon, ça fera du foin !*

Le repas n’était pas fameux mais en ce moment le moindre de ses soucis était la nourriture, ce qui allait bien avec le conseil de Richard : avaler ce qu’on leur donnait et faire mine d’être ravi.

Depuis un moment, le Quatorzième du nom se tournait sans cesse vers un pauvre hère, tenu à l’écart du festin.

Arrête de le regarder…s’il est là c’est qu’ils auront une bonne raison !

*Un esclave, sans doute !*

L’affaire en serait restée là si ce cher Louis n’avait insisté.

Tu crois que c’est un paria ?

Oui, le plus sûr…mange et te tracasse pas !

Autant parler à une pierre. Et pour arranger tout, voilà que Sa Majesté semblait soudain avoir eu une révélation et ne trouvait mieux que se lever et aller vers le misérable être.

*On en finit jamais, avec ce mec !*

Arrête-le ! Faut pas qu’il s’approche !, dit Richard en le prenant du bras.

Tu veux rire…il est déjà…et pour faire joli voilà qu’il l’embrasse…en l’appelant…mon frère !

Leurs hôtes n’agréaient en rien cette transgression à leurs petites règles, ça gronda bellement. Ils plantèrent leurs lances au sol, se redressant menaçants, aussitôt imités par lui qui en passant tracta Richard.

Sont pas contents…Oui, c’est bien ce que j’ai dit…Diables, Louis s’amène avec son frangin !

LOUIS, repousse-le ! Joue les idiots, les fous !

Burton aurait sans doute des bonnes raisons pour dire cela, lui ne comprenait que la chose tournait mal. Ils n’étaient que trois, dont un aveugle contre une tribu pas commode mais pour la forme, il dégaina son glaive et prit son air le plus méchant.

Ces retrouvailles fraternelles étaient certes émouvantes mais ce n’était pas cela qui allait attendrir ce prochain plutôt hostile.

*Ça va pas faire du joli !*


Leurs chances de s’en sortir étaient minimes. Il maudit Louis de son impulsivité et songea à sa douce Elisabeth.

*Et m***e…cette fois ce sera à coups de lance…pas de chance !*

Il s’apprêtait néanmoins à vendre chère sa peau. Ce fut le moment choisi par les hybrides pour faire acte de présence, rugissant féroces, les quatre magnifiques bêtes se postèrent entre eux et la foule menaçante, la maintenant à bonne et respectueuse distance.

ACHILLE, RENGAINE !


Il obéit, content de ne pas avoir eu à couper des têtes et d’y laisser la sienne, vu les circonstances adverses. En tout cas, c’en était fait de la fête. Craintifs ou pas, leurs hôtes eurent tout de même l’idée de les boucler, tous quatre, dans une case. Les minets, eux, disparurent par où ils étaient venus. Pour le moment, ils s’étaient gagné le respect de la tribu, restait à savoir jusqu’à quand.

Richard, le diplomate, fit les présentations avec le frère de Louis avant de se déclarer trop fatigué pour veiller. Les frères avaient pas mal à se raconter et lui n’avait guère sommeil, autant faire tenir Richard encore un moment.

Alors, comme ça…Loulou a un petit frère. Il en a jamais parlé. T’es sûr que c’est bien lui ?

Louis le reconnaît, c’est donc lui…

Assez logique. La conversation n’alla pas bien loin. Burton se faisait autant de souci que lui pour les filles mais comme s’il devinait ses intentions, interdit toute tentative d’évasion et rescousse. Avant de s’endormir pour de bon, il fit une singulière requête :

Demain, si je te demande de me frapper, tu le feras, hein ?

Ce qui, selon lui, pourrait peut être lui rendre la vue.

Ma foi, si ça peut te faire plaisir…tu n’as qu’à demander.

Faute de mieux à faire, il alla s’installer dans un coin et finit par sombrer dans un sommeil inquiet qui dura trop peu pour être reposant. Les autres dormaient, fourbus d’émotions diverses. Il resta là, à fixer le noir en ayant toute sorte d’idées éprouvantes sur ce que pouvait endurer la douce impératrice d’Autriche, ce qui finit par le mettre dans un état d’énervement qui ne put échapper à ses camarades de misères à leur réveil. Louis eut l’heur de ne faire aucun commentaire et Richard étant la discrétion même ne pipa mot, quant à Monsieur le frère du Roi, on ne l’entendit que pour répondre aux questions de Richard sur les mœurs locales et encore quand celui-ci réussit que Louis la ferme et laisse parler son cadet. Intéressant échange d’informations auquel il prêta une attention distraite, trop concentré à guetter tout bruit externe.

À mi matin, Achille n’y tint plus.


Je sors et vais voir ce qui se passe…c’est ridicule d’être là, à ne rien faire !

Louis partageait son idée et seul le bon sens proverbial de l’anglais finit par les convaincre de ne pas bouger et de la fermer, si possible. Achille se renfrogna dans son coin mais Louis protesta, comme toujours.

Vous croyez quoi ? Que je me fiche de leur sort ? Je préférerais rester aveugle le reste de mes jours que de perdre Amelia… j’ai confiance, Achille !

Pareille déclaration venant d’un homme comme Burton voulait tout dire. Lui aurait donné sa vie pour Elisabeth mais se garda bien de le dire, sa nature se prêtait mal aux aveux publics.

Alors, confions !, grommela t’il.

Appuyé au mur, l’œil torve, l’oreille tendue, le héros grec trouva l’attente torturante mais on ne l’entendit dire un traître mot. Il continuait à la même place quand le fichu pan de fourrure tenant lieu de porte s’écarta et Elle entra. Se levant d’un bond, Achille la reçut dans ses bras, se fichant comme d’une guigne du regard malicieux que Louis s’arrangea pour leur couler.

Enfin ! Je me faisais un sang d’encre…Pourquoi on vous a retenues si longtemps !? Comment vas-tu ?...Tu as l’air si fatiguée.

Elle souriait, merveilleuse, le regard brillant de mille étoiles.

On va bien ! Et vous, ça va ?

Ouais…tout bien qu’on peut aller après une nuit enfermés ici, sans rien savoir. Puisque vous êtes là…allons nous en plutôt, on ne fait plus rien ici.

Sa réponse mitigée le surprit.

Je ne sais pas. Je n’ai pas bien compris ce qu’ils veulent, ces hommes. Ils sont contents, c’est sûr.

Ben oui, si leur gosse est à sauf, ça se comprend…que peuvent ils vouloir de plus ?

L’explication ne tarda pas. Amelia assurait que leurs hôtes tenaient à les remercier et leur faire l’honneur de pouvoir adresser des prières à leur Pierre.

On s’en passerait mais ça tombe bien…on a presque tout perdu à cause de leur proie de chasse, autant en profiter !

Il voulait en finir au plus vite, prendre congé, reprendre leur expédition et surtout avoir Elisabeth pour lui tout seul, sans regards indiscrets, au moins pour un moment. Que l’impératrice finisse par remarquer Philippe, qui se tenait un peu à l’écart, n’avait rien de surprenant. Il faisait figure incongrue, le pauvre, si hirsute et guenilleux.

Qui c’est, lui ?

Philippe, le frère du roi.

Hein ? Le frère de Louis ? Mais, comment… ?

Je n’en sais pas grand-chose. On l’a trouvé hier soir, lors des agapes…ai pas encore entendu son histoire mais le mec semble avoir passé des rudes moments…Pas de souci, Louis nous mettra sans doute tous au parfum…tôt ou tard.

La Pierre des primitifs se montra généreuse et pourvut à leurs besoins immédiats, tous ayant hâte de quitter les lieux, cela alla vite mais comme on pouvait s’y attendre, rien ne tourna comme prévu. Rien de plus normal que Louis ne veuille emmener son frère retrouvé mais, de manière assez outrageante, les primitifs s’y opposaient farouchement. Ils considéraient Monsieur comme leur propriété, leur esclave…leur chien. Il n’y avait qu’une manière de le leur céder : un échange et pas des moindres : leur esclave contre une de leurs femmes.

Cela suffit pour que tous voient rouge. Amelia cria haut et clair sa pensée qui résumait bien celle du groupe. Achille caressait déjà le pommeau de son glaive mais Sissi, intervenait, ferme.

C’est impossible, en effet ! Richard dis-le-leur ! Philippe redressez-vous ! Personne ne vous abandonnera ici. Achille, s’il te plaît, pas de sang !

Il y en aura si besoin, ma douce, jamais je ne permettrai pareille incartade !

Mais encore cette fois, il n’eut nul besoin de se mesurer aux primitifs même si rien ne lui aurait fait plus plaisir que leur infliger une cuisante leçon. Ce fut encore l’apparition inopinée des hybrides qui remit les choses à point, cette fois plus spectaculaire et sauvage, le tout accompagné de foudre tombant sur une case et la réduisant en cendres.

Je vous dis…quand les Dieux s’en mêlent !!!

Ça faisait un bien fou de rire comme ça, libérant tant de tensions. Pour une fois Hélène rit avec lui, donnant foi à ses paroles. L’effroi , comme on pouvait s’y attendre, s’empara des primitifs qui croyaient, encore plus qu’eux, à une intervention divine.

Pauvres bougres !...Nous, on fait comme dit Amelia…on se taille !

On ne répéta pas deux fois. La belle façon de prendre la poudre d’escampette, à toute vitesse et sans regarder en arrière, même pour voir si les chats suivaient ou pas, ils le feraient bien en son temps, de cela ils pouvaient en être sûrs. Que Philippe veuille aider Richard dans son déplacement n’avait en soi rien de trop étonnant, simple façon de le remercier pour son aide. Qu’ils se fichent en l’air chemin faisant n’eut rien de trop joyeux mais l’affaire alla sans grand mal et du coup, que finalement il n’avait pas eu à lui donner, Burton récupéra la vue.

Tout le monde va bien alors on se grouille…On prend ce qui reste et on fiche le camp ! Oui, Louis, il va bientôt faire nuit…que veux tu ? Qu’on reste à attendre que ces mecs nous débusquent et nous taillent en pièces ?

À tout cela les quatre chats les avaient rejoint et les guidèrent sans faille vers le camp.

Tant qu’ils sont calmes, on a le temps ! observa l’impératrice.

Sans doute…mais oublie pas qu’en cas de danger, eux ils courent toujours plus vite que nous !

Il ne put pas s’empêcher de flatter sa joue, refrénant l’envie de la prendre dans ses bras et la couvrir de baisers mais sachant que s’il le faisait, ce serait impossible de s’arrêter.

Tu es merveilleuse mais nous devons nous dépêcher…

La nuit était tombée. Munis de torches ils se mirent en chemin à la suite des hybrides qui, comme assurait Elisabeth, avaient toujours su les guider.

Richard assurant ne pas se sentir encore trop en forme, Achille reprit le commandement.


Je pense qu’il veut surtout se faire dorloter par Amelia, pas toi ?

J’aurais volontiers fait de même, crois moi…si tu voulais me dorloter, bien sûr !

Il adora son regard malicieux et ce fut le cœur en joie qu’il entraîna sa troupe à un train endiablé jusqu’à ce que Louis réclame une pause, son frère, éprouvé par mauvais traitement et privations de toute sorte défaillait.

C’est bon. Nous arrêtons pour ce soir, je ne pense pas que ces gars nous suivent en pleine nuit...L’endroit est parfait pour le camp.

Chacun reprit ses tâches habituelles. Achille se retrouva avec Richard pour ramasser du bois. Peu enclins aux confidences, ils firent leur travail en efficient silence. Par contre, on entendait clairement le babil de Louis et celui de son frère.

Avec un, on était servis…que dire avec deux ?

Richard se contenta de sourire, ils s’entendaient.

De retour au camp, ils surprirent Sissi et Hélène revenant les bras chargés d’herbe pour rembourrer les paillasses, en le voyant la reine de Sparte pinça un peu le geste et détourna le regard avant de s’éloigner d’un pas léger. Achille ne se douta pas qu’elles avaient, en bonnes amies, échangé des confidences…et aurait donné cher pour savoir si la belle de Troie avait eu la brillante idée de parler de leur courte et malencontreuse relation, jadis. Le regard limpide et ravi de Sissi laissait soupçonner que non…mais sait on jamais.

Plus tard, au coin du feu, après le repas concocté par un Louis joyeux avec l’aide de son frère pour le moins rassuré d’être bien accueilli, tous furent d’accord que la seule chose qu’ils pouvaient faire était de continuer à suivre le cours du fleuve, se doutant bien que les primitifs ne seraient pas la dernière surprise qui croiserait leur chemin, mais pour le moment ce qui comptait était se reposer dûment après les derniers sursauts du jour et la marche forcée.


Quel délice pouvoir enfin s’allonger près d’Elisabeth, fermer un instant les yeux pour bénir sa chance et la prendre enfin dans ses bras.

Il fait si bon te sentir proche…tu me manquais….j’ai craint de te perdre tout au long de ces heures démentes…sans rien savoir. S’il n’avait tenu qu’à moi…

Mais à quoi bon parler quand il pouvait s’émerveiller de ses baisers, de sentir sa peau si douce frémir sous ses doigts, s’enivrer de son odeur, de pouvoir enfouir son visage dans sa somptueuse chevelure qu’il aimait voir libérée de sa tresse. Elle mettait, néanmoins, un tendre frein à sa passion, l’enchantant encore plus avec son regard un peu affolé mais si plein de cet amour qu’il n’avait jamais su trouver dans d’autres yeux.

N’aie crainte, je suis un homme de parole…jamais je en prendrai rien de plus que ce que tu voudras m’offrir…avec toi, j’apprendrai la vertu de la patience et s’il le faut celle de la résignation, même si tu te doutes bien…ne sont pas mon fort…

Elle riait, sans doute se payant un peu sa tête et détournant habilement le thème.

Nous avons refait des provisions, Richard a retrouvé la vue, tous les espoirs sont permis, mon ami. J’aimerais te dire que tout va aller bien, mais nous ignorons tant de choses… s’il ne tenait qu’à moi, on resterait là, rien que nous deux et le chat.

Laissant filer une longue mèche de ses cheveux entre ses doigts, il fut à point de soupirer.

Quelle idée merveilleuse…mais bien sûr, on ne va rien faire de semblable…je ne suis pas exactement un type connu par sa considération envers son prochain…mais suis loyal…ça, tu le sais…maintenant, ferme tes beaux yeux…sinon, je ne pourrai pas dormir…et je te jure que j’en ai besoin !

Un dernier baiser avant de la serrer contre lui avec un vrai soupir d’aise et sombrer dans un profond sommeil réparateur, se permettant quelques ronflements peu romantiques.

Et dire que la journée aurait pu être parfaite, sans les idées farfelues de Sa Majesté le Roi Soleil, qui voulant éblouir sa belle en se servant de sa fronde pour cueillir une fleur, sauf qu’il rata son coup pour une fois et donna en plein dans un nid de guêpes. Pas des moindres, les bestioles qui, comme tout dans ce monde étrange, étaient grandes et imbues de juste vengeance. On s’égailla en pagaille pour échapper aux dards aigus.

Après avoir opté pour plonger tête la première dans la rivière pour échapper à l’essaim démené, Achille en ressortit, dégoulinant et furieux, pour se mettre en quête de ses compagnons qui avaient couru en toutes directions. Après un moment, à s’appeler les uns les autres, on se retrouva.


Où est Elisabeth ?...Comment que personne ne l’a vue !?!?...Non…je n’ai pas vu non plus dans quel sens elle partait…on réfléchit pas trop quand des guêpes folles vous tombent dessus merci à un abruti qui décroche leur nid à coups de pierre ! Tu es une plaie, Louis…je vais confisquer ta fronde…et qui sait peut être te tordre le cou d’une fois pour toutes…Te mêle pas Philippe…

Hélène intervint, assurant que personne n’avait vu le nid, que son chéri était innocent.

OUAIS…pourquoi pas !?

Il ne perdit pas de temps à tordre le cou de quiconque et se lança à travers la forêt en criant comme un fou le nom de l’impératrice, aussitôt imité par les autres. Battue qui finalement aboutit à un résultat…au pied d’un boyau sombre, dissimulé par des taillis. Un bout de la tunique d’Elisabeth y pendait. S’imaginer ce qui avait pu se passer ne demandait pas de grand effort.

Elle…elle est tombée là dedans ! Je descends !

Il l’aurait fait sans plus sans les doctes conseils de Richard, qui comme toujours gardait la tête froide. Lui, ne pouvait que sentir le désespoir l’étouffer alors que son cœur cognait à faire mal dans sa poitrine. La seule pensée, qui pouvait l’habiter en cet instant d’horreur, était retrouver son aimée. Le trou était profond, même avec l’aide des torches ils ne purent voir le fond. S’époumoner à appeler Sissi ne donnant aucun résultat concluant, force fut d’admettre que la seule solution était descendre la chercher en bas…

À mesure de la descente, merci la longue corde tendue depuis un robuste tronc, Achille ne pouvait éviter de penser qu’une chute pareille ne pouvait qu’ avoir abouti au pire, que c’était la dépouille disloquée de son amour qu’il allait trouver au bout de ce goulot infernal. La seule idée faisait déjà un mal terrible. Richard, qui avait tenu à le suivre, devait avoir les mêmes sombres pressentiments mais n’en dit rien, suivant leur habitude, les deux hommes demeurèrent en silence.

De curieux détails se révélaient chemin faisant. Au lieu d’être envahi de mauvaises herbes ou ronces, comme on aurait pu s’attendre d’un boyau au milieu des bois, celui-ci offrait des parois lisses, nettes et propres, comme si main humaine avait récuré à fond l’endroit. Point d’humidité lugubre ni froid, au lieu de cela la température était tiède et ne varia pas. Achille toucha fond et s’apprêtait à allumer sa torche quand une lumière tenue, jaillie de sait on illumina les lieux. Trop saisi de surprise, le héros grec ne bougea pas et faillit se prendre dessus Richard qui déboulait.

Regarde ça !!!

Ils se trouvaient dans une espèce de couloir, pas trop large, parois et sol d’une lisse netteté, agréablement tiède au toucher….mais de l’impératrice d’Autriche, pas la moindre trace. Ils eurent beau regarder dans tous les sens, il n’y avait rien qui puisse attester qu’un autre être humain, avant eux, se soit trouvé en ces lieux. Décontenancés, ils se regardèrent sans trouver d’explication valable puis chacun partit dans un sens. Achille n’avança pas trop, un mur, compact mettait abruptement fin au couloir. Il resta là, essayant de mettre ses idées dans le bon ordre mais quand Richard le rejoignit un instant après avoir trouvé un mur identique de son côté, le héros grec dut avouer que la situation le dépassait. Le semblant décomposé, il fit deux pas vers le mur et le frappa de ses poings, frénétique comme jamais il ne l’avait été de cette vie ni de l’autre.

Vous me l’avez prise…RENDEZ LA MOI !!!!

Il se fallut de force et patience pour l’en écarter, encore plus pour lui faire comprendre que ce qu’il restait à faire était de remonter rejoindre les autres. La mort dans l’âme, le héros de Troie obtempéra. Au sortir du boyau, les autres pensèrent se trouver face à un spectre. Défait et silencieux, il laissa à Richard le loisir de raconter les derniers faits. Bagheera vint se frotter à sa jambe, lui donnant un coup de tête affectueux. Le regard du félin, d’une rare intelligence, semblait vouloir lui transmettre un message et comme si cela ne suffisait pas le poussa un peu avant de trottiner quelques mètres en direction de l’intérieur de la forêt, s’arrêter et se retourner le regarder avec un feulement impératif.

On va la suivre !, dit il simplement en s’éloignant à la suite de l’hybride.

Les autres félins s’étant mis aussi en marche, force fut de suivre le mouvement sans plus de discussion. Combien de temps marchèrent ils, à pas vif, à la suite de leurs guides à quatre pattes, qui semblaient savoir exactement vers où se diriger ? Achille n’aurait pas su le dire et s’en moquait. Toute autre pensée qui ne fut retrouver Elisabeth avait déserté son esprit. Il descendrait aux Enfers, comme Orphée, s’il le fallait. Jamais auparavant, depuis le début de cette étrange histoire de renaissance, il n’avait été plus convaincu de n’être, à nouveau, qu’un pion dans un jeu cruel…

Bagheera s’arrêta enfin. Ils se trouvaient dans une clairière flanquée d’une imposante paroi de pierre. Massive, couverte de végétation, sans un soupçon de fissure qui laisserait imaginer une possible entrée mais les hybrides groupés, se postèrent, immuables face à ce mur.

C’est l’entrée, se trouva en train de dire Achille, sans même savoir pourquoi.

On débattit, comme il était de mise mais à la grande surprise de tous, Hélène lui donna raison. La reine de Sparte avait compris, elle aussi. Ne venaient ils pas de ce même temps, où les Dieux, jouaient des destinées humaines comme avec des pions sur un échiquier ? Ils étaient bien placés pour le savoir, ayant été victimes de prédilection. Ensemble, malgré l’opposition de Louis et les arguments des autres, ils avancèrent vers la paroi et la traversèrent comme qui traverse un rideau de fumée.

Les mêmes parois lisses que dans le couloir, la lumière diffuse, l’ambiance tiède…

Pas de danger, venez!!!, cria t’il, sûr que les autres l’entendraient.

Louis fut le tour premier à se précipiter, rapidement suivi des autres et des hybrides, satisfaits.

Face à l’écran, IL sourit.


Bons joueurs ! Pas froid aux yeux…Ça fait plaisir !...Mais approche donc, mon petit…regarde, c’est ce que j’ai toujours admiré des humains : leur ténacité.

IL enclencha une touche verte au temps de dire, rieur :

Le jeu continue !
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Louis XIV

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Dim 3 Juil - 14:30

Louis, mon frère, mon Roi... j'ai eu si peur... je ne sais ce qui se passe ici et... ces gens ils... ils m'ont surpris alors que j'étais auprès d'un lac... Pourquoi sommes-nous ici ? Le savez-vous ?

Le moment était tellement extraordinaire que, pour une fois, Louis demeura d’abord sans voix.
Il soupira :


Je l’ignore, mon frère ! Ne restons pas là. On dirait que ça se gâte dans le coin.

Il aida Philippe à se relever et l’entraîna vers Achille que rejoignait Burton.

LOUIS, repousse-le ! Joue les idiots, les fous !

Non mais pour qui me prends-tu, Richard ! C’est un miracle ! Il s’agit de mon frère, mon cadet, mort quelques années avant moi. Je ne tolérerai pas que ces bouseux le traitent comme un chien.
On va reprendre nos femmes et filer tous ensemble.


Plus facile à dire qu’à faire ! La tribu préhistorique ne semblait vraiment pas décidée à les lâcher.
Déjà Achille dégainait, prêt à en découdre.
Que se serait-il passé sans l’intervention des tigres-lions ? Autant ne pas se poser la question.
Heureux de l’apparition des protecteurs, Louis souffla :


Ne t’inquiète pas, ces chats sont de notre côté.

Tous poils hérissés, les quatre bestioles devaient être effrayantes surtout pour les primitifs qui cessèrent de se montrer hostiles et guidèrent les hommes vers une simple cambuse où on les abandonna. Richard se chargea aussitôt des présentations avant de laisser Louis et Philippe en tête à tête. Ils s’assirent dans un coin. L’émotion vibra à nouveau dans la voix du roi :

Philippe ! Je suis si content. Si tu savais à quel point je m’en suis voulu de notre dispute… j’étais en rogne ce jour-là, comme je savais si bien l’être à l’époque. Bien sûr tu avais raison de défendre ton fils et moi, ma fille. Oublions, c’est le mieux. J’ai beaucoup pleuré ta mort, sois-en sûr.

Préférant ranger leurs différents anciens, Louis narra ses aventures récentes :

Mon réveil a eu lieu très loin d’ici, près d’un grand fleuve. Quantité de gens étaient mélangés, c’était l’enfer. J’ai eu beaucoup de chance de tomber sur Achille qui est devenu plus qu’un… ami.
Nous avons lutté pour nous nourrir et nous défendre car tous, dans le coin, n’étaient pas des enfants de chœur. La pierre magique… tu ne sais pas ce que c’est ? Ce sont des cailloux très… spéciaux. Ils te donnent les objets que tu veux dans la mesure du raisonnable. J’espère que l’on pourra approcher de celle que ces primitifs ont tout près d’ici.


Brossée, la suite des aventures de Louis se conta. Rencontre avec Burton et Amelia, la construction de la montgolfière, le voyage, etc.

Nous sommes donc six à voyager ensemble. Nos femmes sont actuellement en train de soigner un jeune chasseur qui s’est fait assez malmener par un mammouth. C’est à cause de ça que nous sommes dans ce camp : nous avons aidé ces gens à tuer le monstre. Je te présenterai Hélène, elle aussi est… spéciale… Oui, j’y suis très attaché. Que veux-tu ? L’homme n’est pas fait pour vivre seul.

Autant éviter le sujet des femmes… Louis passa à autre chose :

Si je m’attendais à te rencontrer ici ! J’aurais couru plus tôt… Ah, tu viens d’arriver ? Ils ne t’ont pas fait de mal, au moins ?... j’ignore pourquoi ils te traitent ainsi. Peut-être parce que tu es trop blanc pour eux ou peut-être que sans le vouloir tu étais dans une terre sacrée à leurs yeux ? Ne t’en fais pas, Richard, même aveugle, va nous sortir de là et avec la force d’Achille, on peut être tranquilles.


La soirée était bien avancée, le repos mérité. Tous ronflèrent bientôt de concert.
Sans repère d’heures écoulées, Louis estima leur réveil assez tardif. Philippe dormit encore un bon moment sous l’œil attendri de son aîné puis se redressa :


Au moins ils nous apporté de l’eau, tu en veux ? Désolé mais on n’a pas de verre.

Burton lui sembla encore plus ours que d’ordinaire. Il s’adressa rapidement à Philippe :

Tu connais les habitudes de ces gars, Philippe ?

Comment veux-tu qu’il le sache ? Il est arrivé peu avant nous, et…

Loulou, cesse de répondre quand je m’adresse à ton frère !

Ce brave Philippe ne sembla pas apprécier ce diminutif que lui donnaient fréquemment ses compagnons. Louis l’apaisa après la tirade de Dick :

Il ne s’agit pas d’un manque de respect, mon frère. Au début, j’ai eu du mal à m’y faire aussi mais Richard a raison. Ici, il n’y a plus d’étiquette, protocole, titres. Tu t’y habitueras, crois-moi.


Le temps filait trop doucement au goût de l’ex-roi qui jugeait l’attitude de Burton trop… passive. Achille aussi avait des fourmis dans les jambes. Cependant, l’explorateur lui interdit de bouger, ce qui amena l’impatience de Louis à son comble :

On ne peut pas attendre ainsi indéfiniment ! Nous ne sommes pas des poules mouillées, sacrebleu !


Ce qui lui valut une réplique acerbe. Que faire d’autre que d’attendre ?
Enfin, elle fut là son éblouissante Hélène. L’apparition des femmes soulagea tout le monde et Louis ne put s’empêcher de rigoler en douce face à l’éclatant bonheur d’Achille réceptionnant son impératrice dans les bas. Lui, il couva Hélène du mieux possible, un peu gêné de se donner en spectacle devant son frère. La présentation fut brève, déjà on réclamait leur attention dehors.


On va aller prier la pierre, dit-il à Philippe. Si j’étais toi, je demanderais des vêtements plus… seyants, mais pas de fantaisie, hein ?

Philippe, jadis, adorait parader dans des tenues extravagantes. Pouvait-on espérer un changement pratique ?
Pour sa part, Louis réclama des ustensiles de cuisine et quelques provisions afin de restaurer leurs ressources massacrées.
Tout se serait bien déroulé si les primitifs ne s’étaient pas opposés au départ de Philippe. Le prix exigé était exorbitant : une de leurs femmes !
Bien entendu, tous se révoltèrent et la situation aurait pu dégénérer sans l’arrivée opportune des chats. Le groupe ne demanda pas son reste et s’enfuit à toutes jambes vers l’ancien campement.


Philippe, ramasse tout ce que tu peux, dit son frère en lui fourrant un sac en main.


On marcha longtemps. Louis fit ce qu’il put pour soulager Hélène autant que Philippe durant cette fuite. Tâche guère aisée, mais il voulait que ces deux-là s’entendent bien.

À la halte, chacun souffla d’aise mais ne se reposa pas de suite. La routine habituelle se déroula.


Cela va peut-être t’étonner, mon frère mais je suis le cuistot attitré du groupe. J’ai toujours eu un appétit d’enfer et c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour manger correctement ici. Tu m’aides ?

Si Philippe fut surpris, il n’en entra pas moins dans le jeu. Impossible de ne pas évoquer les fastes d’antan tout en cuisant la tambouille.

Tu sais, je réalise seulement maintenant à quel point je pouvais être un tyran. Tu te souviens de la fronde ? Ben ici c’est pire ! Nous devons vraiment y mettre du nôtre si l’on veut subsister. Dire que mon bon Vatel s’est suicidé par crainte de me décevoir… Je rêve parfois de sa crème chantilly… Enfin… il nous reste du mammouth ! C’est mieux que les sempiternels poissons, je t’assure !

Le repas fut sobre, tous étaient fatigués. Dès qu’il fut assuré que Philippe dormait convenablement installé, Louis se glissa près d’Hélène. Dormait-elle ou feignait-elle ? Quoiqu’il en soit, il l’entoura de ses bras et murmura :

Ma douce ! Pardonne-moi d’être un peu moins attentif à ton égard. Je dois m’occuper de Philippe, le temps qu’il s’habitue à la situation. Je veillerai sur toi, toujours, dors mon amour.

Très en forme au matin, l’ex-monarque remballa leurs affaires. La marche reprit, à travers bois, cette fois.

Ce serait plus facile à cheval, hein Philippe ? Tu te souviens de nos chasses ?

Puis son attention fut attirée par des fleurs magnifiques qui poussaient en hauteur.

Hélène, quelle belle parure cela te ferait ! Elle te plait, la bleue ?

Oui, cette fleur est très belle mais hors de portée, doux ami !

Je ne vais pas grimper, je vais la faire venir à toi.

Devenu expert au lancer de pierre, Louis sortit sa fronde, la chargea, visa et abattit la branche. Un vrombissement infernal suivit la chute de la branche. Jamais Louis ne se serait douté qu’un nid de guêpes s’y logeait !
Impossible de rester sur place à moins de vouloir crever piqué de dards. Tous coururent comme des dératés. Heureusement, le sol devint fangeux sous les pieds royaux et un plouf plus tard, Louis laissait passer l’essaim furieux au-dessus de ses boucles brunes
.

*Evidemment, ce sera encore de ma faute !*


Se regrouper ne demanda qu’à écouter. Louis s’empressa auprès d’Hélène que Philippe avait expédié dans une marre. Tous étaient assez crottés, mais saufs. L’ennui est qu’Elisabeth manquait à l’appel général. Oh, là, là ! Achille n’était pas content et, bien sûr s’attaqua à lui :

Tu es une plaie, Louis…je vais confisquer ta fronde…et qui sait peut être te tordre le cou d’une fois pour toutes…Te mêle pas Philippe…

J’ai pas vu le nid ! Je ne suis pas idiot à ce point !


Hélène, douce amie, prit sa défense aussi. Calmé, le héros organisa une battue des lieux et, bientôt, tous se trouvèrent au bord d’un trou dans lequel, selon les indices relevés, Sissi serait tombée.
Pour un peu, Achille aurait sauté à pieds joints dans l’espoir de retrouver sa belle. Louis compatissait car il aurait fait de même s’il s’était agi d’Hélène. Une corde fut déroulée, le Grec descendit, suivi de l’Anglais.
En attendant les résultats, les quatre autres patientèrent dans un silence pesant que Louis rompit :


Ils doivent être en bas maintenant. Ne rien entendre est bon signe. Ne t’en fais pas, ma belle. Je suis certain que Sissi va bien.

En effet, s’ils avaient trouvé un cadavre, on aurait sûrement entendu les vociférations d’Achille et là, Louis aurait tremblé.
Peu après, les deux explorateurs revirent, bredouilles.
Prudent, Louis se tempéra. Chichille était suffisamment affecté sans besoin d’en rajouter une couche.
Le manège du chat protecteur fut éloquent. On décida de suivre le conseil premier d’Hélène et de suivre.
Un mur étrange se découpa bientôt dans la végétation, les voilà fins !


C’est l’entrée ! déclara le Grec.

L’entrée ? Mais enfin, il n’y a pas la moindre ouverture ! On pourrait fabriquer un bélier, si tu veux ?

Il n’osa pas se risquer à évoquer un certain cheval laissé derrière d’autres murailles d’autres temps. Par quel hasard, sa douce Hélène partagea-t-elle l’avis du guerrier antique ? Le fait est qu’elle voulut aussi foncer dans le mur.

N’y va pas ! Tu vas t’écorcher !

Contre toute attente, le couple disparut comme avalé par le mur. Stupéfaction générale ! Presque paniqué, il cria :

Hélène ! Hélène ! Achille ! Où êtes-vous ?

Tendant l’oreille, il perçut aussi nettement que les autres :

Pas de danger, venez!!!

Il ne fallut pas le répéter deux fois, tous foncèrent en avant. Quel lieu étrange ! De sa vie, Louis n’avait contemplé pareille perfection murale. Mais il se moquait de l’environnement et enlaça la belle de Troie :

Ça va ? Comment se fait-il que… ?

Soudain, un ronronnement étrange se déclencha. Il n’émanait pas des chats. L’intensité devint telle que tous durent se plaquer les mains sur les oreilles.

IL FAUT SORTIR ! hurla Louis.

Le sentiment d’avoir été piégé dominait tout raisonnement. Pourtant les chats, eux, demeuraient placides. Libérant ses oreilles, Louis tenta d’entraîner Hélène en arrière mais la douleur au crâne était trop intense, il la lâcha. Nouvelle illusion ? Des flashes lumineux l’éblouirent. Il vit Hélène tituber. Amelia ne valait guère mieux. Malgré ses efforts, Louis ne put s’empêcher de plier un genou puis l’autre.

*Sortir, il faut sortir !*

Sa vision devenait floue, un mal de tête effroyable le tenaillait. Il eut encore la force de saisir la main d’Hélène avant que le noir total s’abatte sur lui.

Rêves u réalité ? Louis ne parvint pas à déterminer ce qui se passait autour de lui. Des lumières, des voix étouffées, le brouillard. Des mots franchirent la purée de pois de son cerveau :


Anesthésie… curiosité… voyage… séparation… jouet…

Il eut l’impression d’être déplacé, manipulé, piqué. Impossible de bouger, de réagir.
Dans une ultime vision, il se retrouva au bord d’un gouffre sans fond. L’y jeta-t-on ?
Quoiqu’il en soit, ce fut une langue râpeuse accompagnée de chants d’oiseaux qui le réveilla.


Hermès, tu es là ? murmura-t-il pâteux. Hélène ? Philippe ?

Dans un sursaut, il se redressa sur son séant et regarda autour de lui, affolé. Aucun de ses compagnons n’était visible dans cette clairière en rase campagne. Sans la présence du chat et les vêtements sur son dos, il se serait cru revenu aux 1ères heures de la résurrection. Non loin, paisible, le large fleuve coulait.

Courage, Louis ! Ils ne sont sûrement pas loin.


Pas de sac, plus d’armes. Résigné à son triste sort, il caressa l’hybride :

Trouve-les ! Conduis-moi !

Docile, l’animal avança, Louis le suivit non sans pousser des cris de loin en loin.
L’eau du fleuve était potable, il s’y désaltéra au cours de petites haltes.

*Va falloir trouver une pierre magique… ou encore démontrer son savoir faire !*

En tout cas, cette berge était déserte. Peut-être que la vue de l’hybride chassait les indésirables ?
Il ne s’en plaindrait pas.
Combien d’heures marcha-t-il sans croiser âme qui vive ? Il ne se posa pas la question jusqu’au moment où il le vit. Armée d’un harpon fabriqué maison, déployant ses talents à moitié immergée dans l’eau, une pareille carrure ne pouvait appartenir qu’à :


ACHILLE !

Transcendé, Louis courut vers le Grec qui, ameuté par le tapage, suspendit sa pêche. Il laissa le roi s’approcher puis leva le harpon dans sa direction, menaçant. Figé sur place, Louis hésita :

Eh, Chichille, c’est moi, Louis ! Tu te souviens de moi, quand même ?


Aux paroles peu amènes qui suivirent, Louis crut son ami devenu complètement fou…

Allez, fais pas ta forte tête ! Je me doute que tu me tiens pour responsable, mais c’est toi et Hélène qui avez voulu traverser le mur ! … Quel mur ? M’enfin, ne me dis pas que tu as tout oublié ?
On cherchait Elisabeth ! Ta petite Sissi, tu t’en souviens quand même ?


Ah… Le héros hésitait, à présent. Louis poursuivit son avantage :

Les guêpes, le trou et puis le mur… Où sont Hélène, Philippe et les autres ?... ça ? Euh, c’est Hermès, notre hybride à Hélène et moi. Où est le tien, Bagheera ? … mais non, je ne me fous pas de toi, Achille ! Après le mur, il y a eu, je ne sais pas quoi. Toi qui crois aux dieux, je pense qu’ils ont joué avec nous. Baisse ton javelot, s’il te plaît. Hermès devient nerveux.

L’arme s’abaissa, le héros se massa le front et consentit à remonter au sec.

Assieds-toi. Je vois que tu as déjà deux poissons. Je vais les préparer. As-tu de quoi faire du feu ? Moi, j’ai plus que mes nippes…

Devant des branches enflammées, Louis et Achille regardèrent la grillade improvisée s’accomplir.
Achille réclama des détails, Louis les lui fournit, volubile, comme toujours.

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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Dim 10 Juil - 21:08

Des guêpes !!! Elle en avait horreur et comme tous et chacun, prit les jambes à son cou et détala à vitesse grand V se mettre à l’abri des aiguillons vengeurs. Une mare boueuse fut son salut. Amélia y plongea sans arrière pensée. Les guêpes furieuses passèrent leur chemin, lui laissant le loisir de s’ébrouer de la fange. Le résultat était navrant mais rien de trop grave qui ne put s’arranger avec un petit bain dans la rivière. La voix tonnante d’Achille appelait au rassemblement. En rejoignant les autres, Amelia pressentit les ennuis en écoutant le grec enguirlander Louis.

*Ça pouvait pas rater…faut dire que Loulou en a, des idées parfois !*

Tous étaient là. Tous ? Non. Sissi manquait à l’appel. Achille était hors de lui.

*Mince, normalement il est hargneux…là, il devient dangereux…où diables est passée Sissi !?*

Elle s’éclaircit la gorge et s’essuya le visage en disant, le plus désinvolte possible.

Bon, rester là à s’engueuler n’aidant à rien…si on cherchait plutôt…

Achille était déjà parti en hurlant le nom de son impératrice comme un dingue. On échangea des regards marris et on se lança à la recherche. Battant les fourrés, criant son nom…Ça ne donna rien. C’était comme si la terre avait avalé la douce Sissi…en fait, c’était exactement ce qui avait dû se passer, conclut Amelia en trouvant un bout de sa tunique, accroché à un buisson épineux, qui dissimulait…le trou.

Boyau rond, large comme bouche de cheminée, à ras de terre. Si l’impératrice avait couru dans cette direction, sans regarder et même en le faisant, elle était tombée là…et ce conduit mystérieux l’avait avalée, sans plus. Amelia se pencha. Profond et sombre, le boyau ne renvoya que l’écho de sa voix…Un nœud en travers la gorge, elle appela les autres. Face aux évidences, Achille faisait de la peine à voir. Il aurait plongé, sans plus si Richard, le bon sens même, ne l’avait retenu. Mais il tint à descendre, cela allait de soi. Le cœur étreint d’angoisse, l’américaine comprit que son Dick adoré ne laisserait pas seul son ami dans cette impasse amère.

Je t’en supplie…pas de risques…

Elle ne pouvait presque pas parler, une envie folle de pleurer à mort, tenaillait sa gorge, lui serrait le cœur en voyant les deux hommes s’engager dans ce piège inconnu. Les minutes passaient. Louis, comme toujours, jouait les optimistes, réconfortant Hélène qui pleurait doucement, en songeant, sans doute au pire. Comme tous.

Ils doivent être en bas maintenant. Ne rien entendre est bon signe. Ne t’en fais pas, ma belle. Je suis certain que Sissi va bien.

*Si elle allait bien, elle aurait répondu à mes appels…à ceux d’Achille…Mon Dieu…Mon Dieu...quelle affreuse tragédie !*

Imaginant le plus terrible scénario, Amelia commença à prier. Aucun signal ne leur parvint, c’était comme si cet orifice des enfers étouffait tout son et puis, après ce qui sembla une éternité, ils furent de retour. La mine décomposée du héros de Troie en disait assez comme pour que personne n’ose poser de questions.

*Seigneur, elle est morte…*

Sombre et défait, tel spectre endolori, Achille s’éloigna de quelques pas. Se rapprochant de Richard, elle, tout comme Louis et Hélène, demanda des explications. Celles-ci furent succinctes. Ils n’avaient rien trouvé. Rien. Absolument rien à part un étrange couloir désert. D’Elisabeth, Impératrice d’Autriche et Reine de Hongrie, pas la moindre trace.

Mais voyons…elle n’a pu que tomber par là…c’est…impossible que…Qu’Achille a invoqué ses Dieux ?...Pas étonnant, le pauvre est …si affecté…Je commence à me demander s’il n’a quelque raison…Dick…tout ceci est si étrange… Personne ne disparaît de al sorte à moins qu’on l’y aide…et Sissi n’avait aucune raison pour le faire de bon gré…

*Amoureuse comme elle est d’Achille pourquoi diables irait elle se perdre volontiers ? …Si elle n’était pas là c’est bien parce qu’un tiers…ou plusieurs, ont à voir dans cette histoire biscornue !*

Tout en égrenant des pensées peu engageantes sur mille et une possibilités, Amelia avait suivi le mouvement, sans lâcher la main forte de Richard. Ils ne faisaient que suivre Achille qui, guidé par Bagheera, avançait à travers le bois, comme s’il savait quelque chose que les autres ignoraient.

Arrêt sur image. On se trouvait face à une massive muraille de pierre, à demi dissimulée dans la végétation exubérante des lieux.


C’est l’entrée !, dit simplement Achille, comme s’il voyait une porte invisible aux yeux des autres.

Entrée ? Je ne vois rien…c’est un mur, Achille…rien d’autre que des pierres…il n’y a aucune entrée, la !

Louis était du même avis et se fit entendre.


L’entrée ? Mais enfin, il n’y a pas la moindre ouverture ! On pourrait fabriquer un bélier, si tu veux !

Mais il n’y eut rien à faire, pas de raisonnement qui tienne et comme cerise au gâteau, Hélène, qui n’approchait son contemporain qu’en cas d’extrême nécessité, allait le rejoindre et déclarait qu’il avait raison.

*Et m***e ! Ce qui nous manquait, des illuminés…À moins que les grecs aient un sixième sens…et…*

Sixième sens ou allez savoir quoi, le fait est que les deux antiques venaient de passer à travers le mur comme fil à travers le beurre. Amelia retint un hoquet et se serra contre son explorateur.

Je déteste les trucs sans explication…c’est de la prestidigitation, ça…

Louis, bien entendu, avait crié au fou en voyant disparaître sa blonde bien aimée disparaître comme si rien, en compagnie de celui qu’elle semblait si bien craindre. Mais déjà, la voix d’Achille leur parvenait clairement d’au-delà la muraille.

Suis pas lâche…mais j’ai la trouille, là !

Louis avait foncé, suivi logiquement par Monsieur. Amelia ne se faisait pas à l’idée mais Richard prit sur lui la décision finale et l’entraîna à sa suite. Ce fut une drôle de sensation, traverser cette muraille qui semblait si compacte, comme s’il ne s’agissait que d’une banale illusion. Elle oublia vite fait ses états d’âme en découvrant l’intérieur, pour le moins étrange qui les accueillait. De sa vie, Amelia n’avait vu un endroit pareil. Des parois d’un lisse uni, sans faille, d’où émanait une tiédeur agréable et une rumeur soyeuse, comme une respiration paisible…

Je…n’aime pas cet endroit !
, se trouva t’elle en train de dire, donnant raison à Louis qui insistait, à tout azimut, de vider les lieux.

De paisible cet espèce de ronronnement passa à lancinant. Tout aussi inexplicable que le reste. Elle en avait mal, comme si ce son insistant allait vriller sa tête.

Dick…allons nous…en…

Elle n’avait même plus la force d’articuler ses mots…ni de faire autre chose que tomber à genoux, parce que ses jambes refusaient de la soutenir. Son cœur battait en chamade déréglée. C’était de la panique, rien d’autre, ce qui la gagnait. En un dernier sursaut de conscience, alors qu’elle se sentait déjà dériver, Amelia s’appuya à Richard, cherchant sa protection, même s’il n’allait pas beaucoup mieux.

Je…t’aime…je t’aime…

Et tout s’engouffra dans un quadrillage de couleurs démentielles pour faire enfin place à une clarté hallucinante, surnaturelle…Flottait elle ? En tout cas, c’était bien la sensation perçue en ouvrant les yeux…Il lui semblait s’être libérée de toute pesanteur, de la gravité terrestre et se trouver enveloppée de rien…d’un rien soyeux, tiède, confortable. Sans pouvoir fixer une pensée cohérente, elle ne pouvait que reconnaître une certaine crainte mais aussi une miséricordieuse indifférence, qui finit par l’emporter. Il lui sembla percevoir des voix, des ombres…peut-être l’esquisse d’un visage mais sentit l’effet lénitif d’un sourire qu’elle pressentit sans le voir. Dérive sans fin. Puis, sans préavis…elle les vit. Sa mère qui riait, Pidges qui l’appelait…George mitigé serrant sa main…Fred…et la noirceur infinie de la mer …

« KHAQQ à Itasca. Nous devrions être au-dessus de vous, mais nous ne vous voyons pas... Le carburant commence à baisser…“

Détachée, sans angoisse, Reconnaissant le fait final. Elle n’avait pas trouvé l’Itasca…la mer l’avait engloutie…Elle n’avait plus peur…elle n’avait plus rien. Elle était morte.

Nouveau réveil. Toujours la lumière, ces sons ouatés…mais cette fois, le chagrin était là. Poignant. La douleur du manque, celle, tenace, de l’absence incomprise. Quelque chose lui faisait défaut. Une partie de soi même…Quelqu’un…mais elle ne pouvait pas voir de visage, ni mettre de nom à cette ombre floue…et ça faisait mal…si mal…

Après ce qui lui avait semblé un voyage dans un espace incertain, sans repère, noyé dans un silence éthéré, ouvrir les yeux et trouver le ciel bleu, la surprit au point de ne pas savoir que faire. Elle resta là, étendue sur le dos, à essayer de trouver une explication assez raisonnable. Il n’y en avait aucune.

*Je suis morte…je sais que je le suis…pourtant…*

Une vilaine sensation de déjà vécu s’insinua dans son esprit. Ces doutes, ces questions ne lui étaient pas inconnues. Se redressant lentement, Amelia fit un rapide bilan des alentours. Un pré fleuri bordé d’une rivière, l’orée d’un bois et à part le gazouillis de quelques oiseaux qu’elle ne voyait pas, le silence de la nature se dressait, implacable. Sans savoir pourquoi, elle eut peur, une envie folle de fuir la prit mais sans savoir où se trouver, difficile savoir où fuir…ou de quoi !

*Je ne comprends rien…mais que…mais où…*

Un mais aligné derrière l’autre cela faisait trop de mais pour avoir un semblant de réponse. Elle se leva et ce ne fut à cet instant qu’elle réalisa être en robe. Une robe toute simple, en cotonnade, comme celles qu’elle portait en été… imprimée d’un motif à petites fleurs. Pourtant la jeune femme aurait juré ne pas avoir porté rien de semblable depuis…très, très longtemps et en plus, ses pieds étaient nus…

*Nu pieds, en pleine nature, sans savoir où…t’es fine, Amelia !…Râle pas, ma fille, au moins t’as ce chiffon sur le dos !* !*

Et puis, ses yeux tombèrent sur une vision assez inédite, surtout qu’elle aurait juré n’avoir rien remarqué un instant auparavant. La petite cabane se dressait au bord de la rivière. Une construction en bois, toute simple, avec une porte, des fenêtres et un mince ruban de fumée filant de la cheminée de laiton. Ni jolie, ni moche, peut être un peu incongrue…mais elle était là, et quelque chose lui disait que cet endroit était à elle. En tout cas, il n’y avait pas âme qui vive aux alentours. Une table assez bancale, deux chaises idem. Un lit, pour ne pas dire une litière, une couverture, pas de draps, une cuisinière archaïque, alimentée au bois. Une casserole cabossée y trônait. Curieuse, elle souleva le couvercle sans parvenir à identifier ce qui y cuisait, cela ressemblait à une espèce de ragoût.

*C’est pas moi qui ai fait ça…suis nulle…pourtant…*

Des habits de rechange se trouvaient là, empilés sur le rebord de la fenêtre et ne pouvaient que lui appartenir…une autre petite robe comme celle portée, des sous vêtements pratiques et sans charme, du coton…le tout propre et bien plié.

*Mon Dieu…c’est quoi, tout ça !?...Je ne me souviens de …rien !...Voyons, tu es Amelia Earhart…tu volais avec un Electra sur le Pacifique, tu as raté l’Itasca…et maintenant…*

Personne ne vint lui disputer le ragoût, ni le gîte…Ce soir, elle dormit, fatiguée, sans savoir de quoi…et ses rêves furent étranges.

« Meeley…Meeley…je t’aime ! »

Elle se réveilla en nage, le cœur battant la chamade à en faire mal, pleurant à chaudes larmes, le cœur brisé d’un chagrin sans nom. Cette voix, entendue en songes, elle lui manquait…elle en avait besoin…et ce n’était pas celle de George, de ça, Amelia en était trop sûre…

*Tu deviens folle…tu es folle…c’est ça…folle…folle comme une chèvre… !*

Assise dans ce qui tenait lieu de porche, Amelia contemplait le coucher du soleil. La nature semblait baignée de poudre d’or et la paix était parfaite…C’est alors qu’elle vit l’animal, courant sur la berge. Puissant, élégant…magnifique félin comme elle n’en avait jamais vu avant. À grandes foulées énergiques, un homme suivait…

Arrêt sur image. La douleur la pinça sans préavis, cruellement. L’animal, un exotique mélange, déduisit elle, de tigre et lion, arrivait en sa direction. L’atavisme de son instinct, la fit bondir chercher refuge mais la bête fut plus rapide et arriva près d’elle avant d’avoir pu entrer dans la cabane.

VA T’EN !!! VA T’EN !!!!

Mais le magnifique félin ne donna aucun signal de s’émouvoir, au contraire, il s’assit tranquillement et la dévisagea…elle était sûre qu’il le faisait !

VA T’EN !!!, répéta t’elle, en reculant prudemment vers la porte ouverte.

L’animal feula. Ce n’était pas une menace, elle le savait mais malgré tout la crainte avait le dessus. L’homme s’était arrêté un peu plus loin et contemplait la scène, sans pour autant bouger son petit doigt. Amelia sentit une bouffée de colère l’envahir. Quelque chose en cet homme si tranquille, dont le regard grave l’atteignait comme un reproche, la faisait se sentir malheureuse et furieuse à la fois.

C’est votre bestiole !?...Dites lui de déguerpir…et…et allez vous en aussi…c’est…c’est chez moi ici….veux pas de rôdeurs !

Elle avait crié et il ne départait pas de son calme. Se penchant, vive comme un serpent, Amelia ramassa une bûche posée près de l’entrée et la brandit, menaçante.

ALLEZ VOUS EN !!!!

Un sourire en coin, grave, presque triste. Il siffla doucement et l’animal le rejoignit. Ils s’éloignèrent dans les premières ombres de la nuit qui tombait rapidement.

"Meeley...Meeley…"

Elle essuya rageusement les larmes qui, sans raison, baignaient soudain ses joues. La solitude intense de cette nuit silencieuse lui tomba dessus comme chape de plomb…

"Meeley…Meeley…"
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Richard Francis Burton

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Sam 16 Juil - 15:29

La chute suivant la débandade folle après que le feu du ciel se soit déclenché près de la pierre sacrée avait rendu la vue à Richard. Moment ineffable que celui où il put à nouveau contempler le doux visage de son Amelia.
Homme secret, voire taciturne, Burton s’épanchait rarement. Les mots d’amour n’étaient pas son fort mais pour Miss Earhart, il se sentait prêt à changer.


Je te revois enfin, toi, mon rayon de soleil…

L’heure n’était pas aux doux aveux : il fallait courir, s’abriter.
Puisqu’Achille menait fort bien ses troupes, Richard lui céda volontiers le commandement.
On galopa comme des forcenés jusqu’à une sorte de crique où le campement s’établit.
Chacun y reprit ses tâches ordinaires. Avec Amelia, Burton fit l’inventaire de leurs ressources et leur donna un semblant d’ordre en les répartissant dans les sacs.

Après une nuit sans rebondissement, pour une fois, les explorateurs reprirent leur route. Où aller sinon descendre le fleuve ? Pourtant ce dernier traversait une étendue impraticable pour les marcheurs. On coupa à travers bois. Mal leur en prit puisque Louis s’amusa avec sa fronde et décrocha une fameuse timbale : un nid de guêpes.
En cas pareil, personne ne pense plus à personne. Tous détalèrent à la va comme on peut. Le petit cours d’eau longé offrait le salut espéré.
La menace des dards écartée, les voyageurs se regroupèrent mais il fallut déplorer l’absence de l’impératrice. Achille semblait fou d’inquiétude.


*Normal ! Si c’était Meeley qui avait disparu…*

Sa futée d’aviatrice trouva le trou dans lequel avait dû sombrer Sissi. Retenir Achille dans ces conditions réclama de la patience.

Je t’accompagne, imposa Richard à l’homme torturé.

Le puits descendu, les amis en fouillèrent le fond. Au moins point de cadavre sur le sol ! Hélas, aucune trace de passage non plus mais une surprise de taille quand même : le lieu diffusait une sorte de lueur émanant de…

*Où diables sommes-nous ? *

Il n’y avait pas de champignons phosphorescents, les parois brillaient d’elles-mêmes.
Le Grec parut aussi décontenancé que lui, surtout lorsqu’il tomba sur une paroi au polis admirable.
Là, le héros disjoncta pour de bon en s’abîmant les poings contre cette barrière infranchissable :


Vous me l’avez prise…RENDEZ LA MOI !!!!

Compatissante, puis ferme, la main de Richard se posa sur l’épaule de son ami :

Il n’y a rien que nous puissions faire ici, Achille. N’oublie pas que nous n’avons trouvé aucune trace de sang, c’est très rassurant. Remontons, je t’en conjure. Nous essayerons une autre voie.

La diplomatie de Burton finit par porter ses fruits.
En haut, ils étaient attendus avec impatience. Tandis que, très affecté par cet échec, Achille s’isolait, Richard relata :


Elle n’est pas là. Rien n’indique qu’Elisabeth soit passée dans le trou. Il n’y a qu’un couloir vide aboutissant à… rien.

Il tut l’aspect et la luminosité étrange du mur, jugeant inutile d’intriguer les autres.
Amelia émit des idées pertinentes quant au fait que, très probablement, Sissi n’aurait pas disparu de son chef.


Tout est bizarre dans ce coin. Pourquoi les gens ne s’évaporeraient-ils pas ? *Les cadavres le font, eux !*

Sur ce détail troublant, constaté lors d’affrontements antérieurs, Burton scella les lèvres en espérant qu’Achille n’y penserait pas.
Hélène avait émis l’idée que leurs chats protecteurs sauraient peut-être retrouver l’impératrice. D’ailleurs, celui « attribué » à Sissi et Achille semblait guider ce dernier qui s’arrêta pile devant un haut mur. Chacun y alla de son commentaire quand les deux antiques affirmèrent qu’il s’agissait d’une entrée.


*Entrée de quoi ? L’enfer ?*


À la stupéfaction générale, les deux anciens ennemis disparurent de l’autre côté. La panique sembla gagner Amelia que Burton rassura comme il put :

J’ai vu des choses étranges au cours de mes voyages… Des hommes s’enfumaient… Mais ils étaient là. Ce mur n’est qu’une illusion, Meeley. Suivons-les.

Tenant fermement sa main, il l’obligea à traverser le leurre à la suite de Louis et de Philippe.

Drôle de piaule !
s’étonna-t-il ouvertement en découvrant le décor inédit.

Je…n’aime pas cet endroit !

Moi non plus, Meeley. On devrait filer…


Le piège se referma sur eux. Insistant, douloureux, un ronron les priva d’équilibre et orientation. Malgré sa volonté de résister en entraînant Amelia en arrière, Richard chut. Les derniers mots qu’il perçut lui firent chaud au cœur avant la noirceur :

Je…t’aime…je t’aime…

On dit souvent qu’à la seconde de la mort, votre vie complète se déroule devant vos yeux. Burton y crut alors que des images en pagailles défilaient dans sa tête avant de se stabiliser.
Du déjà vu ? Il en eu la nette impression.


*Avant la résurrection…*

Là aussi, il avait ressentit cette apesanteur, comme d’être suspendu dans le vide total et cela recommençait. Ses mains pressèrent la bulle au-dessus de lui, une lumière l’éblouit. Nette, incisive, une voix clama :


Manakel ! Celui-là nous cause un souci !


Un poil rageuse une autre voix répondit :

Encore lui ? Triplez la dose.

Tripler, mais…


Exécution !


La foudre s’abattit sur Richard qui repartit dans les vapes.

*Quelle gueule de bois !*

Il ne se souvenait pas avoir tant picolé la veille. Avec la désagréable impression que des mineurs piochaient son crâne, Burton souleva son buste. La tête entre les mains, la nausée au bord des lèvres, il tenta d’aligner deux pensées cohérentes à la suite. Où diable était-il, que faisait-il là posé dans l’herbe ? Un œil vaseux étudia les alentours sans évoquer le moindre souvenir.

*Des bois ? Je devais être… dans mon bureau.*

Longtemps il demeura assis, complètement perdu, chaque essai de recoller les morceaux de mémoire déclenchant de douloureux élancements crâniens.
Quand un semblant de calme régna dans son organisme, Burton ramassa ses jambes sous lui. Il dut s’y reprendre à trois fois avant de soulever sa masse. La vue de son pantalon puis de sa chemise le surprit. Il se gratta la tête et se passa une main sur le visage.


*J’ai les cheveux bien ras. Où sont mes moustaches ?*

Se souvenait-il ou avait-il rêvé porter de belles moustaches, longues et fournies ? S’habillait-il réellement de manches bouffantes et de jabot de dentelles ?

*T’as trop abusé d’o… opium…*


Là, il devait avoir touché un point sensible, son cerveau lui parut éclater et il se retrouva à nouveau à terre vomissant ses tripes. Se souvenir ne lui valait décidément rien. Autant laisser la recherche de son moi de côté.
Les minutes s’écoulèrent. Ne pensant à rien, Richard récupéra. Il put se redresser et faire quelques pas chaloupés avant de se sentir mieux. L’instinct prévalait, la soif le tenaillait.
Autour de lui, à part cette clairière cernée d’arbres, aucun signe de vie n’était perceptible.
Péniblement, il avança entre les arbres, ouvrant les oreilles au moindre son mais à part les chants d’oiseaux invisibles, il ne capta rien jusqu’à ce que…
Quelque chose, le plus probablement un animal, galopait vers lui. Ses tripes se nouèrent. Affolé, il se mit à courir sans savoir où ni comment échapper à son poursuivant.
Ses pas étaient si mal assurés qu’il buta sur une racine à fleur de sol et s’étala. Au même moment, des griffes lui tombèrent dessus. C’en était fait de lui ! Réflexe de survie ? Il tenta de lutter, ses doigts s’enfonçant dans une fourrure épaisse.


*À quoi bon ?*


Prêt à se faire croquer vif, Burton renonça.

Vas-y ! Mange-moi !


Au lieu des crocs attendus, ce fut une langue râpeuse accompagnée d’un puissant ronron qui le frappa. Ouvrant les yeux, Richard découvrit sur lui la plus incroyable des bestioles imaginées.

T’es quoi, toi ? Qu’est-ce que tu me veux. Pourquoi tu me lèches comme ça ?

On aurait cru que l’hybride tigre-lion savait parfaitement ce qu’il faisait, comme s’il retrouvait un ami perdu. D’abord hésitant puis plus aguerri, Burton lui flatta les flancs :

Bon, d’accord. Tu veux faire ami-ami ? Peut-être sais-tu où il y a de l’eau potable dans ce coin ?

Se traitant de fou pour suivre ce curieux animal, Burton se releva et lui emboîta le train. Un peu plus tard, un beau ruisseau chanta devant lui, il s’y précipita. Boire, boire, rien ne comptait d’autre. Il étancha sa soif à longs traits répétés.
Lorsqu’il releva enfin la tête du flot, Richard soupira :


Merci à toi, félin dont j’ignore le nom. Si tu as encore d’aussi bonnes idées, je te suivrai.

La grosse tête tigrée voulait des gratouilles… Richard s’y soumit y éprouvant un plaisir partagé.

Je sais pas qui tu es, mais tu m’as à la bonne, alors moi aussi. On devrait peut-être bouffer, non ?

Au quart de tour, la bestiole s’écarta en bonds joyeux.
Un fumet délicieux s’échappait d’une cheminée. Étonné, sans trop l’être, Richard s’avança. Le spectacle offert valait le détour : une habitation. Incrédule, il observa la propriétaire des lieux avec qui l’hybride folâtrait... ou du moins essayait.


*Beau brin de fille !*


En robe à fleurs, pieds nus, cette personne aurait été agréable à l’œil si la panique ne l’avait tant investie. Il est vrai que l’hybride y allait avec entrain.

C’est votre bestiole !?...Dites lui de déguerpir…et…et allez vous en aussi…c’est…c’est chez moi ici….veux pas de rôdeurs !


La douleur le frappa mieux que la bûche avec laquelle elle se défendait avec vigueur :

ALLEZ VOUS EN !!!!


Pourquoi un tel sentiment de vide, de perte, l’investit-il ? Sous peine de repartir dans les vapes, Richard siffla doucement. L’hybride répondit au quart de tour et se colla à ses jambes.


Désolé, Miss…


En titubant, il s’éloigna.
Mais pourquoi tant de regrets, voire de désespoir ? Il ne s’agissait que d’une banale bonne femme en robe, somme toute !
N’empêche que son estomac crevait toujours la dalle.
Le « matou » y pourvut rapidement en lui ramenant dan sa gueule une sorte de bécasse qu’aussitôt Burton pluma. La chair crue ne le tentait cependant pas.


*Du feu… j’ai besoin de feu !*


Dans ses poches, il eut beau fouiller, ne se trouvait qu’un petit couteau.

*C’est pas ça qui va m’aider. Allons… tu sais comment pratiquer !*


Au fond de lui, il s’en sentait capable mais pour d’obscures raisons, il ne s’en souvenait pas. Bon an mal an, Il vida l’oiseau et jeta les entrailles au félin qui se régala. Lui, la mine dégoûtée, contemplait la chair sanguinolente sans parvenir à y mordre. Après bien des hauts le cœur, Richard arracha quelques lambeaux du volatile et les avala péniblement. Si les restes complétèrent le repas du fauve, Burton demeura sur sa faim.

Il erra un long moment, laissant l’hybride leur trouver un abri pour la nuit tombée d’un coup. Avancer sans lumière aurait été idiot. Heureusement les sens de son compagnon étaient infaillibles. Aussi Richard ne fut-il qu’à moitié surpris de se retrouver face à la chaumière de la fille de tantôt.


Reste-là, souffla-t-il au chat. Elle ne me fera rien.


Voilà plus un souhait qu’une affirmation. Il ne connaissait pas cette femme et leur précédente rencontre ne s’était pas ce que l’on pourrait appeler bien passée. Qui sait si elle n’allait pas l’embrocher d’entrée de jeu ? Prenant son courage à deux mains, il s’avança et frappa à la porte.
Il perçut un mouvement à l’intérieur, attendit puis entendit à travers l’huis clos les mêmes invectives qu’auparavant. N’ayant aucune intention de mourir de faim et de froid, Richard insista :


… Non, je ne partirai pas. Je ne désire rien d’autre que le gîte et le couvert… Je… J’aimerais me présenter mais, je… Je ne sais pas qui je suis ni d’où je viens, je vous jure que c’est la vérité… ma bestiole ? Elle est là et n’entrera pas si vous ne le voulez pas.

Le moins que l’on puisse dire est que la Miss ne se laissait pas convaincre facilement. Vive et emportée, elle ne mâchait pas ses mots. S’il n’avait pas eu aussi faim, Burton se serait énervé et l’aurait envoyée au diable.


… vous n’avez pas confiance ? J’admets qu’il est difficile à une femme seule d’accueillir n’importe qui chez elle… Ah ? Un mari. (il rigola malgré lui) Je comprends d’autant mieux que vous ne désiriez pas d’intrus chez vous. Mais je ne partirai de toute façon pas. Je pourrais défoncer votre porte et jeter mon chat sur vous ou alors… vous me laissez entrer gentiment et je vous autorise même à m’attacher toute la nuit. Qu’en dites-vous ?


Elle ne dit rien. Le loquet parla pour elle.
Pas idiote, la femme s’était reculée au bout de la pièce. Un couteau de cuisine en main, elle surveilla ses gestes dès son entrée. Richard grimaça un sourire :


Je crois avoir connu des accueils plus… accueillants. J’ôterais bien mon chapeau pour vous saluer si j’en possédais un. Je n’ai que ceci en fortune…

Lentement, il sortit son couteau et le posa sur la table. Retournant ses poches, il dévoila son dénuement total.

Je ne comprends pas ce qui arrive. Je me suis réveillé dans l’herbe, le chat m’a sauté dessus et… me voici. Dites donc, ça sent rudement bon chez vous ! Je peux ?

Puisqu’elle hochait la tête positivement, Burton referma la porte puis se dirigea vers la casserole posée sur une cuisinière en fonte. Une louche de ragout se déversa dans une écuelle en bois. Cuillère en main, salive en bouche, l’étranger s’assit et mangea avidement.

MMmm, c’est délicieux ! Votre « mari » a bien de la chance de posséder un tel cordon bleu ! Je crois que même Louis est battu, là ! … J’ai dit Louis ? Je…

Perdu, il papillonna des paupières cherchant un souvenir. La migraine le reprit aussitôt, infernale. Secouant la tête plusieurs fois, il haleta un peu avant de lâcher :

Excusez-moi… On dirait que ça éclate dans ma tête chaque fois que je veux me rappeler des trucs anciens. On oublie ce que j’ai dit, hein ? C’est trop bon pour être gâché.

Sans plus penser à autre chose qu’à son plat, Burton dévora. Son hôtesse demeura à distance tout du long. Après s’être servi un gobelet d’eau à la cruche sur la table, Richard rota bruyamment. L’air choqué de la donzelle l’amusa :

Pas d’offense, Miss. Pour certains peuples, ce serait plutôt considéré comme un hommage à vos talents culinaires. Au fait, vous êtes Mrs… quoi ?... Earhart ? Connais pas. Et votre mari, il est où ? … En déplacement ? Il a dû aller loin pour emporter toutes ses affaires avec lui !

L’observation de la pièce donnait certaines idées à Burton. Si un homme y avait vécu, aucune trace ne le démontrait. Ou il avait perdu tous ses réflexes, ou cette femme mentait. Il ne s’en formalisa pas. Souriant, il demanda :

Votre petit nom, c’est quoi ? A… Amelia ?


À nouveau tout tournoya. Il dut se raccrocher au bord de la table pour ne pas tomber.


…ça va ! Ne tirez pas cette tête. Passez-moi plutôt cette corde… ben, je vais m’attacher pour dormir, vous vous rappelez le marché ?

Intriguée, inquiète, déçue ? Mrs Earhart lui expédia néanmoins l’objet demandé. Posément, un peu narquois, Richard fit deux nœuds coulants qu’il se passa ensuite aux chevilles, en serrant. Un autre nœud ficela son poignet droit. Assez ironique, il apostropha la dame :

Occupez-vous de l’autre, suis pas contorsionniste. Faudra aussi me dire où sautiller pour m’allonger…

Il lui tendit le bout de corde lâche qu’elle saisit nerveusement. On aurait dit que l’idée de l’approcher la paniquait. Le tenant comme en laisse, elle le força à se lever puis se dandiner jusqu’à un coin près de la cheminée où il dut se coucher.
Quand enfin elle se pencha pour lui lier la main libre, son parfum chavira Burton jusqu’aux tripes. Il haleta à nouveau, voulut dire un mot, un nom, qui lui resta en travers le gosier.


Meel…


La douleur l’abrutit ; il sombra dans les vapes.

Des bruits de vaisselle remuée le firent émerger. Les paupières lourdes se relevèrent. Une fois précisée, sa vision s’attarda sur une Amelia affairée près du fourneau. Ce tableau le toucha d’autant plus qu’il réalisa être allongé sur une paillasse couverte de draps.


Bonjour !
lança-t-il, joyeux.

Elle se tourna vers lui et voulut s’avancer.


NON ! Je… S’il vous plaît, n’avancez pas. Je ne sais pas comment appeler ça mais… vous me faites un drôle d’effet… Vous aussi ? C’est, euh, curieux. En tout cas merci de m’avoir hébergé.

C’est alors qu’il aperçut des pattes marchant vers lui. Bientôt la grosse tête du chat se lova contre sa poitrine tandis qu’un puissant ronron emplissait la pièce.

Vous l’avez laissé entrer ? Vous voyez, c’est un sage gamin !... Sage ? Vous l’appelez sage ? (il rigola) pourquoi pas ! Euh… ça vous ennuierait de me libérer… pas la peine d’approcher, juste me donner le couteau…

Selon elle, la corde était trop précieuse pour être taillée si bêtement.
Pourquoi son cœur repartait-il à cent à l’heure alors qu’elle s’accroupissait près de lui ? Il lui avait dit de ne rien en faire ! Lui, en tout cas, ne put s’empêcher d’agir. Dès que sa dextre fut libérée, il empoigna la nuque d’Amelia et colla ses lèvres aux siennes. Etait-ce ça la mort ? Malgré l’intolérable souffrance de sa tête, Richard sombra, heureux.

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Hélène, la belle de Troie

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Dim 17 Juil - 16:28

Ils étaient remontés. Sans Sissi. Le cœur étreint d’une angoisse affreuse, Hélène chercha la main secourable de Louis qui savait se montrer toujours si adorable et rassurant.

Je veillerai sur toi, toujours, dors mon amour.

Il lui avait dit cela, la veille au soir et elle n’avait aucune raison pour douter de sa parole. Mais en ce moment précis, au bord de ce trou béant et sombre, les considérations étaient tout autres. Achille, le guerrier irréductible offrant l’image d’un homme au comble du désespoir, méritait tout son attention. Jamais elle n’aurait su imaginer qu’un homme comme lui put être proie de sentiments si véhéments. Amoureux, follement amoureux et là, éperdu de chagrin.

*Cette renaissance t’a rendu humain, mon pauvre…ça doit faire mal, dans ton cas, toi, l’arrogant !*

Pensée peu charitable si l’on veut mais résumant si bien la situation. La suite n’en fut pas moins bouleversante. Bagheera, le chat de Sissi voulut qu’on le suive et Achille le fit, sans le penser deux fois. Force fut de leur emboîter le pas pour parvenir face à un mur…Oui. Un mur. Infranchissable, sans porte apparente et pourtant.

C’est l’entrée !
, avait déclaré Achille mu par quelque secrète révélation.

Alors Hélène sut. Il lui suffit d’un bref regard échangé avec le guerrier pour y lire résignation face aux faits. Il savait aussi. Les autres ne pouvaient pas comprendre le décours de leurs pensées mais eux, savaient sciemment quelle était l’unique explication. De leur temps jadis, n’avaient ils pas été, le guerrier et la reine, que des pions dans l’implacable jeu divin ?...Jeu qui se poursuivait s’il fallait en croire aux signaux. La présence de ces animaux étranges les guidant, les protégeant…la spectaculaire façon d’échapper aux primitifs grâce à cette foudre qui à son avis ne pouvait être surgie, ainsi, que du poing du Grand Dieu, son père, Zeus…et ce mur…

Achille a raison !, assura t’elle, calmement, en détachant sa main de celle de Louis et rejoignant le héros.

Les autres, bien entendu, ne voulaient rien y croire. On essaya de leur faire entendre raisons, on proposa des solutions, si humaines mais eux, Hélène et Achille, savaient.

Passons au-delà !
, murmura t’elle, à l’adresse du guerrier.

N’y va pas ! Tu vas t’écorcher !,
avait crié Louis.

Mais déjà, Achille prenait sa main et ensemble ils traversaient le leurre.

Ce sera toujours LEUR jeu, n’est ce pas ?

Son regard accablé suffisait. Il appela les autres et ce fut Louis qui passa le premier suivi de Monsieur son frère.

Ça va ? Comment se fait-il que… ?

Tout va bien, Louis…enfin…bien ? Je ne saurais dire mais…on est là…

Et là était un bien étrange endroit, comme elle n’en avait jamais vu avant ni avait pu imaginer. Mais avant de pouvoir raisonner plus, l’étrange son surgissant d’on ne savait où, croissait, s’enflait, assourdissait, faisait mal.

*NON…non…ne nous emmenez pas…ne nous séparez pas !*


Son esprit hurlait, se rebellant.

IL FAUT SORTIR !

Le cri de Louis surmonta un instant le bruit insidieux qui ne fit que s’intensifier. Sa main saisit la sienne, et après ce fut le noir…Subsista un instant la chaleur merveilleuse de cet amour si noble puis le néant engloutit tout, sans miséricorde !

Ouvre les yeux, Hélène !


Un ordre. Une voix impérative. Elle obéit, mue par l’obéissance qui avait si bien manipulé son existence. Blanc étourdissant. Douce chaleur. Étrange sensation de se trouver sur un nuage impalpable.

Où suis-je ?,finit elle par demander en regardant aux alentours sans découvrir rien d’autre que ce blanc parfait qui blessait presque ses yeux.

Où voudrais tu être ?, la voix, puisque ce n’était que cela avait à présent une intonation moqueuse.

Elle avait été étendue sur ce rien soyeux alors d’un mouvement décidé, la belle de Troie se redressa, se mit debout, tourna sur elle-même et finit par écarter les bras, fataliste.

Qu’importent mes désirs ? Ont-ils jamais compté ? Qui que tu sois, tu le sais. Tu connais mon nom, je n’ai l’heur de connaître le tien.

Un rire amusé s’en suivit. Grave, rauque mais amusé. Quelqu’un jouissait de cette situation. Pas elle.

Tu étais plus timide et douce, ma belle enfant. Côtoyer ces humains aurait influencé ton doux esprit?

Haussement d’épaules. Pour ce qu’elle avait à perdre.


De quoi m’a servi être douce et me plier au bon vouloir des autres ? Je n’ai gagné que malheur et tribulations. J’ai été la cause de bien de misères sans le vouloir et suis morte seule, vieille et triste.

La mort est une affaire très personnelle. Qu’aurais tu voulu ? Du faste ? Des Muses chantant ta beauté ?

La compagnie de ceux qui ‘auraient aimée, aurait suffi…celle des enfants que je n’ai jamais eu…des petits enfants qui auraient dû être là…peut être celle d’un homme qui m’aurait chérie…vraiment chérie…et au lieu de cela…qu’ai-je eu ?

Nouveau rire. Elle sentit quelque chose de semblable à la colère du juste l’envahir mais avant de pouvoir dire quoi que ce soit, la Voix reprenait la parole.

Tu as été la plus belle femme du monde, ta beauté a été vantée par tous les hommes, enviée de toutes les femmes, chantée à travers l’histoire, immuable, inoubliable.

Elle aurait pu taper du pied.


ET QUOI !?!?

Hélène, du respect !

Un ricanement rageur lui échappa.


J’en fais fi, du respect. Qu’ai-je à respecter une voix sans nom ? Et puis, j’en ai assez de ce jeu débile…

Qui te dit que c’est un jeu ?

Et qui assure le contraire ? Voix ? Dieu invisible…Sois ce que tu veux…je veux rejoindre mes amis…je veux retrouver Louis…je veux…

Je veux ! Je veux…en voilà des manières, ma jolie. Une véritable enfant gâtée, voilà ce que tu es…

Enfant gâtée ??? Si je n’étais pas si fâchée j’en rirais…


*Mais qu’est ce qui te prend, à Le défier de la sorte !?...Ras le bol d’être menée à la longe, voilà ce qui me prend !!!*

Curieuses pensées, que les tiennes. Oui, je peux les lire…je lis en toi comme livre ouvert. Je lis en vous tous. Vous êtes des ouvrages très intéressants, je dois dire. Si singulièrement têtus…pour ne pas dire que certains sont des vrais bornés. Des enfants capricieux qui ne veulent que faire à leur tête. Oui, vraiment très intéressant…un pur délice suivre le décours de ces pensées, de voir leur efforts ingénieux pour déjouer les pièges.

Qui es tu ?
, insista Hélène qui commençait à perdre un peu les moyens face à ce Rien si bavard.

Il lui sembla que le blanc uni se dispersait un peu pour faire place à une ombre incertaine. Une ombre qui laissait deviner une présence tangible dont les contours demeuraient flous.

On m’a donné tant de noms, on m’a prêté tant de visages que cela ne revêt aucune importance. Tu ne saurais me reconnaître puisque tu ne m’as jamais connu. Remets toi à savoir que c’est moi qui donne les ordres, c’est tout.

*Que c’est rassurant !*

Je n’ai aucune raison pour te rassurer. Je ne devrais même pas m’adresser à toi mais voilà, je suis curieux, je l’ai toujours été. Les humains m’ont toujours fasciné et découvrir qu’au fond de toi-même tu n’es pas celle qu’on pense, m’enchante…tu as eu du caractère mais n’en as jamais su faire usage parce que tu as toujours été faible et commode, ça a été plus facile laisser que les autres décident pour toi, ce qui, bien sûr, n’a jamais donné le résultat escompté mais qui t’a laissé le loisir, toujours commode, de pouvoir compatir ta destinée et rejeter ta propre indolence sur le compte des autres.

Hélène retint à peine un hoquet outré mais dut reconnaître que L’Inconnu n’avait aucun tort.

*Tu n’as été qu’une triste idiote !*


La plus belles des idiotes…ça fait tout de même bonne mesure bien que depuis, toutes les blondes en pâtissent ! Voyons voir si tu sauras faire mieux pour la suite, mon adorable créature…

Faire…quoi ?
, s’étrangla la belle mais aucune réponse ne lui parvint au lieu de cela, elle se sentit dériver, flotter…se diluer…le blanc sublime l’emporta sur son nuage douillet et Hélène rêva de cieux inconnus, de mers infinies, de solitudes sans nom, avides de chagrin.

L’herbe était douce, le soleil réchauffait gentiment ses membres engourdis et le gros félin, allongé prés d’elle, la rassurait de son imposante présence. Hélène resta un long moment sans bouger, s’imprégnant de nouvelles sensations, sachant se trouver en lieu et temps inconnus. Aucun besoin qu’on le lui dise. De quelque façon qui soit, elle devinait, gardant un vague souvenir d’une étrange rencontre, quelque part, sait on quand, que le bizarre engrenage d’un jeu sans nom était en mouvement. Elle ne savait ni lequel ni comment…peu importait…ou non ? Elle se redressa et le merveilleux animal fit de même, la couvant d’un regard dévoué. Il aurait été normal avoir un peu peur, pourtant elle ne ressentit aucune crainte, au contraire, il la rassurait.

Bien…on dirait qu’on nous a largués quelque part…tu ne sais pas où, n’est ce pas ?

Pour toute réponse la noble bête avança sa grosse tête en émettant un ronronnement puissant et la poussa doucement du museau, l’engageant à se lever. Elle le fit, ce n’est alors que le jeune femme prit conscience de porter une courte tunique, qui ne lui arrivait qu’à mi cuisse, ceinte par un mince ceinturon de cuit tressé et que tout près d’elle reposait un arc, des flèches dans leur carquois et un long couteau. Étrangement, cela lui sembla le plus naturel du monde, elle passa le carquois à son dos, le couteau au ceinturon. Ses menus pieds nus foulèrent l’herbe avec délices et quand son compagnon s’élança à travers le bois elle le suivait à grandes foulées élancées et légères. La brise tiède du matin lui caressa la peau, joua dans ses cheveux…

*Mes cheveux !!!*

Elle venait de passer sa main sur sa tête et découvrait que de sa somptueuse chevelure d’or flottant sur son dos, il ne restait que des boucles courtes qui filaient brièvement entre ses doigts. En s’arrêtant au bord d’un ruisseau clair, elle guetta son reflet dans l’onde…même visage gracieux, couronné de boucles folles. La même et si différente en même temps. Son rire scanda le silence du sous bois et fit s’envoler quelques oiseaux qui piaillèrent entre les branches.

Guidée par son singulier compagnon, elle chassa deux gros faisans qui ne purent échapper à son tir certain.

Un pour moi, l’autre pour toi, mon noble ami…Noble, le nom te va bien…je peux t’appeler ainsi, dis ?

Que le félin se frotte à ses jambes en ronronnant lui sembla une réponse adéquate, elle lui gratta l’oreille puis déposa un baiser sur sa belle tête.

Tu es merveilleux, Noble…je vais garder les plumes, tu sais… Louis…aimerait !

Un nœud atroce lui serra la gorge. Louis ? D’où tenait-elle ce nom ? Qui était Louis ? Elle n’en savait rien mais cela n’empêcha pas que cette évocation lui produisait un chagrin insurmontable…

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »

Vérité absolue qu’elle tenait de…quelqu’un d’autre…Un souvenir trop fugace pour être retenu l’assaillit. Les larmes continuèrent de couler en suivant Noble qui l’entraînait, à pas sûr vers…un abri creusé dans le flanc d’un énorme arbre, habilement dissimulé par la végétation du sous bois. Des braises rougeoyaient dans un petit âtre, quelques ustensiles de cuisine assez frustres, des écuelles en bois, des pichets en rustre céramique, une carafe du même matériel d’où elle se servit de l’eau. Son petit royaume. Succinct et sans fastes comme elle put le découvrir, une paillasse emplie d’herbe d’agréable fragance, tendue de fourrures soyeuses, primitives et sans luxe, mais si douces au toucher. Peu de choses et tant à la fois. L’ineffable assurance d’avoir conquis sa propre liberté la subjugua un instant mais cette liberté allait de la main avec la solitude…

Pourquoi le prix est il toujours si haut !?

Le vent dans les arbres fut le seul à lui répondre. De gestes qu’elle ne se reconnaissait pas, Hélène pluma ses prises, les vida, partagea, fit cuire sa part, mangea puis, essayant de ne plus penser à la douleur tenace qui lui pinçait l’âme, s’allongea dans sa moelleuse et solitaire couche…

« Je veillerai sur toi, toujours, dors mon amour. »


Qui es tu ?...Où es tu ?...Quand viendras tu ?

Mais encore ce fut uniquement le voix subtile des bois, du vent entre les branches qui lui chanta une berceuse…

Tapie dans les taillis, la blonde chasseresse suivit l’avance des intrus. Immobile et silencieuse, elle détailla ce couple singulier…l’un était grand, aux cheveux d’or, puissant et musclé, vêtu comme elle, d’une simple tunique et tenant un javelot à la main. L’autre, plus petit et menu, avait des longs cheveux bouclés, châtains, vêtu d’une façon qui résultait inconnue pour elle, il tenait un arc dans sa main et comme elle, un carquois aux flèches ornées de plumes de couleurs chatoyantes. Ils avançaient, en silence, flanqués d’un magnifique félin…identique à Noble, qui pour les effets dressait les oreilles et émettait un feulement…


Non…tais toi…Ils ne doivent pas nous voir !!!

Trop tard. Comme qui a reconnu un ami depuis longtemps perdu de vue, Noble bondissait de sa place et s’élançait vers l’autre qui sembla ravi…Les deux hommes s’étaient arrêtés et fouillaient les alentours du regard. Sans le penser et mue par quelque sentiment incompréhensible, elle se redressa vivement et faisant demi tour, s’élança en direction contraire, aussi vite que le permettaient ses jambes…qu’on crie son nom ne l’arrêta pas. Elle fuit à travers la futaie, comme biche aux abois…les deux inconnus lancés à ses trousses…

FUIS !, lui ordonnait l’instinct.

Pourquoi ?, demandait sa raison.

Arrête toi !, l’enjoignait son cœur.

Elle poursuivit sa course éperdue, haletante, affolée…
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Sissi

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MessageSujet: Re: Courant d'air.   Mar 19 Juil - 22:11

Quand on fait une chute pareille, on ne pense pas à grand-chose. Elisabeth n’y échappa pas. Un seul cri franchit ses lèvres :

ACHIIIIIIIIIILE.


Certaine que la mort serait au rendez-vous, l’impératrice l’attendit. Chose étrange, la sensation 1ère de tomber profondément s’arrêta très vite. Osant décrisper les yeux, Sissi eut l’immense surprise de se voir suspendue dans les airs. Elle descendait pourtant mais… tout doucement…


*Au moins, je ne vais pas me fracasser au sol…*


Loin d’être rassurée pour autant, la situation étant si bizarre, la jeune femme atterrit enfin. Au-dessus d’elle, le trou de lumière semblait affreusement élevé. En soupirant, Sissi comprit la remontée impossible. Que faire d’autre que de crier ?
Elle commença à s’époumoner jusqu’à ce que sa gorge brûle. Réalisant l’inutilité de ses efforts, elle voulut s’accroupir et attendre :


*Ils viendront. IL viendra. Achille ne me laissera pas moisir ici.*

*En es-tu si sûre ?*

Stupéfaite, Elisabeth regarda autour d’elle.

Qui…Qui est là ?

*Je ne suis pas là… et le suis à la fois*

Une panique sans nom investit Sissi. Devenait-elle folle ? Elle entendait pourtant bien quelqu’un lui parler.

*Non, tu n’es pas folle, Elisabeth. Regarde autour de toi. Tu vois la lumière dans le tunnel ?*

Je, euh… oui !


*C’est bien. Vas-y, elle te guidera jusqu’à moi. Inutile de parler, nous aimons communiquer par la pensée !*

Par la pensée ? Mais… *C’est impossible, ça !*

*Tout est possible, mon petit. Rejoins-moi !*

*Non ! Je ne bougerai pas d’ici. Les autres vont venir et…*

*Ne te trouveront pas. Ne comprends-tu pas que tu n’as pas le choix ? Ne me pousse pas à te forcer, Sissi… *

*Des menaces ? D’abord, qui êtes-vous ? Vous m’appelez par son diminutif ou mon nom. C’est pas poli de ne pas se présenter. Secundo : je ne vous crois pas. Je divague et je ne vous entends plus : vous n’existez pas !*

Elle eut beau se boucher les oreilles à deux mains, la voix continua :

*Tu es marrante, toi ! J’ai vraiment hâte de te rencontrer. Viens !*

Force fut de voir l’ouverture du dessus s’obscurcir. Elle en pleura de dépit. Même si Achille venait, il ne la verrait pas. Epaules basses, s’essuyant rageusement les joues, elle se dirigea vers l’autre lumière.

*Bizarre, ça vient des murs ? Eh, oh, vous ne causez plus ?*

La voix ne répondit rien. Perdue dans ses questions sans réponse, Sissi avança encore jusqu’à se retrouver face à un mur parfaitement lisse.
Par curiosité, elle y posa la main et sauta en arrière lorsque le panneau bascula en silence, libérant un couloir très vivement éclairé. Mitigée, l’impératrice hésita beaucoup à avancer davantage. Quelle autre option avait-elle ? Aucune. Prenant sur elle, ses pieds franchirent la limite du mur. Aussitôt celui-ci coulissa sans bruit la laissant telle une biche aux abois.


Vous… vous êtes là ?

Au bout du couloir, une silhouette en approche se précisa. Vêtu de blanc, un homme souriant se dirigeait vers elle.

Bonjour, Elisabeth. N’aie crainte ! Il ne te sera fait aucun mal.


*Si vous le dites…*

Je le dis parce que c’est la vérité. Tu préfères l’usage de la bouche, n’est-ce pas ? Tu es contente que j’en aie une ? J’ai cru que cette apparence familière te mettrait en confiance. Oui, je peux changer de forme. La vraie ? Quelle importance ? N’essaye pas de dissimuler tes pensées, c’est inutile. Tu veux revoir tes amis ? Viens, suis-moi.

Il demeura à distance, sans tenter le contact physique, l’invitant juste de la parole et d’un geste de la main.
Frustration, dépit, peur et curiosité l’agitaient. Plusieurs fois, durant le court trajet, Sissi renifla ou soupira, s’interrogeant. De sa position, elle ne voyait que le dos de son guide mais était certaine qu’il rigolait, en douce. Après le tournant dont il avait émergé, l’homme s’arrêta.


Nous y sommes. Prends place.


Figée, Sissi ne captait pas ce que ce type lui voulait. Il n’y avait rien dans cette pièce. Rien d’autre qu’une large dalle bizarre sur le sol. Apparemment, il souhaitait qu’elle monte dessus.

Je… c’est quoi ce truc ?

Sans fioriture, il déclara :

Un moyen de transport. Tu ne ressentiras presque rien. Viens, fais comme moi.

Il marcha sur la plaque qui se mit alors à rayonner intensément. D’un grand sourire, il l’encouragea. Vaincue, Sissi céda et se plaça à ses côtés. Aussitôt, elle sentit une vibration sous ses pieds ; l’horizon changea.
En lieu et place de la pièce nue d’avant se présentait la pièce la plus étrange jamais vue.


*Des… vitres vides ? Des aquariums sans poissons ? Que de boutons ! *

Feutré, le rire de son hôte résonna :

Il y a des poissons. Tu vas les voir.

Il quitta la dalle pour aller s’asseoir devant un panneau plein de boutons de couleurs qu’il manipula. Sous le regard effaré de Sissi, les aquariums s’éclairèrent. Peu avant son décès, elle avait entendu parler du phénomène des frères Lumière. S’agissait-il d’une projection cinématographique ? D’autre chose ? Car là, devant ses yeux écarquillés, elle voyait nettement ses compagnons d’aventure : Hélène et

A… Achille ! Mais…

Succédèrent Louis et les autres. Hilare, son guide fixa l’écran :

Bons joueurs ! Pas froid aux yeux…Ça fait plaisir !...Mais approche donc, mon petit…regarde, c’est ce que j’ai toujours admiré des humains : leur ténacité.

Muette de stupeur, elle le rejoignit. Ses amis étaient si proches et si lointains… Sa main avança vers la surface polie :

Achille…


Le jeu continue !

Un doigt ferme enfonça un bouton vert. Horrifiée, Sissi vit ses amis se tordre douloureusement avant de s’effondrer, un à un. Les deux paumes sur l’écran, elle hurla :

Qu’avez-vous fait ? Ils souffrent, ils ne méritent pas ça… Ce n’est pas un jeu : c’est monstrueux !

Vif, l’homme frappa un autre bouton. Voyants, écran, tout s’éteignit. Il contempla l’impératrice, essuya d’un pouce les larmes d’une de ses joues avant de le porter à ses propres lèvres :

C’est salé. Vous pleurez beaucoup, vous les humains. Quel gâchis !

Sissi se recula d’un bond :

Qui êtes-vous ? On dirait que ça vous réjouit de nous faire souffrir. Je veux les rejoindre. Vous n’avez pas le droit de…

Erreur, mon petit : nous avons tous, TOUS les droits. Tu veux les retrouver ? Pas demain la veille si je dose bien.

Do… Doser quoi ? Que comptez-vous me faire ? Je vous préviens, je sais être teigneuse !

Je sais tout de toi Elisabeth, de ton enfance rieuse à ta fin malheureuse... Je ne pensais pas te rencontrer si tôt. Mais dans le fond, ce n’est pas si mal que tu aies trouvé un passage. Pour ta gouverne, le nid de guêpes c’est moi qui l’ai mis sur la branche visée par Louis. Je tenais à voir vos réactions. J’ai été servi : vous avez marché comme de braves petits pions… et vous allez continuer.

JE NE CONTINUE RIEN DU TOUT !

Furieuse, elle saisit un des sièges de la pièce et voulut l’expédier sur les machines.
L’homme fit un geste, la figeant dans son élan dévastateur. Il rit :


J’ai beaucoup apprécié ton contact et j’aimerais te garder, t’étudier de plus près. Mais les bonnes choses ne durent pas, ni ici, ni ailleurs. Tu vas oublier… oublier tout ce que tu as vu, même l’existence de tes amis. On verra ce que cela donnera. Le jeu continue !

Telle une fleur coupée, Sissi ploya dans le néant qui l’investit.

Oh là, là ! La tête lui tournait. Il faisait nuit. Un ciel étoilé fut sa première vision.
Que faisait-elle là, sur un rocher au milieu de l’eau ?
Le mal de crâne s’estompa à mesure qu’elle huma l’atmosphère. Néanmoins, une torpeur générale persistait. Ses jambes lui paraissaient bizarres. La clarté lunaire lui permit de les distinguer… Si l’une était « normale », l’autre dont la cheville trempait dans le liquide semblait de plomb. La soulevant difficilement, Sissi s’étonna à peine de lui voir des écailles. Soudain, l’air lui manqua. Elle suffoquait littéralement. Portant les mains au cou, bouche ouverte, elle y découvrit des…


*Ouïes ? *

Il y avait des fentes, et elles étaient douloureuses. Le cerveau en marmelade, l’impératrice suivit l’instinct de survie et se glissa vivement dans l’eau. Aussitôt immergée complètement, elle se sentit beaucoup mieux, physiquement du moins. Pour le reste, ça clochait grave. Poitrine nue, taille et jambes écailleuses, cheveux longs sauvages… la conclusion s’imposait :

*Sirène ? Je suis une… sirène ?*


L’incompréhension totale la fit couler sur le fond limoneux. C’était dingue. Il faisait nuit dehors or elle voyait comme en plein jour. Des poissons vinrent lui faire un coucou. Ça la remonta un peu mais les questions demeuraient.

*C’est pas moi… Suis pas… j’étais pas un poisson… J’avais des jambes…*


Une crise de larmes la secoua. Combien de temps resta-t-elle sous l’eau ? Elle n’en avait pas la moindre idée quand une envie pressante de remonter à la surface la saisit.
Se propulsant de sa nageoire caudale, elle émergea et respira à grands coups. Le rocher étant proche, elle s’y hissa à la force des bras.
Que se passait-il ? Elle tenta de se remémorer des faits concrets... en vain. Aucun souvenir ne vint sauf celui de ce « réveil » particulier. Sa tristesse s’accentua jusqu’à ce qu’elle découvre à nouveau ses belles guiboles.


*Là, je les ai, mes jambes… Quand je suis dans l’eau, elles se transforment. Je devrais peut-être gagner le rivage, m’écarter de l’eau pour qu’elles restent ?*


Un espoir fou aux tripes, elle descendit à nouveau dans le fleuve et nagea avec vigueur vers la berge la plus proche. Y monter ne fut pas aisé. Elle y rampa et attendit la mutation. Ses jambes retrouvées, elle ne s’en sentit pas moins démunie. Marcher lui fit du bien.
Puisqu’ en tenue d‘Eve qu’elle n’appréciait pas, elle se dirigea vers les arbres et arracha des feuilles basses. Le mal de crâne la reprit alors qu’elle tressait un pagne, rappelant vaguement des choses :


*J’ai fait ça. Je l’ai déjà fait…*


Impossible de poursuivre son introspection sous peine d’attraper la migraine du siècle. Elle se contenta de gestes automatiques, sans plus réfléchir.
Son ouvrage achevé, elle l’enfila, pas trop satisfaite du résultat. Pour dissimuler sa poitrine, son abondante chevelure suffisait, déjà ça.
Un ennui ne venant jamais seul, voilà que la faim se manifestait.


*Tu peux attraper tous les poissons que tu veux, maintenant !*


Si la solution était tentante, l’envie n’y était pas. Dévore-t-on ses copains ? Elle pas, en tout cas ! Rien que l’idée de la chair crue lui retournait les tripes. Trouverait-elle des fruits ? Avec l’obscurité, autant rêver.

*Les poissons mangent du poisson mais aussi des petites bestioles ou…*

Des algues ! Il y en avait des tas sur la berge. Elle y retourna et y glana son drôle de repas.
Dure, amers, les végétaux goûtaient la vase. Quelques bouchées de ce régime lui callèrent néanmoins l’estomac. Dormir ? Où ? D’ailleurs, elle n’était pas fatiguée. Alors elle marcha à travers les buissons, vers la forêt. Ses longs cheveux ne tardèrent pas à s’accrocher aux branches, de quoi la faire pester.


*Je devrais les couper ou les tresser…*

Le choc de ces mots la fit presque suffoquer de douleur. Dans un autre lieu, à un moment, elle avait dû les prononcer. Pourquoi les évocations de faits antérieurs étaient-elles si pénibles ? Inutile de se mettre martel en tête, les réponses resteraient en suspend… pour l’instant.
Son errance ne menait nulle part. À part quelques oiseaux nocturnes qui hululèrent dans l’obscurité, nulle présence humaine ou animale ne se manifesta.
La suffocation la prit de court alors qu’elle abordait une clairière. Elle avait beau ouvrir la bouche, l’air n’entrait qu’à peine avec un sifflement bizarre.


*De l’eau ! Il me faut de l’eau !*

Le fleuve était loin, à présent. Jamais elle n’y arriverait avant de mourir d’asphyxie. Déjà ses forces déclinaient. Elle trébucha et s’étala dans l’herbe. Incapable de se relever, elle se retourna sur le dos. Contemplant le ciel, elle le maudit intérieurement, et elle aussi dans la foulée.

*Je vais mourir… par votre faute… par ma faute !*


Dans le silence du lieu, seul le sifflement de ses courtes inspirations résonnait. Pourtant, il lui sembla bientôt entendre autre chose… Sa vision, au ras du sol, ne lui permettait pas de distinguer ce qui approchait en douce, puis un feulement retentit, la glaçant de frayeur.


*Un fauve ! S’il vous plait, qu’il attende que je meure… veux pas être croquée vive.*

Mais l’animal n’en fit qu’à sa tête. Il lui sauta dessus.

Lorsqu’elle se réveilla, Sissi rigola sans relever les paupières. Elle se sentait parfaitement bien mais quel rêve farfelu ! Il fallait qu’elle le raconte à…
Sa main se déplaça à la recherche du corps de… Ce que sa dextre trouva l’épouvanta. Les yeux s’ouvrirent sur un décor affolant. Elle reposait sur un tapis de plantes aquatiques… au fond de l’eau !


*Et zut ! C’est un vrai cauchemar ! Je suis réellement une sirène ! Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?*

Le désespoir l’envahit avant que des questions ne l’assaillent. Que faisait-elle dans l’eau ? Son dernier souvenir relatait la présence d’un fauve prêt à l’avaler. Apparemment, il ne l’avait pas dépecée puisqu’elle ne ressentait aucun mal et semblait intacte.


*Intacte… avec une nageoire ! La belle jambe ! *


Rire ou pleurer ? Pour ce que cela servait ! Plutôt que de sombrer dans la déprime totale, Sissi se remua. Crevant la surface, elle admira le ciel bleu du plein jour.
Elle flottait non dans le fleuve supposé mais dans un petit lac agréable.


*Comment ai-je atterri là ?*


Lorsque son regard engloba le paysage des abords, l’impératrice se figea. Un étrange animal se redressait sur la berge proche. Mi-tigre mi-lion, Sissi reconnut son agresseur nocturne. Vu l’attitude de l’hybride, il ne faisait aucun doute qu’il désirait achever sa chasse. D’un bond prodigieux, le « chat » sauta dans l’eau et se mit à nager vigoureusement dans sa direction.

Va-t’en !
lui cria-t-elle, paniquée.

L’instinct l’obligea à nager à reculons. Cependant, la bestiole ne se découragea pas. Elle pédalait bellement des pattes et se rapprochait. Que faire d’autre que plonger ? Hélas, l’animal était rusé. Il plongea avant elle et surgit sous sa caudale qu’il souleva, propulsant Sissi en l’air.
Il voulait la bouffer. Les chats aiment le poisson, non ? Allait-elle se débattre ? Eh bien oui !


Fiche-le-camp, fous-moi la paix !

Elle remua des bras et nageoire, éclaboussa la bête, l’invectiva. Pensez-vous que l’animal s’éloigna ? Que nenni ! Au contraire, on aurait dit que…

ÇÀ T’AMUSE OU QUOI ?


Il lui fallut reconnaître que les assauts de l’hybride n’avaient rien de méchants. À bout de force de lutter contre lui, elle finit par rire :

Tu es plus tenace qu’une tique, toi ! Que me veux-tu, à la fin ?

Rien. Rien d’autre que jouer ! Cela devint l’évidence même. Alors pourquoi ne pas s’y soumettre ? Tels deux gosses, ils batifolèrent dans l’onde claire. Lorsque les grosses pattes du « chat » se posèrent sur ses épaules et la firent couler, Sissi remonta en riant. Cela ne dura que quelques secondes… juste le temps d’entrevoir une scène quasi identique sauf que là, elle n’avait pas de queue de poisson et ne badinait pas en compagnie d’un matou poilu. Toute joie disparut, cédant la place à un sentiment de vide immense. Les larmes affluèrent. L’hybride comprit-il que le chagrin prévalait ? Il cessa de lui donner la réplique et ouvrit la gueule. Trop effondrée pour paniquer, la jeune femme le laissa faire. S’il lui attrapa l’épaule, il ne la croqua pas, se contentant de la remorquer, comme une épave, jusqu’à la rive.

De longs sanglots suivirent. Paisible la bestiole s’allongea près d’elle après s’être ébrouée copieusement.
Le temps s’écoula.
Calmée, Sissi renifla. Le chat en profita pour se lover contre elle avec de grands ronrons.


Au moins, je t’ai… Tu es un ami, je le sais maintenant. Me dis pas que c’est toi qui m’as… sauvée, flanquée à l’eau ? Tu en serais capable… Que vais-je devenir ?

Les jours suivants, elle l’apprit grâce à cet hybride. Impérativement, Sissi devait regagner une étendue d’eau toutes les trois heures au risque de suffoquer. Sous l’eau, le temps était illimité. Outre les algues, elle put s’alimenter de fruits, herbes, et… poissons que pêchait le chat.
Sans ce compagnon, elle aurait été complètement perdue et le chérissait de reconnaissance.

Un beau matin, se fiant au chat, Sissi s’écarta du lac. L’animal manifestait une sorte d’impatience incompréhensible.
Par un raccourci, deviné par lui, Sissi découvrit à nouveau le fleuve et ses méandres. Sans avertissement, il la poussa à la flotte.


Il n’est pas l’heure, coquin ! Qu’est-ce que tu me veux encore ?

Elle chassa un peu, plus par jeu que par nécessité. Elle effectuait sa remontée en riant encore de l’effarement des poissons titillés quand elle les aperçut. Deux humains remontaient la berge. L’un babillait beaucoup. Le plus grand semblait sur le point d’exploser de rage contenue. Un hybride les accompagnait, semblable en tous poils au sien. Elle, au milieu de l’eau, se mordit les lèvres. Les appeler la tenailla ; elle résista. Qu’en auraient-ils à cirer d’une sirène ces humains ?
Mais l’homme blond lui évoqua quelque chose de si heureux et douloureux qu’un cri lui échappa.
Zut, il l’avait entendue ! Elle plongea.

Plus tard, elle émergea en suivant leur marche. Plonger, reparaître, elle ne les quitta pas du regard.
Son hybride devait suivre aussi, à couvert.
Les hommes allumèrent un feu. Le grand prit un javelot et vint au fleuve. Fascinée, Sissi se rapprocha, inconsciente du danger, à peine visible entre deux eaux. La vit-il ? La confondit-il avec un gros poisson ? Le bras puissant se tendit. Si son chat n’avait pas sauté sur l’homme, sans doute la sirène aurait-elle été traversée par le javelot. Il ne lui effleura que le bras, l’obligeant à une retraite rapide. La douleur du muscle entamé était minime, celle de son cœur immense.
Se hissant sur un rocher hors de vue, d’atteinte, elle pleura longuement. Curieux pleurs que ceux d’une sirène blessée. Ils ressemblaient à un chant…

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