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 À la guerre comme...

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Neil Chesterfield

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Date d'inscription : 07/03/2011

MessageSujet: À la guerre comme...   Lun 11 Avr - 11:35

Avait-il déliré ?
Neil ne comprit rien quand il se retrouva allongé au frais dans un lit d’une sorte d’hôpital.


Lind ? murmura-t-il, perdu.

Sans doute quelqu’un veillait-il à proximité car son début d’agitation amena une présence à ses côtés. Un homme se pencha sur lui :


Comment allez-vous Mr Chesterfield ?

Ça devait être un toubib ou un infirmier car, sans même attendre sa réponse, on lui fourra un thermomètre en bouche. On releva sa tension, les battements de son cœur avant de se décider à lui libérer la bouche et dire :

Très belle insolation avec déshydratation mais tout est en ordre à présent. Si vous le voulez, vous pourrez rentrer chez vous.

Chez moi ? On est rapatrié ? Où est Lindsay ?

Les questions se bousculaient dans son crâne. Le dernier souvenir précis était de s’être retrouvé englué dans du sable alors qu’une horde de crabes voulaient le bouffer. Les réponses de l’infirmier, ne l’étonnèrent qu’à moitié. Il était dans un village local, rien d’autre. Sa « femme » étant en meilleures conditions physiques que lui, avait dû passer la nuit dans le logement assigné aux naufragés. Des histoires de voyageurs égarés, de rescapés, mirent du temps à lui pénétrer l’esprit.
Quoiqu’il en soit, Neil comprit que l’on souhaitait vivement le voir partir.
Muni de quelques renseignements, il se dirigea vers ce qui s’appelait la « maison commune ». Une certaine pagaille y régnait. Beaucoup de gens venaient s’y plaindre de divers maux. Lui, étant nouveau, on l’orienta au guichet des admissions.
L’employée lui remit un formulaire à compléter. Identité et autres renseignements inscrits, Chesterfield vit la femme tiquer :


PDG ? C’est pas avec ça que vous gagnerez votre pain ici ! Quelles autres qualifications possédez-vous ?

Euh…

Je vois… Je mets donc homme à tout faire. Ça vous laissera de la marge ! Allez au guichet trois, on y distribue des vêtements.

Le billet tenu en main s’échangea contre un short, un pantalon, deux chemises à manches courtes, des sous-vêtements, un petit nécessaire de toilette et une paire de baskets.
Muni de ces « emprunts », il ne restait au jeune homme qu’à trouver son logement.
Ça l’avait fait marrer en entendant l’employée lui dire que Mrs Chesterfield devait déjà y être.
Il avait eu beau affirmer qu’il n’y avait pas de Mrs Chesterfield, le « centre » des opérations casait les arrivants au mieux. Débarqués avec Miss Fairchild, ils devraient à nouveau cohabiter.
Mignon du dehors, le pavillon assigné l’était aussi dedans. Un peu dépouillé, m’enfin…


Lind ? Lindsay, je suis là ! cria-t-il depuis le seuil.

N’obtenant pas de réponses, Neil s’enhardit plus avant. Les vestiges de la tenue de soirée de Lindsay reposaient sur un dossier de chaise. La cuisine avait été visitée puisqu’une tasse sale et un verre traînaient dans l’évier.
Donnant de la voix tout en montant l’étage, Chesterfield découvrit la chambre qui avait été occupée vu les draps défaits.
Où allait-il poser ses quelques affaires ? La garde-robe était vaste, il y planqua la moitié et, le reste en main chercha la salle de bains.
Là aussi, des signes du passage de Miss Fairchild étaient évidents. Grinçant des dents, Neil rangea un peu puis opéra ses ablutions.
La tenue « sport » était un peu juste pour sa carrure mais à la guerre comme à la guerre.
Très content d’être propre et net, Neil descendit. Où diable était cette fille ? Le bruit de clapotis extérieurs attira son attention.


*Piscine privée ! On est vernis !*

Beau spectacle que celui de la splendide naïade en pleine évolution.

Hello ! dit-il joyeux. Je suis vivant, tu vois !

Oui, elle voyait et n’avait pas l’air trop enchanté.

Je tenais à te remercier de m’avoir ramené à la civilisation... Me tourner ? Mais… Ah, tu veux sortir de l’eau…

Une serviette de bain traînant sur un transat à côté d’un petit tas de vêtements, il la lui tendit dans son dos. Qu’elle ait nagé en sous-vêtements, ne dérangeait pas Neil. Ne l’avait-il pas déjà vue en bikini ? Si c’était son choix d’être pudique…
Il patienta jusqu’à ce que la miss l’autorise à se retourner.


Je sais… c’est pas marrant d’être à nouveau coincés à deux… On va s’arranger, je te le promets. Un autre célibataire sera sans doute contraint de me supporter, voilà tout. Je reprends mes affaires et je me sauve. Ça te va ?

Que ça lui aille ou pas, il s’en fichait ! L’humeur de la miss déteignait sur lui. A quoi s’était-il attendu ? À ce qu’elle lui saute au cou de se pointer ? Ben en ce cas, c’était raté. Confort retrouvé, Miss Fairchild désirait la solitude ? Elle l’aurait. Ils n’allaient quand même pas recommencer leur jeu du bateau, non ?
L’escalier fut monté et descendu à toute vitesse. Sans un mot, Neil claqua la porte.
Le voilà fin ! Pas de toit, un petit paquet de loques en vrac dans les bras, il fulminait en arpentant les rues du village. En plus, il constata qu’il avait faim. Au centre médical, on lui avait recommandé de bien s’hydrater et alimenter mais du diable si on lui avait dit comment !
Dans son errance, il vit une file se former en direction d’un étrange caillou. Curiosité obligeant, il se mit à faire la queue aussi. Par ses voisins, il apprit quelques trucs concernant l’endroit. Si on voulait manger ou autre chose, il fallait prier la pierre et, parfois, contre monnaie sonnante et trébuchante, on obtenait ce que l’on voulait. La pierre adorait les bijoux…
À part son Dupont en or, Neil ne possédait que sa montre…


*Une Rolex contre un repas ? Le tarif est exorbitant !*


Sacrifier son briquet ? Non ! Pas tant qu’il fonctionnerait. Assez dépité de ne rien posséder à échanger, il quitta la file et marcha jusqu’à la plage. Dans le fond, rien n’avait changé à part qu’il n’était plus seul à errer sur le sable. De la veste de son smoking, il fit un baluchon qu’il trimbala sur son épaule en arpentant le rivage. Dans les rochers, en général, on trouvait des crustacés.
Le souvenir de la marée de crabes affamés, lui coupa l’appétit.
Les bois seraient-ils plus accueillants ? Il y farfouilla longtemps. Quelques fruits glanés ici ou là, le sustentèrent un peu.
Sans cesse, ses pensées se tournaient vers Lindsay. Saurait-elle seulement se débrouiller ? Plus habituée à commander et recevoir, elle risquait de se retrouver rapidement démunie…


*Elle a au moins l’eau du robinet, elle !*


Fallait-il qu’elle en ait eu marre de lui pour le mettre dehors ainsi ?
De l’eau, il en dénicha sans peine, ouf ! Pour le reste…
Des heures durant, il resta assis au même endroit bien au frais à l’orée du bois près d’un ruisseau découvert. Fixant, sans la voir vraiment, l’onde claire, il gambergea longuement.


*Homme à tout faire… homme à rien faire, oui… *

Qui aurait besoin d’un gestionnaire ici ? On lui avait parlé de l’avion atterri peu de jours avant. Dans un avion, on en entasse des trucs… Qui gérait ça ? Il faudrait qu’il s’informe.
La nuit n’allait plus tarder, il en connaissait les signes à présent. Il était temps de se bouger s’il ne voulait pas coucher dehors encore et toujours.
Dans le fond, à quoi lui servait sa montre ? Elle ne marchait même plus !
Résigné, il rebroussa chemin et prit place dans la file.
Même out, sa Rolex lui rapporta plus que prévu. Le voilà frais : trois kilos de bidoche, une caisse de légumes, des conserves, et deux bouteilles de vin !


*Et rien pour cuire, ouvrir ou conserver ça !*

Tenant sa caisse, il erra à nouveau dans le village qui se dépeuplait lentement. Pourquoi ses pas le ramenèrent-ils pile devant « chez lui » ?

*Un peu de fierté, Neil ! Tu ne vas pas sonner et quémander le gîte ?*

Après tout… il amenait le couvert, non ?

Ne lui avait-on pas assigné ce pavillon ? Il avait le droit d’y vivre !
Pourquoi devrait-il se soumettre aux désirs de Fairchild ? Parce qu’il était galant et qu’elle possédait des yeux à damner un saint ? Zut !
Il sonna.


Bonsoir ! Oui, encore moi !... Evidemment, j’ai pas trouvé d’autre endroit, sinon je ne serais pas là.
… Que ça te plaise où pas, ici c’est aussi chez moi… Ce que c’est que ça ? Ben, de la bouffe… le caillou, oui ! Tu me laisses entrer ou pas ? Je vais pas manger ça tout seul…


Illusion ? Les yeux de Lindsay brillaient…


*L’idée d’un repas gratos, sûrement !*


A la va comme on peut, on s’instaura cuistot. Fine équipe, je vous dis pas !
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Lindsay Fairchild

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MessageSujet: Re: À la guerre comme...   Jeu 14 Avr - 15:03

C’était affreux ! Tout allait si vite et personne ne semblait avoir du temps pour lui expliquer quoique ce soit. Luke, le barman et son amie, les avaient conduits, Neil et elle vers ce village inattendu, doté de tous les conforts imaginables. Le pauvre Neil, encore mal en point avait été admis, sans discussion, au centre médical où on avait pris soin de lui d’immédiat.

Vous pouvez rentrer chez vous, ma petite dame, avait assuré une assistante, votre mari, lui, reste ici.

Inutile argumenter qu’elle n’était l’épouse de personne, que Chesterfield et elle, n’étaient que compagnons d’infortune, personne n’avait rien à cirer des ses histoires. Gentiment mise à la porte, elle eut envie de se mettre à pleurer. Pas le temps. Une âme charitable l’avait prise en pitié et indiqué les pas à suivre. Au centre d’accueil, maison communale, bureau d’admissions ou quel que fut le nom de l’endroit, on lui fourra un formulaire dans les mains qu’elle remplit le mieux possible. La femme qui le reçut se contenta de soupirer et secouer la tête avant de l’envoyer vers un autre guichet où on lui donna quelques vêtements plus nécessaire de toilette. Aucun luxe, seulement l’essentiel. De là, encore un dernier guichet où on lui décerna une habitation.

Quand votre mari vous rejoindra, vous pourrez vous arranger pour les provisions et autres, avait assuré la personne en charge du dit guichet.

Euh…excusez moi…mais il se trouve que…Mr. Chesterfield n’est pas…


Comme parler swahili avec un mur de briques.


Le bungalow n° 32 fut toute une surprise, qui allait au-delà de tout espoir. Sans être d’un luxe sybaritique, l’habitation, assez grande comme pour accueillir au moins quatre personnes, offrait tout ce dont avait besoin un être humain moyennement exigeant…sauf un frigo plein. En effet, la cuisine, d’une fonctionnalité magnifique, n’offrait que placards vides…affligeante carence tout autant que le somptueux frigidaire type américain, deux portes avec distributeur d’eau glacée et glaçons. Après avoir longuement prospecté, Lindsay finit par dénicher un sachet de bouillon instantané…qu’elle se dépêcha de consommer. Un petit tour à l’étage lui permit de découvrir la chambre prête…et la salle de bain. Tentation irrésistible. Une longue douche ferait l’affaire avant de se mettre au lit. Mais au moment de vouloir dormir, ce fut toute une autre histoire. La lampe ne restait pas en veilleuse. Le noir total l’épouvantait. Elle ouvrit les rideaux, la nuit était claire…alors cela faisait des ombres bizarres. Lindsay avait toujours été trouillarde. La solitude lui seyait très mal…la solitude dans le noir, encore pire. L’aube tarderait encore, elle reconnut que Neil lui manquait, si on l’avait laissée, elle serait restée à son chevet toute la nuit et le lendemain, ensemble, ils auraient affronté toutes ces nouveautés…mais non, à cette heure, il devait dormir comme un bienheureux, entouré de soins alors qu’elle crevait de peur dans ce lit énorme en imaginant des silhouettes menaçantes et entendant des bruits inexistants. Aux premières lueurs du jour, Lindsay s’était enfin endormie.

En se réveillant de bon matin, le soleil brillait avec entrain, le ciel d’un bleu incomparable et ce décor de palmiers et végétation exubérante faisaient penser à des belles vacances à la plage…sauf un triste détail : elle avait faim. Une faim sournoise qui faisait gargouiller gravement ses tripes. Lindsay se lança dans une nouvelle quête frénétique dans les placards de la cuisine mais rien n’avait changé depuis la veille. Au bord des larmes, du désespoir, elle se trouva en train de prier pour que Neil fasse une prompte apparition, comme si sa seule présence pouvait arranger tous ses problèmes. En attendant que le miracle se produise, la découverte de la piscine privée la fit oublier un peu ses misères.

Hello !

Cette joyeuse exclamation la prit de court et de peu et elle avala la tasse mais se reprenant dignement, s’approcha du bord et regarda Neil tout souriant, qui venait en toute évidence de passer sous la douche. Ce qui voulait dire qu’il avait pensé à son confort personnel avant de la chercher, elle. Pincement au cœur. C’était tout bête…elle avait pensé que ce serait autrement…

Salut…

Je suis vivant, tu vois !

Très vivant et en forme, oui.

Manque du plus élémentaire enthousiasme mais elle ne s’en sentait pas le cœur. Si ça se trouvait il aurait même eu droit à un petit déjeuner décent…la seule idée fit grogner son estomac.

Je tenais à te remercier de m’avoir ramené à la civilisation...


Mais de rien, c’était le moindre à faire…Retourne toi, s’il te plaît !


Me tourner ? Mais… Ah, tu veux sortir de l’eau…

Il alla jusqu’à lui passer une serviette dont elle s’enroula. Ses sous vêtements ne donnaient rien une fois mouillés, pas besoin qu’en plus il la voit moitié à poil. En plein naufrage ou pas, Lindsay demeurait la même timide de toujours.

Tu peux te retourner, si tu veux….Tu as déjà parcouru les installations, n’est ce pas ? Au moins, c’est pas de confort qu’on manque…mais…Je ne sais pas ce que pensent les gens de l’Administration du coin…Ils insistent à dire que je suis…ta femme ! C’est pour ça que…nous sommes là, encore une fois…à partager l’habitation et…

Pas le temps de finir son exposition, Neil prenait un air grave, assez vexé en fait et disait tout de go :

Je sais… c’est pas marrant d’être à nouveau coincés à deux… On va s’arranger, je te le promets. Un autre célibataire sera sans doute contraint de me supporter, voilà tout. Je reprends mes affaires et je me sauve. Ça te va ?

*Oh la, qu’il est susceptible, celui là !...Hey ! Non…ça ne me va pas du tout !!!*

Mais déjà il avait fait demi tour la laissant déconfite, sa véhémente proteste mourant aux lèvres. Un moment plus tard, la porte d’entrée claquant lui signifia la défection totale de Neil Chesterfield…alors Lindsay ne trouva vraiment rien de mieux qu’à se mettre à pleurer, inconsolable.

*Idiot…tripe idiot…je voulais pas dire ça…je voulais que tu restes…NEIL !!!!*

Après avoir pleuré un bon coup, sans que cela n’arrange rien, Lindsay opta pour affronter ses problèmes avec un peu plus de maîtrise de soi et quitta son domicile pour aller aux nouvelles. Il y aurait bien quelqu’un pour lui informer comment marchaient les choses dans cet endroit si …singulier. Un vieux couple charmant, arrivé là en tout premiers avec le vol à Sydney, se chargea de la mettre au parfum en lui expliquant les rudiments d’usage de la fameuse Pierre. Ce n’était pas bien sorcier à comprendre. En échange d’un « don », le mystérieux tas de cailloux exauçait quelques vœux. Lindsay ne tarda guère à comprendre la nature des dons agrées par le bienfaiteur de service. Plus l’objet offert avait de la valeur, plus grand était le bienfait reçu. Elle songea avec regret au coffret à bijoux resté à bord de l’Ocean’s Queen. Pourquoi avait elle décidé mettre si peu de bijoux pour ce réveillon fatal ? Encore heureux que ceux qu’elle portait aient résisté au naufrage, à sa longue immersion et autres mésaventures. Avant de passer à l’action, la jeune fille resta un bon moment à regarder comment s’y prenaient les autres. Elle vit une dame échanger une belle perle contre du café et du sucre, une autre troqua sa bague avec une émeraude contre une belle quantité de provisions variées. La mort dans l’âme, Lindsay enleva une des boucles d’oreille en diamant, de Tiffany’s, cadeau de son père pour son 18ème anniversaire et s’approcha humblement de la Pierre. Elle eut à peine le temps de murmurer son vœu. Vraisemblablement, la Pierre appréciait les beaux bijoux…Lindsay se trouva nantie d’un magnifique et gros panier plein de bonne surprises, qu’elle s’empressa de ramener au bungalow. La Pierre l’avait gâtée, désormais, les placards ne semblaient plus si vides et dans le frigo il y avait du beurre, du lait et du fromage. Son premier réflexe, se goinfrer d’Oreos…avant de se souvenir de Neil et avoir envie de sortir le chercher…

Le jour finissait rapidement et Lindsay guettait l’ombre de la nuit avec croissante appréhension quand on sonna à la porte. Elle courut ouvrir, le cœur battant. Neil se tenait sur le seuil, l’air contrit, mi boudeur mi batailleur.

Hey…Bonsoir !, dit elle poliment en refrénant l’envie de lui sauter au cou.

Bonsoir ! Oui, encore moi !...

Je…te faisais…installé ailleurs !, pourquoi ce petit ton guindé ? Allez savoir.

Évidemment, j’ai pas trouvé d’autre endroit, sinon je ne serais pas là.


Quelle logique étourdissante ! Il ne lui laissa pas le temps de placer un mot.

Que ça te plaise où pas, ici c’est aussi chez moi…


Lindsay esquissa un sourire.


Je n’ai jamais dit le contraire…Qu’est ce que tu as là ?, elle désigna la caisse qu’il portait.

Ce que c’est que ça ? Ben, de la bouffe… le caillou, oui ! Tu me laisses entrer ou pas ? Je vais pas manger ça tout seul…


Son sourire s’élargit, atteignant ses yeux. Du coup, elle était…heureuse ? Et cela n'avait rien à voir avec la nourriture apportée.

Pas la peine de jouer le rustre…entre…Viens, allons poser ça à la cuisine…Oui, j’y suis allée aussi, à La Pierre…j’ai aussi des provisions…on a du café pour demain…du sucre…du lait…plein d’autres trucs aussi…Tiens, tu veux une Oreo !?

Et avant qu’il pipe mot elle lui avait fourré le biscuit au chocolat dans la bouche. Déballé le pactole de Neil, il fallut encore se demander comment procéder avec tout cela.

Ben…sais pas moi…suis pas experte…mais si on faisait griller ça ?...Enfin, la viande…on peut la découper…il y a du sel, du poivre et d’autres condiments par là….Miam ! Des pommes de terre…je les fais cuire…tu sais, il y a de la crème dans le frigo…Dieux que j’ai faim…rien que d’y penser…

Elle se sentait tout à coup délirante d’énergie et bonne humeur, ce qui compensait assez bien son manque de savoir faire domestique qui valait assez bien celui du jeune homme. À deux, ils finirent par se débrouiller assez bien. Pleins de bon sens, ils avaient divisé le tout en portions suffisantes ce qui donnait qu’ils étaient pourvus pour un certain temps. Ils avaient trouvé un grill et du charbon dans la remise du jardin. Neil se chargea de l’allumer et même si leurs morceaux de viande furent un peu trop cuits, cela les combla mieux que festin de roi.

Plus tard, accommodés dans la balancelle, face à la piscine, ils buvaient du vin. Lindsay jugea le moment opportun pour mettre quelques détails au clair.

Je ne sais pas ce que tu as compris ce matin mais…je ne voulais, en aucun moment, que tu t’en ailles. Ah ?...J’étais de mauvais poil ? Non…pas du tout…c’était un peu d’affolement…et surtout…faim…et puis tout ce qui arrive…tu étais malade et on m’a pas laissé rester avec toi…et…j’ai très mal dormi…et…j’avais aussi peur que tu te fâches parce qu’on dit que je …suis ta femme…Que sais je ? Peut être que tu te sens très bien comme célibataire et veux profiter de ta liberté…moi ?...Non, ça ne me gêne pas du tout…Vraiment ! Non, ça ne me gêne pas qu’on pense que je suis ta femme…c’est rassurant…Rigole pas !...Oui, je suis bête et ai peur de tout…C’est...si bon que tu sois là !

*Arrête de boire, ma fille…tu vas finir par lui faire du charme et là, il te noie !*

Je vais…préparer une chambre pour toi…il y a assez de place ici pour une famille…Oui, bien sûr…si tu veux m’aider, ça ira plus vite…

Le lit fut fait en un tour de main. Lindsay lissa la courtepointe et tapota les oreillers.

Je mettrai des serviettes fraîches pour toi dans la salle de bain…et ne laisserai rien traîner…je promets et maintenant…bonne nuit, Neil !

Elle hésita à lui faire une bise mais opta pour s’en abstenir et battit en retraite dans sa chambre…

Le cauchemar était toujours le même…la chute effroyable qui n’en finissait pas…et elle hurlait de terreur sans que rien ne puisse l’arrêter dans cette descente infernale…
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Neil Chesterfield

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MessageSujet: Re: À la guerre comme...   Ven 15 Avr - 22:53

De mauvais poil, grognon, vexé ? Qui ne l’aurait pas été après une mésaventure pareille ?
Peu habitué à devoir se soucier d’autrui, c’est avec un étrange plaisir que Neil Chesterfield avait pris soin de sa naufragée obligée. Il pensait sincèrement avait fait tour ce qu’il fallait dans ce cas de figure inédit, et s’attendait à un peu plus de chaleur quand il avait reparu auprès de la belle Miss Fairchild. Au lieu de quoi, il n’avait reçu que froideur voire un désir de disparition. Si c’était ainsi, qu’elle se débrouille.

Dans son errance autour du village, Neil n’avait pu s’empêcher de repenser à Lindsay Fairchild.
Que devenait-elle ? Comment s’était passé sa journée ? Elle ne manquait pas de ressource, il en était sûr.
Néanmoins, c’est habité de sentiments mêlés qu’il avait sonné chez « lui ». Qu’elle lui rie au nez ou pas, il lui dirait sa façon de penser et réclamerait son dû.
Tiens, elle ne le ficha pas dehors à nouveau. Au contraire, elle l’invita à poser son barda puis lui démontra sa débrouillardise en lui montrant placard et frigo.
Il se demandait comment diable elle avait réussi ce tour de force quand il constata, meurtri – Dieu sait pourquoi – qu’un de ses lobes d’oreille était étrangement nu…


*Elle a sacrifié une boucle…*


Sans faire état de cette absence, Neil tenta de se montrer un cuistot passable. S’il avait escompté que Lindsay possède ce talent… Raté de chez raté.
Les aromes émanant des jardins voisins leur donnèrent une solution quant à la cuisson de la viande. Un barbecue ? Pourquoi pas ?


*Charbon de bois, bloc de mise à feu…*


Tout y était sauf la technique ! C’était marrant, dans le fond. Chesterfield s’appliqua autant qu’il put pour griller la bidoche, et même s’il en crama des bouts, les jeunes gens ne s’en plaignirent pas.
Repus, ils goutèrent au calme des lieux sur la balancelle près de la piscine. Un verre de vin en main, on se serait presque cru en vacances. Voulant justifier son attitude du matin, Lind se lança :


Je ne sais pas ce que tu as compris ce matin mais…je ne voulais, en aucun moment, que tu t’en ailles.


Première nouvelle ! Il en resta paf.

Tu m’as semblé… assez hostile à ma présence…

c’était un peu d’affolement…et surtout…faim…et puis tout ce qui arrive…tu étais malade et on m’a pas laissé rester avec toi…et…j’ai très mal dormi…et…j’avais aussi peur que tu te fâches parce qu’on dit que je …suis ta femme…


De mieux en mieux, il tombait des nues.


Et… en quoi serait-ce dérangeant que l’on croie cela ? Tu aurais honte ? Ça te gêne ?

Elle assura que ce n’était pas le cas et ajouta même :

Non, ça ne me gêne pas qu’on pense que je suis ta femme…c’est rassurant…Rigole pas !...Oui, je suis bête et ai peur de tout…C’est...si bon que tu sois là !

Voilà de quoi effacer pour de bon tout ressentiment quant à l’accueil du matin. Le vin avait décidément du bon quand ça fait un moment que l’on n’en a pas bu.
Préparer une chambre pour lui ? Quelle délicate attention ! Bien sûr, il allait de soi qu’il lui filerait un coup de main. À le guerre comme à la guerre : on se débrouillerait. Le lit fait, la miss parut encore désireuse de démontrer ses bonnes intentions à son égard :


Je mettrai des serviettes fraîches pour toi dans la salle de bains…et ne laisserai rien traîner…je promets et maintenant…bonne nuit, Neil !

Pas de bisou ? Dommage…
Chesterfield la laissa filer et contempla « sa » chambre.
Modeste mais confortable, meublée de deux lits séparés par une table de nuit, une belle armoire et un petit bureau, décor doux dans les tons bleus… Autant s’installer.
Pas de pyjama… Et alors ? Ablutions faites, en slip il se coula dans les draps. Le sommeil ne vint pas.
Crevé, gavé, il aurait dû crouler mais non. Que de fois ne se retourna-t-il pas dans l’espoir d’atteindre un rythme cérébral propice ? Ses pensées filaient en tout sens. Quel était ce lieu ? Une pierre magique, et puis quoi ? Un village parfait sans organisation… Du délire pur ! Et Lindsay ?


*Faut-il qu’elle ait été morte de trouille pour t’accepter ainsi…*

S’il ne l’avait pas croisée avant, il aurait quasi juré qu’elle lui faisait des avances. Sa femme…
Marrant ce que le gens imaginaient parce que, simplement, ils rencontraient deux personnes de sexe opposé ensemble ! Lui et Lind.. ? Cette idée faillit le faire rire.
Lentement, le sommeil le gagna. Ses idées devinrent incohérentes : bon signe.


*Lindsay… Me marier? Dans une autre vie, peut-être…*

Des images flashes revenaient en boucle… l e sourire de Lind ici, son air boudeur là, la robe rouge moulée sur un corps parfait…

Un hurlement déchira ces douces évocations.
Pénétrant, poignant, le cri dura.
Relevé d’un bond, le sourcil en accent circonflexe, Neil se précipita dans la chambre voisine.
S’il croyait à une mauvaise blague, Neil fut vite éclairé en donnant de la lumière dans la pièce. En nage, la tête ballotant en tous sens, Miss Fairchild était en proie à un terrible cauchemar. Il se précipita à son chevet en la secouant :


Lind, Lindsay… c’est rien ! Tu rêves… Je… je suis là !


Qu’elle s’accroche à son cou mieux qu’à une bouée de sauvetage en sanglotant à fendre l’âme retourna le jeune homme.
Que faire d’autre que de lui caresser les cheveux d’une main en la berçant de l’autre :


Là, là ! Ça va aller ! Tu as fais un cauchemar.

Geste naturel, sans arrière-pensée, il lui embrassa le front. Curieux, cette sensation dans son bide…
S’écartant un peu, il la regarda à la dérobée. Elle non plus ne portait pas de pyjama. Un T-shirt couvrait son torse… Le reste… ? Défaite, perdue, elle semblait quémander… quelque chose.
S’il avait été le salaud fini que les potins s’obstinaient à illustrer, Chesterfield aurait pu, là de suite, profiter de l’abandon total de la demoiselle. Drôle d’effet quand même que de la repousser… en douceur :


Si tu veux en parler, tu en parles. Sinon, ça ne fait rien… Je vais rester, oui ! Fais-moi une tite place !

S’allonger avec une splendide créature dans les bras et ne pas la toucher…

*Ta cote de play-boy va en prendre un coup, Neil*

Qui le saurait ? Personne ! Alors…
Il finit par s’endormir sans la lâcher.

Il roupillait encore quand un cri l’alerta. Rouge de confusion et de... honte( ?) Miss Fairchild était debout, décomposée. Il mit direct les choses au clair :


Il ne s’est rien passé… On avait un peu bu mais il ne s’est rien passé, Lind ! Tu cauchemardais, j’ai cru te rassurer... Ouais, on a dormi ensemble mais on s’en fout. Ça fait plusieurs soirs qu’on passe la nuit à deux… Pas dans un lit, d’accord ! Mais je vois pas où est la différence…

Elle en voyait une, apparemment. Soupir…
Le plantant là, elle fila dans la salle de bains. Lui, haussant les épaules, descendit et fouilla les placards. Tiens, du café… Dieu que ça lui manquait ! D’habitude on le lui servait ou il mettait une pièce dans une machine et en recevait un godet. N’ayant aucune idée quant au dosage, Chesterfield fit au jugé. Quatre mesures= quatre tasses, non ? On verrait.
L’arôme dégagé par le percolateur l’émoustilla. Du pain, du beurre, du fromage… que demander de plus ? Des œufs ? Il en aurait bien voulu, mais…
Lind tardait à se montrer. Sortirait, sortirait pas ? Lui aussi commençait à avoir un besoin urgent de la salle de bains… Il avait déjà croqué deux tartines quand, enfin, la miss consentit à libérer les lieux. Bondissant, il la salua au passage dans l’escalier :


Bonjour quand même ! J’ai fait du café. C’est buvable !


Soulagé, rafraîchi, Neil descendit peu après. Pensive en touillant une cuillère dans sa tasse, elle leva les yeux sur lui. Chesterfield sourit :

Beau temps pour la saison, non ? Allez, fais plus la tête, ça ne te va pas du tout. Faut que je me répète ? Il ne s’est rien passé.


Zut ! La voilà qui dégoulinait à nouveau. Il s’approcha et lui posa la main sur l’épaule :

Que se passe-t-il ? Tu crains pour ta réputation ? Je ne vais pas aller crier sur les toits que j’ai dormi près de… ma femme !

Le regard courroucé de Lind le fit rire :

On nous a accouplés sans notre accord. Je répète : on s’en fout. Ce qui se passe ici ne regarde que nous, d’accord ? Finis ta tasse, je pense qu’une virée dehors s’impose.

Il faisait très beau, en effet. Sortir était un plaisir. D’emblée, Neil s’empara de la main de Lindsay :


Tu es « ma femme » n’oublie pas !

Ils saluèrent les voisins au passage. Déjà la procession vers la pierre s’organisait.

Je ne sais pas ce que tu en penses, mais j’aime pas ce truc. D’abord, ce n’est pas catholique, puis dépendre d’un tas de cailloux… j’aime pas !

Il l’entraîna plus loin.
Un besoin d’en savoir plus sur ce village, ses abords, le tenaillait. Chesterfield n’avait jamais eu l’âme d’un mouton. Ses parents l’avaient mené par le bout du nez pendant 25 ans. Depuis leur décès, il avait appris à prendre son indépendance et… s’en trouvait assez satisfait même si parfois débordé.
Ensemble, ils découvrirent le village : beaucoup de résidences vides, peu de boutiques ouvertes dans la rue principale, un centre médical… pas folichon, l’endroit.


…Oui, on va à la maison commune.

Par définition, elle devait être ouverte à tous. La veille, Neil avait été désorienté du fait de son débarquement et de sa déshydratation. Aujourd’hui, en pleine forme, il désirait obtenir de plus amples renseignements.
Sa déconvenue alla grandissant en constatant l’inefficacité palpable des soi-disant « officiels ».
Trimbalés de gauche à droite, il leur fut impossible de causer à un dirigeant. La moutarde commençait à lui monter au nez. Allait-il faire un esclandre ou se plier comme tous ?
Le regard de biche affolée de Lindsay le convainquit de se tempérer.


On reviendra demain. J’en ai déjà marre d’ici, sortons !

La plage et son doux ressac le calmèrent.


Je ne sais pas ce qui se passe ici, Lind mais tu avoueras que ce n’est pas… normal ! Non mais tu les as vus ? Ils acceptent tout comme argent comptant ! Faite ceci, allez là, et tous marchent sans se demander à quoi ça rime. Une belle pagaille, selon moi. Qu’en penses-tu, toi ?

Timide, Lindsay émit quelques remarques sensées mais assez troubles, of course.

Je veux pouvoir parler avec un responsable, savoir ce qu’ils ont fait pour nous signaler aux nôtres, connaître notre environnement, comment ils gèrent les choses...

Sans qu’elle le dise, Neil sentit que ces choses la dépassaient aussi. Pas qu’elle s’ennuyait mais la miss semblait désirer autre chose.

Tu veux que l’on fasse quoi ? Chercher des coquillages ? Je te proposerais bien du ski nautique mais je ne vois pas de canot. Prier le caillou pour une glace au chocolat ?

Marrant de voir ses yeux briller. Tourné vers elle, il ne put s’empêcher de palper le lobe dénudé de sa boucle :


Tu n’auras pas à sacrifier l’autre Lind, je m’y emploierai.

Moment troublant… D’un soupir, il lui embrassa le bout du nez, lui reprit la main et les mena dans la file votive.
Son bouton de manchette en or massif avec diamant incrusté reçut un accueil favorable du caillou. Deux énormes glaces, du linge de rechange, menus outils et gâteries plus tard, ils se sentaient des rois.
La journée s’écula doucement à glaner divers renseignements. Tout concordait avec la 1ère impression de Neil : on les manipulait comme du bétail.
Un détail attira leur attention. Un peu partout se placardait une annonce :


Réunion à la salle comme demain, 9 heures.

Pour rien au monde, Neil ne raterait ça !
En attendant, une nouvelle nuit s’offrait au couple forcé.
Le repas exécuté en se moquant l’un comme l’autre de leur nullité, la bouteille de vin descendue, il fallut regagner ses pénates.


Bonne nuit Lind… On garde les portes ouvertes... À moins que tu ne préfères que…

Il ne s’attendait pas à plus qu’à ce qu’il reçut…
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Lindsay Fairchild

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MessageSujet: Re: À la guerre comme...   Lun 18 Avr - 23:24

On freinait sa chute, en douceur…Cela s’arrêta, sans qu’elle sache trop comment. Quelle sensation réconfortante de ne plus être en péril…De ne plus être seule. Non. Elle ne l’était plus. IL était là…quel rêve doux et merveilleux.

Là, là ! Ça va aller ! Tu as fais un cauchemar.

Oui. Le cauchemar était fini. C’était si bon dériver gentiment au creux de ce rêve si douillet, de nouer ses bras autour de son cou et le sentir si proche.

Pars pas…ne pars plus !

Il l’embrassait sur le front. Comment pouvait-il être si merveilleusement rassurant ? Juste comme devait être l’homme idéal, tendre et rassurant. C’était beau être heureuse…ne pas avoir peur. Elle n’aurait plus peur s’il était là…Elle sentit qu’il la repoussait doucement mais ne lui en voulut pas…c’était si parfait ainsi .

Ne pars pas…

Je vais rester, oui ! Fais-moi une tite place !

Avec un soupir d’aise elle le sentit s’allonger à ses côtés. Un sourire ravi aux lèvres, Lindsay sombra dans un profond sommeil peuplé de merveilleux rêves.

La lueur du jour nouveau eut l’heur de la tirer de son confortable sommeil juste pour découvrir l’innommable : elle n’était pas seule dans son grand lit…alors là, pas du tout. Neil dormait comme seul un juste peut le faire, la serrant contre lui. Lindsay sentit que l’air lui manquait, qu’une subite panique l’envahissait. Comment était il arrivé là ? Un souvenir confus la secoua…Ce n’était pas possible ! Alors…


*Mon Dieu…ce n’était pas un rêve…Qu’ai-je fait !?...Qu’a-t-il fait ?...Oh non…oh non !!!*

Et de sauter du lit sans se soucier de le réveiller. D’abord, il la regarda avec un demi sourire puis sembla se rendre compte de sa folle confusion.

Il ne s’est rien passé…


Rien !!!?, couina t’elle en voulant que la terre s’ouvre et l’avale, tu…tu…

Il se levait à son tour, d’un bon elle mit un peu de distance en se sentant perdue.

On avait un peu bu mais il ne s’est rien passé, Lind ! Tu cauchemardais, j’ai cru te rassurer...

Me…me…rassurer !?...C’est…c’est pour ça que…tu…tu…te retrouves…dans mon lit ???

Ouais, on a dormi ensemble mais on s’en fout. Ça fait plusieurs soirs qu’on passe la nuit à deux…

Elle se sentait plus que mortifiée mais ne savait pas exactement pourquoi ! Plus pour la forme que réellement pour défendre Dieu sait quelle conviction, Lindsay farfouilla, outrée.

Pas dans le même lit, que je sache !!!

Pas dans un lit, d’accord ! Mais je vois pas où est la différence…

Pas…de…différence !? Tu en as…des bonnes !

Et avant qu’il ne s’aventure à trouver d’autres raisons valables elle déguerpit se réfugier dans la salle de bains. Le miroir lui renvoya l’image d’une fille affolée, rouge comme une tomate, le souffle court, le cœur battant à 200 à l’heure. Soit, elle était timide, prude, idiote, vieux jeu…tout ce qu’on voudra…Là, trop c’était trop…pour elle en tout cas. Pour Miss Fleur Bleue…Ste. Nitouche comme disaient ses camarades à l’internat après qu’elle eut, innocemment avoué, à 19 ans être encore vierge. Ce n’était quand même pas une faute, ça ! Les autres l’avaient jugée comme ayant une tare génétique et en avaient rigolé à mourir. Ça n’avait guère changé, elle vivait toujours avec sa « tare » et ne voyait pas de grande solution pour y remédier : les garçons l’effrayaient. Pas manque d’avoir essayé mais une fois qu’un garçon lui plaisait et qu’elle sortait avec lui, tout allait bien jusqu’au moment, qui ne manquait jamais d’arriver, où il se montrait empressé et entreprenant, c’était plus fort qu’elle…la panique la gagnait, la raidissait, la paralysait, la glaçait… De là à se gagner la réputation de frigide, il n’y avait eu qu’un pas.

*Suis frigide, suis tarée…suis folle…pourtant là…avec lui, c’est…différent !...T’es dingue, oui ! Il fera comme les autres et pensera que t’es anormale…*

Perdue dans se douloureuses réflexions, elle resta des heures enfermée là à se mesurer avec son reflet dans le miroir. Enfin, après une douche rapide, Lindsay prit son courage à deux mains et quitta son refuge. Neil croisé dans les escaliers se contenta de lui dire en passant :

Bonjour quand même ! J’ai fait du café. C’est buvable !


Qu’il était mignon, quand même ! Elle remuait son café, en pensant aux multiples alternatives pour disparaître efficacement quand il fit acte de présence. Avec un soupir résigné, elle leva les yeux vers lui s’attendant à n’importe quel commentaire mais au lieu de cela, il sourit comme un ange.

Beau temps pour la saison, non ? Allez, fais plus la tête, ça ne te va pas du tout. Faut que je me répète ? Il ne s’est rien passé.

Plus fort qu’elle, la miss éclata en sanglots.

*Tu es une idiote…tu es une idiote !!!*

Mais il posait gentiment la main sur son épaule en disant, plus rassurant impossible.

Que se passe-t-il ? Tu crains pour ta réputation ? Je ne vais pas aller crier sur les toits que j’ai dormi près de… ma femme !

Reniflant, elle se trouva l’esprit de lui adresser un regard noir qui le fit rigoler.

On nous a accouplés sans notre accord. Je répète : on s’en fout. Ce qui se passe ici ne regarde que nous, d’accord ? Finis ta tasse, je pense qu’une virée dehors s’impose.

Il n’avait pas tort mais c’était pas si facile que ça…Il y a des principes qui à force d’être rabâchés finissent par s’implanter rigoureusement dans l’esprit. Elle avait vécu toute son existence ans la mire de tous…famille, amis, société. Chaque geste mesuré, jugé. Disons pas un écart significatif comme coucher avec un homme qui ne serait pas son mari…Sauf que là, il n’y avait ni famille, ni amis, ni société pour la juger…et le prochain présent dans cet étrange endroit, jurait qu’ils étaient effectivement…mari et femme. Curieusement cette conclusion si accommodante rasséréna son esprit et elle put se détendre d’un cran.

Se balader par là, main dans la main, avec Neil fut une expérience gratifiante. C’était quand même très rassurant ne pas être seule…enfin pas que ça…être avec lui ! Du coup, la vie lui sembla plus facile. Les voisins du coin semblaient se plier au rituel de la Pierre sans rechigner, pas ainsi Neil.

Je ne sais pas ce que tu en penses, mais j’aime pas ce truc. D’abord, ce n’est pas catholique, puis dépendre d’un tas de cailloux… j’aime pas !

Ça me rend pas trop heureuse non plus…c’est un peu comme si on était esclaves…

Passant de large, ils explorèrent les alentours. Curieux village. À moitié habité, avec un commerce très restreint, certes un beau centre médical mais à part ça…assez nul comme communauté. Changeant de direction, il l’entraîna vers le centre des lieux.

On va où, là ? Au centre d’accueil ?

Oui, on va à la maison commune.


Sans lâcher sa main, elle suivit le mouvement, attentive à tout mais silencieuse, laissant que Neil se charge de poser les questions…enfin d’essayer de le faire, parce que là…personne pour faire attention à eux. Il fallait pas être foncièrement un génie pour se rendre compte que là régnait la plus cuisante des désorganisations…même si tous essayaient de faire semblant du contraire. Neil commençait à se fâcher tout rouge et peut être que comme début au sein de cette communauté il serait mieux d’afficher un peu profil bas…savait on jamais ! Elle le tira de la main, vers la sortie, Dieu merci il capta le message.

On reviendra demain. J’en ai déjà marre d’ici, sortons !

Leurs pas les menèrent vers la plage toute proche. Comme tout, c’était un bout de paradis.

Je ne sais pas ce qui se passe ici, Lind mais tu avoueras que ce n’est pas… normal ! Non mais tu les as vus ? Ils acceptent tout comme argent comptant ! Faite ceci, allez là, et tous marchent sans se demander à quoi ça rime. Une belle pagaille, selon moi. Qu’en penses-tu, toi ?

Soupir. On demandait si rarement son avis.

Ben non, c’est pas normal du tout. Enfin, tu me diras, rien n’est normal depuis un temps…Pour les gens, c’est plus facile de se laisser mener par le bout du nez…surtout si en échange ils ont…tout ça ! Demander faveur au Caillou ne les gêne pas…on leur dit de le faire, c’est plus commode obéir que e poser des questions…Ça marche tant qu’on aura que donner en échange…je me demande que viendra après…

Neil, lui, semblait définitivement avoir les idées bien plus claires.

Je veux pouvoir parler avec un responsable, savoir ce qu’ils ont fait pour nous signaler aux nôtres, connaître notre environnement, comment ils gèrent les choses...

Quel homme admirable. Il pensait, lui. Il n’était pas un mouton de plus, de ceux qui se laissent mener docilement. Elle s’avouait dépassée par les événements mais la présence de Neil suffisait pour la rassurer, en plus il était si adorable de se préoccuper de ses désirs.

Tu veux que l’on fasse quoi ? Chercher des coquillages ? Je te proposerais bien du ski nautique mais je ne vois pas de canot. Prier le caillou pour une glace au chocolat ?

Cette seule mention la fit se sentir comme une gosse de cinq ans à qui on promet la lune. Et puis, il eut un geste qui la remua toute, flattant son lobe dénudé après le « sacrifice » à la Pierre.

Tu n’auras pas à sacrifier l’autre Lind, je m’y emploierai.

Pendant un instant, elle ne put que le regarder comme s’il était son chevalier à la brillante armure, le prince charmant venu la sauver du dragon.

Tu…tu…es très…gentil !

Gentil n’était pas le mot. Merveilleux s’accordait mieux, mais Lindsay n’était pas encore prête à se lancer dans des grands aveux. Il sacrifia son beau bouton de manchette et ça leur rapporta plein de bonnes choses en plus d’une énorme et délicieuse glace. Leur balade se poursuivit, apparemment oisive mais Neil semblait prendre note de toutes les irrégularités et il y en avait. Les conclusions tirées n’étaient pas trop joyeuses : on les menait comme troupeau…sauf qu’il faudrait savoir qui était finalement le berger.

Retour obligé à leur bercail particulier après avoir pris note de la réunion du lendemain matin. Lindsay se fichait un peu de tout ça mais son compagnon d’infortune lui semblait très intéressé. Leurs échanges avec la Pierre avaient enrichi leurs avoirs mais ce n’était pas cela qui les rendait plus talentueux à l’heure de se débrouiller pour faire un repas. Bon an, mal an, ils concoctèrent quelque chose de mangeable. La bouteille de vin leur fit oublier un peu leurs déconvenues culinaires en regardant les étoiles. Lindsay aurait voulu y rester la nuit entière mais il fallut forcement se montrer rationnelle et accepter qu’il fallait allait dormir sagement. Ça aurait été plus facile si la bonne vieille trouille n’était pas revenue s’en mêler. Il sembla le deviner.

Bonne nuit Lind… On garde les portes ouvertes...

Je…euh…oui…portes ouvertes. Pardon…d’être si sotte…c’est plus..fort que moi…

À moins que tu ne préfères que…

*Préférer quoi ??? Bien sûr que je préfère que tu restes avec moi…Reste avec moi, Neil…je me fous de mes principes…reste avec moi !!!*

C’est bien de penser les choses, tout autre les dire de vive voix. D’abord morte qu’exprimer ce vœu.

Je...euh…bonne nuit…

Mais pourquoi restait donc elle là, comme oisillon hypnotisé par le serpent, souffle court, cœur en chamade…Enfin, d’un geste un peu trop vif, elle lui planta une bise dans la joue avant de filer se perdre dans sa chambre en voulant mourir trois fois.

La porte restait ouverte, tout allait passablement bien sauf que la nuit était soudain noire comme de l’encre de Chine… où étaient passées la lune et les étoiles ?...Elle n’avait pas tiré les rideaux…et bien sûr, commença à guetter les ombres…elles se profilaient bien glauques, manque de contraste…mais à peine parvenait elle à s’assoupir un peu, en se disant que Neil était tout près qu’un autre dérangement vint s’ajouter aux existants… ou imaginaires. Ça commença par un grondement lointain…puis le vent se leva, ululant entre les palmiers…Après, on aurait pu croire à une bataille pas trop lointaine…ça tonnait. Le vent augmenta, sifflant, sauvage. Quand l’éclair zébra le ciel, Lindsay couina comme rat affolé et se couvrit la tête du drap. Un autre puis un autre encore s’en suivirent suivis d’un roulement encore lointain…Elle commença à prier à voix base, implorant le ciel pour un peu plus de courage, se disant que rien ne pourrait arriver, que la maison semblait solide…que ce n’était qu’un petit orage de rien du tout. Dehors, ça ressemblait à un feu d’artifice…yeux fermés, sous ses draps, Lindsay avait commencé à trembler…Roulement après roulement, l’orage s’approcha…quand la foudre tomba tout près, avec un esclandre de fin de monde, Lindsay poussa un cri d’animal pris au piège et sans penser deux fois bondit de son lit et fila…vers la chambre voisine…

Il dut deviner sa présence tremblante, après tout son cri avait dû ameuter le quartier.

Je…je…c’est…affreux…peux pas…trop peur…pardon…m’en…veux pas…suis…lâche…est…est ce…

Elle ne pouvait même pas parler, ses dents claquaient misérablement. Tant pis s’il la prenait pour une folle perdue…tant pis pour les principes…pour tout…Un autre coup de foudre plus brutal encore la précipita, aveugle de terreur, sous ses draps, à lui…dans ses bras, si possible. Ravagée entre ses peurs, sa timidité, schémas établis et autres tares congénitales, elle enfouit le visage contre le torse masculin en se sentant mourir de n’importe quoi…en plus de trouille.

Bou…bougerai pas…promis…me...me dis…pas de partir…

De toute façon, elle allait mourir…au moins que ce ne soit pas en anonyme solitude !
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Neil Chesterfield

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MessageSujet: Re: À la guerre comme...   Mer 20 Avr - 23:45

Je… Euh… Bonne nuit !

Et hop, Miss Fairchild lui avait tourné le dos et s’était « enfuie » dans sa chambre.
Neil se gratta la nuque, un peu dérouté puis haussa les épaules et entreprit de retaper son lit.
Il ne s’en tira pas trop mal pour quelqu’un peu habitué aux tâches domestiques.
Assez satisfait, Chesterfield s’apprêta à une bonne nuit. Dehors le vent s’était levé.


*On va avoir un orage…*


Il adorait ça ! Peut-être que les bouleversements magnétiques favorisaient son sommeil ? En tout cas, il était certain de dormir comme un bébé. À peine la tête sur l’oreiller, il plongea dans les bras de Morphée. Pas pour longtemps…
Un hurlement de terreur le fit se redresser d’un coude. Dans l’obscurité zébrée des flashes de éclairs, il distingua la silhouette de Lindsay à proximité :


*Qu’est qu’il y a encore ?*


Je…je…c’est…affreux…peux pas…trop peur…pardon…m’en…veux pas…suis…lâche…est…est ce…

Un craquement épouvantable déchira l’extérieur et, au même moment La jeune fille bondit dans le lit. Dieu qu’elle tremblait !

Bou…bougerai pas…promis…me...me dis…pas de partir…

Elle s’accrochait si bellement à lui qu’il aurait été le dernier des mufles à refuser pareil cadeau ! Mais aussi le dernier des grossiers personnages s’il en profitait.
Contraint, il serra fortement dans ses bras cet oisillon tombé du nid :


C’est qu’un orage Lind. Un petit orage de rien du tout. Allez viens, on va regarder par la fenêtre. Tu verras comme c’est beau.

Autant rêver à décrocher la lune. Plus sangsue que jamais, Miss Fairchild ne céda pas.
Comment s’y prend-on pour rassurer une jeune fille ? Ce domaine-là, Neil n’y était pas habitué. Que des filles investissent son lit, c’était déjà arrivé mais pas ainsi…
Un bras autour des frêles épaules secouées de tremblements incontrôlables, Chesterfield murmura toutes les paroles apaisantes de son répertoire. Peu à peu, il sentit le corps de Lind se détendre. Dans un geste très doux, il lui caressa la joue. Elle était si proche qu’il pouvait sentir son souffle parfumé au dentifrice à la framboise. Sans trop se rendre compte de ce qu’il faisait, Neil déposa ses lèvres sur les siennes :


Chut, ça va aller. L’orage s’éloigne. Chut…


Un autre petit baiser s’échangea. Neil ne comprit pas d’où lui venaient les vagues de chaleur ressenties. En tout cas Lind ne recula pas quand il approfondit son baiser. Au contraire, la miss y répondit avec vigueur. Quelle tentation, quelle torture ! C’est lui qui dut reculer :

Lind, Lind… Il serait plus sage d’en rester là. Endors-toi ma chérie.


Bien blottie contre lui, Miss Fairchild s’assoupit enfin. Quand il fut assuré que la demoiselle reposait à fond, Neil sortit délicatement des draps et alla directement sous la douche glacée.

*Avec un peu de chance, elle ne se rappellera pas…*


Ses idées étaient chaotiques. Pas la peine de chercher bien loin pourquoi. Il se savait maintenant très attiré par Lind. Et elle ? Que ressentait-elle pour lui ?

*Tu n’es qu’une sorte de nounours rassurant… *

Pas la peine de chercher plus loin. Il s’accommoda dans un fauteuil et finit aussi par s’endormir.

Le lendemain, il s’éveilla avant elle, fit ses ablutions et descendit préparer le petit déjeuner.
En se rationnant un peu, ils pourraient tenir encore plusieurs jours avant d’aller prier.
Lind tarda à émerger. Commençant à la connaître, Neil se douta du trouble qui devait l’agiter aussi préféra-t-il ne faire aucune référence à la nuit passée :


Hello ! l’accueillit-il joyeusement. J’ai fait des toasts et du café, tu en veux ?

La miss avait grand faim. Sa bonne humeur apparente rassura Chesterfield.
Dès le repas terminé, la vaisselle rangée, les jeunes gens se dirigèrent vers la maison commune. Beaucoup de villageois avaient des intentions similaires. L’auditoire s’emplit à moitié. Neil et Lind se casèrent dans les premières rangées. Sur l’estrade plusieurs tables et chaises attendaient leurs occupants qui ne tardèrent pas à s’y installer. Un homme d’une quarantaine d’années à la belle stature vérifia que le microphone posé devant lui fonctionnait avant de commencer :


Mesdames, messieurs, pour ceux qui ne me connaîtraient pas, je suis le commandant Higgins. Je pilotais le vol 747 pour Sydney. Avec mon équipage et le sénateur Sweet, nous avons tenté d’organiser au mieux nos vies ici.

Déjà la foule s’impatientait. Ça clama de tous bords :

Fameuse organisation ! Je crève la dalle tout le temps !

Le caillou ne donne pas tout ! C’est un comble de devoir payer pour tout !

Mesdames, Messieurs, nous sommes parfaitement au courant et je vous prie de croire que nous travaillons sans relâche à améliorer les conditions. En un temps record, nous avons mis en place certaines infrastructures destinées à gérer les problèmes. De plus nous sommes confrontés à de nombreux cas de nouveaux arrivants. Plusieurs d‘entre vous viennent du naufrage de l’Ocean ‘s Queen… ils ne sont pas les seuls. Il semblerait que l’Argonaute et le Pacific Bird aient subi les mêmes avaries. Aussi nous devons prendre des dispositions pour réaménager les habitations : il n’y aura plus de bungalow personnel.

Hein, quoi ? Vous voulez que je déménage chez un étranger ? Pas question ! s’exclama une douairière enrobée.

Le brouhaha était général.


Du calme, s’il vous plait. Nous sommes conscients des désagréments engendrés mais je tiens à vous assurer qu’une prime de dédommagement sera accordée à tous ceux qui se regrouperont prochainement.

Moi, je vous le dit : hors de question d’aller habiter avec Talbot ! Ce n’est qu’un rustre ! déclara une dame mince comme une trique.

Ledit Talbot rit grassement :

T’as peur pour tes fesses, McMahon ? Qui en voudrait ?

Mesdames, messieurs, un peu de tenue, merci ! Conscients que certaines inimités peuvent régner, nous ne forcerons personne à cohabiter sans consentement mutuel. Une liste des villageois isolés sera affichée. Nous ferons une sorte de fête de la sympathie où vous pourrez vous rencontrer et… décider des changements à opérer.

De combien sera la prime ? demanda un grassouillet. Ceux qui sont déjà à deux n’auront rien ? Parce que si je peux changer de femme, je ne demande pas mieux !

Il se prit un coup de sacoche de la part de sa voisine, ce qui amena plusieurs rires dans l’assemblée.
Higgins aussi sourit, ce qui le fit paraître presque sympathique :


Vous vous arrangerez comme vous voudrez. La fête aura lieu dans la grande salle adjacente demain soir. Boissons et repas seront gratuits ( des hourrahs jaillirent de partout)
Ceci étant dit, nous souhaitons également étoffer notre administration. Nous avons paré au plus pressé lors du débarquement mais si nous pouvions compter sur du personnel compétent, ce serait encore mieux. La liste des professionnels requis sera affichée aux valves à la fin de cette réunion et des prospectus disponibles. Nous souhaiterions également connaître vos réclamations d’ordre général. Faites-les par écrit mais, de grâce, soyez précis. Inutile de nous encombrer avec des demandes stupides du genre : je n’ai plus de sels de bain, ou de cigarettes. Sur ce, bonne journée !


Neil était resté d’un calme olympien pendant le « débat ». Il était un peu déçu, s’attendant à… autre chose. Il se leva et attira l’attention d’Higgins :

Commandant ! Excusez-moi. Pourriez-vous au moins nous donner des nouvelles du dehors ?

Higgins fit le sourd et détala en emportant ses papiers, le staff sur les talons.
Lentement l’auditoire se vida. Tracassé, Neil avait presque oublié la présence de Lind à ses côtés. Que sa fraîche main cherche la sienne le dérida :


On va voir les valves. On trouvera peut-être un boulot selon nos compétences ?

Il en doutait, mais bon…
Se frayer un passage entre les villageois avides de lecture ne fut pas simple. Heureusement, plusieurs panneaux étaient placardés mais Neil préféra rafler un feuillet et s’éloigner du troupeau.
Guidant Lindsay vers l’esplanade face à la mer, il s’assit près d’elle. Ensemble, ils déchiffrèrent :


Des facteurs… Je nous vois mal en train de distribuer des papiers à longueur de journée.
Avocats, infirmiers… Passons.
Maçons, bûcherons, chasseurs, électriciens, vigiles…


La liste était longue mais rien ne leur convint jusqu’à ce que Neil lise :

Gestionnaire… ça, ça me botte !... Euh, gérer quoi ? Je n’en sais rien du tout. (il éclata de rire) Mais tant qu’à faire ! Le salaire est de deux repas complets par jour, ça vaut le coup.

La miss était dubitative mais ne rechigna pas à le suivre à nouveau à la maison commune. Ils durent prendre un rendez-vous. L’entretien des candidats serait sérieux, dirait-on.
Leur tour ne viendrait que vers 15 heures. En attendant, autant passer le temps gaiment.
Natation, bronzette, encas… et bavardages.
La vie de Lind semblait avoir été d’une platitude désespérante. Neil la fit rigoler en évoquant certaines randonnées en joyeuses compagnie, les rares fois où son père l’autorisait à fermer ses bouquins.
Puis il fallut aller au rendez-vous. Higgins, assis derrière un imposant bureau le nez plongé dans des paperasses, ne se leva pas à leur entrée. Sa « secrétaire », une femme assez âgée, les invita à s’asseoir. Cela dura… un peu. Le commandant daigna enfin s’intéresser à eux en refermant deux dossiers, les leurs sûrement :


Miss Fairchild, Mr Chesterfield… Vous postulez à la gestion ? Pourquoi pensez-vous être aptes à ce poste ?


Parce que j’ai été administrateur-délégué pendant des années, et suis PDG de la ChestCo depuis 3 ans. Alors s’il s’agit de répartir des biens, déterminer des besoins, je suis votre homme !

Et vous Miss Fairchild ?

Miss Fairchild a appris à diriger une grande maison, à veiller au bien-être de chacun, donc…

J’aimerais entendre le point de vue de Miss Fairchild par elle-même…

Lind se débrouilla dans la lignée lancée.

Là-dessus Higgins se gratta la nuque :


On va vous prendre à l’essai cette semaine. D’autres s’y sont déjà cassé les dents ou ont affreusement truqué les bilans. Si l’on vous prend la main dans le sac… vous serez banni du village, est-ce clair ? Un véhicule électrique est à votre disposition pour circuler jusqu’aux et dans les entrepôts.

On doit gérer le fret de l’avion ? Les restes des bateaux ?


Bien plus que ça… Vous verrez. J’avais mis trois hommes dans l’équipe que vous remplacez. Ils se sont emplis les poches sans remplir leur contrat… Ce que l’on a fait d’eux, Miss Fairchild ? Non, on ne les a pas balancés à la mer, on les a conduits… loin.

Que doit-on faire exactement ?

Répertorier le bazar, le classer par priorités, établir des inventaires des caissons de 10 à 15. Maintenant que vous savez, désirez-vous toujours ce poste ? Vos horaires sont de 8h30 à 17h. Nous voulons un rapport détaillé de vos activités, TOUS les soirs. Est-ce clair ? Vous commencerez demain mais vous pouvez aller jeter un œil dès maintenant.


Ils agréèrent et signèrent leur engagement.

J’aurais plusieurs questions à vous soumettre commandant. Puis-je… ?

L’entretien était terminé.
Un plan, trousseau de clés et badges leur furent remis. La voiture se trouvait garée un peu en dehors du village. Ils s’y rendirent.

La voiturette ressemblait à celle des terrains de golf. Neil, au volant, ne chipota pas trop avec les commandes et lança le bouton de démarrage.
Une courte balade à travers la campagne les éloigna du village. Lindsay servait de copilote et ne les perdit pas. Bientôt se dessina une immense esplanade grillagée. À la barrière d’accès, un homme armé les freina :


Badges !

Bonne ambiance, vraiment !
Une fois les permis vérifiés, le couple put circuler entre de gigantesques hangars. Il y en avait… beaucoup !

On se croirait à la zone 51, rigola Neil.

Devant chaque porte, un garde armé. Vérifiant les numéros au passage, les jeunes gens s’arrêtèrent au 10. Là aussi, ils durent montrer patte blanche. Lind descendit et joua des clés.
La haute porte coulissa d’elle-même presque sans bruit, Neil embraya. La voiturette franchit l’entrée et stoppa pour embarquer Miss Fairchild. Alors que la porte se refermait dans leur dos, le couple resta un moment muet de stupeur.


Euh… À ton avis, c’est quoi tout… tout ça ?

Difficile à décrire le bordel régnant. Machines agricoles, montagnes de caisses, paquets, sacs, s’offrirent à eux.
En silence, ils roulèrent dans les travées aménagées à la diable. Parfois un emballage éventré livra son contenu aux regards déboussolés des nouveaux employés.


*Là, des médocs, boîtes pour chat, fils barbelés… Ici, des piles électriques, produits chimiques…*


C’était assez renversant ! De quoi y perdre son latin pour autant qu’on en possède…
Leur tour d’horizon achevé, le couple rentra au bercail, pensif.

Une fois douché, Neil tenta de préparer un repas convenable avec riz et thon en boîte. Une nouvelle nuit s’annonçait et avec elle… ses tourments.
Durant la journée, l’attitude de Lind avait été… amicale, sans plus. Elle ne lui avait pas battu froid mais ne s’était pas montrée engageante non plus.
Ils terminèrent le dessert composé de fruits cueillis en route chacun plongé dans leurs réflexions.


Lind… si ça ne t’ennuie pas… ce soir j’aimerais que l’on dorme ici, sur le canapé et… tout habillé.
Demain soir c’est la fête à la salle de bal, je veux que l’on y aille… Non, je ne veux pas me débarrasser de toi, quelle idée ! Mais… enfin… Je crois que ce serait mieux si je me trouvais un compagnon de logement et toi une fille… comme toi
.

Pourquoi tirait-elle cette tête ? Cette décision ne paraissait pas la ravir. Elle piqua du nez dans son verre de vin puis se leva pour filer à la salle de bains. Il ne vit pas ses yeux mais les devina humides.


*Que les bonnes femmes sont compliquées… !*


Se voyant mal en train d’expliquer le pourquoi du comment à la première jeune fille pure qu’il croisait, Neil acheva la bouteille.
À son retour, Miss Faichild feignit( ?) d’être d’accord sur cette décision et, sans façon, s’installa dans ses bras, lumières éteintes.
Pas un cauchemar, pas un orage, n’effrayèrent la demoiselle qui dormit comme un ange alors que Neil ferma à peine l’œil.


À 8h30, le couple fut à pied d’œuvre.
La démesure de la tâche nouait leurs tripes. Ordonné, Chesterfield dirigea les manœuvres :


Il n’y a pas de répertoire, ni de numéros d’allée. On va créer ça. J’ouvrirai les caisses, tu noteras leur contenu et leur emplacement exact. On va débuter par le plus évident : les machines.


Le travail de fourmi commença.

Travée 1 : 4 moissonneuses-batteuses, 15 tondeuses à gazon, 3 tracteurs, 1 bulldozer…
Travée 2 : 100kg de chewing-gum, 1000 paquets de, euh... tampons périodiques... Trois douzaines de clubs de golf…


Et ainsi de suite.

À 17h, ils étaient morts de fatigue.
Leurs activités consignées sur papier puis déposée dans la boîte prévue à cet effet, Neil et Lindsay se préparèrent pour la soirée… de séparation.
En se battant avec le fer à repasser du bungalow, Neil était parvenu à redonner à son smoking un semblant de dignité mais, au dernier moment, il changea d’avis et se vêtit du short et d’un t-shirt propre. Lindsay était à croquer dans une tenue similaire.

L’annonce d’une fête avec dégustation gratuite avait ameuté la foule. Pourtant, seuls ceux désireux de changement ne paieraient pas ce qui réduisit un peu les rangs.
Entrés séparément, Lind et Neil se mêlèrent à la foule des participants. Très vite, Chesterfield reçut un certain succès… féminin. Flatté, il écouta les diverses misses se vanter dans l’unique but de se faire accepter de qualités qu’elles ne possédaient probablement pas. Du coin de l’œil, il surveilla Lind qui, il dut l’admettre douloureusement, attirait les loups mieux qu’une pauvre petite chèvre.
Grignotant une cuisse de poulet froid, il entra en conversation avec l’ex-barman du bateau. Walker n’était là que pour le fun. Ses projets étaient très établis. Neil rigola en les entendant.
Il en croisa du monde ! Un industriel du pétrole lui proposa de crécher avec lui. Malheureusement pour lui, Neil le connaissait de réputation et celle-ci n’était pas encourageante. Devoir protéger sans cesse ses arrières n’était pas viable.


*Mince, qu’est-ce que je fous ici ?*

Il n’était venu là que pour donner à Lind l’occasion de se dégotter une amie qui la rassurerait mieux que lui. Au train où allaient les choses, il se retrouverait à la cloche de bois car nul « compagnon » ne l’agréait. Maintes mantes religieuses le reluquaient mais c’était loin d’être son but !
Le comble fut atteint lorsqu’il aperçut Lind aux prises avec un bellâtre quinquagénaire bedonnant. Le gars était vraiment collant. S’approchant en douce Neil entendit nettement les propositions de ce noceur. Les rougeurs de Miss Fairchild en disaient long sur ses états d’âmes. N’était-il pas temps de mettre une fin à ce cirque ? En soupirant, Neil fonça :


Coucou ma chérie ! Je te cherchais. Tu t’es bien amusée au moins ? Viens, on s’en va ! Bonsoir Monsieur.


Était-ce une idée ou les yeux de Lind brillaient de… soulagement ( ?)
Dehors, l’atmosphère était plus respirable quoique…
Dire, ne pas dire, Neil ne savait plus trop quoi. Il ne pipa pas un mot en entraînant la jeune fille jusqu’à leur bungalow. Si elle tenta de parler, il ne capta rien.
Rentrés, il ouvrit le bar où une unique bouteille de scotch végétait depuis leur arrivée ( cadeau de bienvenue ?)


…Envie de me souler la gueule ? Tu en as des idées. Pourquoi je ferais ça ?... Jaloux ? Tu crois que je suis jaloux ? (Il se versa un grand verre) … Et puis quand même bien ce serait ? Qu’est-ce que ça change ?... J’ai pu constater que tu n’as aucun besoin de moi. Beaucoup sont prêts à te prendre sous leur toit… Hein ? Moi aussi on me veut ?... Mais je m’en fous de ces donzelles ! Je ne sais pas pour qui tu me prends, Lind. J’avais une certaine image que, comme un c*n, j’essayais de défendre. Ça m’est égal à présent. Tout ce que je souhaite c’est que… que tu ne te fasses pas gruger, embêter par des sales types. D’après ce que j’ai vu ce soir… je pense sincèrement être la meilleure option pour toi… pour le moment.

La bouteille subit une autre soustraction, il s’échauffait.


*Pas bon ça !* Va… te débarbouiller, je reste ici… Non, vais pas me noyer dans le scotch !

Il avait une autre idée. Dès qu’il fut seul, Neil se dévêtit et plongea dans la piscine. Noyé pour noyé, il avait grandement besoin de se refroidir corps et esprit.
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Lindsay Fairchild

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MessageSujet: Re: À la guerre comme...   Ven 22 Avr - 0:16

C’est qu’un orage Lind. Un petit orage de rien du tout. Allez viens, on va regarder par la fenêtre. Tu verras comme c’est beau.

Elle avait promis de ne pas bouger et comptait tenir parole !

*Beau, un orage !? Il est dingue…C’est…affreux !!!*

Enfin, chacun ces goûts ! En tous cas, elle s’accrocha à lui comme noyé à sa planche de salut et…Dieu ! Que c’était réconfortant ! Tremblant comme une feuille exposée au vent, elle ne laissa pas toutefois d’entendre tous ses mots, si doux, si adroits, si apaisants, pour peu à peu sentir que sa peur première fondait doucement pour faire place à d’autres sensations qui, définitivement, n’avaient rien à voir avec la trouille. Le premier baiser dont il crut bon caresser ses lèvres, faillit la faire fondre…quoique le second fut mieux encore…pour ne pas dire le troisième…Là, Lindsay faillit même oublier les sacrosaints principes qui géraient sa vie et se comporter, pour la première fois de son existence de femme…comme une femme normale. Peur des garçons ? Des autres peut être…pas de Neil…avec lui...Soupir intense. Le jeune homme avait tout le bon sens qui lui manquait…en fait, elle s’en fichait. du bon sens !

Lind, Lind… Il serait plus sage d’en rester là. Endors-toi ma chérie.

*Merveilleux…il est merveilleux…mon prince…*


Trop d’émotions, trop de trouble…trop de tout…Lindsay s’endormit comme un bébé, bercée dans les bras rassurants de Mr. Chesterfield. La fin du monde pouvait se déclencher…elle était en sûreté.

Se réveiller seule ne l’étonna qu’à moitié. Elle resta un moment à regarder le plafond en se taxant de n’importe quoi, en commençant d' évaporée mais pour une raison qui lui échappait, cela ne lui produisit aucun sursaut de conscience.

*Mince…cette distance avec la famille commence à te faire des drôles d’effets, ma fille…t’es folle !*

Mais allez savoir pourquoi, cela la mit de belle humeur. Comment s’y prendre avec la suite ? Pas la moindre idée mais on trouverait bien…avec lui, tout était…si facile !

Hello ! J’ai fait des toasts et du café, tu en veux ?

Sourire resplendissant.

Oh oui ! Je meurs de faim !

Aucune référence, même voilée à l’orage…à leur nuit…

Réunion à la maison communale. Lind se demandait à ce que s’attendait Neil. En tout cas à mieux qu’à ce qu’ils eurent droit. Une mise à jour, des explications on ne peu plus succinctes, à connaître les boss du bled. Le commandant du vol 747, un tel Sweet, sénateur et le reste du staff…ou partie de celui-ci. Selon les paroles de Higgings, le chef à bord, ils avaient essayé de s’organiser.

*Saura piloter des avions…mais en organisation…peuh !*


On se plaignit de partout et de tout. Neil et elle, silencieux et attentifs suivirent les discours jusqu’au dernier mot. Pour résumer le tout, la pagaille était grande, on savait pas comment s’y prendre et manque de pot, ils étaient pas les seuls à avoir fini avec leurs os dans ce coin de monde si étrange. Tant et si bien, qu’on commençait à manquer de place et que le privilège de vivre seul allait être rapidement annulé. Ceux qui occupaient en solitaire un de ces merveilleux bungalows allaient devoir le partager. On promettait même une prime à ceux qui décideraient se trouver un colocataire.

*Moi, j’ai Neil…pas tout l’or du monde me ferait aller chercher ailleurs !*

Elle aurait voulu avoir le courage de se serrer contre lui, de dire quels étaient ses pensées mais non !...Serrer doucement ses doigts et qu’il capte ce qu’il pourrait !...Pas grand-chose d’après ce qu’elle crut déduire plus tard.

Le reste du discours se perdit quelque part alors que Lind était trop occupée à mettre en ordre ses priorités. Elle n’en avait qu’une mais ça l’occupait à part entière. Retour à la réalité quand Neil, l’air morose, se levait, l’entraînant,


On va voir les valves. On trouvera peut-être un boulot selon nos compétences ?

Soupir. Elle suivit gentiment le mouvement. Neil s’empara d’une liste et l’emmena face à la mer . Engageante lecture.

Des facteurs… Je nous vois mal en train de distribuer des papiers à longueur de journée.Avocats, infirmiers… Passons. Maçons, bûcherons, chasseurs, électriciens, vigiles…

Pas demain la veille, soupira t’elle en appuyant, quelle audace, la tête contre son épaule. Il poursuivit comme si rien.

Gestionnaire… ça, ça me botte !... Euh, gérer quoi ? Je n’en sais rien du tout. (il éclata de rire) Mais tant qu’à faire ! Le salaire est de deux repas complets par jour, ça vaut le coup.

Ma foi…si tu crois que ça peut aller…c’est un peu radin comme salaire, dis donc…mais tant qu’à faire…

Comme si elle allait jouer les difficiles ! Docile comme un bon toutou, elle le suivit de retour pour postuler au poste. On leur donna rendez vous pour l’après midi même mais il manquait encore quelques heures…L’idée d’aller jouer les touristes insouciants à la plage s’avérait aussi prenante que n’importe quelle autre. Bien sûr, entre autres, pour combler le temps, il fallut quand même raconter quelque chose…Lui, il avait plein de trucs marrants à partager. Il avait quand même vu plus de monde et mené une vie bien plus excitante que la sienne, même si les parents Chesterfield avaient été du genre exigeant avec leur héritier…Comme les siens…quoiqu’en comparant, Lindsay eut l’impression d’en fait avoir été prisonnière de mille conventionnalismes étroits et n’avoir jamais eu droit à exercer son libre arbitre.

15 :00 tapantes, ils s’étaient retrouvés face à Higgins pour leur entretien-boulot. Le premier de la vie de Lindsay.

Miss Fairchild, Mr Chesterfield… Vous postulez à la gestion ? Pourquoi pensez-vous être aptes à ce poste ?

Neil exposa ses raisons et un peu des siennes mais Higgings voulut l’entendre le dire de sa bouche. Elle n’allait pas le priver de ce plaisir. Rassurée par la présence de Chesterfield, elle sourit et dit, calmement :

Comme a si bien su le préciser Mr. Chesterfield, j’ai un « degree » en Administration Domestique. Cela peut sembler un peu absurde, comparé au Commerce extérieur mais croyez moi, c’est en extrême utile . Si on parle d’administrer une grande maison, commandant Higgins, n’allez pas penser qu’il s’agit d’un intérieur moyen…*comme le vôtre !*

Sans pédanterie mais avec exactitude perfectionniste, elle passa à détailler quelles étaient les tâches qui incombaient à une parfaite maîtresse de maison à ce niveau très élevé qu’était le sien. Tout savoir, commander et savoir déléguer sans jamais perdre la tête.
Higgins sembla un peu pris de court avec leurs feuilles de vie et accorda leur donner une semaine de preuve. Munis de badges, trousseau de clés et voiturette électrique, ils allèrent s’enquérir en quoi consistait leur fameux boulot.


Extrême. Extraordinaire. Surprenant. Sidérant. Extrême. Débile. Insensé.
Inexplicable !

Qui pourrait le faire ? Expliquer cette zone strictement surveillée, loin de la curiosité du village…ce trésor extravagant, outrageux. Ce butin de pirates galactiques accumulé en un seul lieu ? Jamais de leurs vies, habituées pourtant à l’abondance, ils n’avaient été confrontés à un tel déploiement de richesse démente. Il avait suffi d’un premier hangar pour en prendre la mesure…Il y avait là de quoi soutenir un pays du tiers monde et le mettre en cours du premier, en enrayant faim et misère…


*Mais c’est quoi ça !!!? Dans quel pari débile sommes nous tombés !?*


Mais avant de se mettre à analyser les particularités de cette bombance insultante, Lindsay avait une préoccupation majeure : la fête du…allez savoir quel diable de nom lui mettre, à cette réunion stupide ! Bien sûr, à ça, il fallait ajouter les faits de la dernière nuit. Tout doux et gentil, Neil lui avait, très délicatement, signifié, qu’il dormirait avec elle…mais habillé et dans le canapé du séjour .

*Aille, ma fille…tu as un problème…t’es bête comme tes pieds mais tu piges ça, quand même, non ? Finie la douce camaraderie…là…ça va…plus loin. Gloubs !...Avec lui ?...Avec qui d’autre, nouille ?...c’est le premier gars qui ne te fait pas peur…Oh, Neil !...mais c’est peut être…juste ça…ben…t’es une fille…il est tout seul…Il a l’âme noble…Il t’a embrassée juste pour…pourquoi ?...Pour que tu le fermes…*

Elle en aurait pleuré. D’autant que les explications de Neil n’avaient pas pu être plus…claires ?

Non, je ne veux pas me débarrasser de toi, quelle idée ! Mais… enfin… Je crois que ce serait mieux si je me trouvais un compagnon de logement et toi une fille… comme toi.

*Mais non, triple gourde, veut pas se défaire de toi…Rigole, idiote…Il veut te caser ailleurs parce que tu lui casses les pieds !*

De quoi la mettre en joie en allant à la fichue soirée. Quel succès fou ! Esclave nue mise aux enchères n*aurait pas eu plus d’offrants. De peu et ça faisait la queue. Il y avait de tout. Lindsay se sentait malade, au bord de la nausée. Elle en entendit des choses, des propositions on ne peut plus descriptives et…écœurantes. Tous ces hommes pensaient vraiment pouvoir faire tout « ça » avec…elle ??? Le dernier candidat en lice avait l’air de vouloir la croquer sur place, sans plus de préambules et elle ne savait plus où en donner de la tête.

Coucou ma chérie ! Je te cherchais. Tu t’es bien amusée au moins ? Viens, on s’en va ! Bonsoir Monsieur.

*Mon héros !*

S’il avait dit : direction l’enfer, elle n’aurait pas rechigné à le suivre. Comme en songes, accrochée à sa main salvatrice, elle avait fait le chemin au bungalow, chaque fois plus forte de sa petite idée :

*C’est lui…le seul…l’unique !*

Fallait encore savoir s’y prendre pour le mettre au parfum de sa découverte !
Et voilà qu’en arrivant à leur havre de paix il dénichait une bouteille de scotch. Ce qui lui manquait ! Perdant un peu de sa déjà très connue timidité, elle osa le questionner sur…la suite de leur soirée.


Euh…pardon…mais tu penses te…soûler ?


Il avait été très communicatif.

Envie de me soûler la gueule ? Tu en as des idées. Pourquoi je ferais ça ?

La question colle.

Sais pas ?...Comme pourrais je ?...Mais du coup…il m’a semblé que…*Vas y, dis le !!!*…tu…es jaloux ?

Dire qu’elle le soupçonnait d’être porteur du virus de la peste bubonique ne l’aurait plus outragé.

Jaloux ? Tu crois que je suis jaloux ? (Il se versa un grand verre) … Et puis quand même bien ce serait ? Qu’est-ce que ça change ?... J’ai pu constater que tu n’as aucun besoin de moi. Beaucoup sont prêts à te prendre sous leur toit…

*Il est jaloux…ma main à couper…il est jaloux !*

Surtout pas démontrer sa satisfaction.

Je sais que ça faisait la queue…mais pour toi, ça y allait pas de main morte…des mouches sur du miel, qu’on aurait dit !

Hein ? Moi aussi on me veut ?...

Et comment !

La suite fut tout un poème, du moins pour elle, qui voulait l’entendre ainsi.

Mais je m’en fous de ces donzelles ! Je ne sais pas pour qui tu me prends, Lind. J’avais une certaine image que, comme un c*n, j’essayais de défendre. Ça m’est égal à présent. Tout ce que je souhaite c’est que… que tu ne te fasses pas gruger, embêter par des sales types. D’après ce que j’ai vu ce soir… je pense sincèrement être la meilleure option pour toi… pour le moment.

Elle se ficha, pour une fois, d’avoir l’air niais mais pour dissimuler un peu, se garda de soupirer.

Va… te débarbouiller, je reste ici…


Tu…vas la vider, la bouteille ?


Non, vais pas me noyer dans le scotch !

Pour lui faire plaisir, elle fit demi-tour et fila vers l’intérieur. Une fois enfermée dans la salle de bains, Lindsay osa se regarder dans le miroir.

*Voilà, ma folle…Il sait, tu sais, on sait…faut encore qu’on tire ça au clair. Comment ? Ben…les vertus de l’improvisation, ça doit bien servir à quelque chose, non ?*

L’idée, en soi, était on ne pouvait meilleure, sauf petit détail…Lindsay avait appris pas mal de choses en Suisse, sauf improviser…sur ce thème en particulier.

*L’instinct, ça te dit ?...Lequel ?...L’instinct Fairchild c’est lever le petit doigt et…sourire !...Et là…ça sert à rien !*

Inspiration soudaine, course effrénée vers la chambre, fouille à fond du tiroir central. En un moment de lucidité pratique elle avait quand même songé à demander un maillot de bain à la Pierre…sauf que le fichu caillou avait des idées particulières sur ses dons…Pas un « une pièce » seyant et distingué, au lieu de cela un bikini qui ne savait pas trop laisser à l’imagination…mais au point où on en était…

*Ou ça…ou la horde dévorante !*


Neil flottait distraitement en regardant les étoiles. Elle n’eut pas l’idée de plonger artistiquement, genre Esther Williams, mais préféra entrer discrètement dans l’eau…non sans avant s’être enfilé un petit coup de scotch, juste pour le courage.

Hey, toi…

Rugir comme un dragon féroce aurait eu le même résultat. Peut-on sursauter alors qu’on flotte ? Ben oui…Il faillit avaler la tasse et tout puis s’arrangea pour la dévisager, censeur.

Me…me regarde pas…comme ça !...Écoute…oui…je sais, tout ça est si…bizarre…je…je suis perdue…oui, toi aussi…le fait est qu’on est tous perdus !...Quoi ?...Oui, j’ai raflé un peu de ton scotch...

Manquait qu’il l’accuse d’ivrognerie flagrante ! Certes, ça faisait son petit effet, elle qui ne buvait jamais autre chose de plus fort que du vin…mais on n’allait pas en faire un plat. Du coup, elle se sentait…délirante ! Le mélange de whisky et liberté peut être dangereux…

Ce soir…ça a été le top de la bêtise concentrée…tu voulais que je trouve une fille qui veuille être mon amie ?...Tu crois qu’on est où ?...au Campus de l’unif…gentille coloc avec qui bavarder à en crever tous les soirs et parler de n’importe quoi…

Elle brassait pour se maintenir à flot et lui la regardait comme qui regarde un extraterrestre frais débarqué. Faudrait prendre le courage à deux mains…Dommage que la bouteille soit si loin, un petit coup ne lui aurait pas fait mal.

Tu…tu…as dit quelque chose tantôt…comme quoi que tu étais le seul qui me convenait pour le moment…Juste…sauf que…Dieu, Neil…j’ai jamais dit ça à un garçon…je…je…euh…veux pas…pour..le moment…je…veux rester avec toi, seulement avec toi…veux personne d’autre. J’ai besoin de toi…tu es…*Noie toi !!!!*…tu es…celui que…j’attendais…

Advienne que pourra. Elle se laissa couler, puis profitant être sous l’eau s’éloigna rapidement des lieux du crime et sortit de la piscine pile poil face à la bouteille…juste avant qu’il ne la rejoigne, elle avait réussi à s’enfiler une bonne gorgée de scotch qui lui brûla le gosier et lui fit chaud au ventre.

Tu sais, Neil…j’ai des idées incroyables pour notre boulot…ah bon…ça t’intéresse pas ?...Bof…pas trop en fait…non, suis pas ivre…à moins qu’être heureux…ça y ressemble…

Ça y ressemblait…
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Neil Chesterfield

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MessageSujet: Re: À la guerre comme...   Dim 24 Avr - 14:36

Hein ? Gloups !

Il ne s’attendait pas à être rejoint dans la piscine. Lindsay le prit tellement de court qu’il but une sacrée tasse. Parole, elle était ivre. Son haleine sentait le scotch. Lui qui barbotait gentiment en tentant de se l’effacer de l’esprit : raté.


Lind, qu’est-ce que tu fais ?

Me…me regarde pas…comme ça !...Écoute…oui…je sais, tout ça est si…bizarre…je…je suis perdue…oui, toi aussi…le fait est qu’on est tous perdus !...Quoi ?...Oui, j’ai raflé un peu de ton scotch..
.

Un peu ? Vu son attitude, il s’agissait de beaucoup, à moins que la miss ne supporte pas l’alcool fort.
Revenu à lui, Neil prit ses distances, la laissant parler puisque, apparemment, c’était son intention.


Ce soir…ça a été le top de la bêtise concentrée…tu voulais que je trouve une fille qui veuille être mon amie ?...Tu crois qu’on est où ?...au Campus de l’unif…gentille coloc avec qui bavarder à en crever tous les soirs et parler de n’importe quoi…

Ben oui ! Tu as besoin de quelqu’un apte à veiller sur toi et tes… troubles. Je ne serai pas à la hauteur, Lind.

Tu…tu…as dit quelque chose tantôt…comme quoi que tu étais le seul qui me convenait pour le moment…Juste…sauf que…Dieu, Neil…j’ai jamais dit ça à un garçon…je…je…euh…veux pas…pour..le moment…je…veux rester avec toi, seulement avec toi…veux personne d’autre. J’ai besoin de toi…tu es…tu es…celui que…j’attendais…


Et m***e ! À quoi jouait-elle ? Qu’il bouffe son slip s’il y pigeait quelque chose. Déclaration ou fuite ? Un peu des deux, sûrement.
Pas le temps de dire ouf, la Miss avait coulé pour rejoindre l’autre bord. Neil la suivit et la vit s’enfiler une sérieuse rasade d’alcool.


Tu sais, Neil…j’ai des idées incroyables pour notre boulot…


Tu penses vraiment que ça me botte, là, de suite ?

Ah bon…ça t’intéresse pas ?


Absolument pas, Lind ! Me dis pas que c’est à ça que tu penses… Cesse de boire, ça te va pas.


Bof…pas trop en fait…non, suis pas ivre…à moins qu’être heureux…ça y ressemble

D’un geste ferme, il lui soustrait la bouteille dont il s’enfila une rasade avant de l’expédier au loin.

Je retiendrai un truc : tu es ivre. J’apprécie tes, euh, appréciations mais là mon chou, tu disjonctes.
On va au dodo. Ne discute pas. Tu ne sais plus ce que tu racontes.


Hop, il la souleva dans ses bras et la ramena à l’intérieur. Wow, elle ne se débattait pas. Au contraire, elle cherchait le contact. Le petit bisou qu’il lui donna se transforma en… tempête tropicale.
Résister ? Céder ? Un haut de bikini vola dans la pièce. Neil se délecta des objets interdits jusqu'ici, quoique...
Quand, audacieuse, Lind insinua ses doigts dans son slip de bain, Neil réagit… doublement.
Son désir était intense mais l’esprit dominait. Ce n’était pas quelques verres qui allaient l’abrutir.


Arrête ça, Lind. Tu le regretteras demain et je… Oui, oui, je t’aime mais…

Vlan ! Son poing percuta le fin menton. Sonnée pour de bon, Lind s’abandonna à… Morphée.
La montant dans son lit, Neil demeura à ses côtés. Il ne résisterait pas longtemps à un rythme pareil. Cependant, lorsqu’il la prendrait – si elle le souhaitait encore- ce serait en pleine possession de ses moyens et pas sous l’emprise d’alcool ou drogue.


Dors ma chérie !

Un bisou sur ses cheveux, il la coinça contre lui et s’endormit, tranquille.
Belle nuit ! La miss fut malade. Trois fois Neil la mena aux toilettes où il lui soutint le front tandis qu’elle vidait ses tripes dans les waters.
Au matin, il rigola franchement en la voyant se couvrir la tête du drap :


Hey ! T’as pas de honte à avoir. Ça arrive à tout le monde… Mais non, je ne t’en veux pas du tout. Je te signale qu’on a du pain sur la planche… ouais, sûr ! Je me rappelle de chacun de tes mots d’hier. Tu étais très convaincante avec un verre dans le nez. Je suis ton homme ! On prend la douche à deux ?

Il la prit seul, après avoir reçu l’oreiller sur la tête, évidemment.

Dingue, ce boulot.
Mais qu’est-ce que c’était que ce capharnaüm ?
La caverne d’Ali Baba était dépassée. Neil arrêta la voiturette :

Visite ce coin, je prends l’autre. Note tout avec précision, s’il te plait.

Il y avait de tout là-dedans. De tout ? En fait non. Si ce hangar recelait un énorme bric-à- brac, allant du clou au bulldozer en passant par de la poudre de riz, aucune conserve n’était visible. Il n’y avait aucune boîte alimentaire là.

*Peut-être dans un autre ?*


Avec conscience, Neil releva la position des objets et leur nature. Quand l’inventaire complet serait fait, il leur faudrait réorganiser l’ensemble. Vu l’ampleur du sujet, et le peu de moyens mis à leur disposition, il leur faudrait des mois pour y arriver. Chesterfield comprenait qu’Higgins ne veuille pas ébruiter la présence de ces trésors. L’homme étant ce qu’il est, tôt ou tard, il y aurait pillage.
Pourtant, tous ces trucs devaient servir, non ?
Courte pause à midi, en compagnie d’une Lind mi-figue mi-raisin. Neil prit soin d’éviter un certain sujet se contentant de recueillir les informations relevées par la jeune fille.
À 17 h, crevés, ils rentrèrent chez « eux ». La voiture garée à l’endroit habituel, ils traversèrent le village.
Inspiration ? Neil avait pas mal gambergé tout en travaillant. Il était temps de mettre en route son plan. Marcherait, marcherait pas ? Il accompagna Lindsay jusqu’à leur pavillon mais n’y entra pas.


J’ai deux ou trois trucs à faire… Rien d’important, non. *Menteur*. Faut remettre le rapport. Ne prépare rien pour dîner. On ira chez Bill. Ça nous changera.

Un bisou sur le nez, il la laissa là et revint en arrière.
La maison commune bruissait tel un essaim d’abeilles. Les bureaux restaient ouverts quasi en permanence avec des équipes alternées. Renvoyé d’un guichet à un autre, Neil sentit l’énervement le gagner. Dans la foule des solliciteurs, il repéra le barman du bateau. Bizarre ce mec. Il restait d’un calme olympien alors que tous s’échauffaient de l’attente ou du manque de professionnalisme des employés. De plus, il remontait sa file avec une aisance déconcertante.


*Il est arrivé après moi et est déjà en tête ?*


Faudrait lui demander son truc.

Des heures plus tard, Neil ressortit assez désorienté. Il passa par la pierre qui, chance( ?) se montra généreuse. Il est vrai qu’elle avait de moins en moins de fidèles. Les villageois devaient être à court de dons, sans doute.
Content, Chesterfield regagnait son pavillon quand il se vit harponner par une jolie plante entrevue la veille à la soirée. Les intentions de la miss étaient claires :


Je vous ai attendu toute la journée. Ça vous dirait de venir chez moi ce soir ? Je me sens si seule…
Je vous ferai voir… bien des choses.


De là à se faire violer sur place, il n’y avait qu’un pas. Miss Clapton embrassait très bien, du reste. S’écartant du pot de colle, il avait rigolé :

Ce ne sont pas les mecs qui manquent dans le coin. Désolé, j’ai d’autres projets. Bonsoir !


Il ne se prit pas de baffe, déjà ça.
Lind était… divine en l’accueillant. Devinait-elle ce qu’il mijotait ? Avec les femmes, allez savoir ?
Son smoking donné au « pressing » local avait meilleure allure qu’en arrivant.
Une fois douché, Neil l’enfila, vérifia sa poche et descendit rejoindre miss Fairchild.


On y va ? Je meurs de faim… Pour payer ? M’arrangerai avec Bill… Quoi Miss Clapton ? Ouais, c’est une vraie sangsue… Je ne l’ai pas embrassée, c’est elle qui l’a fait. Si tu as tout vu de la fenêtre, tu auras vu aussi que je l’ai laissée en plan. N’en faisons pas un plat. Allons plutôt nous faire gâter par Bill.

Main dans la main, le couple s’installa au seul restaurant du coin. Menu court : Coquillages et langouste aux petits légumes.
Le tout était d’une fraîcheur très acceptable.
On conversa gentiment sur le boulot, le futur… Puis vint le dessert :


J’ai beaucoup réfléchi tantôt… *Quelle intro, pauvre gourde !* Tu m’as dit beaucoup de choses, hier *Vas-y, enfonce le clou, mais qu’est-ce que t’es c*n* J’en suis arrivé à une constatation incontournable… Je t’aime Lind. Tu m’as dit que j’étais celui que tu attendais, que tu n’avais pas dit ce genre de truc à un garçon, ben j’ai jamais dit ça à une fille non plus… Si, je t’assure. Me suis toujours débrouillé pour éviter les serments, promesses et tout le bataclan.


Un peu timides, deux écrins se posèrent sur la table et s’ouvrirent nerveusement. Dans le premier, il y avait la réplique exacte de la boucle d’oreille donnée par Lind à la pierre. Dans l’autre, deux anneaux d’or.

J’ai fait le tour des guichets de la maison commune tantôt. Pour se marier ici, aucune formalité ni paperasserie. Tu dis oui et c’est tout. Lind, veux-tu m’épouser ?

Moment crucial et poignant. Si elle riait, Neil était sûr de filer se noyer dans le scotch ou la mer ou les deux.
Gorge nouée, il attendit ses réactions.

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Lindsay Fairchild

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MessageSujet: Re: À la guerre comme...   Lun 25 Avr - 16:28

Arrête ça, Lind. Tu le regretteras demain et je… Oui, oui, je t’aime mais…

Que c’était mignon qu’il dise ça ! Oups ! Tiens…tout valsait ! Quelle curieuse sensation…merveilleuse sensation ! Euphorique, oui ! Voilà ce qu’elle était…en pleine euphorie. C’était bon se sentir comme ça…Il était là et elle pouvait l’embrasser tout son soûl ! Oui, bien sûr, elle n’avait jamais fait ça de sa vie…mais qu’est ce que ça pouvait faire ? Faut une première fois pour tout et…

Out ! KO. Le fait est qu’elle avait sombré d’un seul coup…comme si on lui avait envoyé un uppercut au menton ! Oh la la…Quel malaise ! Ça la réveilla…et réveilla Neil en passant. Course aux toilettes. La honte totale. Adorable Neil, qui lui soutenait le front pour qu’elle ne se noie pas dans la cuvette. Rendre l’âme est peu dire. Lindsay la rendit entière en plus des tripes, sa bonne vieille vie de fille sage. Elle en aurait pleuré d’en avoir la force…bon, elle pleurnicha bien un peu, ça fait mal la déchéance de la perfection.

Mais rien ne se compara au réveil ! Black out où es tu quand on a besoin de toi ? Ça ne joua pas pour elle. Misère de misères, Lindsay gardait un souvenir trouble mais souvenir enfin de sa folie de la veille. Dieu ! Elle avait fait des avances éhontées à Neil !!! Mourir ! Oui, il fallait mourir…or là, sauf un certain mal de tête et une douleur inattendue au menton, elle se sentait en parfaite santé. Logiquement, la Terre ne voulut pas s’ouvrir et l’avaler. Il n’y eut pas d’attaque martienne pour distraire la situation pas plus qu’hécatombe cosmique… Faute de mieux restait à se couvrir avec le drap en attendant que Neil veuille bien disparaître des alentours mais au lieu de ça, il se marrait…gentiment !

Hey ! T’as pas de honte à avoir. Ça arrive à tout le monde…


Jamais…à moi !...C’est affreux…tu…m’en veux trop !?

Quelle question idiote !


Mais non, je ne t’en veux pas du tout. Je te signale qu’on a du pain sur la planche…

Hein ?...heu…Dis…dis moi que tu as tout oublié !

Encore plus débile !

Ouais, sûr ! Je me rappelle de chacun de tes mots d’hier. Tu étais très convaincante avec un verre dans le nez. Je suis ton homme ! On prend la douche à deux ?

Là, elle réagit, oubliant sa honte et le reste, elle lui envoya un oreiller à la figure. Chose étrange, ça lui donna envie de rire, merveilleusement rassérénée. Décidément, avec lui, tout était facile…même ravaler ses vieux scrupules, survivre à l’opprobre, surnager la turpitude et tant qu’à faire, oublier même le terrible gêne…et se montrer zen pour affronter le futur…

De toute façon une fois de retour au boulot, pas le temps de penser à autre chose qu’à essayer de mettre de l’ordre dans cette pagaille sans nom. Suivant les sages directives de Mr. Chesterfield, elle prenait note avec grande précision du contenu de chaque colis, du nombre de colis sur la même palette, des palettes avec les mêmes colis…de quoi devenir dingue !

Le hangar qu’ils inspectaient ce jour là contenait tout et n’importe quoi sauf des réserves alimentaires.

*Suis certaine qu’on va tomber sur un truc de ouf…après tout…il y en a, des hangars !*

Tout en faisant son travail à conscience, Miss Fairchild gambergeait sur la singularité de ce rangement dément.

*Du vite fait…Urgence ? Qui prévoyait quoi ? Une guerre ? La fin du monde, plutôt…C’est quoi ce coin…un refuge !?...Quoiqu’il en soit, avec tout ça…on ira loin…pour survivre, faut encore savoir exactement combien de quoi et où…Travail d’équipe…grande équipe…Organiser tout ça par catégories…un peu genre IKEA…en énorme !...Diables ça va en prendre du temps…Pas de souci, à croire que c’est juste de ça qu’on va pas manquer !*

Elle répertoria un lot de colis contenant divers outils agricoles pour passer après à des caisses qui, à sa grande surprise, étaient pleines de médicaments…de toute sorte. Seulement pour venir à bout de cela il lui faudra l’assistance d’un connaisseur en la matière. Elle pouvait certes faire la différence entre Tylenol et sirop contre la toux mais là, il y avait de quoi ouvrir une pharmacie…deux… ?

À midi, petite pause sandwich. Un petit gêne de rien du tout subsistait, plus pour la forme qu’autre chose.


*Pourvu qu’il touche pas un mot !*

Il ne le fit pas. Elle se lança, très disserte, à le mettre au courant de ses trouvailles et faire ses commentaires adjoints.

Je suis sûre que Higgins n’a pas la moindre idée de ce qu’on a là…en fait, le type il me donne l’idée de ne rien savoir de rien…Il est aussi paumé que nous mais fait semblant. Tu sais ce qui se passerait si au village on a vent de tout ce qui se trouve amoncelé ici !?...Ben oui, ça pourrait en déclencher, des émeutes…et ça en restant optimistes !

Il était d’accord avec elle. L’après midi s’écoula de la même façon que la matinée avec d’autres singulières trouvailles. On n’était pas au bout des surprises, là.

De retour chez eux, ce fut Neil qui la surprit en l’abandonnant sur le seuil de leur porte.

J’ai deux ou trois trucs à faire…

Soupir dépité.

Important, je suppose ?, et elle pensait au pire…il allait se chercher un coloc moins débile.

Rien d’important, non. Faut remettre le rapport. Ne prépare rien pour dîner. On ira chez Bill. Ça nous changera.

Petit bisou sur le bout du nez et le voilà qui repartait.

*Tu l’auras gagné, bécasse…qui a idée de se soûler la gueule et se comporter comme une perdue !?*

Elle se frotta le menton en se demandant où elle avait bien pu se cogner…

*Bah…tu sais, les ivrognes…ça valse par terre, contre les portes, les meubles…et ça oublie…Re-nouille !!!*

Faute de mieux à faire, un bon bain aiderait à se relaxer un peu en attendant le retour de Neil.

*S’il revient, bien sûr !*


Il lui semblait que ça faisait des siècles que l’attente durait. Largement le temps de se pomponner comme pour aller à la fête. Sa belle robe rouge avait survécu à toutes les mutilations subies, n’était plus longue mais après des petites réparations avait recouvré une allure…Valentino pour le naufrage. On ferait avec…

Tiens voilà Neil qui s’amenait et…

*Mince, la Clapton !!!*


De la fenêtre, elle pouvait très bien voir ce qui se passait dans l’allée. La blonde d’à côté, sautait pratiquement sur Neil…et…quelle sangsue ! l’embrassait comme si le monde allait finir l’instant d’après. Heureusement, Neil opta pour la fuite et une minute plus tard entrait chez eux en coup de vent.

Salut…alors, ça va ? Tu as arrangé tes trucs…importants !?

Il l’avait fait. Sans donner trop d’explications il disparut se doucher et se changer. En le voyant apparaître en smoking, le petit cœur de Lindsay se lança dans une sarabande éperdue mais elle resta là, à sourire sagement, angélique.

On y va ? Je meurs de faim…


Elle ne voulut pas s’étendre sur comment il comptait payer leur dîner, s’il assurait s’arranger avec Bill, c’était certainement ce qu’il ferait mais ce qu’elle ne put éviter de commenter fut sa collante rencontre avec leur voisine.

Quoi Miss Clapton ? Ouais, c’est une vraie sangsue… Je ne l’ai pas embrassée, c’est elle qui l’a fait. Si tu as tout vu de la fenêtre, tu auras vu aussi que je l’ai laissée en plan. N’en faisons pas un plat.
Allons plutôt nous faire gâter par Bill.

C’était tout bon pour elle. Docile et ravie, sa main dans la sienne. Lindsay le suivit jusqu’à l’unique restaurant du coin.

La variété au menu n’était pas le fort de Bill mais la marchandise était très fraîche et bien accommodée. On n’allait pas s’en plaindre. Gentille conversation sur thèmes divers, surtout sur le travail. Parler du futur était un peu contraignant mais on s’arrangea pour l’entrevoir un peu plus rose que ce qu’il serait sans doute. Et on arriva au dessert…bananes flambées !..Qu’elle oublia complètement une fois qu’il commença à parler.

J’ai beaucoup réfléchi tantôt… Tu m’as dit beaucoup de choses, hier. J’en suis arrivé à une constatation incontournable… Je t’aime Lind. Tu m’as dit que j’étais celui que tu attendais, que tu n’avais pas dit ce genre de truc à un garçon, ben j’ai jamais dit ça à une fille non plus…

Incrédule et pas trop sûre de bien comprendre, elle osa l’interrompre avec un soupir.

Vrai ?, c’est fou ce que ça part à la dérive les idées, parfois !

Si, je t’assure. Me suis toujours débrouillé pour éviter les serments, promesses et tout le bataclan.

*Serments ? Promesses ?*


Puis il y avait deux écrins sur la table, face à elle, qui, la bouche sèche et le cœur en vadrouille, attendit qu’il les ouvre…dans l’un…sa boucle d’oreille, celle donnée à la Pierre. Dans l’autre…deux anneaux d’or. Le souffle court, elle releva la tête et le regarda, abasourdie…affolée, émue…

J’ai fait le tour des guichets de la maison commune tantôt. Pour se marier ici, aucune formalité ni paperasserie. Tu dis oui et c’est tout. Lind, veux-tu m’épouser ?

Elle avait pensé que ce moment arriverait tôt ou tard…mais l’avait imaginé tout autrement : entourée de famille et amis, dans le décor somptueux du salon , sous les lustres scintillant de mille feux…Mais en cet instant, Lindsay se fichait de tout cela…famille, amis, luxe…la seule chose qui comptait…le seul qui comptait était Neil…il valait toute les fortunes, le luxe, famille…

Oui, Neil…oui, je veux t’épouser…

C’était un songe ?...Tiens, elle venait de lui sauter au cou…quelqu’un applaudissait par là…et il l’embrassait ! Un vrai tourbillon de folie, elle se sentait flotter mais en fait c’était bel et bien marcher ce qu’elle faisait…en direction la maison communale.

Neil …euh…on…va où ?...On va… ?

Elle n’y croyait presque pas, pourtant c’était bien le cas. Suivis des quelques clients du restaurant ayant assisté à la demande et acceptation, ils arrivaient face à un Higgins très sérieux, pour ne pas dire grognon qui, sans aucun sentimentalisme, expédia la cérémonie en deux temps trois mouvements. Échange d’anneaux puis vite fait, la fin :

Et par l’autorité que me confère mon rang, je vous déclare mari et femme…Vous pouvez embrasser la mariée !!!

Lindsay regarda l’alliance qui brillait à son doigt, sans pouvoir presque donner crédit à ce qui venait de se passer puis leva les yeux vers son mari, qui attendait le moment pour obéir au commandant.

C’est…merveilleux…je t’aime !!!


Des vivats fusèrent, que Higgins soit casse bonbon ne voulait pas dire que les autres aussi ! Ils échangèrent un baiser qui fit soupirer plus d’un puis prirent…le chemin de leur bungalow, investi pour les effets, en leur foyer…

Tout dans les plus strictes règles de l’art. Il la souleva dans ses ras pour lui faire passer le seuil…Des bougies allumées…du champagne…même de la musique…Magique…

*Mrs. Lindsay Chesterfield...*
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